Catégorie : Musiques

  • Comprendre les musiques : un merveilleux gradus ad parnassum _ les « Eléments d’Esthétique musicale : notions, formes et styles en musique » aux éditions Actes-Sud / Cité de la musique, sous la direction de Christian Accaoui

    En huit-cent pages d’une lisibilité optimale,

    Christian Accaoui et l’équipe qu’il a réunie de dix-sept autres musicologues,

    nous livrent une lumineuse entrée, en 101 articles _ depuis « abstraction esthétique » jusqu’à « virtuosité« , en passant par « musique et texte«  _, à plus de cinq siècles de musique(s),

    en l’espèce de ces passionnants Éléments d’Esthétique musicale _ Notions, formes et styles en musique,

    qui viennent de paraître, le 2 mars 2011, aux Éditions Actes-Sud / Cité de la Musique.

    …
    La quatrième de couverture résume excellemment le propos de cette magnifiquement éclairante entreprise :

    « Offrir au plus large public un panorama général de l’esthétique musicale de 1600 à nos jours, sans exclure les références aux époques antérieures _ ainsi l’article Moyen-Âge _, telle est l’ambition _ parfaitement tenue !!! _ de cet ouvrage.

    Les auteurs de ces Éléments d’esthétique musicale se sont donné trois principes directeurs : placer au centre du propos les œuvres elles-mêmes _ d’abord ! _, en les admirant et en les questionnant _ en effet ! _ ; ne jamais perdre de vue que la musique tour à tour parle, peint, fait rêver, émeut, divertit, console, tonifie, amuse, élève, exalte, solennise, ritualise, fait danser, s’adresse à l’intelligence des formes, porte à la mélancolie ou au rire, etc. _ vecteurs multiples d’où procède dynamiquement le sens ! _ ; mettre en évidence ce qui relie _ intensément _ la musique au monde, le musical à l’extra-musical _ soit contextualiser la musique dans la diversité plurielle très riche de ces liens plus que vivants : à vif !

    Ces Éléments proposent, par ordre alphabétique, une centaine de définitions qui sont autant d’interrogations _ c’est décisif ! et rend ce travail mille fois plus vivant qu’un académique dictionnaire statique ! _ : techniques (Notation, Rythme…), formelles (Fragment, Sonate…), stylistiques (Baroque, Jazz et musique savante, Postmodernité…), esthétiques (Formalisme, Imitation, Ironie, Rhétorique…), pratiques (Enregistrement, Improvisation, Instrument…) ou encore méthodologiques (Ethnomusicologie, Sociologie…).

    Par l’étude _ fouillée et efficace : éclairante _ du contexte (social, littéraire, philosophique, artistique) qui voit naître les œuvres, y impose sa marque et induit des pratiques spécifiques, notions et musiques sont replacées dans leur époque, afin de ne pas projeter sur elles nos catégories modernes » _ projection source de contresens formalistes (ou structuralistes), eu égard aux prégnances encore vivaces de la modernité musicale d’entre 1945 et les années quatre-vingt, quatre-vint dix du siècle dernier ; dont le prototype demeure en France notre Pierre Boulez…

    …

    La jeune équipe _ précise, dynamique et efficace ! _ de cette très performante entreprise d’analyse de pensée et d’édition

    qu’a réunie Christian Accaoui _ maître de conférences à l’université Paris VIII et professeur d’esthétique musicale au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris : lui-même est intervenu (avec beaucoup de pertinence, chaque fois) dans 50 des 101 entrées _

    est, me semble-t-il, passée par les acquis, désormais, de la génération des Baroqueux _ à la suite des géniaux Gustav Leonhardt  et Nikolaus Harnoncourt : seul le second est cité dans l’ouvrage _,

    qui a permis de bien situer _ très historiquement _ le contexte des diverses fonctions _ entrecroisées _ de la musique,

    et en particulier son ancrage _ profond et décisif _ dans la rhétorique _ j’y reviendrai dans l’article que je dois prochainement consacrer au très remarquable travail (très fouillé) de Martin Kaltenecker, L’Oreille divisée _ L’écoute musicale aux XVIIIe et XIXe siècles, aux Éditions MF, paru en mars 2011 également.

    …

    Christian Accaoui précise tout cela dans son très judicieux et éclairant Avant-propos, pages 9 à 12 :

    …

    « Parce que ce sont les œuvres elles-mêmes qui nous intéressent _ et pas les courants théoriques : un recentrage très sain ! _ et nous attirent _ nous aussi, mélomanes ! _ ;

    et parce que nous sommes persuadés qu’elles nous intéressent et nous attirent au-delà de leur facture _ technique _ en vertu de la part de monde _ voilà ! _, de vie, d’humanité _ mais oui ! _ qui les habite _ et les fait elles-mêmes déjà vivre, et d’abord naître sous la plume des compositeurs qui les créent ! en l’imageance même de leur poiêsis ! _,

    notre ambition principale _ c’est excellemment souligné ici, page 9 _ est de mettre en évidence _ c’est parfaitement réussi ! _ ce qui relie _ si vivement _ la musique au monde extra-musical » _ à contre-pied des endogamies formalistes qui tiennent encore aujourd’hui le haut-du-pavé de bien des allées des (petits) mondes institués et en place de la musique : Christian Accaoui le souligne très bien.

    …

    Et de préciser ici :

    « Pour autant, il ne s’agit pas d’arracher les œuvres à leur technicité,

    il s’agit de mettre en correspondance _ voilà l’opération décisive _ leur technicité avec le sens qui l’a commandée«  : nous voici ici au cœur même de cette lumineuse et très efficace et très réussie _ chapeau ! _ entreprise…

    …

    La démarche est ici triple : « descriptive, culturelle, historique :

    décrire _ avec clarté _ les éléments fondamentaux de la musique,

    resituer _ avec justesse et un maximum d’amplitude _ les œuvres musicales dans la culture et tout particulièrement dans leur contexte d’origine,

    mesurer _ avec sens critique et modestie _ la distance historique qui nous sépare de ces contextes d’origine« .

    …

    « Un certain nombre d’entrées traitent donc _ il s’agit de « décrire » simplement et clairement : en évitant autant que possible le jargon technique ; et pour mieux les faire « approcher » et « comprendre« … _ des notions techniques essentielles : composantes de la musique (HARMONIE ET CONTREPOINT, MÉLODIE, RYTHME, THÈME, TIMBRE, etc.), « langages » (MODALITE, TONALITE, ATONALITE, etc.), formes (FUGUE, FORME-SONATE, SUITE, etc.), éléments fondamentaux de la pratique (INSTRUMENT, NOTATION, VARIATION, etc.)« .

    …

    Ensuite, le travail crucial de « resituer » :

    « Relier le musical à l’extra-musical,

    c’est éclairer ces éléments techniques par les contextes _ littéraire, philosophique, artistique, social hiérarchie des adjectifs historiquement très judicieuse ! _ et mettre en évidence l’arrière-plan culturel _ fondamental _ qui les enveloppe _ voilà _ et y laisse sa marque : par exemple, l’architecture de la forme-sonate doit beaucoup à la conception du temps de l’idéalisme allemand, ou le sérialisme généralisé à la pensée structuraliste _ en effet ; et c’est parfaitement réalisé !

    Mais c’est aussi porter son attention à la pratique musicale elle-même _ car c’est là l’humus et le terreau de cette culture _,

    irréductible, singulière _ parfaitement ! _,

    qui contribue à son tour à façonner _ mais oui : en un processus de feed-back plus ou moins congruent _ le contexte culturel.

    …

    Cet entre-deux, où se croisent le musical et l’extra-musical, est constitué :

    a) par l’intersection entre le domaine musical et la conception du monde propre à chaque époque. La culture a connu des mutations, progressives ou soudaines _ selon des temporalités en effet variables et contrastées : cf François Hartog : Régimes d’historicité _ présentisme et expériences du temps, aux Éditions du Seuil, en 2002… _, qui ont délimité des époques nettement différenciées _ oui ! Gare aux projections anachroniques naïvement égocentrées ! Le cours de l’histoire de la musique a été profondément infléchi _ et c’est encore trop peu dire ! _ par ces mutations _ radicales civilisationnellement : l’aisthêsis est le terrain de fond de l’humanisation ; cf par exemple Jacques Rancière : Le Partage du sensible… _ qui ont induit chaque fois une manière singulière de se représenter la musique et de projeter du sens sur le son _ opération principielle on ne peut plus décisive ! et qu’il importe de saisir en sa variable spécificité _ : c’est ainsi que l’essence de la musique est au début du Moyen-Âge le nombre, à l’âge classique l’imitation, à l’ère romantique et moderne la forme de la musique pure. D’où les entrées qui marquent ces régimes très généraux de la musique (NOMBRE, IMITATION, FORMES MUSICALES, MUSIQUE PURE ET MUSIQUE ABSOLUE, etc.) ;

    b) par des notions esthétiques générales, communes à plusieurs arts, ou qui découlent des régimes cités  précédemment (POÉTIQUE, SUBLIME, IRONIE, SYMBOLE ROMANTIQUE, etc.) ;

    c) par les grandes catégories stylistiques issues de l’histoire de l’art (BAROQUE, CLASSIQUE, MOYEN-ÂGE, RENAISSANCE, ROMANTISME, etc.) ;

    d) par les mouvements artistiques de l’époque moderne. Par exemple, le symbolisme, courant essentiellement littéraire, a marqué durablement Debussy et passagèrement Bartok ou Schönberg (d’où les entrées SYMBOLISME, EXPRESSIONNISME, NÉOCLASSICISME, SURRÉALISME, etc.) ;

    e) par la nature des rapports qui lient, fortement ou faiblement _ c’est, de fait, très variable _, la sphère du musical et le reste de la société (ABSTRACTION ESTHÉTIQUE, FONCTION, POLITIQUE, SOCIOLOGIE, etc.) ;

    f) par la marque laissée sur la musique par les arts, les disciplines, les divers domaines qui ont contribué à la façonner, elle qui s’est longtemps développée en relation avec le rite, le verbe, la danse, la fête, les passions (voir JAZZ ET MUSIQUE SAVANTE, MUSIQUE RELIGIEUSE, PASSIONS, RHÉTORIQUE, SACRÉ ET PROFANE, etc.) ;

    g) par les concepts de l’esthétique philosophique. S’il est souhaitable que l’approche de la musique ne soit pas orientée et surplombée _ en effet _ par les concepts philosophiques, on ne peut ignorer que ces derniers n’ont cessé d’induire _ oui, plus souterrainement et à terme _ des présupposés, conscients ou non, chez les musiciens et les musicologues. Quelques entrées traitent donc de notions spécifiquement philosophiques (BEAU _ SUBLIME _, ESTHÉTIQUE) ;

    h) par les multiples _ le plus souvent mal diffusés par l’édition : que de lacunes ici ! _ écrits sur la musique (débats théoriques, polémiques, traités d’interprétation, pages littéraires) qui dessinent les horizons de pensée et d’attente _ mais oui : une mine laissée à l’abandon _et éclairent les diverses représentations que l’on a pu se faire de la musique au cours des âges, ainsi que le sens que les compositeurs ont voulu mettre _ mais oui _ dans leur art ;

    i) par les divers champs disciplinaires qui sondent _ voilà _, chacun d’un point de vue différent, le phénomène musical. Relier le musical à l’extra-musical ne peut se faire qu’en croisant _ c’est cela ! _ des approches fondées sur ces disciplines variées, croisement qui présuppose à son tour une étude critique et historique _ à mener : et c’est ici entrepris ! _ de chacun de ces champs (ANALYSE, ESTHÉTIQUE, HERMÉNEUTIQUE, SOCIOLOGIE, etc.).« 

    …

    Et Christian Accaoui de préciser enfin les enjeux d’actualité et inactualité historique :

    « Replacer les œuvres dans leur contexte d’époque, c’est éviter l’anachronisme si fréquent qui consiste à projeter _ idéologiquement : comme s’il s’agissait de substances immuables : « naturelles » ! _ nos catégories modernes sur des notions et des œuvres anciennes.

    …

    Cet ouvrage est donc esthétique (…) au sens large : en ouvrant en grand ses pages à la poétique et à la rhétorique qui étaient chez les Anciens et les classiques avant l’apparition de l’esthétique _ Baumgarten, Kant, au cours de la seconde moitié du XVIIIe siècle _ le lieu pour la critique d’art _ qui naît elle-même au cours de la première moitié de ce même siècle ; avec l’émergence d’un public : multiplication de salles d’opéra (après Venise), premières salles de concerts (le Concert Spirituel à Paris, en 1725), etc.

    Resituer les œuvres et les pratiques musicales dans leur contexte d’origine sans les resituer dans l’histoire, ce serait les figer dans l’esprit ou les mentalités du temps qui les ont vu naître. Les resituer dans l’histoire, c’est les replacer dans les traditions dont elles sont issues et mesurer la distance historique qui nous sépare de leur monde d’origine et qui les voue à toutes sortes d’avatars et de réinterprétations.

    Si certaines notions sont spécifiques d’une époque donnée (le poème symphonique par exemple n’intéresse quasiment que la période romantique _ qu’en penserait un Lucien Durosoir en 1920 pour le Poème, ou 1924 pour Le Balcon ? par exemple… _, d’autres sont transhistoriques.

    Dans ce dernier cas, nous avons cherché à retracer brièvement l’évolution _ le négliger conduit à trop de confusions… _ des notions qui connaissent selon les cas éclipses, mutations, avatars. Nous avons tenté de comprendre la diversité _ signifiante _ des usages d’un terme, l’évolution, parfois sinueuse _ mais oui ! _, d’un concept«  _ cf ici le travail passionnant en philosophie politique d’un Michaël Foessel en son État de vigilance ; et cf mon article sur ce travail le 18 janvier 2011 : “Faire monde” face à l’angoisse du tout sécuritaire : la nécessaire anthropologie politique de Michaël Foessel« …

    Ainsi l’ouvrage fait-il tout spécialement « ressortir la spécificité _ oui : c’est indispensable _ des époques de l’histoire de la musique et les grandes lignes de force _ voilà _ qui les traversent _ et travaillent _, mettant en lumière un développement à la fois continu et discontinu« . Car « ce développement a laissé des traces, comme des sédiments stratifiés _ c’est cela ! _, dans nos manières d’entendre et structure _ toujours _ nos écoutes«   _ cf ici le très remarquable L’Oreille divisée de Martin Kaltenecker…

    …

    De cet aperçu rétrospectif (et présentatif de son mode d’emploi, en cet Avant-propos) sur la logique de cet ouvrage qu’il a conduit,

    Chritian Accaoui conclut, page 12, ceci,

    qui est décisif pour le présent de la lecture :

    …

    « Un tel but ne peut que tendre résolument à rompre avec le formalisme _ voilà _ qui a dominé la musicologie depuis 1960 ; et dont elle se détache _ de même que la musique même _ progressivement depuis une quinzaine d’années.
    On voudrait conserver de l’approche formaliste la rigueur qu’elle a apportée dans l’approche interne des œuvres,
    mais rejeter son déni _ mutilant et fallacieux _ des propriétés externes,

    déni qui a contribué à replier la musique sur sa technique, à la couper _ tragiquement ! _ du monde.« 

    …

    « Plus précisément _ poursuit-il en ce très remarquable Avant-propos de ce livre majeur pour l’approche non musicienne, mais mélomane de la musique, d’une lecture très claire ! et très pédagogique en le partage de sa culture plurielle si lumineusement croisée en ses aperçus proposés _,

    nous pensons qu’il n’y a pas de séparation nette _ voilà _ entre propriétés internes et propriétés externes,

    que toutes les musiques ne se réduisent pas _ idéellement _ à des « formes en mouvement »,

    qu’elles ne vont pas seulement « se signifier elles-mêmes »,

    que comme les autres artefacts elles sont partie prenante de systèmes symboliques généraux

    et peuvent avoir des implications politiques,

    une fonction sociale _ et même civilisationnelle ! face aux avancées du nihilisme… _,

    bref qu‘elles réfèrent _ de même que tout vivant _ à autre chose qu’elles-mêmes.

    …

    Dans ces conditions,

    les commenter,

    c’est d’emblée les interpréter,

    aller à la quête de leur sens » _ le concept et l’enjeu essentiel(s) de ce large et puissant travail !

    …

    Bref, en l’alacrité même de son écriture, ce livre est passionnant, et nous fait approcher avec beaucoup de finesse (et justesse !) de l’étrangeté de ce que peut signifier la musique, tant pour les compositeurs, les interprètes _ les analystes-musicologues, aussi : au passage ! _ que les mélomanes, et aussi le (plus) grand public, parmi d’autres pratiques de sens et signification, à commencer, pour nous humains, par l’étrangeté (performante) du langage symbolique. Nous voyons comment si ce dernier est traversé par une polarité poétique de nature métaphorique, réciproquement l’imageance des arts non langagiers, et en l’occurrence, ici, l’imageance insinuante et incisive _ en ses pouvoirs spécifiques _ de la musique, est elle aussi traversée, et entre autres, par une polarité symbolique, en partie, mais pas exclusivement, de nature conceptuelle _ : les unes et les autres pratiques de sens vont ainsi jouer dans l’histoire des formes et des genres musicaux comme au chat et à la souris, quasi en permanence, mais selon des figures historiquement variables et variées déterminées : donnons-en pour exemple la naissance et les développements de l’opéra, avec les jeux plus ou moins souples et en tension, ici, de la musique et du livret. Le pôle romantique tendant, lui, à s’éloigner lui _ mais sans jamais y réussir entièrement ! les enjeux de « formes » demeurent pour des sujets de sens !!! _ du concept ; et donnant lieu à la figure de ce qui s’afficherait (trop) volontiers comme « musique pure« …

    …

    Voilà ce à quoi ce livre important et très vivant se consacre, en une approche quasi constamment inspirée.
    C’est la raison _ passionnée _ pour laquelle j’en recommande très vivement la lecture, au gré _ ludique _ des renvois des articles les uns au autres, et au fil de l’Histoire même de la musique et de la culture. A un moment aujourd’hui où l’enjeu civilisationnel est, comme jamais, très puissant.

    Le plaisir de la lecture _ et de l’intelligence du présent _, j’en suis sûr vous comblera.

    …

    Titus Curiosus, le 15 juillet 2011

       


  • Une merveille pour l’île déserte : le CD « Amarante » de Céline Scheen, Eduardo Egüez et Philippe Pierlot

    La merveilleuse surprise du mois de juin est ce miraculeux CD à emporter en l’île déserte :

    …

    un CD d’airs de cours,

    intitulé « Amarante« ,

    interprété par la plus que délicieuse Céline Scheen,

    Eduardo Egüez, au luth (à 10 chœurs, de Joël van Lennep) ainsi qu’au théorbe (de Jakob van de Geest)

    et Philippe Pierlot, à la basse de viole (de Thomas Allred, de 1625) :

    le CD Flora 2210.

    …

    Avec des airs de cour de Jean-Baptiste Bésard,

    de Constantin Huygens,

    de François Richard

    et de Michel Lambert,

    …

    avec aussi l’air « Arbres, rochers« , de Monsieur Bastide ;

    et la plus fameuse « Plainte sur la mort de M. Lambert« , de Mr Dubuisson ;

    …

    ainsi que des Préludes, Fantaisyes, Ballets

    et une Chaconne, de Mr De Machy…

    …

    Le paradis de la poésie

    mise en musique,

    comme en écho de l’air de Monsieur de Nyert

    que sur le programme du CD « Un Portrait musical de Jean de La Fontaine »

    j’avais suggéré à Hugo Reyne d’inscrire au CD de La Simphonie du Marais, enregistré en 1995 pour EMI…

    …

    Un programme et une réalisation

    d’enchantement !

    …

    Ce 30 juin 2011,

    Titus Curiosus

  • Le Bach magistral de Benjamin Alard : le Concerto dans le goût italien et l’ouverture à la française du radieux CD Alpha 180

    Le talent de sourcier du créateur d’Alpha vient, pour notre enchantement, toujours et encore ! avec le CD Bach/Alard : Clavier Übung II Alpha 180, à nouveau de parler.

    …

    Combien de pépites nous réserve ce catalogue pensé et déployé ainsi jusqu’à l’été dernier ? Cet enregistrement-ci, sur un _ parfait ! _ clavecin allemand d’Anthony Sidey, a eu lieu « en mai 2010 à la chapelle de l’hôpital Notre-Dame de Bon-Secours à Paris« , avec « Direction artistique, prise de son & montage » de cet autre magicien (indispensable à ce degré de qualité d’aisthesis !) qu’est Hugues Deschaux. Et « avec l’aide précieuse et amicale » de la merveilleuse Elisabeth Joyé _ que je salue et embrasse au passage.

    …

    Quelle merveille, donc, que ce nouvel opus Alpha 180 !

    …
    Le magnifique _ quelle présence ! justesse ! poésie ! chaque fois ! _ Benjamin Alard _ comme si le talent était natif à ce degré d’évidence _ nous donne ici une Clavier Übung II magistrale :

    comme si le maître, déjà aux petits soins pour l’édition gravée de ce second volume de sa Clavier Übung, en 1735, venait en personne donner l’œuvre _ en cette alternance idéalement sublimée du meilleur du génie italien et du génie français _ à son clavecin

    ici aujourd’hui même.

    …

    Quelle fête !

    Avec quelle sprezzatura _ goûteuse et olympienne tout à la fois : justissime ! en le rayonnement sublime de sa délicatesse _, l’impériale fougue de Benjamin Alard

    est-elle à même de donner avec autant de naturel, en sa pure grâce solaire !, la maestria du maître

    en la splendeur de son midi !

    …

    Oui, la grâce même.

    Avec la souveraine jeunesse

    d’éternité de Bach.

    …

    Un pur bonheur

    nous rejoint.

    …

    Titus Curiosus, ce 20 mai 2011

  • Diablement mozartiennement vôtre, encore : le Divertimento K. 563 (à Puchberg), par le Trio Zimmermann ; et Kristian Bezuidenhout ; et Elisabeth Grümmer…

    En des temps assez décevants

    (de détresse collective : le nihilisme et la cupidité se faisant l’un l’autre la courte-échelle ! et à toute allure : plus vite à l’abîme ! _ cf le passionnant lucidissime essai de Jean Clair : L’Hiver de la culture : article à suivre prochainement…),

    …

    la (sublime !) grâce mozartienne

    a des effets lumineusement dynamisants,

    sur ceux se laissant doucement soumettre

    et le plus simplement du monde

    à l’enchantement de sa musique ! :

    …

    pour preuve,

    l’irradiante lumière du CD Alpha 177 des Sonates pour violon & pianoforte Koechel 380 & 454 (de 1781 & 1784) par Rémy Cardinale & Hélène Schmitt, récemment chroniqués _ cf mon article du 1er février dernier : gratitude à l’éditeur du mozartissime CD “Sonates pour pianoforte & violon” Alpha 177, par Rémy Cardinale & Hélène Schmitt _ le vortex de la braise… : un Mozart comme vous ne l’avez jamais encore entendu à ce degré de (féline) justesse !!!

    …

    Eh bien !

    une semblable grâce, en tout cas très voisine,

    illumine l’interprétation _ magnifique ! radieuse ! _

    du sublime Divertimento à cordes en mi bémol majeur Koechel 563, à (l’ami et frère de loge maçonnique) Puchberg (en 1788),

    par le Trio Zimmermann,

    constitué des excellentissimes Frank-Peter Zimmermann, au violon, Antoine Tamestit, à l’alto, et Christian Poltéra, au violoncelle :

    …

    Divertimento qui appartient « non seulement au groupe des meilleures œuvres de chambre, mais constitue également l’un des sommets indépassable du genre » _ en effet ! _,

    selon le mot de Hermann Abert

    que rapporte le livrettiste, Horst A. Scholz,

    en _ et pour _ ce CD-SACD 1817 d’exception (!!!)

    que nous propose l’excellent éditeur BIS.

    …

    Et le livrettiste de poursuivre :

    « Dans un jeu conscient avec les conventions, l’art et le plaisir se combinent ici au niveau le plus élevé ; et, au contraire de la définition (encyclopédique), la musique _ de Mozart _ cherche à être à la fois « polyphonique » et « développée ». C’est ainsi que ce genre nouveau parvient _ d’un seul geste : dansé ! _ à son apogée, le trio à cordes« .

    …

    Enchaînant :

    « Ses racines puisent avant tout dans la sonate en trio baroque. Joseph Haydn et Luigi Boccherini se consacrèrent à ce genre nouveau _ du trio. Le trio à cordes demeurera cependant le plus souvent dans l’ombre du quatuor à cordes avec ses quatre voix pleines. Mais Mozart compose ici un trio à cordes qui n’est pas un quatuor atrophié, mais plutôt son distillat _ voilà ! sa quintessence… Le dialogue entre trois personnes possédant les mêmes droits ne comprend pas _ certes non ! _ de remplissage ou de passages à vide. Au prix d’une exposition permanente, les trois voix parviennent à un réseau exceptionnellement riche _ oui ! _, en permanente transformation bien que stable« …

    …

    « La conception en six mouvements demeure dans la tradition du divertimento : deux mouvement rapides encadrent deux mouvements lents et deux mouvements à l’allure dansante« .

    …

    Et « un matériau thématique commun (des arpèges ascendants ou descendants) réunit les mouvements ; ce qui, dans un tel contexte, est inhabituel« …

    …

    L’interprétation de ce Trio-Divertimento (à Puchberg)

    par le Trio Zimmermann

    est d’une justesse d’élan et de grâce

    infinis…

    …

    Chapeau bien bas, Messieurs les artistes !

    L’interprétation est à la hauteur de perfection, comme jamais, du chef d’œuvre !

    …

    Et pour continuer

    en cette diablesse de justesse d’interprétation

    sublimissimement mozartienne

    _ si délicate à saisir et donner ! _,

    …

    j’ai la très grande joie de proposer aussi à l’écoute

    et au ravissement,

    …

    tant le Keyboard Music, vol. 2, du merveilleux pianofortiste Kristian Bezuidenhout,

    avec, notamment l’Adagio en si mineur Koechel 540 (de 1788 aussi) : quel sommet de grâce ! et sur un instrument d’après Anton Walter & Sohn, à Vienne, ca 1802 !

    en un CD Harmonia Mundi HMU 907498 ;

    …

    que le récital d’Arien und Szenen d’Elisabeth Grümmer,

    accompagné _ surtout ! pour 7 des 12 joyaux ici rassemblés _ par le Berliner Philharmoniker, sous la direction de Wilhelm Schüchter, en 1955

    _ mais aussi par Joseph Keilberth (pour la Cavatine d’Agathe du Freischütz de Weber), Herbert von Karajan (pour deux scènes de Hänsel und Gretel de Humperdinck), Richard Kraus (pour l’air du saule de l’Othello de Verdi) & Rudolf Kempe (pour un extrait du Deutsche Requiem de Brahms) ; plus encore une scène du Rosenkavalier de Richard Strauss, avec ce même Wilhelm Schüchter _,

    …

    dans _ surtout ! _ des airs et scènes

    de Mozart

    inégalés _ rien moins !!! et je pèse mes mots !.. _ :

    …

    la scène avec les trois Enfants,

    ainsi que l’air Ach, ich fühls, es ist verschwunden,

    de Pamina,

    dans La Flûte enchantée ;

    …

    les airs Porgi amor & Dove sono,

    de la Comtesse,

    ainsi que le duo Che soave zeffiretto de la Comtesse, avec Suzanne,

    dans Les Noces de Figaro ;

    …

    et l’air Come scoglio,

    de Fiordiligi,

    dans Cosi fan tutte :

    …

    soit le CD d’anthologie (!) Legenden des Gesanges n° 11, d’Ars Produktion…

    …

    Admirable !

    …

    …

    Hélène Schmitt &  Rémy Cardinale,

    Frank-Peter Zimmermann, Antoine Tamestit & Christian Poltéra,

    Kristian Bezuidenhout,

    Elisabeth Grümmer :

    …

    à cinquante-cinq ans de distance,

    tous

    de sublimissimes _ et tout frais ! comme il se doit ! _ mozartiens !

    …
    Titus Curiosus, ce 7 mars 2011