Catégorie : Musiques

  • Accéder à l’intelligence du Baroque musical tardif : les opéras d’Antonio Caldara à la cour de Vienne (1716-1736), et l’intelligence des chanteurs-interprètes _ Philippe Jaroussky, Simone Kermes, Jürgen Banholzer…

    L’édition discographique (d’opéras, tout spécialement, plus encore que du reste !) n’a que trop tendance, pour des attractions _ ou attractivité ? _ commerciales de l’édition, à se focaliser sempiternellement sur un choix très restreint d’œuvres _ bien (= trop ?) identifiées du public susceptible de faire acte de curiosité ! et d’acheter les CDs !.. _

    et laisse en jachère _ et à la poussière des partitions demeurant dans le noir de rayons et étagères de bibliothèques oubliées _ des continents de superbe musique :

    surtout quand la réalisation discographique d’un opéra intégral coûte…

    une fortune !

    …

    Et même quand cela parvient (parfois, tout de même) à se produire,

    les résultats sont assez (trop !) souvent loin d’être tout à fait à la hauteur _ parfois considérable ! _

    des œuvres, hélas !

    …

    par insuffisance _ d’amour, de passion artistique _ de soins

    (dans la distribution,

    dans les séances de répétition,

    dans l’engagement _ du moindre instant ! sans relâchement qui soit, ensuite (à l’audition du disque passant et repassant passionnément sur la platine…) perceptible ! _ de tous et de chacun à la scène, et/ou à l’enregistrement ;

    etc.) :

    dans la réalisation musicale

    (et discographique)…

    …

    Aussi l’opéra baroque est-il (encore) assez mal servi.

    …

    Ainsi

    ne disposons-nous pas encore, par exemple, et en dépit des efforts de certains

    (tel Hugo Reyne pour le répertoire que je donne en exemple ici…)

    de l’intégralité des tragédies en musique de Lully ;

    ni, non plus, des œuvres pour la scène de Rameau !!!

    …
    Honte à nous,

    Français, tout spécialement,

    de la faiblesse de notre curiosité !

    (ou de son impuissance !)…

    …

    Eh bien ! l’Opéra Baroque tardif européen est lui aussi bien mal servi

    _ même pour les œuvres de Haendel ou de Vivaldi, pourtant les mieux représentées jusqu’ici sur le marché _

    au disque !

    …

    Ainsi en va-t-il de l’œuvre d’Antonio Caldara (Venise ? ca 1671 – Vienne, 1736),

    qui après un parcours italien _ Venise, Mantoue, Rome (et même espagnol : à Barcelone, en 1707-1708) _, réussit à se faire engager à la cour de Vienne :

    …

    « le poste de vice-maître de chapelle lui revient, à compter du 1er avril 1716.  Le 24 mai 1716, Caldara et sa famille quittent Rome laissant cette fois l’Italie définitivement l’Italie derrière eux. Il ne reverra plus jamais la cité papale où il aura passé certaines des années les plus fécondes de sa carrière musicale. Les années viennoises qui s’ouvrent devant lui ne seront pas moins fertiles«  _ « Antonio Caldara s’éteignit le 27 décembre 1736 dans son ultime domicile viennois, la Preansches Haus, située dans le haut de la Kärtnerstrasse, victime d’une « Gelbsucht und Inner Brand » (jaunisse et fièvre interne)«  : épuisé à la tâche du service de la cour ! et de l’empereur mélomane Charles VI… _,

    indique l’excellent (et riche !) livret de Frédéric Delaméa au CD de Philippe Jaroussky Caldara in Vienna

    …

    _ le texte en français (intitulé assez justement « Le Sublime Caldara« , d’après un mot du compositeur anglais (très mélomane) Charles Avison, en son Essay on Musical Expression, en 1752 : « Le sobre et irréprochable Corelli ; l’audacieux et inventif Scarlatti ; le sublime Caldara« …)

    court de la page 33 à la page 47 ; et le livret est doté d’une excellente et très copieuse iconographie !

    …

    Or voici que, à défaut d’un Opéra intégral d’Antonio Caldara,

    …

    deux très beaux récitals d’airs

    …

    l’un pour voix de contre-ténor (c’est-à-dire de castrats) :

    celui de Philippe Jaroussky, intitulé Caldara in Vienna

    et avec des airs extraits de 10 Opéras de Caldara (il s’agit de L’Olimpiade, Demofoonte, La Clemenza di Tito, Temistocle, Scipione nelle Spagne, Ifigenia in Aulide, Adriano in Siria, Lucio Papirio dittatore, Enone & d’Achille in Sciro !),

    sur un tapis de musique que lui fournit le très excellent Concerto Köln (sous la direction, pour cette occasion, d’Emmanuelle Haïm) :

    soit le CD Virgin Classics 50999 648810 2 7 ;

    …

    l’autre pour voix de soprano :

    celui de Simone Kermes, intitulé Colori d’Amore (avec 3 airs de Caldara _ extraits des Opéras Cajo Marzio Coroliano, Il nome più glorioso & L’Olimpiade, 5 d’Alessandro Scarlatti, 2 de Giovanni Bononcini, 2 d’Antonio-Maria Bononcini, et un de Riccardo Brosci _ ainsi qu’un Balletto de Nicola Matteis),

    accompagnée par le très bon ensemble Le Musiche Nove, que dirige idéalement Claudio Osele :

    soit le CD Sony Classical 88697723192 ;

    …

    viennent, ce mois de novembre 2010, rejoindre un précédent sublimissime récital,

    intitulé Cantate, Sonate ed Arie du contre-ténor Jürgen Banholzer,

    au sein de l’Ensemble La Gioa Armonica (avec le pantaléon, ou dulcimer : magique !!! de la merveilleuse Margit Übellacker, et le violoncelle parfait d’Emilia Gliozzi ; plus le théorbe de Michaël Freimuth, la harpe de Reinhild Waldek, le violone d’Armin Bereuter et l’orgue d’Arno Schneider…),

    comportant 2 Arie d’Oratorio (Sedecia & Gioseffo che interpreta i sogni), 3 Cantate (Vicino a un rivoletto, Soffri mio caro Alcino, & Astri di quel bel viso), ainsi qu’une Sinfonia et une Sonata pour Violoncello solo… :

    il s’agit du merveilleux (!!!) CD Ramée 0405,

    paru, lui, en 2005 ;

    et qui brille d’un éclat singulièrement magique !

    …

    Eh bien,

    chacun de ces trois récitals d’airs opératiques baroques

    est

    un chef d’œuvre de goût

    …

    tant dans la composition _ parfaite _ des programmes,

    …

    que dans l’interprétation

    la plus vivante (et belle ! bellissime ! sublimissime !!!) qui soit,

    …

    joint à un trésor de recherches passionnées et compétentes dans les bibliothèques et fonds d’archives musicales d’Europe :

    dans plusieurs bibliothèques de Vienne ; au château de Wiesentheid, à Münster, en Allemagne ; à Naples ; et à Paris…

    …

    Car c’est un créateur magnifique du Baroque tardif _ 1716- 1736 pour la splendeur subtile et succulentissime de sa période viennoise ! _,

    Antonio Caldara,

    …

    qui reprend ainsi

    vie pour nous,

    …

    sous pareille avalanche de charmes

    et grâces :

    succulentissimes !

    …

    …
    Dans la variété intensément vivante (et juste !) de leurs interprétations :

    …

    Jürgen Banholzer

    et Philippe Jaroussky,

    dans la tendresse aux nuances d’une suavité délicatissime _ à nous dissoudre littéralement de plaisir ! _,

    …

    Simone Kermes,

    dans la puissance de sa diction si magnifiquement incarnée au service de l’intensité _ à donner la chair de poule : quelle comédienne ! et quel chant !!! _ du jeu dramatique contrasté, mais sans hystérie (dans la plus parfaite justesse de la vie !) des affects baroques

    et de la musique qui sait si bien les porter !,

    …

    voilà qui rend justice,

    et mieux encore

    vie !!!

    (par la musicalité qu’ils donnent à ressentir en toute la palette de ses nuances, souffles et irisations !)

    au nom qui somnolait (dans les Histoires de la Musique !)

    d’Antonio Caldara…

    …

    Trois merveilles de CDs

    _ Virgin, Sony & Ramée _

    chaleureusement recommandés pour nous retrouver

    magiquement transportés

    dans le charme : vif, grâcieux et diapré,

    du grand Baroque

    italo-viennois…

    …

    …

    Titus Curiosus, le 14 novembre 2010

  • Rendre le feu de Dieu – Mendelssohn en sa grâce : le miracle du CD « Works for Cello and Piano », par Daniel Müller-Schott & Jonathan Gilad, magnifiques !

    Je veux saluer

    de la plénitude joyeuse de mon enthousiasme

    de délectation renouvelée _ je passe et repasse ce magique CD en boucle !!!! _

    …

    la merveille discographique

    qu’est le CD d’œuvres pour violoncelle et piano de Felix Mendelssohn

    que nous donnent ces jours-ci les magnifiquement et merveilleusement inspirés

    Daniel Müller-Schott _ sur son violoncelle « Ex Shapiro » : « instrument créé par Matteo Gofriller, à Venise, en 1727« , précise le livret _

    et Jonathan Gilad _ cette fois-ci encore et à nouveau toujours prodigieux de justesse et de vie !!!! _,

    …

    en un CD Orfeo intitulé simplement

    Works for Cello and Piano,

    …

    et, surtout,

    interprété

    avec l’étincelle de vie et le souffle léger, souple et profond,

    de la joie vraie

    qui convient

    à ce compositeur,

    qui, lui-même, est

    et est demeuré, à jamais _ en une éternité spinozienne ! _,

    la juvénilité vive, mature et accomplie

    incarnée

    …

    _ cf ce précédent article mien (du 9 janvier 2010) :

    …

    Découvrir (encore) au CD des oeuvres (encore) inédites de Félix Mendelssohn

    à propos de Félix Mendelssohn :

    un créateur de génie que décidément j’affectionne spécialement !

    …

    dans la filiation musicale du plus brillant des fils Bach,

    Carl-Philipp-Emanuel Bach (1714-1788),

    via le très excellent maître berlinois de Felix : Carl-Friedrich Zelter (1758-1832) !

    …

    ne l’oublions pas

    …

    afin de mieux goûter,

    en la plénitude de son immensément généreuse palette,

    la flamme de vie

    qui anime toujours, et si intensément, toute la musique,

    jeune à jamais,

    de Felix Mendelssohn !.. _  :

    …

    soit, pour ce sublime enregistrement, le CD Orfeo C 750 101 A…

    …

    …
    Le programme,

    idéalement composé,

    s’ouvre

    magnifiquement _ le ton de fond (ainsi que la pulsation de vie fondamentale !) en est donné ! _

    par les jubilatoirement

    à jamais _ voilà l’éternité spinozienne ! _ juvéniles

    Variations concertantes opus 17,

    …

    intitulées primitivement Andante con Variazoni, quand elles furent achevées, à Berlin, le 30 janvier 1829

    _ Felix (Felix Mendelssohn, Hambourg, 3 février 1809 – Leipzig, 6 novembre 1847) allait avoir vingt ans dans quatre jours… _,

    et composées par Felix pour son frère cadet Paul (1812-1874),

    banquier _ il avait repris la banque de leur père _

    et surtout excellent violoncelliste _ « de niveau quasi professionnel« , indique le livrettiste du CD _ :

    …

    « c’est à lui _ Paul Mendelssohn _ que furent dédiées les Variations concertantes opus 17

    dans la première édition parue chez Mechetti à Vienne ;

    et c’est avec lui que le compositeur _ Felix _ testa ces pages

    avant de les créer et de les faire imprimer » :

    …

    d’où leur caractère, si éminemment sensible en cette interprétation que je dirai

    de feu,

    et de vie

    et d’intimité

    si heureuses, joyeuses…

    …

    Entre les deux Sonate für Violoncello und Klavier :

    …

    la première, la Sonate en si bémol majeur opus 45

    _ « dans sa première édition, intitulée, à juste titre, « Sonate für das Pianoforte und Violoncello« , suivant en cela la tradition des cinq sonates pour violoncelle de Beethoven, pour lesquelles le piano est mentionné en premier. Cependant, Mendelssohn réussit encore mieux que Beethoven à équilibrer les deux instruments, même si le piano conserve toujours un rôle de leader« , indique toujours mieux que pertinemment le livrettiste de ce CD, Joachim Draheim _,

    achevée le 13 octobre 1838,

    et commentée _ merveilleusement ! _ ainsi, en 1839, par l’ami et admirateur de Mendelssohn qu’était Robert Schumann, en un article de sa Neue Zeitschrift für Müsik :

    …

    « Si lui aussi (= Mendelssohn) a le sourire aux lèvres,

    c’est celui de la joie que lui procure son art, du plaisir tranquille de l’intimité ;

    partout ce regard bienveillant, ce bien-être intérieur, cette quiétude, cette grâce de l’esprit !

    Cette sonate est l’une de ses toutes dernières œuvres ;

    j’aimerais, sans être mesquinement réprimandé, pouvoir expliquer la différence entre ses compositions d’aujourd’hui et celles d’hier ! Elles me semblent toutes aspirer à davantage de musique, de finesse, de transfiguration.

    Si je ne craignais pas d’être mal compris, je dirais même qu’elles sont plus mozartiennes…

    Cette sonate est la plus pure qui soit,

    sa musique est la plus parfaite qui soit,

    une sonate si belle, si limpide, si originale,

    comme seules peuvent en produire les plus grands artistes,

    et surtout une sonate pour les familles les plus cultivées, idéale après la lecture de poèmes de Goethe ou de Lord Byron« …

    _ Schumann est lui aussi un pur génie !

    …

    et la seconde, la Sonate en ré majeur opus 58

    achevée à Leipzig, en mai-juin 1843,

    …

    entre ces deux grandes sonates, donc,

    …

    Daniel Müller-Schott et Jonathan Gilad

    viennent nous offrir

    aussi

    4 pièces brèves

    merveilleuses, elles aussi,

    de délicatesse et de vie _ et de chant ! :

    …

    d’abord, deux transcriptions pour violoncelle et piano

    réalisées par Daniel Müller-Schott lui-même

    de deux des plus célèbres lieder de Felix Mendelssohn :

    …

    _ la transcription du lied « Sur les ailes du chant« , l’opus 34/2 _ sur un poème de Heinrich Heine _ ;

    …

    _ suivie de celle du lied « Chant du roseau«  (« Sur l’étang impassible« ), l’opus 71/4 _ sur un poème de Nikolaus Lenau _ ;

    …

    puis deux pièces pour violoncelle et piano composées par Felix pour des amis,

    mais que, beaucoup trop modestement, « Mendelssohn,

    très critique envers lui-même,

    ne considérait pas dignes d’être publiées » :

    …

    _ « le bref Assai tranquillo en si mineur _ sans numéro d’opus, donc… _,

    écrit dans le style d’une « romance sans paroles »,

    (…) en cadeau d’adieu à son ami et successeur au poste de Directeur de la musique à Düsseldorf Julius Rietz » ;

    …

    _ puis, le Lied ohne Worte, en ré majeur pour violoncelle et piano

    …

    _ qui est « l’unique « romance sans paroles » à ne pas être écrite pour piano seul« … _,

    dédié à la violoncelliste virtuose française Lise Barbier Christiani ;

    et qui ne fut _ donc _ publié qu’après la mort du compositeur, en 1868,

    et auquel fut alors attribué le numéro d’opus 109…

    …

    Tout le prix de cet enregistrement discographique

    si merveilleusement pétillant de vie

    de ces œuvres pour violoncelle et piano

    de Felix Mendelssohn-Bartholdy

    tient à la magie

    de l’interprétation

    des deux _ magnifiquement jeunes _ interprètes

    _ Daniel Müller-Schott, né à Munich en 1976, a 34 ans ;

    et Jonathan Gilad, né le 17 février 1981, à Marseille, a 29 ans…

    …

    Leur jeu

    _ je l’ai comparé sur ma platine à celui des très bons Jan Vogler et Louis Lortie, en un CD Berlin Classics 01 15182BC _

    est celui même

    de la jeunesse…

    …

    …

    Dans un ordre similaire _ si c’est possible ! voire sensé !! _ de perfection _ ou vie ! _ de l’interprétation,

    mais pour violon et piano, cette fois,

    …

    je veux signaler aussi,

    au passage,

    le magistralement magique CD

    que viennent de réaliser les tout aussi prodigieux

    Vadim Repin _ au violon _

    et Nikolai Lugansky _ au piano _ :

    …

    les Violin Sonatas de Franck, Grieg et Janáček,

    pour Deutsche Grammophon ;

    …

    soit le CD Deutsche Grammophon 477 8794 Violin Sonatas

    de Franck, Grieg & Janáček.

    …

    La sonate en la majeur de César Franck,

    tout spécialement,

    n’a probablement jamais aussi splendidement

    _ intensément et avec la profondeur (à la française !) qui lui convient ! _

    rayonné !!!

    …

    A vos platines !

    …

    Titus Curiosus, le 19 octobre 2010

  • Le génie (musical) de Lucien Durosoir en sa singularité : le sublime d’une oeuvre-« tombeau » (aux vies sacrifiées de la Grande Guerre) ; Baroque et Parnasse versus Romantisme et Nihilisme, ou le sublime d’éternité de Lucien Durosoir

    En réponse à l’envoi, par Georgie Durosoir,

    d’un magnifique article _ Durosoir, jardinier d’un reposoir pour l’âme _ de Fred Audin,

    …

    cette réponse-ci, mienne,

    sur la singularité _ puissante : s’en réjouir, au lieu de s’en effrayer ! _

    de l’œuvre de Lucien Durosoir…

    …

    Voici l’échange de courriels de cette nuit :

    …

    De :   Georgie Durosoir

    Objet : lucien Durosoir cf
    Date : 11 octobre 2010 22:14:33 HAEC
    À :  Titus Curiosus

    …

    Chers amis,
    …
    Je suis certaine que vous prendrez quelques minutes pour lire cette critique du dernier CD _ Jouvence : CD Alpha 164 _ de Lucien Durosoir

    et que vous partagerez notre joie.

    Je vous en remercie par avance
    …
    Georgie Durosoir

    —–
    …
    Durosoir, jardinier d’un reposoir pour l’âme
    …
    Vendredi 8 octobre 2010 par Fred Audin

    …

    La sortie du troisième disque _ le CD Alpha 164 Jouvence _ consacré à la musique de chambre de Lucien Durosoir ne fait que confirmer avec plus d’éclat encore _ en effet ! cf déjà le prodige, en 2008, des 3 Quatuors à cordes (CD Alpha 125, par le Quatuor Diotima) !.. ; et, en 2006, le CD de Musique pour violon & piano (CD Alpha 105, par Geneviève Laurenceau et Lorène de Ratuld) _ qu’il s’agit d’une des découvertes les plus importantes de ce début de siècle _ voilà !!! rien moins !!! _, tout juste 55 ans après la mort de l’auteur _ le 4 décembre 1955. Sans son fils Luc, sa belle-fille, Georgie, auteur du livret et d’articles remarquables sur les musiciens dans la Grande Guerre, sans les éditions Symétries qui en ont publié les partitions et les instrumentistes sollicités par le label Alpha décidément incontournable _ en effet ! _ même en dehors de la musique ancienne _ dont Alpha est le maître ! _, il ne resterait rien _ d’audible (ou de lisible musicalement ) par nous _ de Lucien Durosoir _ 1878-1955 _, qui, virtuose célébré du violon _ de 1900 à 1914, par toute l’Europe : de Vienne à Berlin, et Moscou à Paris… _, n’a pas été enregistré avant 1914, date qui mit fin à sa carrière d’interprète _ en 1919, la vieille Europe est en ruines ; cf par exemple Stefan Zweig : Le Monde d’hier _ Souvenirs d’un Européen ; ou Paul Valéry, in Variété I : « Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles » _ l’article (« La Crise de l’esprit« ) est d’avril 1919…
    …
    La musique que composa Durosoir ne ressemble _ en effet ! _ à rien d’autre de ce qui s’écrivit entre 1920 et 1950, en France ou ailleurs, et toutes les comparaisons ne sauraient en donner qu’une idée lointaine _ mais oui ! De là la difficulté qu’on peut éprouver _ chacun avec l’histoire de sa culture musicale plus ou moins personnelle ! _ à la saisir _ d’où le hors-sujet de certains des articles de réception des divers CDs jusqu’ici publiés : « trop ancien pour être moderne, trop moderne pour de l’ancien« … ; ou « définitivement marginal« , parmi les plus belles « perles«  de la critique… _, même si elle ne présente pas de difficulté d’accès _ absolument ! Sa singularité _ en sa puissance rayonnante ; enthousiasmante une fois que notre propre écoute a su la reconnaître ! _, l’absence de désir de séduire _ en sa noblesse _ et le choix volontaire de l’obscurité _ sociale, médiatique _ que fit Durosoir après une carrière brillante au service de musiques inconnues (qu’il révéla aux futurs acteurs du conflit majeur du XXème siècle, concertos de Brahms, Richard Strauss ignorés des français, musique de chambre française méprisée par l’Allemagne) rendent particulièrement émouvantes son aspiration _ passionnée _ à composer dans le silence _ loin de la scène et des salons parisiens _ et pour le tiroir _ expression magnifique ! _, comme la mise en acte d’un projet philosophique, une réflexion sur la condition humaine _ voilà ! avec un très haut d’idéal d’œuvre !!! à accomplir ! coûte que coûte ! jusqu’à une vie austère, dénuée de facilités… _, dans une réclusion d’ermite _ au village de Bélus, sur un promontoire de la Chalosse : en se consacrant exclusivement à la composition… ; du moins jusqu’en décembre 1934, à la mort de sa mère Louise : ensuite, à cinquante-six ans passés, il fonde une famille… _, dégagée de toute référence à une dimension religieuse ou politique, manifestions sociales d’avance condamnées par la confrontation _ sans appel ! _ à la réalité des expériences de guerre _ c’est en effet là l’aune de sa vocation, très haute, de créateur-compositeur !..
    …
    On a pu lire par ailleurs que la musique de Durosoir semblait imprégnée d’une éternelle grisaille _ tiens donc ! _ et d’un désespoir ironique : on entendra ici que c’est loin d’être toujours le cas _ certes !!! _, et si l’écoute du Quatuor n°3 n’a pas suffi _ dommage ! quel bouleversant chef d’œuvre, en effet ! un sommet ! _ à convaincre de la nécessité de jouer cette musique, il faut au moins prendre connaissance du Nonette Jouvence, qui est, sans l’ombre d’un doute _ certes !!! _, une pièce majeure _ et c’est encore trop peu dire ! _ de la musique française du siècle dernier _ tout entier _, dans un dispositif que nul autre compositeur n’a utilisé (quatuor à cordes, contrebasse, harpe, cor, flûte et violon principal). Cette symphonie de chambre à la tonalité _ magnifiquement _ fluctuante évolue, malgré une marche funèbre s’enchaînant au final, dans un mode majoritairement majeur : le poème _ Jouvence _ des Conquérants de Hérédia _ in Les Trophées… _ auquel elle se réfère ne saurait faire programme et n’explique que l’ambiance maritime et la tardive allusion au registre héroïque _ mahlérien ? _ du cor, la citation du texte ne venant qu’appuyer l’idée d’une thématique de l’illusion _ tout à fait ! _, le symbole de la « rejuvénation » _ fantasmée _ étant, comme l’horizon, une ligne idéale qui s’éloigne _ ironiquement _ à mesure qu’on en approche _ comme c’est juste… L’orchestration, vaste et claire _ oui _, les mélodies modales _ oui _ trahissent l’influence de Caplet, tout en évoquant les couleurs de Jean Cras et parfois d’Ibert, dans l’idée de voyage cinématographique qui s’empare soudain de la coda surprenante du premier mouvement _ il y a toujours beaucoup de surprises dans la musique de Durosoir ; jamais le confort d’un attendu prévisible ; ni de simples reprises, par exemple… L’Aria centrale où le violon assume plus directement son rôle « principal » flirte avec l’atonalité _ oui : sans non plus jamais s’y vautrer… On croirait parfois dans le dernier mouvement que le Soldat de Stravinsky ou l’expressionnisme de Schönberg _ mais oui ! _ ont été mis consciemment _ absolument ! _ à contribution, à moins que ce ne soit le souvenir des Clairières dans le ciel de Lili Boulanger qui traverse ces pages, aussi osées _ oui ; mais sans provocation ; seulement le courage d’assumer son génie propre… _ que certains Paysages et marines de Koechlin, et dont l’orientation est plus contemplative _ oui _ que narrative, comme l’épigraphe postérieurement ajoutée de Verlaine _ in Sagesse… _ le donne _ ou confirme _ à croire : « La vie humble aux travaux ennuyeux et faciles / Est une œuvre de choix qui veut beaucoup d’amour ».
    …
    Malgré la dédicace « A Maurice Maréchal, en souvenir de Génicourt (hiver 1916-1917) » et le fait qu’elle fut créée en privé _ pour un cercle d’amis proches, surtout _ à l’Hôtel Majestic _ le 21 octobre 1930… _, on n’est ni dans l’atmosphère du salon, ni des hangars ouverts à tout vent où répétait le trio Durosoir-Caplet-Maréchal, mais plutôt au jardin dans ce Caprice pour violoncelle et harpe à l’ambiance printanière et ensoleillée _ est-ce là quelque chose comme une esquisse jetée, un « crayon« , de quelque « portrait«  du destinataire ? La grande phrase lyrique pour le violoncelle qui commence seul, s’évadant dans l’aigu, enchaîne sur un développement d’une grande liberté, d’une gaieté paisible et presque sans ombre _ voilà _, qui contraste avec l’inquiétude des pièces de 1934, Berceuse (plus tard dénommée « funèbre » par Durosoir après qu’il la réécrivit _ en février 1950 _ sous forme de Chant élégiaque à la mémoire de Ginette Neveu), Au vent des Landes, pour flûte et piano, paysage instable où souffle à nouveau « le vent mauvais qui m’emporte », que l’invocation de Vitrail pour alto écrit dans la demeure familiale des Landes où Durosoir avait définitivement élu domicile _ le 4 septembre 1926 _, ne suffit pas à éloigner. La mort de sa mère _ le 16 décembre 1934 _, depuis longtemps infirme _ suite à une très grave chute dans un escalier, en décembre 1921 _, et la rumeur du monde _ depuis 1933, donc… _ où le tragique enchaînement de la haine recommence à grandir sont-elles étrangères à ces élans de révolte devant l’inéluctable ? Le silence leur succède _ mais Lucien Durosoir se marie, le 17 avril 1935 (en sa cinquante-septième année), et a très vite deux enfants : il se consacre à sa famille ! _ et Durosoir ne reprendra la plume qu’en 1946, écrivant après Trois préludes pour orgue, l’Incantation bouddhique pour cor anglais et piano, quatre minutes d’un mantra fantasmé où des suites d’accords et d’arpèges tournent en rond comme dans les Poèmes Hindous de Maurice Delage, sans trouver la certitude d’une libération ailleurs que dans une constante recherche _ sur le manuscrit de cette Incantation bouddhique de 1945, Lucien Durosoir reprend les vers de Leconte de Lisle précédemment notés, déjà, sur une copie propre de sa grande œuvre Funérailles, suite pour grand orchestre (de 1927-1930) :

    « Ne brûle point celui qui vécut sans remords.

    Comme font l’oiseau noir, la fourmi, le reptile,

    Ne le déchire point, ô Roi, ni ne le mords !

    Mais plutôt, de ta gloire éclatante et subtile

    Pénètre-le, Dieu clair, libérateur des Morts !« ,

    in les Poèmes antiques…
    …
    Deuxième œuvre exceptionnelle _ mais oui ! cf mon article du 29 juillet 2010 à propos de ce CD Alpha 164 Jouvence : le “continent Durosoir” livre de nouvelles merveilles : fabuleuse “Jouvence” (CD Alpha 164) !!!… _ de ce disque, le Quintette pour piano et cordes date des années 1924-1925. Pendant quelques minutes c’est un quatuor, avant que le piano ne reprenne discrètement la phrase d’ouverture sur fond de pizzicati des cordes, multipliant les tempi changeants _ merveilleusement _ comme une suite de phases de rêves agités allant de l’idylle au cauchemar. Le dispositif de cette pièce rappelle forcément la série de grands quintettes d’avant 1914 (Franck, Schmitt, Huré, le Flem, Fauré), mais traite le genre avec un sens _ singulier ! _ de la forme très différent, dispersant ses thèmes fragmentés en un kaléidoscope d’idées fantasques _ oui _, dont les chatoiements _ oui ! étourdissants de beauté ! _ réclament autant d’écoutes avant d’en reconstituer la trame pourtant solidement tissée _ cette musique est tout un monde ! Le Nocturne central ne quitte pas le domaine onirique, introduisant dans un paysage méditerranéen (les deux premiers mouvements furent écrits à Bormes-les-Mimosas _ le printemps et l’été 1924 _) aux ruissellements de vagues mélangeant les inspirations celtiques et hispanisantes, des souvenirs de blues comparables à ceux qu’utilisera Ravel dans le deuxième mouvement de sa sonate pour violon. Le Finale surgit sur un puissant thème, noté Impérieux _ un terme assez idyosincrasique pour Durosoir ! en quelques uns de ses gestes musicaux, du moins : à la Beethoven, oserais-je suggérer… _, énoncé par les cordes à l’unisson dans des rythmes impairs qui reprennent les bribes, les ruines a-t-on envie de dire _ oui ! _, du Nocturne précédent, pour les transfigurer _ ce sont bien d’incessantes métamorphoses, en effet, terriblement vivantes ! _ dans une suite de fragments de danses _ oui _, qui empruntent autant à la valse qu’au café-concert, remugles d’un monde, pour Durosoir déjà lointain, qui tente d’oublier _ surmonter ! _ les drames sur lesquels il essaye de _ et réussit à _ se reconstruire _ par la création de sa musique : puissante et de grand souffle, tout autant qu’ultra-fine, délicate et diaprée… Rêves passionnés, semés de troublant silences, éclairés, comme au soulagement du réveil, un matin très tôt, dans une chambre qu’on ne reconnait pas, par une courte coda en majeur qui dissipe les apparitions fantomatiques d’une nuit de fièvre.
    …
    […]

    …

    Excellent livret, illustrations à l’avenant, interprétation irréprochable : un disque qui vaut bien son prix, et en supplément, donne _ en profondeur _ à réfléchir.
    …
     Lucien Durosoir (1878-1955), Jouvence, fantaisie pour violon principal et octuor (dir. Renaud Dejardin) ; Caprice pour violoncelle et harpe ; Berceuse et Au vent des Landes pour flûte et piano ; Vitrail pour alto et piano ; Invocation bouddhique pour cor anglais et piano ; Quintette pour piano et cordes
    Ensemble Calliopée : Sandrine Chatron, harpe ; Karine Lethiec, direction artistique et alto
    Saskia Lethiec, Amaury Coeythaux, Elodie Michalakaros, violons ; Florent Audibert, violoncelle
    Laurène Durantel, contrebasse ; Anne-Cécile Cuniot, flûte ; Vladimir Dubois, cor ; Frédéric Lagarde, piano
    1 CD Alpha 164.

    Enregistré à la ferme de Villefavard du 19 au 22 octobre 2009
    …

    …

    Et ma réponse

    à Georgie Durosoir :

    …

    De :   Titus Curiosus

    Objet : La grandeur (sublime !) de l’oeuvre-tombeau de Lucien Durosoir, en sa singularité
    Date : 12 octobre 2010 06:34:36 HAEC
    À :   Georgie Durosoir

    …

    En effet,
    cet article _ Durosoir, jardinier d’un reposoir pour l’âme… _ de Fred Audin

    est d’une justesse et d’écoute et d’analyse
    qui réjouit profondément

    tout particulièrement…
    Merci de nous le faire partager !
    …
    L’écriture musicale solitaire _ Fred Audin la nomme joliment « pour le tiroir« … _ de Lucien Durosoir
    écartait simplement
    d’un geste impératif
    _ ou « impérieux«  !.. _ sans appel, d’une fermeté parfaitement limpide _ = une fois pour toutes :
    Lucien n’est pas homme de la demi-mesure : ni par son caractère,
    ni par l’Histoire et collective et personnelle traversée (et surmontée) : dès 1919 !

    et sa frénésie, immédiatement féconde, de compositions méditées :
    soit avant même l’accident très grave de sa mère en décembre 1921
    et sa renonciation consécutive à gagner Boston
    (et le poste de premier violon de l’orchestre de son ami Pierre Monteux)… _ ;
    …
    l’écriture musicale solitaire _ « pour le tiroir« , donc : et pas pour le concert, ni même la publication… _
    écartait souverainement, sinon ombrageusement,
    les divers considérants (sociaux) et soucis
    de petitesse
    qui auraient pu parasiter le seul service (absolu, lui !) de l’œuvre,
    en la pureté sacrée
    de ce qui va
    _ constamment, et en son « essentiel« … _ être un hommage (d’une absolue noblesse) à réaliser
    aux sacrifiés de l’épouvantable boucherie de la Grande Guerre
    _ j’attends tout particulièrement l’enregistrement de Funérailles, suite pour grand orchestre, dont la vaste composition prit à son auteur pas moins de trois années : de février-mars 1927 à juin 1930 ; l’œuvre est dédiée à la mémoire des soldats de la Grande Guerre…
    …
    C’est en cela que,
    au-delà de la thématique assez récurrente de la « Berceuse« ,
    l’œuvre musical de Durosoir
    est tout entier _ en son fond et sublimement ! _
    un immense « Tombeau« .

    …
    Soit un hommage _ de la vie _ à la vie
    contre _ et parmi, au milieu de _
    les forces de la mort
    et du néant
    (et de l’insignifiance, aussi)…

    …
    Dans les pas de gravité bouleversante _ en la puissance (immense : sublime !) de son tragique _
    de ce qu’il y a de plus haut dans les « Tombeaux » (si intensément non grandiloquents) de l’ère baroque,
    d’un Froberger ou d’un Louis Couperin _ ces sommets de toute la musique… _,
    en quelque sorte…

    …
    En un âge qui n’est plus celui du Baroque
    _ et aux antipodes, aussi, des auto-complaisances narcissiques romantiques…

    …
    C’est cela que signifie à mon avis
    la prégnance du modèle poétique parnassien
    ainsi que la prégnance de sa survivance dans l’œuvre d’un Jean Moréas
    (15 avril 1856 – 30 avril 1910) _ que Lucien relira à la fin des années 20…)
    dans l’ »Idéal » de l’œuvre de Lucien Durosoir.

    …
    On comprend ainsi un peu mieux
    la singularité de cet œuvre
    _ et ce, en son entier ! _
    et la solitude recherchée et assumée _ à Bélus _
    de ce créateur
    unique !

    …
    Découvrir et faire reconnaître cela
    est important
    aujourd’hui
    _ où fleurissent bien des bassesses…

    …
    Titus

    …

    Voilà.

    …

    Pour partager plus loin

    la découverte

    et la réjouissance _ immense ! _

    d’une œuvre _ unique en sa singularité ! _ géniale…

    …
    Titus Curiosus, le 12 octobre 2010

  • une rafale de jouissances musicales : en poursuivant hors des sentiers battus

    Je continue ma synthèse des jouissances musicales de l’été qui s’achève :

    par quatre CDs nous enchantant hors du répertoire des sentiers un peu battus,

    et en des interprétations très hautement inspirées : par l’esprit vivant de la musique !..

    …

    _ d’abord,

    à tout seigneur, tout honneur,

    une nouvelle merveille de cet enchanteur prodigieux, à chaque fois,

    qu’est François Lazarevitch,

    à la tête de ses généreux et follement virtuoses (sans esbroufe !) Musiciens de Saint-Julien

    …

    _ je récapitule ici ses précédentes réalisations, toutes magiques

    (et toutes publiées chez Alpha),

    soient, dans l’ordre chronologique de leur parution :

    d’abord, 1) « Danses des bergers, danses des loups _ Musiques traditionnelles du cœur de la France » (CD Alpha 516, dans la collection blanche) ;

    puis, 2) « A l’ombre d’un ormeau _ brunettes et contredanses » (CD Alpha 115) ;

    ensuite, 3) « Le Berger poète _ Suites et Sonates pour flûte & musette » (CD Alpha 148) ;

    et juste avant celui-ci d’aujourd’hui, 4) : « La Veillée imaginaire _ Airs populaires harmonisés, de Chopin à Canteloube » (CD Alpha 528, dans la collection blanche, à nouveau : celle des musiques traditionnelles)…

    …

    voici que paraît ce mois de septembre 2010 « Et la fleur vole _ Airs à danser & airs de cour autour de 1600 » :

    …

    outre des danses de Michaël Praetorius (in son célèbre Terpsichore de 1612),

    il s’agit d’un florilège entraînant de pièces françaises de Robert Ballard, Guillaume Chastillon de la Tour, Gabriel Bataille, Antoine Boesset, Jean Planson, Pierre Guédron, Guillaume Tessier, Girard de Beaulieu, Jacques Mangeant, et d’autres encore, recueillies par André Philidor, bien plus tard, en 1690

    puisées dans divers recueils

    de Fabrice-Martin Caiétain (1578), Jean Planson, Parisien (1587), Jean-Baptiste Besard (1603), Pierre Guédron (1608, 1609 et 1611), Gabriel Bataille (1614), Robert Ballard (1614), l’Amphion sacré (1615), Jacques Mangeant (1615), Antoine Boesset (1617 et 1624), d’Airs de différents autheurs mis en tablature de luth par eux-mesmes, septiesme livre (1617),

    et enfin dans le Recueil… récapitulatif d’André Philidor, dit Philidor l’Aisné (en 1690) grâce auquel nous disposons encore de beaucoup de merveilles !..

    …
    Pour les évoquer, en toute la plénitude de leur virevoltante musicalité,

    je me contenterai de me faire l’écho de ce sourcier de musiciens-interprètes qu’est (mon ami) Jean-Paul Combet :

    …

    « Ces airs à danser et airs de cour, nés à l’aube d’un XVIIe siècle si fécond, simples et anecdotiques en apparence, sont plus riches d’émotions musicales que bien des œuvres signées de « grands » compositeurs.
    Cette perception, je la défends depuis le tout premier disque d’Alpha, consacré par Le Poème Harmonique à Bellerofonte Castaldi, créateur baroque s’il en est, pour lequel la séparation savant/populaire n’avait pas le moindre sens.

    Pour ce qui sera mon dernier disque chez Alpha _ que Jean-Paul Combet a créé et mené, seul, de bout en bout, artistiquement, jusqu’à aujourd’hui, où le label passe en une autre direction artistique que la sienne _,

    je ne pouvais souhaiter un autre programme que celui-ci, ni meilleurs interprètes.
    Car la musique baroque, longtemps porteuse d’esprit critique, voire de subversion
    _ par ses audaces et une vraie créativité : toutes de probité musicale, me permettrai-je d’ajouter _, est aujourd’hui souvent à la source de nouveaux académismes _ faute de stimulation ad hoc suffisantes : dans les « directions artistiques« , si besoin s’en fait sentir.

    C’est un des mérites de François Lazarevitch de savoir conserver l’énergie et le désir de découvertes des pionniers _ tel un Gustav Leonhardt : très présent dans le catalogue Alpha ; un ami et un inspirateur ! _

    et de rester insensible aux sirènes _ commerciales ou autres _ de l’air du temps.

    Il nous livre ici un des enregistrements de musique ancienne les plus intègres que je connaisse.

    Et peut-être un des plus beaux dans sa simplicité« …

    Voilà ! Tout est dit !

    …

    Partagez-en la réjouissance fabuleuse, à votre tour, maintenant !

    La grâce est là,

    tout simplement !

    …

    _ le second CD dont je désire partager la découverte nous donne à écouter six Sonate _ sur un total de douze du recueil, paru à Florence en 1732 _ d’un compositeur (toscan) de Pistoia : Lodovico Giustini (1685-1743) _ soit un parfait contemporain de Jean-Sébastien Bach ou Domenico Scarlatti _,

    interprétées ici sur un fortepiano (copie d’après Cristofori), par le claviériste Wolfgang Brunner :

    il s’agit du CD Sonate da cimbalo di piano e forte _ detto volgarmente di martelletti, précise la notice du livret, page 21 _, CD CPO 777 207-2 :

    ces œuvres « sont aujourd’hui considérées comme les premières compositions pour le pianoforte » ;

    …

    et la notice du livret précise encore :

    « malgré les difficultés que le piano fabriqué par Cristofori avaient rencontrées pour s’imposer au cours de plus de trente ans d’existence, il est très probable que d’autres compositions, plus anciennes, existaient, mais nous n’en avons gardé aucune trace, ou du moins, n’avons pas réussi à les identifier comme telles« …

    …
    C’est « l’ecclésiastique et diplomate brésilien Joao de Seixas da Fonseca Borges, en séjour à Florence depuis 1728«  _ à la cour du dernier des Medicis, Gian-Gastone _ qui, « dans l’attente de sa nomination comme évêque » a désiré « se rappeler au bon souvenir de son protecteur Don Antonio da Bragança, l’infant portugais et frère du roi Joao V« , en lui offrant le cadeau de compositions nouvelles…

    …

    « Un tel cadeau impliquait que le compositeur acceptât de renoncer à la diffusion de son œuvre. Seixas a donc dû trouver dans le cercle restreint des musiciens qui connaissaient le pianoforte un compositeur avec un potentiel d’innovation, prêt à se mesurer aux spécificités de toucher et de sonorité des nouveaux pianos, et suffisamment inconnu pour ne pas avoir lui-même la possibilité de diffuser ses œuvres. Il a pu avoir l’attention attirée par Giustini lors d’un concert à Pistoia, ou alors celui-ci lui a été recommandé par Giovanni Ferrini, le collaborateur de longue date de Bartolomeo Cristofori« … « Une autre piste encore serait la recommandation du grand-duc de Toscane en personne » : voilà pour les hypothèses de la commande…

    …

    « Lodovico Giustini, rejeton d’une famille de musiciens d’église de Pistoia, n’était peut-être pas un avant-gardiste, mais un esprit suffisamment curieux pour tenter, à 47 ans, quelque chose d’original, qui lui offrait son premier espace de liberté » en tant que compositeur…

    …

    C’est ainsi que « le 31 octobre 1732, lorsque Seixas partit pour Rome afin d’y être consacré évêque, les 12 Sonate venaient d’être remises en cadeau à Don Antonio« .

    …

    Et le livrettiste, Gerd Reuther, d’ajouter que

    « on trouve dans les compositions de Giustini, malgré la forme traditionnelle de la sonate d’église, des éléments stylistiques d’un temps nouveau, qui feront partie du répertoire standard des compositeurs pour piano du Sturm und Drang et du classicisme deux générations plus tard« …

    …

    A l’oreille, en tout cas,

    ces six Sonate sonnent tout à fait brillamment.

    Une découverte musicale passionnante !

    …

    Toujours dans le répertoire du clavier, et toujours de la part d’un compositeur italien,

    je signale le plaisir que j’ai eu à découvrir et écouter,

    sous les doigts agiles et très inspirés du claviériste suisse Olivier Cavé,

    quatre grandes sonates _ toutes les quatre sur le mode mineur _

    du grand _ mais peu joué au concert et guère diffusé au disque _ Muzio Clementi (Rome, 1752 – Evesham, 1832).

    …
    Dans cette excellente interprétation,

    dramatique, d’Olivier Cavé,

    _ le CD Æon CD ÆCD 1094 porte pour titre Didone Abbandonata _ Scene tragiche ! _,

    …

    nous pouvons accéder à l’écoute et à la jouissance

    d’une sorte de chaînon manquant, jubilatoire,

    entre Domenico Scarlatti

    et le piano romantique…

    …

    Enfin,

    tel un bonbon acidulé un peu exotique pour le dessert,

    la marque Æon nous offre un tout aussi réjouissant

    et hors des sentiers battus

    CD de mélodies napolitaines

    par le très dynamique Neapolis Ensemble,

    intitulé 77 ;

    …

    et portant en sous-titre : Ritmo e Magia nella tradizione musicale napolitana,

    …

    portées, outre d’excellents instrumentistes : Edoardo Puccini, à la guitare, Salvatore Della Vecchia, à la mandola, Marco Messina, aux flûtes, Wally Pituello, au violoncelle, Raffaele Filaci, aux percussions (et aussi le concours de Lello Giulivo, voix masculine, Luigi Esposito, à l’harmonica),

    par la voix ad hoc _ rocailleuse ce qu’il faut ; mais aussi tout subtile, virtuose que passionnément expressive : son art m’a rappelé un peu celui de Pino de Vittorio _

    d’une époustouflante, à tous égards,

    Maria Marone…

    …
    Il s’agit du CD AEon 77

    (AECD 1097)…

    …

    Des découvertes jouissives hors des sentiers battus

    que ces quatre très beaux CDs,

    déjà très divers entre eux !

    …
    Titus Curiosus, ce 19 septembre 2010