Catégorie : Philo

  • Science et littérature faisant chambre commune : pénétrer l’acte mémoriel

    Ou,
    titre alternatif :
    L’activité mémorielle : Scientifiques « attentifs intensivement » à l’œuvre de Proust

    Lecture d’un passionnant article (de Hervé Morin)
    sur les métamorphoses de la mémoire : « L’Hippocampe de Proust« 
    dans le Monde le 14 juillet (16h 13), édition du 15 juillet

    http://www.lemonde.fr/sciences-et-environnement/article/2008/07/14/metamorphoses-de-la-memoire-1-6-l-hippocampe-de-proust_1073179_3244.html

    Sans commentaire, même « philosophique »
    _ Bergson, Janet, Halbwachs, et même Théodule Ribot (à re-découvrir), pour débroussailler le terrain _
    je me contenterai de « lire »,
    en pratiquant,
    en « exercice », en quelque sorte,
    ma méthode « attentive intensive« ,
    un remarquable article de Hervé Morin (« L’Hippocampe de Proust«  dans Le Monde, édition du 15 juillet 2008)
    sur la mise à profit
    par des chercheurs scientifiques
    (de par le monde)
    de l’analyse « poïétique« 
    (active-créatrice,
    « plastique » en le travail d’ »écriture » de ses phrases « labyrinthiques »)
    de Proust, en sa « Recherche » à lui,

    à propos de la « ré-activation » du souvenir
    (déjà lui-même richement « machiné« ),
    dans les allées à ramifications prodigieuses
    de la mémoire personnelle sédimentée après ses avancées  exploratoires si fécondes

    en réseau neuronal synaptique « labyrinthique » :

    lisons donc tout simplement,
    mais un peu plus « attentivement intensivement »
    que d’habitude
    ,
    pour ce qu’on peut demander à de l’ »information« -« communication »
    _ simplificatrice… _, veux-je dire…

    Bien sûr, lire (« attentivement intensivement« ) Proust lui-même
    _ sa « Recherche » : quel monde !!!

    nécessitant toute une panoplie de « focales », du « télescope » au microscope », ainsi que lui-même le dit, l’écrit _
    irait beaucoup plus loin probablement…
    Mais, à six heures du matin,
    voilà déjà une potable « mise en jambes »
    de l’activité cérérébrale synaptique, neuronale,
    etc…

    Voici cet article simplement re-découpé, et avec des gras:

    Longtemps, science et littérature ont fait chambre à part.
    Marcel Proust les a réconciliées.

    Outre la montagne d’exégèses qu’a suscitée son oeuvre,
    le « phénomène proustien » a engendré une foule d’analyses psychologiques et neurobiologiques.
    Ce « phénomène« ,
    c’est bien sûr celui attaché à l’épisode de la madeleine, relaté au début d’ »A la recherche du temps perdu » :
    le narrateur, goûtant chez sa mère un biscuit trempé dans du thé,
    est soudain assailli par une vive émotion.

    Intrigué, il cherche en lui-même
    et découvre la cause de ce trouble.
    Le voilà transporté des années en arrière, le dimanche matin à Combray,
    lorsque sa tante Léonie lui offrait un morceau de madeleine trempé dans son infusion de thé.

    Souvenir en apparence ténu, anodin.
    « Mais, écrit Proust, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses,
    seules,
    plus frêles mais plus vivaces
    ,
    plus immatérielles,
    plus persistantes, plus fidèles,
    l’odeur et la saveur restent encore longtemps,
    comme des âmes,
    à se rappeler, à attendre, à espérer,
    sur la ruine de tout le reste,
    à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable,
    l’édifice immense du souvenir.
     »

    « J’ai tout un dossier d’articles qui tentent de réinterpréter scientifiquement cet épisode« ,
    témoigne la neurobiologiste Pascale Gisquet (CNRS – université Paris-Sud),
    qui a bien voulu mettre ses archives à notre disposition.
    « J’ai moi-même été très inspirée par Proust« , confesse-t-elle.
    Etrange attrait…
    Le premier réflexe des scientifiques est de se défier d’un témoignage subjectif.
    Mais Proust fascine les spécialistes de la mémoire.
    Sans doute
    , avance le neuropsychologue Francis Eustache (Inserm-université de Caen),
    parce que « ce visionnaire a eu
    bien avant nous
    l’intuition
    que la mémoire est au centre du psychisme :
    elle permet cette rencontre intime avec soi
    et avec l’autre,
    présent ou absent
    « .
    Peut-être aussi parce que chacun de nous, un jour,
    a cru mordre dans sa « madeleine« …

    Qu’a donc découvert la science
    de ce qui, dans la tête d’un Proust
    ,
    mais aussi sous nos crânes,
    abrite les souvenirs,
    les entretient
    et les ressuscite ?

    « On sait des choses,
    mais on en ignore plus encore
    , prévient Serge Laroche,
    du laboratoire de neurobiologie de l’apprentissage, de la mémoire et de la communication (CNRS-Paris-Sud).
    La science de la mémoire est très jeune
    et porte sur un organe longtemps resté inaccessible,
    le cerveau.
     »
    Depuis un siècle, les scientifiques ont compris que
    celui-ci est organisé en ensembles interconnectés,
    et que son unité cellulaire de base est le neurone.

    Le neuroanatomiste espagnol Santiago Ramon y Cajal (1852-1934)
    avait supposé que les modifications de « protubérances » neuronales
    étaient responsables de la mémorisation.

    Ses successeurs lui ont donné raison.

    Chaque neurone est en effet
    capable de
    transmettre de l’information,
    sous la forme d’influx électrochimiques
    et de synthèses moléculaires
    ,
    et d’entrer en contact avec des milliers d’autres.
    Ces points de contact,
    les « protubérances » de Cajal,
    ce sont les synapses.

    Les études sur l’animal ont montré que leur activité
    peut être renforcée
    ,
    voire qu’elles peuvent se multiplier
    au fil de l’apprentissage,
    et ce de façon durable.
    Leur remodelage à long terme
    implique des cascades complexes de gènes.

    « Sur des souris mutantes,
    on en a déjà identifié 165
    qui jouent un rôle dans le fonctionnement synaptique
    « ,
    dit Serge Laroche.

    Avec un milliard de millions de connexions,
    la combinatoire de ces réseaux est hallucinante !
    Qu’est-ce donc qu’un souvenir,
    dans cette jungle neuronale ?
    « Il serait un motif particulier
    d’activation cellulaire de réseaux neuronaux
    « 
    ,
    répond Serge Laroche.
    Concrètement, chacun des sens du jeune Marcel
    entraîne l’activation d’une portion du cerveau.
    Tout un réseau neuronal est impliqué.
    Les n
    œuds de ce réseau,

    les synapses,
    sont renforcés par ces perceptions.
    « A chaque souvenir
    correspond un réseau
    qu’il faut activer
    pour se le remémorer
    « 
    ,
    avance Serge Laroche.

    « Pour ce qui est de la mémoire simple,
    comme modifier des réflexes d’évitement d’un organisme basique
    tel que l’aplysie,
    un escargot de mer que j’ai étudié,
    nous comprenons très bien ce qui se passe
    ,
    dit l’Américain Eric Kandel, Prix Nobel de médecine en 2000.
    Mais pour des choses plus complexes
    comme l’odorat,
    modalité sensorielle très vaste,
    combinée parfois avec la perception visuelle,
    c’est plus compliqué.
    Nous ne comprenons pas exactement
    comment tout cela est traité
    au niveau de l’hippocampe.
     »
    L’hippocampe !
    Depuis un demi-siècle,
    cette structure profonde du cerveau
    fait l’objet de tous les soins des spécialistes de la mémoire.
    Comme souvent,
    c’est un cas clinique qui a tout déclenché.
    En l’occurrence,
    H. M., un jeune Américain épileptique
    qui a subi en 1953 une ablation de l’hippocampe
    et d’une portion des lobes temporaux
    ,
    censée mettre fin à ses crises.
    Depuis lors,
    H. M. est prisonnier du temps :
    ses souvenirs, dégradés,
    se sont figés
    à la période précédant son opération.

    Ses capacités intellectuelles sont intactes,
    mais il est incapable de retenir
    une information nouvelle
    plus de quelques secondes.
    Sans mémoire, impossible de construire l’avenir.

    La psychologue Brenda Milner
    a pu montrer que son amnésie
    n’était pas absolue :
    H. M. a bien enregistré
    que ses parents étaient morts,
    et que Kennedy avait été assassiné,
    sans doute en raison de la charge émotionnelle de ces événements.

    Il a aussi pu
    apprendre à recopier un motif
    en le regardant dans un miroir,
    un savoir qui mobilise la mémoire inconsciente.
    Mais après des décennies de consultations,
    il ignore toujours qui est Brenda Milner !

    Grâce à H. M.,
    grâce aussi aux psychologues expérimentaux,
    les sciences cognitives
    distinguent plusieurs types de mémoires,
    reliées par des passerelles cérébrales
    qui restent à identifier.
    D’un côté, la mémoire à court terme, ou de travail,
    de l’autre celle à long terme.
    Celle-ci peut être implicite,
    ou procédurale.

    Elle nous permet de faire du vélo « inconsciemment »
    ou à H. M. de dessiner dans un miroir.
    La mémoire à long terme
    peut aussi être explicite (consciente)
    .
    Raffinement supplémentaire,
    on ne confond pas dans cette dernière
    ce qui est sémantique

    (connaissance : Combray n’est pas éloigné de Guermantes)
    et ce qui est épisodique
    (histoire personnelle : « J’allais voir tante Léonie le dimanche matin« ).

    Pour mieux cerner cette mémoire autobiographique,
    l’équipe de Francis Eustache a interrogé des femmes de 65 ans
    sur leur passé.
    « Quelle que soit l’ancienneté du souvenir évoqué,
    la période de vie concernée,
    c’était bien l’hippocampe
    qui était activé
    « ,
    indique le chercheur.
    Et la madeleine,
    quel est son rôle ?
    C’est la clé
    sans laquelle le passé serait resté perdu :
    « 
    Il dépend du hasard que nous le rencontrions
    avant de mourir,
    ou
    que nous ne le rencontrions pas
    « ,
    écrit Proust.
    Son narrateur eut plusieurs fois la chance
    de tourner cette clé :
    à (l’Hôtel de) Guermantes,
    un pavé disjoint
    le projette en pensée
    sur les dalles inégales de la place Saint-Marc, à Venise.
    Ou le tintement d’une cuillère
    le transporte
    vers un sous-bois, où son train avait stoppé jadis.

    Les chercheurs ont préféré s’intéresser aux odeurs.
    Celles-ci sont supposées
    souveraines pour ouvrir
    « ces vases disposés sur toute la hauteur de nos années« 
    ,
    comme l’écrit Proust,
    où sont encloses
    autant de sensations passées.

    L’aromachologie (la psychologie de l’olfaction)
    tente de déterminer leur rôle
    dans la ressuscitation des souvenirs anciens
    .
    En laboratoire, les odeurs ne sont pas un indice très puissant
    dans des tests de mémorisation
    où elles sont associées à des chiffres, des images ou des actions.
    Au point que le psychologue expérimental Alain Lieury (Rennes-II)
    soupçonne que
    plus que l’odeur,
    « c’est peut-être la vue
    de la madeleine
    qui fut efficace
    « .

    Une expérience conduite par John Aggleton et Louise Waskett (université de Cardiff)
    autour d’un musée de la ville de York consacré aux Vikings
    montre pourtant leur puissance d’évocation.
    L’exposition associait une fragrance particulière
    à chaque scène présentée
    – terre, bois brûlé, viande…
    Un interrogatoire, auquel ont été soumis des visiteurs six ans après l’avoir parcourue,
    a montré qu’en présence de ces odeurs,
    ils étaient capables de se souvenir de détails plus nombreux (+ 20%)
    que lorsqu’on les aspergeait – ou non – d’autres parfums.

    De telles observations
    ne cernent pas réellement le « phénomène proustien« ,
    qui implique l’évocation, chargée d’émotion,
    de souvenirs forts anciens.

    Simon Chu et John Downes, de l’université de Liverpool,
    ont exposé des sexagénaires
    à des odeurs
    ou à des indices verbaux,
    et leur ont demandé de
    décrire
    les expériences passées
    qui leur venaient
    .
    Alors que les mots évoquaient
    des souvenirs datant de la période
    où les « cobayes » avaient de 11 à 25 ans,
    les réminiscences induites par les odeurs
    remontaient à leur petite enfance
    ,
    à l’âge où l’on se voit offrir des madeleines.

    Récapitulons :
    le jeune Marcel
    – en faisant l’hypothèse que Proust s’est inspiré d’événements réels –
    va le dimanche grignoter une madeleine chez sa tante.
    Cette expérience multisensorielle renouvelée
    se traduit dans son cerveau
    par une poussée de connexions neuronales,
    impliquant des phénomènes
    à la fois électrochimiques
    et la production de protéines,
    qui stimule et renforce durablement certains circuits.
    Ceux-ci
    vont constituer
    un souvenir,
    « stocké » dans l’hippocampe.
    Des décennies plus tard,
    une saveur oubliée
    réactive
    ce réseau délaissé,
    d’abord
    sous la forme d’une émotion sans objet,
    qui
    dans l’écheveau des neurones
    finit – miracle ! –
    par trouver
    son origine,
    faisant le pont
    entre l’affection
    toujours présente
    de sa mère
    et celle,
    retrouvée,
    de sa tante disparue.

    Le reste est littérature :
    « Tout Combray et ses environs,
    tout cela qui prend forme et solidité,
    est sorti,
    ville et jardins,
    de ma tasse de thé
    « …

    Bibliographie :
    « A la recherche du temps perdu« , Marcel Proust, Gallimard.
    « Le sens de la mémoire« , Jean-Yves et Marc Tadié, Gallimard, 1999.
    Sites Internet :
    Sur Proust : le temps retrouvé
    Sur les controverses scientifiques suscitées par Proust : une contribution publiée dans la revue Chemical senses (en anglais)

    Prochain article : « Cet étrange sentiment de déjà-vu« .

    Hervé Morin
    Article paru dans l’édition du 15.07.08.

    Dans mon article d’ »ouverture » de ce blog « En cherchant bien…« , « le carnet d’un curieux« ,
    j’ai « oublié » une lecture basique fondamentale
    de mon rapport au monde disons « culturel » _ pardon Michel Deguy ! je veux dire une lecture « de référence » formatrice, éducative fondamentale _,
    à côté de Montaigne, et de Shakespeare, surtout
    _ j’en ai passé bien d’autres, certes, sous silence, tel Marivaux, par exemple : si incroyablement fin… _,
    bref, j’ai passé grièvement sous silence Proust : bien à tort ; mea culpa…
    Délaisser _ reporter à plus tard, veux-je dire _ bien des autres, mais lire pour commencer, et y revenir souvent, la « Recherche« …

    Philosophiquement, on progressera notablement en se reportant aux travaux de Catherine Malabou autour de la « plasticité«  _ en commençant par exemple par son « Que faire de notre cerveau ?« , paru aux Editions Bayard en avril 2004…

    Mais des lecteurs peut-être nous ferons « avancer » en pareil balisage de ce chantier d’analyse de « l’activité mémorielle » si riche de complexité…

    Le « génie »
    (humain :
    en est-il d’autre ?
    entre Dieu, la bête, la plante, le rocher, l’ange, le diable,
    et qui _ ou quoi _ d’autre encore ?) ;

    et non-inhumain _ merci (et après Kant : « Critique de la faculté de juger« ), Bernard Stiegler (« Prendre Soin« ) _

    est passionnant en ce qu’il donne à « se repérer » et « avancer »
    en terra incognita…

    Et que nous cultivons si mal, ce « génie« ,
    si déplorablement
    en France, en particulier ;
    et à l’école

    d’abord.

    Qu’on se penche un peu sur la misère laissée
    (ministre après ministre :
    qu’ils se soucient un peu moins de leur « image » auprès des électeurs,
    « tenus » bien mal informés, eux _ ou plutôt les « citoyens » qu’ils sont pas seulement les jours de vôte !!! _, du « réel » ;
    et un peu plus de la vérité du terrain, du réel lui-même ;
    de ce qu’advient le « génie » des « humains » en formation
    (= les « élèves » qu’il faudrait, et faut, « élever » _ comme y insiste Alain !!!),
    quand prolifèrent ce qui s’intitule _ assez peu « humainement« , eh oui ! _ « département des ressources humaines » :
    merveille de la novlangue
    _ relire aussi, souvent, « 1984 » de George Orwell !!!

    qu’on considère sérieusement et avec gravité
    _ car « c’est Mozart » et Einstein « qu’on assassine » ainsi _
    la misère abandonnée à la pratique artistique
    créatrice
    _ il faut lui mettre le pied à l’étrier ! _
    à l’école,
    au collège,
    au lycée ;
    et en dépit des efforts de tant de « maîtres »
    qui n’en peuvent mais
    et s’essoufflent parfois
    de lutter contre les conditions qu’on
    _ système interposé :
    mais il y a toujours des responsabilités
    et des responsables,
    même si c’est à des degrés divers ;
    ce qui facilite la dé-responsabilisation,
    quand elle est diluée _ ;

    et en dépit des efforts de tant de « maîtres » qui n’en peuvent mais et s’essoufflent parfois de lutter contre les conditions qu’on
    impose à leur pratique
    (quand elle n’est pas, cette pratique-là,
    carrément supprimée
    d’un trait de plume
    _ « économie » obligeant,
    qu’on nous assène ! _) ;

    en horaires, en coefficients, en budget,
    comme en considération en retour ! _ ;

    au détriment de la plasticité
    créatrice et féconde _ en oeuvres _ ;
    quand entend règner
    impérialement
    en pratiquant la politique de la terre brûlée :
    la fielleuse flexibilité…

    Voilà bien une priorité pédagogique :
    agir contre l’incuriosité (qui en arrange tant),
    cultiver positivement et joyeusement la curiosité !

    Et qu’ »acteur  et système » _ pour reprendre l’expression du livre de Michel Crozier et Erhard Friedberg en 1977 (aux Editions du Seuil) _
    conduisent le génie des personnes humaines (non-in-humaines)
    à se former :
    est-ce trop cher à payer donc ?…

    Titus Curiosus, le 16 juillet 2008

    P.S. : en commentaire musical à l’expression d’Hervé Morin « Longtemps, science et littérature ont fait chambre à part« ,

    je propose l’interprétation (d’un raffinement _ viennois _ à se pâmer) par Elisabeth Schwartzkopf de la délicieuse mélodie viennoise elle-même « Im chambres séparées » (CD EMI CDC 7 47284 2)…

    im-chambres-separees.jpg

  • de la longueur et du style : du contrat de lecture (d’un blog)

    De la longueur et du style : de l’égard dans le contrat de lecture d’un blog

    (petite méditation sur l’écriture
    eu égard au sens du dire et à sa réception ;
    et sur le conseil _ unanime _ de « faire court« )

    A propos de l’écriture (longueur des articles, d’abord ;
    puis, peut-être aussi, « style » des dits « articles » de ce blog),
    ce mail du 6 juillet à 19h 37,
    en réponse à un échange téléphonique de la matinée du vendredi précédent,
    le 4…

    « Je ne publierai les 2 articles sur « Jeudi saint » de Jean-Marie Borzeix
    (aux Editions Stock au mois de mai 2008)
    qu’en commençant par « prévenir »
    de
    leur longueur « a-normale »,
    « excessive »…

    ainsi qu’en donnant aussi
    par anticipation
    la réponse (à mon envoi de ces articles : « Ombres dans le paysage »
    et « Lacunes dans l’histoire »)
    de l’auteur, Jean-Marie Borzeix.

    En plaçant,
    en « avant-propos »
    : « Au lecteur » (à la Montaigne en ouverture des « Essais« ),
    un « avertissement«  avec un brin de fantaisie,
    sollicitant un tant soit peu
    de temps et patience
    de lecture
    (pour chacun des articles : chacun ayant, et devant avoir, son rythme) ;
    soit la bienveillance
    traditionnellement de mise,
    mais ici
    en une « époque » de « nouvelles » normes
    _ et tenant, et comment, le haut-du-pavé _
    de « temps compté »
    et d’affichages (médiatiques !) de « ruptures » (dites _ ô la novlangue (de « 1984« , par George Orwell, en 1948) ! _ « modernité« ) ;

    en plaçant
    un « avertissement » sollicitant un minimum de bienveillance de la part de qui
    va « donner de soi »

    en s’exposant si peu que ce soit
    (mais est-ce, et dans quelle proportion d’occurrences, peu ?)
    à ce qu’il peut y avoir d’ »intime » et intense en une lecture
    _ et qui est ce pour quoi, au fond,
    au bout du bout de tout,
    j’aime,
    quant à moi en-tant-que-lecteur,
    me livrer à « ce vice impuni : » _ dit Valery Larbaud _
    « la lecture » ;

    tel un « avertissement«  à la Rabelais
    à propos des « silènes » et de la « substantifique moëlle« 

    du « Prologue » de « Gargantua« ,
    su par cœur de tous les lycéens de France il n’y a pas si longtemps,
    et que je ne résiste pas au plaisir de citer ici :

    « Silènes étaient jadis petites boîtes,
    telles que voyons de présent
    _ 1534 _ ès boutiques des apothicaires,
    peintes au dessus de figures joyeuses et frivoles,
    comme de harpies, satyres,
    oisons bridés, lièvres cornus, canes bâtées, cerfs limonniers

    _ ah, l’avalanche des « listes » dont s’enchante aujourd’hui un Pascal Quignard,
    l’auteur de ce si intense « Vie secrète » (aux Editions Gallimard en 1998) _,
    et autres peintures contrefaites à plaisir pour exciter le monde à rire
    (quel _ tel _ fut Silène, maître du bon Bacchus _ le dieu de l’enthousiasme) ;
    mais au dedans l’on réservait les fines drogues
    _ pharmaka, prononce Bernard Stiegler
    en son « Prendre soin _ De la jeunesse et des générations » (aux Editions Flammarion, en février 2008) :
    l’allusion rabelaisienne est donc on ne peut plus, cher Bernard, « pharmacologique »,
    comme tu le montres si excellemment,
    en « reprenant » le travail interrompu (par la mort, le 26 juin 1984) de Michel Foucault _,
    comme baume, ambre gris, amomon, musc, civette,
    pierreries et autres choses précieuses
     » ;

    et à propos de la « substantifique moëlle« , aussi
    _ qui ne connaît l’expression ? _,
    pour laquelle,
    tel le chien de Platon, au livre II de la « République » : « la bête du monde plus philosophe« ,
    dit un peu plus loin Rabelais,
    a « cassé » l’os, de ses dents curieuses _ fouilleuses et gourmandes ! _
    dit Rabelais en son « Prologue de l’auteur » de « Gargantua » :
    l’image de la moëlle étant empruntée
    à Saint-Jérome ;
    et celle des Silènes
    à l’intervention d’Alcibiade au « Banquet » de Platon,
    via Erasme :
    « Socrate _ maître démonique : ironique et évanescent _ est on ne peut plus pareil à ces silènes qui se dressent dans les ateliers de sculpteurs,
    et que les artisans représentent
    _ musiciennement : ce n’est pas innocent _ avec un syrinx ou un aulos à la main ;
    si on les ouvre par le milieu,
    on s’aperçoit qu’ils contiennent en leur intérieur
    des figurines de dieux
     »
    _ soit tout une esthétique d’acheminement
    (inventant en se souvenant),
    un peu dans le lointain de notre actualité
    d’impatience (agressive, plutôt que gourmande !)
    et des « normes » majoritaires de blogs d’Internet !!!) ;

    en plaçant en « avant-propos » à mon article, donc,
    un « avertissement »
    un tant soit peu humoristique
    à l’égard des mal voyants ou/et peu endurants
    (ils sont en nombre, jusque parmi les plus bienveillants,
    préférant « tirer » l’article sur papier ! pour le lire,
    quand ils ne remettent pas à un « un peu plus tard«  un peu moins bousculé
    qu’un présent qui trop se précipite  _ et en est « cabossé » _,
    le « temps«  même « de lire » attentivement l’article) ;

    peu endurants, donc, de la pas assez confortable « lecture sur écran »
    _ livre et librairie ont ainsi en puissance un très bel avenir _
    d’articles
    dépassant un format « standard »
    (c’est-à-dire habituel :
    ce qui déjà varie passablement de l’un à l’autre ;
    et qui peut « faire » aussi bien _ cf Aristote, l’ »Ethique à Nicomaque » (par exemple dans l’édition G-F) _ heureuse « vertu »
    que « vice » malencontreux !!! ;

    et qui agacerait,
    par cet excès de temps nécessaire,
    au point de la mettre « à bout » (et faire « bouillir »),
    cette « réserve » de patience (de lecture) d’aucuns :

    « perdre » son lecteur,
    en amenant

    _ voire « acculant » (par « harcèlement » : la mode du terme donnant à penser…) _
    à « rompre » d’entrée le contrat de lecture,
    est de très mauvais goût !!!

    combien je le sais !
    _ Yves Michaud l’a encore tout récemment gentiment « rappelé » à mon attention _

    à l’instar de cet art de la conversation
    (orale)
    _ cf l’anthologie remarquable de Jacqueline Hellegouarc’h « L’Art de la conversation »
    (du Père Dominique Bouhours, « Les Entretiens d’Ariste et d’Eugène« , en 1671,
    à l’Abbé André Morellet, « De la conversation« ,
    publié en 1812, mais rédigé très vraisemblablement en 1778),
    en passant par le chevalier de Méré, Madeleine Scudéry et François de Callières,
    anthologie très éclairante (d’un siècle : 1671-1778) parue en août 1997 dans la collection des Classiques Garnier _ ;

    à l’instar de cet art de la conversation, donc,
    qui n’est ni plus ni moins que l’égard
    de sertir joliment la parole à venir de l’autre,
    de l’interlocuteur !
    de celui auquel on s’adresse
    et que l’on va, l’instant qui suit, à son tour, écouter nous adresser à son tour la parole ;

    il en va tout
    de même
    de l’auteur-écrivant vis à vis _ en cette situation de regards qui se donnent, sans rien figer _ de son lecteur ;
    lecteur en acte de lecture déjà,
    et pas seulement en puissance ;
    ni le livre, ni l’article,
    ne devant « tomber des mains », « sortir des yeux »,
    exaspérer (« mettre hors de soi »)
    ;

    ne pas trop « tirer », donc, « sur la corde »
    ultra-sensible de la bienveillance principielle du lecteur

    _ n’était-ce pas, là aussi, le premier geste rhétorique (de l’auteur)
    que la captatio benevolentiae ? _ ;

    c’est toujours, toujours,
    ici comme ailleurs,
    une affaire de rythme… ;

    cet « avertissement »
    (à placer en tête des-dits deux articles un peu « longs »
    _ « étude critique » les qualifie Jean-Marie Borzeix
    en un courriel du 12 juin à 15h08 _),
    cet « avertissement« , donc,
    sera du genre :

    « ne s’engager » en la lecture de cet article
    qu’en excellente forme (physique),
    en « bon état » (de curiosité),
    et avec un équipement neurologique et sensitif
    (chaussures, vêtements, lunettes, fauteuil)
    adéquat
    pour « endurer » plusieurs pages d’ »attention intensive« ,
    mettant à un peu rude épreuve
    qui s’engage sur cette piste « sportive »,
    voire « ultra-sportive »
    même si elle n’est pas « compétitive »
    (on n’y mesure rien,
    on n’y délivre nul diplôme,
    il ne s’agit ni d’un concours, ni d’un examen,
    tout y est libre,
    dédié au seul plaisir
    _ sans bénéfice, gain, profit, intérêt autre que lui : gratuit ! _
    de lire…
    ) ;

    cet « avertissement » ne sera ni bégueule, ni snob :
    il porte seulement sur quelques unes des conditions de la liberté (du lire) :
    un peu comme pour accéder à l’enchantement proustien
    _ ou à l’enchantement montanien
    (la situation _ et l’impérial régal _ de « Lire les Essais » est identique à celle de lire « la Recherche« …) _,
    il est nécessaire d’entrer (passer le portail),
    suivre
    et poursuivre la lecture
    de dizaines, centaines, milliers de pages qui en toute (double) générosité (de donner _ sans regarder à compter ! _ son temps) se succèdent, au fil des heures, et journées ou nuitées,
    que cela _ lire _,
    en « prenant » et « occupant », de fait,
    « demande », « requiert », « nécessite » on ne peut plus effectivement (en vis-à-vis d’un symétrique écrire) :
    on doit franchir, disons les cinquante premières pages de « Combray« ,
    en « ouverture » de « Du côté de chez Swann« ,
    qui n’est lui-même, un peu artificiellement

    (pour des raisons éditoriales de division en « volumes » ;
    ainsi que de poids _ on ne peut plus physique ! _ du livre entre les mains du consentant lecteur,
    qui a fait l’effort de se procurer _ en l’achetant, le plus souvent _, le-dit livre ;
    on peut ici se reporter aux remarques « grammatologiques » de Bernard Stiegler _ passim, dont, par exemple, « Prendre soin » _,
    à partir, notamment, de Sylvain Auroux :
    « La Révolution technologique de la grammatisation« , publié aux Editions Mardaga, en 1993 _ actuellement non disponible
    fin de l’incise) ;

    qui n’est lui-même, ce « Du côté de chez Swann« ,
    que le seuil
    de l’enchantement infini
    _ symétrique (du côté de la lecture) du « tant qu’il y aura de l’encre et du papier » (du côté de l’écriture) de l’auteur :

    Montaigne, Proust
    même « infinie » (= vitale-mortelle-d’éternité) affaire : de générosité ! _ ;

    qui n’est lui-même, ce « Du côté de chez Swann« , que le seuil de l’enchantement infini, donc,
    de « A la recherche du temps perdu » :
    car telle est l’œuvre en son entier (et unité indivisible : le reste _ fragments _ n’en étant qu’éléments, pièces, pierres _ de construction _ d’élévation du bâtiment) ;
    les titres la « découpant » (en « volumes » physiques, donc),
    n’en constituant que des scansions un peu commodes,
    tels des chapitres, si l’on veut, de ce méga-livre :
    telles des étapes d’un chemin (de découverte et initiation : sans peut-être même assez d’une vie pour l’accomplir ; et s’y trouver, « dans le temps  » !) à une échelle un peu inhabituelle,

    tenant, à la fois et en même temps, de ce qu’offrent, en matière d’ »aides au regard« , le télescope et le microscope ;
    on se repose un moment en une pause, en une halte, ne serait-ce que grâce à la « tourne » (et aux points) ;
    pour mieux « reprendre », « poursuivre », « aller » plus loin et jusqu’au bout (à l’infini, donc, selon le jeu d’échos des « rétentions » et « protentions » de ce qui peu à peu s’élabore et s’élève en ce jeu de « renvois » des miroirs de l’expérience, de la mémoire, et des œuvres aimées : c’est là le propre des livres majeurs…).

    Fin de l’incise sur les conditions propices à cette liberté du lire.

    Et je reprends (enfin ! Ouf !!!) la citation de mon mail du 6 juillet à 19h37 _

    je ne publierai les 2 articles (ou « études critiques« ) sur « Jeudi saint » de Jean-Marie Borzeix
    qu’en commençant par « prévenir » – « avertir » le lecteur de leur longueur
    (excessive, en effet),
    même pour qui pratique une méthode de lecture « attentive intensive »
    _ la capacité d’attention et de persévérance de lecture sur écran
    a des limites,
    et même pour un têtu (avec ascendances bretonnes et basquaises,
    entre autres caboches), comme moi ;

    et en soulignant les vertus de patience et d’endurance requises
    _ Kant dit, lui, « vaillance » et « courage » (du devenir « majeur« ),
    versus « paresse » et « lâcheté » (du désirer demeurer « mineur« ,
    en son « Qu’est-ce que les Lumières ? » de 1784),
    nous rappelle Bernard Stiegler en son « Prendre soin » _
    afin de « découvrir » et « assimiler » jusqu’au bout la « matière » de ces deux articles « à venir » :
    « Ombres dans le paysage : pays, histoire (et filiation) »
    et
    « Lacunes dans l’histoire » : par-là même annoncés.

    Et en les « aérant », encore, si possible, ces articles,
    de photos
    (de Bernard Plossu,
    quand il sera de retour
    de ses actuelles « campagnes »-randonnées photographiques,
    sur le terrain de l’altérité désirée
    du rencontrer…) ;
    toujours, toujours la respiration et le rythme…

    J’ai « réagi » aux remarques saines de H.D.D. en rédigeant quasiment instantanément
    l’article « Attraverso Milano » : sec
    et avec en regard surtout
    la très belle photo : « fabuleuse« , de « l’invito alla mostra » …

    L’Art est un silence (non vide) appelant _ voire défiant _ réponse en écho
    à ses interstices
    et par son élan : il déplace par son souffle.
    Il est vent
    _ et ensemence en mobilisant.
    D’aucuns disent « esprit« .
    Ou « Et le verbe fut » : mais cela n’est vraisemblablement pas qu’une seule fois (et au passé simple) : le « génie » a vocation, en relais au « divin », à, lui aussi, souffler ; même si, pour lui, les suites (filiations) sont un peu plus improbables, fragiles _ fondamentalement incertaines _, et souvent « manquées »… Mais quand ça vient, l’ »œuvre » vraie donne confiance. Et aux autres aussi.

    Paul Eluard :
    « l’artiste est moins celui qui est inspiré
    que celui qui inspire
     » :
    sourcier de buissons de désirs
    en ritournelles…

    Et sur la « ritournelle« , Gilles Deleuze s’est merveilleusement exprimé…

    D’autant mieux, je reprends le fil de ma remarque sur un tempo plus « saccadé », que
    pour l’article « Attraverso Milano…« ,
    j’ai simplement recopié un échange rapide de mails (du mois de mai)…

    Et voilà presque, à nouveau, un article…

    Bien à vous,

    Titus Curiosus »

    _ c’était le 6 juillet à 19h37 ;
    et c’est maintenant le 9 à 7h17,
    ou 18, ou 19, et même 20…
    « Tout coule« , dit Héraclite ; ou,
    pour Andrew Marvell
    « But at my back I always hear
    The winged charriot of Times running near
    « …

    Et à la relecture, le 11 juillet à 9h01…

  • le Carnet d’un curieux

    Je pense, bien sûr, au texte d’Ouverture, présentant
    (”Au Lecteur” _ comme fait Montaigne en avant de son livre d’”Essais“)
    ces propositions de curiosité,
    découvertes,
    enthousiasmes à partager,

    qui constitueront les envolées et escapades de ce blog : “En cherchant bien… les Carnets d’un curieux“.

    …

    J’y traiterai, en mon style
    _ attentif intensif, c’est-à-dire fouilleur,
    s’embringuant dans le fourré plus ou moins dense du “réel“ et se coltinant un minimum à l’épaisseur et résistance des “choses“,
    en leur lacis déjà dé-lié cependant : par quelque “œuvre“… _,
    du goût de la lecture,
    de la rencontre
    (heureuse) avec les œuvres (d’auteurs _ qui en soient d’un peu “‘vrais”),
    dans le dialogue presque tranquille de deux attentions
    (en direction, ou presque, l’une de l’autre,
    avec juste la fantaisie musarde et amusée d’un brin de décalage) :
    celle de l’auteur et celle du lecteur-spectateur (acteur-regardeur actif, lui aussi, de sa lecture)
    selon la thématique développée par Marie-José Mondzain
    dans son important “Homo spectator” (paru chez Bayard en novembre dernier).

    …

    J’y évoquerai aussi cet antre, mais large et lumineux, qu’est la librairie Mollat,
    dans l’amplitude tranquille de son espace, vaste, déployé,
    et de ses ressources (et hauteurs, et profondeurs), succulentes et joyeuses, de livres ;
    et combien il m’attache, mais oui, personnellement à la ville de Bordeaux…

    …

    J’évoquerai l’ombre tutélaire et protectrice (depuis un 13 septembre 1592)
    _ l’ombre “amie” _
    de Montaigne,
    et l’humour infini _ “tant qu’il y aura(it) de l’encre et du papier” ; ainsi qu’”à sauts et à gambades” _
    de ce merveilleux (et humble) essayeur gascon ;

    …

    Montaigne
    _ le maître (sans disciple),
    dans les couloirs limpides du labyrinthe duquel
    (à qui consent de jouer _ en « diligent lecteur » tout de même ! _ à l’y suivre, ou plutôt ac-compagner, et converser avec !..)
    introduit lumineusement le récent livre, indispensable, de Bernard Sève, “Montaigne. des règles pour l’esprit” (aux PUF en octobre 2007) _

    …

    Montaigne “fondant”
    _ au participe présent du verbe “fonder” _,
    et sans le moins du monde le chercher,
    par la seule grâce (et autorité
    _ non didactique, loin de la chaire et du moindre “titre”) de son espiègle exemple
    cf le défi à “l’indiligent lecteur” : “Quitte mon livre !” _ ;

    …

    Montaigne « fondant » donc
    _ sans rien « fonder » _
    ce qui va tout aussitôt,
    et en Angleterre d’abord (où “il” est aussitôt traduit),
    devenir un genre, et littéraire, et philosophique
    _ lui ne les disjoint certes pas !
    ou plutôt “il” n’est pas, lui, Montaigne, dans (dedans, enfermé dans) les “genres”,
    tant son génie mutin et facétieux
    en même temps qu’il n’y a _ vraiment pas ! _ plus sérieux ni grave,
    est, “à sauts et à gambades”, trans-genres _ ;

    …

    Montaigne “fondant”, donc,
    pour dorénavant en quelque sorte, si j’ose dire
    _ lui n’en sait fichtre rien ! et combien s’en rirait ! _,
    “fondant”,
    si l’on y tient,
    l’”essai”
    _ lui ne disant (et c’est la chose même !) qu’“essais“,
    au pluriel et sans article
    _
    tel, ou tels, par exemple, ceux, très vite (dès 1597),
    ceux de Francis Bacon :
    celui (1561-1626) du tournant du XVIIème siècle élisabéthain,
    pas le génie tourmenté _ pictural _, et sublime, du siècle qui vient de passer (1909-1992, pour cet autre),
    un des « fondateurs », ce Bacon de Verulam là, philosophe et politique (« chancelier d’Angleterre« ),
    par l’”essay“, donc,
    de la “méthode expérimentale” du connaître (qui est un juger)…

    …

    Que le partage de ces goûts (des livres, des Arts) s’exercera
    _ sur ce blog _
    en pleine liberté, ou/et gratuité,
    sur fond
    _ sans trop de présomption (vaudrait mieux…) _
    de “civilisation”,
    dans l’esprit “français” (et gascon
    _ Guilleragues,
    l’auteur magnifique, et discret (en 1669,
    un an juste avant “Bérénice“),
    des (brûlantes de “retenue” _ un prodige ?) “Lettres de la religieuse portugaise“,
    et le diplomate “choisi” par le Roi-Soleil pour “régler” à Istamboul,
    auprès de la peu commode Sublime Porte,
    la “délicate” affaire du Divan,
    survenue, elle, en 1676,
    et qu’il va mener à bien ;
    Guilleragues, donc (1628, Bordeaux – 1685, Istamboul),
    est lui aussi, un bordelais) _ ;

    …

    dans l’esprit français et gascon, donc,
    de la conversation
    déliée, et sa verve toute d’alacrité,
    au meilleur de ce que purent être les “salons” :
    lire ici Marc Fumaroli : “Trois institutions littéraires” (non disponible)  _ Gallimard, en novembre 1994 ;
    et Benedetta Craveri : “L’âge de la conversation” _ Gallimard, en octobre 2002 ;
    et aussi Antoine Lilti : “Le Monde des salons” _ Fayard, en octobre 2005…

    …

    Et cela dans l’ouverture de grand air, ou plein vent,
    de pas trop vissées serré curiosités
    _ j’aime qu’il y ait un minimum de jeu, et que ça flotte ;
    risquer un œil à côté de la perspective incitée,
    en se déplaçant un pas plus loin que la place marquée,
    à peine, un brin, à l’écart, en ce coin-ci,
    passant la porte entrebâillée, ou derrière la palissade _ ;

    …

    dans l’ouverture, donc, d’un peu larges et mobiles (boulimiques ?) curiosités
    plurielles :

    …

    littéraires _ probablement en premier…
    beaucoup, même si ce n’est pas tout, commençant par et sur la lancée du verbe _,
    et notamment d’écrivains de par “le monde entier“,

    philosophiques _ soit une clé : vers l’essentiel (du comprendre) _,

    historiques _ autre clé, de patience, et patrimoniale _,

    artistiques (musicales
    _ à commencer par les commodités discographiques _,
    mais aussi picturales, cinématographiques, théâtrales, photographiques, etc…)
    _ qui sont aussi de l’ordre du fondamental :
    chaque artiste, pour lui, en son aventure esthétique (= de sensation) forcément singulière, et peut-être foudroyante,
    ses sens à lui
    s’éprouvant, grand ouverts ;

    et géographiques aussi,
    à partir
    , je dirais, de villes-”mondes“ (Rome, Prague, Istamboul, donc,
    Lisbonne, Naples, Buenos-Aires, etc… :
    presque toutes
    _ mais dans le “Conte d’hiver“
    la Bohème n’est-elle pas shakespeariennement “accessible” elle aussi “par la mer” ?! _ ;
    presque toutes
    des cités portuaires, ainsi que Bordeaux :
    ouvertes sur le large…
    ) ;
    etc…

    …

    Et, ce, par le tamis décisif
    _ « krisis » : d’où dérivent « crible », « crise » et « critique » (tous « passages« …) _
    d’œuvres “en vérité”…

    …

    Bordeaux n’est-il pas,
    cher Jean de La Ville de Mirmont
    _ “car j’ai de grand désirs inassouvis en moi”
    (chante à part soi “L’Horizon chimérique“,
    avec la musique de Gabriel Fauré aussi, par exemple) _,
    par cette “petite mer“
    que ne cesse jamais tout à fait d’être la Gironde
    (cf la vague du mascaret
    qui remonte, ainsi que les lamproies
    _ cf “Le Livre de la Lamproie” (avec photos _ coucou, Alain Béguerie ! _ et CD-Rom) aux Editions Confluences, en avril 2007 _,
    jusqu’à sinon La Réole, du moins “Gironde“, la bien nommée, sur Dropt) _,
    Bordeaux n’est-il pas, je reprends l’élan de la vague,
    un port ouvert
    _ possiblement _ sur tous les océans du monde,
    et l’opulente gestation limoneuse
    de la mer des Sargasses, par le Gulf Stream ?…

    …

    Avec aussi ce choix d’aérer le texte par le souffle
    (à fleur à peine de la visibilité) de la poésie
    de l’image photographique
    si splendidement en mouvement
    (cf son fameux “flou” :
    marché, dansé, pas à pas, en avançant… dans la vie)
    de l’ami Bernard Plossu
    _ et combien cette amicale “accointance”,
    aérienne

    …

    (voire angélique : un Ange _ rilkien ? :
    “Qui, si je criais, m’entendrait donc, parmi les cohortes des Anges ?”
    celui de Miramar des “Élégies de Duino”, proche de Trieste ? _
    y passe, à l’occasion,
    mais non sur rendez-vous,
    on pourrait presque, sinon, “miser” sur son passage…)

    …

    devrait comme enrichir la réflexion
    -inspiration “en suivant”
    des lecteurs
    : par cette “respiration” texte / image,
    au moins par jours fastes :
    nous découvrirons sur quel espace cela
    pourra donner…

    …

     

    (sans titre) © Bernard Plossu

    …

    Et viendra le premier article,
    à propos de, probablement, l’ouvrage magistral (”d’une vie”),
    et n’éclairant pas _ tout se tenant _ que sur le passé,
    de Saul Friedländer : « L’Allemagne nazie et les Juifs : les années d’extermination 1939-1945« ,

    une priorité de lecture !

    …

    A suivre,

    …

    Titus  Curiosus, pour la signature.

    …

    Mais voilà que je m’avise que,
    en l’adaptant légèrement à la marge peut-être,
    ce texte-ci pourrait faire une “Ouverture”
    _ programmatique, sinon emblématique ? _  potable
    (possible)
    pour ce blog des “Carnets d’un curieux : en cherchant bien…” : qu’en est-il ?..
    à votre avis ?

    …

    Titus Curiosus, donc, ce 20 mai  2008

    …

    Photographie : Sans Titre, © Bernard Plossu