Catégorie : Rencontres

  • 6 ans d’entretiens d’un curieux, Francis Lippa, à la librairie Mollat _ et comment accéder à leur écoute…

    Voici _ pour commodité _, la liste, au nombre de 23 à ce jour, de 6 ans d’entretiens d’un curieux, Francis Lippa _ alias Titus Curiosus sur son blog En cherchant bien _, à la librairie Mollat, à Bordeaux,

    avec des auteurs _ et le plus souvent amis _ passionnants ;

    accompagnée des moyens d’accès à l’écoute des podcasts de ces 23 entretiens :

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    LISTE DES PODCASTS DE 6 ANS D’ENTRETIENS DE FRANCIS LIPPA A LA LIBRAIRIE MOLLAT

    DU 13 OCTOBRE 2009 AU 13 OCTOBRE 2015

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    _ 1) Yves Michaud : Qu’est-ce que le mérite ?  52’ (13-10-2009) :

    http://www.mollat.com/app_rewritting/launcher/launcher.aspx?sub=podcast&action=get_podcast&id=17594

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    _ 2) Jean-Paul Michel : Je ne voudrais rien qui mente dans un livre 62’ (15-6-2010) :

    http://www.mollat.com/player.html?id=318053

    http://www.mollat.com/app_rewritting/launcher/launcher.aspx?sub=podcast&action=get_podcast&id=318053

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    _ 3) Mathias Enard : Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants 57’ (8-9-2010) :

    http://www.mollat.com/app_rewritting/launcher/launcher.aspx?sub=podcast&action=get_podcast&id=2512739

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    _ 4) Emmanuelle Picard : La Fabrique scolaire de l’Histoire 61’ (25-3-2010) :

    http://www.mollat.com/app_rewritting/launcher/launcher.aspx?sub=podcast&action=get_podcast&id=34608

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    _ 5) Fabienne Brugère : Philosophie de l’Art 45’ (23-11-2010) :

    http://www.mollat.com/app_rewritting/launcher/launcher.aspx?sub=podcast&action=get_podcast&id=7055323

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    _ 6) Baldine Saint-Girons : La Pieta de Viterbe 64’ (25-1-2011) :

    http://www.mollat.com/app_rewritting/launcher/launcher.aspx?sub=podcast&action=get_podcast&id=10986789

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    _ 7) Jean Clair : Dialogue avec les morts & L’Hiver de la culture 57’ (20-5-2011) :

    http://www.mollat.com/player.html?id=21320675

    http://www.mollat.com/app_rewritting/launcher/launcher.aspx?sub=podcast&action=get_podcast&id=21320675

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    _ 8) Danièle Sallenave : La Vie éclaircie _ ou réponses à Madeleine Gobeil 55’ (23-5-2011) :

    http://www.mollat.com/app_rewritting/launcher/launcher.aspx?sub=podcast&action=get_podcast&id=21323127

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    _ 9) Marie-José Mondzain : Images (à suivre) _ de la poursuite : au cinéma et ailleurs 60’ (16-5-2012) :

    http://www.mollat.com/app_rewritting/launcher/launcher.aspx?sub=podcast&action=get_podcast&id=50277305

    …
    _ 10) François Azouvi : Le Mythe du grand silence 64’ (20-11-2012) :

    http://www.mollat.com/app_rewritting/launcher/launcher.aspx?sub=podcast&action=get_podcast&id=64650171

    …
    _ 11) Denis Kambouchner : L’Ecole, question philosophique 58’ (18-9-2013) :

    http://www.mollat.com/app_rewritting/launcher/launcher.aspx?sub=podcast&action=get_podcast&id=65161369

    …
    _ 12) Isabelle Rozenbaum : Les Corps culinaires 54′ (3-12-2013) :

    http://www.mollat.com/app_rewritting/launcher/launcher.aspx?sub=podcast&action=get_podcast&id=65169118

    …
    _ 13) Julien Hervier : Ernst Jünger _ dans les tempêtes du siècle 58’ (30-1-2014) :

    http://www.mollat.com/app_rewritting/launcher/launcher.aspx?sub=podcast&action=get_podcast&id=65170632

    …
    _ 14) Bernard Plossu : L’Abstraction invisible 54’ (31-1-2014) :

    http://www.mollat.com/app_rewritting/launcher/launcher.aspx?sub=podcast&action=get_podcast&id=65170633

    …
    _ 15) Régine Robin : Le Mal de Paris 50’ (10-3-2014) :

    http://www.mollat.com/app_rewritting/launcher/launcher.aspx?sub=podcast&action=get_podcast&id=65173414

    …
    _ 16) François Jullien : Vivre de paysage _ ou l’impensé de la raison 68’ (18-3-2014) :

    http://www.mollat.com/app_rewritting/launcher/launcher.aspx?sub=podcast&action=get_podcast&id=65173409

    …
    _ 17) Jean-André Pommiès : Le Corps-franc Pommiès _ une armée dans la Résistance 45’ (14-1-2015) :

    http://www.mollat.com/app_rewritting/launcher/launcher.aspx?sub=podcast&action=get_podcast&id=65186924

    …
    _ 18) François Broche : Dictionnaire de la Collaboration _ collaborations, compromissions, contradictions 58’ (15-1-2015) :

    http://www.mollat.com/app_rewritting/launcher/launcher.aspx?sub=podcast&action=get_podcast&id=65186916

    …
    _ 19) Corine Pelluchon : Les Nourritures _ Philosophie du corps politique 71’ (18-3-2015) :

    http://www.mollat.com/app_rewritting/launcher/launcher.aspx?sub=podcast&action=get_podcast&id=65189833

    …
    _ 20) Catherine Coquio : La Littérature en suspens : les écritures de la Shoah _ le témoignage et les œuvres & Le Mal de vérité, ou l’utopie de la mémoire 67’ (9-9-2015) :

    http://www.mollat.com/app_rewritting/launcher/launcher.aspx?sub=podcast&action=get_podcast&id=65195005

    …
    _ 21) Frédéric Joly : Robert Musil _ tout réinventer 58’ (6-10-2015) :

    http://www.mollat.com/app_rewritting/launcher/launcher.aspx?sub=podcast&action=get_podcast&id=65200102

    …
    _ 22) Ferrante Ferranti : Méditerranées & Itinerrances (expo à la Base Sous-marine) 65′ (12-10-2015) :

    http://www.mollat.com/app_rewritting/launcher/launcher.aspx?sub=podcast&action=get_podcast&id=65200126

    …

    _ 23) Bénédicte Vergez-Chaignon : Les Secrets de Vichy 59 ‘ (13-10-2015) :

    http://www.mollat.com/app_rewritting/launcher/launcher.aspx?sub=podcast&action=get_podcast&id=65200109

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    Echanger de manière ouverte et parfaitement libre avec un auteur, un créateur, est plus que passionnant : enthousiasmant ! ;

    et ouvre l’appétit de la curiosité au partage, par l’écoute de l’entretien vivant…

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    Ecouter (et ré-écouter) la voix et ses tonalités, les silences, les rythmes, les intonations de pareille conversation exigeante, est, en effet, irremplaçable, et défie très heureusement le temps.

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    Car c’est aussi comme un _ très humble, forcément _ sillage d’écume encore vibrante de l’œuvre _ en toute modestie, cette écume, cet écho de paroles échangées… _ qui demeure, par le podcast, accessible ;

    et par là, constitue un possible relais _ avec toute sa fragilité parfaitement audible… _ de l’œuvre même ; telle une bouteille à la mer, confiée au hasard, un jour, des recherches à venir de quelque autre improbable curieux, à l’autre bout de la terre…

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    Titus Curiosus, ce 22 octobre 2013

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    P.s : à la date du lundi 26 octobre,

    les divers liens _ Ecouter Télécharger Podcast iTunes Exporter _ aux podcasts cités ci-dessous

    sont directement accessibles sur le site de la librairie Mollat :

    en cliquant sur les liens aux livres cités ici pour les auteurs et livres suivants :

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    Yves Michaud, Qu’est-ce que le mérite ? (52′)

    Jean-Paul Michel, Je ne voudrais rien qui mente dans un livre (62′)

    Mathias Enard, Parle-leur de rois, de batailles et d’éléphants (57′)

    Emmanuelle Picard, La Fabrique scolaire de l’histoire (61′)

    Fabienne Brugère, Philosophie de l’art (45′)

    Baldine Saint-Girons, La Pieta de Viterbe (64′)

    Jean Clair, Dialogue avec les morts & L’Hiver de la culture (57′)

    Danièle Sallenave, La Vie éclaircie _ Réponses à Madeleine Gobeil  (55′)

    Marie-José Mondzain, Images (à suivre) _ de la poursuite au cinéma et ailleurs  (60′)

    François Azouvi, Le Mythe du grand silence (64′)

    Denis Kambouchner, L’École, question philosophique (58′)

    Isabelle Rozenbaum, Les Corps culinaires (54′)

    Julien Hervier, Ernst Jünger _ dans les tempêtes du siècle (58′)

    Bernard Plossu, L’Abstraction invisible (54′)

    Régine Robin, Le Mal de Paris (50′)

    François Jullien, Vivre de paysage _ ou l’impensé de la raison (68′)

    Jean-André Pommiès, Le Corps-franc Pommiès _ une armée dans la Résistance (45′)

    François Broche, Dictionnaire de la collaboration _ collaborations, compromissions, contradictions (58′)

    Corine Pelluchon, Les Nourritures _ philosophie du corps politique (71′)

    Catherine Coquio, La Littérature en suspens _ les écritures de la Shoah : le témoignage et les œuvres & Le Mal de vérité, ou l’utopie de la mémoire (67′)

    Frédéric Joly, Robert Musil _ tout réinventer (58′)

    Ferrante Ferranti, Méditerranées & Itinerrances (65′)

    Bénédicte Vergez-Chaignon, Les Secrets de Vichy  (59′)

     

    …

    Voilà,

    pour l’accessibilité d’écoute à l’ensemble des podcasts de ces 23 entretiens _ à ce jour : du 13 octobre 2009 au 13 octobre 2015, jour pour jour ! _

    d’auteurs invités à la librairie Mollat,

    avec Francis Lippa,

    alias Titus Curiosus sur son blog En cherchant bien.

    …

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    On peut écouter aussi les podcasts de deux conférences _ et non pas deux entretiens _

    de deux philosophes que j’apprécie tout particulièrement

    et ai proposé, en tant que vice-président de la Société de Philosophie de Bordeaux, d’inviter dans le cadre des conférences de notre Société de Philosophie, données dans les salons Albert Mollat, en janvier 2011 et en février 2015,

    et à propos de sujets, aussi, qui me tenaient spécialement à cœur :

    …

    Michaël Foessel, à propos de son livre Etat de vigilance _ critique de la banalité sécuritaire  (65′)

    et Bernard Sève, à propos de L’Instrument de musique : une étude philosophique (49′) ;

    …

    mais il ne s’agit pas là d’entretiens ;

    et je n’en suis pas l’interlocuteur :

    …

    les conférenciers sont simplement présentés par les présidentes (successives) de notre Société de Philosophie de Bordeaux,

    Céline Spector, dans le cas de la conférence de Michaël Foessel, le mardi 18 janvier 2011

    et Kim Sang Ong Van Cung, dans le cas de la conférence de Bernard Sève, le 3 février 2015.

    …

    Plusieurs articles de mon blog En cherchant bien sont d’ailleurs consacrés à ces philosophes amis :

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    _ pour Michaël Foessel :

    Sur un lapsus (« Espérance »/ »Responsabilité ») : le chantier (versus le naufrage) de la démocratie, selon Michaël Foessel

    « Faire monde » face à l’angoisse du tout sécuritaire : la nécessaire anthropologie politique de Michaël Foessel

    « L’Indignation, une passion morale à double sens » : un appendice à l’anthropologie politique de Michaël Foessel

    Le courage de « faire monde » (face à la banalisation esseulante du tout sécuritaire) : un très beau travail d’anthropologie à incidences politiques de Michaël Foessel

    …

    et pour Bernard Sève :

    Sur Montaigne musicien à son écritoire : Bernard Sève à propos de l’indispensable « Montaigne manuscrit » d’Alain Legros

    Un moderne « Livre des merveilles » pour explorer le pays de la « modernité » : le philosophe Bernard Sève en anthroplogue de la pratique des « listes », entre pathologie (obsessionnelle) et administration (rationnelle et efficace) de l’utile, et dynamique géniale de l’esprit

    Jubilatoire conférence hier soir de Bernard Sève sur le « tissage » de l’écriture et de la pensée de Montaigne

     

    …

    Quant à mes entretiens antérieurs au 13 octobre 2009,

    notamment à propos de musique et de musiciens,

    ils n’étaient pas alors enregistrés, et n’ont donc pas donné lieu à des podcasts…

  • La singularité (ou pas) des oeuvres traitant des génocides : le très remarquable travail de Catherine Coquio

    Mercredi 9 septembre prochain, j’aurai le très vif plaisir de m’entretenir, dans les salons Albert Mollat, avec Catherine Coquio,

    à propos de ses deux plus récents, et plus que passionnants !, ouvrages :

    La Littérature en suspens _ Ecritures de la Shoah : le témoignage et les œuvres (paru le 5 mars dernier aux Éditions L’Arachnéen)

    et Le Mal de vérité, ou l’utopie de la mémoire (paru le 8 avril dernier aux Éditions Armand Colin).

    …

    Titus Curiosus, le 31 août 2015

    …

    Et maintenant voici de quoi accéder au podcast de l’entretien (de 67′) que j’ai eu mercredi dernier 9 septembre, dans les salons Albert-Mollat, avec Catherine Coquio :

    …

    Catherine Coquio
    En partenariat avec le Centre Yavné
    La littérature en suspens : écritures de la Shoah : le témoignage et les œuvres, aux éditions l’Arachnéen
    Le mal de vérité ou L’utopie de la mémoire, aux éditions Armand Colin
    dans les salons Albert Mollat

     

     

  • Un point sur une enquête de micro-histoire sur un commandant de GTE dans les Basses-Pyrénées de novembre 1940 à juillet 1943

    Voici un point-synthèse, j’espère significatif,

    sur un élément précis des recherches de micro-histoire que je mène depuis deux ans
    sur le parcours de mon père, du 5 juin 1942 au 30 septembre 1944
    _ dates de son départ de, et de son retour à Bordeaux, où il résidait _
    en zone dite, un moment, « non-occupée »,
    après son passage illégal de la ligne de démarcation _ à Hagetmau _, ce 5 juin-là…
    …
    Mon père, venu en 1932 de Galicie polonaise _ Stanislawow _  en France, afin d’y faire ses études de médecine,
    était, ces années 1941-42, assistant en ORL du Professeur Georges Portmann à la Faculté de Médecine de Bordeaux ;
    et le 20 septembre 1939 il s’était engagé dans les régiments polonais au service de la France.
    …
    Cf mes articles du 31 juillet et du 27 septembre 2014 :
    et
    …
    …
    Pour ce nouveau point-synthèse, ce jour, sur le parcours de mon père,
    et qui concerne précisément ici le commandant des 182e, puis 526e GTE (= Groupe de Travailleurs Etrangers), Marcel Brenot
    _ c’est lui, Marcel Brenot, ce « commandant de GTE dans les Basses-Pyrénées de novembre 1940 à juillet 1943«  du titre de cet article… _,
    dont mon père a probablement croisé _ sinon physiquement, au moins administrativement : nous allons le voir… _ la route,
    …
    ne serait-ce que parce que,
    d’abord,
    le nom de Marcel Brenot figure imprimé sur l’en-tête du tout premier « contrat agricole » de complaisance qui a ex-filtré mon père du camp de Gurs, en date de 26 août 1943
    _ certes Marcel Brenot avait quitté Oloron et le Béarn au début du mois de juillet 1943 : pour Vichy, puis Orléans, où il venait d’être nommé Commandant régional des GMR (Groupes Mobiles de Réserve) ;
    cependant, fin novembre 1942, Marcel Brenot (qui avait quitté le camp de Gurs au cours du mois d’avril 1942) signait avec René Gruel, devenu le chef du camp de Gurs, un contrat (valable pour le seul mois de décembre 1942) mettant administrativement à la disposition du 526e GTE départemental des Basses-Pyrénées que dirigeait alors Marcel Brenot, un groupe d’« hébergés«  détenus dans le camp de Gurs, afin que ceux-ci aident le service du camp de Gurs, et bénéficient ainsi, ne serait-ce que durant ce seul mois, des droits dont disposaient les TE, et dont ne bénéficiaient pas les détenus « hébergés«  :
    c’est donc que Marcel Brenot, même en se trouvant à Oloron, continuait à entretenir des liens suffisamment étroits avec le camp de Gurs, son administration, comme ses détenus… _ ;
    …
    et aussi, et surtout,
    parce qu’une lettre de Pierre Klingebiel d’avril 1945 donne très clairement à entendre
    que c’est ce même Marcel Brenot,
    …
    qui avait déjà accordé à Pierre Klingebiel _ qui les lui avaient sollicités _, plusieurs « contrats agricoles » _ mais mon père, lui, se trouvait alors à Bordeaux, quitté par lui seulement le 5 juin 1942, sur le conseil pressant de Georges Portmann, l’avertissant qu’il figurait sur les listes de la Gestapo bordelaise… _ ex-filtrant, et à plusieurs reprises, du camp de Gurs _ et aussi du 182e GTE du camp de Gurs : quand Marcel Brenot dirigeait ce 182e GTE du camp de Gurs : à partir de novembre 1940, et jusqu’en avril 1942 _, plusieurs membres de la famille (de républicains espagnols, et protestants) Maso, à la demande du protestant actif qu’était, à Oloron, Pierre Klingebiel ;
    …
    que c’est ce même Marcel Brenot, donc,
    qui, _ et cela de son initiative, cette fois _ avait sollicité Pierre Klingebiel,
    qu’il connaissait donc bien, pour lui avoir plusieurs fois rendu le service d’ex-filtrer du camp de Gurs des républicains protestants espagnols amis, qui y étaient enfermés ;
    …
    afin, grâce à un « contrat agricole »,
    mais de pure complaisance, cette fois,
    de faire sortir mon père du camp de Gurs (et du 182e GTE dans lequel il officiait en tant que médecin et secrétaire-traducteur)
    et de mettre ainsi ses compétences médicales, à disposition, cette fois,
    des TE dispersés _ et non plus confinés dans un camp tel que celui de Gurs _ du 526e GTE d’Oloron,
    …
    en même temps que cela pouvait mettre, un peu mieux, mon père à l’abri de mesures genre « Organisation Todt » :
    …
    « pour ne pas recevoir d’ordres type STO » _ la loi instituant le STO date du 16 février 1943 _,
    si je reprends l’expression de Pierre Klingebiel dans sa lettre du 17 avril 1945 à « M. le Directeur de la Régie Dépenses-Recettes des Groupements de TE« , 21 rue de Berri, Paris, 8e,
    en réponse à une demande administrative de paiement d’impayés concernant ces « contrats agricoles » de TE de mon père,
    reçue par Pierre Klingebiel ce même 17 avril 1945
    _ soit bien longtemps après la fin du régime de Vichy, ainsi que le retour, le 30 septembre 1944, de mon père chez mes grands-parents maternels et sa fiancée, à Bordeaux ;
    mais il faut en même temps noter que ce ne sera « finalement (…) que le 2 novembre 1945«  que « le général de Gaulle signe(ra) une ordonnance qui annule(ra) toute la législation de Vichy  concernant les GTE« ,
    ainsi que le signale page 366 de sa thèse Camps de travail sous Vichy l’excellent Peter Gaida… _
    …
    …
    je reproduits ici certains échanges récents _ hier 21 avril _ de courriels ;
    et cela, en réponse et en réaction à la réception de nouveaux documents concernant Marcel Brenot (1893-1986),
    que venait de m’adresser Bruno Le Marcis, l’époux de la petite-fille de ce dernier.
    …
    …
    C’est via l’entremise de Claude Laharie,
    que m’a contacté, le 2 février dernier _ 2015 _, Bruno Le Marcis,
    à la recherche d’éléments pouvant l’aider à déchiffrer-comprendre le parcours (de toute une vie, mais ici au camp de Gurs et à Oloron) du grand-père, Marcel Brenot, de son épouse,
    suite au décès récent (à l’âge de 90 ans) de la mère de cette dernière,
    qui était une des deux filles de Marcel Brenot ;
    …
    Claude Laharie connaissant la recherche que je mène depuis deux ans à propos de divers commandants de GTE des Basses-Pyrénées _ dont ceux du 182e GTE du camp de Gurs, et du 526e GTE d’Izeste – Louvie-Juzon, puis Oloron _
    apparaissant sur les documents d’archives concernant mon père : Marcel Brenot, Philippe Grandclément, E. Delluc…
    …
    …
    Et depuis ce 2 février dernier, c’est ainsi une très riche correspondance, dense et extrêmement fertile (et à rebondissements passionnants !) ,
    que Bruno Le Marcis et moi-même entretenons, 
    à partir, et au fur et à mesure, des documents qu’il découvre et déchiffre
    dans les archives parfaitement conservées du grand-père _ Marcel Brenot (17-7-1893 – 1-1-1986), donc _ de son épouse ;
    …
    archives fournissant autant d’indices à apprendre à interpréter pour faire progresser la recherche,
    concernant tant son parent Marcel Brenot
    que mon père,
    lors de leur séjour à tous deux en Béarn sous l’Occupation…
    …
    Et cela alors que je ne sais toujours pas, à ce jour, si Marcel Brenot et mon père
    se sont physiquement rencontrés, au camp de Gurs,
    ou à Oloron…
    …
    Mais bien des personnes ont pu servir d’intermédiaires à cette connexion :
    …
    mon père avait reçu, au camp de Gurs, des mains du pasteur Cadier, un livre dont celui-ci est l’auteur,
    et que mon père avait recouvert d’une feuille,
    sur laquelle sont inscrits _ d’une écriture qui n’est pas celle de mon père _ son titre et son auteur ;
    …
    et dont le verso _ je ne m’en suis pas aperçu tout de suite ! _ est rien moins qu’un formulaire vierge
    de demande d’inscription au statut de TE !!!
    …
    Et parmi les gardiens du camp de Gurs,
    il y avait notamment Henri Duchemin (Oloron, 22-3-1918 – Roquiague, 14-8-1944),
    protestant actif et résistant _ membre de l’Armée Secrète et du Corps-Franc Pommiès,  Henri Duchemin fut assassiné à Roquiague par les Allemands dans une ferme où il se remettait de blessures reçues quatre jours plus tôt à Mauléon-Licharre lors d’une action de Résistance _ ;
    …
    et je remarque que dans son dossier de résistant, mon père indique qu’il s’est engagé dans la Résistance dès le mois de juillet 1942,
    soit dès le premier mois de sa présence comme TE au camp de Gurs.
    …
    Et Henri Duchemin a pour frère Laurent Duchemin _ chauffeur de l’ingénieur des Ponts et Chaussées Elie Larribeau, dont dépend aussi le camp de Gurs ; au camp de Gurs, Arlette Dachary est secrétaire des Ponts et Chaussées _,
    protestant très actif, lui aussi, à Oloron,
    et très proche, ainsi que son épouse Anna, de la famille Klingebiel.
    ….
    Et les Duchemin, Anna et Laurent,
    vont devenir,
    avec les Klingebiel, Pierre et Elsie,
    et les Castille, Léonie et Joseph _ chez lesquels mon père va loger à Oloron, 40 rue des Oustalots ;
    Léonie Castille a pour sœur Marthe Lartigue (dont le fils Jacques, né en 1934, se souvient fort bien de mon père l’ayant soigné chez sa tante Léonie) ;
    et les sœurs Léonie Castille et Marthe Lartigue, nées Brun, ont pour cousine germaine Alexandrine Bonnemason, née Brun elle aussi,
    l’épouse décédée de Jean Bonnemason, collègue et ami de Pierre Klingebiel, le dirigeant de l’Armée Secrète à Oloron ;
    lequel Jean Bonnemason témoignera de l’engagement dans la Résistance de mon père… _,
    les amis et protecteurs de mon père à Oloron.
    …
    Fin de l’incise ;
    et retour aux connexions plus que jamais à déchiffrer entre mon père et Marcel Brenot,
    et d’autres commandants de GTE… 
    …
    …
    …
    D’où ce courriel de témoignage faisant un point-synthèse de ma recherche
    aux historiens Peter Gaida et Denis Peschanski :
    …
    …
    De: Titus Curiosus
    Objet: Documents issus des archives de Marcel Brenot, (commandant des GTE 182, du camp de Gurs, et 526, d’Oloron, puis commandant régional des GMR d’Orléans)
    Date: 21 avril 2015 12:05:38 UTC+2
    Cc: Peschanski Denis
    À: Peter Gaida
    …
    …

    Messieurs,

    …

    poursuivant mes recherches sur le parcours de mon père, le Dr Benedykt Lippa, sous l’Occupation,

    et convaincu du rôle majeur qu’y ont joué divers commandants (et autres personnels) des GTE successifs auxquels a eu à faire mon père,

    au camp de Gurs (182e GTE), à Oloron (526e GTE), à Beaupuy (561e GTE), à Toulouse-rue de Belfort (562e GTE) et à Jurançon (à nouveau le 526e GTE départemental des Basses-Pyrénées et Landes non-occupées),

     …
    je vous adresse copie du courriel que je viens d’adresser à Bruno Le Marcis,
    qui explore les très riches archives du grand-père de son épouse : Marcel Brenot (17 juillet 1893 – 1er janvier 1986),
    qui commanda le 182e GTE du camp de Gurs d’avril 1940 à avril 1942,
    puis le 526e GTE, d’abord d’Izeste – Louvie-Juzon, puis d’Oloron (à partir du 6 novembre 1942), d’avril 1942 à juillet 1943,
    comme l’attestent ses mémoires de défense, rédigés fin 1944.
     …
    C’est très probablement Marcel Brenot qui, avant son départ d’Oloron _ pour Vichy _ au mois de juillet 1943, a proposé à Pierre Klingebiel,
    professeur de philosophie au collège d’Oloron, militant protestant, et ami et collègue du résistant (Armée Secrète) d’Oloron Jean Bonnemason,
    d’accepter d’assumer les charges d’un « contrat agricole » de complaisance en faveur de mon père,
    afin, à la fois, de faire sortir celui-ci du camp de Gurs _ où il faisait partie des TE du 182e GTE de ce camp _,
    ainsi que, de faire bénéficier
    tant de ses compétences médicales (mon père avait été l’assistant en ORL à la Faculté de Médecine de Bordeaux, du Professeur Georges Portmann),
    que de ses compétences linguistiques (mon père parlait polonais, russe, allemand et espagnol) et de secrétariat,
    les TE du 526e GTE d’Oloron,
     …
    tout en cherchant à éloigner _ un peu _ mon père de menaces type « Organisation Todt »,
    voire Wehrmacht (la Galicie _ Stanislawow _ d’où venait mon père étant devenue allemande lors de la rupture du pacte Molotov-Ribentropp, le 22 juin 1941),
    comme l’indique précisément une lettre rédigée au mois d’avril 1945 par Pierre Klingebiel, et conservée dans ses archives privées.
    …
    …
    Je sais désormais que l’adjoint au chef du 526e GTE d’Oloron, puis Jurançon,
    dont je lisais la signature à l’encre verte sur les documents du 526e GTE concernant mon père,
    les 25 août 1943, 26 août 1943, (3 fois), 16 septembre 1943 et 21 juillet 1944,
    comme quelque chose comme « Gourmençon »,
    s’appelait en fait Joseph de Goussencourt
    _ dont la famille (à Saint-Eman, tout à côté d’Illiers-Combray) a servi de modèle
    rien moins qu’aux Guermantes de Proust !!!!
     …
    Mais jusqu’ici, je n’ai rien découvert sur le parcours après la guerre de ce Joseph de Goussencourt
    (né le 9 mai 1896, à Saint-Eman,
    marié en 1928, avec Henriette Gros de Perrodil, née le 23 janvier 1896 et décédée en 1931 ; ils ont eu 2 enfants ;
    et remarié le 27 janvier 1938 ; ils ont eu un enfant).
     …
    C’est ce même Joseph de Goussencourt qui, le 21 juillet 1944,
    quand mon père, revenu de Toulouse (et des 561e et 562e GTE de Beaupuy et Toulouse – rue de Belfort),
    s’est rendu à la Villa Montréal à Jurançon, siège du 526e GTE départemental des Basses-Pyrénées,
    lui a procuré _ à la demande expresse de mon père : le régime de Vichy vacillait fortement, au fur et à mesure de l’avancée des Alliés en Normandie et Bretagne ; et des bombardements alliés, aussi, dans le Sud-Ouest … _ un nouveau « contrat agricole » de complaisance,
    adressé à nouveau, cette fois encore, à Pierre Klingebiel à Oloron _ que mon père désirait rejoindre…
    …
    Le nouveau chef du 526e GTE départemental étant alors E. Delluc,
    qui _ venant des Hautes-Pyrénées : du 525e Groupe Disciplinaire de Travailleurs Etrangers de Bagnères-de-Bigorre _ avait remplacé Philippe Grandclément,
    signataire, avec son adjoint Joseph de Goussencourt,
    des contrats et documents concernant mon père au 526e GTE de la fin août à la mi-décembre 1943…
    …
    Voilà.
    …
    Les archives de Marcel Brenot
    que déchiffre peu à peu Bruno Le Marcis
    sont une mine d’éléments passionnants…
     …
    Titus Curiosus
    …
    …
    P. s. :
    vendredi prochain, 24 avril, je me rends à Navarrenx,
    sur les traces des liens _ et des témoins encore vivants de cette période ! _ entre Marcel Brenot,
    Henriette Verdalle (épouse de Jean Laclau-Barrère _ du 28 mars 1924 au 22 avril 1940 _, puis de Frédéric-François Wachsner _ à partir du 8 décembre 1945)
    et la famille de Pierre Cassin,
    réfugiée à Navarrenx pendant la guerre.
     …
    Henriette Verdalle (Navarrenx, 21 août 1896 – Mauléon-Licharre, 27 août 1988) est la fille du maire et conseiller général de Navarrenx, Paul Verdalle (Mauléon-Barousse, 19 mars 1860 – Navarrenx, décembre 1949 ou janvier 1950) .
    Et c’est lui, Paul Verdalle, qui a donné l’autorisation de construire sur les territoires de Dognen, Préchacq-Josbaig et Gurs, le camp (dit, dès lors, « de Gurs »),
    après le refus qu’avait opposé au député-maire d’Oloron, Jean Mendiondou,
    le maire d’Ogeu-les-Bains, le chanoine Arthur Biers, d’installer sur sa commune d’Ogeu ce camp d’ » accueil » des Républicains espagnols
    vaincus par les franquistes, lors de leur Retirada…
     …
    Pierre Cassin (Paris, 9 août 1910 – Paris, 26 juillet 2000), avocat à Paris,
    est le fils de Raphaël David Cassin (Nice, 7 juin 1875 – Saint-Maurice, 22 avril 1936), avocat à Paris lui aussi
    _ niçois de naissance, celui-ci se trouve à Paris dès 1901, domicilié 5 rue Racine, dans le quartier latin _ ;
    et le petit-fils de Gratien Cassin (Nice, 17 janvier 1843 – Nice, 26 mai 1881) et de son épouse Léontine Cassin (Nice, 24 décembre 1850 – Nice, 12 octobre 1918) ;
    cette dernière étant la sœur aînée d’Azaria Henri Cassin ((Nice, 8 mai 1860 – Nice, 13 mai 1959),
    père de René Cassin (Bayonne, 5 octobre 1887 – Paris, 20 février 1976)…
    …
    Et David Raphaël Cassin (né en 1875) fut le mentor, à Paris, de son cousin René Cassin (né en 1887), au moment des études de Droit de ce dernier dans la capitale.
    …
    Et au moment de la débâcle du printemps 1940,
    René Cassin avait proposé à son cousin Pierre Cassin _ et à sa famille _ de partir avec lui _ et son épouse _ pour l’Angleterre…
    …
    René Cassin et son épouse purent s’embarquer à Saint-Jean-de-Luz, sur un bateau polonais, le 20 juin 1940, et gagner Londres le 28 juin suivant ; René Cassin se rendant aussitôt offrir ses services au général de Gaulle.
    …
    Tandis que Pierre Cassin et les siens préférèrent rester en France.
    Ils franchirent la ligne de démarcation à Salies-de-Béarn ; puis décidèrent de demeurer à Navarrenx, où ils avaient trouvé un excellent accueil _ notamment de la part d’Henriette Verdalle : Pierre Cassin allait donner des leçons au fils d’Henriette Verdalle, le jeune André Laclau-Barrère (qui préparait le bac), au Vieux-Logis ; et Henriette Verdalle trouvait une maisonnette (avec un petit jardin potager) un peu à l’écart du bourg de Navarrenx, au lieu-dit « du Bois de Navarrenx« , dans laquelle résideraient les Cassin… _, plutôt que de rejoindre Nice _ berceau de la famille Cassin dès la première moitié du XIXe siècle _, comme ils l’avaient d’abord envisagé.
    …
    Frédéric-François Wachsner (avocat berlinois et juif antinazi), lui, était TE au 182e GTE du camp de Gurs ;
    et c’est Marcel Brenot qui lui avait permis de quitter le camp de Gurs afin de servir de précepteur au fils d’Henriette Verdalle, André Laclau Barrère (alors lycéen à Pau, mais malade à ce moment _ il préparait le bac chez lui), au Vieux-Logis, à Navarrenx _ 26 rue du Faubourg.
    …
    Marcel Brenot ainsi que sa famille étaient régulièrement reçus chez Henriette Verdalle, au Vieux-Logis, à Navarrenx,
    comme s’en souvient bien aujourd’hui encore la dernière fille encore vivante de Marcel Brenot.
    …
    Et celle-ci, née, comme André Laclau-Barrère, le fils d’Henriette Verdalle, en 1925 _ André Laclau-Barrère : Cierp, 4 novembre 1925 – Susmiou, 1er mai 2001 _,
    se souvient même que le jeune André ne l’appréciait pas beaucoup…
    …
    Pierre Cassin _ dont se souvient aussi la fille de Marcel Brenot (90 ans maintenant) _, avocat parisien,
    qui habitait avec son épouse Hélène et ses deux enfants, Nelly et Jacques, une petite maison (avec un jardin) à l’écart du faubourg de Navarrenx _ dans le quartier un peu plus excentré dit « du bois de Navarrenx« … _,
    allait aider lui aussi, au Vieux-Logis, le lycéen André Laclau-Barrère à préparer le bac.
    …
    Et le Vieux-Logis de Navarrenx hébergeait encore un certain nombre _ mais oui ! _ de réfugiés…
     … 
    Henriette Verdalle, quant à elle, possédait, en effet, dès avant la guerre une carte d’adhérente à la Ligue contre l’antisémitisme.
    …
    …
    Et il faut noter que Marcel Brenot a maintenu toute sa vie des liens avec Henriette Wachsner-Verdalle…
    Cf ce document que m’a adressé Bruno Le Marcis le 13 avril dernier :
     …
    « Je retrouve à l’instant une carte de visite postée à Hendaye-Plage le 22/12/1978
    et reçue par Marcel Brenot le 26 à PARIS, suite à une erreur d’adresse« .
    …
    « Madame H. WACHSNER-VERDALLE
    Vous adresse ses bons vœux et souhaits les plus sincères pour l’année nouvelle pour vous et vos enfants,
    serait si heureuse de vous revoir,
    garde un si bon, si fidèle souvenir de vous tous.
    J’espère que vous êtes en bonne santé et vous adresse l’expression de toute mon amitié !
    Je vous embrasse affectueusement,
    votre vieille fidèle amie.« 
    …
    …
    Henriette Wachsner-Verdalle avait, ce 22 décembre 1978, 82 ans, et Marcel Brenot, 85…
    …
    …
    Tout cela est passionnant.
    …
    …
    …
    Et voici ma réponse à l’envoi par Bruno Le Marcis de nouveaux documents
    _ issus d’un des « mémoires de défense » de Marcel Brenot, rédigés fin 1944 -début 1945, au moment de sa mise en accusation par une commission d’épuration… _,
    occasion et origine de ce point-synthèse-ci :

    …

    Début du message réexpédié :
    De: Titus Curiosus
    Objet: Marcel Brenot : suite des documents
    Date: 21 avril 2015 10:38:26 UTC+2
    À: Bruno Le Marcis

    …

    Merci de ces nouveaux documents.
     …
    J’en retiens surtout les précisions qu’apportent la lettre de soutien du Commandant H. Peyrelongue,
    et la liste des documents annexes concernant la période de Gurs :
    …
    Gurs
    1 – Lettre Picard Toulouse du 5 11 44
    2 – Copie lette Cdt Peyrelongue du 15 11 44 à M. le Commissaire Ral
    3 – Lettre UGIF du 28 mai 1943. remerciements 526e GTE
    4 – Lettre remerciements Wachsner du 11 9 1942 _ rédigée à Navarrenx, je remarque… _
    5 – Lettre Yahni remerciements du 16 4 43
    6 – Carte Mme Nahoum déclarant patriote du 20 10 44
    7 – Carte lettre Mme Verdalle à Navarrenx à M. le Commissaire Ral
    8 – Copie carte David à M. le Commissaire Ral indiquant sauvés déportation
    9 – Copie lettre Mlle Roux à M. le Commissaire Ral
     …
    Qu’apporte le détail de ces nouveaux documents annexes ?
     
    …
    Les liens entre Marcel Brenot (ainsi que sa famille)
    avec Frédéric François Wachsner (un des TE de Marcel Brenot au 182e GTE du camp de Gurs)
    et Henriette Verdalle (et sa famille : son père, Paul, et son fils André Laclau-Barrère) au Vieux-Logis à Navarrenx
    constituent décidément une pièce importante de notre enquête :
    tout cela à partir des souvenirs, se précisant peu à peu, de votre tante Huguette…
    …
    …
    De mon côté,
    je viens de lire le très riche La Lutte contre le chômage à Vichy _ Henri Maux, le Juste oublié 1939-1944  (aux Éditions Lavauzelle, en 2002 )
    d’Antoinette Maux-Robert,
    fille de Henri Maux ;
    …
    lequel, Henri Maux, en tant que « Commissaire-adjoint à la Lutte contre le Chômage » pour la zone non-occupée, à Vichy,
    chapeautait le Service des GTE,
    que dirigeait, toujours à Vichy, le lieutenant-colonel Tavernier
    _ à propos duquel Peter Gaida dit, page 120 de sa thèse Camps de travail sous Vichy _ Les « Groupes de Travailleurs Etrangers » (GTE) en France et en Afrique du Nord 1940-1944 :
    « les archives restent muettes sur ce personnage »…
     …
    Je vais tâcher de me renseigner si, depuis les travaux d’Antoinette Maux-Robert (2002) et de Peter Gaida (2007),
    on en a appris un peu plus sur ce personnage méconnu de Tavernier…
     …
    Je remarque aussi, au passage, que le livre d’Antoinette Maux-Robert ne cite qu’une seule fois le nom de Lemay _ en une note, page 293 : « CHAN, 72 AJ 2265 et 2266 (Heilmann) : rapport confidentiel de Lemay, chef du GTE n°2, sur le recrutement allemand à Figeac, Muret, Tarbes, juillet-août 1942« … _, qui dirigeait le Groupement n°2 de Toulouse,
    alors que le livre cite plusieurs fois le nom du commandant Rougier, qui dirigeait le Groupement n°1 de Clermont-Ferrand…
    Il est vrai que Clermont-Ferrand était moins éloigné de Vichy que Toulouse,
    même si Henri Maux s’est rendu aussi à Toulouse, ces années-là…
    …
    J’aurais aimé en apprendre un peu plus sur ce M. Lemay, et son rôle à la Direction du Groupement n°2 des GTE de la Région de Toulouse…
    …
    …
    Et voici, maintenant, un très bon résumé de la situation du CLC de Henri Maux, et de sa chronologie, par Denis Peschanski :
     …
    « Dès le 11 octobre 1940, une loi instituait un Commissariat à la Lutte contre le Chômage (CLC),
    auquel furent rattachés les GTE.
    … 
    François Lehideux en était le responsable _ Henri Maux ayant refusé de s’occuper de la zone occupée ! _,
    mais Henri Maux avait la tutelle sur la zone libre, où il fit prévaloir une autre logique que celle _ répressive _ en vigueur ;
    cela lui valut d’être fortement menacé dans son poste et sa mission à l’automne 1941 ;
    puis,
    même s’il fut chargé, le 26 septembre 1942, d’assurer par intérim les fonctions de commissaire _ pour les 2 zones : non-occupée et occupée _,
    d’être remercié ;
    et la structure d’être liquidée le 17 janvier 1943.
    … 
    Il _ Henri Maux _ pouvait s’appuyer sur le « Service des Etrangers »,
    qui entra officiellement en action à partir du 4 juillet 1941.
    Son responsable, Gilbert Lesage, eût un rôle majeur dans le rapprochement familial et dans la politique qui vise à faire basculer les internés des camps vers les GTE,
    avant de mettre sur pied les « Centres d’Accueil Spécialisés ».
    … 
    Au CLC, était attaché un « Service Central des Formations de Travailleurs Etrangers »,
    dirigé par le colonel Tavernier ;
    tandis qu’au moment où fut instituée une « Inspection Générale des Camps », sous la houlette d’André Jean-Faure (en septembre 1941),
    on nomma le commandant Doussaud _ ou Dousseau, comme l’orthographie Peter Gaida, aux pages 121-122 de sa thèse _ comme « Inspecteur des Formations de Travailleurs Etrangers » » _ ou GTE ;
    et ce commandant Dousseau vint en effet au camp de Gurs, au moins en mars 1943… Mais on sait bien peu de choses sur son parcours par la suite…
    …
    …
    J’ignore si les noms du colonel Tavernier,
    du commissaire-adjoint Henri Maux,
    ainsi que celui de Gilbert Lesage _ ce dernier est mieux connu des historiens _,
    se retrouvent dans les archives de Marcel Brenot, commandant des 182e et 526e GTE.
    …
    Pour ce qu’il en est du nom de Dousseau _ Dousseau est venu à Gurs au moins en mars 1943 _,
    il est possible qu’il en soit fait mention dans les archives de Marcel Brenot,
    même si en ce mois de mars 1943, de sa venue attestée au camp de Gurs, Marcel Brenot, lui, se trouve diriger le 526e GTE, à Oloron, et ne se trouve donc pas au camp de Gurs.
    Les 2 pages (121 et 122) de Peter Gaida sur ce commandant Dousseau sont d’ailleurs très intéressantes…
     …
    Aux AD 64 de Pau, se trouve une série de documents mentionnant les suites conflictuelles auxquelles donna lieu l’inspection du commandant Dousseau au camp de Gurs ;
    concernant surtout, je suppose, le commandant du camp de Gurs : Gruel, en mars 1943.
    Peter Gaida m’en a communiqués certains, sur son CD-Rom…
     …
    Je mets l’accent sur les noms de Tavernier et de Maux,
    parce que ceux-ci étaient, à Vichy, les supérieurs hiérarchiques de Marcel Brenot,
    via Lemay, le chef du Groupement n° 2 de Toulouse (puis Toulouse-Sud, quand fut créé un Groupement n° 7, pour Toulouse-Nord),
    rue de Belfort à Toulouse… 
    …
    Tout cela pour essayer d’éclairer la décision de Marcel Brenot
    de demander à quitter le 526e GTE d’Oloron, au printemps 1943
    _ départ dont se trouve au courant Georges Picard, du CAR (Centre d’Accueil des Réfugiés) de Montauban, dès la fin mai 1943,
    comme en témoigne sa lettre du 28-5-1943 à Marcel Brenot.
     …
    Henri Maux, lui,
    devenu officiellement Commissaire provisoire _ et non plus Commissaire-adjoint _ à la Lutte contre le Chômage pour les 2 zones, à la date du 26 octobre 1942,
    quitte son service au Ministère du Travail le 1er mars 1943,
    viré par le ministre Lagardelle..
     …
    Mais dès le retour de Laval à Vichy en mai 1942 bien des choses avaient commencé de se dégrader pour Henri Maux et le CLC.
     …
    En tout cas, au mois de décembre 1942, suite à deux rencontres orageuses, à Paris, avec Henri Maux (les 20 et 21 décembre),
    le ministre du Travail Hubert Lagardelle a décidé que le CLC disparaissait,
    remplacé par un « Office de Reclassement Professionnel », qui sera créé par la loi du 16 janvier 1943 ;
    et que « Maux restera _ seulement _ quelques semaines encore, pour organiser la transformation du CLC »…
     …
    Page 195 de son livre, Antoinette Maux-Robert écrit :
    …
    « Finalement, Lagardelle décide d’opérer une réorganisation complète de son ministère
    et de créer une 5éme Direction, qui englobera le Service de l’Inspection du Travail et de la Main-d’œuvre.
    C’est cette Direction qui sera chargée d’élaborer les mesures imposées à l’Office de Reclassement Professionnel. »
     …
    Et d’autre part, elle met l’accent, page 196, sur ce fait capital :
    …
    « Le 16 février 1943, est adoptée la loi instaurant le Service du Travail Obligatoire » ;
    et « par une courte lettre _ du 4 février 1943 _, le ministre du Travail _ Lagardelle _ demande à Maux de cesser toute activité à dater du 1er mars »…
    …
    …
    C’est donc dans ce contexte (de disparition à terme des GTE, vidés peu à peu de ses TE, envoyés massivement à l’Organisation Todt…)
    que Marcel Brenot prend, à Oloron, au printemps 1943, la décision de quitter ce Service menacé des GTE…
    …
    Et il est aidé en cette prise de décision par son amitié avec le général Perré, chef de la Garde du maréchal Pétain, à Vichy,
    par lequel général Perré Marcel Brenot obtient de devenir Commandant régional des GMR à Orléans.
    …
    Cette période du printemps 1943 est donc intéressante pour saisir l’évolution de Marcel Brenot en ces années d’Occupation…
    …
    …
    Cependant les GTE, même se vidant peu à peu de nombre de ses TE, ne disparaitront pas totalement
    tant que durera le régime de Vichy
    _ à preuve le statut de mon père TE, du 10 décembre 1943 au 20 juillet 1944, aux 561e et 562e GTE de Haute-Garonne (Beaupuy et Toulouse rue-de-Belfort),
    puis à nouveau, à partir du 21 juillet 1944, au 526e GTE de Jurançon,
    et cela jusqu’au 30 septembre 1944, date où il peut enfin regagner librement Bordeaux, libéré des Allemands…
     …
    Mon père entre en effet au 526e GTE d’Oloron le 26 août 1943 (après le départ d’Oloron pour Vichy, début juillet, de Marcel Brenot) ;
    …
    il passe au 561e de Beaupuy (près de Toulouse) le 10 décembre 1943 _ alors que de nombreux TE des Basses-Pyrénées sont directement envoyés, eux, au camp de Noé, pour triage vers l’Organisation Todt, ou Drancy (et Auschwitz !)… _ :
    il y est chargé d’organiser l’infirmerie du cantonnement du Domaine de Lagaillarde (un château inoccupé depuis au moins dix ans ! et alors sans eau courante, ni électricité !),
    ce 561e GTE étant transplanté de Clairfont, en banlieue sud-ouest de Toulouse, à Beaupuy, dans la campagne vallonnée des côteaux du nord-est de Toulouse ;
    …
    (et il devait aussi rejoindre le 562e GTE de Toulouse rue de Belfort le 16 juin 1944 ; mais cette mutation fut déclarée « nulle et non avenue » le 19 juillet 1944 sur le registre de ce 562e GTE de Toulouse : une énigme encore pour moi à ce jour…) ;
    …
    et enfin mon père peut même revenir _ du fait de quelles initiatives (et complicités) ? _ au 526e GTE de Jurançon, le 21 juillet 1944,
    où il obtient un nouveau « contrat agricole » de complaisance,
    signé une nouvelle fois par l’adjoint (au chef de ce 526e GTE départemental des Basses-Pyrénées _ E. Delluc (venu du 525e GTE départemental (et disciplinaire) des Hautes-Pyrénées, à Bagnères-de-Bigorre, remplaçant alors Philippe Grandclément à la tête de ce 526e GTE départemental des Basses-Pyrénées ; mais j’ignore à ce jour quand eut lieu cette passation de commandement au GTE de Jurançon… _) : Joseph de Goussencourt
    (c’est sa signature à l’encre verte que je lisais jusqu’ici « Gourmençon ») ;
    et adressé cette fois encore _ de l’initiative de Joseph de Goussencourt ? et à la demande de mon père, très probablement… _ au très bienveillant toujours Pierre Klingebiel, à Oloron.
    …
    Mon père, membre à nouveau, par conséquent, de ce 526e GTE départemental des Basses-Pyrénées, résidera ainsi à nouveau, comme de septembre à décembre 1943, à Oloron-Sainte-Marie _ 40 rue des Oustalots, chez Joseph et Léonie Castille _,
    de cette fin juillet jusqu’à la fin septembre 1944, date de son retour définitif, libre, à Bordeaux…
    …
    Auparavant, mon père aura participé aux actions de Libération d’Oloron,
    auprès de Jean Bonnemason (de l’Armée Secrète) _ collègue et ami de Pierre Klingebiel _, au cours de la fin du mois d’août 1944.
    …
    Depuis longtemps,
    et de plus en plus à mesure que mon enquête progresse,
    je pense que mon père a bénéficié de protections efficaces de la part de certains des membres de la hiérarchie des GTE ;
    …
    et que c’est très probablement à l’initiative de Marcel Brenot (qui connaissait Pierre Klingebiel à Oloron dès son commandement du 182e GTE du camp de Gurs : à l’occasion de « contrats agricoles » ayant permis d’ex-filtrer du camp de Gurs des protégés républicains espagnols protestants dont Pierre Klingebiel connaissait les parents réfugiés à Oloron, tels plusieurs membres de la famille Maso…)
    que mon père a pu quitter Gurs (et le 182e GTE du camp de Gurs)
    pour Oloron (et le 526e GTE), au mois d’août 1943.
     …
    Reste à préciser et mieux comprendre les conditions effectives de la transmission Marcel Brenot – François Bodin-Hullin – Philippe Granclément, à la tête de ce 526e GTE d’Oloron, en juillet-août 1943…
    …
    …
    Quant au mystérieux colonel (ou lieutenant-colonel) Tavernier,
    il continuera de diriger le Service des GTE à Vichy…
    …
    …
    A suivre…
    …
    …
    Titus

    …

    …

    Voilà donc ce point-synthèse intermédiaire que je tenais à faire à propos des avancées à ce jour de mon enquête…
    …
    …
    Et, suite à mon envoi aux historiens Peter Gaida et Denis Peschanski,
    voici, enfin, le petit mot de réception de Denis Peschanski à mon courriel de synthèse :
    …
    …
    Le 21 avr. 2015 à 12:46, Denis Peschanski a écrit :
    …
    Cher Monsieur,
     
    C’est à une enquête exemplaire que vous vous livrez
    et, ainsi, vous éclairez, par une histoire singulière, un pan important de l’histoire de la France des années noires.
    Simple détail que vous connaissez bien sûr: les ponctions massives dans les GTE ont commencé dès 1941.
     
    Bonne continuation
     
    Bien amicalement
    ——————–
    Denis Peschanski
    …
    …
    Titus Curiosus ce 22 avril 2015
  • L’anthropologie fondamentale _ à partir de la corporéité _ de Corine Pelluchon : une pensée très féconde

    Ayant reçu mercredi 18 mars à la librairie Mollat

    Corine Pelluchon

    venue présenter à Bordeaux son très richeLes Nourritures _ Philosophie du corps politique (aux Editions du Seuil),

    cf le podcast de notre entretien : Corine Pelluchon Les nourritures : philosophie du corps politique, aux éditions du Seuil

    Au « 91 », rue Porte-Dijeaux

    EcouterTéléchargerPodcastiTunesExporter 

    …

    Cf aussi la vidéo de présentation de son livre :

    https://youtu.be/3FFJh6UQZz0

    …

    j’ai aussi un très vif plaisir à signaler l’excellent article que Corinne Pelluchon vient de donner le 28 mars dernier au quotidien Libération :

    …

    Andreas Lubitz, en fermé dans le cockpit, sourd au monde et aux autres

    http://liberationdephilo.blogs.liberation.fr/2015/03/28/lubitz-enferme-dans-le-cockpit-sourd-au-monde-et-aux-autres/

    …

    En voici le texte

    qui donne excellemment à penser :

    …

    Ou la vulnérabilité au mal d’un sujet qui n’a que lui comme horizon 

    par Corine PELLUCHON

    …

    SUICIDE ET MEURTRE

    …

    Le geste d’Andreas Lubitz qui, le 24 mars 2015, a volontairement précipité l’Airbus A-320 de la Germanwings sur une montagne, provoquant la mort de tous les passagers et de l’équipage, pourrait à première vue donner raison à Emmanuel Kant qui soulignait le lien entre le suicide et le meurtre.

    …

    Dans La Métaphysique des Mœurs, le philosophe affirme que celui qui est prêt à se donner la mort, parce que la vie ne lui apporte pas ce qu’il désire, se traite comme un moyen en vue d’une fin hétéronome, le bonheur. Le suicide est conçu comme une violation du devoir envers sa personne, qui est une fin en soi, et n’est donc pas relative à l’individu. Celui-ci ne peut donc faire n’importe quoi de sa vie, de son corps, de ses talents ; il a des devoirs envers lui-même, qui renvoient au respect de l’humanité dans sa personne. Or, Kant ajoute qu’un homme qui se détruit et se sert de sa personne comme d’un moyen au service de ses fins individuelles serait également prêt à faire la même chose avec la personne d’autrui.

    …

    Des élèves se retrouvent devant le lycée de Joseph-Koenig de Haltern am See, dans l’Ouest de l’Allemagne, le 25 mars, pour se recueillir après le crash du vol des Germanwings, dans lequel ils ont perdu des camarades. Photo Sascha Schuermann / AFP.

    …

    Cette manière de mettre sur le même plan les devoirs envers soi-même et les devoirs envers autrui, présente assurément des inconvénients, parce qu’elle ne tolère, comme l’a montré John-Stuart Mill, aucun vice privé et aboutit, selon la formule de Ruwen Ogien, à «criminaliser les crimes sans victimes», comme la gourmandise, l’onanisme, l’indécence, qui ne créent aucun dommage à autrui. Quand on s’interroge sur ce qui peut faire l’objet des interdictions et être considéré comme un délit, il est, en effet, nécessaire de séparer la morale du droit, et de n’interdire que les actes créant un dommage aux autres.

    …

    L’ESSENCE DU MEURTRE APPARAÎT DANS SA GRATUITÉ

    …

    Le fait qu’il n’y a pas, chez Kant, de différence de nature entre les devoirs envers soi-même et les devoirs envers autrui, ne permet pas non plus de comprendre l’essence du meurtre, qu’il est impossible de rapprocher moralement du suicide. Non seulement on ne peut pas estimer que l’individu suicidaire est un meurtrier en puissance, ni supposer que tous les meurtriers sont également désireux de se tuer, mais, de plus, le meurtre est le fait de mettre fin à la vie de quelqu’un d’autre sans le consentement de ce dernier. Il est, ainsi que le dit Levinas dans Totalité et Infini, la volonté d’exercer son pouvoir sur ce qui échappe à son pouvoir. La vie de l’autre ne m’appartient pas. Bien plus, la gratuité du meurtre, qui n’est pas motivé ici par la volonté de s’approprier les biens d’autrui, et se démarque de toute entreprise de domination, mais aussi du combat de deux individus engagés dans une lutte à mort pour la reconnaissance, fait ressortir son essence. Le fait qu’Andreas Lubitz ne connaissait pas personnellement les passagers de l’avion, est à prendre en compte si l’on veut analyser le type de violence qui est en jeu dans son acte.

    …

    Il y a bien une violence dans le suicide qui est, comme le meurtre, un acte définitif et irréversible. Quand il n’est pas lié à une maladie grave ou à la misère économique, ce geste est aussi une manière d’accuser la société, qui n’a pas été capable d’offrir à la personne ce à quoi elle pensait avoir droit, ou qui n’a pas entendu son appel. L’individu ne parvient pas à imaginer que la vie pourrait être autre chose que la répétition du même. Ce manque de possible souligne aussi sa difficulté à se défaire de la logique de la puissance pour lâcher prise et être disponible à ce qu’Henri Maldiney appelait la transpassibilité, le fait d’espérer l’inespérable, au-delà de toute attente. Le meurtre partage avec le suicide cette obsession de la maîtrise, mais c’est le sentiment d’impuissance qui conduit une personne à se tuer. Il suffit parfois de presque rien, comme cette belette qui, comme le raconte Ludwig Binswanger dans Manie et Mélancolie, surprend son patient, B. Wandt, parti dans la forêt avec l’intention de se pendre avec ses bretelles, lui signifiant qu’il a encore des choses insoupçonnées à découvrir et le poussant à revenir à l’hôpital.

    …

    TOUTE-PUISSANCE, ENFERMEMENT EN SOI ET LOGIQUE MEURTRIÈRE

    …

    Au contraire, le meurtre plonge ses racines dans la volonté de toute-puissance d’un sujet qui devient sourd au monde et aux autres, comme Andreas Lubitz, enfermé dans le cockpit et ne répondant pas à l’appel désespéré du pilote. Enfermé en lui-même, tout en exerçant le contrôle absolu sur l’avion, le meurtrier est séparé du reste du monde. De même que la gratuité du meurtre souligne son essence, de même l’ignorance des victimes qui sont des victimes innocentes, n’ayant jamais rien fait à Andreas Lubitz, témoigne de ce qui est en jeu dans cette logique meurtrière. On ne peut l’appréhender qu’en se plaçant du côté du meurtrier et en prenant la mesure du vide qui est le sien. Andreas Lubitz n’en veut pas aux passagers ni à son commandant de bord, mais il ne les voit pas. Il n’a que lui, et c’est pour cela qu’il est capable de commettre le mal.

    …

    Accepter de regarder en face l’énormité de l’acte d’Andreas Lubitz, c’est y voir quelque chose qui préfigure d’autres actes dictés par ce type de violence. Il s’agit d’une violence gratuite, qui implique que le meurtrier ne choisit pas ses victimes, mais qu’il veille cependant à ce qu’elles soient nombreuses, afin que son crime soit un crime de masse. Oui, nous sommes à l’ère du terrorisme. Oui, les cadavres de cinq nouveaux nés tués par leur mère ont été récemment découverts. Oui, certains traders et certains dirigeants de firmes transnationales sont capables de ruiner des millions de personnes, d’affamer des populations, simplement pour faire du profit. Mais on ne peut pas dire qu’il y a de nos jours plus de crimes que dans le passé. Ce qui a changé, c’est que la violence est gratuite. Elle procède de cet enfermement en soi, de ce vide qui fait de Lubitz, que nous le voulions ou non, notre contemporain. Il n’est pas (seulement) une exception ou un fou, mais un individu qui reflète la vulnérabilité au mal de tant d’autres individus dans une société ayant privé les êtres de tout horizon commun.

    …

    UN HORIZON AU-DELÀ DE NOTRE VIE INDIVIDUELLE

    …

    Nos grands-parents n’avaient pas que leur vie pour s’orienter: certains avaient vécu la guerre, des idéaux dictaient leur conduite ; et, parfois, ils croyaient en Dieu et en une vie après la mort. Leurs actions se déroulaient sur deux plans. Elles avaient lieu ici-bas et les intéressaient personnellement, mais elles avaient aussi un sens collectif. Ils avaient à rendre des comptes : ils seraient jugés par le Très-Haut ou par l’Histoire, par le tribunal des hommes. Dieu, le gaullisme ou le communisme…

    …

    Nous ne sommes plus dans ce monde. Les hommes d’aujourd’hui n’ont que l’argent, la réussite matérielle ou professionnelle, la reconnaissance, les ornements ou les haillons du moi. Parfois, la famille et l’amour sont investis comme des refuges dans ce monde désert, c’est-à-dire déserté par le commun. Beaucoup se sentent laissés pour compte, car la richesse, la gloire, la réussite, et même l’amour, sont des biens rares. D’où les frustrations vécues comme des échecs, le ressentiment, l’envie, la crispation de chacun sur soi-même. Même si tous les êtres ne deviennent pas comme Andreas Lubitz, beaucoup d’entre eux éprouvent ce vide. Ils sont ce vide, qui est leur moi, leur égo sourd aux autres, et orphelin de toute participation au monde commun. C’est pourquoi ils étouffent et connaissent ce désespoir d’un égo en proie avec lui-même, c’est-à-dire avec l’insatisfaction et le néant.

    …

    LE MONDE COMMUN, L’ÉTHIQUE ET L’ANTHROPOLOGIE

    …

    Cet état de choses n’est cependant pas une fatalité. Une autre société est possible parce que l’être humain n’est pas seulement l’égo, le moi qui ne mesure les choses qu’à l’aune de son être individuel, devenu l’unique point de départ et d’arrivée de sa vie et du sens. Cette crispation sur soi est même relativement récente, et reflète surtout un cadre de pensée occidental. Dans les sociétés traditionnelles et antiques, l’être humain compte par son appartenance à une communauté plus large qui donne un sens à son existence individuelle, même si elle l’écrase. Nous ne dirons jamais assez tout ce que nous devons à la tradition des droits de l’homme qui vont de pair avec la reconnaissance de la valeur intrinsèque de chaque être humain et avec la résolution de protéger sa liberté en le laissant vivre conformément à ses choix personnels, pourvu qu’il ne nuise pas à autrui. Cependant, nous ne pouvons pas nous épanouir ni construire un monde durable en pensant que notre existence individuelle est le seul horizon de nos actes. Exister seulement pour soi, c’est forcément mesurer sa réussite ou son échec, voire sa valeur, en fonction de ce que l’on a gagné, des avoirs que l’on a amassés. Un tel horizon conduit à la frustration et à l’amertume.

    …

    Nous vivons pour nous et nos proches, mais nos actes ont aussi un sens lié au monde commun. Celui-ci nous accueille à notre naissance et survit à notre mort individuelle. Commun aux générations passées, présentes et futures, habité par d’autres vivants et constitué des œuvres des hommes et de la nature, ce monde, comme disait Hannah Arendt dans La condition humaine, nous confère une sorte d’immortalité terrestre. Il est une transcendance dans l’immanence, et nous permet également de mesurer la valeur de nos actes en fonction de leurs répercussions sur le monde commun.

    …

    Au lieu d’être enfermé en soi et de commettre un acte monstrueux afin que tout le monde connaisse son nom, le sujet qui vit cette double vie, sait que son existence est débordée par celle des autres. Il est conscient que, même ses gestes les plus humbles, comme le fait de manger, de prendre soin des autres hommes et des autres vivants, ont un impact sur le monde commun. Tout ce qu’il fait, tout ce qu’il dit, s’écrit dans le livre du monde, et est transmis aux autres. Vivre ainsi fournit des repères aux êtres en les aidant à poser des limites à leurs actions et à leurs désirs, et à relativiser leurs insatisfactions. Sans cet horizon du commun, le sujet est un sujet vide et total, un sujet-tyran, sans limites, aussi violent qu’il est désespéré.

    …

    LA TÂCHE DE LA PHILOSOPHIE AUJOURD’HUI

    …

    Nous ne sommes pas ici dans la morale, dans les conventions sociales, et les «il faut». Cette analyse relève de l’anthropologie philosophique. Aucun être humain ne peut se garder du mal et de la violence s’il n’a que lui comme référence. Seules la chance, la prospérité et la paix, l’empêcheront de commettre le mal. La pacification des relations humaines, la transformation de la société en une société conviviale, dans laquelle les êtres sont plus heureux et moins enclins à basculer dans l’inhumanité, ne sont possibles que si les individus, au lieu d’être enfermés dans leur égo, accueillent en eux-mêmes les autres hommes, passés, présents et futurs et les autres vivants.

    …

    L’éthique, qui désigne le rapport à l’autre que soi et donc la transformation du moi, qui est ainsi, non pas dissout, mais décentré, et d’autant plus fort ou responsable qu’il a abandonné le phantasme d’une souveraineté absolue sur lui-même et sur le monde, ne requiert pas de discours moralisateurs. N’ayant que faire des propos accusateurs dans lesquels s’enlisent les pourfendeurs de la modernité, elle exige de penser le sujet autrement qu’on ne l’a fait dans les philosophies modernes occidentales. Il s’agit d’installer l’intersubjectivité au cœur du sujet et de faire que le monde commun, même s’il n’est que terrestre, surtout s’il n’est que terrestre, ouvre un horizon d’espérance aidant les individus à s’abstenir de commettre le mal et leur donnant envie de faire le bien. Telle est la tâche de la philosophie aujourd’hui, une tâche résolument constructive.

    …

    Corine Pelluchon

    …

    Ma toute première réaction à cet article nourricier :

    …

    A comparer aussi avec les bunkers d’Hitler : celui de la toute fin, à Berlin, ainsi que les autres : la Tanière du loup, celui d’Ukraine, etc.

    Nous sommes plus que jamais face à ce désert qui ne cesse _ hyper-technologie aidant _ de s’étendre,

    que Nietzsche avait si bien identifié…

    …

    …

    Titus Curiosus, ce 31 mars 2015