Catégorie : Littératures

  • Au pays du off shore : l’élan du port de voix ; ou la vérité du style…

    Sur « Voix off » de Denis Podalydès, au Mercure de France,

    dans la (très) belle collection « Traits et portraits« , de Colette Fellous

    (avec photos ; cf déjà ses très beaux « Tuiles détachées« , de Jean-Christophe Bailly ;

    et « La première main« , de Rosetta Loy)…

    …

    _ avec un CD de 14 plages de textes, dits par Denis Podalydès lui-même

    et bien d’autres (et quelle anthologie sonore !!!) :

    Jean Vilar , Gérard Desarthe, André Dussolier, Jean-Louis Trintignant, Pierre Reverdy, Daniel Mesguich, Michael Lonsdale, Roland Barthes, Sarah Bernhardt, Michel Simon, Charles Denner, Marcel Bozonnet, Richard Fontana, Ludmila Mikaël, Christine Fersen, Jean-Luc Boutté, Eric Elmosnino, Orson Welles & Fernand Ledoux, Pierre Mendès-France, Coluche, Guy Lux, Roger Lanzac, Valéry Giscard d’Estaing, Jean Cocteau, Paul Claudel, Paul Léautaud, Gérard Philipe, Michel Bouquet, Jacques Weber et Bruno Podalydès… ;

    et, accessoirement, prix Fémina de l’Essai 2008…

    …

    « Est-il, pour moi, lieu plus épargné, abri plus sûr, retraite plus paisible,

    qu’un studio d’enregistrement ?

    _ énonce tranquillement, en ouverture de ce livre (et disque), l’acteur diseur (lecteur) Denis Podalydès…

    …

    Enfermé de toutes parts, encapitonné, assis devant le seul micro, à voix haute _ sans effort de projection, dans le médium _, deux ou trois heures durant,

    je lis les pages d’un livre.

    …

    Le monde est alors _ féériquement _ celui de ce livre.

    Le monde _ tout entier _ est _ miraculeusement _ dans le livre.

    Le monde est le livre.

    …

    Les vivants que je côtoie, les morts que je pleure, le temps qui passe, l’époque dont je suis le contemporain, l’histoire qui se déroule, l’air que je respire,

    sont _ entièrement _ ceux du livre.

    …

     J’entre _ sacralement _ dans la lecture« ,

    s’ouvre

    _ en beauté, et mystère, comme une cérémonie (un peu secrète) d’intronisation (à Éleusis) _

    le livre, page 11 ;

    …

    et ces mêmes mots-là, et à plusieurs reprises,

    soit avec (quelques) coupures,

    soit avec de légères variantes,

    vont revenir scander l’ouverture (ou la clôture) des divers chapitres

    donnant à retentir et vibrer, à nouveau, toutes ces voix : pages 97, 153 et 219…

    …
    (…) 13 lignes plus loin, à la page 12 :

    …

    « Nacelle ou bathyscaphe,

    le réduit sans fenêtre où je m’enferme _ pour l’enregistrement, en ce studio (ou studiolo)… _

    autorise une immersion ou une ascension totales.

    …

    Nous

    _ Denis Podalydès inclut en cette « expédition » et l’ingénieur du son et le directeur artistique (de l’enregistrement) _

    descendons dans les profondeurs _ page après page, abyssales _ du livre,

    montons dans un _ septième _ ciel de langue.

    …

    Je confie à la voix le soin _ = une ascèse… _ de me représenter _ furieusement, bien que tout soit tranquille _ tout entier.

    Les mots écrits et lus me tiennent lieu _ métamorphose quintessentielle _ de parfaite existence. »
    …
    Et un tout petit peu plus loin, encore, page 14, le fin mot de tout ce « dispositif » :

    …

    « Mais de ma voix

    _ Par l’odeur de la pluie m’était rendue _ en un « admirable tremblement du temps«  ! _

    l’odeur des lilas de Combray,

    par l’assourdissement des bruits dans la chaleur de la matinée,

    la fraîcheur des cerises : quels délices ! _,

    lisant les mots d’un autre _ Marcel Proust, en l’occurrence, pour ici

    (« Combray » : l’ouverture de « La Recherche« , « Du côté de chez Swann« ) _

    ceux d’un mort lointain _ le 18 novembre 1922 _,

    dont la chair est anéantie _ peut-être bien… _,

    mais dont le style,

    la beauté de ce style,

    fait surgir _ tel son pouvoir _

    un monde _ oui ! _ d’échos, de correspondances et de voix vivantes _ ou le seuil ! _

    par lesquelles je passe,

    parlant à mon tour,

    entrant dans ces voix _ soit la clé de la métamorphose ! _,

    me laissant aller à la rêverie,

    à l’opération précise d’une rêverie continue, parallèle et libre,

    …

    je sais que je parle,

    je sais que c’est de moi qu’il s’agit,

    non pas dans le texte,

    bien sûr,

    mais dans la diction

    _ voilà l’opération de trans-substantiation qui, ici, donc, se livre _

    de ces pages. »
    …
    Pour aboutir à cette ultime phrase, de l’ouverture,

    et clé de tout ce « Voix off« , page 15 :

    « Alors d’autres voix encore se font entendre,

    dans la mienne.« 

    …

    Deux exemples, j’élirai, seulement :

    …

    d’abord,

    celui d’une voix « personnelle » au récitant,

    celle de « Mamie d’Alger«  _ Jeanne, la mère de son père (Jean-Claude Podalydès) ;

    qui n’est même pas « la plus proche » de ses deux grand-mères ;

    lui, Denis, se sentant bien davantage « du côté » des Ruat _ versaillais _, et de Mamie Odette :

    …

    « Elle parle lentement. Son accent pied-noir froisse, accroche chacune des syllabes qu’elle prononce. Discours patiemment élaboré, au discours toujours plus ralenti. La salive lui manque toujours. Phrases infiniment longues et détaillées. ses évocations ont une précision maniaque, dont Maman _ versaillaise, elle : côté Ruat ; et pas Podalydès _ gentiment se moque :

    « Nous étions donc un lundi, lundi 23 février, il devait être neuf heures trente du matin, en tout cas il n’était pas dix heures, la température, je m’en souviens, était tout de même assez fraîche, tu me diras que c’est normal en février, Papi, le pauvre, ne s’était pas encore rasé, il se rase toujours au rasoir à main, tu le sais

    _ l’histoire qu’elle raconte ne commence jamais avant l’inventaire de toutes les circonstances énonçables, infinies _ en effet !… _,  dont la mémoire ne lui fait jamais défaut _ ;

    c’était la Saint-Lazare, je m’en souviens parce que Papi disait toujours, le pauvre, tu sais s’il était drôle, même s’il pouvait avoir des colères, mon Dieu, des colères ! Ton père a dû t’en raconter quelques unes, bon, je disais, oui, alors, bon, voilà, Papi disait qu’il était curieux de fêter les gares, de fêter celle-là particulièrement, alors qu’on ne fêtait pas la Saint-Montparnasse ! Tu comprends la blague, je pense, alors, nous étions donc le 23 février… »

    …
    L’histoire alors reprend à son début,

    on s’aperçoit peu à peu qu’il n’y a pas d’histoire,

    que l’histoire est ce qui précède _ en abyme(s) _ l’histoire,

    que l’argument principal, par lequel, en principe, le récit a commencé depuis une vingtaine de minutes,

    est perdu,

    inexistant,

    …

    ou si maigre,

    que sa venue enfin,

    dans le cours des phrases,

    ne sera pas même remarquée,

    emportée _ comme chez Montaigne ! _ par les fioritures infimes et inutiles _ pas tout à fait, toutefois… _,

    divisées à l’infini.

    …
    Et pourtant,

    de sa voix asséchée de mélancolie et de médicaments,

    ralentie par les menus détails, les regrets et lamentations sempiternels,

     elle m’en dit des choses«  : en effet ! pages 134-135…

    …

    Mon second exemple sera la voix de Roland Barthes (pages 201 à 204),

    parmi les « Voix des morts« …

    …
    « On entend toujours affleurer ce qu’il désigne lui-même _ Roland Barthes _ sous l’expression l’ »angoisse de délicatesse ».
    La voix découpe les masses, ou plutôt les ensembles signifiants

    en haïkus » _ page 201.
    …

    « Barthes échappe cependant à toute affectation.

    Tout le long de ce cours  _ au Collège de France, sur le Neutre _

    si précis dans la conduite de son propos

    _ il faudra donc entendre qu’il y a une violence du Neutre _

    malgré les sinuosités _ encore, aussi : Montaigne… _ de l’exposé

    _ mais que cette violence est inexprimable _ ;

    si scrupuleux dans la tension de ses paradoxes

    _ qu’il y a une passion du Neutre, mais que cette passion n’est pas celle d’un vouloir-saisir _

    si constamment anxieux d’échapper aux déterminations,

    aux partis pris,

    à toute voie trop droite

    _ revoilà donc notre Montaigne ! _

    mais plus encore aux attaques de sa profonde mélancolie,

    dont les leçons successives révèlent le travail souterrain,

    à laquelle il accorde sa place dans le système ;

    …

    et c’est peut-être à ce mélange de la mélancolie et de la méthode,

    à cette acceptation d’un fond irrémédiable de tristesse dans la progression même de la pensée,

    que la voix de Barthes doit sa beauté,

    son phrasé généreux,

    musical. » 

    …
    On voit combien l’oreille _ et la voix _ de Denis Podalydès a de justesse de générosité et de sens,

    autant que de

    musicalité…

    …

    Et je n’ai même pas encore écouté le CD !!!

    …
    L’écriture de Denis Podalydès est une exploration _ magnifiquement inspirée ! et de quelle justesse ! _
    de ce que peut être « l’œuvre de voix »

    _ c’est-à-dire l’œuvre de la voix _,
    au premier chef des comédiens eux-mêmes,
    et au théâtre, d’abord _ bien sûr ! _ ;

    mais pas seulement d’eux ;
    …
    et elle constitue,
    cette écriture même en ce livre
    _ rare, et/ou peut-être même unique ! _,
    un véritable « bréviaire »
    théâtral
    pour qui voudrait _ et voudra _ « retrouver »
    ce que furent les « apports »
    _ singuliers ! _ de quelques grands noms

    désormais

    …

    _ car désormais _ sinon, bientôt… _ fantômes

    hantant _ ou voués à « hanter »… _ rien que notre mémoire et notre nostalgie :

    …

    cf la page (page 90) consacrée au souvenir d’Annie Ducaux :

    …

    « époque où l’on s’évanouit, où l’on se pâme, en écoutant une tirade d’« Athalie«  _ C’était pendant l’horreur d’une profonde nuit _ ;
    époque dont Annie Ducaux, voix noble, drapée
    _ Ma mère Jézabel devant moi s’est montrée _
    aisée, rythmée, _ Comme au jour de sa mort pompeusement parée _
    capable de frapper le dernier rang de spectateurs _ J’ai senti tout à coup un homicide acier _ d’une violence inouïe qui les transperce plus vivement que le gel _ Que le traître en mon sein a plongé tout entier _,
    …
    époque révolue, dis-je,

    dont Annie Ducaux est _ on note, ici, l’usage du présent ! _ peut-être la dernière manifestation vocale«  (page 91) ;
    …
    maintenant que non seulement

    le moment de la « représentation »
    _ ou « performance« , comme cela se dit en anglais ;

    et « performance » sur la scène même, sur les « tréteaux » dressés _,
    a passé

    _ mais ce n’est rien là que la loi (de l’éphémère !) du spectacle vivant, hic et nunc, ce soir-là, sur cette scène-là ; et pas le lendemain, ni la veille, « au théâtre » !..  ;
    …
    et que le temps a fait son œuvre ;
    …
    et, pire que le temps,
    la « maladie de la mort », aussi ;

    et son fruit

    _ qui tout à la fois va germer,

    nous nourrir,

    et pourrir…

    …

    Mais c’est ce qu’il nous faut _ et vite ! _ apprendre de la vie,

    que cet « éphémère »-ci ;

    et « lui rendre grâce »,

    …

    comme le fait (notre) Montaigne…

    …
    Ainsi,
    Denis Podalydès a-t-il des pages bouleversantes
    sur son souvenir vivant
    _ ô combien ! et comment ! _
    de comédiens en de derniers moments sur la scène,

    …

    ou ailleurs :

    …

    un tournage de cinéma,
    ou même croisé en quelque rue :
    …

    tels que Richard Fontana (« il joue « La Fausse suivante » à la Comédie-Française« , page 94),
    et Jean-Luc Boutté (« à quelques pas de moi, sur le tournage de « Mayrig« , où je fais un petit rôle » :
    « il attend immobile, sans un mot ni regard. Je scrute son décharnement, sa patience, sa souffrance irradiante et mutique » (page 94, aussi) ;

    …

    ainsi que quelques _ « grands » _ autres (Gérard Philipe, Bernard Blier, page 93),
    déjà…
    …
    De plus longs passages, plus loin, seront consacrés aux voix _ en action _ de ces mêmes Richard Fontana et Jean-Luc Boutté, sur la scène ;
    …
    comme
    à la voix d’Éric

    _ le frère de Denis, de Bruno, de Laurent Podalydès _,
    suicidé « le 10 mai 1997 » (pages 144 à 147) ;
    …
    ou comme
    aux « Voix des toreros« 
    ,

    « Voix sans voix« ,

    car
    « nuit fait homme
    il

    _ le torero José Tomás , « le 10 septembre à Nîmes« , en 2007 _ ;
    …
    il appelle les taureaux d’un souffle. Ce même souffle que l’arène retient. Silence médusé. La respiration du taureau. Halètement. Ce va-et-vient du poitrail.
    José Tomás avance la main. Regard du taureau. Saisi, tenu. Flexion du poignet. Ondulation de la muleta. Appel, absence de voix. Charge.
    Le taureau entre dans l’illusion, la voilure fuyante du leurre. Navigation de la bête, ralentie, allégée. Courbe. Absence de voix.
    Toujours du silence au principe de chaque mouvement.
    « 

    Etc… : encore 13 lignes…

    …

    C’est magnifique : parce que juste ! (aux pages 147-148).
    …
    Chapeau ! Monsieur le regardeur-écrivain !..
    …
    Ou

    l’œil d’un artisan praticien, probe ;

    et maître artiste,

    simplement…

    …

    Merci…

    …

    Titus Curiosus, ce 25 novembre 2008

  • « Ce vers quoi s’élance Boutès » ; et la difficulté d’harmoniser les agendas

    A propos de la présentation, hier soir, mardi 18 novembre, de son « Boutès« , paru aux Éditions Galilée le mois d’août dernier, par Pascal Quignard,

    dans les salons Albert-Mollat, combles _ on s’asseyait par terre _ ;

    …

    ainsi que de la difficulté de concilier les agendas,

    afin de venir « rencontrer » écrivains, artistes, philosophes ;

    …

    ce petit courrier matinal à Maïalen Lafite _ qui n’était pas disponible ce jeudi soir dernier (« mais merci de m’avoir informée et continuez à le faire !« ) :

    …

    « J’ai regretté en effet que, pour difficultés d’agendas, bien des interlocuteurs « possibles » du conférencier
    n’aient pu être présents, ce soir-là _ jeudi 13 à la librairie La Machine à Lire _, dans la salle, pour dialoguer un peu sur Montaigne avec un esprit aussi délié, lumineux,
    et en grande forme, que Bernard Sève

    (à partir de son si pénétrant « Montaigne. Des règles pour l’esprit » _ aux PUF, en novembre 2007) :

    …

    Jean Terrel, non plus, n’avait pas pu se libérer

    _ il m’a adressé gentiment un petit mot : savoir si Thomas Hobbes (« sur » lequel Jean Terrel vient de publier un plus que « très autorisé » « Hobbes _vies d’un philosophe« , aux Presses universitaires de Rennes) fut lui aussi _ tels Francis Bacon et William Shakespeare _, ou pas, un lecteur de Montaigne, me paraissant plus qu’intéressant !..
    …
    A défaut d’avoir pu écouter la conférence de Bernard Sève,

    voici _ à lire _ l’article que je lui ai consacré, à cette conférence, sur mon blog

    « Jubilatoire conférence hier soir de Bernard Sève sur le tissage de l’écriture et de la pensée de Montaigne »
    …

    et voici, même, le petit mot que m’a adressé, depuis, Bernard Sève lui-même :
    …
    Cher Titus,
    …
    merci de ton mail si amical.
    Je voulais aussi te remercier pour ton accueil chaleureux à Bordeaux.  C’était vraiment un moment très réussi, à la fois amical et intellectuellement riche.

    …

    Je regrette un peu de n’avoir pas développé comme je l’aurais voulu mon thème
    _ écriture ET pensée de Montaigne _
    lors de ma conférence, mais en fait je me suis vite rendu compte que ce serait trop technique.

    En gros, j’aurais voulu montrer que chaque « trait d’écriture » de Montaigne (ceux que j’ai rapidement relevés : l’exposition des conditions de production du texte, l’ajout, la copia verborum, la citation, la digression, etc.) est à la fois l’expression du désordre de l’esprit et en même temps une « poétisation » de ce désordre qui permet, en partie, de le juguler.

    Je l’ai dit en général, je ne l’ai pas montré en détail (cas par cas), mais je pense que ce n’était pas le lieu.

    J’ai un peu envie d’écrire une petite étude sur ce point, mais je ne veux pas non plus « systématiser » Montaigne, ce qui serait à l’opposé de son écriture et de sa sagesse.
    Ravi de t’avoir revu,
    …
    etc…

    …

    Bernard
    …

    En effet, le 20 mai 2003, le recevant en les salons Albert-Mollat du 15 rue Vital-Carles, pour présenter au public bordelais, ce très beau livre, déjà, « L’Altération musicale _ ce que la musique apprend au philosophe« , paru aux Éditions du Seuil en août 2002,

    la conférence s’était déroulée comme une conversation (jubilatoire, déjà) sur la musique…

    …

    Hier soir,
    je suis allé écouter « le grand » Pascal Quignard dans les salons Mollat ; la salle était comble
    ;
    et je n’avais pas encore eu le temps, au milieu d’un trop plein d’activités passionnantes
    de lire son « Boutès« …

    …

    Je n’ai _ personnellement _ pas trouvé l’auteur en (très) grande forme : grippé,
    il nous a lu, de sa belle voix grave, pendant vingt minutes, le premier chapitre de « Boutès« , qui ne m’a pas paru « éclatant », comme parfois, voire assez souvent, se révèle l’inspiration de Pascal Quignard…

    …

    Surtout sur une question cruciale, et qui le taraude (et « inspire »),
    depuis longtemps
    : lire là-dessus « Vie secrète« , en plus de « Haine de la musique » et de « La Leçon de musique » ; ainsi que, encore, « Le nom sur le bout de la langue« , et « Rhétorique spéculative« …

    …

    Sans « questionneur » (d’un peu de talent, si possible) en face de lui, au micro, à la tribune
    _ Dominique Rabaté (qui vient de publier en mars dernier un très riche « Pascal Quignard _ étude de l’œuvre » aux Éditions Bordas) était pourtant présent dans la salle _,
    Pascal Quignard n’eut en face de lui que des questions la plupart assez chichiteuses d’un public un peu trop acquis d’avance, et « extatique »,
    à l’exception, notamment, et entre (quelques) autres, d’une dame, s’étonnant, fort justement, de l’affirmation que « Boutès » soit (ou serait ?..) le « dernier texte » de Quignard _ dixit lui-même !!! _ sur la musique…

    …

    L’auteur a alors répondu avoir « voulu dire« , par là, qu’en ce « Boutès« , il s’était un peu « écarté », par cette réflexion à nouveau « autour de » la musique, de son axe majeur de ces « années dernières »-ci : la méditation de « Dernier royaume« .

    …

    Ainsi nous a-t-il annoncé, qu’après « les Ombres errantes » (I), « Sur le jadis » (II), « Abîmes » (III), « Les Paradisiaques » (IV) et « Sordidissimes« (V), parus en 2002 et 2004,
    un sixième volume de « Dernier royaume » était, maintenant même, « en chantier »,
    et devrait paraître, non pas en janvier prochain, comme le lui a demandé un lecteur (de Pau : universitaire ?) très attentif à _ et averti de _ l’œuvre quignardien,
    mais plus tard en cette année prochaine, 2009…
    …
    Enfin, j’ai pu échanger quelque mots avec Dominique Rabaté, qui lui non plus n’était pas disponible jeudi 13 novembre dernier _ pour venir écouter Bernard Sève sur l’écriture de Montaigne ;
    participant, quant à lui, à un colloque dans la Loire, à Saint-Etienne…
    …
    Pour en revenir au « Boutès » de Quignard,
    je le lirai jusqu’au bout, pour rechercher ce qu’il apporte, ou pas, de plus à sa confrontation _ toujours magnifiquement courageuse _ à la question de la musique (et à celle de la langue) ;

    …

    ainsi qu’à sa confrontation au « féminin » _ et pas au « maternel », comme il les a « distingués », à propos des « sirènes »

    (ou « anges carnassiers« , comme il l’a même proféré…) ;

    et très pertinemment, un auditeur l’a interrogé sur cette « distinction »…

    …

    Le mot (et concept) qui personnellement m’a « arrêté » et « retenu » en ce premier chapitre de « Boutès » lu non « ambrosiennement« , c’est-à-dire non silencieusement

    (Saint Augustin racontant avoir vu Saint Ambroise lire sans qu’on entende sa voix, ni que ses lèvres bougent ; d’où l’expression « lecture ambrosienne« )

    par Pascal Quignard
    est celui d’ »acritique« , page 17 :
    …
    « la musique de la cithare
    _ d’Orphée _ fabriquée de main d’homme
    fait obstacle à la puissante sidérante
    _ ainsi Pascal Quignard a-t-il lui-même commenté l’étymologie de « désir » : dé-sidérant ! _ du chant animal _ féminin, chez les Sirènes, mamelues : et le détail revient à plusieurs reprises…
    …
    Ce que je traduis par chant animal, Apollonios

    _ du texte duquel « part » Quignard pour méditer sur Boutès se jetant à la mer pour

    (« dans les vagues noirâtres _ en grec « porphyres » _ qui se soulèvent aux abords des premiers rochers de l’île« , est-il dit page 11)

    rejoindre l’île aux sirènes _,

    …

    Apollonios, donc, l’appelle voix acritique.
    Voix « acritique », c’est-à-dire non séparée, indistincte, continue
    « 

    _ non passée au « tamis » de quelque « crible »…

    …

    Et ici encore un auditeur _ cultivé… et écrivain lui-même _ est intervenu avec beaucoup de pertinence, en proposant d’appliquer à cette « perspective » le concept de « sentiment océanique » de Sandor Ferenczi (1873-1933)…

    …
    Je poursuis la lecture :
    « Aussitôt après, Apollonios ajoute l’adjectif « aigüe ».
    …
    Le chant acritique est nécessairement soprano
    puisqu’il vient du monde où la vie se développe
    « 

    _ c’est-à-dire intra-utérin ;
    avant l’expulsion qui fera de la femme (charnellement aimée par un homme, « sexué » :
    le mot revient à plusieurs reprises, et sous la plume, et dans la voix de Pascal Quignard ; auteur, aussi, de « La Nuit sexuelle« )
    une mère…

    …
    Et Pascal Quignard précise :

    « Le monde où la vie se développe
    est le monde uniquement féminin
    qui ne connaît pas la mue
    _ cf le récit de « Tous les matins du monde » _
    comme le monde des hommes la connaît.
    …
    Voilà ce vers quoi s’élance Boutès.« 

    …

    …

    Bien à vous,
    …
    Titus Curiosus, ce 19 novembre 2008

  • Jubilatoire conférence hier soir de Bernard Sève sur le « tissage » de l’écriture et de la pensée de Montaigne

    Hier soir, à 18 heures à La Machine à Lire,

    Bernard Sève a pu enfin

    _ et avec quelle flamme ! en sa parole vive, précise et délicate _

    « donner » _ nonobstant la délicate coordination des diverses disponibilités d’agendas des librairies bordelaises et du conférencier, assez fortement requis par ses tâches d’enseignant (de philosophie esthétique _ et notamment auprès de doctorants) à l’Université de Lille-3 _

    pour la Société de philosophie de Bordeaux,

    la conférence sur Montaigne, d’après son si lumineusement éclairant _ mon pléonasme est maladroitement volontaire ! _ « Montaigne. Des règles pour l’esprit« , paru aux PUF en novembre 2007 ;

    …

    que personnellement j’appelais fortement de mes vœux, depuis l’achèvement de ma lecture de ce « sésame » montanien…

    …

    Bernard Sève avait choisi hier soir de diriger aimablement et délicatement notre attention sur ce que j’intitulerais « le tissage » entre l’écriture si idiosyncrasique de Montaigne _ « à sauts et à gambades » ; lui dictant,

    sous la dictée inspirante de son propre génie singulier, déjà,

    ses longues, longues écharpes de phrases si caractéristiques (de sa langue si richement « imagée » d’écrivain)

    à son secrétaire les notant en quelque sorte « à la volée » :

    …

    d’où cette allure de conversation, si vive, et si riche d’humour, du « texte » qui en fixe le parcours _ ;

    …

    Bernard Sève avait choisi de diriger notre attention sur ce que j’intitulerais

    « le tissage » entre l’écriture si idiosyncrasique de Montaigne, donc,

    et le penser

    _ encore plus riche et nuancé que cet « écrire » :

    collant si délicatement aux plus infimes nuances d’un pensable

    si proche, lui-même, de ce que son corps comme son âme,

    si unis, si amis, si mêlés,

    soufflent à son « génie », à sa « fantaisie »,

    à son esprit, précisément _ qu’il lui faut essayer de « régler » _,

    entre l’abîme de la folie

    _ dont nous a parlé hier soir Bernard Sève en cette si vibrante conférence _,

    et « l’entretien des Muses«  _ selon le mot (musical), un peu plus d’un siècle plus tard, d’un François Couperin _ ; « l’entretien _ merveilleux  _ des Muses«  :

    …

    ainsi ai-je pu, à mon tour abonder, en ce sens-là, en rappelant que le dernier mot des « Essais de Messire Michel, Seigneur de Montaigne« 

    _ puisque tel est le titre même que Montaigne a très précisément donné à son livre ! ainsi que nous l’a « rappelé » hier soir Bernard Sève ! (et écrit dans son article « Le « génie tout libre » de « l’incomparable auteur de l’Art de conférer » : ce que l’écriture de Pascal doit à Montaigne » _ in le numéro 55 / 2007 de « Littératures » : « Pascal a-t-il écrit les « Pensées » ?« , aux Presses Universitaires du Mirail) _,

    en son dernier chapitre

    de son ultime livre (« De l’expérience« , Livre III, chapitre 13),

    est une invocation aux Muses et à Apollon.

    …

    Je lis :

    « Les plus belles vies sont, à mon gré, celles qui se rangent au modèle commun et humain, avec ordre, mais sans miracle et sans extravagance. Or la vieillesse a un peu besoin d’être traitée plus tendrement. Recommandons-la à ce Dieu

    _ Apollon, donc : le seigneur des Muses… : Apollon cytharède… _

    protecteur de santé et de sagesse mais gaie et sociale :

    « Frui paratis et valido mihi

    Latoe, dones, et, precor, integra

    Cum mente, nex turpem senectam

    Degere, nec cythara carentem. »

    _ sois, traduits, ces vers d’Horace, en l’Ode 31 du livre I (des « Odes« ) :

    « Fils de Latone, puisses-tu m’accorder de jouir de mes biens en bonne santé, et, je t’en prie, avec des facultés intactes. Fais que ma vieillesse ne soit ni honteuse, ni privée de lyre« …

    …

    Je me contenterai de citer ces échanges de courriers électroniques du mois de décembre 2007,

    issus de ma lecture toute fraîche de ce si beau et si utile _ pour pénétrer les merveilles du penser si riche et si précis en l’infinie subtilité de ses diaprures de Montaigne _ « Montaigne. Des règles pour l’esprit » :

    …
    De :       Titus Curiosus
    Objet :     le « Montaigne » de Bernard Sève
    Date :     7 décembre 2007 07:42:39 HNEC
    À :       Frédéric Brahami

    …
    Cher Frédéric,
    …
    Je viens d’achever le « Montaigne » de notre ami Bernard Sève.
    Quel livre éclairant !

    même pour le « montanien » naïf que je suis,
    par rapport aux « montaniens » ô combien cultivés que, lui et toi, vous êtes.
    …
    Quelle entrée précieuse _ que ces « Règles pour l’esprit » _ dans le lacis de l’écriture du matois gascon périgourdin !
    Avec tout ce que cela peut révéler quant aux voies (et voix) multiples du cheminement philosophique,
    je pense notamment aux chemins divers (jusqu’aux sentiers) du « concept »…

    …
    J’ai beaucoup apprécié ton entrée « montanienne » de l’article de laviedesidees.fr
    _ en sa très belle recension « En-deçà, au-delà, du scepticisme« , du 3 décembre 2007 sur l’excellent site de « la vie des idées »… ;

    Frédéric Brahami est l’auteur de livres très remarquables, dont « Le scepticisme de Montaigne » (aux PUF, en 1997) et « Le travail du scepticisme. Montaigne, Bayle, Hume » (également aux PUF, en 2001) _

    à propos du « résumé » : « Tout abrégé sur un bon livre est un sot abrégé ».
    …
    Bernard Sève consacre un chapitre extrêmement intéressant, « Concepts, sentences et thèses« , à cette question,
    avec notamment un détour par les distinctions bergsoniennes
    , dans « La pensée et le mouvant« ,
    entre « concepts raides », « concepts souples » et « concepts individuels »…
    Il cite aussi le travail de Jean-Claude Pariente, « Le langage et l’individuel« , en 1973…
    …
    En tout cas, je me sens proche de ces cheminements-là _ les vôtres _,
    d’où cette « étiquette » de « montanien naïf » que je pourrais sinon revendiquer,
    du moins assumer…
    …
    As-tu reçu le passage _ prolixe _ de mon petit « essai » « Cinéma de la rencontre » ?
    Si tu disposes d’un peu de temps,
    il me plairait bien que tu me dises un petit mot de ce « montanisme » naïf de ma démarche.
    Même s’il faudrait sans doute avoir la patience (et d’abord le temps) de lire l’ »essai » en entier,
    c’est son « tout » qui fait sens,
    même pour un texte qui n’a certes pas le génie de celui de Montaigne…
    …
    Bien à toi,
    …
    Titus Curiosus
    …

    …

     De :      Bernard Sève

        Objet :     Réponse trop brève
    Date :     7 décembre 2007 10:57:29 HNEC
    À :       Titus Curiosus
    …
    Cher Titus Curiosus,
    …
    Merci de tout ce que vous dites du « Montaigne« .  Nous partageons un même amour pour son écriture, sa pensée, sa philosophie.  Je suis heureux que mon approche trouve des échos dans vos propres lectures de Montaigne, cela indique au moins que je ne me suis pas totalement égaré. Je suis intimement persuadé qu’il y a des forces et des richesses inouïes dans Montaigne, que la réduction que l’on fait ordinairement de sa pensée au « scepticisme » empêche, littéralement, de voir. J’essaie simplement d’attirer l’attention sur ces richesses, de les faire voir, c’est tout et c’est beaucoup.
    …
    Vous évoquez la possibilité que je vienne présenter le livre à Bordeaux.  Ce serait avec un très grand plaisir, et ce serait une occasion de vous revoir et de parler viva voce.
    …
    A très bientôt j’espère,
    …
    très amicalement à vous,
    …
    Bernard Sève

    …

    …

    Le 20 mai 2003, j’avais eu le très grand plaisir, et la joie, de présenter Bernard Sève lors de sa conférence dans les salons Albert Mollat, autour de son passionnant « L’Altération musicale _ ou ce que la musique apprend au philosophe » (paru aux Éditions du Seuil en août 2002)…

    …

    …

    De :       Titus Curiosus
    Objet :     Attirer l’attention, faire voir, c’est tout et c’est beaucoup
    Date :     7 décembre 2007 13:36:51 HNEC
    À :       Bernard Sève

    …
    Cher Bernard Sève,
    …
    Comme je vous suis en votre lecture si fine et si judicieuse de Montaigne,
    et comme je partage, aussi, les « règles » pratiques que vous savez en dégager…
    Car Montaigne, sans didactisme, sans profession de foi d’ »enseigner », nous propose modestement son exemple,
    son exemple de « juger »,
    en alerte de justesse, en permanence,
    et joyeusement.

    …
    D’autre part, et surtout,
    il n’y a aucune urgence à me lire…
    J’espère qu’alors, si ce temps vient, vous serez un peu « amusé » de mes « extravagances », de mes « dé-prises » _ vous mettez un peu « en garde » contre elles _,
    et j’ai même hâte _ je suis en train de me contredire, mais c’est une hâte toute « gratuite » et très joyeuse _ de la lecture que vous pourrez faire de mon petit « essai » sur le « Cinéma de la rencontre« ,
    quand il me semblera « terminé ». Quel lecteur de luxe vous ferez !
    …
    Vos remarques _ et « distinguo » _ sur le caractère ou pas d’ »interlocuteur » (de Montaigne) que pouvait lui être La Boétie, sont passionnantes, quant à ce qui sépare « conférer » et cette « amitié » unique de son espèce entre Etienne de La Boétie et lui…
    Pour ma part, je suis assez demandeur d’ »interlocuteur » dans la vie, et bien sûr rarement satisfait : demeurent cependant les livres : ils sont là, à peu près tranquilles dans leur disponibilité à nos questions et réactions…
    Ou le fantasme de la « librairie » montanienne, et ses « prospects »…
    Votre concept de « concept individuel » (d’après Bergson, et peut-être aussi Pariente) est passionnant, et me serait « d’usage », si je ne m’illusionne pas trop.

    …
    Mais je suis, pour l’ »écrire », « du genre » de Montaigne :

    « tant qu’il y aura de l’encre et du papier« , « j’ajouterai » des nuances, à l’infini des précisions, des « détails »…
    Du moins pour ce qui est des nuances du qualitatif.
    J’ai noté aussi votre remarque sur le peu de goût de Montaigne pour les raisonnements mathématiques.
    Il n’aurait pas été un sectateur de Galilée. et son « utile » diffère considérablement de celui d’un Descartes.

    …
    Merci, donc, de votre réponse.
    …
    Et j’avise Corinne Crabos de la Librairie Mollat de votre « disponibilité à refaire le voyage de Bordeaux« …
    …
    Titus Curiosus
    …

    …

    Voilà…

    Hier soir, mon souhait d’écouter viva voce Bernard Sève sur Montaigne a été comblé.

    Merci à lui.

    Merci à la Société de philosophie. Merci à La Machine à Lire. Merci à tous ceux qui ont aidé à ce que Bordeaux et les Bordelais entende un peu ce qui m’apparaît constituer un merveilleux « sésame »

    afin de mieux pénétrer le « monde montanien » ;

    et la parole vive et douce et ferme

    et généreuse

    de celui qui leur fut un grand maire…

    …

    Titus Curiosus, ce 14 novembre 2008

  • La Société de philosophie de Bordeaux reçoit : Bernard Sève ; puis Fabienne Brugère…

    La Société de philosophie de Bordeaux aura le plaisir d’accueillir,
    ce jeudi 13 novembre à 18h à La Machine à Lire (salle annexe, rue du Parlement-Saint-Pierre),
    et mardi 25 novembre dans les salons Albert-Mollat, de la librairie Mollat, 15 rue Vital-Carles,
    …
    les philosophes,
    Bernard Sève
    et Fabienne Brugère,
    …
    à l’occasion de deux conférences de philosophie,
    auxquelles le public le plus large
    est chaleureusement convié
    non seulement à assister
    _ par son écoute attentive _ ;
    …
    mais aussi à participer : par les questions au conférencier,
    enrichissant ainsi, par le dialogue,
    le questionnement
    _ philosophique _ du philosophe-conférencier (de départ :
    questionnement qu’il vient _ tout spécialement _ nous faire partager,
    en venant nous livrer quelques une de ses pistes un peu « personnelles » de recherche…) ;
    …
    questionnement dont celui-ci vient nous donner, en quelque sorte, la continuation du cours, du flux, plus ou moins bouillonnant (de ce questionnement « in progress« ) :

    « la bêtise serait _ Flaubert nous l’a appris _ de conclure« …
    …
    Ouvrant par là un débat dans les (= nos) esprits, dont la démocratie a aussi (bien) besoin : pour redevenir plus vivante…
    …

    …

    Voici ces deux annonces de conférences :

    …

    pour le jeudi 13 novembre, à La Machine à Lire : Bernard Sève ;

    et le mardi 25 novembre prochain, à la Librairie Mollat : Fabienne Brugère.

    …

    …

    Bernard Sève, sur « Montaigne. Des règles pour l’esprit »
    …
    Montaigne est-il seulement un philosophe sceptique ? Il critique certes la raison, sa présomption, son impuissance. C’est le fameux « Que sais-je ? ». Mais la raison n’est pas la seule faculté intellectuelle, ni même la plus importante.

    Les « Essais » sont d’abord une extraordinaire enquête sur la puissance de l’esprit, que Montaigne distingue soigneusement de la raison. Livré à lui-même, l’esprit invente, croit, divague… En somme, il imagine,

    pour le meilleur (l’invention poétique) et pour le pire (le fanatisme religieux).

    Comment « régler » cette puissance fantasque ?
    …
    Bernard Sève est professeur d’esthétique et de philosophie de l’art à l’Université Lille 3. Il est notamment l’auteur de « La Question philosophique de l’existence de Dieu« , P.U.F. 1994 et 2000) et de « L’Altération musicale, ou Ce que la musique apprend au philosophe » (Seuil, 2002) ; ainsi que de « Montaigne. Des règles pour l’esprit » (paru aux PUF, le 27 novembre 2007).
    …
    Ensuite,

    la Société de philosophie de Bordeaux aura le plaisir d’accueillir, le mardi 25 novembre à 18 h, dans les salons Albert Mollat, 15 rue Vital-Carles,
    …
    Fabienne Brugère, sur « Le sexe de la sollicitude » :

    …
    Pourquoi les femmes restent-elles majoritairement des pourvoyeuses de soin et des mères dans presque toutes les sociétés, même dans celles où les mouvements féministes ont eu un impact certain dans la promotion d’une égalisation des devenirs des femmes et des hommes ? On répond ordinairement : parce que c’est une affaire de nature féminine.
    …
    Alors, la sollicitude, cette relation aux autres sur le mode de la protection, a-t-elle vraiment un sexe
    , le « deuxième sexe » pour reprendre l’expression de Simone de Beauvoir ? Si tout ce qui porte les femmes aux tâches d’amour et de soin est largement culturel, comment déconstruire cette assignation sexuée injuste ; et sauver la sollicitude qui n’est ni la compassion, ni la charité ?
    …
    Pour y répondre, Fabienne Brugère défendra une conception de l’individu qui n’est pas celle de l’individu autonome, performant _ masculin généralement _, prônée par l’ultra-libéralisme économique. La sollicitude doit valoir comme une reconnaissance de l’individu dépendant et, plus généralement, de la vulnérabilité (des humains, des institutions, de la nature).
    …
    Fabienne Brugère est professeure de philosophie à l’Université Michel de Montaigne Bordeaux3. Elle est actuellement Présidente du Conseil de Développement de la Communauté urbaine de Bordeaux. Elle dirige (en collaboration avec Anne Sauvagnargues) la collection « Lignes d’art » aux PUF. Ses centres d’intérêt sont la réflexion sur l’art, la question des sentiments et du partage entre usage privé et public, le féminisme.

    …

    Ouvrages déjà publiés : « Théorie de l’art et philosophie de la sociabilité selon Shaftesbury« , Champion, 1999 ; « Le goût. Art, passions et société« , PUF, 2000 ; « L’Expérience de la beauté« , Vrin, 2006 ; « C’est trop beau« , Gallimard, Jeunesse giboulées, 2008 ; « Le sexe de la sollicitude« , Paris, Le Seuil, « non conforme », paru ce mois d’octobre 2008.

    …
    Je reprends ma parole :
    j’ai personnellement présenté Bernard Sève, le 20 mai 2003, dans les salons Albert-Mollat, pour son _passionnant _ livre sur la musique, « L’Altération musicale, ou Ce que la musique apprend au philosophe » : c’est un ami…
    …
    Quant à Fabienne Brugère,
    je n’ai pas besoin de la présenter aux bordelais
    : elle enseigne à l’Université Michel-de-Montaigne-Bordeaux-3 depuis l’année 2001, en qualité de maître de conférences, et de professeur depuis septembre 2004… Elle aussi a focalisé sa réflexion, et une partie importante de son enseignement, sur l’Esthétique :
    ce que je me permettrai d’interpréter comme un certain souci de l’altérité (du réel, comme de la personne _ ou « l’autre » ; « souci » quelque peu en crise ces derniers temps-ci _ d’ultra-libéralisme exacerbé, notamment, mais pas seulement…)…

    …

    Je reviendrai  très prochainement sur cette question, à propos du _ passionnant ! et urgent !_ livre de Michaël Foessel, dont je me permets de recommander d’ores et déjà très vivement la lecture : « La Privation de l’intime_ mises en scène politiques des sentiments« , paru ce mois d’octobre 2008, lui aussi, aux Éditions du Seuil…

    …
    Titus Curiosus, ce 10 novembre 2008