Catégorie : Musiques

  • Bravissimo au ravelissime CD Ravel de Clément Lefebvre

    Pour enfoncer le clou de mon article  du 18 novembre dernier,

    dans lequel je me référais au commentaire, excellent, de ce CD par Jean-Charles Hoffelé, en un article intitulé Ravel danse, de la veille,

    …

    voilà que je suis tombé hier sur un nouvel article de commentaire de ce ravélissime CD de Clément Lefebvre, sur le site ResMusica, et sous la plume de Stéphane Friédérich :

    …

    un article intitulé cette fois Le réjouissant Ravel de Clément Lefebvre…

    …

    Que voici :

    …

    Le réjouissant Ravel de Clément Lefebvre

    …
    …

    Après un splendide _ oui ! _ album consacré à Rameau et Couperin également chez Evidence Classics _ cf mon article du 9 juin 2018 : … _, Clément Lefebvre nous offre, loin des pages les plus spectaculaires de Ravel, des interprétations marquantes de pièces composées à l’ombre du Grand Siècle.

    …

    …

    Classicisme et/ou modernité, précisément : la question est induite dans l’excellent texte de présentation _ de Clément lefèbvre lui-même ? _ qui offre la parole au compositeur placé devant le dilemme de rendre dommage à « ce XVIIIᵉ siècle de mes rêves » tout en demeurant pleinement lui-même dans l’effervescence des années 1890-1910. À la première mesure, la Sonatine naît sous les doigts du pianiste comme une évidence _ oui, tout simplement, en effet. Il est d’ailleurs impossible qu’elle ne soit pas “juste” et d’en relâcher une seule note, mais aussi de ne pas projeter le son vers le haut, de ne pas éviter “l’effet bibelot” ou, pire, le rachitisme analytique. La Sonatine n’est guidée que par une lumière à peine tamisée, jouant de « ce battement d’ailes » comme le décrivit si bien Vlado Perlemuter. Interpréter avec raffinement sans être précieux _ voilà ! _, voilà précisément ce que réussit Clément Lefebvre dans cette œuvre, puis dans l’élan du Menuet sur le nom de Haydn, moins “lent” que supposé, mais toujours ciselé dans le chant intime _ oui : ravélien. C’est, en effet, une musique que l’on joue pour soi et qui devrait être fortement déconseillée dans les grandes salles de concert. L’œuvre ne croît que par ses ambiguïtés, ses suggestions, une divine hypocrisie _ ou plutôt pudeur _ de styles bariolés. Elle s’amuse de ses indications « très vite mais pas précipité», mais aussi « sans prudence et sans merci ! ». Le superbe Yamaha CFX que l’on entend est réglé comme un cartel de Versailles avec juste ce qu’il faut d’or, de patine et de doux balancement.

    …

    …

    Le cœur de l’album, ce sont les Valses nobles et sentimentales. Clément Lefebvre multiplie les modes d’attaques, les respirations brèves, les atmosphères qui naissent et disparaissent aussitôt, grâce à un toucher associant tendresse et robustesse _ voilà. C’est à la fois franc, élégant et suggestif _ oui : sans la moindre « hypocrisie« , par conséquent : le mot était un peu malheureux... Les ombres d’une chorégraphie et le pressentiment de l’orchestration déjà pensée par Ravel favorisent la prise de risques. Dans la cinquième danse, par exemple, l’interprète tire les rythmes “à lui”, dans un tempo un peu plus rapide que ce « presque lent », mais l’effet si bien calculé en devient… naturel _ comme il se doit, raveliennement… Les valses sont ce qu’on en attend : piquantes et aimables à la fois, des successions déroutantes de mouvements contraires et indansables.

    …

    …

    Le Menuet Antique qui suit, frôle la parodie “chabriesque”. Peut-on imaginer, en 1895, soit deux ans avant la disparition de Brahms, une œuvre plus éloignée de l’écriture du viennois ? Quant à la partition à demi-reniée par le compositeur, la Pavane jouant sur les maux d’une infante, « ce morceau qui fait l’admiration des demoiselles qui ne jouent pas très bien du piano » écrit le critique Roland-Manuel, Clément Lefebvre ne se réfugie pas dans la distanciation affective ou, pire encore, dans un jeu la main sur la poitrine : il laisse les harmonies si délicates s’épanouir par elles mêmes. C’est amplement suffisant, et donc difficile à exécuter. D’une mourante feinte, à l’hommage aux disparus (eux, bien véritables), le Tombeau de Couperin clôt ce disque d’un néo-classicisme d’avant-garde. L’interprète nous a prouvé, en effet, que ces deux termes n’étaient pas tant des oxymores, que la nostalgie de faire revivre une Europe en paix _ probablement. Dans ce Tombeau de Couperin, imaginons que Clément Lefebvre nous convie au souvenir de promenades dans le Palais Royal, dans des jardins à la française. Le piano toujours aussi limpide et narratif ne rompt pas un instant avec le charme moqueur et la noblesse discrète _ oui _ des premières œuvres de ce disque. Rameau et Couperin, toujours _ oui.

    …
    …

    Maurice Ravel (1875-1937) : Sonatine ; Menuet sur le nom de Haydn ; Valses nobles et sentimentales ; Menuet antique ; Pavane pour une infante défunte ; Le Tombeau de Couperin.

    Clément Lefebvre, piano.

    1 CD Evidence Classics.

    Enregistré au Théâtre Elisabéthain du Château d’Hardelot, en avril 2021.

    Notice en anglais et français.

    Durée : 60:05

    …

    …

    Un CD délectablement ravelissime en sa sveltesse raffinée

    aux antipodes du moindre maniérisme…

    …

    Ravel, un musicien de l’intimité discrète, mais ferme.

    …

    …

    Ce jeudi 30 décembre 2021, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Un coup d’oreille sur l’importante interprétation, sous la direction de Michael Gielen, de la « Lyrische Symphonie », Op. 18, d’Alexander Zemlinsky

    Parmi les grandes œuvres du XXe siècle musical,

    la « Lyrische Symphonie« , Op. 18, pour soprano, baryton et orchestre, créée à Prague le 4 juin 1924, d’Alexander Zemlinsky (Vienne, 14 octobre 1871 – New-York, 15 mars 1942).

    …

    …

     

    …

    …

    Ce mercredi 29 décembre 2021, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Le brillant et sensible album « Mirrors » de Jeanine De Bique, chroniqué sur le site Discophilia

    L’album « Mirrors » de Jeanine De Bique

    _ cf mon article du dimanche 5 décembre dernier : … _

    est chroniqué ce mercredi 22 décembre, sous le titre « Début Recital« , par Jean-Charles Hoffelé, sur son site Discophilia.

    …

    …

    DÉBUT RECITAL

    Une nouvelle Diva Haendel ? Si Jeanine De Bique n’en était pas déjà à l’Agathe du Freischütz, je dirais oui, mais la nacre de la voix, le legato instrumental, et simplement la couleur un peu sombre disent que son royaume est Mozart, jusque dans l’autorité des mots, l’art de dire les textes. Ce voyage chez Haendel est donc comme à rebours de l’évolution naturelle d’une soprano que la fréquentation de l’opéra baroque _ voilà _ aura préservée et embellie, le diapason plus bas ne l’exposant pas.

    …

    …

    D’ailleurs, Cleopatra, Rodelinda, Alcina auront attiré dans leurs charmes nostalgiques des mozartiennes, et de son soprano ambré, faussement fragile, Jeanine De Bique n’oublie de faire transparaître, derrière la splendeur liquide de l’instrument, leurs âmes d’abord _ et c’est bien l’essentiel. Ecoutez simplement le Se pieta di me non senti de la Reine d’Egypte. Impossible de ne pas fondre.

    …

    …

    Apport majeur de ce récital composé à quatre mains avec Luca Quintavalle, les pages tirées d’opéras des « rivaux » de Haendel, Vinci, Manna, Telemann, Graun évidemment (sa géniale Rodelinda), le plus beau étant gardé pour la fin. Ecoutez le lamento de Morganatiré de L’isola d’Alcina de Riccardo Broschi.

    …

    …

    LE DISQUE DU JOUR

    …

    …

    Mirrors

    …

    Carl Heinrich Graun
    (1704-1759)

    …
    Cesare e Cleopatra, GraunWV B:I:7 (extrait, Acte 1 : « Tra le procelle assorto »)
    Rodelinda regina de’ Longobardi, GraunWV B:I:6 (extrait, Acte 1 : « L’empio rigor del fato »)

    …
    Georg Friedrich Haendel(1685-1759)

    …
    Giulio Cesare, HWV 17 (extrait, Acte 2 : « Che sento? Oh Dio! … Se pieta di me »)
    Agrippina, HWV 6 (extrait, Acte 1 : « L’alma mia fra le tempeste »)
    Partenope, HWV 27 (extrait : Ouverture)
    Rodelinda, HWV 19 (extrait, Acte 2 : « Ritorna, oh caro e dolce mio tesoro »)
    Deidamia, HWV 42 (extrait, Acte 3 : « M’hai resa infelice »)
    Alcina, HWV 34 (extrait, Acte 3 : « Mi restano le lagrime »)

    …
    Georg Philipp Telemann (1681-1767)

    …
    Germanicus (extrait, Acte 1 : « Rimembranza crudel »)

    …
    Gennaro Manna (1715-1779)

    …
    Achille in Sciro (extrait, Acte 3 : « Chi può dir che rea son io »)

    …
    Leonardo Vinci (1690-1730)

    …
    Partenope (extrait : Ouverture)

    …
    Riccardo Broschi (1698-1756)

    …
    L’isola d’Alcina (extrait, Acte 3 : « Mi restano le lagrime »)

    …

    …

    Jeanine De Bique, soprano
    Concerto Köln
    Luca Quintavalle, direction

    …

    …

    Un album du label Berlin Classics 0302017BC
    …

    …

    Photo à la une : la soprano Jeanine De Bique – Photo : © DR

     

    …

    …

    Ce mercredi 22 décembre 2021, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Vincent Dumestre essaie son Poème harmonique sur les « Symphonies pour les soupers du Roy » de Michel-Richard Delalande…

    Ce 20 décembre,

    et alors que mon ami Philippe Trouvé vient de m’offrir, hier, pour mon anniversaire, le CD _ Château de Versailles-Spectacles CVS048 _  des « Soupers du Roi » de Michel-Richard de Lalande par le Poème Harmonique sous la direction de Vincent Dumestre,

    voici que je découvre ce matin même que c’est précisément, et sous le titre « Le Goût français« , à ce CD-ci

    que, sur son site Discophilia, Jean-Charles Hoffelé consacre sa chronique quotidienne .

    …

    …

    J’ai donc aussitôt adressé ce courriel-ci à mon ami Philippe :

    …

    …

    Ce matin, je découvre la chronique que Jean-Charles Hoffelé consacre au CD Delalande de Vincent Dumstre et son Poème harmonique,

    sous le titre « Le Goût français » .

     
    Je connais bien Vincent Dumestre, qui a débuté sa carrière _ en 1994 _ comme théorbiste pour Hugo Reyne et La Simphonie du Marais.
    Et j’ai été plusieurs fois récitant lors de concerts avec eux,
    comme, par exemple, à Garges (avec aussi Philippe Pierlot, à la viole de gambe)…
     
    Et la musique de François Francœur (Paris, 21 septembre 1698 – Paris, 5 août 1787) évoquée au final de l’article de Jean-Charles Hoffelé
    a elle aussi été explorée et enregistrée par La Simphonie du Marais : dans son très réussi CD FNAC-Music 592287, en 1993, « Musique des Tables royales« …
     
    Francis

    …

    …

    LE GOÛT FRANÇAIS

    Vincent Dumestre avait déjà immergé son art éloquent dans quelques grands motets _ Cf l’article que Cécile Glaenzer a consacré, le 19 mai 2018, et sous le titre « Majesté« , à ce CD Alpha 968 de trois des Grands Motets de Delalande : Deitatis Majestatem, Ecce nunc Benedicite & Te Deum… _, le voici qui ose un premier album sans voix, retournant naturellement à Delalande dont il offre ici trois Suites pour le Grand Couvert en les aménageant à partir des diverses sources.

    …

    …

    Merveille, il habille de son orchestre versicolore où paraît une vraie musette les musiques savantes et savoureuses que Delalande assembla au long de ces pages qui sont d’abord _ en effet... _ des suites de danses. Mais il fait entendre surtout cette confluence entre le grand style français imposé par Lully – les Symphonies pour les Soupers du Roi ont composées après la mort _ le 22 mars 1687 _ du Surintendant, Delalande _ Paris, 15 décembre 1657 – Versailles, 18 juin 1726 _ règne désormais en maître absolu sur la musique de la Chapelle, comme sur celle du Palais – et les innovations que Delalande fait paraître en y mêlant des pièces de caractère, en y réemployant des éléments de ses fééries théâtrales ou de ses ballets mythologiques.

    …

    …

    Dumestre et sa belle bande se régalent de ces musiques et n’hésitent pas à les encanailler _ peut-être un poil trop… _ d’habillages rustiques (le Tambourin de la Suite en sol), c’est tout le goût français qui y rayonne avec ce mélange inimitable de brio et de mesure _ certes ! _, mais il faudra revenir _ oui !!! _ à l’intégrale d’Hugo Reyne et de la Simphonie du Marais (harmonia mundi) pour prendre la mesure des audaces si sensibles de la nouvelle proposition : c’est en participant _ mais oui ! en tant que théorbiste… _ à cet enregistrement _ ici, Jean-Charles Hoffelé fait erreur : les théorbistes de cet enregistrement De Lalande des mois de mai et juillet 1990 étaient Pascal Monteilhet et Marco Horvat ; le premier enregistrement de La Simphonie du Marais auquel participa Vincent Dumestre, théorbiste, fut le CD « Marches, Fêtes & Chasses Royales pour Louis XIV« , d’André Philidor l’aîné, enregistré du 4 au 7 juillet 1994 ; un CD auquel j’ai participé aussi, en tant que récitant à la plage 13… _ que Vincent Dumestre se toqua _ là, c’est un peu trop dire… _ des œuvres de Delalande, qui pourrai(en)t lui donner tort ! _ ou plutôt : qui pourrait lui donner tort ? Jean-Charles Hoffelé aurait dû se relire…

    …

    …

    Demain, quitte à poursuivre dans la divulgation des musiques de festins _ qu’explora déjà bien Hugo Reyne et sa Simphonie du Marais… _, aurait-il la curiosité d’aller voir du côté de Francœur ?

    …

    …

    LE DISQUE DU JOUR

    …

    …

    Michel Richard Delalande(1657-1726)

    …
    Symphonies pour les Soupers du Roi
    Suite en sol mineur
    Suite en ré mineur
    Suite en mi mineur

    …

    Le Poème harmonique
    Vincent Dumestre, direction

    …

    Un album du label Château de Versailles Spectacles CVS048
    …

    …

    Photo à la une : le compositeur Michel Richard Delalande – Photo : © DR

    …

    …

    Une musique colorée et riche du très délié et délicat doux charme français…

    …

    …

    Ce lundi 20 décembre 2021, Titus Curiosus – Francis Lippa