Catégorie : Littératures

  • Aujourd’hui 19 février 2026, le magnifique György Kurtag fête ses 100 ans en préparant la création à Budapest dans quelques jours de son second opéra « Die Stechardin »….

    Le Figaro de ce matin m’apprend ceci de passionnant et merveilleux concernant le magnifique György Kurtag (né à Lugoj le 19 février 1926) :

    …

    Pour ses 100 ans, le Hongrois György Kurtag compose un nouvel opéra, Die Stechardin

    …
    « La musique de Kurtag rayonne d’intensité », à 100 ans le compositeur hongrois György Kurtag à repris l’écriture de pièces et l’enseignement.

    …

    Le compositeur hongrois György Kurtag, figure aussi majeure que farouchement discrète de la musique contemporaine, fête ses 100 ans ce jeudi et offre, pour l’occasion, un – merveilleux – cadeau aux mélomanes : son deuxième opéra, qui sera créé à la fin du mois à Budapest.

    …

    Kurtag, qui se déplace aujourd’hui en fauteuil roulant, confiait dans une rare interview à un hebdomadaire hongrois en 2017 que le travail de composition pouvait s’avérer « pénible ». Mais il n’a rien perdu de sa vivacité d’esprit ni de sa passion pour la musique, selon son entourage. « Il n’entend plus très bien. Mais en contrepartie, il ressent encore davantage, il perçoit encore plus le monde et la musique », s’émerveille Andras Keller, chef d’orchestre et directeur de Concerto Budapest, lors d’une répétition début février du nouvel opéra en un acte de Kurtag, Die Stechardin. Le livret, inspiré par les écrits et la correspondance du philosophe et physicien allemand Georg Christoph Lichtenberg (1742-1799) – lire ses extraordinaires « Brouillons« , parus en traduction française en avril 2025… – , raconte comment le penseur s’est épris d’une jeune marchande de fleurs de 12 ans, qu’il a d’abord éduquée avant que leur relation ne devienne intime. Maria Dorothea Stechard meurt à 17 ans en 1782, marquant profondément Lichtenberg. Autour de cette histoire véridique Kurtag a composé un opéra-monologue en quatre parties dans lequel l’héroïne retrace son amour, son bonheur et sa fin tragique.

    …

    Après la mort en 2019 de la pianiste Marta Kurtag, son épouse depuis 1947 et interprète-clé de son œuvre, certains proches de Kurtag ont craint pour lui, explique Laszló Göz, tromboniste et directeur du Budapest Music Center, où réside désormais György Kurtag. Mais il s’est remis à composer, « écrivant des pièces de plus en plus vastes et complexes ; il a repris l’enseignement, et aujourd’hui, à 99 ans, il a écrit son deuxième opéra, qui est une sorte de message à Marta » – voilà ! – , ajoute Göz.

    …

    À lire aussi Avec György Kurtag, Fin de partie de Beckett s’essaie à l’opéra

    …

    « Maître des formes miniatures »

    …

    Né le 19 février 1926 à Lugoj – aujourd’hui – en Roumanie, Kurtag, magyarophone – voilà – , s’est illustré par ses compositions de forme brève et fragmentée, et son goût pour les mélodies populaires – oui, comme Bartok, Kodaly, et aussi Ligeti… Il a commencé à apprendre le piano enfant, et étudié à Timisoara, avant de rejoindre Budapest après la guerre, où il est admis à l’Académie Franz-Liszt (Zeneakadémia) en 1946. Il y suit des cours de piano, notamment avec Pal Kadosa, de composition avec Sandor Veress et Ferenc Farkas et de musique de chambre avec Leo Weiner.

    …

    Diplômé en piano et musique de chambre en 1951, puis en composition, il reçoit rapidement des distinctions nationales, avant un séjour déterminant à Paris en 1957-1958, où il travaille avec Marianne Stein et fréquente les classes de Darius Milhaud et Olivier Messiaen. De retour en Hongrie, il est répétiteur de la Société philharmonique de Budapest à partir de 1960, puis enseigne à la Zeneakadémia le piano et la musique de chambre. Parmi ses élèves figurent plusieurs interprètes devenus incontournables, dont – les merveilleux pianistes –  Andras Schiff et Zoltan Kocsis.
    …

    Héritier d’un autre Hongrois, Béla Bartók – oui ! bien sûr... – , proche par certains aspects de l’austérité et de la tension de l’Autrichien Anton Webern, il a fait de la miniature un territoire majeur, notamment avec la série – extraordinaire ! – Jatekok (Jeux) pour piano, à la fois laboratoire, carnet intime et matériau pédagogique – absolument ; là-dessus cf mes propres articles enthousiastes « Du CD « Ligeti – Violin, Piano and Romanesc Concertos » au double CD « Kurtag – Jatekok – Pierre-Laurent Aimard : la présence commune de « Aus der Ferne – hommage à Alfred Schlee » de György Kurtag…« , du 12 juin 2025 ; « L’extraordinaire d’intimité bouleversante « Lines of lines – Schubert – Kurtág » de Benjamin Appl et György Kurtag : un sublime bijou tout de sobriété, pour nous accompagner à aller à l’essentiel, nous aussi, de nos vies…« , du 22 mars 2025 ; et « Retour sur le marquant CD « Lines of life – Schubert and Kurtag », de Benjamin Appl, György Kurtag, Pierre-Laurent Aimart et James Baillieu…« , du 27 avril 2025, pour de magnifiques CDs auxquels a tenu à participer György Kurtag… Son univers est aussi profondément littéraire : il met en musique poètes et écrivains (Janos Pilinszky, Jozsef Attila, Franz Kafka, Samuel Beckett…), et devient célèbre à l’international avec des œuvres vocales et chambristes, dont Les Messages de feu la demoiselle R. V. Troussova, créés en 1981. Installé près de Bordeaux – mais oui – , en France, à partir de 1993 – où vit son fils – , il revient en Hongrie en 2015.

    …

    « La musique de Kurtag rayonne d’intensité, même dans ses moments les plus silencieux et raffinés », explique à l’AFP Gergely Fazeakas, historien de la musique. « György Kurtag est souvent qualifié de maître des formes miniatures. Il est vrai que nombre de ses pièces ne saisissent que quelques minutes, voire moins, d’un fragment d’éternité », dit-il encore lors d’une cérémonie début février à l’Académie Liszt, où Kurtag a reçu un doctorat honorifique avant de diriger une répétition publique de Die Stechardin. Pour rendre hommage au centenaire, qui a un fils également compositeur, György Kurtag Jr. – qui vit, donc, à Bordeaux… – , Budapest accueille une série de célébrations – concerts, projection de documentaires, création audiovisuelle – qui entendent dessiner le portrait d’un artiste dont l’œuvre exigeante a – considérablement – marqué la musique européenne des dernières décennies – absolument !

    …

    Et regardez cette vidéo d’une répétition de ce opéra « Die Stechardin » en date du 7 février dernier, en présence ultra-attentive de György Kurtag…

    …

    Et encore lire le bel hommage que rend ce jour d’anniversaire à Kurtag Dominique Adrian sur le site de ResMusica,

    intitulé « Kurtág, cent ans de musique jusqu’au cœur de la note » :

    …

    Kurtág, cent ans de musique jusqu’au cœur de la note

    …

    Le monde de la musique célèbre un anniversaire hors du commun, pour un parcours de vie, marqué par la Shoah et la dictature, qui ne l’est pas moins.

    …

    …
    a cent ans ! Et sa créativité reste intacte, même s’il est désormais privé du soutien précieux de son épouse Márta, décédée en 2019 après presque soixante-dix ans de vie commune. Pendant longtemps, la musique – beaucoup d’intimité – de Kurtág n’était qu’un secret d’initiés ; s’il est devenu aujourd’hui le plus prestigieux des compositeurs, c’est un peu le privilège du grand âge qui en fait le seul survivant de cette génération d’exception qui a bouleversé la vie musicale européenne après 1945 – certes – , mais c’est d’abord parce que sa musique nous parle – oui ! – , ses pièces les plus récentes comme celles qu’il a composées pendant des décennies dans l’anonymat, n’intéressant ni les autorités communistes hongroises, ni l’Europe occidentale qui n’avait guère les moyens de découvrir sa musique, ni beaucoup d’intérêt pour son artisanat modeste et radical – voilà, voilà : tout ce que personnellement j’aime : sans esbroufe d’estrade…

    …

    Kurtág a toujours écrit lentement, dans la douleur. Mais son vaste – oui – catalogue le prouve, il n’a jamais cessé d’écrire, jour après jour – au quotidien des jours, en effet ; et sans rechercher l’approbation des foules… – , loin des modes, loin des ivresses théoriques de l’après-guerre, mais encore plus loin des complaisances éclectiques d’aujourd’hui. Les Játékok (Jeux), courtes pièces pour piano constituant un work in progress depuis des décennies, sont une image de cette écriture au jour le jour – oui ! – , qui prend son sens par la continuité d’un parcours : ce qui affleure dans ces courtes pièces n’est pas étranger à ce que font voir les formes plus grandes, des Kafka-Fragmente (1987) à cet aboutissement de toute une vie qu’est son opéra Fin de Partie (2018).

    …

    On pourra trouver des évolutions, des périodes dans sa production, ne serait-ce que parce que sa célébrité tardive lui ouvre la voie à des moyens, grand orchestre ou opéra, que des décennies de marginalité lui interdisaient. Mais Stele, sa première pièce pour grand orchestre, composée au début des années 1990 avec le luxe que lui offrait le Philharmonique de Berlin, montre bien que l’essence de sa musique ne s’en est pas trouvée changée, toujours tournée vers l’intime – voilà – , vers la réduction à l’essentiel – voilà, voilà – , quand bien même elle prend des dimensions presque cosmiques.

    …

    Solitaire, discret, peu soucieux de placer sa personne au cœur de l’attention médiatique – que de vertus humaines trop rares – , Kurtág n’en est pas moins au carrefour de réseaux d’influences et d’amitiés qui dépassent toutes les frontières. Si sa carrière d’interprète est restée confinée à l’interprétation au piano de ses Játékok et de quelques transcriptions de Bach – aussi, en effet – , son art de l’interprétation a essaimé par son enseignement, de ses élèves de Budapest (András Schiff, Zoltán Kocsis, Miklós Perényi…) aux jeunes musiciens qui continuent à venir travailler avec lui (Benjamin Appl, Anna Prohaska…). Ses amitiés avec les grands compositeurs de son temps, Holliger ou Ligeti, sont une chose, les dizaines d’Hommage à Kurtág que lui ont dédiés des compositeurs de toutes les générations après lui témoignent de la fécondité de son œuvre.

    …

    Commençant son œuvre à un moment où la tentation de la tabula rasa était forte, Kurtág n’a jamais vu sa pratique artistique autrement que dans la continuité de toute la tradition musicale, Webern, Bartók, Bach, mais peut-être plus que tout Beethoven. Lui qui, né en Roumanie dans une famille juive de culture hongroise – comme Bartok ou Ligeti… – , a passé l’essentiel de sa vie en Hongrie – sauf un passage en France, à Bordeaux, auprès de son fils, György Kurtag Junior – , où il est aujourd’hui logé dans les locaux mêmes de l’Académie Liszt, mais en plus du hongrois et du roumain, il a aussi mis en musique des textes en français, allemand, russe, latin et anglais. Sans être pour autant un artiste cosmopolite, il incarne sans doute plus que personne un certain esprit d’Europe centrale – oui – , et même d’Europe tout court – oui, oui – , sans se laisser arrêter par les frontières que notre monde semble si désireux de reconstruire.

    …

    Crédits photographiques : © Szerzői jogok Huszti István / BMC

    …

    …

    György Kurtag : un musicien vivant considérable !!!

    …

    Et on rêve à ce qu’auraient pu donner Mozart et Schubert et Mendelssohn et Bartok, s’ils avaient pu vivre eux aussi jusqu’à ces 100 ans...

    …

    Ce jeudi 19 février 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • L’art rare de la biographie de René de Ceccatty (suite) : un tout simplement merveilleux « Les Trois vies d’Hector Bianciotti », ou le portrait riche et subtil, à triple facettes au moins, d’un ami proche et discret, ou du moins sélectif en les trois volets de sa propre autobiographie ; ou l’admirable récit de vérité de vies faites de rencontres étroitement imbriquées, intriquées…

    L »ami René de Ceccatty vient de me faire adresser par les Éditions Séguier son tout nouveau « Les Trois vies d’Hector Bianciotti«  – Hector Bianciotti : Colchin Oeste (Argentine), 18 mars 1930 – Paris 16e, 12 juin 2012 – . qui paraitra en librairie le 19 février prochain…

    …

    Et dès ce mardi 10 février, je viens de savourer, avec la plus grande gourmandise et délectation, ma toute première lecture de son premier grand chapitre, pages 13 à 176, intitulé « Vie objective d’Hector Bianciotti« , et qui s’efforce, sans rien trahir de secrets ou non-dits un peu délicats, de retracer, le plus factuellement – pour ce qu’on peut, en recherchant, avec le recul du temps, en découvrir, mais aussi le révéler, sans trahir la confiance de l’ami hyper généreux et modeste disparu… – possible, le très complexe parcours de vie, depuis son enfance pauvre en Argentine (1930 – 1955), son passage – très difficile, miséreux, de survie précarissime… – par l’Italie et l’Espagne (1955 – 1960), et puis sa vie (1960 – 2012) – de beaucoup de services éditoriaux et journalistiques, et pas seulement d’écrivain magnifique qu’il réussit aussi et surtout à devenir … – en France et à Paris…

    …

    Hector Bianciotti fut en effet très sélectif en sa propre autobiographie – partielle, avec des trous importants sur certaines périodes de sa vie, ainsi que sur certaines de ses activités, jugées moins dignes d’être narrées, et sur certaines personnes selon divers critères : le focus dépendant des choix (d’écrivain) de son récit en chacun de ces trois livres… – en trois volumes : « Ce que la nuit raconte au jour » (1992), « Le pas si lent de l »amour » (1995) et « Comme la trace de l’oiseau dans l’air » (1999)…

    …

    Le travail biographique de René de Ceccatty est une fois encore – après ses magnifiques « Violette Leduc » (1994), « Pasolini » (2005), « Maria Callas » (2009), « Alberto Moravia » (2010), « Elsa Morante » (2018), « Serge Tamagnot«  (2025) ; sans oublier son passionnant (!) « Mes Argentins de Paris«  (2014) ; ni, forcément, sa transcendantissime (!!!) autobiographie « Enfance, dernier chapitre » (2017) : cf mon article « Lire, vraiment lire, ce chef d’oeuvre qu’est « Enfance, dernier chapitre », de René de Ceccatty » en date du 12 décembre 2017 (avec aussi  ce lien au podcast  de notre entretien sur ce merveilleux livre, qui eut lieu au Studio Ausone de la librairie Mollat à Bordeaux le 27 octobre 2017…  – admirable de délicatesse, à l’égard de la personnalité lumineuse de délicatesse – voilà, voilà ! – et d’immense générosité – un trait majeur et dominant de sn caractère – , mais trop souvent très durement blessée en son parcours de vie difficile – son « destin« , disait-il… – , de celui qui a été un ami qui l’a très généreusement aidé de manière totalement désintéressée en sa carrière éditoriale et journalistique, à lui aussi : de janvier à décembre 1987, René de Ceccatty est l’assistant d’Hector Bianciotti chez Gallimard…

    …

    On lira aussi avec grand profit la très précise et commode « Chronologie d’Hector Bianciotti » située aux pages 506 à 524 de cet admirable « Les Trois vies d’Hector Bianciotti« …

    …

    Et en attendant bien sûr ma lecture du très important aussi chapitre suivant (pages 177 à 264) : « Vie subjective d’Hector Bianciotti« ,

    c’est-à- dire « le point de vue personnel » – d’ami – de René de Ceccaty sur l’ami très proche et constamment fidèle qu’a été pour lui Hector Bianciotti, « dans la mesure où notre rencontre a eu des conséquences importantes sur mon existence professionnelle, intellectuelle et intime« , ainsi que prend soin de l’exprimer René de Ceccatty à la page 12, en l’Avant-Propos de son livre  – intime aussi, en effet,, avec l’épisode de la rencontre suivie des « neuf années – 7 septembre 1993 – 7 septembre 2002, très précisément – que dura la liaison«  de René de Ceccaty avec Christian Py, devenu le personnage de « Hervé » dans les 5 livres, magnifiques, que lui a consacrés René de Ceccatty : « Aimer«  (1996), « Consolation provisoire » (1998), « L’Éloignement » (1999), « Fiction douce«  (2000) et « Une Fin » (2004) ; c’est en effet Hector Bianciotti qui les avait fait se rencontrer ; et ces 5 récits, suivis, de René de Ceccatty constituent sans conteste un des sommets de son œuvre à lui, d’écrivain majeur…

    Cf ce que rapporte René de Ceccatty aux pages 205 à 224, notamment, de ce « Les Trois vies d’Hector Bianciotti« …

    …

    Nos vies sont faites de rencontres, qu’elles soient amicales ou amoureuses, imbriquées, intriquées…

    …

    Et sur l’amitié, je relève ces mots-ci d’Hector Bianciotti, prononcés le 2 février 1989, et rapportés ici à la page 158 :

    « J’ai survécu – voilà ! – grâce à l’amitié – voilà, voilà ! Ma vie a été très difficile – réellement – , mais j’ai été sauvé – voilà ; et à diverses reprises, et en divers endroits – par l’amitié – de plusieurs. D’individu à individu, il peut – vraiment – y avoir de l’estime, de la fidélité, tout ce qui est de l’ordre de l’amitié, une profonde solidarité : on peut savoir – vraiment… – qu’on ne trahira jamais cet ami, et qu’il ne nous trahira jamais. »

    …

    Et Hector Bianciotti d’ajouter aussitôt :

    « Mais quant au mot « amour, ii implique presque toutes les possibilités de l’être, une quasi possibilité d’absence à soi-même. Et cela c’est impossible. L’enfer n’est pas de ne pas être aimé, mais de se rendre compte qu’on n’est pas capable d’aimer. Le seul amour est la mère, il faut oser le dire aujourd’hui. C’est d’ailleurs un amour qui s’exprime à contretemps. Il n’y a pas d’amour sur Terre. C’est une terrible souffrance – voilà !

    Il y a la passion, elle sert au devenir de l’espèce, mais l’amour n’existe pas« …

    …

    …

    Un travail de biographie tout à fait passionnant, car il sait creuser loin et profond, avec une infinie permanente délicatesse de vérité.

    …
    Ce mardi 10 février 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Le CD Seulétoile « Médée, fille des Enfers », d’Eugénie Lefèbvre : une curiosité discographique anomique autour du toujours fascinant mythe de Médée, meurtrière de ses enfants pour se venger du mari, Jason, qui l’avait trompée…

    C’est une curiosité assez anomique autour du mythe de Médée que vient nous proposer le CD Seulétoile SE 15 « Médée, fille des Enfers » – enregistré à Roubaix du 10 au 13 septembre 2024 – sur une idée, une direction artistique et une interprétation de la chanteuse Eugénie Lefèbvre,

    puisque mêlant des textes, lus – bien mal, hélas – par Dominique Boutelle, d’Apollonios de Rhodes (Les Argonautiques, IIIe siècle av. J-C), Euripide (Médée, 431 av. J-C), Corneille (Médée, 1634), et Anouilh (Médée, 1953) – mais pas la Médée de Sénèque, en 63… – ,

    avec des extraits d’œuvres musicales de l’époque baroque de Pascal Collasse (Jason, ou la Toison d’or, 1696), Johann-Sigismund Kusser (Jason, 1697), Francesco Cavalli (Il Giasone, 1649), Agostino Steffani (Le Rivali Concordi, 1698), Marc-Antoine Charpentier (Médée, 1693) et Joseph-François Salomon (Médée et Jason, 1713),

    interprétés par les chanteurs Eugénie Lefèbvre et Paco Garcia, les violons de Louis Créach et Simon Pierre, l’alto de Kate Goodbehere, la viole de gamme de Julie Dessaint, le violoncelle de Cécile Vérolles, le hautbois, la flûte et le basson de Lucile Tessier, le violone de Sarah Van Oudenhove, le théorbe de Thibaut Roussel, et le clavecin de Clément Geffroy : une bonne équipe d’instrumentistes…

    …

    Lors d’un voyage en Grèce, l’été 1969, conduits par l’ami grec – dont le père encore en vie était un grand sculpteur grec contemporain alors tétraplégique : nous lui avions rendu visite chez lui à Athènes : il nous avait reçu, privé de la parole, en chaise roulante… – d’une amie avec qui je voyageais, nous avions passé la nuit à la belle étoile et dormi dans les pauvres vestiges, mais tout de même impressionnants !, d’un petit temple de Médée, situé sur un cap en face de Corinthe, et non loin de la cité thermale de Loutrakis ; et l’ombre de Médée était bel et bien là présente en ce lieu perdu, loin de tout : il fallait y descendre par un petit sentier…

    …

    Et je me souviens bien aussi du film « Cri de femmes » de Jules Dassin, en 1978, avec Melina Mercouri et Ellen Burstyn, dans lequel une actrice interprète de Médée était fascinée par le procès d’une mère meurtrière de ses enfants pour se venger de son mari qui l’avait quittée pour une autre…

    …

    Oui, Médée assurément fascine,

    et continue de fasciner…

    …

    Ce lundi 9 février 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Découvrir le CD « Artemisia » de l’Ensemble Agamemnon dirigé par le cornettiste François Cardey, un récital d’émouvantes œuvres musicales de l’Italie baroque en l’honneur d’Artemisia Gentileschi (1593 – 1656), peintre marquante du Seicento : un très beau CD de l’inventif label Seulétoile……

    Le CD Seulétoile SE 14 « Artemisia«  – enregistré à Saint-Amant-de-Boixe du 29 avril au 4 mai 2024 – de l’Ensemble Agamemnon dirigé par le cornettiste François Cardey, et avec la soprano Amandine Trenc – en voici une judicieuse vidéo de présentation, de 4′ 56 – , est à la fois très intéressant et très beau, par le répertoire qu’il arpente et incarne pour nous ici au disque,  constitué d’œuvres des compositeurs Giovanni Battista Fontana (1589 – 1630), Lucretia Orsina Vizana (1590 – 1662), Orazio Tardini (1602 – 1677), Salomone Rossi (1570 – 1630), Domenico Mazzocchi (1592 – 1665), Girolamo Frescobaldi (1583 – 1645), Francesca Caccini (1571 – 1640), Ippolito Tartaglino (1535 – 1582), Orlando di Lasso (1532 – 1594) et Alessandro Grandi (1590 – 1630), toutes en rapport avec la remarquable peintre Artemisia Gentileschi (Rome, 8 juillet 1593 – Naples, ca. 1656)…

    …

    Sur ce CD original – de l’imaginatif et créatif label Seulétoile d’Alice Julien-Laferrière – ,

    consulter l’article de Cécile Glaenzer intitulé « L’ensemble Agamemnon dans un programme de musiques caravagesques« , paru sur le site de ResMusica le 14 janvier 2026, qui me l’a fait découvrir et rechercher, goûter et apprécier…

    …

    L’ensemble Agamemnon dans un programme de musiques caravagesques

    …

    Les pièces vocales et instrumentales choisies par le cornettiste  et son ensemble illustrent les peintures les plus marquantes d’ et mettent en musique l’art du clair-obscur caractéristique de la peinture baroque.

    …

    Trois figures féminines issues des Ecritures parcourent l’œuvre picturale d’ : la Vierge Marie, l’infortunée Susanne et la repentie Marie de Magdala, qui ont également inspiré la production musicale de la première moitié du Seicento italien – voilà ! Ce sont elles que l’on retrouve dans les pièces vocales de ce programme, en alternance avec des pièces instrumentales de la même époque, dont le cornet et le violon se partagent la déclamation. Il est tout à fait dans l’air du temps de s’intéresser à cette artiste, victime d’un viol dans sa jeunesse – voilà ! – et qui s’identifie pour cela à la chaste Susanne surprise au bain par les vieillards lubriques ; le musée Jacquemart-André a récemment consacré une grande rétrospective à celle qui est devenue malgré elle une icône féministe. Le livret abondamment illustré qui accompagne le disque donne la parole à une historienne de l’art (Anne Delage) pour un portrait de cette artiste qui s’inscrit dans la lignée des peintres caravagesques.

    …

    Créé en 2015 par le cornettiste , l’ se consacre aux répertoires italien et germanique du XVIIᵉ siècle. Il s’attache à faire découvrir des pièces  oubliées, en tissant des liens thématiques avec la littérature, la poésie, les arts plastiques et les cinq sens plus généralement. Comme ce que nous donne à voir la peinture de cette époque, le répertoire baroque italien décrit les émotions humaines – les passions… – en se basant sur les contrastes. Pour illustrer l’histoire malheureuse de Susanne et les vieillards, la cantate Susana combattuta de occupe la partie centrale du programme – oui : 13′ 14 – et nous offre une véritable scène d’opéra, où la voix bien timbrée de la soprano exprime les affects les plus variés. Pour Marie-Madeleine en extase, il est fait appel à un motet très virtuose d’, puis c’est à nouveau Mazzocchi qui illustre les larmes de la sainte au pied de la croix. Ce Lagrime amare d’une grande sensualité est riche d’incroyables chromatismes – oui – , et la voix glisse sur des inflexions microtonales d’un effet saisissant. Les musiques vocales mariales d’, Lucretia Vizzana et sont plus sages et pleines de tendresse. Mais ce sont les épisodes instrumentaux, où le violon d’ et surtout le cornet de font assaut de virtuosité, qui nous réjouissent le plus, et en particulier les diminutions au cornet sur la chanson « Susane un jour » d’. Après l’ombre des sentiments tourmentés apparaît la lumière de l’espérance.

    …

    Artemisia. Œuvres de Giovanni Battista Fontana (1589-1630), Lucrezia Orsina Vizzana (1590-1662), Orazio Tarditi (1602-1677), Salomone Rossi (1570-1630), Domenico Mazzocchi (1592-1665), Girolamo Frescobaldi (1583-1645), Francesca Caccini (1571-1640), Ippolito Tartaglino (1535-1582), Orlando di Lasso (1532-1594), Alessandro Grandi (1590-1630). Amandine Trenc, soprano. Ensemble Agamemnon, cornet et direction artistique François Cardey. 1 CD Seulétoile. Enregistré en mai 2024 à Saint-Amant-de-Boixe. Notice de présentation en français. Durée : 60:27

    …

    …

    Un programme tout à la fois beau et très intéressant.

    …

    Ce dimanche 8 février 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa