Catégorie : Philo

  • En hommage Ă  Claude Lanzmann (1925 – 2018) et son « LiĂšvre de Patagonie », en 2009 (II)

    En hommage Ă  Claude Lanzmann

    (Bois-Colombes, 27-11-1925 – Paris, 5-7-2018),

    …

    qui nous a quitté hier, jeudi 5 juillet,

    …

    et Ă  son superbe LiĂšvre de Patagonie (en 2009)

    ainsi qu’Ă  son Ɠuvre cinĂ©matographique (dont le magistral Shoah ),

    …

    re-voici

    en sept épisodes (des 29 juillet, 13, 17, 21 et 29 août, et 3 et 7 septembre 2009)

    la lecture que j’avais faite, de ce 29 juillet Ă  ce 7 septembre 2009,

    de son LiÚvre de Patagonie ;

    …

    et pour ce jour le second volet : 

    La joie sauvage de l’incarnation : l’”ĂȘtre vrais ensemble” de Claude Lanzmann _ quelques « rencontres » de vĂ©ritĂ© II

    …

    …

    L’abord de l’homme Ă©tait plutĂŽt rugueux.

    …

    Mais l’Ɠuvre est magistrale !

    …

    …

    — Ecrit le jeudi 13 aoĂ»t 2009 dans la rubrique “CinĂ©ma, Histoire, LittĂ©ratures, Philo, Rencontres, Villes et paysages”
    …
    …

    Deux semaines de « re-lecture » la plus attentive possible (et crayon à la main !) du « LiÚvre de Patagonie » de Claude Lanzmann,

    afin de prĂ©senter mon analyse la plus prĂ©cise possible de ce que l’auteur a pu qualifier

    _ « tout mon ĂȘtre bondissait d’une joie sauvage, comme Ă  vingt ans« , ce sont les tous derniers mots du livre, Ă  la page 546 _

    de « l’incarnation«  ;

    


    caractĂ©risĂ©e, cette « incarnation« , par l’ »expĂ©rience« , Ă©prouvĂ©e dans toutes les fibres de son corps (et pas si frĂ©quente que cela !), d’un « nous » :

    


    ce peut ĂȘtre le « nous » de la « rencontre » : avec un lieu

    


    tels

    la Patagonie elle-mĂȘme tout entiĂšre, si j’ose dire

    _ « j’avais beau avoir aperçu quelques troupeaux de blancs lamas, la Patagonie ne s’incarnait pas en moi

    _ tous les mots comptent ! et ce, en dĂ©pit des centaines de kilomĂštres parcourus ; c’était en 1995, « remontant seul, Ă  partir de RĂ­o Gallegos, aux confins de la Terre de feu, et au volant d’une voiture de location, la plaine immense de la Patagonie argentine vers la frontiĂšre du Chili et le fabuleux glacier du Perito Moreno«  ; « je me rĂ©pĂ©tais, joyeux

    comme dans ce premier train vers Milan _ c’était alors, l’étĂ© 1946, « Je suis en Italie ! Je suis en Italie!«  ; Claude Lanzman avait exactement vingt ans ; il l’explicite, page 191 : « C’était (« nous Ă©tions cinq khĂągneux« ) notre premier voyage Ă  l’étranger ; je me trouvais dans une grande exaltation, la rencontre des noms et des lieux (
) attestait _ comme enfin ! _ la vĂ©ritĂ© du monde, scellait _ d’un garant, enfin, d’authenticitĂ© _ l’identitĂ© des mots et du rĂ©el, dĂ©voilait le vrai _ demeurĂ© cachĂ© sinon ; et insu
 _ de la plus poignante façon« , pages 191-192 : enfin, Ă  certaines (dirimantes, mais non convocables !) conditions !.. _

    « Je suis en Patagonie, je suis en Patagonie ». Mais ce n’était pas vrai,

    j’avais beau avoir aperçu quelques troupeaux de blancs lamas,

    la Patagonie ne s’incarnait pas _ pas encore ! sinon peut-ĂȘtre mĂȘme jamais !.. _ en moi. 

    


    Elle

    _ la Patagonie, donc, en 1995 ;

    de mĂȘme que Milan, auparavant, en 1946 :

    ç’avait Ă©tĂ©, « pour que Milan et moi devenions vrais ensemble« , l’étĂ© 1946, en « me rĂ©pĂ©tant le dĂ©but de « La Chartreuse«  : « Le 15 mai 1796, le gĂ©nĂ©ral Bonaparte fit son entrĂ©e dans Milan Ă  la tĂȘte de cette jeune armĂ©e qui venait de passer le pont de Lodi, et d’apprendre au monde qu’aprĂšs tant de siĂšcles CĂ©sar et Alexandre avaient un successeur » « , page 192
  _

    


    Elle _ la Patagonie, donc ! _ s’incarna tout Ă  coup, au crĂ©puscule, sur le dernier tronçon de route non asphaltĂ© aprĂšs le village d’El Calafate« , et « dans le balayement de mes phares _ toujours selon certaines conditions trĂšs particuliĂšres (et Ă©minemment personnelles, aussi !) de « focalisation » ; le point me paraĂźt Ă  relever _ quand un liĂšvre haut sur pattes bondit comme une flĂȘche et traversa la route devant moi.

    Je venais de voir _ furtivement : l’animal, libre, ne se laisse pas approcher, capturer !.. (et difficilement tuer : cf le sublime conte, « La liebre dorada« , de ma cousine Silvina Ocampo
) _ un liĂšvre patagon, animal magique _ par son intelligence et sa vĂ©locitĂ© rares ! _ ; 

    et la Patagonie tout entiĂšre me transperçait soudain le cƓur _ c’est une « fulguration«  ; non provoquĂ©e ; encore faut-il apprendre Ă  savoir la « recevoir«   _ de la certitude de notre commune prĂ©sence«  _ ainsi « rassemblĂ©e«  en une commune « vĂ©rité«  de « rĂ©alité » advenue et « expĂ©rimentĂ©e » par une « vraie personne«   ; elle, « la Patagonie« , n’était pas qu’un « pur dĂ©cor«  ; et j’étais moi-mĂȘme, ainsi et alors, un tout petit peu plus qu’un touriste de passage ; ou un « zombie«  ; page 192 _,

    


    la Serbie, ou du moins quelque chose qui avait aussi « trait » à elle

    _ en une forĂȘt « épaisse et sombre«  qui demeurera probablement Ă  jamais sans nom pour nous : « c’est la nuit, une mauvaise route Ă©troite, au cƓur d’une Ă©paisse et sombre forĂȘt que nous traversons sur des kilomĂštres, raccourci dĂ©couvert par l’Ɠil exercĂ© du Castor alors que nous nous dirigeons vers le nord de la Yougoslavie _ les vacances d’étĂ© 1953. Je conduis. Dans le faisceau des phares _ Ă  nouveau ! je le relĂšve
 _ de grands liĂšvres bondissent des deux rives de la route. ils me semblent pulluler ; je ne veux pas les heurter, je roule lentement, je slalome dangereusement pour les Ă©pargner«  ; car « ce sont des animaux _ Ă©minemment _ nobles« , page 256 :

    ce fut, probablement, la premiĂšre « rencontre » avec des liĂšvres, pour Claude Lanzmann ; qui « n’en tue que trois ; et c’est un exploit. Je stoppe la voiture ; le Castor et moi partons dans le noir Ă  la recherche des victimes _ qui ne sont pas laissĂ©es sur la route_, nous les trouvons chaque fois ; l’Aronde est ensanglantĂ©e ; et dans les rares  villages que nous rencontrons, nous les offrons au premier venu. »

    Et d’ajouter, page 256 donc, encore :

    « J’aime les liĂšvres ; je les respecte ; ce sont des animaux nobles ; et j’ai appris par cƓur _ Claude Lanzmann l’a rĂ©citĂ© lors de la prĂ©sentation de son livre dans les salons Albert Mollat, le 9 juin dernier _ le long conte pour enfants de Silvina Ocampo, la poĂ©tesse argentine, intitulĂ© « La Liebre dorada« , « Le LiĂšvre doré« , qui vient en exergue de ce livre« , page 11 _,

    

    la Pologne

    _ en quelques lieux oĂč se sont produits quelques « exterminations«  :

    « Il y a, dans « Shoah« , deux plans rapides mais centraux _ ici encore, je relĂšve ce terme (de « focalisation« ) : j’y reviendrai
 _ pour moi ; on ne perçoit _ opĂ©ration dĂ©cisive, mais qui comporte aussi, en amont, bien des conditions, dont d’attention ! et de mĂ©moire ; et de culture, surtout ! _ ce que la camĂ©ra montre _ eh oui ! _ qu’aprĂšs un temps infinitĂ©simal de latence : un liĂšvre au pelage couleur de terre est arrĂȘtĂ© par un rang de barbelĂ©s du camp d’extermination _ chaque mot, ou prĂ©cision, ou « dĂ©tail«  (le diable, paraĂźt-il, s’y cache ; mais pas seulement lui !.. ; il faut toujours chercher un minimum ; sinon rien n’apparaĂźt ; tout demeure invisible !..) compte !.. _ de Birkenau ; une voix off parle sur cette premiĂšre image, celle de Rudolf Vrba, un des hĂ©ros du film ; hĂ©ros sans pareil puisqu’il rĂ©ussit Ă  s’évader de ce lieu maudit, gorgĂ© de cendres _ mĂȘme si parlent dĂ©sormais pour toujours, en plus des voix des « revenants » du film« Shoah » de Claude Lanzmann, tel, ici, Rudolf Vrba, ces « Voix sous la cendre« , dont celles de Salmen Lewental et Salmen Gradowski, du recueil qu’a dirigĂ© Georges Bensoussan
 Mais le liĂšvre est intelligent ; et tandis que Vrba parle, on le voit affaisser son Ă©chine, ployer ses hautes pattes et se glisser sous les barbelĂ©s. Lui aussi s’évade. A Auschwitz-Birkenau, on ne tue plus, mĂȘme les animaux ; toute chasse est interdite. Nul ne tient compte des liĂšvres. La seule chose sĂ»re est qu’ils sont trĂšs nombreux ; et il me plaĂźt de penser que beaucoup des miens

    _ qu’on avait voulu, aussi, priver,

    en plus de leur propre et « unique«  vie d’individu _ et de personne ! cf les mots de Salmen Lewental, « Il n’y a que la vie« , rapportĂ©s page 43 ; cf aussi l’admirable « journal de la gĂ©henne«  transmis pour toujours in l’irremplaçable « Des Voix sous la cendre« , donc _ ;

    


    qu’on avait voulu, aussi, priver, donc,

    de leur descendance :

    afin que les fils (qui auraient « survĂ©cu«  Ă  un « gĂ©nocide«  qui n’aurait pas Ă©tĂ© assez systĂ©matique) n’aient pas le malencontreux dĂ©sir de se venger (de la prĂ©tendue « race aryenne pure«  ) du meurtre de leurs parents, un peu plus tard, devenus Ă  leur tour adultes


    cf, sur ce « point de dĂ©tail«  (pragmatique et technique), pour exemple, les Ă©loquents discours du ReischsfĂŒhrer-SS Himmler Ă  Poznan les 4 et 6 octobre 1943 !.. _

    


    et il me plaĂźt de penser que beaucoup des miens

    ont choisi, comme je le ferais _ en pareille situation d’opportunitĂ© : cf le rĂ©cit d’Er le Pamphylien, au final (livre X) de « La RĂ©publique » de Platon
 ; le conditionnel est, lui aussi, « intĂ©ressant » de la part de Claude Lanzmann : au mĂȘme titre que son usage magnifique (et nĂ©cessaire !) des passĂ©s simples ; et des imparfaits du subjonctif ! il manifeste la puissance de l’amour de la vie ! _

    de se rĂ©incarner en eux« , les liĂšvres ! pages 256-257


    


    ce peut ĂȘtre, donc, le « nous » de la « rencontre » : avec un lieu,

    en telle ou telle de ses « occurrences« , forcĂ©ment : toujours particuliĂšre ! et parfois « vraiment« , mais c’est, cette fois, beaucoup plus rare, « singuliĂšre«  !

    


    tout comme le « nous » de la « rencontre » avec une personne, singuliÚre ;

    


    ou mĂȘme avec un animal,

    lui aussi « singulier » ;

    


    tel tel ou tel liĂšvre ; mais pas, non plus, n’importe lequel
 : ceux des populations de « grands liĂšvres » qui bondissaient « des deux rives de la route » et qui semblaient « pulluler » dans quelque « forĂȘt Ă©paisse et sombre«  de « Serbie » _ ou Bosnie, ou Croatie, ou SlovĂ©nie _ ; le liĂšvre « intelligent » « au pelage couleur de terre » filmĂ© Ă  Auschwitz-Birkenau ; ou le liĂšvre « haut sur pattes » croisĂ©, et Ă©clairĂ© par les phares de la voiture, sur la piste non asphaltĂ©e menant Ă  El Calafate
 ;

    


    voire mĂȘme le « nous » de la « rencontre » avec des pierres,

    forcément quelque peu « singuliÚres« , elles aussi :

    


    telles celles de Treblinka ; cf page 504 :

    


    « Au camp mĂȘme, j’ai filmĂ© pendant des jours, sans pouvoir m’arrĂȘter et selon tous les angles, les stĂšles et les rocs, cherchant des perspectives (
). Chapuis, avant lui Lubtchansky ou Glasberg _ les cameramen de Claude Lanzmann pour « Shoah«   _ me disaient toujours : « Mais pourquoi continuer Ă  filmer ces pierres ? Tu en as dix fois trop. » Je n’en ai jamais eu trop ; je ne les ai pas filmĂ©es assez ; et j’ai _ mĂȘme _ dĂ», pour le faire, retourner Ă  Treblinka. Je les ai filmĂ©es parce qu’il n’y avait rien d’autre Ă  filmer _ pas « ùme qui vive«  : pas mĂȘme un liĂšvre, ici
 _ ; parce que je ne pouvais _ surtout _ pas inventer _ toute fiction, de mĂȘme que tout commentaire (surplombant) , Ă©tant proscrit ! _ ; parce que j’en aurais besoin _ pour l’image de ce qui allait ĂȘtre Ă©voquĂ© : l’annihilation de 600 00 personnes _ quand Bomba, quand Glazar ou les paysans, ou mĂȘme Suchomel, parleraient. Ma sĂ©cheresse de cƓur des premiĂšre heures du premier jour

    avait cédé devant le travail de la vérité«  _ une expression fondamentale, que je reviendrai analyser et commenter !

    


    La « sĂ©cheresse de cƓur«  premiĂšre, quant Ă  elle, est superbement dĂ©taillĂ©e aux pages 490-491 :

    


    « Il faisait froid, il y avait encore de la neige _ c’était en fĂ©vrier 1978 _ plus sale que blanche, et pas un seul humain parmi les pierres levĂ©es et les stĂšles commĂ©moratives qui portent les noms des shtetls ou des communautĂ©s anĂ©anties, ou encore, burinĂ©s sur des rocs plus imposants, d’allure prĂ©historique, ceux des pays ravagĂ©s par l’ouragan de l’extermination. Nous nous promenĂąmes, Marina _ Ochab, la premiĂšre traductrice _ et moi, entre ces symboliques sĂ©pultures ; je n’éprouvais rien _ voilĂ  ! _ et guettais, l’esprit et l’ñme _ dĂ©sespĂ©rĂ©ment alors ! faute d’assez d’« incarnation«  ! _ en alerte _ mais Claude Lanzmann ne l’avait pas encore, Ă  cet instant, « dĂ©couvert«  et « appris« , comme cela allait bientĂŽt advenir
 : il y faut, en effet, davantage : la chair ! _, une rĂ©action _ tant soit peu signifiante , enfin parlante au cƓur !... _ Ă  ces vestiges _ encore froids et muets _ de dĂ©sastre, qui, voulais-je croire, ne pourrait manquer d’advenir. Ce que je voyais demeurait _ pour l’heure _ complĂštement Ă©tranger _ sans communication, sans lien aucun _ Ă  ce que j’avais appris, non seulement par les livres, mais surtout par les tĂ©moignages de Suchomel, quand j’avais _ dĂ©jĂ , c’était « à la fin mars 1976« , page 471 _ tournĂ© avec lui, et d’Abraham Bomba, pendant les quarante-huit heures passĂ©es en sa compagnie dans les montagnes de l’État de New-York

    _ vers 1976 ; cf pages 447-448 :

    une fois « arrachĂ© Ă  sa terrible Ă©pouse » qui « ne lui laissait pas placer un mot » et « devançait toutes ses rĂ©ponses« , « rendant la conversation impossible » en sa prĂ©sence ; et une fois gagnĂ©e, le week-end suivant, la « cabane de vacances » qu’il possĂ©dait « dans les montagnes de l’Etat de New-York« ,

    « Bomba était un orateur magnifique ;

    et je crois qu’il me parla, pendant ces quarante-huit heures, comme s’il n’avait jamais parlĂ© devant personne, comme s’il le faisait pour la premiĂšre fois. Jamais quelqu’un d’autre ne l’avait Ă©coutĂ© en lui tĂ©moignant une aussi fraternelle et sourcilleuse _ ensemble ! _ attention, qui le contraignait, par tous les dĂ©tails avec lesquels je lui demandais de fouiller sa mĂ©moire, Ă  se rĂ©immerger _ voilĂ  ! _ dans les indescriptibles moments qu’il avait passĂ©s Ă  l’intĂ©rieur de la chambre Ă  gaz. (
) Obtenir semblable reviviscence requĂ©rait que je pusse leur apporter Ă  tout moment mon aide, aide ne signifiant pas ici je ne sais quel secours compassionnel, mais d’abord la possession de la connaissance nĂ©cessaire pour oser interroger ou interrompre ou remettre dans le droit-fil, pour poser les bonnes questions Ă  la bonne heure » _ soit tout un art de l’écoute rĂ©ciproque, aussi !..

    


    DĂ©semparĂ© _ je reprends le fil des Ă©motions (et du dĂ©sarroi) de Claude Lanzmann Ă  ses premiers moments Ă  Treblinka en fĂ©vrier 1978, page 490 _, imputant mon absence d’émotion Ă  ma sĂ©cheresse de cƓur,

    je regagnais la voiture aprĂšs deux heures environ ; et me mis Ă  rouler trĂšs doucement, au hasard, tentant de me maintenir au plus prĂšs des limites du camp (
) Mais la route me conduisit Ă  des villages voisins, dont les noms, depuis ce premier jour, sont restĂ©s inscrits dans ma mĂ©moire : Prostyn, Poniatowo, Wolka-Okraglik« , pages 490-491
 « Des enfants, des adolescents, des hommes et des femmes de tous Ăąges habitaient là » ; et « je ne pouvais m’empĂȘcher de me dire : « Mais de juillet 1942 Ă  aoĂ»t 1943, pendant toute la durĂ©e du camp de Treblinka, alors que 600 000 Juifs y Ă©taient assassinĂ©s, ces villages existaient !«  (
) Je me disais aussi qu’un homme de soixante ans en 1978 en avait vingt-quatre en 1942«   « Il y avait lĂ  pour moi une dĂ©couverte bouleversante, comme un scandale logique : je l’ai dit, la terreur et l’horreur que la Shoah m’inspiraient m’avaient fait rejeter l’évĂ©nement hors de la durĂ©e humaine, en un autre temps que le mien ; et je prenais tout Ă  coup conscience que ces paysans de la Pologne profonde en avaient Ă©tĂ© au plus proche les contemporains.

    A Prostyn, à Poniatowo, à Wolka-Okraglik, je n’adressai la parole à personne, reculant _ encore un peu _ le moment de comprendre.

    


    Je repris la route, continuant à conduire trÚs lentement _ en réfléchissant, aussi _ ;

    et soudain j’aperçus une pancarte avec des lettres noires sur fond jaune qui indiquaient, comme si de rien n’était, le nom du village dans lequel nous entrions : « TREBLINKA« .

    


    Autant j’étais restĂ© insensible devant la douce pente enneigĂ©e du camp, ses stĂšles, son blockhaus central qui prĂ©tendait marquer l’emplacement des chambres Ă  gaz,

    autant ce simple panneau d’ordinaire signalisation routiùre

    me mit en émoi.


    


    Treblinka existait ! Un village nommĂ© Treblinka existait. Osait exister. Cela me semblait _ en mon propre parcours m’ayant amenĂ© jusque là
 _ impossible, cela ne se pouvait. J’avais beau avoir voulu tout savoir, tout apprendre de ce qui s’était passĂ© _ Ă  un moment de l’Histoire _ ici, n’avoir jamais doutĂ© de l’existence de Treblinka,

    la malĂ©diction pour moi attachĂ©e Ă  ce nom portait en mĂȘme temps sur lui un interdit absolu _ voilĂ  ! _, d’ordre quasi ontologique ; et je m’apercevais que je l’avais relĂ©guĂ© sur le versant du mythe ou de la lĂ©gende _ l’analyse rĂ©trospective est magnifique. De combien de tels « dĂ©nis«  (de « rĂ©el«  et de « vĂ©rité« ) sommes-nous en partie responsables ? en partie innocents ? faute d’assez y rĂ©flĂ©chir ; et faute de nous confronter assez Ă  la « chair«  grenue des choses ; en nous rendant, et tous sens assez ouverts, c’est-Ă -dire « vraiment« , sur les lieux ; pas « en touristes » parmi rien que du « dĂ©cor » et seulement des « fantasmes«  

    


    L’analyse rĂ©trospective de ces moments de « dĂ©couverte » se poursuit, pages 491-492 :

    « la confrontation entre la persĂ©vĂ©rance dans l’ĂȘtre de ce village maudit, tĂȘtue comme les millĂ©naires,

    entre sa plate rĂ©alitĂ© aujourd’hui

    et sa signification effrayante dans la mémoire des hommes,

    ne pouvait ĂȘtre qu’explosive.

    


    L’explosion se produisit quelques instants plus tard

    lorsque, toujours au volant de ma voiture, je tombai, sans m’y attendre, sur un trĂšs long convoi immobile de wagon de marchandises accrochĂ©s les uns aux autres au bord d’un quai de terre battue sur lequel je m’engageai avant de stopper net.

    J’étais Ă  la gare. A la gare de Treblinka.

    Je descendis, commençai Ă  marcher, traversai les voies«   (
)

    


    « Treblinka n’est pas Ă  l’abri du traffic«  _ ferroviaire en activitĂ© dans la Pologne de 1978.

    


    Ainsi je ne voulais pas aller en Pologne. J’y dĂ©barquai plein d’arrogance, sĂ»r que je consentais Ă  ce voyage pour vĂ©rifier que je pouvais m’en passer

    et de revenir rapidement Ă  mes anciens tricots.

    En vĂ©ritĂ©, j’étais arrivĂ© lĂ -bas chargĂ© Ă  bloc, bondĂ© du savoir accumulĂ© au cours des quatre annĂ©es _ de 1974 Ă  1977 _ de lectures, d’enquĂȘtes, de tournage mĂȘme(Suchomel _ Ă  la « fin mars 1976«   _) qui avaient prĂ©cĂ©dĂ© ;

    j’étais une bombe,

    mais une bombe inoffensive : le détonateur manquait.

    


    Treblinka fut la mise Ă  feu ;

    j’explosai cet aprĂšs-midi-lĂ  avec une violence insoupçonnable et dĂ©vastatrice.

    


    Comment le dire autrement ?

    Treblinka devint vrai ;

    le passage du mythe au rĂ©el s’opĂ©ra _ et irrĂ©versiblement _ en un fulgurant Ă©clair ;

    la rencontre d’un nom _ su, connu (en « idĂ©es«  ) _ et d’un lieu _ Ă  ressentir, lui, en son Ă©trangetĂ© d’altĂ©ritĂ© ; et ce que seul celui-ci pouvait donner Ă  « vraiment » ainsi Ă©prouver et comprendre
 _

    fit _ d’une certaine façon _ de mon savoir table rase,

    me contraignant à tout reprendre à zéro,

    Ă  envisager d’une façon radicalement autre ce qui m’avait occupĂ© jusque lĂ ,

    Ă  bousculer ce qui m’était apparu le plus certain ;

    et par-dessus tout Ă  assigner Ă  la Pologne, centre gĂ©ographique de l’extermination _ du moins celle Ă  Ă©chelle industrielle _ la place qui lui revenait : primordiale.

    


    Treblinka devint si vrai

    qu’il ne souffrit plus d’attendre _ cette annĂ©e 1978 _ ;

    une urgence extrĂȘme, sous laquelle je ne cesserais dĂ©sormais de vivre, s’empara de moi :

    il fallait tourner,

    tourner au plus tĂŽt ;

    j’en reçus, ce jour-lĂ , le mandat«  _ impĂ©ratif : d’auteur et de tĂ©moin ; ou de tĂ©moin et d’auteur ; comme on voudra ; pages 490 Ă  493


    


    « Le voyage en Pologne m’apparaissait au premier chef _ poursuit Claude Lanzmann son rĂ©cit de sa « dĂ©couverte » de Treblinka, en fĂ©vrier 1978 _ comme un voyage dans le temps » :

    « le XIXÚme siÚcle existait là-bas, on pouvait le toucher.

    


    Permanence et défiguration des lieux

    se jouxtaient, se combattaient, s’engrossaient l’une l’autre,

    ciselant la prĂ©sence de ce qui subsistait d’hier

    d’une façon peut-ĂȘtre encore plus aiguĂ« et dĂ©chirante« , dit-il, et pour qui les fait « jouer«  (et « vibrer« ) au sein mĂȘme de ce qu’il perçoit et se reprĂ©sente, page 494.

    


    « L’urgence soudain me pressait incroyablement.

    Comme si je voulais rattraper toutes ces années perdues, ces années sans Pologne,

    je questionnai, insensible Ă  la nuit qui tombai, Ă  la faim dont nous ne pouvions pas ne pas souffrir (
) ; mais j’étais dans un Ă©tat second, hallucinĂ©, subjuguĂ© par la vĂ©ritĂ© qui se rĂ©vĂ©lait Ă  moi _ en ce questionnement hyper-intensif.

    Je quittai Borowi _ le premier paysan interrogĂ© Ă  Treblinka _, parlai dans la boue et l’obscuritĂ© Ă  des gens dont je distinguais Ă  peine les visages, me rendant compte qu’eux aussi paraissaient contents de trouver un Ă©tranger curieux qui les interrogeait sur un passĂ© dont ils se souvenaient avec une prĂ©cision extrĂȘme, mais qu’ils Ă©voquaient en mĂȘme temps sur un ton de lĂ©gende, que je comprenais ĂŽ combien, un passĂ© Ă  la fois trĂšs lointain et trĂšs proche, un passĂ©-prĂ©sent gravĂ© _ et pour cause ! _ Ă  jamais en eux« , pages 494-495.

    (
)

    « J’appris qu’un chauffeur de locomotive, qui avait conduit les trains de la mort durant toute la durĂ©e de l’existence du camp, habitait le bourg de Malkinia, Ă  environ dix kilomĂštres de Treblinka. Je dĂ©cidai de m’y rendre sur-le-champ, insoucieux de l’heure tardive et du respect humain ; je ne pouvais attendre. »

    


    « A onze heures du soir, Malkinia dormait ; j’eus le plus grand mal Ă  trouver l’adresse de la petite ferme d’Henrik Gawkowski ; et quand je frappai, minuit sonnait au carillon de l’église vaste comme une cathĂ©drale.

    (
) Une petite bonne femme au bon visage rond, la chevelure serrĂ©e dans un fichu, alluma, nous fit assoir et monta rĂ©veiller son mari, qui descendit en se frottant les yeux. Je l’aimai tout de suite ; j’aimai ses yeux bleus d’enfant encore ensommeillĂ©s, son air d’innocence et de loyautĂ©, les nervures de souffrance qui creusaient son front, sa gentillesse manifeste.

    


    J’eus beau m’excuser pour cette arrivĂ©e nocturne, l’urgence dont elle tĂ©moignait l’étonna si peu qu’il semblait la partager. Il n’était ni oublieux ni guĂ©ri du passĂ© atroce dont il avait Ă©tĂ© l’acteur ; et trouvait juste de rĂ©pondre Ă  tout moment aux sommations qu’on pouvait lui adresser.

    


    Mais en vĂ©ritĂ© j’étais le premier homme Ă  l’interroger ; je survenais nuitamment comme un fantĂŽme ; personne avant moi _ ce mois de fĂ©vrier 1978 _ ne s’était souciĂ© de ce qu’il avait Ă  dire _ pages 495-496.

    (
)

    Il alla quĂ©rir une bouteille de cette merveilleuse vodka des paysans polonais, tord-boyaux sauveur et sacrĂ© ; et j’osai lui dire, aprĂšs le premier cul sec, que nous mourrions de faim.

    Elle et lui se mirent en quatre _ la gĂ©nĂ©rositĂ© de l’hospitalitĂ© ne ment pas ! A comparer avec la vĂ©nalitĂ© de l’invitation du maire de Chelmno, pages 507-508 ! _, vidĂšrent leur garde-manger grillagĂ© semblable Ă  celui de ma grand-mĂšre Anna _ Ă  Groutel : cf page 105; Anna Ratut-Lanzmann Ă©tait nĂ©e Ă  Riga
 _ ; et ce fut une dĂ©bauche de victuailles,de cochonnaille, de pain ,de beurre et de vodka ouvreuse d’esprit et de mĂ©moire.

    


    Je sus, Ă©coutant Henrik, que les enquĂȘtes exploratoires Ă©taient maintenant terminĂ©es ; qu’il fallait passer Ă  l’acte : tourner au plus tĂŽt. (
) Non seulement tourner, mais arrĂȘter d’abord cette dĂ©ferlante de paroles capitales que je libĂ©rais par mes questions ; ces souvenirs, prĂ©cieux comme de l’or et du sang, que je ravivais.

    Nous parlions de la façon dont s’opĂ©rait, sur la rampe, le dĂ©chargement, Ă  la course, Ă  la matraque et dans les hurlements, de ceux et celles qui, une heure ou deux plus tard, auraient cessĂ© de vivre ;

    et je lui demandais : « Quand vous tirez les wagons jusqu’au bout de la rampe  » Il m’interrompit net : « Non, non, ce n’est pas ça ; je ne les tirais pas, je les poussais », esquissant de son poing fermĂ© un geste de poussĂ©e.
    

    Je fus, par ce détail, terrassé _ rien moins ! _ de vérité ;

    je veux dire que cette confirmation triviale m’en disait plus,

    m’aidait davantage Ă  imaginer _ rĂ©alistement ! par les gestes ! la praxis ! pas fantasmatiquement _ et Ă  comprendre

    que toutes les pompes d’une rĂ©flexion _ thĂ©orĂ©tique _ sur le Mal, condamnĂ©e Ă  ne rĂ©flĂ©chir qu’elle-mĂȘme _ sans gripper si peu que ce soit sur la « vie de chair » des personnes « en action«  

    

    Il me fut clair que je devais absolument cesser d’interroger Gawkowski :

    contrairement aux protagonistes juifs, sur lesquels je voulais, avant le tournage, en savoir le plus possible,

    il fallait ici ne rien déflorer _ avant le tournage.
    

    Oui, j’étais le premier homme Ă  revenir _ d’ailleurs que de leur quotidien _ sur le lieu du crime ;

    et eux, qui n’avaient jamais parlĂ©, souhaitaient, j’en prenais conscience, torrentiellement le faire.
    


    Maintenir cette virginitĂ©, cette spontanĂ©itĂ©, Ă©tait un impĂ©ratif catĂ©gorique _ de l’Ɠuvre Ă  faire naĂźtre _ ; cette Pologne Ă©tait un trĂ©sor Ă  ne pas dilapider.

    


    Je savais, aprĂšs une seule journĂ©e et une folle nuit, qu’au cours de ce voyage il me faudrait voir les lieux, les arpenter, comme j’allais le faire Ă  Chelmno ; mais parler et questionner le moins possible ; rester Ă  la surface, effleurer le pays de l’extermination _industrielle _ ; 

    mais, pour oser aller en profondeur,

    attendre le tournage proprement dit ;

    donc y procĂ©der au plus vite »  _ telle est la « leçon rapide » du premier contact avec le sol et le paysage polonais, pages 495 Ă  497 : le chapitre XX a dĂ©butĂ© page 489


    


    


    CaractĂ©risĂ©e, cette « incarnation« , par l’ »expĂ©rience« , Ă©prouvĂ©e dans toutes les fibres de son corps (et pas si frĂ©quente que cela !), d’un « nous » :

    

    cet « ĂȘtre vrais ensemble« 

    de l’ »incarnation« 

    tel (et telle) que l’entend ici, tout au long de son « LiĂšvre de Patagonie« , Claude Lanzmann,

    


    ce peut ĂȘtre le « nous » de la « rencontre » de « soi » avec un lieu,

    de la « rencontre » de « soi » avec une personne,

    de la « rencontre » de « soi » avec des pierres,

    ou de la « rencontre » de « soi » avec un animal,

    rencontrĂ©(es), le lieu, la personne, les pierres, l’animal, « vraiment » par « soi-mĂȘme » ;

    et pas seulement « croisé(e)« , comme un simple « décor » de tout autres « opérations« ;

    


    il faut aussi et encore que le « soi« , lui-mĂȘme, soit, lui aussi, « vraiment » lĂ  ;

    « vraiment » « présent« , 

    par l’effet de ce que Claude Lanzmann ose nommer, page 82, une « prĂ©sentification »

    _ mĂȘme si c’est, alors, en cette occurrence, Ă  propos d’une autre « opĂ©ration » qu’impliquant la « vĂ©rité » du « soi » dans la « rencontre«  avec une altĂ©ritĂ© rayonnante de puissance :

    


    au printemps 1942, le « rappel » Ă  ses enfants Lanzmann de leur mĂšre (se cachant Ă  Paris), Paulette Grobermann, par la mĂ©diation tellement improbable et merveilleuse de son nouveau compagnon, le poĂšte surrĂ©aliste juif serbe Monny de Boully, ayant osĂ© franchir la ligne de dĂ©marcation pour cet exploit de les rejoindre et leur parler, avec amour, d’elle chez leur pĂšre, Ă  Brioude
 :

    « Et soudain, en pleine guerre, au cƓur des pires dangers, cette mĂšre des hontes et des craintes _ qu’elle avait pu ĂȘtre, pour lui, par le passĂ© _ se prĂ©sentifiait Ă  moi tout autre _ radieusement ! _, par l’amour que lui vouait un extraordinaire magicien » !

    


    Avec ce commentaire magnifique, toujours page 82 :

    « Quelque chose d’incroyablement fraternel, dĂ» peut-ĂȘtre aussi aux circonstances, se noua entre nous trois _ Monny, Claude et son pĂšre Armand : « mon frĂšre Jacques travaillait depuis peu comme valet de ferme chez des paysans«   ; c’était aussi que,« contrairement Ă  moi, mon pĂšre et Monny partageaient le mĂȘme savoir : l’un aimait Paulette, l’autre l’avait aimĂ©e ; il l’aimait peut-ĂȘtre encore ; il ne cessa jamais tout Ă  fait de l’aimer« , toujours page 82
 _

    


    Et la rĂ©alisation de cette « incarnation » d’un « ĂȘtre vrais ensemble« 

    n’est pas l’occurrence la plus frĂ©quente,

    nous allons ici-mĂȘme le constater ;

    ainsi qu’y mĂ©diter un peu


    


    


    Titus Curiosus, ce 13 août 2009

    …
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    Ce vendredi 6 juillet 2009, Titus Curiosus – Francis Lippa

     

  • La musique d’Yves Michaud

    Elsa Boublil a  reçu ce dimanche 1er juillet 2018, à 9 h, en son émission Musique-Emoi, notre ami Yves Michaud,

    qui y raconte l’histoire de ses goĂ»ts musicaux.

    …

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    Une histoire parlante (en 2 heures d’Ă©coute)…

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    Ce dimanche 1er juillet 2018, Titus-Curiosus – Francis Lippa

     

     

     

     

     

     

     

  • L’Ă©dition 2018 du Festival Philosophia de Saint-Emilion : la vĂ©ritĂ©

    Le thĂšme de l’Ă©dition 2018 du Festival Philosophia de Saint-Emilion Ă©tait

    « la vĂ©rité » _ peut-ĂȘtre sous l’incitation de l’inflation prolifĂ©rante et inquiĂ©tante ces derniers temps des fake-news…

    …

    …

    Moins sĂ©duit que d’autres annĂ©es _ un peu trop de people comme invitĂ©s, Ă  mon goĂ»t ; et pas assez de renouvellement de tĂȘtes-de-gondole… _,

    je tenais beaucoup cependant à venir écouter, ce dimanche aprÚs-midi, Pascal Chabot

    _ que j’avais rencontrĂ© Ă  Saint-Emilion le 28 mai 2016 : le thĂšme Ă©tait cette annĂ©e-là « la culture«  ; et le sujet de Pascal Chabot : « la pĂ©dagogie intĂ©resse-t-elle les philosophes ?« …

    …

    …

    AprÚs un magnifique et trÚs marquant Global burn-out,

    …

    Pascal Chabot nous a proposĂ©s l’annĂ©e derniĂšre un passionnant Exister, RĂ©sister _ ce qui dĂ©pend de nous ;

    Ă  l’occasion de la parution duquel

    a Ă©tĂ© filmĂ©e une percutante vidĂ©o Mollat (de 6′ 40) ;

    …

    et dont voici un résumé _ avec mes farcissures, en vert ;

    pour les lecteurs que ces farcissures indisposent, il est aisé de les shunter ! _ :

    …

    …

    A partir des exemples du verre, des chaises et des écrans

    _ trois objets-clés cruciaux de la présente modernité technologique ;

    de Pascal Chabot, lire aussi La Philosophie de Simondon ; Gilbert Simondon (1924-1989) est l’auteur du visionnaire Du mode d’existence des objets techniques, paru en 1958 _,

    le philosophe propose une rĂ©flexion _ ouverte et, bien sĂ»r, Ă  poursuivre… _ sur le systĂšme et les ultraforces

    face auxquels _ car telle est la situation de fait que nous ne pouvons pas ne pas rencontrer et à laquelle, forcément, nous nous heurtons _

    l’ĂȘtre humain doit _ oui, et cela pour sa libertĂ© et la justice… _ se construire _ voilĂ  _ de façon authentique _ voilĂ  ! _

    sans ĂȘtre dĂ©terminĂ© _ et aliĂ©nĂ©, Ă©touffĂ©, paralysĂ©, ruinĂ© _ par ce qui l’entoure.

    …

    …

    ainsi que la quatriĂšme de couverture :

    …

    …

    Exister, rĂ©sister : « Exister dans le systĂšme _ socio-Ă©conomique _, c’est souvent _ pour quelqu’un, un individu, une personne _ ĂȘtre assis (1) derriĂšre des vitres (2), face Ă  un Ă©cran (3). »

    Des forces nouvelles, mixtes de technique, d’Ă©conomique et de numĂ©rique _ oui _, ont fait _ victorieusement _ irruption _ et disruption _ au sein du technocapitalisme mondial _ dominant et rĂ©gnant.

    Nous assistons aux premiers effets _ peu Ă  peu effectivement ressentis et « conscientisĂ©s »… _ de ce qu’il faut bien appeler des « ultraforces » _ parce que non immĂ©diatement ni directement visibles, non plus que clairement sensibles, elles, mais bien rĂ©elles, en tant que causes, et terriblement efficientes en leurs d’abord imparables effets subis _ qui, en crĂ©ant un nouveau monde _ dans lequel vivre, ou tenter de vivre et survivre, sans vraiment « vivre«  vraiment… _, dĂ©stabilisent les systĂšmes _un peu installĂ©s, certes, mais qui bougent pas mal, et qui sont appelĂ©s, aussi, Ă  assez vite passer-trĂ©passer _ et fragilisent _ terriblement : cf Global burn-out ! _ les existences _ des personnes encore Ă  peu prĂšs humaines que nous sommes.

    Dans ce contexte _ Ă  forcĂ©ment affronter ; car il est lĂ , trĂšs prĂ©gnant, et commence nĂ©cessairement par s’imposer Ă  nous, dĂšs la prime enfance _,

    nous devenons _ davantage que jamais, mĂȘme si, historiquement, les mĂ©tamorphoses, mĂȘme si ce fut Ă  des rythmes et Ă  des degrĂšs fort divers, ont toujours eu lieu dans l’Histoire (du moins celle des sociĂ©tĂ©s que LĂ©vi-Strauss a qualifiĂ©es de « chaudes« ) pour les sujets humains _ multiples _ et pas simplement uns, ni figĂ©s _,

    Ă©clatĂ©s _ en divers morceaux, avec des blancs, des bĂ©ances, des failles, des ravins et abĂźmes interstitiels… _,

    parfois écartelés _ et en souffrance : voilà ce qui nous tombe dessus et affecte durement ; par exemple dans le burn-out.

    En nous

    coexistent _ ainsi _ trois visages _ pouvant s’apprĂ©hender _ :

    un moi cherchant sa place dans un systĂšme _ installĂ© et puissant _ constituĂ© de vitres protectrices et d’Ă©crans _ ainsi que de places (ou de siĂšges) attribuĂ©(e)s ou conquis(es) _ ;

    un sujet clivĂ© par les ultraforces d’une mondialisation _ ambivalente en sa complexitĂ© : tout dĂ©pendant du sens des intentions de ceux qui s’en servent ou qui donnent les ordres (d’orientation de ces forces) _ qui crĂ©e autant qu’elle dĂ©truit ;

    et enfin un soi prĂ©cieux _ intime _marquĂ© par la saveur _ voilĂ  : qualitative, elle ; non quantitative et non numĂ©risable _ d’exister, la recherche _ permanente _ d’Ă©quilibre _ sur la corde tendue entre les prĂ©cipices _ et le goĂ»t _ a contrario du dĂ©goĂ»t, de la haine et de l’indiffĂ©rence (et de l’anesthĂ©sie : dĂ©fensive comme offensive) _ des autres.

    Comment inventer une convergence _ vivable et heureuse _ entre ces trois facettes _ oui _ de nous-mĂȘme ?

    Comment sortir du dualisme appauvrissant _ mutilant par simplisme réducteur et destructeur _

    qui résulte de la surenchÚre _ agressive et violente _ entre systÚmes fragilisés _ et irrités _ et ultraforces décomplexées _ cyniques _ ?

    Cela ressemble Ă  la fin d’une Ăšre _ c’est-Ă -dire Ă  une transition vers une autre Ăšre Ă  laquelle tenter, pour sa plus ou moins modeste part, de participer Ă  plus ou moins former ; mais y existe toujours une si petite soit-elle (mais vitale ! pour soi…) marge de manƓuvre… Cf aussi, de Pascal Chabot : L’Âge des transitions…

    Peut-ĂȘtre le moment _ voilĂ  : un moment de bascule… _ est-il venu de prĂ©parer _ pour une plus ou moins modeste part… _ la transition vers un monde _ commun, avec ses enjeux (et rĂ©partitions de pouvoirs) sociaux, politiques et Ă©conomiques, bien sĂ»r _

    oĂč la culture de soi _ magnifique expression montanienne ; cf le sublime ultime essai (Livre III, chapitre 13 : De l’expĂ©rience) des Essais de Montaigne ! et cf mes deux articles des 24 fĂ©vrier et 13 mars 2013 sur L’Ecole, question philosophique, de Denis Kambouchner :  et  ; ainsi que le podcast (de 58′) de mon entretien sur ce livre essentiel, avec Denis Kambouchner chez Mollat, le 18 septembre 2013 _

    et le sens _ et le goĂ»t _ des autres _ et c’est fondamental : nul n’est une Ăźle ; et encore moins un chĂąteau-fort !!! C’est dans ce qui est donnĂ© dans l’amitiĂ© et dans l’amour que nous nous Ă©panouissons avec, et ensemble… _

    deviendraient centraux _ soit un renversement des prioritĂ©s sociĂ©tales dominantes, mutilantes pour le sujet et le soi…

    …

    …

    VoilĂ  donc un superbe programme d’action qu’il nous incombe, Ă  tous et Ă  chacun,

    oĂč que nous soyons et quoi que nous fassions,

    de participer _ et personnellement, et avec d’autres _ Ă  inventer-crĂ©er !

    …

    Une philosophie humaniste et réaliste,

    réaliste et humaniste,

    en acte !!!

    …

    …

    Voici, aussi, ce qu’Ă©taient le titre

    et la présentation

    de la conférence saint-émilionnaise de ce dimanche 27 mai, à 16 heures :

    …

    Le systĂšme, les ultraforces et le soi

    …

    OĂč chercher la vĂ©ritĂ© _ c’est-Ă -dire la justesse _ dans notre époque en mutation _ accĂ©lĂ©rĂ©e _ ?

    Dans le systÚme qui enserre et détermine _ et pressure et aliÚne _ les existences ?

    Dans les ultraforces (numĂ©risation, robotisation, financiarisation _ oui, voilĂ  les principales _), qui crĂ©ent de nouveaux rĂ©gimes de vie et de pensĂ©e _ les deux, en effet ! et ces deux concepts, de « rĂ©gime de vie » et de « rĂ©gime de pensĂ©e« , mĂ©ritent assurĂ©ment qu’on s’y penche dessus et Ă  fond trĂšs attentivement ! _ ?

    Ou en soi-mĂȘme, dans un souci de fidĂ©litĂ© _ voilĂ  ; et cohĂ©rence profonde de la personne _ Ă  ses paysages intĂ©rieurs _ « le paysage intĂ©rieur » se trouve ĂȘtre le titre que RenĂ© de Ceccatty voulait donner Ă  son merveilleux Enfance, dernier chapitre ; cf mon article du 12 dĂ©cembre 2017 : … ; et cf aussi le podcast (de 82′) de notre entretien sur ce livre (ainsi que sur la traduction de la Divine ComĂ©die de Dante, par RenĂ© de Ceccatty) le 27 octobre 2017 au Studio Ausone _ ?

    Comment cette vie tendue _ oui, tiraillĂ©e Ă  hue et Ă  dia… _ entre trois pĂŽles peu conciliables _ du moins a priori et au premier abord (subi, et souvent violemment…) _ peut-elle chercher _ et cet objectif est vraiment fondamental ! pour le sujet humain _ Ă  ĂȘtre juste ?

    Et quelle serait sa vĂ©ritĂ© _ profonde : la vĂ©ritĂ© de notre vie unique (mortelle) et (potentiellement) singuliĂšre… _ ?

    …

    …

    Merci, cher Pascal Chabot !

    …

    …

    Ce dimanche 27 mai 2018, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • ClĂ©ment Rosset nous a quittĂ©s

    Esprit libre et singulier,

    ClĂ©ment Rosset (Carteret, 12 octobre 1939 – Paris, 27 mars 2018)

    vient de nous quitter.

    …

    Ce mois d’avril, il nous laisse, posthume, un bref recueil de 62 pages, intitulĂ© L’Endroit du paradis, paru aux Éditions Encre Marine,

    composé de trois études :

    …

    _ Le Bouclier d’Achille

    _ La Guerre et la paix

    _ L’Offrande musicale

    avec un post-scriptum de 4 pages : Fantaisie sur la création du monde.

    …

    …

    La liste des noms d’auteurs citĂ©s donne ceci :

    …

    14 philosophes :

    Conche, Aristote, Pascal, Spinoza, Leibniz, Nietzsche, Conte-Sponville, Socrate, Platon, Plotin, Schpenhauer, Fontenelle, Jankélévitch et Descartes ;

    …

    9 poÚtes : 

    Nerval, HomÚre, Keats, Valéry, Larbaud, Baudelaire, Malherbe, T. S. Eliot et Horace ;

    …

    9 musiciens :

    Wagner, Debussy, Stravinsky, Tansman, Bach, Mozart, Rachmaninov, Xenakis et Berio ;

    …

    3 peintres et sculpteurs :

    Phidias, MirĂł et Mondrian

    …

    3 écrivains :

    Aristophane, Scott Fitzgerald, Faguet et Cioran ;

    …

    2 hommes politiques :

    Napoléon et PériclÚs ;

    …

    et 1 cinéaste :

    Hitchcock.

    …

    …

    Son L’Anti-nature fut un maĂźtre livre pour moi.

    Et je l’ai lu Ă  chaque nouvelle parution.

    …

    Et un regret : ne pas avoir rĂ©ussi Ă  obtenir de lui qu’il consente venir Ă  Bordeaux, Ă  la SociĂ©tĂ© de Philosophie…

    …

    …

    Ce dimanche 29 avril 2018, Titus Curiosus – Francis Lippa

    …

    …

    Voici aussi une liste d’articles annonçant et commentant cette disparition :

    …

    …

    Mort de Clément Rosset, philosophe de la joie tragique

    …

    Le Philosophe Clément Rosset rattrapé par le réel 

    …

    Le Philosophe Clément Rosset est mort

    …

    Le Philosophe ClĂ©ment Rosset, dĂ©fenseur d’une rĂ©alitĂ© sans concession, est mort

    …

    Joie et tragique du rĂ©el : le philosophe ClĂ©ment Rosset s’est Ă©teint Ă  78 ans

    …

    Le Philosophe iconoclaste Clément Rosset est mort

    …

    Disparition. ClĂ©ment Rosset, l’autoritĂ© de vues paradoxales

    …

    Clément Rosset part sans illusions

    …

    Clément Rosset, plus réel que jamais

    …

    ClĂ©ment Rosset, l’enchanteur

    …

    In memorial Clément Rosset

    …

    Clément Rosset : un maßtre inactuel

    …

    Penser le tragique pour goûter la joie : un entretien avec Clément Rosset

    …

    Clément Rosset : un philosophe

    …