Catégorie : Philo

  • Continuer d’apprendre à marcher

    Sur « Éloge de la marche » de David Le Breton (aux Editions Métailié, paru en mai 2000)

    …

    J’achève à l’instant « Éloge de la marche » de David Le Breton
    avec une très vive satisfaction.
    …
    D’abord, déjà, d’un titre aussi juste : remercier (par l’ »éloge » !) pareille activité _ qu’est « marcher » _

    comme une des grâces du bien vivre…
    …
    Mais qui doit cependant _ ce « marcher » _ « se cultiver« ,
    dans une civilisation qui incline fortement à la paresse, à la passivité
    (et à la lâcheté).
    …
    Nous retrouvons ici
    et Kant (« Qu’est-ce que les Lumières ? » en 1784)
    et Bernard Stiegler (« Prendre soin _ de la jeunesse et des générations« ) :
    toujours autour de la question de la hiérarchie (contre la confusion _ et l’inversion) des moyens et des fins
    pour ce qui concerne le devenir
    et de l’individu humain
    (ou « non in-humain« ,
    ainsi que le précise justement Bernard Stiegler)
    et de l’humanité,
    en son devenir historique et civilisationnel
    (face à la tentation
    _ cf Nietzsche, le discours du sur-humain, et du « dernier homme« , au Prologue d’ »Ainsi parlait Zarathoustra » _
    du nihilisme :
    ah ! la jouissance sauvagement « inculte »
    et « barbare » (cf Michel Henry : « La Barbarie« , en 1987)
    du détruire, du ruiner,
    et de se détruire _ et de se suicider…)…
    …

    « Le corps,
    dit David Le Breton page 13,
    est un reste contre quoi se heurte la modernité _ technicienne, mécanique, motorique : par les prodiges d’ automatisation de l’ingénierie technologique, procurant au corps mille prothèses qui finissent par nous le rendre inutile, encombrant, obsolète dans le moindre de ses anciens gestes et efforts : à quoi bon se fatiguer quand la machine (voiture, ascenseur, escalator : on vient s’y figer…) vous porte, transporte, jusqu’à vous remplacer vous-même en tant que simple moyen (pour d’autres _ voire, et c’est là le comble du raffinement ! _ pour soi) ? Ainsi en 1999, David Le Breton a-t-il pu écrire un « Adieu au corps« …

    (…) Cet effacement (du corps) limite son champ d’action sur le réel,
    diminue le sentiment de consistance du moi,
    affaiblit sa connaissance des choses.

    (…) Les pieds servent davantage à conduire des voitures
    ou à soutenir le piéton quand il se fige sur l’escalator

    _ ce qui me peine considérablement chaque fois, mais oui !
    par tout ce que cela implique du rapport de soi au vivre _
    ou le trottoir,
    transformant la majorité de leurs usagers

    _ de ces pieds _
    en infirmes
    _ rien moins ! _
    dont le corps ne sert plus à rien, sinon à leur gâcher la vie » (page 13, donc) !

    …
    Avec ce versant positif-ci, page 14 :
    « Les marcheurs
    _ eux, dans le monde contemporain, rappelle David Le Breton _
    sont des individus singuliers
    qui acceptent des heures
    et des jours
    de sortir de leur voiture pour s’aventurer corporellement dans la nudité du monde.

    …

    La marche est le triomphe du corps _ et de la « sensorialité« , ré-activée alors _ selon le degré de liberté _ d’initiative et de fantaisie re-trouvée (des jeux de l’enfance) _ du marcheur. »
    …

    Et page 15 :
    « Jouissance du temps, des lieux,
    la marche est une dérobade, un pied de nez à la modernité
    (motorisée et stipendiée).
    Elle est un chemin de traverse dans le rythme effréné de nos vies,
    une manière propice de prendre de la distance.
    « 
    …
    Avec ce mode d’emploi-ci, page 16 :
    « Mon intention _ d’auteur, précise-t-il, liminairement à son propos _ est de parler de la marche consentie plaisir au ventre,
    celle qui sollicite la rencontre,
    la conversation,
    la jouissance du temps,
    la liberté
    _ ou fantaisie re-gagnée, j’y insiste _ de s’arrêter ou de continuer le chemin.
    …
    Invitation au plaisir _ gratuit _,
    et non guide
    _ à suivre, copier, imiter _ pour bien faire.
    Jubilation tranquille de penser et de marcher
     »
    _ les deux allant l’amble…
    …

    « Il s’agit seulement
    _ en ce petit livre, donc _
    de marcher ensemble
    _ auteur et lecteur _
    et d’échanger
    _ en le dialogue actif et amical de l’écriture et de la lecture _
    des impressions
    _ ouvertes _
    comme si nous étions autour d’une bonne table dans une auberge du bord de route,
    quand la fatigue et le vin délient les langues
     » :
    ainsi, me souviens-je d’un périple
    _ à vélo, il est vrai, l’été 1969, sur le chemin de Saint-Jacques (l’année de « La Voie lactée« , de Luis Buñuel) _,
    où nous avons dîné deux fois, dans une semblable auberge « du bord de route« , à Deva, en Guipuzcoa,
    rien que pour le plaisir de partager notre bonne humeur avec la bonne humeur de convives venant de s’attabler
    alors que nous achevions, bien malencontreusement (d’abord _ mais qu’à cela ne tienne ! cela fut vite « réparé » !), notre dessert…
    …

    J’admire l’écriture de David Le Breton,
    tant pour ce qu’il dit du « fond » des choses
    _ et c’est bien du « fondamental » (ou « élémentaire » : c’est le titre du chapitre page 74) qu’il s’agit ici : par le corps, et l’usage ouvert et lucide des sens
    (ou « sensorialité » : le mot se trouve dès la seconde phrase, page 11 ;

    et encore à la dernière page, au pluriel, cette fois : à propos « d’autres provisions d’images et de sensorialités« , quand « heureusement nous repartirons en balades dans les villes du monde, les montagnes, les déserts« , page 168) ;

    et c’est bien du « fondamental » qu’il s’agit, en effet, ici : se repérer _ un minimum _
    afin de vivre,
    survivre
    et d’abord bien vivre (ou vivre au mieux, vivre plus pleinement) ;
    que par la méthode : tissant _ magnifiquement _ sa réflexion à celles d’auteurs
    dont il se réjouit de citer les belles et justes paroles
    , en leur « jus »,
    dans le rythme de leur écriture originale (= leurs phrases, leur phraser ;
    c’est-à-dire le souffle syncopé de leur respiration.
    Ou le génie poétique,
    qui se déploie lui-même en une marche,
    en quelque sorte, pas après pas posé (ou dansé) sur le sol ;
    les pas frappant ce sol,
    selon la tonalité diversifiée et le grain du terrain…).

    …

    Ce qui donne, pages 16 et 17 : « Balade en toute simplicité
    et en bonne compagnie
    où il importe aussi
    à l’auteur de dire son plaisir non seulement de la marche
    mais aussi de maintes lectures
    et le sentiment constant
    _ la phrase le marque bien _ que toute écriture
    est nourrie de celle des autres
    et qu’il est légitime
    dans un texte de rappeler
    cette dette de jubilation

    _ ô la belle et juste expression ! _
    qui alimente souvent la plume _ et le penser juste et inspiré _ de l’écrivain« .
    …
    Avec cette dernière phrase pour conclure (page 17) cette « ouverture », intitulée « Seuil du chemin«  :
    « Pour le reste,
    ce sont des souvenirs qui défilent,
    des impressions,
    des rencontres
    _ oui ! _,
    des conversations à la fois essentielles et dérisoires
    _ comme c’est la loi, cela se découvre, pour le « fondamental » _,
    en un mot
    _ et ce sera le titre d’un livre ultérieur
    (en février 2006 _ et sous-titré « Une anthropologie des sens » : j’y adhère pleinement !)
    de David Le Breton _
    la saveur du monde« .
    …

    A propos de « l‘élémentaire » re-trouvé
    _ comme le temps chez Proust (dans « Le Temps retrouvé« , au final de « la Recherche« ) _
    par l’exercice effectif
    _ et on s’en rend on ne peut plus physiquement et physiologiquement compte _
    de la marche,
    ces quelques remarques-ci, page 74 :
    « La relation au paysage est toujours une affectivité à l’œuvre
    _ mais oui : elle travaille, et elle crée _
    avant d’être _ rien que _ un regard _ détaché du contexte
    (just a glimpse).
    Chaque espace
    _ et son génie
    (de lieu : genius loci)
    ainsi manifesté,
    consentant à nous adresser un petit signe, discret, de connivence véridique _
    contient en puissance des révélations
    _ rien moins _
    multiples
    _ polyformes _,
    c’est pourquoi aucune exploration n’épuise jamais
    un paysage ou une ville

    _ et ses ressources (ou trésor) de sens, à l’infini.
    On ne se lasse que de vivre » _ tiens donc !
    Et voici bientôt le crucial :
    « La marche est confrontation
    _ de visages qui se regardent, aussi, et enfin, presque de face : en confiance _
    à l’élémentaire,
    elle est tellurique
    et si elle mobilise un ordre social marqué dans la nature
    (routes, sentiers, auberges, signes d’orientation, etc.),
    elle est aussi immersion
    _ ou bain _ dans l’espace,
    non seulement sociologie,
    mais aussi géographie
    _ corps de la terre-mère _
    météorologie,
    écologie,
    physiologie,
    gastronomie,
    etc.
     » _ tout ce qui tient au lieu.

    …

    Avec cette conclusion provisoire :
    « En le soumettant à la nudité du monde

    …

    Sans titre © Bernard Plossu

    …

    _ cf le merveilleux « L’Usage du monde » de Nicolas Bouvier, sur son voyage initial de juin 1953 (au départ de Belgrade) à décembre 1954 (à l’arrivée au Pakistan) _,
    elle sollicite en l’homme le sentiment du sacré.« 
    David Le Breton le précise ainsi :
    « Emerveillement _ au sens propre _ de sentir l’odeur des pins chauffés par le soleil,
    de voir
    _ simplement voir (= rece-voir, ici, accueillir) _ un ruisseau couler à travers champ,
    une gravière abandonnée avec son eau limpide au milieu de la forêt,
    un cerf s’arrêter dans la futaie pour regarder passer les intrus.
    La tradition orientale parle du
    darshana d’un homme ou d’un lieu
    pour désigner
    un don de présence,
    une
    aura
    qui transforme
    _ en se donnant (cela devient rare en un monde marchandisé) _

    ceux qui en sont les témoins
    _ soit une éducation ; et un soin _,
    pages 74 et 75.

    …

    Quatre grandes parties pour cet « Éloge de la marche » : la première (et principale)
    intitulée « le Goût de la marche« 
    (de la page 18 _ « Marcher » _ à la page 99 _ « La réduction du monde où marcher« )
    concerne la randonnée pédestre par les bois, par les champs, par les plaines, par les montagnes,
    sac au dos.
    J’énumère pour le plaisir ses têtes de chapitre :
    « Marcher ; le premier pas ; la royauté du temps ; le corps ; bagages ; seul ou à plusieurs ; blessures ; dormir ; silence ; chanter ; de longues marches immobiles ; ouverture au monde ; les noms ; la comédie du monde ; l’élémentaire ; animaux ; l’obliquité sociale ; promenades ; écrire le voyage ; la réduction du monde où marcher« .
    …
    La seconde,
    tel un intermède
    _ peut-être un peu « expédié » : mais ce sont là des cas-limites (ou « héroïques ») _,
    de la page 100 à la page 120,
    intitulée « Marcheurs d’horizon« ,
    concerne des « marches extrêmes« , pour la vie (sauver sa peau),
    ou pour l’exploit _ quand il y avait encore des « explorateurs » :
    autour de 4 exemples :
    Cabeza de Vaca (« des côtes de Floride à celles du Pacifique« , page 101),
    René Caillé (« vers Tombouctou« , page 102),
    Richard Burton (et John Speke : « en quête des sources du Nil » blanc, page 109)
    et Michel Vieuchange (vers Smara : « une ville mythique, abandonnée, au coeur du désert et du danger« , en Mauritanie, page 117) ;
    Soit, pour les dates _ et les époques :
    _ 1527-1537 ;
    _ 19 avril 1827 – 20 avril 1828 – et à Tanger le 7 septembre ;
    _ 1857 – 1863 ;
    _ septembre 1929 – 2 novembre 1930 – et (bref) retour.

    …

    David Le Breton aurait pu citer aussi,
    dans le genre
    (de celle de Cabeza de Vaca)
    les « marches de la mort » _ hors « les camps » _ de 1945 :
    celle de Robert Antelme, par exemple (dans « L’Espèce humaine« )
    ou celle _ via la Russie _ que racontera Primo Levi dans « La trêve« …
    …
    La troisième, très belle et très juste, à nouveau,
    bien qu’un peu « rapide » _ elle aurait mérité plus ample « développement » _
    de la page 121 à la page 146,
    s’intitule « Marche urbaine« 
    _ et c’est celle qui, personnellement, me passionne.
    Ses têtes de chapitre :
    « Le corps de la ville » (de la page 121 à la page 132);
    « Rythmes de marche » (de la page 132 à la page 135) ;
    « Entendre » ; « Voir » ; « Sentir » ; « Humer » (de la page 135 à la page 146)

    appellent bien des commentaires…

    …
    Une dernière partie, comme en appendice « spirituel »,
    s’intitule « Spiritualités de la marche«  (de la page 147 à la page 166) ;
    avec comme têtes de chapitre : « Itinérances spirituelles » ; « Marcher avec les dieux » ; « La marche comme renaissance » : car « dans la trame du chemin » peut « se retrouver le fil de l’existence« … (page 166)

    …
    Et une rapide conclusion de 2 pages (167 et 168) : « La Fin du voyage«  :
    « Le voyage nous fait et nous défait ; il nous invente« .
    Et « nous repartirons en balades dans les villes du monde,
    les forêts, les montagnes, les déserts

    _ wilderness, dit, après d’autres, Catherine Larère (c’était le vendredi 28 mars dans la salle des Actes de l’Université Bordeaux3-Michel-de-Montaigne, je l’ai écouté le développer, autour d’Emerson, et Thoreau, et John Muir, et Aldo Leopold : « Almanach d’un comté des sables« , etc… : c’était en un colloque sur le « sauvage » organisé par Bruce Bégout et Barbara Stiegler) _,
    pour d’autres provisions d’images et de sensorialités _ oui ! _,
    découvrir d’autres lieux et d’autres visages _ ne sont-ils pas étonnamment liés ? _,
    chercher prétexte à écrire, renouveler notre regard, sans jamais oublier que la terre est faite pour les pieds plutôt que pour les pneus
    et que tant que nous avons un corps
    il convient de s’en servir
    « .
    Et, passé une phrase : « dans la jubilation d’être venu là.
    Les sentiers, la terre, le sable,
    les bords de mer,
    même la boue ou les rochers,
    sont à la mesure du corps
    et du frémissement d’exister
    « .
    …

    Merci à David Le Breton de ce généreux et salubre (r-)appel…

    …

    Titus Curiosus, le 5 août 2008

    Sans Titre - © Bernard Plossu

    Photographies : Sans Titre, © Bernard Plossu

  • Articles « en souffrance » : un inventaire « à la Prévert »…

     En une sorte d’inventaire « à la Prévert« , voici un premier _ très provisoire et bien incomplet, déjà _
    catalogue d’articles « en souffrance », que je me promets de rédiger, rapidement, mais dans des conditions minimales (= « élémentaires« ) de « soin »…

    Car je me suis promis, en effet, de rédiger bien des articles
    sans m’être trouvé en situation de le « réaliser » dans des conditions satisfaisantes
    de concentration (pour l’inspiration de leur « écriture ») : en voici un premier « inventaire » provisoire
    (et déjà très incomplet).
    …
    A savoir :
    …
    _ d’abord, et à tout seigneur, tout honneur,
    ce qui aurait dû être le tout premier vrai article
    _ à part celui de « présentation » du blog (« le carnet d’un curieux« ) :
    l’article sur ce monument (de vérité et de grandeur) que sont  « Les Années d’extermination« ,
    le tome second de « L’Allemagne nazie et les Juifs »
    de Saul Friedländer (aux Editions du Seuil, en février 2008) :
    un chef d’œuvre _ et quel Chef d’Œuvre ! _ pour comprendre « vraiment » (avec la gamme prodigieusement restituée et commentée des « témoignages » _ des victimes qui ont pu « s’exprimer » _, tout particulièrement : par là, cet ouvrage est tout simplement irremplaçable !) ; pour comprendre « vraiment » le sens de la modernité…
    …
    _ quelques articles de musique :
    …
    _ le CD Alpha 128 « Trios pour Nicolaus Esterhazy » de Joseph Haydn, par l’ensemble Rincontro (les excellents Pablo Valetti, Patricia Gagnon et Petr Skalka) :

    …

    big.JPG

    …

    une merveille de « musique domestique« ,
    c’est-à-dire d’intimité,
    restituée et offerte (comme un cadeau tout simple mais rare, en son incroyable « finesse »)
    telle qu’elle se pratiqua à la fin du XVIIIème siècle, en l’occurrence,
    loin des salles et scènes de concert (et des publics bruyants)…
    Soit tout un pan de musique révélé
    _ rendu : restitué et offert, donc _,
    et combien merveilleusement (expression oxymorique).
    Une très grande chose, qui ne se découvre pas à la première audition :
    à la seconde seulement ! Il faut lui prêter un minimum son écoute : en retour,

    c’est tout un monde qui nous est ici, par ce CD, « donné » à écouter partager :
    comme si nous nous tenions sur le seuil de cette petite pièce où le prince et ses amis (ou musiciens) « jouent » entre eux et pour eux…
    …
    _ un article « Alexandre Nikolaïevitch Scriabine »,
    à partir du coffret _ quel trésor ! _ Vladimir Sofronitzky :
    « Historical Russian Archives Vladimir Sofronitzky Edition :
    Scriabin, Chopin, Rachmaninoff, Schumann, Schubert, Liszt, a. o.
    « 

    de 9 CDs , chez Brilliant Classics ;
    ainsi que de l’album époustouflant « Scriabine »
    par le jeune enflammé et enflammant Andrei Korobeinikov, chez Mirare
    :

    …

    scriabine-mir061-couv-rvb-vignette.jpg

    …

    constitué des « Sonates » n°4, 5, 8 et 9,
    et des « Deux Poèmes » opus 32, 69 et 71,
    ainsi que du « Poème Vers la flamme » opus 72 :
    de la braise !..
    La confrontation de cet album enthousiasmant (de feu !)
    avec la grâce soyeuse, veloutée, et infinie, du jeu de Vladimir Sofronitsky
    est un cadeau du ciel.

    …
    _ le coffret « Zoltán Kocsis plays Bartók » (chez Philips),
    que j’attendais depuis un bon moment
    _ après l’écoute l’années dernière des « Debussy » de Kocsis (toujours chez Philips) _,
    et qui est une merveilleuse d’interprétation
    (de probité et parfaite musicalité
    :
    comme si il n’y avait rien à ajouter, ni à retrancher : la grâce !)
    d’un des compositeurs, lui-même, les plus grands (bouleversant !) du XXème siècle :
    et c’est un euphémisme…

    Qu’on écoute, par exemple, « For Children » !

    A thésauriser, pour le ré-écouter très souvent…
    …
    _ et, pour clôturer très provisoirement cet inventaire « musical »
    « L’Entretien des Dieux _ Jacques Champion de Chambonnières, Jean Henry d’Anglebert, François Couperin« , par le jeune et très talentueux Aurélien Delage,

    sur un clavecin d’Emile Jobin d’après Tibaut de Toulouse (1691),

    CD distribué
    (au compte-gouttes : chaque exemplaire est numéroté ; le mien porte le numéro 027)
    par « Les Chants de la Dore » :
    une réussite épatante de ce qui est parmi le plus difficile à réussir du si fragile et si « parfait » répertoire français
    baroque (ou classique ?)
    ,
    si allègrement massacré
    (expédié sans assez de « soin » la plupart du temps
    _ comme, un peu plus tard, après François Couperin, l’interprétation du théâtre de Marivaux, lequel en donne une sorte d’équivalent « dramatique » pour la profondeur en finesse et la légèreté en gravité)
    par la plupart des interprètes clavecinistes
    _ à l’exception, toutefois, et du merveilleux Pierre Hantaï, tout récemment (Mirare 027 : « Pièces de clavecin« )

    …

    hantai-mir027-couperin-72.jpg

    la-sultannebig.JPG

    …

    et de la « toute bonne » Elisabeth Joyé (« La Sultanne » _ CD Alpha 062),

    telle une petite cousine (en esprit) de cette famille Couperin,
    dont la dernière représentante a (peut-être) utilisé les lettres (jusqu’alors conservées) de Jean-Sébastien Bach à son aïeul François Couperin
    pour recouvrir des pots de confiture,
    comme une tradition le perpétue « joliment »…

    Salut Pierre, salut Elisabeth…

    …
    Puis, trois articles sur des albums de photos :
    le sublimement déchirant « Invasion Prague 68 » de Joseph Koudelka (chez Tana Editions) : un must (s’y précipiter ! et qu’au moins la manie française des anniversaires serve à cela…) ;
    et le très grand « The Americans » de Robert Frank (dans sa réédition _ très précieuse _ par Steidl) ;
    et aussi, bien sûr, un article de présentation de l’album (inédit en France) prodigieux de beauté plossuïenne « Attraverso Milano »
    (édité, avec textes en italien et en anglais, par Electa)
    ,
    dont je n’ai commenté jusqu’ici sur ce blog que la photo (extraordinaire) du carton d’invitation…
    …
    Et des articles sur divers textes philosophiques,
    dont, d’abord, celui sur le très important « L’Acte esthétique » de Baldine Saint-Girons (publié par Klincksieck) : pour mieux analyser _ avec quelle finesse et quelle profondeur ! _ notre rapport (d’humains un peu plus et mieux « humains » _ ou moins in-humains) et aux œuvres, et aux paysages… Que la formidablement généreuse vitalité _ et justesse _ d’écriture de son auteur fasse des émules…

    …

    Titus Curiosus, ce 7 août

  • L’acte d’ »amitier » : pour une anthropologie fondamentale (du sujet actant)

    Sur l’ »amitier« , et « Amitier » de Gilles A. Tiberghien, aux Éditions du Félin, en mai 2008

    Ayant eu à passer deux fois 6 heures et demi dans le train (entre Bordeaux et Marseille),
    je m’étais muni d’un choix de quatre livres
    pour passer le voyage en bonne compagnie :
    « L’Instant et son ombre » de Jean-Christophe Bailly _ un auteur passionnant (cf son proprement merveilleux « Le Propre du langage _ voyage au pays des noms communs« ) et sur la photographie _, paru en mars 2008, aux Éditions du Seuil ;
    « Éloge de la marche » de David Le Breton _ dont m’a parlé Bernard Plossu (et par ironie envers le transport par train) _, paru aux Editions Metailié en mai 2000 (et réédité en mars 2006) ;
    « Modeste in memoriam _ souvenirs lointains » d’Evelien van Leeuwen _ signalé parmi les livres importants de l’année sur une page de « conseils de lecture » à l’occasion des vacances d’été par le supplément littéraire du Monde _, paru aux Éditions du Rocher en novembre 2007 ;
    et « Amitier » de Gilles A. Tiberghien, paru aux Éditions Desclée de Brouwer en mars 2002 (et réédité en format de poche aux Éditions du Félin, en mai 2008) ;
    au gré de mon humeur.

    C’est sur « Amitier«  que mon humeur s’est portée au départ du train
    de la gare Saint-Jean (de Bordeaux) vers la gare Saint-Charles (de Marseille).
    Un très beau livre, sur le fondamental.

    Car j’allais en Provence à la rencontre d’une amitié jusqu’alors « par correspondance »,
    pour établir encore un peu mieux l’assise _ sensitive _ d’une prochaine conférence aixoise…
    Et avec un crochet, aussi, par La Ciotat.

    mer-train172.jpg
    …
    Voici comment l’éditeur présentait cet « Amitier » en 2002 :
    « Le titre de cet essai s’est imposé à l’auteur lorsqu’il a cherché un verbe qui soit à l’amitié ce que le verbe aimer est à l’amour. Ce livre porte en effet non sur un état, mais sur une relation dont il analyse diverses modalités pour en donner, au bout du compte, une image dynamique, un portrait mobile, mais capable de restituer sur le plan du discours et de la pensée quelque chose de ce qu’est l’amitié vécue. Tentant de cerner la place de l’amitié dans notre monde, le présent essai tourne autour de quatre grands infinitifs, qui inscrivent dans le temps et l’espace la relation amicale : engager, éprouver, échanger et perdre.
    Donc pas un traité de l’amitié, pas une philosophie de l’amitié qui dirait ce qu’elle est ou ce qu’elle doit être, mais un essai philosophique qui cherche à rendre compte de sa réalité contrastée, tant au travers des expériences que chacun peut en faire que de ses différentes tentatives de théorisations philosophiques.
    Car l’amitié change de valeur d’Aristote à Rousseau : de positive et rationnelle qu’elle est pour le premier, elle devient chez le second, sous la forme de la compassion ou de la sympathie, une valeur beaucoup plus ambiguë, sujette à maints retournements. D’où la nécessité de penser ensemble des positions apparemment contraires.
     »
    C’est excellemment présenté.

    De même qu’existe(nt)
    ce que Baldine Saint-Girons nomme « l’acte esthétique«  ;

    ou ce que Marie-José Mondzain caractériste comme les « actes » _ ou « activité propre » (page 247, dès la première phrase du dernier chapitre) _ de l’auteur, de l’acteur, et du spectateur
    (actes liés à des désirs, et donnant lieu à un « œuvrer » ;
    « actes » de l’ordre de la confiance, et non de la crédulité _ c’est un sous-titre, à la page 249)

    _ en son « Homo spectator » (dont je cite ici les quatre ultimes phrases, page 270 :
    « Il revient largement à Jean-Luc Godard d’en
    _ il s’agit de l’amour (au cinéma) _
    avoir mis la visibilité et les mots au coeur de ses films
    pour ne jamais séparer
    le désir de voir et celui de montrer les corps,
    du désir de croiser le regard d’un autre
    à qui l’on doit d’espérer ou simplement de vivre
    .
    …
    Le site du spectateur de la grotte Chauvet
    _ sur lequel Marie-José Mondzain a ouvert cet « Homo spectator » _
    est celui de la parole que prend un regard amoureux.
    …
    Suite de faiblesse et d’immense courage.
    …
    L’amour est le site infiniment sensible où la fiction est affaire de confiance » :
    et sur ce mot s’achève « Homo spectator« ) _ ;

    de même l’amitié doit être (re-)pensée comme active,
    en partie du moins
    _ et loin, loin, de tout volontarisme (et « activisme ») _,
    ce que marque ici la mise à l’infinitif d’un « amitier« …

    Ma conférence (aixoise à venir) ayant, elle, pour titre : « Le NonArt du rencontrer » ;
    car nous nous trouvons ici au coeur de réalités oxymoriques véritablement fondamentales
    _ car proprement fondatrices :
    sans ces fondements-ci, tout bonnement s’ef-fondre bel et bien ! _,
    pour les « non-inhumains »
    _ mais pour combien de temps ? _
    que nous pouvons être parfois encore,
    en dépit de toutes les manipulations faisant _ réductiblement _ de nous de purs réflexes (pavloviens) « de consommation »
    (ou plutôt, en fait, et seulement, d’achat : minimalement _ et comptablement _ compulsifs) :
    relire ici
    et tout Bernard Stiegler (dont « Prendre soin« ),
    et tout Dany-Robert Dufour (dont « Le Divin marché« )…

    D’où l’enjeu d’une anthropologie fondamentale (du sujet actant),
    à constituer pour ce temps de crise (ou plutôt de « liquidation« ) des « sujets », qui est le nôtre,
    face à l’empire totalitaire soft et fun qui ne cesse d’étendre sa « toile » (= emprise) sur le « monde » :
    é-mondé,
    im-mondément…

    Mais les fêtards de la fête continue (permanente)
    _ merci Philippe Muray
    (cf http://www.philippe-muray.com/bibliographie-philippe-muray.php
    et, par exemple, « Festivus festivus« , aux Éditions Fayard, en mars 2005) _
    sont à dix mille lieues (sous les mers) de s’en rendre compte,
    objets médusés (joués _ métamorphosés en jouets : sexy toys _, par cette Circé) qu’ils sont…

    mer-train172.jpg

    …

    Pour préciser un peu plus avant ce vers quoi Gilles Tiberghien avance sa lanterne,
    j’indique les seuls titres des chapitres de cet « Amitier » :
    pour « Engager » : la promesse ; l’égalité ; la trahison ;
    pour « Éprouver » : l’admiration ; l’amour ; le secret ;
    pour « Échanger » : la communauté ; les rites ; l’entretien ;
    et pour « Perdre » : le conflit ; la rupture ; la mort.

    En re-venir (vrai-ment !) toujours aux fondamentaux ;
    dont les manipulations réflexes nous chassent, à coup de butoir d’addictions nous acculant à la passivité (routinière sur rails) hypnotique,
    sans avoir seulement le temps de faire ouf _ et moufter si peu que ce soit…

    Sans cesse et en souplesse les ré-activer, donc, ces fondamentaux,
    à l’inspiration osante et joyeuse _ musardante _ du « génie« …

    …

    Pour finir,
    une image qui m’a beaucoup « touché » :
    hier, aux obsèques d’une amie et collègue _ Martine _,
    ravie par un cancer foudroyant d’à peine six mois :

    bouquet-train-175.jpg

    …

    Trois amis _ Michel, Cyrille, Antoine _ d’un des fils _ Christophe (l’aîné est Mathieu) _, au crematorium,
    quand le rideau s’est refermé, et que l’assistance s’est retrouvée (hors la présence du corps) dans la pièce voisine,
    ont entouré (et soutenu) tactilement, le temps d’un même geste instantané, rapide, et immensément puissant,
    l’espace de trois secondes, leur copain : leur ami.
    Amitier est un acte effectif, et renouvelé : une confiance (et une fidélité : en actes) de tels instants-ci…

    « Ce qui est beau est difficile autant que rare« , conclut sur cette capacité d’éternité « dans le temps »
    Spinoza son « Ethique« . On y revient souvent. « Difficile« , parce que générosité et confiance n’ont guère officieusement cours quand « l’utile » (Montaigne, « Essais« , III, 1), ayant pignon sur rue et se gobergeant, asphyxie presque partout, à le stériliser et détruire, « l’honnête« …

    Il arrive qu’atteinte la confiance ait parfois du mal à se remettre.

    …
    Maintenant,
    il me faudrait entrer plus avant dans le travail (cet « Amitier« ) de Gilles Tiberghien.
    Son premier et principal mérite est de nous mettre,
    par-delà la permanence apparente du mot « amitié »,
    face à l’abyme du concept d’amitié
    saisi dans l’étrangeté de son histoire (proprement philosophique) :
    entre Aristote et Rousseau, si l’on veut résumer
    ;
    mais on pourrait ajouter
    et Cicéron et Sénèque (après Aristote) ;
    puis Nietzsche, de l’autre côté (pour une modernité un peu plus lucide que celle d’un Rousseau) ;
    avec en pivot,
    une fois encore, Montaigne :
    le fameux, et rétrospectif
    _ car la béance (de la disparition et la perte) de La Boétie ne sera, bien sûr, pas comblée _
    « parce que c’était lui ; parce que c’était moi« .
    …
    Même si en résulte ce monument-tombeau
    (qui nous est en quelque sorte expressément légué par Montaigne lui-même)
    que sont les « Essais » :
    Montaigne à l’écritoire ( en sa « librairie » : les livres devant lui
    et comme lui faisant face, afin de lui « parler »)
    désormais face à sa seule méditation,
    lecture,
    et le plus concrètement :
    écriture,
    faute du pouvoir de conférer _ en absolue confiance _ avec l’ami « au vif »,
    puisque la mort le lui a ôté ;
    comme elle a ôté _ d’un même coup _ La Boétie à lui-même …
    …
    Demeurant cependant leur amitié :
    en Montaigne seul désormais, de son vivant
    ;
    puis, un peu plus longtemps _ pour nous, lecteurs _, en son livre-tombeau (« tombeau » dressé à cette amitié,
    comme l’a magnifiquement mis en évidence Michel Butor),
    qui n’est,
    avec ses phrases ne cessant de se poursuivre, s’allonger, se prolonger, se répondre en un jeu quasi infini d’échos,
    que le récit de cette conversation « au vif » à jamais manquante …
    …
    Mais Montaigne ne se résigne pas :
    l’amitié, il la « porte » désormais
    _ tant que sont là, à portée de l’écritoire, « encre et papier » _
    pour les deux ; et elle le porte…
    …
    « L’ami est le bouchon qui empêche la conversation de ces deux-là _ que sont moi et soi-même _ de sombrer par les profondeurs« …
    « L’ami et sa hauteur« , dit superbement, et justement, Nietzsche, au chapitre « De l’ami« 
    de la première partie d’ »Ainsi parlait Zarathoustra« .
    …

    Sauf que l’ami ne s’invente pas, ne se crée pas, ne se rencontre pas, non plus, sous les sabots d’un cheval ;
    non plus que, disparu, ne se remplace…
    L’alchimie _ rare _ de la rencontre de l’amitié
    tient, par son improbabilité rationnelle,
    de la grâce, sans doute :
    disposons-nous d’un autre mot ?..

    …
    L’amitié est à la fois un fait et une exigence : incarnée en la personne de celui-ci _ l’ami : unique ;
    une exigence tangible _ et tenue : nous sommes bien là, toi et moi ;
    un vent puissant souffle, et nous (ré-) unit : nous nous entendons,
    en tous les sens du terme : nous ne sommes pas
    (ou ne sommes plus _ ou sommes moins ;
    voire sommes un peu moins)
    sourds l’un à l’autre ;
    l’ami n’est pas un fantasme, une élucubration, un miasme :
    ni fantôme, ni illusion ( de moi à soi).
    Il est bel et bien là, en sa réalité charnelle, et tangible,
    et tenue
    , en effet,
    même quand il n’est momentanément pas là (mais plus loin) ;
    voire plus là du tout : la mort n’interrompt pas vraiment le dialogue-conversation des amis…
    …
    La voix de l’ami mort continue _ avec son inégalable douceur _ de parler,
    et de sa propre initiative, aussi, qui plus est !
    Et cela, sans fantasmagorie…
    Gilles Tiberghien évoque ainsi (page 172) avec grandeur la figure de son ami P.
    …
    Page 173 : « Devenus soudain _ par la mort _ comme étrangers à moi-même
    (les affects : qu’il était _ l’ami P. _ seul à partager avec moi-même)
    donnent à ma vie l’épaisseur et la cohérence étrange d’un récit. »
    La formule est capitale, et nous aide,
    au passage aussi,
    à mieux comprendre tout le travail montanien des « Essais« .
    …
    « Tant qu’il était vivant, disponible,
    l’évidence de ce partage me procurait la connivence d’un sentiment de la vie,
    une impulsion à agir ensemble
    _ comme c’est juste ! _,
    mais pas nécessairement la conscience de ce que nous faisions

    _ encore un peu trop endormie en quelque sorte, cette conscience confiante, sans trop d’à-coups, en cette chance de la vie _,
    ni de ce que notre amitié représentait pour chacun de nous. »
    …
    A cet égard, la distance a-charnelle de l’amitié
    la distingue des tropismes plus tactiles (et sensuels _ ou sexués) de l’amour.
    …
    Je continue la lecture de la page 173 : « Maintenant que mon ami est mort,
    ce à quoi je tenais tant
    et qui était pour moi
    comme une façon d’éclairer le monde
    est devenu comme un vecteur fondamental de mon existence
     »
    _ comme si cette séparation insoluble de la mort de l’un
    laissait l’amitié _ inchangée, semble-t-il, elle _ portée par le seul survivant,
    à la situation (et condition _ davantage secouée) du vécu de l’amour pour les amants : jamais assez proches…
    Comme si…
    Comme si elle s’en rapprochait…
    …
    Pages 177-178, Gilles Tiberghien en vient aussi,
    à cette occasion encore (de la perte),
    à la comparaison de l’amitié avec l’amour,
    à propos des différentiels de distance,
    de présence et absence,
    entre amour et amitié :
    « Ce que j’ai perdu _ par la mort de l’ami _, je ne l’ai jamais possédé.
    C’était mon ami,
    mais il n’était pas mien.

    L’amitié seule demeure,
    qui survit à cette perte irréparable,
    car rien n’est perdu
    _ c’est-à-dire : rien n’étant perdu _,
    rien ne peut la remplacer. »
    …
    Vient alors, page 178, ce commentaire :
    « Telle est la douleur que provoque la mort de l’ami,
    une douleur confondante,
    commensurable à certains égards
    _ nous y venons _
    à la mort d’autres êtres que l’on aime,
    mais avec le corps desquels nous avons un rapport charnel,
    alors que les amis sont et seront toujours des fantômes

    _ a-charnels, donc _
    qui hantent notre vie
    et qui vivent dans nos rêves

    _ par quel mot, donc, le dire ? _
    d’un corps d’emprunt en ce qu’ils hantent notre propre corps. »
    …
    (…) « Un ami, même celui que nous prenons volontiers par le bras
    _ revoici le geste de Michel, de Cyrille, d’Antoine, à l’égard de Christophe _,
    est d’une certaine façon un « spectre ».
    …
    Et ici _ continue immédiatement Gilles Tiberghien _, il ne s’agit pas des morts, mais des vivants.
    (…) Il s’agit des amis en ce qu’ils sont la promesse de notre avenir
    et qu’ils viennent à notre rencontre.
     »
    …
    Et Gilles Tiberghien de citer alors le texte du « Zarathoustra » de Nietzsche (au chapitre « De l’amour du prochain« ) :
    « Plus haut que l’amour du prochain,
    se trouve l’amour du lointain
    et de l’avenir

    _ je dirai l’appel du dépassement de soi-même (Hegel, lui, dit : « aufhebung« ),
    la vocation du « Deviens ce que tu es ! » _ ;
    plus haut encore que l’amour des hommes
    _ au sens de la compassion pour ce qu’ils sont (« humains, trop humains !« ) _,
    est l’amour des choses
    _ ou des œuvres _
    et des spectres »
    _ c’est-à-dire le meilleur de soi …
    …
    Et ce commentaire final page 179 :
    « Un ami est quelqu’un « qui nous revient » _ avec fidélité _ non parce qu’il est un pur esprit
    mais parce qu’il a habité
    _ au passé seulement ? _ un corps,
    un ensemble de corps
    aussi nombreux que les mille possibles
    où nous avons projeté notre vie
    « 
    _ et par là l’amité est appel
    et vocation à vivre,
    à mieux vivre,
    à toujours aller vers la hauteur de l’accomplissement
    ,
    au lieu de la complaisance basse
    et, vite, à la bassesse…
    …
    Et cette phrase ultime : « C’est pourquoi ces spectres sont des revenants privilégiés
    qui hantent nos rêves avec la douceur d’une présence
    qu’ils avaient déjà de leur vivant.
     »
    Ou la douceur _ oui _ tendrement exigeante, dynamisante, de l’amitié.
    …
    Avec estime et admiration, en effet …
    Et émulation mutuelle : se mettre, soi comme lui, à la hauteur de cet appel à
    devenir mieux,
    éveiller,
    accomplir
    ses « mille possibles« …

    …
    L’incroyable, le miracle étant
    qu’existent bien,
    on ne peut plus effectivement _ faut-il dire _
    de telles amitiés.
    …
    De même qu’existent bien,
    aussi,
    de telles amours…

    Titus Curiosus, ce 27 juillet

    Photographies : Sans Titre, © Bernard Plossu

  • de la critique musicale (et autres) : de l’ego à l’objet _ vers un « dialogue »

    « De la critique musicale (et autres…) : de l’ego à l’objet » _ vers un « dialogue »

    On pourra comparer

    _ sans la gonfler plus que cela ne mérite : ce sont les œuvres qui importent ;
    pas les doigts
    (d’ »intermédiaires » seulement
    : les gens « de la cul-cul-ture« , si on bégayait…)
    qui montrent
    (cf « Homo spectator » de Marie-José Mondzain, aux Editions Bayard, en octobre 2007)
    ce qui serait « à voir« , ou « pas« ,
    pour les autres !
    dont ils sollicitent,
    et plus encore écartent
    l’attention

    (cf ici « Prendre soin » de Bernard Stiegler, aux Editions Flammarion, en février 2008)  _ ;

    on pourra comparer, donc, en un second degré de ré-flexion,
    l’affaire (du « dossier critique« )
    photographique
    de « Littoral des lacs« 

    (édité par Images En Manœuvres Editions / Conservatoire du littoral, en mars 2008),
    à certaines des réactions (la plupart excellentes :
    mais qui recueille l’unanimité ?)
    de la critique
    musicale
    et discographique
    face aux « Quatuors à cordes » (CD Alpha 125) de Lucien Durosoir
    par le Quatuor Diotima…

    Ainsi, un correspondant
    _ Marquis _
    m’a-t-il gentiment adressé un courriel amusé,
    que je me permets,
    de publier in extenso ici,
    pour
    _ outre ce qui concerne directement la musique,

    durosoir_alpha.JPG

    les « Quatuors à cordes » de Lucien Durosoir,
    et la « critique discographique », aussi _ ;
    pour, donc, aussi
    ce qui touche la « vie » d’un blog,
    les désirs de lecture
    des lecteurs de ce blog-ci
    (sur le site d’une grande librairie),
    conformément à l’annonce de son « programme »
    dans l’article (d’ouverture) : « le carnet d’un curieux« …

    Merci d’avoir déjà des lecteurs

    _ ou « spectateur » (cf « Homo spectator« ) « acteur » de son « acte » de « per-ception » (cf « L’Acte esthétique« )

    _ aussi intensément attentifs…

    De : Marquis
    Objet :
    Date : 6 juillet 2008 17:13:09 HAEC
    À : Titus Curiosus

    « Cher Titus Curiosus,

    J’ai souri, pour plusieurs raisons, en lisant votre blog
    (merci de me l’avoir indiqué).

    Mon premier sourire était quelque peu perfide.

    À vous qui écrivez : « J’espère que les oreilles de la critique vont se “désembourber” de leurs bouchons de cerumen,
    et de leurs petits maniérismes de cliques, de cercles, d’initiés qui méprisent tous les autres !!! »,

    voici l’écho que renvoie la plume d’un critique :
    « Le contrapuntisme forcené des trois quatuors de Lucien Durosoir est de fait aussi savant que daté ; en deçà des audaces de Caplet, le fidèle mentor, et plus proche d’un dernier Fauré laborieux, voire d’un Franck brouillon que de Roussel. Encore que le fait de répéter à l’envi des formules thématiques d’un mouvement à l’autre ne suffise pas à construire une partition cyclique. Le tout requiert une parfaite discipline d’exécution et des effets de ponticello, de sourdine, de g!issandos et de pizzicatos que les Diotima, salués pour leur premier disque d’un Diapason découverte (cf. notre n° 515), maîtrisent sans faillir. Se succèdent mouvements vifs assez toniques tranchant sur une berceuse ou un adagio languissants, en dépit des frottements harmoniques censés les pimenter. Le Quatuor n° 3 marie atmosphères oniriques volontiers modales et velléités fauves rehaussées d’ostinatos vigoureux. Trop moderne pour de l’ancien, trop ancien pour du moderne en 1932 ? Réservé en tout cas aux amateurs de curiosités, dans la lignée des sonates pour violon parues chez le même éditeur (cf. notre n° 543).»

    Ce texte-ci me semble relever davantage de l’allergologie que de la critique musicale ; et d’autres critiques, vous le savez sans doute, ont accompagné leurs éloges d’arguments révélateurs de ce que je pourrais qualifier de davantage de compétence et de moindre partialité.

    J’ai souri également de plaisir et d’émotion en comprenant, par vos phrases, combien la musique de Lucien Durosoir peut aller au fond des êtres qui la reçoivent sans prévention, sans malignité, avec un cœur et un esprit libres et ouverts. Vous en parlez magnifiquement et vous instaurez, avec les fragments de mes propres textes, un dialogue fort et personnel. »

    Et c’est ici que la réflexion de Marquis déborde le seul exemple de la musique (et du disque) :

    « Je suis à la fois effrayé et ravi par toute la bibliographie que j’engrange grâce à vous. Quand aurai-je le temps de lire tout cela ? Une chose est certaine : mes deux premiers titres seront « Mendiants et orgueilleux » de Albert Cossery (il y a longtemps que je voulais le lire) et « Prendre soin de la jeunesse et des générations« , de Bernard Stiegler.

    Je regrette parfois que ma vie –au demeurant passionnante – soit une course folle dans laquelle les temps de lecture sont arrachés aux temps de sommeil, les seuls disponibles par moment… Mais je comprends chaque jour davantage la chance que j’ai d’être dans un monde mental qui me permet d’échapper (à mon tour de vous citer) à l’influence des « impostures tenant le haut-du-pavé des opinions inconsistantes (mais pouvant aller jusqu’à “décourager”, par leur massivité, de jeunes ou timides encore curiosités, des préjugés et du commerce veule _ dont d’abord celui de la “grande distribution” _ ; de l’audimat, si l’on veut : aux dégâts d’ampleur catastrophique ».

    Je vous adresse des salutations que je crois pouvoir dire amicales,

    Marquis »

    Quelle lettre magnifique, et qui va directement au coeur du rapport aux œuvres, et à ses difficiles conditions (conjoncturelles) de « temps » (à soi : pour accueillir l’altérité de l’autre, de la personne, du réel ; et principalement par le biais de ces concentrés d’essences _ de ce qui est _ que sont de vraies œuvres, mais que peut être aussi, déjà, le réel lui-même _ la « nature« , comme cela se dit _ en l’espèce de « lieux«  particuliers, spécifiques, singuliers, tels des « paysages »

    _ comme si « rendez-vous« , en quelque façon « promis » ou « réservé » (de quelque « ailleurs« , « autre part« , de toute éternité), vous était, à ce moment précis-ci, donné, offert, octroyé par quelque divinité _ muse, nymphe _ locale souriante, heureuse de vous saluer : bonjour ! quelle bonne rencontre voilà !… _ ;

    en l’espèce de « lieux« , donc, dont on ressent un peu étrangement _ par un léger bougé délicat dans l’air qui se respire _, le « génie« , le « génie du lieu« , qui vous effleure, à peine, très doucement, et vient ici et maintenant délicatement, en un murmure audible peut-être seulement de vous, s’adresser à votre écoute, à son accueil (de lui) ; et vous donne alors quelque accès à son secret :

    il faut disposer d’une « disponibilité » (= le « loisir » vrai : l’otium, la skholè ; en fait, un simple, mais très précieux _ et d’abord un peu rare _ moment « pris » et « mis de côté » : sur « le reste » ; mais, peu à peu on s’ »en » aménage, tel Montaigne ce qu’il qualifiait de son « ménage« , en la librairie de sa tour ; ou Virginia Woolf, en sa « chambre à soi« , si j’ose dire _ ; un simple, donc, moment de liberté, c’est-à-dire d’attention _ intensive _ aux choses, à autre chose que soi, son ego, ses soucis, ou que toute la propagande massive, à commencer par la télé, qui finit par « faire » le seul quotidien, et tout le quotidien, de tant et tant (qui n’en ont pas d’autre) ; qui livrent aux marchands-prédateurs « leur temps de cerveau disponible » _ merci Bernard Stiegler de revenir souvent nous le rappeler dans presque chacun de vos livres _, sans même, eux, le (leur) vendre, ils le (leur) cèdent _ en pure perte (de tout ; à partir de la perte de « leur » temps : irréversiblement sans consistance…) _ sans même s’en apercevoir !) ;

    il faut disposer de la « disponibilité », donc, qui vous permet d’entrer dans un tel dialogue, à base d’écoute, toute de « probité« , en effet, et de « vraie » « liberté » _ cf l’ami Plossu (et l’article de ce blog : « Probité et liberté de l’artiste »  _ ; soit un vrai « temps libre« , auquel beaucoup n’accèdent pas, parce qu’ils sont « sous influences » aliénantes, et que, bien sûr, d’abord, ils ne le savent pas _ la prise de conscience pouvant constituer le premier déclic de la « libération » : telle était, ce déclic en forme de décharge de poisson-torpille (ou de raie), telle était la « stratégie » modeste et probe _ honnête _, d’un Socrate, que de produire cette « décharge électrique » de se rendre compte (= ré-flexivement) que ce qu’on croyait « penser » n’était qu’un « croire » mal fondé, ne donnant lieu qu’à « opinions » inadéquates…

    C’est tout le drame de ce qui se présente sous les parures (aux derniers « standards » de la mode) de la « civilisation des loisirs« .

    Alors, oui, nous sommes quelques uns à avoir cette chance « d’être dans un monde mental qui (…) permet d’échapper à l’influence d’impostures«  ;

    mais nous désirons _ et profondément _ la donner à partager, cette « chance » ;

    car la richesse de ce rapport aux œuvres et au monde (quand les « génies des lieux » viennent à vous, « vous parler« ) est à portée de main, de sens

    _ des cinq sens, et en liaison avec l’intelligence, la mémoire, l’expérience (et la culture : et personnelle et commune, qui en émane) : c’est là le sens de « æsthesis » _,

    de tout un chacun

    _ ce que Mikel Duffrenne (1910-1995) nommait « le poétique » (cf le livre éponyme, « Le Poétique« , aux Puf, en 1963) _ ;

    et sans forcément grande culture ; rien qu’en se détournant si peu que ce soit des clichés, et en prêtant nos sens à la beauté du monde, du réel (de la « nature« , disait-on autrefois), à la « vérité » (désencombrée, un peu plus dénudée) des choses et des personnes.

    C’est un « dialogue« , en effet _ vous le dites _ ; c’est une écoute réciproque (entre les choses _ et les autres _ et nous) : voilà ce qu’est l’ »acte esthétique » dont parlent si bien et Baldine Saint-Girons en son si beau « L’Acte esthétique » (aux Editions Klincksieck) et Marie-Josée Mondzain en son si essentiel « Homo spectator » (aux Editions Bayard) ; elles-mêmes étant des personnes « vraies » : je puis vous l’assurer : je les ai « rencontrées »…

    La vie d’un blog doit être, en mon idée, une vraie vie « culturelle« 
    _ au-delà de ce qui,
    en ce mot (de « culturel« ) et en la chose qu’il peut désigner,
    mérite, et à très juste titre, la sévérité d’un Michel Deguy (passim, ou, par exemple _ et c’est un livre lui aussi très important _, « Le sens de la visite » (aux Editions Stock, en août 2006) _ ;
    et doit, cette « vie » d’un blog, « étendre » au-delà des frontières (d’un pays, et même, peut-être d’une langue _ ici le français, qu’il s’agit de « servir »),
    et au-delà des mers (et océans : n’est-ce pas l’ami Denis Grenier à Québec ?)
    _ grâce à ce que Bernard Stiegler appelle l’ »Ars Industrialis » _,
    ce qualitatif _ distinct du quantitatif, qui avec l’argent et la numérisation, aujourd’hui règne _ de l’être-au-monde

    _ ce « je ne sais quoi » et « presque rien« , disait si bien Vladimir Jankélévitch  (1903-1985) en son « Le Je-ne-sais-quoi et le presque-rien » aux PUF, en 1957, puis, en une version révisée, aux Editions du Seuil en 1980 _

    qui jadis pouvait « se confier » avec liberté et audace _ « esprit », « wit » _ dans l’espace (« non in-humain »
    _ pour continuer avec le vocabulaire de Bernard Stiegler)
    d’un salon, « à la Ville »
    (par rapport, alors, « à la Cour » :
    soit à Paris,
    par rapport à Versailles, à ce moment-là de notre Histoire),
    quand « la Ville » se donnait une jubilatoire et consistante
    _ enfin parfois ! pas toujours… _ « liberté de juger«  _ au sens de Kant,
    ou de Nietzsche,
    ou de Vladimir Jankélévitch _,
    je veux dire une « liberté de juger effective« , et pas (trop) illusoire,
    pas rhétorique (« bon mot« , ou « dernier mot » qui méritent _ « bête » et « méchant » qu’ils signifient alors : « la bêtise, c’est de conclure« , dit Flaubert (à compléter par le travail d’Alain Roger « Bréviaire de la bêtise« , aux Editions Gallimard en février 2008) _ ; qui méritent si mal leur adjectif !) :
    ce qui (« liberté de juger effective » et vraie !) n’était pas nécessairement le cas de toutes les bouches,
    ni de toutes les têtes, bien sûr
    (le film de Patrice Leconte « Ridicule »
    _ sorti en mai 1996 ; le DVD est édité par Universal, en avril 2005 _
    en donne peut-être une idée,
    quand les choses dégénèrent, vers la décennie 1780…
    et que certaines de ces têtes vont tomber
    dans la sciure des paniers au-dessous du couteau de la guillotine) ;
    mais quand même !…

    La « république » des personnes
    a besoin d’un minimum d’ »esprits »  (et « âmes ») authentiquement libres,
    ouverts, curieux, et « échangeant » leur « juger »

    _ « penserions-nous bien, et penserions-nous beaucoup, si nous ne pensions pas _ au sens de ce qu’est véritablement « penser » : juger avec justesse _ pour ainsi dire en commun avec d’autres, qui nous font part de leurs pensées, et auxquels nous communiquons les nôtres ?« , proclame hardiment Kant en un article dénonçant la censure (« La Religion dans les limites de la simple raison« , disponible aux Editions Vrin), en 1793 _

    hors côteries et propagandes,
    plus ou moins, mais pas nécessairement, non plus, stipendiés ;
    avec d’autres qui les « aident« , tant par le savoir que par le débat :
    disputer à vide
    et incompétemment
    n’est que vaine opinionite ! maladie endémique en cette post-modernité _ ;
    en « ajustant » mutuellement,
    et les uns avec les autres, en s’écoutant _ avec exigence de vérité _ « goûter »,
    les « essais » de leur goût (« sapere« )

    _ ce « goût » se trouvant
    sempiternellement « en formation », et en métamorphoses (= « plastique » : à la Montaigne) _ ;
    par là fondamentalement humbles et modestes, ces « essais« ,
    rien qu’avec le souci de la vérité de ce que ce goût se formant
    apprend à toujours mieux
    _ si possible _ accueillir et recueillir de l’objet visé même,
    sans conformisme
    (ou suivisme _ ni sectarisme),
    de quelque nature qu’il soit, en conséquence
    _ à l’encontre des « meneurs d’opinion »
    et autres « tendanceurs »
    travaillant pour des « marques » (ayant pignon sur rue, et affichage mondial) du « marché »
    (cf ici le très perspicace Dany-Robert Dufour : « Le Divin marché _ la révolution culturelle libérale »
    (aux Editions Denoël, en septembre 2007 ;
    après « L’Art de réduire les têtes« , en 2003,
    et « On achève bien les hommes« , en 2005, aux mêmes Editions Denoël) ;

    avec d’autres qui les « aident« , tant par le savoir que par le débat, donc
    à toujours un peu plus de justesse
    dans la délicatesse (qualitative ; hors algorithme) de ce « juger »
    avec ouverture (de culture) et allégresse et humour, si possible, d’esprit
    et d’âme ;

    tirant _ ce débat donc, je ne le quitte pas _ ceux qui « suivent », et cela à l’opposé des tendanceurs,
    vers ce « haut »
    du respect impératif et prioritaire de l’objet
    visé
    _ nature, lieux,
    œuvres
    ,
    au lieu de la mousse vaine et asphyxiante
    de bouches seulement _ vides _ de pauvres ego ;

    pauvres ego vendus souvent aussi aux propagandes
    et autres fausses « modes »
    se « démodant » tout aussi artificiellement qu’on les a fait apparaître…
    Loin de l’idée (et promesse « tenue ») de fidélité…
    Là-dessus, lire « Résister au bougisme _ démocratie forte contre mondialisation technophobe« ,
    de Pierre-André Taguieff (aux Editions Mille et une nuits, en juin 2001)…

    …
    Et pour terminer sur la « formation » (infinie) du goût en musique, plus particulièrement,
    j’évoquerai la mémoire et le souvenir de deux personnes de radio _ exemplaires _ auprès desquelles
    j’ai, personnellement, régulièrement beaucoup appris

    à « écouter » (et aimer : est-ce éloigné ?) :
    Jacques Merlet, bordelais natif de Sainte-Foy-la-Grande,
    formidablement généreux, et de passion formidablement communicative des « Arts Baroques » sur France-Musique : salut Jacques !
    et la regrettée Claude Maupomé _ talençaise il me semble _, dont l’immense talent
    était d’inviter à son « Comment l’entendez-vous ? » de deux heures qui passaient à des galaxies de l’ »ennui« 
    _ je retourne ici (à l’envoyeur, en quelque sorte) le mot du blogueur du site du Monde qui s’est ennuyé, le malheureux (par difficulté à sortir de son quant-à-lui, peut-être), aux si belles photos _ « virgiliennes« , dit-il : je crains que ce soit de piètre augure, eu égard au critère-« canon » de « modernisme » qui fait son credo… _ de
    « Littoral des lacs » de Savoie de Plossu ;
    Claude Maupomé dont l’immense talent était
    d’inviter des « amateurs » (mélomanes) passionnés qui ouvraient (aux « écouteurs » de leur passion, par cette émission), à leur tour, de vastes territoires guère fréquentés (voire des « continents entiers« …) de musique _ tels, par exemple, en mon cas, les incomparables Josquin Des Près et Carlo Gesualdo, Prince de Venosa ;
    le contraste étant, d’ailleurs, assez cruel pour les quelques (rares) invités « qui n’aimaient pas vraiment »
    _ à la forme intransitive, le verbe « aimer vraiment« , ici ! _ ,
    et donc n’avaient _ les malheureux... _ rien de vrai à vraiment partager (dire) : cela pouvait aussi arriver… ;

    avec, encore,
    cette note-ci, en surfant à l’instant (à la pêche aux renseignements) sur le net :

    « vendredi 07 avril 2006
    Comment l’entendez vous ?

    En attendant de trouver le temps de rédiger une note plus conséquente,
    je veux rendre hommage ici à Claude Maupomé,
    décédée vendredi dernier
    _ 31 mars 2006 _,
    et dont les cendres ont été dispersées hier.
    Claude Maupomé fut la délicieuse,
    spirituelle, cultivée, pertinente et distinguée
    productrice de « 
    Comment l’entendez vous ? » sur France Musique,
    émission qui a contribué de manière décisive
    à mon éducation musicale,
    et émission emblématique d’une qualité,
    d’une exigence et d’une ambition
    qui me semblent révolues
    « ,
    selon l’auteur de cette note (en ce blog « l’esprit de l’escalier ») que je m’empresse de co-signer,
    si son auteur m’y autorise ; et
    accessible ici :
    http://l-esprit-de-l-escalier.hautetfort.com/archive/2006/04/07/comment-l-entendez-vous.html
    Fin de la note.

    Je termine ma remarque sur Claude Maupomé
    et son indispensable « Comment l’entendez-vous ? » :

    tant le désir passionné de découvrir, aimer, et partager _ serait-ce donc distinct ? _ (l’amour) des œuvres,
    donne, et généreusement _ cher Jacques Merlet, chère Claude Maupomé _, une joie
    qui emplit en se répandant :

    au-delà de l’ »Ethique » de Spinoza,
    on se réjouira au (et du) magnifique travail de Jean-Louis Chrétien : « La Joie spacieuse _ essai sur la dilatation » :
    des saints Augustin, Grégoire le Grand et Thérèse (d’Avila),
    à Walt Whitman, Paul Claudel et Henri Michaux,
    par, par exemple, un étonnant Thomas Traherne,
    et un Bossuet (cf ici le CD du « Sermon sur la mort« ,
    clamé, plutôt que dit, par Eugène Green _ salut à toi ! _, en ouverture de sa collection Voce Umana,
    collection de littérature orale, aux Editions Alpha : CD Alpha 920, en 2002) :
    aux Editions de Minuit, en décembre 2006,
    cette « Joie spacieuse » ;
    à cultiver « sans modération » comme ils disent…

    Se reporter encore une fois à Montaigne :
    « Pour moi donc, j’aime la vie
    et la cultive telle qu’il a plu à Dieu nous l’octroyer
    « …
    _ « Essai«  De l’expérience« , livre III, chapitre 13 ;
    le mot crucial étant celui de « cultiver« , à la forme active et expérimentée…
    Car, pour « la vie« ,
    « nous l’a Nature mise en main, garnie de telles circonstances et si favorables,
    que nous n’avons à nous plaindre qu’à nous si elle nous presse
    et si elle nous échappe inutilement
    « ,
    vient-il de dire deux pages avant,
    en commentant
    « cette phrase ordinaire de passe-temps
    et de passer le temps« …
    Avec cette conclusion provisoire du paragraphe :
    « A mesure que la possession du vivre est plus courte,
    il me la faut rendre plus profonde
    et plus pleine.
    « 

    Et il enchaîne :
    « Les autres sentent la douceur d’un contentement et de la prospérité ;
    je la sens ainsi qu’eux,
    mais ce n’est pas en passant
    et glissant.

    Si
    la faut-il étudier,
    savourer
    et ruminer,
    pour en rendre grâces condignes
    à celui qui nous l’octroie
    «  :
    tout un art ;
    mais à portée humaine,
    « non-in-humaine«  _ cher Bernard Stiegler _, du moins…
    Titus Curiosus, ce 17 Juillet