AprĂšs son dĂ©jĂ passionnant (et dĂ©jĂ stupĂ©fiant !) CD « BariTenor« _ le CD Erato 019029516664, enregistrĂ© Ă Strasbourg aux mois d’aoĂ»t et octobre 2020, et paru en 2021, avec l’Orchestre Philharmonique de Strasbourg, sous la direction de Marko Letonja ; cf mes articles des 22 octobre (« Le flamboyant CD « Baritenor » du parfait Michael Spyres, admirable en son exploration des registres de voix entre tĂ©nor et barytonâŠÂ«Â ), 23 octobre (« Le travail de composition du programme du CD « Baritenor » par Michael Spyres, eu Ă©gard Ă lâhistoire de lâopĂ©ra et des chanteurs, entre 1781 et 1937 : lâintelligence de la dynamique souple des voix, de Michael SpyresâŠÂ«Â ), 24 octobre (« La richesse des impressions Ă©prouvĂ©es en Ă©coutant en boucle le programme trĂšs variĂ© du si beau « Baritenor » de lâadmirable Michael Spyres« ) et 15 dĂ©cembre 2021 (« Comment devons-nous prendre la question « Michael Spyres : baryton ou tĂ©nor ? » du magazine ResMusica ?..« )… _,
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le magnifique tĂ©nor qu’est l’immense Michael Spyres (Mansfield, Missouri, 1979), étend sa passionnante exploration des rĂ©pertoires _ encore trop mal connus, et confusĂ©ment rĂ©pertoriĂ©s… _ de la voix de tĂ©nor, en ses divers et trĂšs larges ambitus,
par un nouveau stupĂ©fiant CD, intitulĂ© de maniĂšre un tantinet provocante, cette fois, « Contra-Tenor » _ soit le CD Erato 5054197293467, enregistrĂ© Ă la Villa San Fermo Ă Lonigo (province de Vicence, en Italie), du 15 au 22 septembre 2022, avec l’Ensemble (baroque bien connu !) Il Pomo d’Oro, dirigé par l’excellentissime Francesco Corti.
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Soit, à nouveau, une magistrale réussite musicale.
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Qu’on Ă©coute, par exemple, les airs donnĂ©s en ces deux vidĂ©os-ci :
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en la premiĂšre, l’air, virtuosissime, « Tu m’involasti un regno », extrait de l’ »Antigono » (rĂ©pĂ©tĂ© Ă Lisbonne au mois d’octobre 1755 _ mais non créé alors, Ă cause du terrible dĂ©sastre du tremblement de terre de Lisbonne, le 1er novembre !!! _, d’Antonio-Maria Mazzonni (1717 – 1785) _ Ă comparer avec cette autre prise vidĂ©o (d’une durĂ©e de 6’15) pour le mĂȘme air, Ă Lisbonne, cette fois, en 2011, avec l’Ensemble Il divino sospiro dirigĂ© par Enrico Onofri… _ ;
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et en la seconde, l’air, aussi Ă©poustouflant _ de beautĂ©, comme d’interprĂ©tation _, « Se il mio paterno adore », extrait du « Siroe » (créé Ă Rome le 12 janvier 1740), de Gaetano Latilla (1711 – 1788) ;
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vidĂ©os d’une durĂ©e respectivement de 6’17 et de 6’10.
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J’ai rĂ©uni ici 5 liens Ă de bien intĂ©ressants articles parus en commentaire de ce tout nouveau CD « Contra-Tenor » de Michael Spyres,
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auxquels on pourra accéder par ces liens-ci :
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_  de Tim Ashley, sur le site de Gramophone _ sans date _, « Michael Spyres : Contra-Tenor« …
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_ de Laurent Bury, sur le site de PremiereLoge-Opera.co, le 21 avril dernier, « Contra-Tenor par Michael Spyres _ et pourtant il chante ! «Â
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_ de ClĂ©ment Demeure, sur le site de ForumOpera.com, le 21 avril aussi, « Contra-Tenor, Michael Spyres _ un jalon du chant baroque«Â
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_ de Pierre Giangiobbe, sur le site de Olyrix, le 22 avril, en suivant, « Michael Spyres, tĂ©nor contratenore dans son nouvel album«Â
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_ de Pierre Degott, sur le site de ResMusica, en date du 28 avril 2023, « Michael Spyres, tĂ©nor assoluto«Â
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Ce qui donne, pour ces articles en français, avec l’ajout de quelques remarques de ma part :
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_ pour l’article « Contra-Tenor par Michael Spyres _ et pourtant il chante !  » de Laurent Bury :
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Nous ne pouvions pas imaginer, rendant compte de son enregistrement des Nuits dâĂ©tĂ©, que Michael Spyres, Ă dĂ©faut de devenir soprano, se prĂ©senterait ensuite comme « contre-tĂ©nor ». Ce nâest Ă©videmment pas ainsi quâil convient de traduire le titre de son nouveau disque, oĂč il apparaĂźt plutĂŽt sous lâaspect dâune haute-contre Ă la française _ voilĂ ! _, mais oĂč il aborde aussi toutes sortes de rĂŽles italiens destinĂ©s Ă cette tessiture qui, ainsi quâil lâexplique, nâexiste pas, ou du moins, que nul nâa jamais pu dĂ©finir trĂšs clairement : « la voix la plus virtuose et difficile Ă classer dans une catĂ©gorie spĂ©cifique », selon lui.
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Ayant abordĂ© lâopera seria mozartien aprĂšs sâĂȘtre fait connaĂźtre dans le rĂ©pertoire des premiĂšres dĂ©cennies du XIXe siĂšcle (Rossini, Meyerbeer), Michael Spyres sâamuse depuis quelque temps Ă brouiller les pistes, et veut nous montrer quâil peut chanter en baryton aussi bien quâen tĂ©nor. Nouvelle dĂ©monstration avec le disque Contra-Tenor, mais cette fois dans le rĂ©pertoire du XVIIIesiĂšcle, le rĂŽle-titre de Mitridate Ă©tant Ă peu prĂšs le seul quâil a eu lâoccasion de servir Ă la scĂšne (mĂȘme si on se rappelle une incursion haendĂ©lienne dans un Theodora donnĂ© en concert et enregistrĂ© dans la foulĂ©e).
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Le programme de ce rĂ©cital va donc de Lully Ă Piccinni, deux Italiens ayant connu le succĂšs Ă Paris (et dans les deux cas sur un livret de Quinault _ en effet ! _, puisque Piccinni reprit pour son Roland _ en 1778 _ le livret que Lully avait utilisĂ© un siĂšcle auparavant _ en 1685 _), et sâil inclut un compositeur nĂ© en France â Rameau â et quelques Allemands dĂ©racinĂ©s â Haendel, Hasse, Gluck â, il faut bien reconnaĂźtre _ oui _ que, en ce CD Contra-Tenor les Italiens dâItalie se taillent la part du lion.
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De Lully, il aurait sans doute Ă©tĂ© possible _ oui ! _ de trouver un vĂ©ritable air, comme celui de Renaud dans Armide, par exemple, plutĂŽt que cette minute et demie de dĂ©clamation extraite de PersĂ©e sur laquelle sâouvre le disque _ peut-ĂȘtre en suivant l’exemple de Rockwell Blake en son CD « Airs d’OpĂ©ras français« , pour EMI, en 1994. Et entre ce PersĂ©e de 1682 et la NaĂŻs de Rameau en 1749, nây avait-il donc aucun compositeur français qui mĂ©rite dâĂȘtre enregistrĂ© par le « Contra-Tenor », lui qui chante si admirablement notre langue ? _ la remarque est en effet trĂšs judicieuse…
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Tous les Italiens du XVIIIe siĂšcle dĂ©filent, y compris le trop rare Galuppi, et dâencore moins frĂ©quentĂ©s, comme Gaetano Latilla ou Antonio Maria Mazzoni, qui offrent Ă Michael Spyres dâexcellentes occasions _ mais oui ! _ de dĂ©ployer son agilitĂ© vocale dans des arias exigeant non seulement une maĂźtrise du chant rapide et ornĂ©, mais imposant aussi dâimpressionnants _ certes _ sauts dâoctave, nouvelle preuve de lâĂ©tendue de son registre, lorsquâil aligne dâimpressionnants suraigus et de soudaines descentes dans le grave, sans jamais perdre de vue _ et c’est bien lĂ le principal _ lâexpressivitĂ© de ces pages (il parvient mĂȘme Ă proposer une version personnelle dâun air aussi rabĂąchĂ© que « Jâai perdu mon Eurydice »).
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Non content de vouloir aborder Wagner, le tĂ©nor amĂ©ricain rĂ©ussit â en studio, en attendant la scĂšne â Ă sâimposer dans des rĂ©pertoires aux exigences tout autres. Quant Ă Il Pomo dâOro, on savait lâensemble familier de la musique italienne, mais on le dĂ©couvre trĂšs Ă son aise aussi _ oui ! _ dans lâopĂ©ra français, avec une noble passacaille de PersĂ©e.
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_ pour l’article « Contra-Tenor, Michael Spyres _ un jalon du chant baroque » de ClĂ©ment Demeure :
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_ pour l’article « Michael Spyres, tĂ©nor contratenore dans son nouvel album » de Pierre Giangiobbe :
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Le prĂ©cĂ©dent album questionnait la frontiĂšre grave _ voilĂ _ entre tĂ©nor et baryton, celui en fait de mĂȘme pour la frontiĂšre aiguĂ« _ oui ! _, et il le fait de la mĂȘme maniĂšre, avec une forme de flou artistique aussi. Si le choix de rĂ©pertoire est bien dĂ©limitĂ© (ce nouveau projet remonte au baroque, et s’arrĂȘte donc lĂ oĂč le prĂ©cĂ©dent album commençait), le titre du disque et le propos du livret _ extrĂȘmement intĂ©ressant en ses analyses dĂ©taillĂ©es, il faut le souligner _ posent une sĂ©rie de questions _ oui ! _ jouant sur les termes et les strates historiques. Le « contra-tenore » n’est en effet pas _ oui, oui !!!  _ le « contre-tĂ©nor » d’aujourd’hui, celui qui a succĂ©dĂ© au castrat, mais veut au contraire dĂ©signer le tĂ©nor qui, Ă l’Ă©poque baroque, rivalisait justement _ sur la scĂšne _ avec les castrats. Comme le rappelle le livret, ces tĂ©nors pouvaient dĂ©jĂ ĂȘtre dĂ©signĂ©s par toute une sĂ©rie _ non codĂ©e, et pour cause : chaque chanteur faisait (et osait !) avec ses propres moyens… _ d’appellation : tĂ©nor-basse, baritenore, contre-tĂ©nor et haute-contre, ou encore taille. Michael Spyres, continue donc _ voilĂ _ son exploration _ passionnante _ de ces dĂ©clinaisons en s’intĂ©ressant ici au spectre aigu, le « contre » pouvant aussi bien dĂ©finir le haute-contre Ă la française que le contre-tĂ©nor italien, mais pas _ en effet ! _ le contre-tĂ©nor Ă la voix de fausset.
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Et finalement, c’est encore une autre voix que le chanteur vise et qu’il met en avant : celle du « tenore assoluto » dont la tessiture balaye l’ambitus allant du baritĂ©nor au contre-alto (voix grave fĂ©minine), un terme qui est depuis devenu le surnom superlatif d’Enrico Caruso, « Tenore Assoluto« , rajoutant encore Ă la confusion.
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Michael Spyres vise donc le contra-tenore-assoluto-barocco _ si l’on veut… _ en prĂȘtant sa voix Ă lâĂ©tendue spectaculaire _ certes, mais jamais forcĂ©e au final… _ aux rĂŽles composĂ©s par Lully, Haendel, Rameau et plus tardivement Gluck et Mozart (et le disque fait Ă©galement dĂ©couvrir quelques morceaux de Johann Adolf Hasse, Baldassare Galuppi ou Gaetano Latilla, enregistrĂ©s pour la premiĂšre fois).
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Cet album est un hommage Ă lâhabiletĂ© technique _ mais pas seulement ! Ce serait lĂ terriblement rĂ©ducteur ! _ de lâinterprĂšte. Trilles, mordants, fioritures sont au rendez-vous, exĂ©cutĂ©s avec souplesse _ et naturel, comme il se doit… _, dâune voix toujours projetĂ©e avec lâĂ©clat dâun vibrato sĂ©millant. Michael Spyres sâillustre autant dans les pyrotechnies vocales du rĂ©pertoire italien que dans le raffinement sobre _ nĂ©cessairement : un art de la dĂ©licatesse, jamais forcĂ©e… _ du grand style français. Sa prononciation est _ parfaitement _ soignĂ©e dans ces deux langues. Naviguant entre les registres, il dĂ©ploie tantĂŽt un grave satinĂ© « barytonant », voire « basso » large et profond, tantĂŽt un aigu fulgurant. Plusieurs morceaux lâamĂšnent dans lâextrĂȘme-aigu sur la cadence (jusquâau contre-fa, voire au-delĂ ). La voix sâaffine sans basculer en falsetto _ en effet _ et reste nettement _ oui _ timbrĂ©e.
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Les musiciens de lâorchestre Il Pomo d’Oro mettent toute leur expertise _ trĂšs grande _ du rĂ©pertoire baroque au service notamment des piĂšces oubliĂ©es, dĂ©ployant une riche palette sonore emportĂ©e par un pupitre de cordes particuliĂšrement vif et endiablĂ© (sans oublier les nuances _ capitales _ donnĂ©es par la direction prĂ©cise _ et justissime _ du chef et claveciniste _ excellent, chaque fois ! _ Francesco Corti, qui confĂšre Ă cette musique tout son caractĂšre vivant et aĂ©rien) _ absolument : beaucoup de fluiditĂ© et de vie…
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De quoi, au final, se laisser emporter _ sans la moindre rĂ©ticence, jamais _ par la virtuositĂ© absolue _ mais pas gratuite, ni capricieuse : Michael Spyres n’est pas Cecilia Bartoli… _ de cette musique, qui justement dĂ©borde _ avec esprit _ tous les cadres, toutes les cases et appellations : en vers et contre-tĂ©nors.
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_ pour l’article de Pierre Degott « Michael Spyres, tĂ©nor assoluto » :
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Dans un programme riche et Ă©clectique, Michael Spyres se livre Ă une nouvelle dĂ©monstration de virtuositĂ© et de versatilitĂ© _ mais jamais gratuites ni capricieuses. Un rĂ©cital qui fera date _ oui _, et quâon rangera Ă cĂŽtĂ© _ et sans l’y amalgamer _ des plus grandes rĂ©ussites rĂ©centes de tous nos contretĂ©nors prĂ©fĂ©rĂ©s.
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Est-il tĂ©nor, baryton, barytĂ©nor, haute-contre, Heldentenor, maintenant contra-tĂ©nor ? Michael Spyres se pose dĂ©cidĂ©ment beaucoup de questions, pour le plus grand bonheur de ses auditeurs _ en effet _ qui nâauront aucun mal Ă se faire leur propre avis. Si lâalbum intitulĂ© Baritenor avait moyennement convaincu _ pas moi : j’en suis enthousiaste _ , cet album consacrĂ© aux grands airs baroques devrait, lui, rallier tous les suffrages. Le choix du programme, tout dâabord, qui de Lully Ă Mozart couvre lâexploration de la tessiture de tĂ©nor sur toute la pĂ©riode baroque, devrait satisfaire tous les amateurs de musique ancienne. Un air par compositeur, de quoi ravir les admirateurs de musique italienne comme de musique française _ bien distincts cependant. Le projet de Michael Spyres est visiblement de convaincre quâĂ cĂŽtĂ© de la voix de castrat, le tĂ©nor baroque avait lui aussi _ mais oui ! _ son mot Ă dire, mĂȘme sâil est vrai que la tessiture de cette voix nâĂ©tait pas aussi nettement dĂ©finie _ en effet _ quâelle lâest devenue plus tard au XIXá” siĂšcle. Le haute-contre Ă la française de Lully et de Rameau, convenons-en, a peu Ă voir _ en effet !!! _ avec le tĂ©nor barytonnant de Haendel, illustrĂ© ici par le Bajazet de Tamerlano. Ce personnage Ă©volue en effet dans une tessiture relativement grave qui a permis encore rĂ©cemment Ă PlĂĄcido Domingo, tĂ©nor alors redevenu baryton, de se tailler un beau succĂšs dans le rĂŽle….
Dans les deux types de tessiture, Michael Spyres se montre souverain _ oui _, mĂȘme si lâon se permettra de prĂ©fĂ©rer ses couleurs vocales dans le haut-mĂ©dium de la voix. Son extension dans le grave, si elle commande le respect, nâa pas la mĂȘme qualitĂ© de timbre que la partie plus Ă©levĂ©e de lâinstrument. On nâen apprĂ©cie pas moins les variations dans les notes basses de certains airs, dont le « Se il moi paterno amore » du Siroe, re di Persia, enregistrĂ© en premiĂšre mondiale. Dans toutes les plages rĂ©unies sur cet album, lesquelles feront entendre quelques tubes du baroque et du classicisme naissant comme des nouveautĂ©s absolues _ les deux _, Spyres se montre un technicien hors pair _ mais pas seulement, et loin de lĂ : un merveilleux artiste lucide aussi… La voix est homogĂšne sur tous les registres, des extrĂȘmes graves aux extrĂȘmes aiguĂ«s, et enjambe les intervalles les plus folles sans la moindre difficultĂ© _ quelle suprĂȘme fluiditĂ©… Elle offre tout au long du programme, et sans le moindre effort, trilles, mordants et vocalises, sâautorisant des incartades _ mais jamais folles _ autant dans le suraigu que dans les trĂ©fonds du registre de basse. Le spectaculaire « Tu mâinvolasti un regno » extrait de lâAntigono de Mazzoni fait entendre une vocalise sur rien moins que trois octaves. Cerise sur le gĂąteau, Spyres sait Ă©galement dire un texte et son interprĂ©tation de « Jâai perdu mon Eurydice », dans un excellent français, est une des plus Ă©mouvantes quâon ait pu entendre ces derniĂšres annĂ©es _ mais oui ; et en quel admirable français !
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Un tour de force vocal, donc, qui rappelle que virtuositĂ© technique et expressivitĂ© _ voilĂ _ ne sont en rien incompatibles. On aura rarement Ă©tĂ© autant convaincu par un rĂ©cital dâairs baroques, autant pour la variĂ©tĂ© des airs sĂ©lectionnĂ©s que par la maĂźtrise de la technique vocale et par celle de lâart de la diction _ oui !!! _ et de lâinterprĂ©tation _ admirable. Il Pomo dâoro, dirigĂ© ici par Francesco Corti, est un ensemble instrumental aujourdâhui bien connu _ pour sa rĂ©guliĂšre excellence !! Tout comme le soliste, il montre sa parfaite adĂ©quation _ oui _ aux diffĂ©rents styles _ trĂšs divers _ reprĂ©sentĂ©s sur ce programme Ă lâĂ©clectisme rare _ oui _ pour un enregistrement estampillĂ© « baroque ». Sa contribution _ voilĂ _ au succĂšs de lâentreprise se doit dâĂȘtre dĂ»ment signalĂ©e.
Contra-tenor.
Jean-Baptiste Lully (1632-1687) : « Cessons de redouter » et Passacaille extraits de Persée.
Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : « E il soffrirete ⊠Empio per farti guerra » extrait de Tamerlano.
Antonio Vivaldi (1678-1741) : « Cada pur sul capo audace » extrait de Artabano, re deâ Parti.
Leonardo Vinci (1690-1730) : « Si sgomenti alle sue pene » extrait de Catone in Utica.
Nicola Porpora (1686-1768) : « Nocchier, che mai non vide » extrait de Germanico in Germania.
Domenico Sarro (1679-1744) : « Fra lâombre un lampo solo » extrait de Achille in Sciro.
Baldassare Galuppi (1706-1785) : « Vil trofeo dâun alma imbelle » extrait de Alessandro nellâIndie.
Gaetano Latilla (1711-1768) : « Se il mio paterno amore » extrait de Siroe, re di Persia.
Johann Adolf Hasse (1699-1783) : « Solcar pensa un mar sicuro » extrait de Arminio.
Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : « Cessez de ravager la Terre » extrait de Naïs.
Antonio Maria Mazzoni (1717-1785) : « Tu mâinvolasti un regno » extrait de Antigono.
Christoph Willibald Gluck (1714-1787) : « Jâai perdu mon Eurydice » extrait de OrphĂ©e et Eurydice.
Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : « Se di lauri » extrait de Mitridate, re di Ponto.
NiccolĂČ Piccinni (1728-1800) : « En butte aux fureurs de lâorage » extrait de Roland.
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Michael Spyres, ténor ;
Il Pomo dâoro, direction : Francesco Corti.
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1 CD Erato.
Enregistré du 15 au 22 septembre 2020 à la Villa San Fermo de Lonigo (Italie).
Notice de présentation en anglais, français et allemand.
Durée : 72:54
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Voilà pour ces articles annotés.
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Le CD enfile ses 14 airs dans l’ordre _ presque, Ă une exception prĂšs : les airs de Vivaldi (en 1716) et de Haendel (en 1724), intervertis dans l’ordre du CD, pour une raison qui m’Ă©chappe… _ strictement chronologique de leur crĂ©ation (ou composition, pour l’air de Mazzoni qui n’a pu ĂȘtre créé Ă Lisbonne Ă cause des destructions du terrible tremblement de terre, alors que l’opĂ©ra « Antigono » Ă©tait en rĂ©pĂ©titions..) :
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_ 1682, pour l’air extrait de « PersĂ©e » de Lully, créé Ă Paris le 18 avril 1682
_ 1716, pour l’air extrait d’ »Artabano, re de’ Parti » de Vivaldi, créé Ă Venise le 18 janvier 1716
_ 1724, pour l’air extrait de « Tamerlano » de Haendel, créé Ă Londres le 31 octobre 1724
_ 1728, pour l’air extrait de « Catone in Utica » de Vinci, créé Ă Rome le 19 janvier 1728
_ 1732, pour l’air extrait de « Germanico in Germania » de Porpora, créé Ă Rome en fĂ©vrierl 1732
_ 1737, pour l’air extrait d’ »Achille in Sciro » de Domenico Sarro, créé Ă Naples le 4 novembre 1737
_ 1738, pour l’air extrait d’ »Alessandro nell’Indie » de Galuppi, créé Ă Mantoue le 14 janvier 1738
_ 1740, pour l’air extrait de « Siroe, re di Persia » de Gaetano Latilla, créé Ă Rome  le 12 janvier 1740
_ 1745, pour l’air extrait d’ »Arminio » de Hasse, créé Ă Dresde, le 7 octobre 1745
_ 1749, pour l’air extrait de « Nais » de Rameau, créé Ă Paris le22 avril 1749
_ 1755, pour l’air extrait d’ »Antigono » d’Antonio-Maria Mazzoni, rĂ©pĂ©tĂ©, mais non créé, Ă Lisbonne en octobre 1755
_ 1762, pour l’air extrait d’ »OrphĂ©e et Eurydice » de Gluck, créé Ă Paris le 5 octobre 1762
_ 1772, pour l’air extrait de « Mitridate, re di Ponto » de Mozart, créé Ă Milan le 26 dĂ©cembre 1772
_ 1778, pour l’air extrait de « Roland » de Piccinni, créé Ă Paris le 27 janvier 1778.
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Un CD indispensable.
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Ce vendredi 5 mai 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa

Câest peu dire _ 