Catégorie : Littératures

  • Le suicide d’une philosophe : de la valeur de vérité (et de justice) dans le marigot des (petits) accommodements d’intérêts

    Un article _ hélas _ significatif (du présent : de la « société »…) sur l’excellent blog de philosophie de François Noudelmann : « 24 heures Philo » _ sur le site de Libération ; en date du 3 novembre 2008…

    …

    03/11/2008

    « Une philosophe broyée par l’université de Brest »

    (sic)

    Par Jacques Dubucs, Jean Gayon, Joëlle Proust, Anouk Barberousse, Philippe Huneman•

    «  Marie-Claude Lorne, philosophe, s’est donné la mort à 39 ans. En 2004, agrégée de l’Université, elle avait soutenu une thèse de philosophie des sciences et bénéficié, durant sa rédaction, de plusieurs subventions internationales. Par la suite, elle a effectué deux séjours postdoctoraux, à Montréal et à l’Institut d’Histoire et de Philosophie des Sciences et des Techniques de Paris (IHPST). Elle a enfin été élue en mai 2007 à un poste de Maître de Conférences à l’Université de Bretagne Occidentale (Brest).

    Engagée dans une recherche de longue haleine sur les notions de fonction, d’information et d’intentionnalité en psychologie et en biologie, ainsi que sur la biologie contemporaine du développement, Marie-Claude Lorne devenait clairement une autorité en philosophie de la biologie, une interlocutrice privilégiée de ceux qui, Français comme étrangers, sont au premier plan de cette discipline. Tous ceux qui l’ont croisée ont été impressionnés par l’exigence et la clarté de sa pensée. Sur le terrain des idées, Marie-Claude ne transigeait jamais. Beaucoup se souviendront de ses interventions passionnées lors des colloques de philosophie. Pour cela, ses amis l’admiraient et enviaient son intransigeance : jamais elle ne cédait devant un argument qu’elle n’estimait pas intégralement clair ou satisfaisant.

    Le 22 septembre, elle laissait à son domicile une lettre annonçant son suicide ; le 3 octobre, son corps a été retrouvé dans la Seine. Sa disparition est une grande perte pour la philosophie, française comme internationale ; elle laisse une œuvre interrompue que ses collègues auront à cœur de rendre publique.

    Pourquoi cette jeune musicienne et mélomane raffinée, se comptant beaucoup d’amis, cette femme enthousiaste aimant les bons vins, les dîners et les soirées d’après conférences, a-t-elle ainsi abrégé sa vie ? Sa longue lettre d’adieu fait état de sa «non titularisation» comme maître de conférences à l’Université de Bretagne Occidentale. Il faut savoir qu’en général, cette titularisation va de soi ; son refus nécessite des carences majeures publiquement attestées (non effectuation du service, incompétence pédagogique majeure, violence _ et encore, celles-ci n’ont que très rarement entraîné un rejet du corps universitaire, comme beaucoup peuvent en témoigner).

    Chercheuse hors pair, Marie-Claude Lorne était aussi une enseignante irréprochable : de multiples témoignages d’étudiants et de collègues viennent maintenant nous le confirmer. Ainsi, cette sentence, prise par une commission de spécialistes ayant siégé et œuvré dans des conditions peut-être légales mais déontologiquement invraisemblables et inacceptables au regard des us et coutumes universitaires, s’avère indubitablement une «décision injuste» (deux membres présents sur dix titulaires et dix suppléants ont siégé ; contre tous les usages de l’Université, la décision n’a été communiquée à l’intéressée qu’après trois mois, à la veille de la rentrée). Marie-Claude a elle-même souligné l’injustice foncière de cette décision dans sa lettre d’adieu. Après le drame, huit des membres de la commission de spécialistes ont véhémentement protesté par lettre auprès de l’Université, du recteur, du ministre et du Conseil National des Universités.

    De fait, une telle décision n’avait rien d’irréversible, tant les amis que Marie-Claude avait alertés, étaient déterminés à faire valoir son droit à l’encontre d’une sanction qu’ils estimaient, sur la forme comme sur le fond, inique. Néanmoins, quelle que soit l’issue des recours, elle disait se voir condamnée à exercer à l’avenir son métier dans un «environnement professionnel hostile», perspective qu’elle refusait à juste titre de supporter. Même si nous ne comprendrons jamais vraiment pourquoi Marie-Claude a vécu cette décision comme injuste au point de se donner la mort, il est clair qu’elle l’a entendue comme un arrêté ultime, irrévocable à l’encontre de sa légitimité comme philosophe, c’est-à-dire comme une violence symbolique extrême.

    Marie-Claude aimait vraiment la vérité, fidèle en cela à l’exigence originelle de la philosophie. Le semblant, quelque nom qu’on veuille bien lui donner _ « diplomatie » les bons jours, « hypocrisie » les mauvais _ elle n’en voulait pas. Elle n’a jamais cédé là-dessus, refusant de feindre de se ranger aux avis de plus puissants pour tirer les bénéfices de son allégeance. D’où, bien sûr, des difficultés prévisibles ; elle les connaissait et les acceptait.

    La tragique disparition de Marie-Claude Lorne nous interpelle sur un monde du travail capable d’ainsi broyer les individus, et demande une réaction énergique. Toutes les enquêtes le montrent : le taux des suicides déclenchés par des motifs professionnels est en hausse inquiétante. Lorsqu’une telle dérive en vient à toucher des institutions républicaines, elle est particulièrement insupportable.

    A Brest, Marie-Claude en a payé le prix. Un prix démesuré. »

    Jacques Dubucs (Directeur de recherche, Directeur de l’IHPST (CNRS/Paris I Sorbonne/ENS) ; Jean Gayon (Professeur à l’Université Paris I Sorbonne) ; Joëlle Proust (Directeur de recherche, Institut Jean Nicod (CNRS/EHESS/ENS)) ; Anouk Barberousse, Philippe Huneman (Chargés de recherche à l’IHPST).

    Rédigé le 03/11/2008 à 15:05

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    Voici les sites qui parlent de Une philosophe broyée par l’université de Brest :

    Commentaires

    Avec pressions à la clé.
    Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés… même à l’Université.

    Avec tristesse et révolte, je pense à cette femme brillante bien sûr, mais surtout intègre et bien trop jeune pour un tel destin tragique.

    http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=46451

    Rédigé par: candide | le 03/11/2008 à 17:09

    Ce genre de geste, malheureusement, se renouvellera … Ce ne sera que la conséquence logique de l’autonomie des Universités qui permettra toutes les magouilles locales de petit groupes de baron(ne)s locaux sans aucun contrôle … Aujourd’hui, ces contrôles sont déjà rares … la preuve !

    Rédigé par: B.D. | le 03/11/2008 à 17:14

    L’université compte autant de cuistres que de savants ; et parmi les raisons de son effacement, les batailles pour trois ronds de frites, les rivalités de personnes, de territoires… D’où la nécessité d’apprendre les hommes, avant d’étudier les livres… Quelle triste affaire qui sent le provincialisme à plein nez… Sans compter qu’un poste de maître de conférences n’est déjà pas la panacée pour un savant de haut niveau : faut-il un dessin des obligations de service ? Refuser la titularisation dans ce cas, c’est effectivement renvoyer la personne sur les bords de Seine, lui courbant l’échine et l’injuriant en bas-breton

    Rédigé par: Vieux Taxi | le 03/11/2008 à 17:40

    Bien entendu, je ne connais ni cette collègue, ni les « dessous » de l’affaire. Mais je sais que le monde universitaire peut être, au moins autant que le monde des affaires, impitoyable ; et qu’en outre on n’y a pas droit à l’oubli ! J’assure les collègues de ma profonde sympathie.

    Rédigé par: quercus | le 03/11/2008 à 17:56

    La lente mais irrésistible putréfaction de l’Université démontre l’achèvement de la phase terminale du nihilisme européen : le milieu philosophique lui-même est profondément gangréné par le cynisme, le ressentiment et la volonté de vengeance. Aucune générosité intellectuelle ni aucune recherche désintéressée de la vérité ; seulement des conflits d’ego et des haines recuites. Alors effectivement, ceux qui _ parce qu’ils existent _ tentent vraiment de « penser » dans ce cloaque doivent avoir le cœur bien accroché. Mme Lorne était probablement trop délicate pour l’Université. Qu’elle repose en paix.

    Rédigé par: Crocodile | le 03/11/2008 à 18:08

    Cette affaire très regrettable a déjà fait l’objet d’articles sur le net beaucoup moins clairs et objectifs que celui-ci. Néanmoins, il me semble qu’un suicide est chose trop personnelle pour qu’on puisse s’en saisir pour faire le procès de l’Université comme d’aucuns l’ont essayé ailleurs.
    Il est en effet très rare qu’une titularisation soit refusée. Maintenant, je suis scandalisé par les conditions dans lesquelles la décision a été prise : deux membres présents seulement. Que faisait donc le collègue chargé de présider la section de spécialistes en question ? Cela fait partie de ses attributions de téléphoner aux uns et aux autres pour avoir du monde.

    Rédigé par: Pomponius | le 03/11/2008 à 18:46

    L’émotion m’étreint à lire ces lignes. Universitaire scientifique, bien que beaucoup plus modeste que Mme Lorne, j’ai également ressenti cette violence sans nom à l’issue de ma thèse au moment où j’envisageais de me tourner vers la recherche.
    Cet absolu respect de la vérité que j’ose estimer partager avec elle ne permet pas de s’accomoder du « système ». « Psychorigide« , ai-je souvent entendu.
    Mme Lorne par son geste désespéré (?) ou héroïque attire notre attention sur ce qui ne va pas en Philosophe _ qui guide vers la Vérité. Puisse-t-elle trouver le repos de l’esprit dans le grand sommeil de la mort.

    Rédigé par: michel | le 03/11/2008 à 18:52

    Encore sous le choc pour quelqu’un que je ne connaissais pas, mais pour une situation qui concerne la pseudo collégialité à l’université. Cet événement en rappelle d’autres…

    Ce drame nous touche tous et nous oblige à réfléchir au « fonctionnement » de nos belles institutions.

    Mes condoléances sincères et mes pensées à ses proches
    Avrel

    Rédigé par: Avrel | le 03/11/2008 à 18:56

    Triste Université qui est une véritable « machine à formater du tiède » : recherches audacieuses et recherches critiques étouffées ; recrutements de complaisance ; rabougrissement de la pensée au profit de de pathétiques batailles entre ego mal placés…

    Rédigé par: Isabelle | le 03/11/2008 à 18:57

    Actuellement, c’est toute la philosophie académique, du secondaire à l’Université, qui se laisse broyer sans piper mot et consent à son propre marasme et avilissement. On n’entend que Badiou sauver un peu l’honneur, alors que tous les professeurs de philosophie sans exception devraient aller dans les rues expliquer le « Discours de la servitude volontaire » ou « Le Capital« .
    Et en interne, que dire, sinon que ça pue intensément ? Inégalités monstrueuses des charges de travail, incapacité à se mettre d’accord sur des progressions d’apprentissage raisonnées, incapacité à motiver et harmoniser des évaluations, querelle des chapelles (continentale ou analytique, appepienne ou acirephienne), rareté malthusienne des postes et guerres intestines subséquentes (qui font à présent des morts), isolement ; et impossibilité de poursuivre un travail de recherche dès lors qu’on enseigne dans le secondaire tant l’avalanche de classes et de copies rend impossible même le loisir nécessaire à la lecture et à la simple pensée, etc., etc.
    Non, décidément, la philosophie n’est pas faite pour tout le monde. Il faut pour pouvoir en vivre tolérer un degré de turpitude, de violence et de miasme qui ferait vomir n’importe qui possédant quelque bon sens réellement partagé.
    Evidemment, les pages du magazine « Philosophie », ou les joliesses et belles phrases médiatico-lénifiantes de Raphaël E. ne donnent aucune idée de tout cela, ni d’ailleurs non plus des sacrifices qu’il faut faire pour pouvoir réaliser son rêve de penser et enseigner en compagnie de maîtres en humanité si l’on n’est pas issu d’un milieu d’héritiers. Car le fond de l’affaire est là. La philosophie académique est la chasse gardée de l’Ecole réactionnaire et de la réaction tout court. On y tire à vue sur tout ce qui n’a pas l’apparence de respecter, relativement à ces turpitudes, un silence de bon aloi, bourgeois et cossu comme l’essentiel du recrutement philosophique académique lui-même, comme si ce silence-là était en soi une garantie de justesse et de justice.

    Hélas, à quelques exceptions près, les « philosophes », dans leur silencieuse grégarité, auront consenti à la disparition de l’Ecole publique, si elle disparaît ( ce qui, au train où vont les choses, ne va pas manquer d’arriver). Sans doute même beaucoup auront-ils souhaité cette disparition, n’y voyant aucun inconvénient, pour pouvoir eux aussi, comme untel et untel dont le nom ne mérite pas d’être cité, vivre « philosophiquement » en vendant de la conférence culturelle à des gogos tout aussi héritiers qu’eux, à raison de 6000 euros la demi-journée.
    Non, la montagne de dégoût qui a anéanti Mme Lorne n’est pas du tout inconcevable : il est très facile de l’éprouver et il est très difficile de ne pas y céder. On aimerait souvent, comme Nietzsche, pouvoir trouver un prétexte honnête, une maladie, pour quitter cet affligeant milieu et aller respirer enfin l’air des cimes afin de retrouver le meilleur de l’humanité en discutant contre, tout contre, Platon.

    Rédigé par: pamyr | le 03/11/2008 à 19:26

    J’étais loin d’être aussi brillant que Mme Lorne, mais je comprend sa souffrance, de six années de sacrifices impossibles à courir après la CNU et une qualification.
    L’université française tue la qualité et la compétence, on le sait depuis longtemps. On découvre qu’elle le fait au sens propre.

    Rédigé par: Jo | le 03/11/2008 à 19:32

    …

    Voilà pour cet article et ses commentaires de lecteurs sur le blog 24 heures Philo.
    …
    N’étant pas moi-même universitaire ; et, éprouvant, a contrario _ positivement donc _, pas mal d’estime ; et c’est un euphémisme : beaucoup ! _ personnelle _ pour la plupart des collègues philosophes qu’il m’arrive de fréquenter, notamment au sein de la « Société de philosophie de Bordeaux » ;

    je n’en ai que davantage d’aisance à citer ces différents témoignages ci-dessus, sur le blog 24 heures Philo, donc, comme l’expression symptômatique du malaise de toute notre société _ rien moins ! envisagée comme un tout solidaire… _ ; ainsi, ce malaise, que celui des institutions _ l’université, mais plus largement, l’Ecole,

    qui ont en chargent d’aider à « se former », « se développer », « s’épanouir », les esprits (et les personnes)…

    …

    Malaise face aux valeurs de vérité et de justice…

    Montaigne intitulait le premier « essai’ de son troisième et dernier livre d’ »Essais » : « De l’utile et de l’honnête« …

    …

    J’ai la chance de ne pas disposer de _ ni subir _ un « tempérament » pessimiste ;

    il n’empêche ;

    je suis, ou/et demeure, « de plus en plus » inquiet

    de ce qu’un des commentateurs de l’article publié sur ce blog de François Noudelmann et Eric Aeschimann nomme « le nihilisme européen » _ ou plutôt « occidental » ? voire « mondialisé » ?.. _,

    et qui sape les fondements de la confiance de chacun

    tant en ses propres forces _ jusqu’à des suicides, tel que celui de cette philosophe de trente neuf ans !… _,

    qu’en les autres,

    en « le monde »…

    …

    Très personnellement, donc,

    je me permets ici d’exprimer mon accord avec la « réception », par Laurent Joffrin, dans son (bel) éditorial _ « Yes, he can » _ de Libération le jeudi 6 novembre, de l’élection de Barack Obama à la fonction de présidence des Etats-Unis d’Amérique ;

    et l’accès, de fait, de ce dernier _ « beau, jeune et bronzé« , s’est autorisé à proférer l’inénarrable bouffon Berlusconi (un des « toutous » de Busch encore en poste…)  _ à un certain leadership mondial ; et cela, qu’on s’en satisfasse, ou accommode, ou pas ; ou plus ou moins… ;

    …

    quand il _ Laurent Joffrin _ débute ainsi son article :

    « L’avenir a changé de camp.

    Pendant plus de vingt ans, les conservateurs l’avaient annexé.

    Ils viennent de le perdre.« 

    …

    Car c’est aussi ainsi que j’ai interprété, en un article précédent _ « Sur le réel et le sérieux : le « point » de Paul Krugman sur l’enjeu de l’élection américaine du 4 novembre aux Etats-Unis » _, l’attribution, ce mois d’octobre-ci, du “prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel” à Paul Krugman ;

    par comparaison avec l’attribution de ce même “prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel”, en octobre 1976, il y a exactement trente-deux ans, à  Milton Freedman…

    …
    J’ose interpréter ces divers événements

    comme davantage que seulement un signe,

    comme un bien réel sursaut

    _ celui que Nietzsche, l’ »anti-nihiliste » en chef, appelait si fort de ses voeux, par exemple dans « Ainsi parlait Zarathoustra _ un livre pour tous et pour personne » _,

    comme un bien réel sursaut, donc, pour s’extirper de ce « nihilisme« ,

    de la « pulsion de mort » mortifère

    _ selon Freud (dans ses si essentiels « Essais de psychanalyse« ) ;

    qui,

    tant sadiquement que masochistement,

    sape _ durablement et terriblement : en l’effondrant, à force de l’effriter… _ le sol même sur lequel s’efforcent de marcher, et essaient de se tenir (debout), et d’avancer, les personnes « humaines »…

    …

    Bref, à rebours de ce que ce suicide de la philosophe semble montrer

    _ plutôt que « démontrer »… _,

    je veux voir, en l’élan

    _ interprétant le sien, personnel, d’ »élan », comme celui d’un peuple entier (le peuple de Walt Whitman, en ses « Feuilles d’herbe« ) qui « se réveille » de ses mauvais rêves (d’alcoolique) _ ;

    …

    je veux voir, en l’élan qui porte Barack Obama

    _ comme en l’élan qui avait porté, le mardi 8 novembre 1932, Franklin Delano Roosevelt _,

    un « espoir » d’inversion _ enfin, depuis trente deux ans !!! (1976) _ de nos valeurs « sociales » :

    politiques (à propos du rôle et de la valeur de l’Etat _ et du service public !!! _,

    économiques,

    culturelles ;

    existentielles, in fine…

    …

    Modestement,

    …

    Titus Curiosus, ce 8 novembre 2008

  • L’invention verbale des « petites coiffeuses » : à la source du goût des livres

    …

    Post-scriptum (à « Sous la lune :  consolations des misères du temps« ) :

    …

    Arpentant les « Confins de la mémoire«  de ce même Maxime Cohen,

    son premier ouvrage publié (en mars 1998, aux Éditions de Fallois), pour les avoir commandés dès mon début de lecture des « Promenades sous la lune« ,

    j’en découvre ce que la Quatrième de couverture de ces « essais » énonçait très explicitement (et on ne peut plus justement !) ainsi : « Il a conté la naissance de sa passion pour les livres dans un récit _ c’est le terme adéquat ! _, « Confins de la mémoire » (Fallois, 1998)« …

    …

    Par exemple, je lis, page 146, de ce « récit » de « recherche des origines« ,

    dans lequel « le narrateur essaie de _ et réussit à _ retrouver, dans ses souvenirs, le foyer de ses sentiments d’aujourd’hui.

    (…) Il cherche (…) à identifier des états d’âme encore présents, et qui ne cessent de nourrir sa sensibilité« , indiquait la Quatrième de couverture de ces « Confins« -là, en 1998…

    …

    Voici ces extraits des pages 145 – 146

    à propos des « trouvailles langagières«  de deux personnes assez caricaturales, les deux « petites coiffeuses » de Paray-le-Monial (et « petites protégées » de la grand-mère du narrateur) auxquelles le chapitre 12 (pages 141 à 147) est tout entier consacré ;

    d’ailleurs, l’auteur remarque, pages 143-144, « par une bizarrerie que je suis incapable d’expliquer, les personnages qui peuplaient les rues de Paray(-le-Monial

    _ où résidait la grand-mère maternelle particulièrement adorée de Maxime,

    telle la grand-mère de Marcel, ou sa tante Léonie de « Combray« , dans le récit d’ouverture de « La Recherche » de Marcel Proust ;

    …

    et centre, ou pivot, de ce récit des « Confins de la mémoire«  ;

    …

    et qui sont aussi, et d’abord, peut-être, un « tombeau » de sa « grand’mère« ,

    …

    comme les artistes, et notamment les musiciens, en honoraient leurs amis chers défunts :

    par exemple, les quatre « Tombeaux de M. de Blancrocher« , luthiste (Charles Fleury, dit Blancrocher : ca 1607 – novembre 1652),

    mort, ce mois de novembre 1652, d’une chute dans un escalier : le défunt ayant expiré dans les bras de Froberger ;

    « Tombeaux  » de musique « élevés » à la mémoire du luthiste par ses amis Louis Couperin (ca 1626 – 1661) et Johann-Jakob Froberger (1616 – 1667), clavecinistes ; et Denys Gaultier (1597 – 1672) et François Dufault (fl 1629 – 1669), luthistes  :

    …

    un merveilleux « concert »

    construit autour de deux Suites de « pièces en la«  et « en fa » (comportant, la seconde, ce « Tombeau de M. de Blancrocher« ), de Louis Couperin

    _ l’œuvre entier de Louis Couperin est peut-être, par la « profondeur » méditative, intense, infiniment tendre et grave, en son raffinement, le summum de toute la musique française !!! _,

    et de « pièces » (deux d’entre elles, au moins, composées à Paris : une « allemande« , notée « fait à Paris » ; et une « gigue« , « nommée la Rusée Mazarinique« ) de Johann-Jakob Froberger

    _ un très, très grand, lui-même, aussi !!! _ ;

    avec la « Passacaille » (unique) de Luigi Rossi (1598 – 1653), et un « Capriccio » en sol de Girolamo Frescobaldi (1583 – 1643) ;

    …

    vient de paraître en CD par le très talentueux jeune (il est né en 1985) Benjamin Alard (dont chaque disque est une nouvelle splendide réussite : cf ses « Transcriptions pour clavecin » de Jean-Sébastien Bach, CD Hortus 050 : un enchantement, déjà !) :

    il s’agit du CD « Manuscrit Bauyn« , CD Hortus 065 ; je me permets de le recommander très vivement. Fin de l’incise sur le genre (profond et magnifique) des « Tombeaux« …

    …

    les personnages qui peuplaient les rues de Paray

    _ je reprends le fil de ma phrase (et de la citation de Maxime Cohen, page 143) _

    ou qui venaient nous rendre visite,

    ne prenaient pas en moi _ déjà, commenterai-je _ le caractère de personnes réelles.

    …

    Tous

    se résumaient _ le terme est éloquent ! une personne « se résume« -t-elle ?.. _ à un tic, un mécanisme, un mot, une histoire brève : c’étaient des caricatures qui semblaient n’avoir d’épaisseur _ sinon « langagière«  _ ni dans le temps ni dans l’espace » _ soit le seul réel physique…

    …

    Et « ce jeu d’ombres chinoises _ voilà ! _ nous amusait beaucoup mon frère, ma sœur et moi.

    Ma grand’mère semblait même l’encourager _ ah ! ah ! _ lorsque, venant en visite à Paris, elle nous racontait, un après-midi entier, les derniers agissements de ce peuple de fantôches _ réduits au statut de « comparses » sur la scène de ce qui compte vraiment… _

    qui, pour avoir quelque chose d’irréel _ jusqu’à quel point ? et pour qui ? et par rapport à quels critères ? _, n’étaient pas moins exemplaires de la nature humaine toute entière

    par l’excès même de leur schématisme.« 

    …

    Avec ce commentaire surplombant du narrateur : « C’était comme si les ombres de la caverne de Platon eussent été les patrons sur le modèle desquels tout le reste de l’humanité aurait été fabriqué, et non pas les reflets d’êtres plus réels« …

    La restriction est encourageante…

    …

    Voici, après ce préalable de « présentation »,

    l’extrait des pages 145 – 146 à propos des « trouvailles langagières » des deux « petites coiffeuses »

    dont se repaît, encore aujourd’hui (comme en 1998), Maxime Cohen :

    …

    « Quoiqu’il ne sortît de leurs bouches que des coquecigrues

    _ soit le mot même venu sous la plume de Madame de Sévigné dans sa lettre « fantasque »

    (d’une « promenade sous la lune » « dans le mail » des Rochers, le « 12e juin » (de 1680) _,

    elles étaient riches de trouvailles langagières que je ne me lassais pas de goûter

    et que ma grand’mère épinglait plus tard, en privé,

    quand nous nous remémorions en riant les conversations qu’elles nous avaient tenues.

    …

    Car il n’y a pas besoin de dire des choses intelligentes pour les dire plaisamment ;

    mais les plus belles pensées, dites sans invention, tombent à plat.

    …

    Celles des coiffeuses, quoique triviales, étaient excessivement amusantes

    par le ton qu’elles prenaient,

    la mère surtout dont la voix haut perchée et le débit précipité la faisaient ressembler à une serinette,

    et par la truculence de leurs expressions

    dont ma grand’mère se demandait tout haut « où elles allaient les pêcher«  ;

    …

    Avec cette leçon, plus générale _ voire « esthétique », ou « philosophie du goût », si l’on veut… _, qu’en tire alors l’auteur _ et remarque à laquelle je veux en venir, en ce post-scriptum :

    …

    « Je m’aperçus que ce ne sont point les pensées qui créent le plus de plaisirs littéraires : elles donnent de l’étonnement, de la réflexion, du lustre 

    mais c’est l’invention verbale, qui procure les agréments de la langue

    _ les « plaisirs, les agréments« , voilà donc l’aune du goût, ici, de Maxime Cohen, en ces « Essais » ;

    par dessus « l’étonnement« , « la réflexion« , le « lustre«  des « pensées« , même :

    d’où la méfiance assez endémique de Maxime Cohen tant pour la philosophie

    que pour le « réel », en tout cas « brut », lui-même… _

    …

    et les plus grands génies n’en sont pas mieux dotés _ de ce « génie » du verbe _ que les plus obscures commères

    _ provinciales, telle la formidable, elle aussi, « Françoise » du narrateur de « Combray« …

    …

    Saint-Simon ne reproche-t-il pas à Louis XIV une intelligence au-dessous du médiocre,

    et avec cela un don exquis pour s’exprimer,

    une langue courte, nette, resserrée

    _ c’est-à-dire classique : la parole du roi « devant » porter (avec puissance !)… _ ?

    …
    Lui-même _ Saint-Simon _ dépourvu des vues profondes de Montesquieu ou de Gondi _ le cardinal de Retz _, ne brille-t-il point par cette verve

    à laquelle il doit plus de gloire qu’à ses prétentions nobiliaires ?
    …

    Alors, en conclusion, page 146 des « Confins de la mémoire«  :

    « Les petites coiffeuses, à leur manière,

    méritaient la même sorte d’éloge _ que Saint-Simon, Louis XIV (ou la « Françoise » de Proust) … _,

    quoique avec des restrictions encore plus fortes » _ forcément (pour Saint-Simon, du moins)…

    …

    Et : « Ainsi, le peuple des mécaniques de Paray

    vivait-il à mes yeux

    dans un tourbillonnant ballet _ musical, en quelque façon, tout de même _

    dont ma grand’mère _ par sa « science admirable » du contexte (local) et de « la généalogie infinie de ces personnages«  _ seule était capable de démêler tous les pas« …

    …

    « Et lorsque je m’émerveillais de la multitude des aventures qui faisaient l’objet de tant de petites histoires,

    de l’incroyable variété de ces âmes et de ces mouvements qui les agitaient,

    c’est sur un ton d’évidence accablée qu’elle _ Marie-Louise Couesnon, la grand’mère (de Maxime) de Paray-le-Monial _ s’exclamait :

    « Mais mon pauvre enfant,

    mais c’est partout pareil !« …

    …

    Soit la hiérarchie du goût, et, d’abord, de la « sensibilité » de Maxime Cohen,

    ainsi que sa « philosophie des choses minuscules« 

    (l’expression se trouve page 151 des « Confins de la mémoire » ;

    soit son « leibnizianisme », notamment au chapitre « Sur la bibliothèque de Leibniz« , aux pages 260 à 268 des « Promenades sous la lune« ) ;

    …

    soit une affaire d’attention et de focalisations ;

    convenant aussi, bien sûr, aux livres :

    …

    « En cela, les livres furent pour moi le vrai microcosme du monde.

    Toutes les saveurs qu’il _ le monde _ exhale,

    ils _ les livres, en plus du talent même et de l’ »invention verbale » (ou du style, au « naturel ») de leurs auteurs : en leur matérialité première _ les restituent à un lecteur attentif :

    …

    et leurs coins, leurs contours et leurs renfoncements _ artisanaux, physiques _

     n’en exprimaient pas de moins inoubliables _ de ces « saveurs » on ne peut plus physiques _

    que la maison de ma grand’mère ou les rues de Paray » (à la page 153 :

    les deux pages consacrées à ces « saveurs » physiques des livres, pages 153 et 154, sont assez stupéfiantes, même ! :

    « Dès mes premières lectures, j’y trouvai une odeur de gâteau sec dont le plus fort est à la charnière de la page, le long de la reliure. Il faut que le papier soit un peu brûlé pour que cette saveur soit bien développée. Le papier de bois est seul à la donner ; le papier de chiffon en donne une autre. Les éditeurs savent les accommoder de diverses façons, brochés, reliés, cousus, encollés, coupés ou non : tous ont une empreinte distincte » ;

    « En cherchant un peu, on y respire un parfum d’antique. C’est une chose difficile à définir : ce n’est pas une odeur de fleur ni de fruit ni de rien qui ait naturellement une odeur ; on la retrouve dans certains objets _ ce qu’on nommait jadis les fruits de l’industrie humaine : vieilles demeures, vieux meubles, vieux cuirs, vieux vins, vieux chiens. Elle n’existe _ même ! _ que dans cette recension et par cette rémanence _ sans doute ici des opérations-clé ! Il y a dedans une pointe de poussière, mais seulement une pointe ; c’est d’ailleurs plutôt de l’herbe séchée ou de la sciure ou de la carcasse d’insecte. Mais la poussière est faite d’un peu tout cela. »

    Et encore « L’odeur initiale de blé roussi est dominante. C’est une pâte encore moelleuse mais qui a perdu de sa mollesse. »

    « L’odeur change quand on se rapproche de la tranche. Elle est moins fruitée, plus acide. Acide n’est pas le mot juste, c’est aigre qu’il faut dire.

    …

    Si l’on en vient au bois du papier, ce n’est pas du bois vert : pas assez d’amertume ; du bois mort non plus : trop de rondeur. C’est un bois qui est au point extrême de son brûlement. Cette chaleur, les feuilles la communiquent en même temps que le sens de leurs phrases : c’est d’elles qu’elles tirent un peu de la leur« .

    …

    Avec cette conclusion ouverte, page 154 :

    …

    « Mais bien vite, les saveurs se perdent, et il faut tourner la page. En voici une autre ;

    et de nouveau cette puissante imprégnation et mille rumeurs venues d’ailleurs« .

    …

    Suivent encore cinq pages merveilleuses consacrées à la palette des saveurs et goûts des livres

    _ découverts par le narrateur, enfant, dans le second des « deux combles en mansarde » (page 156) du grenier de la maison de la grand’mère de Paray,

    dans lequel « on avait remisé tous les objets que l’usure, l’inemploi, et, cause principale de tous les abandons, la mort de leurs possesseurs _ et utilisateurs _, avaient rendu encombrants dans les lieux ordinaires de séjour. On les avait relégués _ donc, faute d’usage encore _ dans cette partie moins ostensiblement vivante d’une maison que sont les greniers et les caves » ;

    et « c’est là, laissés à eux-mêmes

    comme des marins qu’on a débarqués sur une île

    et qu’on retrouve après vingt ans, sales, hirsutes, rongés de chancres, tout à fait démodés, mais irrésistiblement attrayants et prêts _ tel le « Robinson Crusoë » de Daniel Defoe _ à faire le récit de leur extraordinaire aventure« ,

    qu’ils « gisaient« , ces « vieux livres empilés, tous du second rayon« , dont se régale, ébloui, l’enfant curieux (page 157)… _

    pour cet étonnant chapitre 13 des « Confins de la mémoire« …

    …

    Et le narrateur de citer, « pêle-mêle » : « Danville et Piron« , « Nicole », « les dissertations de Bayle » ; les « contes de Nodier et de Xavier de Maistre,

    le Théâtre de Clara Gazul, la Fanfarlo, les Lettres de la religieuse portugaise et Mimi Pinson »

    _ œuvres dont les auteurs respectifs sont, comme nul ne l’ignore (!) : Prosper Mérimée, Charles Baudelaire, Gabriel-Joseph Guilleragues et Alfred de Musset !!! _,

    « les œuvres légères de Fontenelle« , « un Cazotte que soutenaient philosophiquement des anecdotes du prince de Ligne » ; « les contes de Mme d’Aumont » ; « Florian » ; « Hamilton »

    _ Antoine Hamilton (1646-1720), dont ont été publiés, en 1994, les « Mémoires du comte de Gramont » (son beau-frère), à « L’École des Lettres », aux Éditions du Seuil _,

    « Régnard« , »Gresset ou Piron » ; « les conversations de Carmontelle« , les Essais dans le goût de Montaigne du marquis d’Argenson » et « Duclos » (pages 157 et 158)…

    …

    Avec cette petite phrase de conclusion de ce chapitre :

    « C’est ainsi que (…) j’eus le bonheur d’avoir accès à tant de livres

    qu’il me parut évident, et sans même y penser, que

    s’il existait quelque part des gisements de plaisirs

    _ on notera et retiendra la formule _

    aussi inépuisables

    que ceux que la nouveauté apporte tous les jours,

    c’était dans les livres les plus oubliés des siècles passés. »

    …

    Soit une affaire d’attention

    et de focalisations, donc,

    …

    tant dans ses « Promenades sous la lune »

    que dans ses « Confins de la mémoire« …

    …

    Bref, quelque chose d’une méthode d’ »attention intensive »

    telle que celle à laquelle s’essaie, en toute modestie, un Titus Curiosus..

    …
    Titus Curiosus, ce 28 octobre 2008

  • Sous la lune : consolations des misères du temps

    « Sous la lune »

    …

    (à propos des « essais » : « Promenades sous la lune » de Maxime Cohen, aux Éditions Grasset) :

    …

    c’est-à-dire quelque chose comme quasiment « dans la lune »
    dans (les allées de) son jardin et (parmi les rayons de) sa bibliothèque
    _ soit, peut-être, le « courage, fuyons ! » d’un « repli » (ou « retrait ») hédoniste _ ;
    …
    ou une lecture
    _ tout à la fois « ravie »
    et même tout près, assez souvent, d’être « enchantée »,
    en même temps qu’ »agacée »,
    quelquefois, aussi, « aux entournures », « aux gencives » (au bord des dents ; pas loin de la langue et du palais) _
    des « Promenades sous la lune » de Maxime Cohen, aux Éditions Grasset.
    …
    L’objet un peu étrange _ à identifier _ que représente l’« essai »
    (« Essais » figure bien sur la page de garde ;
    …
    et Maxime Cohen en donne une belle définition, page 72, au chapitre « De quelques essayistes vus de trois quarts » :

    …

    « C’est un mélange incertain et indubitable d’érudition, d’épanchement, de poésie, d’humour, de polémiques et de bavardages étudiés, qui nous délassent en nous instruisant. Il n’est pas nécessaire qu’il soit exhaustif sur le fond, il lui suffit de s’entrouvrir sur un aspect singulier. On n’en attend aucune spéculation tonitruante mais une variation sur ce qu’on connaît déjà, aucune révolution mais une modification de l’angle ou du degré de notre vision. Les thèmes qu’il aborde se retrouvent dans d’autres livres mais pas sous cette forme. Ces dispositions attisent le goût des paradoxes, seul moyen de ranimer un sujet rebattu : un bon auteur d’essais propose les siens au public à la manière d’un médecin qui lui procurerait un remède non pas curatif mais fortifiant« …
    On appréciera…).
    …
    L’objet un peu étrange que représente, donc, l’ »essai »
    de Maxime Cohen en ses « Promenades sous la lune » qu’éditent les Éditions Grasset _ le livre est sorti fin septembre_,
    …
    est à la fois une boîte (de 382 pages) à longs délices (en tiroirs successifs) de vagabondage _ pour le lecteur _ de culture (parfois extrêmement) poussée et raffinée (en leur contenu : peu couru, ou fréquenté, voire unique)
    …
    en même temps qu’un symptôme déjà un peu douloureux (« agaçant », viens-je de dire)
    et somme toute un tantinet inquiétant des nouveaux temps
    _ de barbarie

    (ignorance crasse et incuriosité veule
    assorties à une vulgarité et grossièreté arrogantes et agressives)
    dès à présent à nos portes
    (communes : tous sur un même bateau, « ivre »,
    en notre « présent » partagé
    , tant bien que vaille ;
    …
    alors :
    comment s’en protéger, si peu que ce soit ?) :
    …
    d’où ce « versant doucement vénéneux du présent »
    partagé
    , en effet, par tout un chacun…
    …
    Ces « essais » expriment,
    du moins est-ce là ce que j’y lis, y perçois, y dé-chiffre, dessous la soie (de l’écriture de Maxime Cohen),
    la tentation _ « ambiante », annonciatrice ?.. _ du repli (et retrait) hédoniste
    …
    (à l’écart de la vie partagée :
    ce que Jacques Rancière nomme, dans un bien bel essai, « Le Partage du sensible« , de 2000, déjà _ à La Fabrique)
    …
    la tentation du repli (et retrait) hédoniste, donc,
    sur (et en) son jardin
    _ de curé, en l’occurrence, dans le cas de l’auteur :
    « Maxime Cohen vit entre Paris où il est conservateur général des bibliothèques
    et un petit village de Haute-Normandie où il cultive

    _ « épicuriennement », commenterai-je _
    un jardin de curé« , indique la « Quatrième de couverture »…) ;
    …
    sur (et en) son jardin de curé, dans le cas de l’auteur, donc,
    de ces « essais »
    assez rapides (alertes, véloces, « fa presto« ) :
    l’auteur n’oubliant certes pas de penser _ éditorialement, en quelque sorte ; et poliment, en tout cas _
    au lecteur un peu pressé (en « temps disponible » de sa part : lire en requiert, forcément ! de ce temps de « disponibilité » attentive, et un tant soit peu curieuse…)
    et sans trop de réserves, non plus, de patience :
    …
    plusieurs chapitres (tels « Des manières de lire ce livre » _ page 35 _ et « Où je vous imagine » _ page 143) s’adressant fort obligeamment directement et frontalement à lui, « le lecteur » ;
    …
    en ménageant, par une certaine qualité de la brièveté de l’écriture, la patience/impatience de la lecture :
    …
    « la brièveté sobre et légère est la meilleure compagnie de notre loisir
    _ dit ainsi l’auteur page 257, au chapitre « De la fatigue » _,
    dans notre vie comme dans notre lecture : c’est le nombre d’or d’un ouvrage qui a la prétention d’être lu.« 
    …
    Précisant encore :
    « La peine à réussir certaines de nos entreprises est souvent l’indice irréfutable de notre peu de talent pour elles. L’apologie du travail trouve là une de ses limites inexplorées. Nous ne devrions faire que ce que nous faisons facilement« ,
    en lui adjoignant ce vers du grand La Fontaine (de la fable « L’âne et le petit chien » _ « Fables« , IV, 5) :
    « Ne forçons point notre talent, nous ne ferions rien avec grâce« 
    …
    Alors !…
    …
    Ces « essais » expriment, ainsi, la tentation du repli (et retrait, voire retirement) hédoniste
    sur (et en) son jardin
    ou/et sur (et en)
    sa bibliothèque :

    …
    vers la consolation de (par des) fleurs
    _ pour celles des allées du jardin _
    et de (par des) livres
    _ pour ceux des rayons de la bibliothèque _
    choisis _ livres et fleurs _ ;
    …
    ainsi que,
    comme renfort de satisfaction
    en « nourritures terrestres« , gidiennement, quasi _ mais oui, Nathanaël !.. _,
    le potager, la cuisine, le cellier, la cave à vins
    …
    _ j’adore personnellement le passage, pages 162-163, sur le vin de « Graves » :
    « Lorsqu’on le porte aux lèvres, (…) le vin de Graves nous révèle ce qu’il nous avait dérobé »
    (au prime abord « au nez« , en cette « sorte de grisaille » qui, venait de dire Maxime Cohen, « comme les chefs-d’œuvre, déçoivent le profane étourdi par la renommée« …) : comme c’est bien « senti » !..
    « Mais dès qu’on laisse au temps le soin de décanter cette première impression ; dès que les premières atteintes d’une mémoire encore proche ont enrichi les saveurs d’une seconde gorgée en la chargeant d’une longueur et d’une complexité qu’il est laissé à la troisième d’amplifier puis aux suivantes de parfaire : alors toutes les richesses de ce vin se révêlent au goûteur le moins indulgent, dont l’espérance future de nouvelles dégustations, prometteuses de découvertes illimitées, magnifie en douceur celle qu’il est sur le point d’achever« … _ ;
    …
    et même le grenier (des choses écartées, mais tout de même conservées, pas jetées, ni détruites tout à fait ; et donc « retrouvables », un beau jour…) ;
    …
    en plus de la compagnie _ conversante _ de quelques amis ;
    …
    ainsi,
    peut-être aussi, mais c’est _ volontairement _ plus flou, de la part de l’auteur (toujours assez prudent, du moins en ces pages),
    …
    ainsi que d’amours
    _ « se faisant »

    (c’est presque une gymnastique vivifiante, comme, par exemple, après une maladie ;
    ou bien pour faire la nique aux avancées, naturelles, forcément, du vieillissement physiologique…) _
    …
    ainsi que d’amours, donc,
    de passage
    …
    (l’auteur allant jusqu’à parler, ici, mais toujours fort discrètement à son propos
    _ il a la sainte horreur de se mettre lui-même en scène,
    jusqu’à, même, le reprocher au Montaigne de ses « Essais« ,
    au « style » qualifié, page 43, de « cahoteux » (!..) ;
    …
    l’auteur allant jusqu’à parler, à propos de ces « amours se faisant »
    de « plaisir« , voire d’ »érotisme« ) :
    cf notamment le chapitre page 105, à propos de la satisfaction offerte (dans l’Antiquité) par certaines beautés (viriles) _ ;
    …
    toute cette « consolation », donc,
    vient compenser, en son « quant à soi », les peines et douleurs d’une époque rude,
    sèche, rugueuse,
    pas encore assez douce en son obtuse arrogante grossièreté…

    …
    D’où le choix _ sélectif, si je puis dire, pléonastiquement _ d’un certain dilettantisme
    (en fait de « mode de vie », carrément ; et pas uniquement d’écriture),
    consistant à s’abstraire
    _ pour l’auteur-lecteur-compagnon-ami-jardinier et bibliothécaire _
    le plus possible
    des occasions et risques
    de chagrin et peine de passion,
    et peut-être même sentiment
    ,
    …
    pour ne « retenir », de son « tri » d’exister, que des plaisirs (d’émotions), ainsi,
    « choisis », filtrés, triés sur le volet
    _ et d’excellentes sortes,
    particulièrement « raffinés » en effet, de la plus « haute » gamme, même, en leur rareté, et même « singularité » assez magnifique :
    …
    comme, un exemple entre mille, celui de se délecter du théâtre de Voltaire _ par exemple, « Mérope« , ou « Irène » ;
    de « Mahomet« , l’auteur se contente de citer en note, page 304, la traduction par Goethe en 1802, ainsi que le fait que ce dernier « s’inspira du sujet dans un fragment dramatique éponyme, ainsi que dans des scènes de « Faust » _ ;
    …
    se délecter du théâtre de Voltaire, donc :
    Voltaire ainsi, par Maxime Cohen, « réhabilité » (comme auteur magnifique) en son théâtre ;
    …
    et c’est toute la tradition « classique » _ et pas seulement la tradition dramaturgique classique _ qui peu à peu est mise en charpies _ depuis Stendhal et Victor Hugo en faveur de Shakespeare et contre Racine ! _  par ce qui, sur le marché de l’Art (et de l’ »entertainment« , comme on dit à Broadway et à Hollywood), la « remplace », en l’ère du triomphe de la marchandise et du marketing (et marchandising),
    via la déferlante des « Avant-gardes » (modernistes) successives depuis le début du XIXème siècle « démocratique » (et le XXème bientôt « populiste » _ ou « pipolisé » :

    cf l’excellent « La Privation de l’intime _ mises en scène politiques des sentiments« , de Michaël Fœssel (aux Éditions du Seuil, ce mois d’octobre-ci…)…
    …
    alors que pas un mot, ou guère
    _ me semble-t-il, du moins : je n’en ai pas souvenir ! _,
    n’est consacré à l’œuvre, si brûlante (à mes sens), de Marivaux…
    …
    L’auteur prend, aussi _ ou ainsi _, un (petit) malin plaisir à cultiver _ goûteusement _ le paradoxe :
    page 73, lui-même avait signalé combien les « dispositions » de l’essai, comme « genre », « attisent le goût des paradoxes« ,
    ajoutant même alors, en technicien-praticien de l’ »exercice » : « seul moyen de ranimer un sujet rebattu » ;
    …
    au point qu’on en vient, en lisant plus avant le livre (de 382 « riches » pages), au bord (vertigineux : il y a « gouffre ») de la question :
    …
    ne serait-ce pas là,
    ce livre,
    une (et assez cruelle, même !) parodie
    de l’élitisme éclectique
    d’un certain snobisme ?..

    …
    A deux ou trois reprises, le nom de William Thackeray, « l’auteur du « Livre des snobs« , est évoqué (quatre, en fait : aux pages 78, 141 et 224 : par deux fois) ;
    quant au « Livre des snobs » lui-même, en tant qu’œuvre, veux-je dire, ce serait à vérifier :
    et la réponse est oui : page 224, au chapitre « Sur l’art de traduire« ,
    pour désigner, après l’évocation de la traduction de « Vanity fair » par Georges Guiffrey en 1855, « avec la bénédiction de Thackeray » lui-même,
    …
    pour désigner, donc, « l’auteur du « Livre des snobs« ,
    mais sans rien en dire (ou révéler d’indicatif, cette fois : y réfléchir) davantage…
    …
    L’hypothèse prendrait même un semblant de consistance
    en relevant les « réactions » éminemment favorables _ sinon « complices »,
    si elles n’étaient d’absolue bonne foi, ou tout bonnement, peut-être, de premier degré, voire « naïves », si l’on préfère, de critiques _ d’ »organes de presse » tels que Le Figaro (article intitulé « le gai savoir« , par Etienne Montety, le 18 septembre), ou Valeurs actuelles (article intitulé « contre les dégoûts de la vie, lisez Maxime Cohen« , le 18 septembre, aussi) ;

    …

    Patrick Kéchichian, de même, dans Le Monde (du 19 septembre), étant, lui-même, « très favorable » à ces « Promenades sous la lune« , sans être tout à fait aussi dithyrambique que ses confrères (davantage épris de « classicisme », vraisemblablement) du Figaro et de Valeurs actuelles :

    j’en retiens cette phrase :

    « Érudit bienveillant et universel à la manière de George Steiner (en plus souriant), de Mario Praz, d’Alberto Manguel ou encore de Borges (avec lequel il maintient une certaine distance), Maxime Cohen a écrit le plus beau livre d’heures et de raison que l’on puisse imaginer. On partage, ou non, sa philosophie, entre sophistique et scepticisme. On peut le suivre, ou non, dans ses goûts, ses choix. Aucun obstacle ne vient interrompre ces « Promenades sous la lune« . Seuls notre égoïsme et notre manque de curiosité nous empêcheraient de poursuivre l’intense conversation à laquelle Maxime Cohen nous invite. »

    Excellente balance du jugement…
    …
    Bref,
    son propre plaisir de lecteur,
    sans ses agacements,
    se voit ici
    _ dois-je bien volontiers « reconnaître » _ comme croqué, singé, parodié, porté à la brûlure _ luminescente ! _ de la caricature,
    au point
    d’en être _ ou qu’on en soit _ piqué jusque de colère :
    tant de (terriblement efficace) lucidité…

    …
    L’autorité (du travail sociologique) de « La distinction » de Pierre Bourdieu
    s’en verrait « renforcée »,
    en matière de qualification d’ »élitisme »…
    …
    Maxime Cohen n’est cependant pas
    (tout à fait) un (autre, si c’était possible !) Michel Deguy
    _ dépourvu, lui (philosophe) _ et absolument ! _, de tout maniérisme, dans la sobriété (verte, de verdeur alerte) de sa parfaite (admirable) pure et simple sublime justesse (envers la vérité : quant au réel !..) ;
    lire, par exemple, le très grand « Le Sens de la visite » (aux Éditions Stock, en septembre 2006) ;
    …
    ni (tout à fait), non plus _ et d’une tout autre façon, bien sûr ! _ un (autre !) Renaud Camus
    _ dont on admire le courage des engagements (forts :
    sans bavures, tant ils sont droits, clairs et nets)
    d’écriture et d’existence ;
    …
    avec, aussi, ce qu’il en a récolté (à la tonne, pas à la petite cuillère, ni même à la louche : au tombereau…) d’éclaboussures de boue de « scandale » (en son « affaire« , le printemps et l’été 2000) :
    …
    il faut, ici, lire _ c’est un très grand « Précis de lecture« , et (forcément !) méconnu, négligé (du fait du « scandale »…) _ sa parfaite défense, à la virgule près
    (telle celle _ défense, et non virgule ! _ de Socrate en l’ »Apologie » reconstituée, post mortem, par Platon,
    toutes proportions gardées, bien sûr, mais tout de même :
    que d’injustices
    de beaucoup (!) à « hurler »
    _ sans avoir effectivement ce qui s’appelle « lu » ! « lu vraiment » ; et pas « en survolant » « à la va-vite » (ou/et en maniant des ciseaux ; et œillères)… _ ;

    …

    à « hurler avec la meute
    « des loups,
    ou des chacals) ;
    …
    il faut, ici, lire _ vraiment ; et « en vérité »… _, donc, ce très grand « Précis de lecture« ,
    qu’est le « rare » (et sans majuscules sur la couverture) « corbeaux _ Journal 9 avril – 9 juillet 2000« , édité par « nouvelles impressions », et publié, dans l’urgence _ bousculée, violentée _ de sa « défense », le 8 novembre 2000 ;
    …
    bien des « parleurs » (sur les ondes ; et « écriveurs », sur le papier) « en prendraient »
    _ pour si « mal » (ou si « peu ») « vraiment » lire, peut-être (si nous rêvions un peu !..) _
    « de la graine »…
    …
    Fin de l’incidente à propos de Michel Deguy et de Renaud Camus ;
    desquels j’ai distingué
    tout en l’en rapprochant un peu, aussi,
    Maxime Cohen :
    qu’on en juge_ en les lisant tous trois…
    …
    Maxime Cohen offre, ainsi, une sorte de graffitti _ comme en estampes, ici _ à la Tiepolo (1696 – 1770)
    sur ce que deviennent, à un tournant de pourrissement, les fruits (splendidement matures, juste avant ce « tournant » ; et succulents) d’une culture ou civilisation
    _ pour Giambattista Tiepolo, c’était la Venise des Lumières :
    …
    Venise :
    une cité et une civilisation qui devint, sur le tard (de sa république), putassière :
    Maxime Cohen raconte ce que dit si joliment
    (au très court chapitre « De la plus courte scène érotique de la littérature française« , à la page 186 de ces « Promenades sous la lune« )
    le « salé » (page 203) en même temps que « de grand ton » (page 204) Président (et bourguignon) Charles de Brosses
    (« au chapitre quatorze« , et à la date du 13 août 1739, de ses justement célèbres « Lettres d’Italie« )
    de « la signora Bagatina, en réalité l’épouse d’un noble vénitien qui se prostitue _ elle, pas lui (du moins je le suppose) _ aux étrangers en échange d’un certain nombre de sequins »
    (page 186, donc ;
    pour l’édition des « Lettres d’Italie » du Président de Brosses, du Mercure de France, en 1986,
    le passage se trouve à la page 195 du tome premier),
    …
    en matière de ses rencontres de courtisanes vénitiennes
    _ on se souvient de l’image de celles (« Deux courtisanes« , vers 1510 – 1515) de Vittore Carpaccio (ca 1455 – 1526)_ ;
    …
    voici le passage admiré (« je ne vois rien qui puisse (à « ces quelques mots« ) être préféré chez Sade ou chez n’importe quel pornographe« , « notre président les coiffe haut la main » :
    …
     » Enfin, s’apercevant de ce qui causait mon inquiétude, elle a eu le bon procédé de la lever elle-même au bout d’un instant, en quittant son faux nom et sa fausse décence. Elle a même eu l’air surpris de ma libéralité. »
    …
    Je relèverai seulement que Maxime Cohen a « shunté » de la lettre de de Brosses, à la suite de l’expression « fausse décence« , trois vers
    de l’ »Enfer » (au chapitre viii) de Dante, que voici :
    « E poi che la sua mano alla mia pose
    Con lieto volto, onde mi confortai,
    Mi mise dintro alle segrete cose
    « …
    …
    De même qu’il a coupé l’explicitation par de Brosses de sa « libéralité ; car _ poursuivait-celui-ci _ en faveur du meuble et de l’habillement, j’ai doublé les sequins, ne voulant pas avoir rien mis de médiocre dans une main ornée de diamants« …
    …
    Voilà pour la « grande manière qu’il met, en passant, à tout cela« , conclut son chapitre de trois pages
    quant à Charles de Brosses en goguette « érotique » à Venise, en 1739,
    page 186, Maxime Cohen.
    …
    Venise, donc,
    mûre et blette
    avant (ou « au tournant » de) la chute :

    le premier coup de grâce _ pour l’ État de Venise _ viendra de Napoléon (en 1797 : abdication du doge Lodovico Manin ; fin de la république de Venise) ;
    puis ce seront les Autrichiens qui, au Congrès de Vienne (en 1815), ramasseront (raffleront : pour un bon demi-siècle, jusqu’en 1866) le « tapis » de ce « jeu » (de dupes) ;
    …
    on en jugera par les délicieusement « vertes » aventures du « Senso » de Camillo Boito (ou le « Carnet secret de la comtesse Livia« ) ;
    puis, à son tour, de Luchino Visconti, en 1954
    (avec ce qu’il advient de la rencontre du bel officier autrichien _ de Stewart Granger, dans le film _ et de la plus belle encore comtesse vénitienne _ d’Alida Valli _,
    après l’incident,
    en ouverture (tant individuelle que collective _ bien sûr, comme toutes nos vies, elles « se tissent » serré),
    des tracts (et cocardes tricolores) lancés en pluie des balcons du théâtre de la Fenice (= le Phœnix, animal sachant renaître de ses cendres : le théâtre revivant après avoir brûlé le 13 décembre 1836 ; puis le 29 janvier 1996…),
    en ouverture des « hostilités » de la « révolte » : c’était le 27 mai 1866, à la fin du troisième acte du « Trovatore » de Verdi, aux cris de « Viva Verdi ! » (= « Vive Victor-Emmanuel, roi d’Italie !« )…
    …
    Bref, ces « Promenades sous la lune« 
    _ l’expression est délicieusement (indirectement) empruntée à la plume de la _ tout simplement : au pied de la lettre _ charmante Madame de Sévigné (1626 – 1696), en ses « saisons » (par exemple le 12 juin 1680 ; mais déjà le 21 octobre 1671) passées en son jardin du château des Rochers,
    …
    la mère « rassurant », sur sa (propre) santé et ses humeurs (heureuses, joyeuses, facétieuses, même, en sa faconde)
    par ce que qu’elle en narre (et plus encore par son art même, merveilleusement « libre », « échevelé », de le narrer : quelle « raconteuse » !) ;
    …
    « rassurant », donc, sa très chère fille, Madame de Grignan (Françoise-Marguerite _ 1646 – 1705), demeurant au loin, en Provence,
    en sa nouvelle demeure _ le château de Grignan _ d’épouse
    _ la troisième (le mariage a été célébré le 29 janvier 1669) :
    la première (d’épouse), Angélique-Clarisse d’Angennes, est morte en 1664 ;
    et la seconde, Marie-Angélique du Puy-du-Fou, en 1667 _ ;
    …
    en sa nouvelle (depuis 1669) demeure _ le château de Grignan _ d’épouse, donc,
    du Gouverneur de Provence, François de Grignan (1632 – 1714), de la famille provençale des Castellane-Adhémar
    _ jusqu’à leur fils (enfin !) qui est baptisé de ce double prénom (royal) de « Louis-Provence » (1671 – 1704) _ ;
    …
    qu’elle
    _ marquise de Sévigné, née Marie de Rabutin-Chantal (1626 – 1696),
    tout à la fois bourguignonne (par son père : Celse-Bénigne de Rabutin-Chantal _ 1596 – 1627)
    et parisienne (par sa mère, Marie de Coulanges _ 1603 – 1633 _, place Royale, et au Marais) _
    …
    sait, l’âge venant, puis, bel et bien, venu, et advenu,
    prendre et goûter à loisir son plaisir
    (de veuve joyeusement tranquille) en son château (acquis par elle par mariage, puis _ bien vite _ veuvage, avec le marquis Henri de Sévigné, breton _ 1623 – 1651) ;
    …
    en son château et en son parc
    retiré de Bretagne _ des Rochers, proche de Vitré _,
    et loin d’elle, sa fille adorée :
    …
    je ne résiste pas au plaisir de citer ce merveilleux passage de la lettre « Aux Rochers, ce 12e juin (1680) »,
    lettre débutant par « Comment, ma bonne ? j’ai donc fait un sermon sans y penser ? »
    (page 968 du volume II de la « Correspondance«  de Madame de Sévigné, dans l’édition établie par le regretté Roger Duchêne en 1974, dans la bibliothèque de La Pléiade
    _ le passage se trouve à la page 970 de ce volume II de la Pléiade ;
    et pages 22 & 23 des « Promenades sous la lune« , où le cite jubilatoirement, à son tour, Maxime Cohen :
    …
    « L’autre jour, on vint me dire : « Madame, il fait chaud dans le mail, il n’y a pas un brin de vent ; la lune y fait des effets les plus brillants du monde. »
    Je ne pus résister à la tentation ; je mets mon infanterie sur pied ; je mets tous les bonnets, coiffes et casaques qui n’étaient point nécessaires ; j’allai dans ce mail, dont l’air est comme celui de ma chambre ; je trouvai mille coquecigrues, des moines blancs et noirs, plusieurs religieuses grises et blanches, du linge jeté par-ci, par là, des hommes noirs, d’autres ensevelis tout droits contre des arbres, des petits hommes cachés qui ne montraient que la tête, des prêtres qui n’osaient approcher.
    Après avoir ri de toutes ces figures, et nous être persuadés que voilà ce qui s’appelle des esprits

    _ nous dirions, nous, « fantômes » _,
    et que notre imagination en est le théâtre,
    nous nous en revînmes sans nous arrêter, et sans avoir senti la moindre humidité

    _ nocturne de ce mois de juin en Bretagne.
    Ma chère bonne, je vous demande pardon ; je crus être obligée (…) de donner cette marque de respect à la lune. Je vous assure que je m’en porte fort bien«  :
    …
    la santé de la mère (veuve),
    et plus encore celle de la fille (en âge de procréer),
    entre grossesses successives, couches périlleuses, et craintes (de la part de la mère) des renouvelées velléités (et péripéties) génitrices de l’épouse de M. de Grignan, si sourcilleusement soucieux, lui, d’assurer son lignage
    et d’obtenir des héritiers mâles de sa troisième épouse, Françoise-Marguerite,
    les deux précédentes, Angélique-Clarisse et Marie-Angélique, étant toutes deux mortes de suites de couches ;
    …
    la santé de la mère, comme celle de la fille,
    sont, donc, un sujet permanent d’inquiétude (et discours) en filigrane de cette « libre » correspondance (privée, à cœur ouvert, à fleur d’émotions et « passions ») entre Madame de Sévigné et Madame de Grignan… _
    …
    Bref
    _ je reprends mon fil _,
    ces délicieuses « Promenades sous la lune » de Maxime Cohen, ce mois de septembre 2008,
    forment un « état des lieux »
    ravissant et goûteux _ d’un très « haut » goût, même _
    d’un « état » de civilisation peut-être mûre et blette

    « au bord de la chute » : le nôtre, cette fois
    _ et non plus celui d’une Venise, au tournant des xviii et xix èmes siècles _
    en ce « bel aujourd’hui », blet et assez pourrissant,
    de notre « présent »
    commun, partagé :
    …
    les « sequins » d’aujourd’hui
    « rongeant »
    bel et bien,
    et au galop, s’il vous plaît,
    pas mal de nos « affaires »,
    un peu plus visiblement que d’habitude, ces derniers temps-ci…
    …
    Aussi,

    se mirer (pour le lecteur) en pareil miroir (de lecture)
    est-il en même temps savoureux, délicieux, oui,
    par ce que la curiosité et le goût de la justesse trouvent ici d’ »aliment », et consistant,
    en de très beaux et très justes chapitres
    (et à mille lieues de la plus petite ombre de « lourdeur »),
    tels, en butinant :
    …
    « De Cicéron et des jardins« ,
    « Petit éloge des ordinateurs » (sur la prestesse de l’écrire _ et du penser),
    « A propos du discours de Lorenzo Valla sur la fausse donation de Constantin »
    (au pape Sylvestre _ pape de 314 à 335 _, sur le souci d’établir la vérité des « faits » en « la recherche et l’édition critique » _ page 63 _, « vers 1450« , pour ce travail de Valla _ page 64),
    « Apologie personnelle de l’essai littéraire » (j’y applaudis des deux mains !),
    « De la douceur bénédictine« ,
    « Éloge empoisonné du barde immortel d’outre-Manche » (sur Shakespeare et ses « monstruosités »),
    « Propos sur l’e muet » (capital ! sur ce qu’est le français),
    « Au sujet d’Aristote » (et de son style !),
    « Des vins » (le passage sur les « Graves« , pages 162-163, est d’un très avisé _ et juste ! _ palais ;
    même si l’auteur indique aussi que son « faible va au bourgogne« , quand je suis bordelais !..),
    « De la ponctuation » (sur le rythme ; et le souffle : essentiel !!!),
    « Sur l’art de traduire« ,
    « Critique amusée de Marcel Proust« ,
    « Sur la bibliothèque de Leibniz » (magnifique !),
    « De la conversation » (bien sûr !),
    « Des maladies » (quelle belle justesse d’expérience, après celle de Montaigne),
    « Sur la tragédie de l’Europe classique » et « Éloge vengeur du théâtre de Voltaire » _ frisant un peu, tout de même, le paradoxe _,
    « Contre les romans » (mais oui !),
    « Du juste statut de l’original et de ses copies« ,
    « Sur l’imparfait du subjonctif« ,
    « Adieu à la musique » et « Naufrage souriant de la culture savante« ,
    « De la vieillesse » (oui !),
    « Tombeau de la grande abbesse de Fontevrault » (sur l’esprit des Mortemart,
    une enquête savoureuse, dans la continuation de « lièvres » déjà, mais pas assez, au goût de l’auteur, « levés » par Proust, Saint-Simon, Retz),
    etc… ;
    …
    bref, ces délicieuses « Promenades sous la lune »
    forment un « état des lieux » ravissant et goûteux
    …
    en même temps que, par quelque « angle de regard », écœurant et effrayant
    de l’inconscience (?..) et (auto ?..) aveuglement de l’égoïsme (?) d’un tel _ peut-être celui de l’auteur (?) _ dilettantisme
    (goût exclusif du plaisir, bien dé-taché, à l’écart, du moindre risque d’ »ombre » seulement, même, de chagrin et de peine) ;
    et, peut-être, snobisme…
    …
    refusant
    _ en, semble-t-il, en repoussant a priori l’éventualité : mais est-ce bien le cas ?.. je suis peut-être injuste… _
    un vrai (solidement ancré _ et pas rien que « d’encre » _ dans le réel !) amour,
    une passion,
    un engagement

    avec les suites et conséquences (bien réelles)
    qui nous requièrent
    (en entier, carrément ; sans retour, sans repli, sans retrait, ni retraite) :
    telle qu’un amour réel et des enfants…
    …
    C’est du moins le sentiment que j’ai retiré
    de ce qui m’a paru constituer un « retrait » calculé de soi et pour soi
    sur son seul « quant-à-soi »…
    …
    Je remercie vivement l’ami Patrick Sainton,
    généreux de sa vie et de son art, de son œuvre,
    de m’avoir donné à « rencontrer » ce livre délicieux, passionnant, si riche et si souvent tellement juste,
    et effrayant, tout à la fois,

    sur soi (et d’autres) : en tous cas sur ce qu’il en est
    _ ou m’a, du moins, paru « être » _
    de « versants doucement vénéneux »
    de quelques unes des pentes
    (plus ou moins douces) de notre
    incertain et trouble
    « présent »…

    …
    Il n’empêche :
    comme nous approuvons Maxime Cohen, quand,

    à propos de certaines réticences de Voltaire à l’égard de Shakespeare, au chapitre « Éloge empoisonné du barde immortel d’Outre-Manche »,
    il avance, page 129 :

    …

    les arguments « de Voltaire contre Shakespeare relèvent donc moins de l’histoire du goût littéraire que d’une certaine philosophie de l’histoire »
    _ vers un refus des « formes » et du « style », au profit du laisser-aller des pulsions, vannes grandes ouvertes du « monstrueux »
    et de l’ »inhumain »…

    …
    Ces arguments-là,
    « ce n’est pas Shakespeare qu’ils visent, mais nous _ les « modernes » ! _ qui préférerions dans l’art _ on appréciera l’emploi de ce conditionnel _ ce qui dit non à l’art _ et aux « formes », et au « style » _
    et par là même à l’humanité. »
    …
    Rien moins.
    …
    Ou quand l’esthétique est un enjeu « de première ligne » (« de front ») de la « civilisation »…
    Merci, déjà, de cela, Maxime Cohen…

    …
    Titus Curiosus, ce 24 octobre 2008….

  • Quand le roi est nu _ comment classer les livres ? au rayon « Poésie » ?..

    Sur « Nous étions voués à souffrir de ce savoir ainsi (Carnets de Pietrasanta) » de Jean-Paul Michel _ aux Éditions La Cabane.

    …

    Un épatant et salubre (tout) petit livre par la taille (d’à peine plus de huit pages), sur la situation (de grande urgence) de notre présent, et de ses « valeurs » à l’envers, ainsi que les mensonges « en batteries » (médiatiques pour commencer) qui les accompagnent, et les « authentifient »…
    …

    L’ayant reçu au courrier, avec une dédicace amicale, je le lis ;

    et m’en réjouis fort : enfin des vérités énoncées sans façon sur les impostures qui règnent ! et mettent tout « à l’envers », jusqu’au sens même des vies…

    …

    Et de passage à la librairie Mollat,

    j’en parle _ pour le conseiller vivement ! _ au rayon « Philosophie et Sciences Humaines ».

    Ils ne l’ont pas à ce « rayon » ;

    mais en recherchant (un peu _ et très vite) sur l’archivage-classement (méthodique) de l’ordinateur,

    nous découvrons où se niche l’oiseau rare :

    au rayon « Poésie » _ conformément à ce qu’implique _ m’est-il dit, et dans les deux rayons (Merci Isabelle ! Merci Olivier !) _ la production jusqu’ici de cette maison d’édition (La Cabane).

    Et de fait, sur la quatrième de couverture, se lit : « La poésie qui vaut

    est le point le plus haut de l’objectivité de la vérité : elle est, en acte, la dernière Justice. Sa solitude est une force, qu’aucune machine ne pourra réduire. Le temps est venu de prendre au sérieux la sublime Préface à un livre futur. Hölderlin : « habiter en poète ». Rimbaud : « La charité est cette clé ». » Fin de citation de cette quatrième de couverture.

    …

    Je ne suis pas sûr que cet extrait (emprunté à la page huit) soit le passage le plus significatif,

    le plus fort,

    le plus urgent de ce cri tout entier d’urgence qu’est ce petit livre de Jean-Paul Michel ;

    qui m’a semblé

    _ par sa vérité ! toute simple : celle de l’enfant dans « les habits neufs du roi » du conte d’Andersen _

    de première nécessité

    face aux mensonges des micros (obligeamment tendus vers)

    et caméras (obséquieusement tournées) vers les complices _ sinon, directement, les auteurs, même _ des « barbaries » et des « crimes »

    que « couvre » quotidiennement,

    dans toute leur échelle de « gravité »,

    la « société de l’information » (ligne 3).

    …

    Voici l’accroche, page 5, je cite

    en re-mettant en page à ma façon _ et pas à celle de Jean-Paul Michel _ ce qui dans l’original tout simplement (et classiquement prosaïquement) se tient :

    « Nous sombrons sur les radeaux d’ »évidences économiques »,

    de méprises

    fatales quant à l’autre

    et de ressentiments.

    Dans la transparente « société de l’information », aucune ignorance n’est plus possible touchant les barbaries et les crimes. Les vieux espoirs sèchent. C’est demain.

    …

    La patience des peuples _ en face,

    dirais-je, pour ma part, si je puis me le permettre ici _

    est admirable. Inimaginable leur capacité de souffrir,

    de s’adapter au pire,

    de ruser une dernière fois.

    Heureusement le football donne un Objet aux Héros suburbains !

    La vie se découvre Jeu !

    Le sérieux des entreprises, Jeu !

    Les faux-semblants de la politique, désespoir et Jeu !

    _ Bien peu, pourtant à en tirer la juste conséquence. On voudrait que nous médisions des Arts !

    Que nous renoncions à parier une autre fois sur quelques formules de beauté et de joie très hautes. 

    Quelles fautes logiques !

    Les télévisions du village mondial

    ont déjà vendu la mèche. Le social télévisé ? La niaiserie et l’Enfermement modernes.
    _ Un tour nouveau est promis aux conflits de pouvoir : la lutte
    pour les écrans. »
    Fin de cette « première intervention »…

    …
    Plus loin, en « picorant » :

    « Rien ne résistera sinon l’idée d’une dignité. Les gangs s’entre-déchirent déjà férocement. Ils recourent à tous les moyens de chantage et d’extorsion, montent des guet-apens, téléguident des attentats, des assassinats, des terreurs. L’anonymat leur est naturel. Ils pervertissent les signes

    _ comme Orwell le dégageait si souverainement en 1948, en son lucidissime « 1984« …

    Les langages doivent être ré-éprouvés. Les mots finissent par se contredire.
    Les assassins prétendent dire le droit ;

    les criminels parler au nom de la justice ;

    les lâches, par le nombre, faire Loi.

    …

    « Ré-éprouver«  étant l’affaire de l’artiste,

    comme, déjà, de quiconque, en parlant,

    « crée » (ou « re-crée ») sa phrase

    _ ainsi que nous l’apprend Noam Chomsky…

    …

    « Honneur des hommes ! Saint langage !« ,

    clame aussi le grand Paul Valéry !

    …

    Toutes les vieilles certitudes humaines sont menacées _ en effet ! _,

    le vieil honneur humain _ oui !

    Les écrans sont des indices sûrs de fragilité

    et d’inexistence ;

    …

    la télévision _ encore sa presque omniprésence au cœur de ce qui reste de « foyers » (dé-composés !) _,

    un trou noir qui détruit toute particule de réalité qui l’approche.

    …

    Nous n’en pouvons plus des abandons, des désertions, des renoncements _ c’est tout à fait cela !

    Voilà que les écrivains se battraient maintenant pour qu’on les filme ! »

    …

    Et un tout petit peu plus loin :

    « Jetterions-nous l’interdit sur de si folles folies

    _ « Ulysse & Achille, Héraclite, Empédocle, Socrate, Augustin, Spinoza » viennent d’être « cités »… _

    au nom d’un peu de « réalisme » ? Nous voilà saisis par la noria des ambitions ordinaires.

    Les métiers. Les bénéfices. Les convoitises _ ces douleurs qui n’auront su se convertir, travestir, renier,

    incapables d’aller à

    la transfiguration

    qui les eût sauvées !

    …

    L’enfer est ici très proche _ Ces souffrances fermées sur elles-mêmes

    _ narcissiquement auto-complaisantes _, partout !

    …

    Cette canaillerie intéressée qui triomphe dans toutes les classes !

    Ces méchancetés !

    Ces mensonges, à chaque instant, pour survivre !

    Se composer un visage tolérable ? Comme le masque est alors un aveu ! »

    …

    Et :

    « L’ambition va rarement avec l’honneur, le désintéressement, l’apothéose d’une belle fin.
    Tout ce qui vit

    ne veut que survivre. C’est cela, l’Enfer.
    Durer encore un peu dans l’inexistence
    _ parfaitement ! quelle justesse de précision de formulation !

    La vertu appelle la haine plus sûrement que le crime. Le crime _ lui _ rassure.
    Le désintéressement blesse insupportablement le vouloir-vivre ordinaire

    _ sans « noircir le tableau« , précise Jean-Paul Michel lui-même (page 8).

    …

    Qu’est, alors, ce « savoir ainsi »,

    repris dans le _ et pour faire office de _  titre :

    « Nous étions voués à souffrir de ce savoir ainsi«  ?

    …

    La réponse vient promptement pages 10 et 11 :

    « La politique vise trop bas. Le « réalisme » qui soutient les partis les condamne à la répétition et l’ornière

    _ faute d’assez de « champ », pour l’ »élan »…

    Ils se piétinent l’un l’autre.

    Ouvrir le champ

    _ car tel l’acte poïétique (= artistique) _ ;

    ouvrir le champ est magie

    _ opérante.

    …

    Le réel est de notre côté » :

    voici la vérité

    à toujours plus sonorement _ glorieusement ! _ faire rayonner,

    à grand rire joyeux de gorge déployée,

    clair et tranquille !..

    en des œuvres…

    …

    Le texte très précis met les points sur les i (page 11) :

    « Les artistes seuls de ces derniers siècles ont pressenti la vérité

    touchant ce que pourraient

    des hommes.

    Le grand nombre, pressé d’aller aux fatalités du petit sérieux, les a considérés comme

    des exceptions pittoresques

    …

    quand il fallait les regarder comme

    le vrai en acte

    _ absolument ! en son « ouvrance » :

    …

    soit la misère avaricieuse du « pittoresque »

    (tout juste bon pour les week-ends, les loisirs : la vacance !..)

    versus la générosité splendidement pleine du « vrai en acte« 

    d’une vie vraiment _ en vérité ! _ humaine…

    …

    Là-dessus, sur l’ »ouvrance »

    _ afin d’ouvrir (tout) ce qui nous est (en soi, ou par d’autres ; en nous, comme devant nous) fermé ;

    ce dont sont bien incapables (!) les seuls « gestionnaires de moyens » (= technocrates, à leurs calculettes d’économistes si contents et fiers d’être si opérationnellement « rationnels »…)

    monopolisant aujourd’hui, en « tenant » le haut du pavé médiatique, les pouvoirs (sociétaux), dont, d’abord, celui des cordons de la bourse, l’argent,

    tellement aveugles sur les fins, premières comme dernières, qu’ils sont, ces techniciens (non artistes) technocrates _ ;

    …

    sur l’ »ouvrance », donc,

    lire aussi,

    outre la si puissante (actualisante : sub specie æternitatis) « Éthique » de Spinoza,

    « La joie spacieuse _ essai sur la dilatation » de Jean-Louis Chrétien…

    Fin de l’ouverture bibliographique.

    …

    Tel est donc cet « ainsi » du savoir vrai, non menteur et désintéressé _ sinon de l’ »essentiel », du « fondateur » ! _, des artistes,

    sur lequel pointe l’expression du titre de cet ouvrage important de Jean-Paul Michel.

    …

    « Ce qui demeure, les poètes le fondent« ,

    rappelait, en sa solitude (à saules) de la rive (herbeuse) du Neckar, à Tübingen,

    en sa parole, Hölderlin…

    …

    C’est ni plus ni moins que du langage de la vérité quant au réel

    (qui est nôtre ;

    et que nous « partageons », tous)

    qu’il s’agit donc bien ici, en ce beau livre ;

    et pas de quelque « poésie »

    à (pittoresquement) « placardiser »…

    …
    D’où la difficulté, certes, de « classer » les livres,

    que ce soit parmi les divers rayons d’une (grande) librairie ;

    ou que ce soit

    en sa propre bibliothèque (personnelle) ;

    en évitant si possible les « placards »…

    …

    Un tel livre

    _ que ce « Nous étions voués à souffrir de ce savoir ainsi (Carnets de Pietrasanta) » de Jean-Paul Michel _

    ne doit en aucune façon être « placardisé », me semble-t-il…

    …

    Là-dessus _ rangements, « placards » _,

    parmi de récentes parutions,

    lire :

    Jacques Bonnet : « Des bibliothèques pleines de fantômes » , aux Éditions Denoël ;

    Enis Batur : « D’une bibliothèque l’autre« , aux Éditions Bleu autour ;

    et, pour une autre façon de « régler » (!) la question :

    George Steiner : « Ceux qui brûlent les livres« , aux Carnets de L’Herne…

    …

    Soit, en tout cela, encore et toujours, in fine,

    une question de « style »…

    …

    Titus Curiosus, ce 3 octobre 2008