Catégorie : Musiques

  • le « Didon & Enée » de Purcell, de MusicAeterna : « Un grand disque de l’année » : un jugement qui me conforte !..

    Sur le « Dido & Aeneas » d’Henry Purcell de MusicAeterna (CD Alpha 140)…
    …
    A propos des « rigidités » de la critique, et de ses difficultés à s’extirper (assez !) de ses habitudes et horizons d’attente (un peu trop stéréotypés)
    (cf mon précédent article _ du 17 juillet à propos « de la critique musicale« )
    …
    cet article-ci de Christophe Huss sur le site de classicstodayfrance :

    http://www.classicstodayfrance.com/review.asp?ReviewNum=2937
    …
    « Alerte générale ! Alerte au fou ; au génie !
    Ce qui se passe ici est à « Didon et Énée » ce que l’enregistrement de René Jacobs est aux « Saisons » de Haydn :
    une œuvre bien servie au disque, déjà, mais relue par un chef extralucide, à la tête d’une étonnante bande
    de Sibériens et de trois
    _ ou plutôt seulement deux : Simone Kermes (Didon) et Deborah York (Belinda) _ chanteurs « importés ».
    …
    Et c’est à ne pas en croire ses oreilles, tant la puissance atmosphérique de la direction et des prestations vocales est d’emblée saisissante
    _ on ne saurait mieux dire !
    Teodor Currentzis pose les banderilles dès l’ouverture,

    Simone Kermes, trois minutes plus tard, dans un « Ah! Belinda ! » qui vous fera fondre en larmes.
    …
    Ce « Didon et Énée » est comme éclairé, irradié, en proie à une « possession musicale »,

    qui évidemment ne manque pas de rendre le premier tableau de l’Acte 2 (celui des sorcières) assez incomparable,
    malgré un choix discutable de « la » sorcière (Oleg Ryabets).
    …
    Partout, Currentzis instille le fiel, la menace, le doute
    _ en effet ! et le théâtre est au comble  de l’émotion !

    …
    Simone Kermes qu’on connaît pyrotechnicienne se fait fragile et bouleversante ;
    Deborah York est une Belinda modèle.

    Les voix « secondaires » et les chœurs montrent qu’avec un chef pas comme les autres on peut donner une leçon de baroque en Sibérie !
    Eh oui !!!
    …
    Et je vous laisse être happé par le tourbillon émotionnel de la fin de l’ouvrage…
    …
    Je n’en suis toujours pas revenu : voilà l’un des grands disques de 2008…
    …
    Christophe Huss

    …
    A comparer avec mes remarques de l’article du 7 novembre : « retour aux fondamentaux en musique » :
    …
    « un (très impressionnant, par son énergie et sa vérité _ ou profonde justesse _ dramatique) “Dido & Aeneas” de Henry Purcell, sur un livret de Nahum Tate (”représenté en 1689, au pensionnat de M. Josias Priest, à Chelsea” _ mais peut-être “chanté d’abord à la cour de Charles II, vers 1683/84“…),
    par The New Siberian Singers (the chamber choir of the Novosibirsk State Academic Opera ans Ballet Theatre),
    MusicAeterna,
    sous la direction
    _ tous _ de Teodor Currentzis,
    avec, pour les trois principaux solistes (interprétant “Dido“, “Belinda” et “Aeneas“), Simone Kermes, Deborah York et Dimitris Tiliakos :
    CD Alpha 140″…

    …
    Ainsi, un peu plus loin dans l’article, que ceci :

    …

    Je soulignerai seulement l’énergie _ formidable_ au service de la plus étonnante “justesse” qui soit, du CD “Dido & Aeneas” (CD Alpha 140), de Teodor Currentzis, à Novosibirsk, avec Simone Kermes, Deborah York, ainsi que Dimitris Tiliakos : s’inspirant, par un renouvellement de “génération” de l’impulsion “Alpha” d’un Vincent Dumestre…

    Un enregistrement véritablement enthousiasmant ! et justifiant mon annonce d’un “retour aux fondamentaux” de la musique _ ainsi, ici, que du Baroque musical !

    …

    Ouf ! Je me sens un peu moins esseulé
    à porter crédit
    au jugement de goût
    de mes oreilles !

    …

    Merci, Christophe Huss !
    …
    Titus Curiosus, ce 15 décembre 2008

  • « Ce vers quoi s’élance Boutès » ; et la difficulté d’harmoniser les agendas

    A propos de la présentation, hier soir, mardi 18 novembre, de son « Boutès« , paru aux Éditions Galilée le mois d’août dernier, par Pascal Quignard,

    dans les salons Albert-Mollat, combles _ on s’asseyait par terre _ ;

    …

    ainsi que de la difficulté de concilier les agendas,

    afin de venir « rencontrer » écrivains, artistes, philosophes ;

    …

    ce petit courrier matinal à Maïalen Lafite _ qui n’était pas disponible ce jeudi soir dernier (« mais merci de m’avoir informée et continuez à le faire !« ) :

    …

    « J’ai regretté en effet que, pour difficultés d’agendas, bien des interlocuteurs « possibles » du conférencier
    n’aient pu être présents, ce soir-là _ jeudi 13 à la librairie La Machine à Lire _, dans la salle, pour dialoguer un peu sur Montaigne avec un esprit aussi délié, lumineux,
    et en grande forme, que Bernard Sève

    (à partir de son si pénétrant « Montaigne. Des règles pour l’esprit » _ aux PUF, en novembre 2007) :

    …

    Jean Terrel, non plus, n’avait pas pu se libérer

    _ il m’a adressé gentiment un petit mot : savoir si Thomas Hobbes (« sur » lequel Jean Terrel vient de publier un plus que « très autorisé » « Hobbes _vies d’un philosophe« , aux Presses universitaires de Rennes) fut lui aussi _ tels Francis Bacon et William Shakespeare _, ou pas, un lecteur de Montaigne, me paraissant plus qu’intéressant !..
    …
    A défaut d’avoir pu écouter la conférence de Bernard Sève,

    voici _ à lire _ l’article que je lui ai consacré, à cette conférence, sur mon blog

    « Jubilatoire conférence hier soir de Bernard Sève sur le tissage de l’écriture et de la pensée de Montaigne »
    …

    et voici, même, le petit mot que m’a adressé, depuis, Bernard Sève lui-même :
    …
    Cher Titus,
    …
    merci de ton mail si amical.
    Je voulais aussi te remercier pour ton accueil chaleureux à Bordeaux.  C’était vraiment un moment très réussi, à la fois amical et intellectuellement riche.

    …

    Je regrette un peu de n’avoir pas développé comme je l’aurais voulu mon thème
    _ écriture ET pensée de Montaigne _
    lors de ma conférence, mais en fait je me suis vite rendu compte que ce serait trop technique.

    En gros, j’aurais voulu montrer que chaque « trait d’écriture » de Montaigne (ceux que j’ai rapidement relevés : l’exposition des conditions de production du texte, l’ajout, la copia verborum, la citation, la digression, etc.) est à la fois l’expression du désordre de l’esprit et en même temps une « poétisation » de ce désordre qui permet, en partie, de le juguler.

    Je l’ai dit en général, je ne l’ai pas montré en détail (cas par cas), mais je pense que ce n’était pas le lieu.

    J’ai un peu envie d’écrire une petite étude sur ce point, mais je ne veux pas non plus « systématiser » Montaigne, ce qui serait à l’opposé de son écriture et de sa sagesse.
    Ravi de t’avoir revu,
    …
    etc…

    …

    Bernard
    …

    En effet, le 20 mai 2003, le recevant en les salons Albert-Mollat du 15 rue Vital-Carles, pour présenter au public bordelais, ce très beau livre, déjà, « L’Altération musicale _ ce que la musique apprend au philosophe« , paru aux Éditions du Seuil en août 2002,

    la conférence s’était déroulée comme une conversation (jubilatoire, déjà) sur la musique…

    …

    Hier soir,
    je suis allé écouter « le grand » Pascal Quignard dans les salons Mollat ; la salle était comble
    ;
    et je n’avais pas encore eu le temps, au milieu d’un trop plein d’activités passionnantes
    de lire son « Boutès« …

    …

    Je n’ai _ personnellement _ pas trouvé l’auteur en (très) grande forme : grippé,
    il nous a lu, de sa belle voix grave, pendant vingt minutes, le premier chapitre de « Boutès« , qui ne m’a pas paru « éclatant », comme parfois, voire assez souvent, se révèle l’inspiration de Pascal Quignard…

    …

    Surtout sur une question cruciale, et qui le taraude (et « inspire »),
    depuis longtemps
    : lire là-dessus « Vie secrète« , en plus de « Haine de la musique » et de « La Leçon de musique » ; ainsi que, encore, « Le nom sur le bout de la langue« , et « Rhétorique spéculative« …

    …

    Sans « questionneur » (d’un peu de talent, si possible) en face de lui, au micro, à la tribune
    _ Dominique Rabaté (qui vient de publier en mars dernier un très riche « Pascal Quignard _ étude de l’œuvre » aux Éditions Bordas) était pourtant présent dans la salle _,
    Pascal Quignard n’eut en face de lui que des questions la plupart assez chichiteuses d’un public un peu trop acquis d’avance, et « extatique »,
    à l’exception, notamment, et entre (quelques) autres, d’une dame, s’étonnant, fort justement, de l’affirmation que « Boutès » soit (ou serait ?..) le « dernier texte » de Quignard _ dixit lui-même !!! _ sur la musique…

    …

    L’auteur a alors répondu avoir « voulu dire« , par là, qu’en ce « Boutès« , il s’était un peu « écarté », par cette réflexion à nouveau « autour de » la musique, de son axe majeur de ces « années dernières »-ci : la méditation de « Dernier royaume« .

    …

    Ainsi nous a-t-il annoncé, qu’après « les Ombres errantes » (I), « Sur le jadis » (II), « Abîmes » (III), « Les Paradisiaques » (IV) et « Sordidissimes« (V), parus en 2002 et 2004,
    un sixième volume de « Dernier royaume » était, maintenant même, « en chantier »,
    et devrait paraître, non pas en janvier prochain, comme le lui a demandé un lecteur (de Pau : universitaire ?) très attentif à _ et averti de _ l’œuvre quignardien,
    mais plus tard en cette année prochaine, 2009…
    …
    Enfin, j’ai pu échanger quelque mots avec Dominique Rabaté, qui lui non plus n’était pas disponible jeudi 13 novembre dernier _ pour venir écouter Bernard Sève sur l’écriture de Montaigne ;
    participant, quant à lui, à un colloque dans la Loire, à Saint-Etienne…
    …
    Pour en revenir au « Boutès » de Quignard,
    je le lirai jusqu’au bout, pour rechercher ce qu’il apporte, ou pas, de plus à sa confrontation _ toujours magnifiquement courageuse _ à la question de la musique (et à celle de la langue) ;

    …

    ainsi qu’à sa confrontation au « féminin » _ et pas au « maternel », comme il les a « distingués », à propos des « sirènes »

    (ou « anges carnassiers« , comme il l’a même proféré…) ;

    et très pertinemment, un auditeur l’a interrogé sur cette « distinction »…

    …

    Le mot (et concept) qui personnellement m’a « arrêté » et « retenu » en ce premier chapitre de « Boutès » lu non « ambrosiennement« , c’est-à-dire non silencieusement

    (Saint Augustin racontant avoir vu Saint Ambroise lire sans qu’on entende sa voix, ni que ses lèvres bougent ; d’où l’expression « lecture ambrosienne« )

    par Pascal Quignard
    est celui d’ »acritique« , page 17 :
    …
    « la musique de la cithare
    _ d’Orphée _ fabriquée de main d’homme
    fait obstacle à la puissante sidérante
    _ ainsi Pascal Quignard a-t-il lui-même commenté l’étymologie de « désir » : dé-sidérant ! _ du chant animal _ féminin, chez les Sirènes, mamelues : et le détail revient à plusieurs reprises…
    …
    Ce que je traduis par chant animal, Apollonios

    _ du texte duquel « part » Quignard pour méditer sur Boutès se jetant à la mer pour

    (« dans les vagues noirâtres _ en grec « porphyres » _ qui se soulèvent aux abords des premiers rochers de l’île« , est-il dit page 11)

    rejoindre l’île aux sirènes _,

    …

    Apollonios, donc, l’appelle voix acritique.
    Voix « acritique », c’est-à-dire non séparée, indistincte, continue
    « 

    _ non passée au « tamis » de quelque « crible »…

    …

    Et ici encore un auditeur _ cultivé… et écrivain lui-même _ est intervenu avec beaucoup de pertinence, en proposant d’appliquer à cette « perspective » le concept de « sentiment océanique » de Sandor Ferenczi (1873-1933)…

    …
    Je poursuis la lecture :
    « Aussitôt après, Apollonios ajoute l’adjectif « aigüe ».
    …
    Le chant acritique est nécessairement soprano
    puisqu’il vient du monde où la vie se développe
    « 

    _ c’est-à-dire intra-utérin ;
    avant l’expulsion qui fera de la femme (charnellement aimée par un homme, « sexué » :
    le mot revient à plusieurs reprises, et sous la plume, et dans la voix de Pascal Quignard ; auteur, aussi, de « La Nuit sexuelle« )
    une mère…

    …
    Et Pascal Quignard précise :

    « Le monde où la vie se développe
    est le monde uniquement féminin
    qui ne connaît pas la mue
    _ cf le récit de « Tous les matins du monde » _
    comme le monde des hommes la connaît.
    …
    Voilà ce vers quoi s’élance Boutès.« 

    …

    …

    Bien à vous,
    …
    Titus Curiosus, ce 19 novembre 2008

  • Des bruits (de guerre) aux fureurs (de guerre) et aux horreurs (de la guerre)

    Sur le colloque « La Grande Guerre aujourd’hui : Mémoire(s), Histoire(s)« , à l’Hôtel de Ville d’Agen, le vendredi 14 novembre 2008,

    un colloque organisé par l’Académie des Lettres, Sciences et Arts d’Agen & la Société historique des Amis du Vieux Nérac,

    avec pour chevilles ouvrières, notamment, David Mastin, Alexandre Lafon et Cécile Piot.

    …

    Afin de rencontrer Georgie Durosoir,

    musicologue (et belle-fille du compositeur _ grandissime !!! _ Lucien Durosoir, 1878 – 1955)

    _ cf mes précédents articles, à propos du CD les « Quatuors à cordes » de Lucien Durosoir par le Quatuor Diotima (CD Alpha 125) : SUBLIMISSIME ! je ne ne le crierai jamais assez fort sur tous les toits du monde !… :

    « Musique d’après la guerre »

    &

    « de la critique musicale, et autres _ de l’ego à l’objet : vers un dialogue » ;

    …

    et l’ami Alain Paraillous,

    qui m’avait fait l’honneur de m’inviter au colloque qu’il avait organisé en 1998 à Aiguillon, sur le sujet de « la bibliothèque musicale du duc d’Aiguillon« ,

    …

    j’ai répondu avec plaisir à l’invitation des organisateurs, et notamment David Mastin,

    d’assister à ce colloque _ à l’Hôtel de ville d’Agen _ sur « la Grande Guerre : Mémoire(s) et Histoire(s)«  :

    …

    un « sujet » _ si j’ose ainsi m’exprimer !!! _, ainsi qu’un angle de vision (et focalisation du regard), passionnants…

    …

    La réalité (de fureur déchaînée : massive et catastrophique au sens le plus plein et destructeur !..) de la guerre est, en effet, redevenue un « sujet », une menace

    ainsi que

    _ en sa réalité on ne peut plus effective, plus ou moins proche, en son « bruit » (de guerre) d’abord, proche, ou s’approchant de nous : est-il aisé de la « tenir à distance » ?.. non… _ »

    une « réalité d’actualité », depuis la chute du mur de Berlin, d’abord, et depuis les attentats du 11 septembre 2001 :

    cf d’abord, après 1989, « La Fin de l’Histoire » de Francis Fukuyama (en 1992) et « Le Choc des civilisations » de Samuel Huntington (en 1993)…

    …

    Et ce n’est pas pour rien que le « grand livre » de cette année est, selon mon jugement _ et d’infiniment loin sur la foule de tous les autres, en littérature _, « Zone » de Mathias Enard (publié par Hubert Nyssen aux Éditions Actes-Sud ; et « prix « Novembre »…) :

    cf mon (premier : un autre devra suivre…) article : « émerger enfin du choix d’Achille«  ;

    suivi de « filiation, guerre, sexe, histoire : la valse plutôt tragique d’Eros et Thanatos _ 1 » ;

    le second article de « filiation, guerre, sexe, histoire »

    portera précisément sur une nouvelle focalisation sur ce majeur « Zone » de Mathias Enard…

    …

    Alors, quelles (premières) impressions,

    ce colloque ?

    …

    Même si je n’ai écouté que les contributions de la matinée

    _ non sans avoir salué à 14 heures Alain Paraillous, j’ai en effet préféré regagner Bordeaux, où m’appelait ma « charge de travail du week-end »…

    …

    Voici les titres de ces contributions de, chacune, vingt minutes, de cette matinée (de 10 h à 13 h 15 ) :

    …

    D’abord, une première partie de récits et analyses concernant des cas _ plus ou moins représentatifs ou exemplaires, peut-être _ d’individus singuliers :

    …

    au premier chef, la (très) forte volonté de témoignage

    _ essentiellement par des lettres et cartes postales à leur famille ;

    mais aussi par la rédaction (passionnée : dans l’espoir d’une publication _ post-mortem ?) de « carnets » _

    des soldats-combattants : certains qui allaient être tués, au front ; d’autres parvenant à survivre, à ces combats de cinq épouvantables années de la Grande-Guerre, entre l’été 14 et l’armistice du 11 novembre 1918 ;

    …

    et ensuite, l’analyse des deuils des proches des tués : dans les années, la décennie surtout, qui ont (ou a) suivi le 11 novembre 1918 ;

    deuils dont des échos peuvent être encore sensibles en la personne même des intervenants, aujourd’hui…

    …

    « Gabriel Bouffies et Léon Laplace, deux poilus du Tarn-et-Garonne, morts pour la France en 1916« , par Monique Biau-Lagard _ petite-fille (par sa mère) de Léon Laplace ; et apparentée (par son mari) à Gabriel Bouffies, mort sans enfant : une enquête à partir de documents demeurés dans les familles ;

    la question de la filiation me « travaillant », personnellement…

    …

    « La Musique comme survie : les « musiciens du Général » ; et le cas particulier de Lucien Durosoir, violoniste compositeur« , par Georgie Durosoir _ belle fille de Lucien Durosoir (1878 – 1955 : celui-ci s’est marié en 1934, à l’âge de 56 ans ; et a eu alors deux enfants, dont Luc Durosoir, l’époux de Georgie Durosoir) : le violoniste virtuose (international) Lucien Durosoir, pratiquant la musique _ non militaire ! _ auprès du général Mangin, en compagnie d’autres musiciens de très haut niveau : instrumentistes, tel Maurice Maréchal, ou compositeurs, tel André Caplet…

    …
    « Le double deuil de guerre des Mauroussel : essai de micro-histoire culturelle« , par David Mastin : le cas d’une famille lot-et-garonnaise de Sainte-Livrade et Laparade, à travers l’expérience du deuil de la mère d’un soldat tué au front, dont le corps n’a pas été retrouvé (le corps _ retrouvé _ de l’oncle de ce dernier ayant été ramené  _ du front _ pour être inhumé à Sainte-Livrade) …

    …

    Ensuite, des contributions moins centrées sur des cas individuels, et plus « générales », de la part de (jeunes) doctorants en Histoire :

    « Les Gravures comme mémoires du temps de guerre : donner corps à son expérience« , par Marine Branland : une recherche d’abord documentaire, mais non sans (riches) aspects artistiques…

    …

    « Le Souvenir de la campagne d’Afrique de l’Est (1914-1918), en Afrique-du-Sud. L’utilisation de la mémoire par les historiens et l’impact des historiens sur la mémoire« , par Anne Samson (étudiante britannique), s’exprimant en anglais (et traduite par un autre intervenant, M. Maurice Cottenceau) : une enquête comportant de fort intéressantes pistes d’analyse et réflexion sur l’historiographie…

    …

    « Mémoire et capitale : l’histoire de la Grande Guerre et la spécificité parisienne« , par Elise Julien, un travail sur la spécificité des commémorations parisiennes, par rapport à celles des autres cités de France…

    …

    et « Mémoires de gloires et infortunes. Les tirailleurs « sénégalais » au secours de Reims et de la France (1918-2008)« , par Bastien Dez : ce dernier s’est intéressé aux vicissitudes du monument aux morts édifié à Reims en 1924, puis détruit (par la Wermacht) en septembre 1940 ; remplacé par un autre monument (« abstrait »…) en 1963 ; en attendant la « reconstruction » à l’identique (ou quasi) de celui de 1924, décidée par le nouveau Conseil municipal de Reims, et son maire, Adeline Hazan… Un cas extrêmement intéressant, traversé de bien des idéologies, croyances et « mythologies » qui font aussi notre Histoire ; et qu’a commencé à soulever ici pour nous le jeune historien…

    …

    J’ai noté, très extérieurement aux enjeux _ seuls importants _ de fond, la « diversité » d’aisance à l’oral de ces jeunes chercheurs au micro, à la tribune _ un effet « négatif » du système scolaire (et éducatif) français, peut-être ; la contribution la plus « aisée » me paraissant aussi sans doute la moins « importante » « en sens » : le souffle _ considérable ! _ de la guerre (et de cette « Grande Guerre« -ci !) en paraissant bien « atténué », comme « étouffé » ; un travail _ même universitaire ! _ d’historien n’est pas rien qu’une habile (ou virtuose) opération « technique » académique…

    …
    En tout cas,

    le lecteur passionné que je suis

    des « Années d’extermination« , de Saul Friedländer,

    le second volume de ce chef d’œuvre qu’est « L’Allemagne nazie et les Juifs« ,

    avec sa collecte (et analyse) si considérable et admirable (!!!) de témoignages de victimes _ si soucieux, ces victimes menacées, prises dans la tourmente, de laisser à la postérité (qui leur survivrait !) la connaissance des faits, du détail des faits bruts et exactions, si monstrueusement destructeurs (d’eux-mêmes et des leurs), qu’ils subissaient alors _ ;

    de même que du « Journal » _ si admirable, lui encore ! en ce qu’il note et conserve (pour la postérité), au quotidien de la survie _ de Victor Klemperer (paru en traduction française aux Éditions du Seuil, en août 2000 : une « base » de toute bibliothèque d’Histoire contemporaine (!) ;

    et aussi de l’enquête « Les Disparus«  sur ce que sont, dans les faits (bruts !), devenus les membres disparus de sa famille en Galicie, par Daniel Mendelsohn (le livre est paru en traduction française en septembre 2007) ;

    pour ne rien dire de l’enquête se poursuivant en ce moment même, par toute l’immensité territoriale de l’actuelle Ukraine, du Père Patrick Desbois, dont témoigne son très exemplaire « Porteur de mémoires _ sur les traces de la Shoah par balles«  (paru aux Editions Michel Lafon en novembre 2007) ;

    …

    ce lecteur d’ »Histoire » que je suis,

    ne peut qu’être ultra sensible à la prise enfin un peu mieux au sérieux par les Historiens de ce matériau des « témoignages » : à analyser, trier, et faire un objet _ on ne peut plus sérieux et ultra précieux _ de leur propre travail d’établissement, analyse et connaissance des faits !

    …

    Les « faits » : à établir et avérer : le B A BA de la procédure historienne…

    …

    Merci donc aux organisateurs de ce colloque d’historiens qui s’est tenu hier vendredi 14 novembre 2008 à Agen !

    …

    Nous lirons bien attentivement les Actes de ce colloque,

    dont la parution imprimée est impatiemment désirée, ainsi que l’a bien sonorement fait entendre hier, en ouverture des contributions, l’un des organisateurs – chevilles-ouvrières de ce colloque, Alexandre Lafon…

    …

    Titus Curiosus, ce 15 novembre 2008

  • Retour aux fondamentaux en musique : percevoir l’oeuvre du temps aussi dans l’oeuvrer de l’artiste

    A propos des CDs

    « Pièces de clavecin » de Rameau, par Céline Frisch (CD Alpha 134)

    & « Pièces de clavecin des Livres I & II » de François Couperin, par Frédérick Haas (CD Alpha 136)

    …

    Parmi une brassée (huit items, dix CDs) de merveilleux disques,

    d’une part,

    je retiendrai,

    ce qui m’apparaît comme une (excellente) politique de production (et conception) de la part d’un éditeur de disques, en l’occurrence les disques Alpha  :

    le choix d’un « retour aux fondamentaux de la musique » ;

    …

    et d’autre part,

    je me pencherai

    au sein même de ce « retour aux fondamentaux » ;

    ainsi qu’au sein même de l’excellence de la nouvelle cuvée Alpha, tout au long de cette année 2008 ;

    …

    je me pencherai, donc,

    sur l’intelligence de la justesse du choix des artistes-interprètes

    _ en l’occurrence les magnifiques Céline Frisch et Frédérick Haas _,

    dans la décision de donner à « écouter »

    aux « écouteurs » amoureux de la musique,

    la dimension temporelle même de la création, au fil des ans _ ainsi que mêlée aux années qui défilent _,  des artistes-compositeurs :

    …

    car je relève et retiens, en effet, que les CDs

    « Pièces de clavecin » de Rameau, par Céline Frisch (CD Alpha 134)

    & (le double album) « Pièces de clavecin des Livres I & II » de François Couperin, par Frédérick Haas (CD Alpha 136),

    présentent, tous deux, des « pièces » ou des « Livres » (de clavecin),

    non sous la forme

    _ « classique » : facile, commode, habituelle ; en fait seulement routinière (et paresseuse) ! _

    d’une « intégrale »

    (c’est-à-dire à la pure et simple queue-leu-leu de l’ensemble des « pièces » produites par le compositeur) ;

    …

    mais, en procédant à une sélection

    _ non arbitraire ! il ne s’agit certes pas, non plus, de simples « récitals » au gré de la pure « fantaisie », plus ou moins « inspirée » (ou « heureuse »), de l’interprète _ ;

    …

    en procédant, donc, à une sélection

    de séquences,

    c’est-à-dire, ici

    _ pour les œuvres (de clavecin) entiers (!..) de Jean-Philippe Rameau et François Couperin _,

    de « suites » ; sinon « Ordre(s) », voire « Livre(s) » entiers ;

    …

    en veillant à privilégier (la « quête » de) la perception

    _ par l’auditeur : à la suite de l’interprète lui-même ;

    …

    j’en donnerai pour exemple

    la (très belle et instructive) « présentation » qu’en donne (très judicieusement) Frédéric Haas lui-même,

    dans la « présentation », par ses propres soins, de sa propre « quête » du sens du « mystère » couperinien _ ;

    …

    en veillant à privilégier (la « quête » de) la perception, donc,

    de ce que je nomme « l’œuvre du temps dans l’œuvrer _ et ce qui en résulte dans l’œuvre achevée, coite, immobile : et mise à notre disposition… _ d’un artiste« …

    …

    Cela demande un « défilé » de temps,

    et l’exercice d’une (élémentaire) « comparaison » _ des « pièces » _ (de la part de l’æsthesis) ;

    …

    « comparaison » dont le « ressentir » de (l’avènement de) cette perception _ par l’auditeur _

    sera facilité (« éclairé ») par l’art de choisir (en pratiquant des « coupes claires », ou « élagage ») ces « séquences », de la part du concepteur du programme.

    …
    Art analogue à celui du bouquet, si l’on veut bien

    …

    _ sauf que la durée de vie d’un bouquet est, elle, très éphèmère ;

    …

    heureusement, la vie de « création » d’un artiste peut être, elle, un peu plus longue,

    et permettre, à la faveur du « temps qui passe », en donnant lieu à l’expérience (personnelle et artistique) d’un « temps passé », voire d’un « temps perdu » ;

    …

    peut permettre, donc,

    à l’artiste créateur

    de « retrouver », provenant de l’œuvrer même de l’artiste _ en sa poïétique de « création » à partir de son propre « exister » en artiste _,

    et à travers l’épaisseur même du temps _ vécu, oublié, mémorisé par traces effilées et filantes _,

    et à travers, aussi, les « voiles » déposés de ses « strates », peu à peu posées ;

    …

    de « retrouver », donc _ proustiennement : mais l’expérience est celle de tout artiste authentiquement créateur _ ;

    …

    de « retrouver »

    l’ombre féconde d’un « temps » gagné ;

    …

    mais cela,

    loin, à mille lieues,

    de tout calcul _ ou ratio _ de profit économique (et financier !!!)…

    …

    En s’y lançant seulement _ et solitairement

    ainsi accompagné de touts ces « strates »

    (les Muses sont bien les filles de Mnémosyne) _

    à corps perdu, en cet œuvrer…

    …

    …

    En cela

    _ et même si cette considération est assez extérieure (ou anecdotique) _,

    ces deux albums, Alpha 134 et Alpha 136, constituent, déjà un chef d’œuvre d’intelligence de « conception-production » artistique ;

    pour notre joie de « réception » de la musique,

    et de « retrouvailles »,

    via le medium du disque CD,

    avec ce que je me permets de qualifier de « retour aux fondamentaux » de la « musique »…

    …

    Je placerai ces deux CDs

    parmi _ ou à côté de _ un bouquet d’autres,

    participant, tous, à un tel « retour aux fondamentaux de la musique » :

    signes, peut-être, d’une « époque », qui, plus que d’autres

    _ avec toutes ses « impostures », ces « vessies » que certains voudraient tant nous faire « prendre pour » des « lanternes » _,

    semble en avoir « bien besoin » ?..

    …

    Ce » bouquet » (de musique _ de « retour aux fondamentaux ») de huit CDs, ce sont :

    1) _ les « Pièces de clavecin » de Rameau, par Céline Frisch (CD Alpha 134) ;

    2) _ le double album « Pièces de clavecin des Livres I & II » de François Couperin, par Frédérick Haas (CD Alpha 136) ;

    3) _ le (petit) « opera » « Dido & Aeneas » de Henry Purcell, par The New Siberian Singers (the chamber choir of the Novosibirsk State Academic Opera ans Ballet Theatre) & MusicAeterna, sous la direction de Teodor Currentzis, avec Simone Kermes, Deborah York et Dimitris Tiliakos (CD Alpha 140) ;

    4) _ le (double) volume VI des « Klavierwerke & Kammermusik » de Robert Schumann, de l’intégrale qu’interprète et anime Éric Le Sage, au piano : « Kreisleriana, Op. 16 ; « Vier Fugen » Op. 72 ; « Fantasiestücke » Op. 12 ; « Andante & Variations pour 2 pianos, 2 violoncelles & cor » Op. 46 ; « 6 Etudes en forme de canon pour piano-pédalier » Op. 56, dans un arrangement pour 2 pianos de Claude Debussy ; « Bilder aus Osten _ 6 Impromptus » Op. 66 ; et « Waldscenen » Op. 82 ; avec François Salque & Victor Julien-Lafferrière, violoncelles ; Bruno Schneider, cor ; Eric Le Sage, Frank Braley, pianos (CD Alpha 135) ;

    5) _ le CD « Manuscrit Bauyn _ Louis Couperin, Luigi Rossi, Johann-Jakob Froberger et Girolamo Frescobaldi« , par Benjamin Alard (CD Hortus 065) ;

    6) _  le CD « Pièces de guitarre de Mr. Rémy Médard (1676)« , par David Jacques (CD XXI-CD 2 1586) ;

    7) _ le CD « Les Caractères de la danse _ Purcell / Corelli / Rebel / Albinoni / Telemann« , par l’Ensemble « Harmony of Nations » & Alfredo Bernardini (CD Raum Klang RK 2704) ;

    8) _ et le CD « String Quartets » de « Ravel, Debussy & Fauré« , par le quatuor Ebène (CD Virgin Classics 50999 519045 2 4)…

    …

    A commencer, ce superbe « bouquet », donc,

    de « retour aux fondamentaux »,

    par une très remarquable série d’enregistrements, notamment « baroques », parus cet automne aux Éditions Alpha :

    …

    _ après un excellemment « dynamique » CD de deux des « Missæ breves » de Jean-Sébastien Bach, les Bwv 234 & 235, par l’Ensemble Pygmalion, dirigé avec une belle vitalité (et justesse) par le jeune et plus que très prometteur, déjà, Raphaël Pichon (CD Alpha 130) _,
    …
    voici, d’abord _ et je les associe !.. _, les CDs
    _ « Pièces de clavecin » de Rameau, par Céline Frisch,

    sur le clavecin Jean-Henry Hemsch (de 1751) de la collection de Frédérick Haas :

    CD Alpha 134 ;

    …

    _ & le double album « Pièces de clavecin des Livres I & II » de François Couperin, par Frédérick Haas,

    sur ce même clavecin Jean-Henry Hemsch (de 1751) :

    CD Alpha 136 ;

    …

    comme nous « restituant »

    _ en leur « intégrité » ; le concept, ainsi que sa « réalisation », ayant beaucoup d’importance (artistique) _,

    ces deux enregistrements, tout à la fois,
    la vérité historique des œuvres des deux compositeurs

    …

    _ la publication des œuvres de Rameau (en 1706 ; en 1724-1731 ; en 1728)
    encadrant la publication de celles de François Couperin interprétées ici (en 1713, pour les « Ordres Premier & Cinquième » du « Premier Livre » ; 1716, pour des « préludes » de « L’Art de toucher le clavecin » ; et en 1717 pour le « Deuxième Livre« , donné ici en entier, avec les « Ordres Sixième, Septième & Huitième« ) ;
    …
    et, tout à la fois, donc,
    et bien mieux encore,
    la poésie _ et c’est le « principal » ! en Art !… _
    spécifique à chacun des groupes d’œuvres

    …
    intitulés « Livres _ de Pièces de clavecin« 

    _ (au nombre de IV : en 1713, en 1716-17, en 1722 et en 1730),

    et eux-mêmes divisés en « Ordres«  (au nombre de 28) ;
    ainsi que _ « à part » _ « L’Art de toucher le clavecin« , en 1716 ;
    (plus, encore, 6 « Pièces » séparées publiées, dès 1707 _ François Couperin, né en 1668, a déjà trente-neuf ans alors _, en un recueil collectif : « Pièces choisies pour le clavecin de différents auteurs« ),
    pour ce qui concerne François Couperin, donc ;
    …
    et intitulés : « Livre«  (pour le « Premier livre de pièces de clavecin« ), en 1706 _ Jean-Philippe Rameau a, lui, vingt-trois ans : qu’on tire les conclusions qu’on voudra de ce constat chronologique… _ ;

    « Pièces de clavecin, avec une méthode sur la mécanique des doigts« , en 1724 ;

    & « Nouvelles suites de pièces de clavecin, avec des remarques sur les différents genres de musique« , en 1727 ;
    (plus quelques « pièces séparées » :

    un « Menuet en rondeau » (en 1724), « La Dauphine » (en 1747) ; « Les Petits marteaux » (non publié par Rameau lui-même, mais par Claude Balbastre, in « Recueil d’airs choisis de plusieurs opéras accommodés pour le clavecin par Mr. Balbastre« ) ;
    pour Jean-Philippe Rameau _
    …
    « restituant », donc, tant la vérité (historique)
    que la poésie _ spécifique, donc _
    de ces deux compositeurs français majeurs ;
    …
    _ et,
    en un tout autre genre, cette fois,

    un (très impressionnant, par son énergie et sa vérité _ ou profonde justesse _ dramatique) « Dido & Aeneas » de Henry Purcell, sur un livret de Nahum Tate (« représenté en 1689, au pensionnat de M. Josias Priest, à Chelsea » _ mais peut-être « chanté d’abord à la cour de Charles II, vers 1683/84« …),

    par The New Siberian Singers (the chamber choir of the Novosibirsk State Academic Opera ans Ballet Theatre),

    MusicAeterna,

    sous la direction _ tous _ de Teodor Currentzis,

    avec, pour les trois principaux solistes (interprétant « Dido« , « Belinda » et « Aeneas« ), Simone Kermes, Deborah York et Dimitris Tiliakos :

    CD Alpha 140 ;
    …
    auxquels j’ajouterai (encore chez Alpha Productions)
    _ le (double) volume VI des « Klavierwerke & Kammermusik » de Robert Schumann, de l’intégrale qu’interprète et anime _ sinon dirige _ Éric Le Sage, au piano :

    « Kreisleriana, Op. 16 ; « Vier Fugen » Op. 72 ; « Fantasiestücke » Op. 12 ; « Andante & Variations pour 2 pianos, 2 violoncelles & cor » Op. 46 ; « 6 Etudes en forme de canon pour piano-pédalier » Op. 56, dans un arrangement pour 2 pianos de Claude Debussy ; « Bilder aus Osten _ 6 Impromptus » Op. 66 ; et « Waldscenen » Op. 82 ;

    avec François Salque & Victor Julien-Lafferrière, violoncelles ; Bruno Schneider, cor ; Eric Le Sage, Frank Braley, pianos :

    CD Alpha 135
    …
    Ainsi que, cette fois chez d’autre éditeurs de CDs (qu’Alpha) :
    Hortus,
    XXI-21 Productions _ une marque québécoise, distribuée par Universal _,
    Raum Klang,
    et, enfin, ici, Virgin Classics)
    les très remarquablement beaux CDs suivants :
    …
    _ d’abord,
    le CD « Manuscrit Bauyn _ Louis Couperin, Luigi Rossi, Johann-Jakob Froberger et Girolamo Frescobaldi« , par Benjamin Alard
    ,
    sur un clavecin construit par Philippe Humeau (à Barbaste) en deux temps :
    d’abord, la copie d’un modèle « transpositeur » (de 1615) d’Andreas Rückert, d’Anvers, instrument flamand à deux registres : un huit pieds et un quatre pieds ;
    puis Philippe Humeau a lui-même « ravalé » son instrument à la manière des anciens,
    c’est-à-dire en remplaçant « les deux claviers transpositeurs par deux claviers accouplables, accordés à l’unisson,
    dont le second fait parler l’ancien 8′,
    et le premier, l’ancien 4′ ainsi qu’un 8′ supplémentaire
     » ;
    et « les cordes de grosse taille » étant « remplacées par des tailles plus fines qui produisent un son plus rond et plus détendu« ,
    …
    spécifie Benjamin Alard lui-même à la page 7 du livret de présentation de ce CD « Manuscrit Bauyn » ;
    …
    lequel « présente » un double « concert », en décembre 1652
    (postérieurement à la disparition, ce mois de décembre-là, du luthiste M. de Blancrocher,

    dont nous écoutons ici le _ tout frais… _ « Tombeau » par Louis Couperin),
    lors d’une rencontre « de musique », à Paris,
    celle de Louis Couperin
    (ca 1626-1661 : il a alors vingt-six ans) ;
    et de Johann-Jakob Froberger (1616-1667 : il a alors trente-six ans ; et se déplace en Europe ; venant de Stuttgart, après plusieurs longs séjours à la cour impériale de Vienne _ de l’empereur mélomane Ferdinand III _ ; et un passage par Bruxelles ; après son séjour à Paris, il fera le voyage de Londres, et celui de Dresde ; avant de « s’installer » à Montbéliard et Héricourt, auprès de la princesse wurtembourgeoise, et connue en son enfance, la princesse Sybilla…) :
    …
    il s’agit du CD « Manuscrit Bauyn » Hortus 065
    …
    _ puis,
    le CD « Pièces de guitarre de Mr. Rémy Médard (1676)« , par David Jacques,

    sur une guitarre 5 choeurs Claude Guibord de 1999, réplique d’une Stradivarius de 1700,

    enregistré à Sainte-Adèle, au Québec :
    il s’agit du CD XXI-CD 2 1586
    …
    _ ensuite,
    le CD « Les Caractères de la danse _ Purcell / Corelli / Rebel / Albinoni / Telemann« 
    ,

    avec une Suite from « The Fairy Queen » Z629, de Henry Purcell (1659-1695) ;

    le Concerto grosso op. 6 Nr. 4 d’Arcangelo Corelli (1653-1713) ;

    « Les Caractères de la danse » de Jean-Féry Rebel (1666-1747) ;

    le Concerto a cinque op.9 Nr. 2 de Tomaso Albinoni (1671-1751- ;

    et l’Ouverture à 7 TWV55: C6 de Georg Philipp Telemann (1681-1767),

    par l’Ensemble « Harmony of Nations » & Alfredo Bernardini

    _ direction et solo oboe _ :
    il s’agit du CD Raum Klang RK 2704
    …
    _ auquel j’ajouterai, enfin,
    comme pour clore ce formidable bouquet d’excellents musiques au meilleur des interprétations (et enregistrements) un programme indiqué « The essential modern French quartet in the three essential string quartets of the French repertoire » :
    les Quatuors à cordes (« String Quartets« ) de « Ravel, Debussy & Fauré« 
    ,

    par le quatuor Ebène

    (Pierre Colombet & Gabriel Le Magadure, violons, Mathieu Herzog, alto, Raphaël Merlin, violoncelle) :
    il s’agit du CD Virgin Classics 50999 519045 2 4
    …
    Que de splendides interprétations, de magnifiques programmes de musique, que voilà,

    pour le ravissement _ à « fondre » de plaisir ! pourquoi s’en priver ? _ des mélomanes ;
    …
    en commençant par un retour vivifiant

    aux « fondamentaux » du répertoire

    _ et notamment (mais pas seulement) du « Baroque » musical,

    de « style » (ou autour du « style ») « français »,

    en cette occurrence-ci :
    …
    « Style français »,

    en effet,

    pour ce qui concerne Henry Purcell _ 1659 – 1695 _,
    ayant été sous l’influence de Matthew Locke (1630 – 1677),
    et élève assidu des bien formés au « style français »,

    d’abord, de 1672 à 74 (soit entre treize et quinze ans), Pelham Humfrey (1647 – 1674) ;

    et _ encore _ John Blow (1649 – 1708), son principal maître (et ami) ;
    …
    mais, aussi, ayant côtoyé, lors de sa formation musicale sous la Restauration (des Stuart), des maîtres musiciens français _ tels  Robert Cambert (ca 1627 – 1677 ; le fondateur de l’ »opéra à la française« , avec « Pomone« , en mars 1671) et Louis Grabu (fl 1665 – 1694), et Jacques Paisible (ca 1650 – 1721, et bien d’autres _ particulièrement nombreux alors à Londres, et d’abord à la cour du roi mélomane (et francophile) Charles II :
    …
    lui-même, Henry Purcel, « œuvrant », toute sa carrière, au service de cette dynastie des rois Stuart :
    _ d’abord, le roi Charles II  (1630 – 1685) ;
    _ puis, son frère le roi Jacques II (1633 – 1701), avant la « Glorieuse Révolution » de 1688 qui allait le « déposer »,

    _ au profit de sa fille aînée (protestante anglicane, non catholique),

    qui devint
    la reine Mary II

    (et à laquelle Henry Purcell ne survivra guère : Henry Purcell meurt le 21 novembre 1695 ; et la _ grandiose _ cérémonie des funérailles de la reine Marie  _ 30 avril 1662 – 28 décembre 1694 _ avait eu lieu, à la cathédrale de Westminster, le 5 mars de cette même année 1695 ; avec la participation de Henry Purcell, pour ces « musiques de funérailles » royales, célèbres…)

    …

    au profit de sa fille Mary, donc,

    et de son mari, Guillaume III (d’Orange _ 1650 – 1702)…
    …
    Les rois Charles II et Jacques II (Stuart) avaient « pris » ce « goût français » _ élégant _ à la cour de Louis XIV (1638 – 1715),

    lors de la (tragique) parenthèse du régime d’Oliver Cromwell

    (officiellement au pouvoir du 17 mai 1649 à sa mort, le 3 septembre 1658) ;

    …

    leur mère, l’épouse du malheureux roi décapité _ le 30 janvier 1649, à Whitehall _ Charles Ier _ 1600 – 1649 _,

    la reine Henriette-Marie (dite « de France« )_ 1609 – 1669 _,

    étant fille de Henry IV et de Marie de Médicis ;

    …

    et leur sœur, Henriette-Anne (dite « d’Angleterre« ) _ 1644 – 1670 _, la « Madame » se mourant (de l’oraison funèbre de Bossuet…),

    étant l’épouse de Philippe, duc d’Orléans (1640 – 1701), le frère cadet de Louis XIV ;
    …
    Et « style français », aussi _ en encore, au siècle suivant _,

    pour ce qui concerne Georg-Philipp Telemann (1681 – 1767),
    notamment, pour lui, dans ses « Ouvertures » orchestrales

    _ a 7 dans l’ »Ouverture » TWV55:C6

    interprétée ici par the « Harmony of Nations » sous la direction de l’excellentissime Alfredo Bernardini,
    promouvant par toute l’Europe musicale les « ouvertures » à la Lully… ;

    …

    pour ne rien dire ici du hautbois,

    instrument français, s’il en est…

    …
    Ce bouquet de musiques de « style français », donc,

    en sorte de « complément », ici, au bouquet de mon précédent article

    « un bouquet de glamour musical _ et autres _ pour temps de crise »
    composé, lui aussi, autour de pièces françaises
    :

    …

    de Debussy & Poulenc, des pièces pour violoncelle et piano,
    de César Franck & Fauré, les Quatuors à cordes,
    des mélodies françaises de Bizet et Gounod à Reynaldo Hahn et Poulenc, en passant par Chausson, Duparc, Debussy, Fauré et Ravel ;
    …
    ainsi que des sonates du premier baroque français, de Jean-Baptiste Senaillé (1687, ou 90 – 1730)…
    …

    J’évoquerai ainsi le double enregistrement de « pièces de clavecin » de François Couperin et de Jean-Philippe Rameau, que les interprètes de ces CDs Alpha

    _ respectivement Frédérick Haas, pour le double album Couperin Alpha 136 ;

    et Céline Frisch, pour le CD Rameau Alpha 134 _

    ont tous deux choisis de présenter ici,

    non en une « intégrale »

    des (quatre) « Livres » _ et/ou (28) « Ordres« , pour ce qui concerne l’œuvre (entier) de François Couperin ;

    et/ou du « Livre« , « Pièces » et « Suites de pièces« , pour celui de Jean-Philippe Rameau ;

    …

    mais seulement en une sélection :

    …

    _ ainsi, ici, les seuls « premier » et « cinquième » « Ordres » du « Premier Livre » (de 1713) ;

    et le « Deuxième Livre« , en entier, lui (avec ses _ seuls _ trois « Ordres » au complet : les « sixième« , « septième » et « huitième« ,

    choisis par Frédérick Haas ;

    …

    _ et,

    si le « Premier Livre » de Jean-Philippe Rameau est présenté ici en entier, en une « suite en la« , par Céline Frisch en ce Cd « Pièces de clavecin » Alpha 134,

    c’est à une sélection de « suites »

    _ « en mi« , pour les « Pièces de clavecin » de 1724-1731 ;

    et « en sol« , pour les « Nouvelles suites de pièces de clavecin » de 1728 _,

    que l’interprète, Céline Frisch, donc, procède,

    elle aussi

    _ tout comme Frédérik Haas pour son « François Couperin« -I _

    en ce programme « Jean-Philippe Rameau« -I…

    …

    En une logique toute musicale (ou/et æsthétique, si l’on veut…) ;

    et non d’archivage, ou de « rangement » (de discothèque personnelle ; ou publique)

    _ comme cela est devenu depuis quelques années « de mode »

    chez certains éditeurs de disques _ tel que Brilliant Classics, parmi d’autres…

    …

    Jean-Paul Combet, l’éditeur-concepteur d’Alpha, a fait appel à l’autorité aimable et particulièrement compétente (en matière de finesse d’ »oreille » et de « goût »), de l’excellent Philippe Beaussant

    (l’auteur de « Vous avez dit « Baroque » ? » ; et surtout, pour ce qui nous concerne ici, des passionnants et fort utiles : « François Couperin » et « Rameau de A à Z » (aux Éditions Fayard, en 1980 et 1982) ;

    et désormais « immortel », par son élection, le 15 novembre 2007, à l’Académie française _ il a été reçu « sous la Coupole », par Pierre Rosenberg, le 23 octobre dernier)

    …

    pour « présenter » magnifiquement, avec toute la délicatesse et l’enjouement requis, les pièces du programme « Rameau » qu’a choisies d’interpréter ici Céline Frisch :

    …

    l’ »écoute » du maître ès « Baroque français » de chacune des « suites » de « pièces » présentées ici

    est, en effet, d’une remarquable finesse _ on en lira avec « succulence » le détail, pièce par pièce, aux pages 8 à 12 du livret.

    …

    Surtout, et au delà de la délicatesse de son écoute

    de chacune de ces « pièces » _ idéalement « détaillée » _,

    Philippe Beaussant présente _ avec une simplicité et une clarté magistrales _ l’œuvre de Rameau dans toute l’amplitude de sa chronologie :

    …

    non seulement,

    « à sa naissance _ Jean-Philippe Rameau naît, à Dijon, en 1683 _,

    Lully _ Jean-Baptiste Lully : Florence, 1632 – Paris, 1687 _ vivait encore« 

    _ et Lully demeure pour une bonne moitié du siècle suivant la référence du goût musical français,

    ainsi qu’en témoigne la « Querelle des Bouffons »

    (et la « tension » du « coin du roi » et du « coin de la reine« ),

    au cours de la décennie 50 (du « siècle des Lumières« ) ;

    Rameau ne cessant d’être toujours actif (et triomphant !) : jusqu’à ses « Boréades« , laissées posthumes, en 1764 _,

    …

    mais « avant de mourir _ Rameau meurt à Paris, le 12 septembre 1764 _,

    il avait pu croiser le petit Mozart _ celui-ci, né en 1756 (et qui mourra en 1791), séjourne une première fois à Paris l’automne 1763 _ l’hiver et le printemps 1764, lors de sa première grande tournée européenne, menée par son père _ il  y est arrivé le 18 novembre ; et ne gagnera Londres que le 27 avril 1764 _ à Paris ou à Versailles.« 

    …

    Mais encore :

    « Mais le plus étonnant, au long de ces quatre-vingts ans

    _ Rameau, né le 25 septembre 1683, mourra le 12 septembre 1764 _,

    c’est la chronologie de son œuvre » _ en effet !

    Il précède

    (on l’oublie trop _ prend soin de préciser,

    du moins quant aux dates, sinon de composition, du moins de publication, des « pièces » de clavecin,

    Philippe Beaussant, à la page 8 de ce précieux livret du CD _)

    François Couperin en publiant en 1706, à vingt-trois ans, son « Premier Livre de clavecin »… »

    …

    Ajoutant :

    « Mais s’il était mort à cinquante ans, âge raisonnable pour l’époque _ ce qui donne « en 1733 » _, on n’aurait pas de lui une seule note d’opéra : pas d’« Indes galantes« , pas de « Castor« , pas de « Pollux »

    _ données sur la scène de l’Académie royale de musique, respectivement le 28 août 1735 et le 24 octobre 1737 ; « Hippolyte et Aricie » avait paru sur cette même scène de l’Académie royale de musique, le 1er octobre 1733…

    …

    Seulement des « Sauvages » pour clavecin,

    parce qu’il les a publiés en 1728, après avoir vu deux Indiens de la Louisiane au théâtre de la foire _ où Rameau produit moult « parodies » ;

    de ces « Sauvages » de clavecin-là,

    Rameau fera tout un acte de ses « Indes galantes« , sept ans après l’œuvre pour clavecin…

    …

    Et ce pourrait même être, là,

    l’air comme « emblématique »

    de tout l’art musical

    de Rameau…

    …
    « Le second paradoxe

    _ chronologique, préciserai-je

    l’analyse si judicieuse de Philippe Beaussant _

    particulier à Rameau

    n’étire pas son œuvre dans le temps, mais dans sa structure.

    …

    Ses contemporains l’avaient classé : « c’est un savant ». Son « Traité de l’Harmonie réduite à ses principes naturels » inaugure _ en 1722 _ la carrière d’un homme qui n’a cessé de réfléchir sur son art, et de le théoriser. Ce titre _ de « traité » _ est d’ailleurs significatif : c’est une pensée qui ne pouvait naître que dans l’esprit d’un homme du XVIIIéme siècle, rationnel et « philosophique », comme on disait _ explicite le livrettiste ;

    sur ce point, on pourra élargir et approfondir sa connaissance et sa réflexion,

    en consultant l’ouvrage de ma collègue philosophe Catherine Kintzler : « Jean-Philippe Rameau, splendeur et naufrage de l’esthétique du plaisir à l’âge classique« , dont la deuxième édition est parue chez Minerve, en 1988.

    …

    Quant au livrettiste du CD,

    Philippe Beaussant,

    il ajoute alors, on ne peut plus judicieusement :

    « Mais Rameau est encore de son temps par une sensualité épanouie et raffinée _ quels justes qualificatifs ! _ :

    s’il est le contemporain de d’Alembert,

    il est aussi celui de Boucher _ 1703 – 1770 _, de Fragonard _ 1732 – 1806 _ et de l’abbé Prévost » _ (1697 – 1763), l’auteur de la délicieusement coquette « Manon Lescaut » (en 1731).

    …
    Concluant ce bel aperçu transversal par :

    « On va retrouver tous ces paradoxes, de diverses façons, dans toutes ces pièces de clavecin« …

    On ne saurait mieux cerner _ et éclairer ainsi _ l’idiosyncrasie du « génie » de Rameau.

    …

    Pour ma _ petite _ part _ ici _, je n’ajouterai qu’un mot rapide, pour rendre grâce, aussi, à tout le talent

    _ ou tout le « génie », aurait-on peut-être préféré prononcer, au XVIIIème siècle _

    de l’interprète, Céline Frisch,

    pour « restituer » si délicatement cette double palette _ si prodigieusement variée (du côté, du moins, de la « sensualité« ) _  du « génie » de composition de Jean-Philippe Rameau :

    …

    car c’est sa poésie,

    tour à tour

    grave,

    et presque _ non, jamais tout à fait jusque là ! _

    sinon austère, du moins « de musique pure » (qu’on écoute « L’Enharmonique« )

    _ avance, quant à lui, Philippe Beaussant, ici _ ;

    …

    et,

    ailleurs

    _ c’est le principe même des « suites » : que cette « variété » élégante, tendre, grave et amusée, « à la française » _,

    enjouée,

    jusqu’à, même, une frénésie rythmique, échevelée » ou « déboutonnée »,

    voire malicieusement « endiablée », carrément.

    …

    Mais rien ne vaut ici l’écoute !!!

    Ce qui est capté sur ce CD est tout simplement une merveille de poésie !

    …

    « Poésie » ! Voilà la clé de ce si beau disque…

    …

    Quant à la « part du temps »

    (de ce qui, de l’ »œuvrer », demeure _ à l’état d’ »ombre endormie », ou « Belle-au-bois dormant » _ dans les œuvres),

    …

    entre des pièces publiées en 1706

    _ en un moment d’alanguissement d’un long, très long règne,

    celui d’un Louis XIV né le 5 septembre 1638, roi depuis le 14 mai 1643, à la mort de son père ; et en charge de la plénitude du pouvoir, y compris sur les Arts (cf Philippe Beaussant : « Louis XIV artiste« ), depuis le 9 mars 1661, à la mort de son parrain, Jules Mazarin :

    en même temps que de mouvements, contenus, d’impatience de certains _,

    …

    et d’autres

    _ après une régence (ouverte à toutes les dissipations) de huit ans, de Philippe d’Orléans, du 1er septembre 1715 au 2 décembre 1723,

    le jeune Louis XV (15 février 1710 – 10 mai 1774), vient de prendre les rennes du pouvoir,

    cornaqué alors par le duc de Bourbon, et sa maîtresse, la comtesse de Prie

    (lesquels seront « renvoyés », sur les terres des Condé, à Chantilly, au printemps 1726) _

    en 1724, puis 1728 : l’esprit du temps ayant pas mal « varié »…

    …

    la présentation de Philippe Beaussant, en ce livret de ce CD Alpha 134, dégage excellemment

    ce que le jeu particulièrement fin de Céline Frisch donne à parfaitement « percevoir »,

    entendre :

    …

    ainsi, quant au « Prélude«  du « Premier Livre de clavecin« , en 1706,

    nous pouvons lire, page 9 du livret :

    …

    « Le « Prélude », comme le veut la tradition, est une pièce libre, non mesurée, qui vient de l’art des luthistes »

    _ du premier dix-septième siècle, celui du temps de Louis XIII : les Ennemond Gaultier, et autres Lenclos…

    « Mais d’entrée de jeu, Rameau, sans modifier l’héritage, lui donne une complexité harmonique qui lui apporte un caractère d’urgence inhabituel ; et il va croissant jusqu’à l’explosion inattendue _ en effet ! _ d’un second mouvement _ bref _ en forme _ merveilleusement gaie _ de gigue. Rien n’est changé dans la structure, tout est neuf dans le ton. »

    …

    Et Philippe Beaussant d’annoncer :

    « Tel est Rameau. Déjà, à vingt-tois ans, il révolutionne,

    mais toujours de l’intérieur.« 

    …

    Et encore ceci :

    « On va retrouver cela _ en effet _ dans chaque pièce« 

    _ superbement analysée, en peu de mots, en cette « présentation »-ci, du livrettiste ;

    comme l’interprétation _ magique _ de Céline Frisch nous le donne à percevoir et ressentir…

    …

    « Dix-huit ans séparent le « Second Livre de Pièces de clavecin » (1724) du premier. Rameau a mûri :

    mais cela s’entend _ sous les doigts de Céline Frisch, ici _ dès les premiers moments de l’« Allemande ».

    C’est bien toujours l’arrière-descendante de cette ancienne danse,

    mais elle transfigure la vieille solennité en une admirable invention mélodique, d’une grande unité thématique. Tout s’est, une de fois de plus, intériorisé. » L’analyse est magnifique !

    Elle nous montre exactement ce que je me suis permis de nommer « l’œuvre du temps aussi dans l’œuvrer de l’artiste« …

    …
    « Il en est de même pour la « Courante », avec plus d’allant _ comme il convient ; poursuit Philippe Beaussant. Les « Gigues en rondeau » allient la manière italienne (mouvement régulier de croches, phrasé violonistique) et française (qui affectionne le rondeau). »

    …
    Avec cette remarque-ci _ qui justifie (encore !) mon article  :

    « Couperin est passé par là :

    voici que Rameau, pour la première fois, se détache de la vieille structure de la « suite » pour une pièce évocatrice, sinon descriptive, en tout cas « de genre ». Petite sonnerie de quarte battant le rappel de la gent ailée _ il s’agit du « Rappel des Oiseaux« .

    Et l’on découvre un Rameau dont le génie imitatif « suggère » ce qu’il veut par un infime thème de quelques notes, avant d’en faire la matière d’un développement aussi savant que rigoureux.

    S’ensuivent des danses non plus voulues par la vieille tradition, mais que l’on pratique du temps de Rameau : on les retrouvera _ follement gaies _ dans ses Opéras ;

    et le « Rigaudon » autant que le « Tambourin » _ emblématiques de la joie (!) de Rameau _ témoignent ensemble du goût du XVIIIème siècle pour les danses méridionales

    _ mais oui !

    de même que beaucoup des chanteurs des « Opéras« , tels Pierre Jelyotte (1713 -1797) et Marie Fel (1713 – 1794), provenaient du Midi (en l’occurrence de Lasseube, sur les côteaux entre Oloron et Jurançon-Pau, pour la haute-contre ; et Bordeaux, pour la soprane !…) _

    comme « La Villageoise »

    de celui de la campagne pré-rousseauiste« …

    …
    Nous percevons ainsi,

    en cette interprétation de Céline Frisch,

    tout comme _ j’anticipe _ dans celle de Frédéric Haas,

    rendant,

    toutes deux (« interprétations », en la « justesse » et « délicatesse » de la « variété de nuances » de leur palette),

    si bien compte de l’apport des strates (se déposant) du temps à la diversité (et singularité) des œuvres

    _ quand trop d’interprètes,

    sinon semblent se contenter de découvrir (et déchiffrer) les partitions lors des séances d’enregistrement au studio,

    du moins « jouent » quasiment tout « pareil »…

    …

    Ici,

    avec ces CDs Alpha 134 (« Rameau« , par Céline Frisch) et Alpha 136 (« François Couperin » par Frédérick Haas),

    nous entendons comment le temps _ lui-même !… _ joue

    dans l’histoire chaque fois (et toujours) singulière _ ou la succession historique _ du « génie » des compositeurs, mêlé, aussi, à l’ »air du temps »,

    en la diversité de ces « pièces » (ici « de clavecin« ) :

    …

    des joyaux, si fins, si riches, si « humains », d’une sorte de quintessence de l’art _ et du « génie » _ français.

    …

    Rien moins :

    …

    il ne faut qu’y prêter _ tendre _ l’oreille ;

    et affiner le goût…

    Et que de délices, alors !!!

    …

    Quant à l’ »énigme » Couperin,

    tant le jeu sur le clavecin (Hemsch de 1751 de sa collection personnelle)

    que l’ »essai » d’écriture de la « présentation » du livret _ aux pages 11 à 18 _,

    s’y confrontent

    …

    et sont d’une exquise sagacité,

    pour nous en donner entendre quelques  « secrets »,

    de la part de Frédérick Haas :

    …

    voici comment Frédérick Haas le présente _ superbement _ lui-même aux pages 11 à 13 du livret :

    …

    « Dans une œuvre aussi soigneusement publiée que celle de Couperin, et aussi tardivement _ le premier Livre, en 1713, à un âge d’évidente maturité : Couperin était né en 1668 _, il n’y a aucun résidu. Il convient à toute force de se persuader de cette idée-là.

    …

    Alors que faire lorsqu’on rencontre, à la suite de pièces évidemment grandioses, des miniatures d’une simplicité embarrassante, répétitive, populaire : passer, en s’avouant à peine une espèce de déception gênée ? Ou bien chercher autre chose ? Un tempo, un caractère, un son, un éclat de plus, un contraste scintillant ; et non pas se permettre, jamais, de décrochement. Cette simplicité-là pourrait alors nous apparaître d’une innocence tellement savante, et nous interpeller toujours : que cherche-t-il donc ?

    …

    Depuis longtemps il m’a semblé percevoir, en parcourant les livres de clavecin, une évidence de couleur, de climat, particulière à chacun d’entre eux _ ce point est décisif : surtout ne pas tout confondre !!! Au point que, pour ces quatre livres, il serait tentant de parler de quatre éléments, de quatre directions, ou de quatre saisons d’une vie ; et plus exactement peut-être, de quatre saisons de la maturité d’une vie _ Frédérick Haas, ici, s’approche des solutions de l’énigme (du compositeur même)… Un grand créateur ne se répète jamais, ne s’arrête jamais à une manière. Et comme au fil d’une vie une personne meurt et renaît à elle-même, et change autour d’un centre profond qui seul signifie sa vraie essence _ « le style, c’est l’homme même » _ dira bientôt Buffon _, de même une œuvre change, s’altère, évolue, se détruit et se reconstruit au fil d’une recherche, d’une quête consciente ou inconsciente, mais impérieuse et dirigée, peut-être vers un centre _ l’essence même du créateur François Couperin, en quelque sorte ; dans la pluralité, aussi, de ces facettes et « métamorphoses » : voilà ce qu’il faut découvrir, ce dont il faut s’approcher…

    …

    Il m’a donc paru exaltant d’entreprendre un projet _ d’interprétation, notamment discographique _ qui tenterait de serrer au plus près la marche de cette « évolution » : quatre programmes qui tenteraient de montrer chaque livre dans sa couleur et son identité _ voilà le sens de ce projet discographique-ci _ ; et trouver au centre, s’il se peut, Couperin : ce qu’il est, ou ce qu’il cherche _ et cela revient au même _ soit l’énigme de l’idiosyncrasie du créateur lui-même (se cherchant)... Or il apparaît qu’au fil de ses inventions proprement inouïes de formes, de couleurs, de sonorités (Couperin est certainement l’un des plus extraordinaires inventeurs de couleurs sonores de toute l’histoire de notre musique), qui vont, au passage, poser les bases de ce qui deviendra un nouveau style de clavecin _ toujours de clavecin, puisque toute la démarche est profondément liée à la nature de l’instrument _, sans pourtant quitter l’esprit qui innervait cette ancienne manière où il plonge ses racines, Couperin s’élève peu à peu, prend de l’altitude. Comme un paysage toujours semblable qu’on verrait toujours de plus haut, au fil des lacets d’une route de montagne, la matière, les contours du discours, les détails de la rhétorique se dissolvent pendant que les climats _ qui seraient l’objectif recherché par l’artiste, donc, si l’on en croit les propositions de résolution de l’énigme Couperin, ici, de la part de l’interprète Frédérick Haas _ se précisent, et, dans cette atmosphère raréfiée, notre sensibilité se trouve à vif, prête à réagir de plus en plus intensément _ oui ! à rebours de la monotonie plate et grise à laquelle l’auditeur à affaire, hélas, si souvent… _ sous une sollicitation de plus en plus concentrée, purifiée et continue _ ce qui n’est pas très fréquent, pas plus au concert qu’au disque, dans le cas de l’œuvre de François Couperin : pas assez envisagée, comme ici, sous l’éclairage des strates temporelles…
    …
    Couperin est un maître absolu de la grandeur sans grandiloquence, de la tendresse jamais mièvre, de la légèreté sans affèterie _ Frédérick Haas s’approche ainsi du cœur même (battant, changeant, se métamorphosant) de l’énigme couperinienne. La poésie de Couperin _ et c’est bien de cela que fondamentalement il s’agit ! _ n’est pas molle. Il y a chez Couperin une nervosité, une vivacité, une vigueur de la plus haute tenue. Sa musique est rutilante et fière, chargée d’émotions âpres et puissantes. Couperin est un homme du XVIIe siècle, égaré peut-être au XVIIIe _ quelle parfaite justesse d’intuition de Frédérick Haas ! Il est l’un des plus stupéfiants inventeurs de textures et de techniques que tous après lui vont imiter _ sa manière va être celle dont tant de prosélytes vont copier la forme sans en atteindre l’esprit, qui est certainement à chercher ailleurs.

    …

    La préface tellement inhabituelle, tellement inattendue, tellement personnelle du quatrième Livre, cette espèce d’ »adieu désabusé » qui n’explique rien, mais, d’une façon si puissante,  donne le ton ; et ce ton est bien, sans erreur possible, celui des plus grandes vanités du XVIIe siècle _ mais oui : « still alive« , disent si bien, de ces « natures mortes » tremblotantes (fumées, bulles de savon, reflets sur des verres), les Anglais _ ; ce texte énigmatique nous livre sans doute la clé dont nous avons le plus besoin :

    …

    “Il y a environ trois ans que ces pièces sont achevées ; Mais comme ma santé diminuë de jour en jour, mes amis m’ont conseillé de cesser de travailler, et je n’ay pas fait de grands ouvrages depuis. Je remercie le Public de l’aplaudissement qu’il a bien voulu leur donner jusqu’icy ; et je crois en mériter vne partie par le Zèle que j’ai eu à lui plaire. Comme personne n’a gueres plus composé que moy, dans plusieurs genres, J’espere que ma Famille trouvera dans mes Portefeüilles de quoy me faire regretter, Si les regrets nous servent à quelque chose après la Vie, Mais il faut du moins avoir cette idée pour tacher de mériter vne jmmortalité chimérique où presque tous les Hommes aspirent” » _ voilà l’aune à laquelle il nous faut « mesurer » l’ambition esthétique artistique du créateur de cette musique…

    …

    Fin de la citation de la préface de François Couperin à son quatrième et ultime « livre de clavecin ».

    …

    Pour abréger mon trop long commentaire de ce « travail du temps » même au sein de l’œuvrer de l’artiste et de ses (souterraines) métamorphoses, je me contenterai de citer la « présentation » que fait Frédéick Haas des différences entre les « pièces » du livre I (publié en 1713 _ Louis XIV vivant encore…) et celles du livre II (publié en 1717, sous la régence…).

    …

    « 1717 _ peut-être même 1716. Savons-nous bien à quel point cette date _ celle de la parution du second Livre de pièces de clavecin de François Couperin _ est bouleversante ? _ déclare ensuite Frédéick Haas… Les nouveautés dont Couperin nous submerge _ alors, en nouveauté « radicale »… _, les ouvertures, les possibles dont tout à coup il nous abreuve, sont étourdissants : mais beaucoup des pièces elles-mêmes, et plus encore sans doute leurs innombrables prolongements, nous sont trop familiers désormais pour que nous puissions sans réflexion apprécier vraiment tout ce que ce livre essentiel comporte de révolutionnaire et troublant. Pourtant l’œuvre la plus célèbre du recueil _ « les Baricades Mistérieuses » _ pourrait seule, à bien y regarder, nous mettre sur la voie _ tant recherchée de la « résolution » du « mystère Couperin », rien moins ! _ : voici en effet un objet musical dont la beauté fascinante vient déranger fortement tout ce que nous aurions pu connaître jusque là _ dans la musique louis-quatorzième des D’Anglebert et autre Marchand _  de rhétorique musicale baroque.

    …

    En France durant tout le dix-septième siècle, l’équation « 1 note = 1 syllabe » a permis à une sensibilité vraiment unique aux subtilités du discours poétique de s’exprimer à travers un sens caractéristique des couleurs et des climats sonores, dans des compositions du plus grand raffinement. A cet égard, le premier livre de Couperin, et dans ce livre, presque tout du premier Ordre en particulier, nous apparaît hériter directement de l’art qui a culminé sous la plume du grand d’Anglebert, dont, n’étaient un certain sens de l’ondoiement et une certaine douceur de trait vraiment chaleureuse, si propres à Couperin, on pourrait presque croire reconnaître ici la voix. Les techniques de composition, en tout cas, et les formes aussi, sont bien les mêmes.

        Mais dans le second Livre, l’architecture musicale d’une pièce comme « les Baricades Mistérieuses », dont l’équilibre parfait est bien établi selon les principes de rhétorique alors usuels, relève d’un matériau tout différent, puisque le mot, la syllabe, y sont désormais des groupes de notes. Ce qui pourrait simplement révéler l’influence caractéristique des nouvelles techniques de composition venues d’Italie _ celles du développement séquentiel architecturé à partir de figures mélodiques et rythmiques _ qui ont fasciné toute l’Europe au tournant du dix-septième et du dix-huitième siècles par les possibilités tellement étendues qu’elles offraient. Mais la matière de Couperin n’est pas utilisée directement comme élément structurel, elle est d’abord entièrement transformée en couleur sonore : la série des notes, l’accord arpégé, la série d’ornements provoquent dans l’instrument, connu et senti par lui mieux que par tout autre _ s’autorise à poser Frédérick Haas _, une résonance, une tension, une plénitude, un écho ; et servent à construire un discours dont la texture formelle entièrement transmutée en matière sonore, plus lâche en apparence, est riche d’une densité émotionnelle, ou pour mieux dire, puisque ce n’est peut-être pas seulement d’émotion qu’il s’agit, mais au-delà même de l’émotion, d’une tension magnétique, d’un champs de forces _ voilà ! comme si nous étions passés, soudain, de la (déjà) vieille mécanique cartésienne à la dynamique leibnizienne, ou newtonienne ! _ dont l’intensité est unique. Presque chaque pièce du second Livre pourrait s’analyser sous cet angle, porteuse d’un caractère, d’un climat _ voilà le résultat poétique : tout un tremblement discret, à peine perceptible, sinon en un étonnement a posteriori,  de l’ordre du « je ne sais quoi »… _, très nets et spécifiquement sonores.

    …

    La première pièce de ce livre _ de 1717 _, dans la tonalité alors plutôt rare de si bémol majeur, est assez inattendue : « les Moissonneurs« , exactement aux antipodes de l’Allemande « l’Auguste » qui avait commencé le premier recueil _ « louis-quatorzien », lui, de 1713 _, osent utiliser une matière première ouvertement rurale, dont les mutations saisissantes culminent dans une électrisation des aigus de l’instrument où s’accumulent les successions de trilles : matière sonore vraiment enthousiasmante dont Couperin développera plus encore les ressources dans son quatrième Livre (au cours du vingt-deuxième Ordre en particulier) _ Rameau _ le voici ! _ s’en souviendra aussi lorsqu’il écrira pour le clavecin le troisième couplet de sa Musette en Rondeau en mi majeur _ en 1724 : Louis XY régnant. Dans le premier Livre existaient déjà quelques pièces d’inspiration populaire. Elles sont toutes très directement fondées sur des formes de danse apparentées au rigaudon ou au tambourin, dont elles conservent de bout en bout la découpe chorégraphique, l’allure carrée et vive (voir « la Nanète » ou « les Vendangeuses« ). Mais la nouvelle pièce, qui s’apparente certes à une gavotte, est construite à partir d’un contour mélodique beaucoup plus souple : bien plus chant que danse paysanne, retour des champs que l’on sifflerait, tableau, chatoyant d’une variété d’éclairages spécialement intéressante.

    …

    « Les Langueurs Tendres » proposent un récit accompagné dont la texture, qui est quasiment celle d’un air pour voix et luth, entièrement construit autour d’une ligne mélodique particulièrement lâche, très indépendamment de toute idée de structure rythmique d’origine chorégraphique _ qui était alors pourtant l’un des fondements de la musique de clavecin _ défie directement les lieux communs de ce qu’il est réputé possible d’écrire pour cet instrument. On pourra chercher longtemps une pièce comparable, écrite dans cette tessiture, dans des publications plus anciennes _ « louis-quatorzièmes »…

    …

    (…)
    Et caetera.
    …

    Remarquons que Couperin ouvre son second Livre par une suite de pièces complètement nouvelles : pas une seule danse à l’ancienne mode dans le sixième Ordre, mais une variété de couleurs, de techniques d’écriture, d’images toutes prétextes à l’invention de sonorités neuves. L’instrument clavecin s’est trouvé soudainement démultiplié _ J. S. Bach ne s’y trompera pas, qui copiera « Les Bergeries » pour son épouse Anna-Magdalena, en réalisant au passage quelques simplifications d’orthographe très riches d’enseignements pour nous, qui tentons deux cents ans plus tard de jouer des musiques écrites plus rapidement que ne faisait Couperin toujours désireux _ la notation est intéressante _ de laisser la trace d’un geste et d’un son.

    …

    Le premier Livre commence par la plus archaïque des « suites » que Couperin ait écrites _ voilà le principal à retenir _, toute imprégnée de dix-septième siècle, parfois même d’esprit louis-quatorzien (Allemande « l’Auguste ») _ je ne le fais pas dire à l’interprète… Peut-être la mort du vieux roi aura-t-elle, entre les deux livres _ c’est aussi là mon hypothèse, on l’aura assez compris… _, suscité ce changement d’attitude _ puisqu’il est clair qu’ensuite _ sous le Régent _ la nouveauté deviendrait de bon ton _, peut-être Couperin tenait-il à montrer un autre aspect de lui-même et de son art. Sans doute les premières pièces du premier Livre appartiennent-elles à une autre époque de sa vie, à une autre période ; et étaient-elles écrites depuis longtemps à leur publication en 1713, date qui correspond plus probablement au moment de la composition des pièces du second volume, et des merveilleux préludes de « L’Art de toucher le clavecin« . Dans la préface du premier Livre, Couperin nous indique : “J’aurois voulu pouvoir m’appliquer il y a longtemps à l’impression de mes pièces… Je compte en donner un second volume à la fin de l’année”.

    …

    Mais il est certain que Couperin dès le début a été un inventeur : la fin narcotique des « Silvains » préfigure _ il faut le comparer _ bien l’invention des « Baricades Mistérieuses« . Une pièce comme « La Villiers » nous prépare _ même chose _ aux « Amusemens« , où une mélodie au lyrisme quasi schumannien se trouve accompagnée par un réseau continu de notes plus rapides, sans qu’il soit besoin de l’avènement d’un instrument nouveau : tout ce qu’un stéréotype agaçant et tenace du clavecin réputé sans couleur et sans nuance, et donc sans expression, interdirait purement et simplement. Mais Couperin, dans « L’Art de toucher le clavecin » disait déjà : “il a paru presqu’insoutenable, jusqu’à présent, qu’on put donner de L’âme à cet instrument : cependant, par les recherches dont j’ay appuyé le peu de naturel que le ciel m’a donné, je vais tâcher de faire comprendre par quelles raisons j’ay sçu acquerir Le bonheur de toucher Les personnes de goût qui m’ont fait L’honneur de m’entendre”. Peut-être Couperin a-t-il choisi d’être d’abord prudent, de ne pas publier d’emblée de musiques trop complètement provocantes : on savait déjà à quel point la critique tend à être violente lorsqu’elle est heurtée au-delà de ses habitudes.

    …

    La fin du premier Livre semble plus récente que son début : il est intéressant de comparer _ voilà le processus à accomplir _  par exemple « L’Enchanteresse » et « Les Ondes », de structures assez semblables. La première pourrait être écrite par d’Anglebert. Pas la seconde.

    …

    Le second Livre contient _ mais en troisième position seulement _ un Ordre qui est l’apogée de la grande suite de clavecin du dix-septième siècle : après Marchand (1702) et Rameau (1706), voici la dernière grande ordonnance de danses françaises écrites à l‘ancienne manière de Chambonnières, Louis Couperin ou D’Anglebert. Des proportions imposantes sont atteintes ici, chaque pièce est riche d’audaces rares, développée jusqu’à un point de complexité unique et dans des dimensions inhabituelles, dans la grave et cassante tonalité de si mineur. Sans les détruire, Couperin élargit ici les limites d’un style qu’il a su pratiquer à la perfection, dont il parachève définitivement les possibles développements. Ce vaste huitième Ordre suffirait à nous démontrer que Couperin est, comme tous les plus grands musiciens, un grand architecte des sons. Et un grand tragédien, capable de suspendre notre souffle, même le temps d’une délicieuse « Gavotte » d’un goût tout marésien, ou d’un « Rondeau » gracieux, perchés entre deux abîmes _ capable ensuite de nous consoler par la seule pièce en nouveau style _ « La Morinète » _ de cette suite tellement monumentale et fière. »

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    Tout cela qui s’entend si bien, et à mille lieues du plus petit soupçon de didactisme (et de la moindre lourdeur), dans le jeu magnifique de souplesse et de vigueur de Frédérick Haas, en ce CD Alpha 136…

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    Pour le reste du programme annoncé,

    j’en demeurerai là,

    n’ayant déjà que bien trop « parlé »…

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    Je soulignerai seulement l’énergie _ formidable_ au service de la plus étonnante « justesse » qui soit, du CD « Dido & Aeneas » (CD Alpha 140), de Teodor Currentzis, à Novosibirsk, avec Simone Kermes, Deborah York, ainsi que Dimitris Tiliakos : s’inspirant, par un renouvellement de « génération » de l’impulsion « Alpha » d’un Vincent Dumestre…

    Un enregistrement véritablement enthousiasmant ! et justifiant mon annonce d’un « retour aux fondamentaux » de la musique _ ainsi, ici, que du Baroque musical !

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    Ainsi que la merveille, dans Louis Couperin (l’oncle, mort, lui en 1661 _ juste au moment de la « prise du pouvoir » (personnel) de Louis XIV, à la mort de son parrain Mazarin) ; ainsi que dans Johann-Jakob Froberger,

    du tout jeune et déjà tellement accompli Benjamin Alard (« Manuscrit Bauyn _ Louis Couperin, Luigi Rossi, Johann-Jakob Froberger et Girolamo Frescobaldi » CD Hortus 065)…

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    Titus Curiosus, ce 7 novembre 2008