Catégorie : Villes et paysages

  • Très fortes conférences d’Olivier Mongin et Bernard Stiegler à propos de ce qu’est « faire monde », à l’excellent Festival « Philosophia » de Saint-Emilion

    Avant de me mettre au travail, ce matin (du 31 mai 2009),

    ce courriel à mes amis en Provence (la galeriste) Michèle Cohen, à Aix, et (le photographe) Bernard Plossu, à La Ciotat,

    en pensant au vernissage de l’exposition de Bernard Plossu « French Cubism _ hommage à Paul Strand« , à la NonMaison, que dirige Michèle Cohen à Aix-en-Provence :

    …

     De :   Titus Curiosus

    Objet : Alors ? + le festival « Philosophia » à Saint-Emilion
    Date : 31 mai 2009 07:13:48 HAEC
    À :   Bernard Plossu

    Cc :   Michèle Cohen

    …

    Alors ? Ce vernissage _ à la NonMaison à Aix à 18h _ fut-il joyeux ?
    …
    Quant à moi,
    je n’ai pas regretté ma balade saint-émilionnaise :
    il faisait très beau
    _ ce samedi après-midi du 30 mai _ ;
    et le festival de « philosophie »
    _ cela ne court pas les rues… _,
    (probablement…) pour marquer « en hauteur » le classement du « paysage viticole » du « pays » de Saint-Émilion au « Patrimoine mondial de l’humanité » (de l’Unesco)
    avait choisi pour thème : « monde« , « mondialisation » et « universalité« …

    …
    Les conférences d’Olivier Mongin, le directeur d’Esprit (nous nous connaissons : la Société de Philosophie de Bordeaux,
    dont je suis un membre _ un peu _ actif du bureau, l’avait reçu il y a quelques années _ c’était le 15 mars 2001, au CAPC _ ; et il se souvenait de moi),
    et de mon ami Bernard Stiegler _ je l’avais moi-même reçu pour la « Société de Philosophie«  le 18 novembre 2004, dans les salons Albert Mollat _
    furent brillantes _ et même brillantissimes ! _ :
    à la fois d’un très haut niveau de pensée
    _ sur ce qu’il faut essayer de penser de la « mondialisation » et de la « crise«  (de « civilisation » !) : rien ne vaut les philosophes pour aider la lucidité !!! _
    et à la portée d’un public pas nécessairement spécialiste des concepts (les plus pointus)…
    …
    Je vais écrire un article

    et sur ces 2 conférences
    et sur le « concept » même
    _ très remarquable (comme sa « réalisation« , par Éric Le Collen) _ de ce « Festival » de philosophie : une grande réussite,
    qui attire beaucoup de monde dans cette ville d’art
    (comme Aix, même si plus petite de taille ; et dépourvue d’université : l’université est à Bordeaux…) qu’est Saint-Émilion (qui a l’atout _ extraordinaire ! _ de son merveilleux vin ; et tout à côté, il y a aussi Pomerol !)…
    …
    En « photo« ,
    « Hôtel » n’est pas encore sur les étals des librairies à Bordeaux
    _ en tout cas pas au rayon « Beaux-Arts » et au nom de Plossu (où je le cherche !), à la librairie Mollat…

    …

    J’ai acheté le très intéressant _ et c’est un euphémisme ! passionnant, devrais-je plutôt dire ! _ « Controverses _ une histoire juridique et éthique de la photographie« ,
    paru chez Actes-Sud, par Daniel Girardin et Christian Pirker _ et le Musée de l’Elysée à Lausanne…
    …
    En attendant vos échos du vernissage à la NonMaison,
    …
    je vous embrasse,
    …
    Titus

    …

    Après une première conférence non philosophique

    _ j’avais préféré aller écouter Carmen Añón Féliu, paysagiste et expert évaluateur du « Comité du Patrimoine Mondial » de l’Humanité (de l’Unesco : elle avait participé à la décision de l’inscription de Saint-Émilion sur la liste de ce prestigieux label) _ sur le sujet le « Patrimoine mondial, une valeur universelle ?« ,

    plutôt que le philosophe Pierre-Henri Tavoillot sur le sujet de « Une leçon particulière sur l’universel : les Lumières » _,

    dont la teneur, certes non in-intéressante, m’a tout de même parue un peu « courte« , tant de contenu de questionnement que d’apport de « faits » ou de « critères » ;

    …

    la conférence d’Olivier Mongin a comblé, a contrario, mon appétit de perspectives fouillées perspicaces, concrètes tout autant qu’audacieuses ;

    sur le sujet de « Mondialisation et reconfiguration des territoires« , c’est aussi le professeur à l’Université Nationale du Paysage, de Versailles, que nous avons pu entendre, à partir, notamment, d’une très riche (philosophiquement) et large (géographiquement) expérience, dont témoigne le livre « La Condition urbaine : la ville à l’heure de la mondialisation« …

    …

    Olivier Mongin met en avant la difficulté que peuvent présentement connaître les « territoires«  (relativement statiques ; même si le mot d’ »espace » contient aussi la racine « spes« , l’espoir…) ; et avec eux (= ces « territoires« ), en conséquence, l’ »habiter » des hommes, face à l’extraordinaire puissance des « flux » (et leurs « liquidités« ) sur lesquels « fonctionne » l’économie post-moderne mondialisée, désormais…

    …
    Ainsi Olivier Mongin cite-t-il un auteur américain mettant en avant « ce » que « le mur » tant « protège«  (en l’isolant de l’altérité d’un dehors) qu’ »exclut » et « met en danger«  (en l’exposant à toutes forces hostiles), dans la logique (urbaine) des « malls«  (mais pas seulement ceux du « vendre« , bien connus dorénavant de par le monde _ avec partout les mêmes « enseignes« , vendant et répandant partout les sempiternelles mêmes « marques » _ : ceux, aussi, des « quartiers hautement surveillés et protégés« , en expansion continue de par la planète !), on ne peut plus vectoriellement…

    …

    Ce qui m’a personnellement rappelé la perspective distincte de (l’européen) Georg Simmel en son si bel article « Porte et pont » (in « Les Grandes villes et la vie de l’esprit« , par exemple ; ou encore in « Philosophie de la modernité« ) ; à laquelle s’oppose le raisonnement en « ami ou ennemi » d’un autre européen, mais pas du même bord philosophique, Carl Schmitt…

    …

    Olivier Mongin a aussi cité, à propos d’une « ville globale » argentine _ hermétiquement coupée de son voisinage, mais parfaitement connectée à toutes les autres « villes globales » du globe… _, Saskia Sassen (« La Globalisation : une sociologie« ), à laquelle j’ai consacré un précédent récent article (le 21 avril 2009 : « Du devenir des villes, dans la “globalisation”, et de leur poésie : Saskia Sassen« )…

    …

    Bref, la ville doit « composer » _ et harmonieusement, si possible : elle est fondamentalement un dispositif de « rencontres« , de « réunions », de « cohabitations« … _ des forces diverses, dans un espace (« urbain« ) relativement identifiable ; selon la logique de la « polis«  : le terme dérive, héraclitéennement, de « polemon« , le conflit…

    …

    Et « se reconfigurer » aussi…

    …

    Bref, les questions de fond concernent  le « co-habiter« , le « vivre ensemble » ; avec ses circuits divers, ses cercles, ses parcours (de « flux« , déjà : la rue…) en mouvements incessants ; d’où le caractère crucial et plus que jamais « actuel » des enjeux de la démocratie (qui soit « véritable » !) ; qu’Olivier Mongin a très clairement pointés..

    …

    Les évocations par Olivier Mongin des mégapoles, telle Kinshasa _ avec un « habiter » totalement oxymorique… _, ou de la « ville globale » (à la Saskia Sassen…), telle celle qui jouxte Buenos Aires,

    gagneront à êtres comparées aux regards et analyses de Régine Robin dans son très beau « Mégapolis » _ cf mon article du 16 février 2009 : « Aimer les villes-monstres (New-York, Los Angeles, Tokyo, Buenos Aires, Londres); ou vers la fin de la flânerie, selon Régine Robin« … ;

    qui m’a valu cette réponse de Régine Robin, en date du 18 mars, et sous l’intitulé « votre beau texte » :
    …
    Nicole Lapierre m’a fait suivre votre blog consacré à mon livre. Il est très beau, très poétique. J’en suis très émue et heureuse.
    Restons en contact.
    Très amicalement et poétiquement.
    Régine Robin.

    …

    Cela fait plaisir…
    …

    Quant à l’ami Bernard Stiegler,

    sa prestation _ sur le sujet « Du marché au commerce » et dans une forme olympique ! _ fut particulièrement brillante, tant il a su amener le public (très nombreux et extrêmement attentif dans le cloitre de la collégiale par cette belle après-midi splendidement ensoleillée _ de nombreux livres furent achetés après la conférence !) à entrer dans une intelligence jubilatoire du présent (et de sa « crise« ) en pénétrant peu à peu la conceptualisation stieglérienne, à propos de ce qui sépare le « commerce » des singularités qualitatives (de « personnes » qui sont des « sujets« )  d’un « marketing » qui vise l’accélération _ spéculative financière : strictement comptable _ de l’efficacité d’un dispositif d’achat par de simples (et de plus en plus « simplets« , « crétinisés« …) « cœurs de cible«  ;

    dont le fort habile neveu de Sigmund Freud, Edward Bernays, parti d’Autriche faire fortune aux Etats-Unis, rédigea en 1928 le mode d’emploi basique : « Propaganda : comment manipuler l’opinion publique« …

    …

    En lieu et place du « commerce« , par exemple, de l’amour,

    dans la logique complexe et qualitative d’un parcours (plus ou moins, et peut-être infiniment, labyrinthique et long ; avec, aussi, un certain coefficient d’improbabilité ; ainsi que de l’imprévu, plein de charme !) de « désirs » échangés,

    procéder par ce dit « marketing » à la mise en place _ sociétale, instituée _ de dispositifs pavloviens strictement « réflexes » de satisfaction rapide de « pulsions » (« déchargées« ) par la « consommation« ,

    …

    c’est-à-dire l’achat, payé en espèces sonnantes et trébuchantes ;

    ou mieux, en leur équivalent électronique ;

    de « dépense« ,

    de biens et services identifiés (et « fidélisés » _ mais ce n’est pas ici une vertu… _ addictivement en « marques » :

    sur l’addiction, lire Avital Ronell : « Addict : fixion et narcotextes » ;

    et sur les « marques« , lire Naomi Klein : « No logo _ la tyrannie des marques« …).

    …

    Bernard Stiegler s’en prend alors plus spécifiquement à la « bêtise systémique » d’une « consommation » « crétinisée » ;

    qui ne prend jamais le temps (devenu bientôt trop coûteux pour elle) d’un peu mieux évaluer,

    ni d’échanger des impressions _ un « consommateur » en a-t-il jamais ? _ avec d’autres (« dépenseurs » d’argent : on se contente de « faire les comptes » !..),

    …

    en une logique (spéculative strictement comptable ! et à toute vitesse ; et parfois assez complexe…) de rendement d’intérêt (financier !) le plus « à court terme » possible installée par et en faveur d’actionnaires « spéculateurs » hyper mobiles (= les principaux bénéficiaires d’un tel « jeu » de « placements« …) ;

    …

    pas même pour le profit,

    davantage « engagé« , lui, dans les arcanes du « réel » et d’un « travail » de transformation des choses (et selon de bien réels « métiers« ),

    des « investisseurs » d’ »entreprises« …

    …

    Bref, l’alternative de la souricière (de l’aujourd’hui sociétal de « crise« ) est bien :

    _ ou bien le « choix » « réaliste » de ces valeurs « spéculatives » « irréelles » de profit pour soi du seul « marché«  (auquel poussent certains élus politiques, que Bernard Stiegler n’hésite pas, au passage et sans s’y attarder, à nommer ; dans le sillage du « There is no alternative » d’une Mrs Thatcher, à la fin des années 70 ; ou d’un « Le problème, c’est l’État » d’un Ronald Reagan au début des années 80) ;

    _ ou bien la décision (généreuse : moins intéressée et égocentrée) d’un « commerce » plus « solidaire« , tant des personnes que des citoyens, de tout remettre à plat de ces échanges de soi avec les autres sur de plus saines (= vraies) bases :

    où il s’agit enfin, et pour chacun, de « consister » ; en une « intimité » à d’autres non instrumentalisés, ni « jetables » après hyper rapide « consommation » (et « consumation« ) de quelques « services » « vite faits bien faits« …

    …

    C’est là situation de fait

    _ cf ici l’alternative d’un Cornelius Castoriadis dès les années 50 entre un « vrai socialisme » ; et une « réelle barbarie« … (bien du chemin restant à accomplir pour le comprendre mieux…) _

    que les nouvelles technologies _ de plus en plus sophistiquées et efficaces, certes ; celles du « temps-lumière » (après le « temps-carbone« …), selon les expressions du tout récent « Pour en finir avec la mécroissance » de Bernard Stiegler (avec Alain Giffard et Christian Fauré) _ proposent, de gré ou de force, aux organisations inter-humaines ;

    …

    à commencer par politiques et économiques :

    ainsi Bernard Stiegler a-t-il très brièvement « remarqué« , au passage _ les cloches de la collégiale sonnant alors à toute volée et longuement par-dessus le cloître… _, qu’appelés très prochainement à voter, nous disposions (encore) d’une certaine responsabilité de « citoyens » ;

    et que certains chefs d’État, de fait, « appuient » (davantage que d’autres personnes) certains « dispositifs relationnels » (de marketing) qui « néantisent » le sujet en la personne ;

    à nous d’en prendre (un peu) mieux conscience ;

    et d’en tenir (un peu mieux) compte en nos actes ; pour choisir (et pas seulement un jour d’élection) entre  (tout) ce qui va vers l’ »in-humain« , et (tout) ce qui y « résiste » !..

    …

    C’est là situation de fait que les nouvelles technologies proposent de gré ou de force aux organisations des rapports du « commerce » humain, dans tous ses aspects ;

    et à l’aune, donc, de l’alternative (puissante) entre « non-inhumain » ou bien « inhumain » : à nous d’en prendre mieux et plus fermement conscience…

    …

    L’enjeu étant bien la « singularité » à découvrir, faire émerger et cultiver_ ou pas _ pour l’épanouir _ ou la laisse périr d’inanition _, des personnes…

    …

    Ou la singularité, aussi, d’œuvres de « culture« ,

    tels les vins de ce terroir de Saint-Émilion

    _ et de Pomerol, pour lequel Bernard Stiegler a « avoué » une certaine prédilection… _,

    à l’heure d’une certaine « parkérisation » plus ou moins galopante, par « marketing » et « pré-formatage » de « produits« 

    _ à la (de plus en plus pressante, semble-t-il… ; mais c’est à voir !..) demande, précisément de « consommateurs« -« acheteurs » ;

    davantage que du fait même de l’excellent « connaisseur des vins« , en leur singularité, justement (!), qu’est le célèbre Robert Parker

    (l’auteur en effet célébré et porté au pinacle _ par des « consommateurs » ? des « amateurs » ? voire des « amoureux » ?.. _ du « Guide Parker des Vins de France« …) _,

    justement,

    aux dépens des « terroirs » et des savoirs (hautement) cultivés d’œnologues-artistes, au moins autant qu’artisans :

    …

    « Le vin de terroir est-il l’avenir de la viticulture mondiale ?« ,

    devaient on ne peut plus opportunément et « en connaissance de cause » (!) s’interroger, avec le public, le lendemain matin le « Professeur de géographie et d’aménagement ; et membre de l’Institut » Jean-Robert Pitte, en compagnie de Denis Saverot, Directeur de la rédaction de « La Revue du Vin de France« , et, éminent viticulteur « du cru » saint-émilionnais, Alain Moueix, Président de l’ »Association des Grands Crus Classés de Saint-Émilion« …

    …

    Bernard Stiegler aimant tout particulièrement choisir

    pour exemples de la « mise en place » des concepts assez pointus que sa recherche d’ »intelligence _ au plus fin, au plus précis, au plus juste ! _ de la complexité du réel » propose,

    des situations « parlant » _ et « en vérité » ! _ « au plus près » des savoirs d’expérience de ses auditeurs-interlocuteurs…

    …

    Et le public d’agréer à l’analyse…

    …
    A une question d’un auditeur (se) demandant

    si le « marketing » ne représentait pas une tendance fondamentale de « l’humain » en tant que « nature humaine« ,

    Bernard Stiegler a répondu, avec beaucoup de nuances

    _ car le « pharmakon« , lui-même entre remède et poison, est autant affaire d’infinie délicatesse dans le « dosage » que de choix des finalités entre aider et nuire, porter assistance et porter tort (tant à soi-même, par masochisme, qu’à autrui, par sadisme), construire et détruire ; et cela dans l’ambivalence tissée au cœur même (battant !) du jeu de « composition« , d’assonances et dissonances, harmonie et dysharmonie, des « pulsions » et « désirs« , évoluant, eux-mêmes, ces « affects« , avec « plasticité« , entre « émotions« , « sentiments » et « passions » (lire ici tant le « Traité des passions de l’âme » de Descartes que la sublime « Éthique » de Spinoza)… _,

    …

    Bernard Stiegler a répondu, avec beaucoup de « nuances »

    que, quant à lui, il ne pouvait pas se prononcer s’il existait, ou pas, une « nature » de l’ »humain » ;

    …

    que tout ce qu’il pouvait « assumer« , c’était la possibilité (et le devoir) d’une « retenue » certaine de la « personne » (toujours en devenir « métastatique » elle-même et en (ou plutôt par) ses actions : il l’a expliqué à l’aide de l’image des « tourbillons » du fleuve _ il a dit « la Gironde » _ qui « se maintiennent » comme « tourbillons » dans le jeu complexe et tourmenté, parfois violent et imprévisible, des courants) envers les tentations (ou « pulsions » brutes),

    présentes en chacun de nous _ sans exception : là-dessus, on pourra lire le magnifique « Passer à l’acte« , de Bernard Stiegler, paru le 6 juin 2003 aux Éditions Galilée _, et pouvant s’exprimer et « éclater » (= « exploser« …) à tout moment, si nous n’apprenons pas à les « retenir« , à les « conduire« ,

    …

    envers les tentations

    de nous comporter « in-humainement« .

    …

    Succomber, ou pas, à ces « tentations » permanentes de l’ »in-humain« ,

    voilà ce qui caractérise le projet _ tant personnel que collectif ; et collectif, d’abord, forcément ! « civilisationnel » ! _ de se comporter en « personne« , ainsi qu’en citoyen responsable, aussi,

    « majeur« 

    _ cf ici le toujours et plus que jamais indispensable et actuel (!) « Qu’est-ce que les Lumières ? » d’Emmanuel Kant _

    en une société où « l’autre » (aussi bien que « soi« -même !!!) est aussi « vraiment » pris en compte _ existentiellement, l’ »affaire » dépasse la simple éthique ; et est proprement, via les rapports inter-humains économiques de tous les instants, « politique » ! _ autrement qu’en un simple « moyen« , « instrument« , « outil » (ou « cœur de cible » : calculable), réductiblement ;

    ou objet de prédation, carrément…

    …
    On voit ici combien _ et avec quelle urgence ! _ s’impose la tâche (philosophique !) de (re-) mettre au clair une « anthropologie fondamentale«  pour ce temps-ci de technologies hyper-rapides _ lire ici Paul Virilio : par exemple « Vitesse et politique« … _ et hyper-efficaces…

    …

    A laquelle « anthropologie fondamentale« , il me semble que le travail de longue haleine, et avec quelle belle constance ! de Bernard Stiegler contribue magnifiquement…

    …

    …

    Un « Festival » de philosophie de très grande qualité que ce « Festival Philosophia » de Saint-Émilion ;

    et particulièrement efficacement organisé par Éric Le Collen (et son équipe) ;

    qui permet au « pays de Saint-Émilion » de bien « cultiver« , le long des années qui passent (et en progressant vraiment), son label de « Patrimoine mondial » de l’Humanité…

    …

    Titus Curiosus, le 31 mai 2009

  • Lieux communs (ou pas) romains (2) : temps, perception, oeuvre _ le cas exemplaire du « génie » de Goethe se dé-couvrant peu à peu en son (prolongé) séjour romain…

    Pour poursuivre ma réflexion d’hier, « Lieux communs (ou pas) romains : entre peinture et photographie au XIXème siècle « ,

    entamée à partir 1) de ma lecture du livre-catalogue de l’expo « Voir l’Italie et mourir » ; et 2) de l’article du Monde (sous la double signature de Michel Guerrin et Philippe Dagen) « L’Italie en peintures et en photographies : sujets communs, lieux communs » ;

    …

    et la mener un peu plus loin,

    en creusant si peu que ce soit autour des liens se tissant entre temps, perception et œuvre ;

    …

    et à partir de la remarque de cet article (de Michel Guerrin et Philippe Dagen, donc ; experts s’il en est…) autour de ce qui distingue une certaine approche photographique de l’attitude dominante et tentatrice du « cliché« , avec le fait le plus fréquent, sans doute, de succomber au « lieu commun » ;

    …

    attitude _ sinon « posture«  à adopter… _ présente souvent (le plus souvent, du moins…) dans un certain « pictorialisme » des peintres d’abord (avant, à leur suite, les photographes) ; quand ils ne « parviennent » pas vraiment, ni tout à fait, à un style _ et leur style ! _, du moins…

    …

    D’où les dégats endémiques de ce « pictorialisme« -là (des « clichés » dans les têtes !..) parmi les photographes aussi…

    …

    Mais je me souviens d’être parvenu à une remarque similaire lors de ma lecture _ patiente : elle prend, forcément, un certain temps ; surtout crayon (du passionné que je suis : de Rome, entre autres, et tout particulièrement !) en main :

    le « Journal » de « Voyage en Italie » prenant à Goethe lui-même un certain temps

    (soit plusieurs années : d’autant qu’avant de retourner séjourner longuement encore à Rome _ et c’est là, en ce re-tour, seulement, que son regard « devient » vraiment profond ! et perspicace ! après le bousculement pataud, pataugeant, balourd, toujours trop niais, de la première « dé-couverte » ; et la nécessité de l’ »acclimatation« … _, Goethe part visiter, un certain temps aussi, Naples) _ ;

    lors de ma lecture patiente (et crayon en main) du « Journal » de « Voyage en Italie » de Goethe :

    …

    Arrivé à Rome, Johann Wolgang von Goethe commence, effectivement

    _ tout « génie » qu’il est (ou plutôt « est capable d’être » :

    mais même le « génie » doit s’apprendre, en « se désembourbant » : des « clichés« , précisément ! : cf la magnifique formulation de Nietzsche en son « Prologue » d’ »Ainsi parlait Zarathoustra » : « Il faut encore porter du chaos en soi pour donner naissance à une étoile dansante«  !) _,

    …

    Goethe commence par « tomber » _ et « patauger » longtemps, même lui ! _ dans la plupart des « clichés » courant les rues (et les esprits plus encore !!!) sur Rome, en « touriste » (débarquant de la germanique Weimar) qu’il commence par être, lui aussi, à la rencontre

    _ pas encore assez « découverte«  (c’est-à-dire qui soit enfin assez dé-tachée des « clichés« ), justement… _

    des monuments un peu célèbres, déjà , ou depuis presque toujours _ Goethe est un grand lecteur (et des auteurs latins classiques, pour commencer) devant l’Eternel… _ ; et qui « encombrent » encore son regard…

    …

    Mais ce qui va aussi l’aider un peu _ si peu que ce soit : mais c’est le décisif en l’affaire ! _ à se dé-tacher (donc !!!) des « clichés« , et à enfin rencontrer, avec (enfin !) un peu plus de « fraîcheur » (d’artiste « vrai« ), Rome ;

    et pas seulement en la forme pré-formatée de ses plus (et trop) célèbres monuments : à « identifier« , tout d’abord (en « bon élève » qui se souvient « bien » de la « leçon » apprise auprès des premiers « maîtres« …) ; et « re-connaître«  : « ah ! c’est donc cela, le Panthéon ! » ; et ce que va permettre bientôt à grande échelle l’invention, puis la diffusion généralisée, auprès des « touristes », du « Baedeker » ;

    …

    c’est que Goethe aussi dessine

    (et se prépare sans doute même _ il l’écrit en son « Journal » ; avant, plus tard, d’y renoncer… _ à peindre ; en compagnie de plusieurs amis peintres séjournant longtemps, voire s’étant « installés« , à Rome et en la campagne romaine : la tentation d’ »installation » à Rome venant faire le siège aussi de Goethe)

    à Rome ;

    …

    qu’il va,

    à l’instar des glorieux _ et si beaux : quels dessins !!! _ exemples de Poussin, Claude (« Le Lorrain« ) et du Guaspre (Gaspard Dughet, « il Poussinetto » : le neveu même, et romain, lui, de Poussin),

    flaner _ et crayonner _ sur le « motif »,

    notamment dans la si proche (belle) campagne romaine _ par exemple du côté du Pont Milvius, sur le Tibre, et des prés autour de la fontaine de l’Acqua Acetosa ; ou du côté du vieux Pont, aussi, de la Via Nomentana sur l’Aniene ; ou sur le chemin, ombragé de pins, de Tivoli…

    …

    Bref, la perception « vraie » a besoin,

    soit de la contemplation d’un temps réellement calme, pacifié _ pour s’ôter les taies de l’œil obstruant la perspicacité du regard de celui qui passe _ ;

    soit de la bousculade de l’ »événement » « passant » et ne « repassant » pas _ ou la croisée bousculante de « Kairos » ! _,

    …

    ainsi que le remarquent (excellemment) Michel Guerrin et Philippe Dagen à propos des violences (mortelles : pour les hommes comme pour les bâtiments !) du « Risorgimento«  garibaldien :

    …

    à propos des photos _ magnifiques !!! _ des émeutes de Rome (en juillet 1849, par Stefano Lecchi, pages 264-265) ou de Palerme (en juin 1860, par Gustave Le Gray, pages 270 à 273), avec sinon cadavres, du moins ruines toutes fraîches…

    …

    Un livre décidément passionnant à « vraiment » regarder que ce « Voir l’Italie et mourir » !

    …
    Titus Curiosus, ce 23 mai 2009

  • Lieux communs (ou pas) romains : entre peinture et photographie au XIXème siècle

    Un petit dossier sur une partie d’Histoire du regard étranger sur Rome,

    au XIXème siècle, quand, dans les débuts de la photographie,

    les photographes viennent mettre leurs pas dans ceux des peintres

    et sur leurs « platebandes »…

    …

    D’abord, cet échange de courriels avec l’ami Plossu :

    …

    De :   Titus Curiosus

    Objet : « Photographie et peinture dans l’Italie du XIXème siécle »
    Date : 11 mai 2009 18:13:17 HAEC
    À :   Bernard Plossu

    Cc :   Michèle Cohen

    …

    « Photographie et peinture dans l’Italie du XIXème siécle » !
    …
    Il s’agit du catalogue d’une expo qui devrait vous intéresser
    , Bernard, Michèle, au Musée d’Orsay (jusqu’au 19 juillet 2009),
    dont le titre officiel,
    d’après un mot de Gœthe à propos de Naples (dans son « Journal » de « Voyage en Italie« )
    mais pas du meilleur goût,
    est « Voir l’Italie et mourir« 
    …
    …

    Passionnant pour certaines photos :
    …

    une (de Giorgio Sommer, pages 2-3) du quai de Messine avant le tremblement de terre ;
    d’autres _ superbes ! page 186 : le théâtre de Marcellus ! _ d’un nommé Robert Mac Pherson,
    très actif à Rome entre 1957 et 1871 ;

    comme ont pu l’être les frères Alinari à Florence ;
    et bien d’autres encore : à Venise, à Naples ; et ailleurs…
    …
    Sur la peinture,
    si l’œuvre du gallois Thomas Jones (un génie ! à découvrir !!!) est bien évoquée
    (pages 38-39),
    un choix beaucoup trop limité sur les peintres : Granet ou Fabre ne sont même pas mentionnés ;
    Jean-Antoine Constantin, juste évoqué
    (page 43)…
    …
    Le livre de l’expo (sur une idée d’Ulrich Pohlmann et de Guy Cogeval)
    est édité par Flammarion : « Voir l’Italie et mourir » ; et vaut 39 Euros…
    …
    Passionnant !
    …
    Titus

    …

    Ensuite, en réponse à un message d’invitation au vernissage de son expo lot-et-garonnaise :

    …

    De :   Bernard Plossu

    Objet : Re : « Photographie et peinture dans l’Italie du XIXème siécle »
    Date : 11 mai 2009 18:33:27 HAEC
    À :  Titus Curiosus

    …

    Merci du tuyau !

    …

    Je rentre de LUCCA, une merveille !

    et de Sovana, et de PITIGLIANO, superbe village, et de Carrara !
    …
    el B
    …
    Tu penses venir au vernissage de Musée de Gajac, jeudi 14 à 18h, à Villeneuve sur Lot ? Je sais que ce n’est pas à  coté…
    …
    l ‘expo est : les photos de « Avant l’âge de raison » et « Hirondelles andalouses« …
    …

    De :   Titus Curiosus

    Objet : Vernissage à Villeneuve/Lot demain à 18h + Lucca
    Date : 13 mai 2009 06:08:16 HAEC
    À :   Bernard Plossu

    …

    Je ne pourrai pas venir demain à Villeneuve/Lot
    (au vernissage du Musée de Gajac, à 18h),
    étant pris trop tard dans l’après-midi à mon travail.
    Je le regrette bien.

    …

    Pour le livre sur la photo en Italie au XIXème siècle,
    il est très intéressant ; même si un peu frustrant
    parce ce qu’il laisse deviner qui n’a pas été montré…

    Tu verras toi-même.
    Il y a sans doute des recherches à mener à partir de là…
    Par exemple, sur ce photographe Robert Mac Pherson à Rome…

    …
    Sur Lucca,
    il y a un excellent roman de Charles Morgan
    « Sparkenboke« 
    qui se passe à Lucques…
    je l’ai lu il y a longemps ;
    mais je me souviens encore des remparts de Lucques comme il en parlait…
    Il y a longtemps que je n’y suis passé… A re-découvrir, en effet !
    …
    Titus
    …

    Ensuite,

    sur cette expo parisienne,

    ce papier aujourd’hui dans Le Monde,

    avec quelques commentaires miens, au passage :

    …

    « L’Italie en peintures et en photographies : sujets communs, lieux communs« 

    LE MONDE | 22.05.09 | 17h32  •  Mis à jour le 22.05.09 | 17h32

    …

    Les relations entre peinture et photographie au XIXe siècle : sujet classique de réflexion en histoire de l’art _ classique et épineux. Sa difficulté se vérifie tout au long de l’exposition du Musée d’Orsay « Voir l’Italie et mourir« , qui centre la démonstration sur un seul pays et quelques « motifs » : les paysages italiens, les monuments et ruines, les populations, sont d’excellents « sujets » pour les praticiens du daguerréotype ou du tirage papier, comme pour ceux de l’huile sur toile _ cf mon article sur l’expo Granet de l’été 2008 au Musée Granet d’Aix-en-Provence : « François-Marius Granet, admirable tremblement du temps, Aix, Paris, Rome« …

    …

    Ajoutons les relevés et projets réalisés par des architectes français au cours du même siècle, présentés à quelques pas de l’exposition, et ce sont plusieurs centaines de pièces qui sont proposées. C’est considérable, peut-être trop. Et c’est logique, car l’Italie a été le principal séjour des artistes et savants européens aux XVIIIe et XIXe siècles. Combien de voyageurs érudits, collectionneurs plus ou moins scrupuleux, élèves des Beaux-Arts en quête de modèles et écrivains se sont-ils succédé à Rome, Florence et Venise ? Allemands, Anglais, Français, Nordiques, Russes : l’Europe se donnait rendez-vous sur les escaliers de la Trinité-des-Monts et devant la basilique Saint-Marc _ assurément ! pour le « grand tour«  d’avant les vrais débuts dans la vie (sérieuse)…

    …

    UN RAPPORT AU TEMPS DIFFÉRENT

    …

    Le résultat, qui privilégie donc les artistes étrangers aux Italiens, est un peu répétitif, plus à même de satisfaire un public de passionnés _ dont je suis pour ce qui concerne, pour commencer, Rome ! Les photographies dominent _ oui : et c’est tant mieux : pour des découvertes ; le champ de la peinture étant, lui, beaucoup mieux « balisé« … _, alors que les peintures semblent là pour ponctuer le parcours, donner un contrepoint coloré, inviter à comparer _ oui : trop de lacunes graves de ce côté-là…

    …

    Du peintre au photographe, la motivation est similaire _ pour le principal, en effet… Dès les années 1840, les premiers praticiens de la photographie se précipitent à leur tour à Rome, Pompéi, Sienne, partout en somme. L’inventaire photographique de l’Italie n’est qu’un épisode d’une « chronique » _ oui !!! _ qui a commencé à la Renaissance _ sinon plus tôt _ cf le journal de voyage de Pausanias dans la Grèce antique : « Description de la Grèce« …

    …

    L’exposition s’ouvre de façon emblématique sur des toiles magnifiques _ c’est très vrai !!! mais peu nombreuses (et déjà bien connues)… _ de Valenciennes, Jones et Corot. Dans la continuité, les portiques, pins, collines, bergères, tombeaux, le Colisée, les thermes de Caracalla sont photographiés selon des angles que les peintres connaissent depuis longtemps _ certes ! La composition _ oui ! _ ressemble de façon criante à celle des études à l’huile. Les mêmes stéréotypes _ oui ! le plus souvent ; mais pas toujours… _ s’imposent : l’église, la basilique, la brune mélancolique, le gueux héroïque, les feuilles d’acanthe des chapiteaux corinthiens, le marbre exalté par le soleil. Imperturbable, l’accrochage énumère les sujets communs _ dans tous les sens du terme.

    …

    Il y a des photos et des peintures remarquables _ oui ! _ dans « Voir l’Italie et mourir« . Mais que démontre leur rapprochement ? L’antériorité de la peinture sur la photo ? C’est un truisme. La similitude des « motifs » ? Il ne pourrait en être autrement. Il n’y a pas mille façons de regarder, à Rome, le château Saint-Ange depuis la rive opposée du Tibre.

    …

    En fait, et on l’avait constaté dans les rares expositions qui avaient déjà adopté ce principe, le rapprochement au mur de la peinture et de la photographie d’une église ou d’un paysage appauvrit plus qu’il n’enrichit. Parce qu’il incite à ne voir dans les œuvres que des « motifs », des « sujets », alors que l’essentiel est ailleurs _ voyons voir… _, du moins pour les œuvres d’importance, qui échappent au constat.

    …

    Prenons le rapport au temps. Ce qui fascine dans la photographie, c’est ce que le peintre n’a pas le temps de peindre _ tiens donc ! une contrainte féconde : et l’occasion fait alors le larron… C’est le cas pour des événements _ ponctuels ; éphémères… _ : l’éruption du Vésuve demi-heure par demi-heure (Giorgio Sommer), le bombardement de Rome en 1849 (Stefano Lecchi), les combats de Garibaldi et des siens à Palerme en 1860 (Le Gray). Mais c’est vrai aussi, et c’est plus intime, pour la silhouette furtive du touriste, les draps qui sèchent sur le Forum romain _ page 191 ! _, le regard du modèle costumé qui est las de poser en brigand d’opérette. C’est la peinture qu’il faut oublier, ici, pour saisir le sentiment _ sans doute ! _ de ces images.


    « Voir l’Italie et mourir« ,au Musée d’Orsay, 1, rue de la Légion-d’Honneur, Paris-7e. RER Musée-d’Orsay. Tous les jours, de 9 h 30 à 18 heures ; jeudi jusqu’à 21 h 45 ; fermé le lundi. De 5,50 € à 8 €. Jusqu’au 19 juillet. Catalogue « Voir l’Italie et mourir« , textes collectifs, éd. Musée d’Orsay/Skira-Flammarion, 39 €….

     

    Philippe Dagen et Michel Guerrin

    …

    Article paru dans l’édition du 23.05.09

    …

    Je suis d’accord sur l’essentiel de l’article,

    comme l’indiquaient déjà mes rapides messages à Bernard Plossu…

    La photo permet parfois de nouveaux regards,

    qui ne soient pas des clichés !

    …

    Hein, Bernard ?!?

    …

    Titus Curiosus, ce 22 mai 2009

  • De l’identité (composite et ouverte) selon Claudio Magris

    Un tout à fait intéressant article dans « El Pais » de ce jeudi 30 avril,

    à l’occasion d’une conférence à Barcelone de Claudio Magris,

    un de nos écrivains contemporains européens majeurs _ de lui, lire en priorité, le merveilleux « Microcosmes » ; ainsi que « Trieste, une identité de frontières » (avec Angelo Ara ; l’original, italien _ « Trieste. Un’ identità di frontiera » _, est paru en 1982) _,

    lors d’un colloque sur le thème de « l’impureté« …

    …

    « Claudio Magris se asoma a la impureza »

     El escritor reflexiona sobre la vertiente ambigua y relativa de la vida moderna

    J. M. MARTÍ FONT – Barcelona – 30/04/2009

    …

    « No tenemos una sola identidad _ mais plusieurs ; ou une multiple, et complexe, et en mouvement plus ou moins permanent… Podemos tener una identidad nacional, una identidad ética _ que no es menos importante _, una identidad cultural y muchas otras. Yo estoy seguramente mucho más cerca de un liberal de Uruguay que de un fascista italiano, por ejemplo. ¿ Por qué ser italiano o catalán _ une identité « de nationalité«  : Magris s’exprimant ici et ce jour-là à Barcelone, en Catalogne, si soucieuse de sa « nationalité » (« catalane«  ! cf Enric Prat de la Riba : « La Nacionalitat catalana« , en 1906…) face à la « nationalité » (même si pas encore la « raza » : de franquiste mémoire !.. le film « Raza«  fut réalisé, en 1942, sur la base d’un scénario du Caudillo lui-même, derrière le pseudonyme de « Jaime de Andrade« …) ; face à la « nationalité » « espagnole »… _ debe ser más importante que ser creyente o no creyente ? Si alguien me dice que es creyente voy a saber algunas cosas sobre su identidad mucho más reveladoras _ ôter des voiles des « signes » : soit le critère « intéressant » de l’herméneute décrypteur ; quel qu’il soit : et pas nécessairement, ni seulement, un « écrivain »… _ que si me dice que es español.« 

    …

    « Hay una nefasta tendencia a identificar el futuro con la eternidad«  _ figée : « tel qu’en lui-même l’éternité le change« -rait, une fois pour toutes (= apocalyptiquement !)…

    …

    El escritor Claudio Magris (Trieste, 1939) ha estado en Barcelona para clausurar el ciclo de conferencias que, bajo el título « Impurezas« , ha llevado a cabo el Centro de Cultura Contemporánea (CCCB) a lo largo de los últimos meses. « La impureza« , asegura, « es asumir que la vida tiene este lado ambiguo, relativo, donde precisamente hay que buscar lo puro, que no se encuentra en el interior _ trop pauvre, trop sec, trop inerte et fermé _ de un sistema puro. »

    …

    El escritor italiano habló sobre los mitos y sobre el monólogo « Así que usted comprenderá »  (Anagrama)

    _ « Vous comprendrez donc« , en traduction en français, par Jean et Marie Noëlle Pastureau, aux Éditions Gallimard, le 30 octobre 2008 (cf aussi mon article du 29 décembre 2008 : « A propos de Claudio Magris : petites divergences avec Pierre Assouline _ sur son blog “la république des livres” «  ; et, plus encore, l’article du 1er janvier 2009 : « Le bonheur de venir de lire “Vous comprendrez donc”, de Claudio Magris« …) _,

    revisión del de Orfeo y Eurídice, donde es ella _ cf, de son épouse, Marisa Madieri (1938-1996) le magnifique « Vert d’eau » : paru en traduction française aux Éditions « L’Esprit des péninsules » en janvier 2002 _ la que habla desde el más allá y explica _ oui, pages 54 et 55 de son adresse au « Président«  des Enfers : « je l’aurais détruit » ; « et moi je disparaissais à sa vue, heureuse parce que je le voyais retourné déchiré mais fort vers la vie, ignorant du néant, capable encore de redevenir serein, peut-être même heureux. Et maintenant, en effet, chez lui, chez nous, il dort tranquillement. un peu fatigué, bien sûr, mais… » ; page 55… _ por qué no quiere volver a ver a su amado.

    …

    « Los mitos son también impuros » _ c’est-à-dire « mêlés« …

    …

    Magris, cuyo relato « Danubio » (Anagrama) _ « Danube« , paru en traduction française (par Jean et Marie-Noëlle Pastureau), le 1er janvier 1988, aux Editions Gallimard _ sirvió a muchos europeos _ dont, probablement, notre cher Pierre Assouline ; cf l’article de son blog « la république des livres » : « Claudio Magris n’en sort pas« , le 13 décembre 2008 _ para descubrir la mitteleuropa articulada en torno al Imperio Austrohúngaro, que había quedado semioculta detrás del telón de acero con la división de Europa posterior a la II Guerra Mundial, contempla ahora con la perspectiva que da el paso de 20 años lo sucedido en ese espacio _ mitteleuropéen (marqué par les Habsbourg : cf « Le Mythe et l’Empire » de ce même Claudio Magris, en 1991 pour la traduction en français…) _ al que, como trentino _ ou plutôt triestin : Trieste et Trente faisant deux !.. _, pertenece de pleno derecho _ celui de la riche (et longue) Histoire ; et ses « droits«  sont, en effet, puissants : ils ne s’effacent pas, « pour toujours« , d’un simple coup de chiffon sur ardoise-magique, d’un décisif trait de plume (plus paraphes de chacun des divers signataires), en un « traité« , fût-il dit, le plus solennellement du monde (après « guerre mondiale » !..), « de paix« …

    …

    « Tuve la gran suerte de poder viajar por la Europa del Este durante cuatro años _ d’enquête sur le (très vaste) terrain-territoire _ durante un periodo de relativa tranquilidad, entre 1982 y 1986 _ en son travail de préparation pour « Danube » : l’édition italienne de « Danubio » parut effectivement l’année 1986 chez Garzanti _ ; si no hubiera sido así, en 1989 [cuando se produjo el derrumbe del bloque soviético] no hubiera podido descender a los diferentes estratos de la historia, descubrir cosas, en si mismas poco importantes _ des « détails » !.. _, pero reveladoras. Esta experiencia fue clave _ oui ! _ para poder comprender lo que pasó después _ en cette Europe centrale et orientale qui a accentué encore ses propensions à la « balkanisation« … _, porque cuando se viven _ dans trop de précipitation _ estos grandes acontecimientos históricos es fácil quedarse sólo en la superficie »  _ l’ennemi de qui veut vraiment, en effet, « pouvoir comprendre » ce qui survient…

    …

    Reconoce que se esperaba un cierto resurgimiento de los _ vieux _ nacionalismos, de la tendencia a cerrarse _ se recroqueviller _ sobre las pequeñas _ voire micro _ identidades, y lamenta que, hasta cierto punto, « se ha perdido la sensación de la pertenencia a un mundo común : la mitteleuropa ». « Hay dos memorias« , apunta, « la que se sitúa en la continuidad ; y aquella obsesionada con el pasado, obligada a presentar la factura _ revancharde _ de todos los agravios padecidos en el pasado, empeñada en un victimismo competitivo consistente en poder esgrimir más víctimas que el vecino.« 

    …

    La omnipresente crisis _ ouverte, « en grand« , ce récent automne 2008 _ la afronta con escepticismo. « Hay, ciertamente, una gran preocupación, pero reconozco que yo mismo no sé aún, como mucha gente, si la crisis en la que estamos metidos no es más que una vanguardia de la _ plus grave encore : catastrophique ; sur ce concept, cf Jean-Pierre Dupuy ; par exemple, « Pour un catastrophisme éclairé _ quand l’impossible est certain« … _ que llegará más tarde ; o si ha sido exagerada tal vez por razones políticas _ par les uns, ou les autres _ para sacar provecho _ plein de partialité, malhonnête… Las sociedades reaccionan de dos maneras : el pánico o la solidaridad. » _ « le socialisme ou la barbarie« , a pu dire, en son temps, un Cornelius Castoriadis, autre (assez !) « grand européen«  : né à Istamboul, lui ; un lieu encore plus crucial (que Trieste) de notre « vieille Europe« … De Cornelius Castoriadis, lire en priorité : « L’Institution imaginaire de la société« …

    …

    Pero la quiebra _ soit une « rupture« … _ del modelo, asegura, no le ha sorprendido. « Siempre he creído que hay una nefasta tendencia a identificar el futuro con la eternidad, con la única posibilidad, con los últimos días _ d’Apocalypse ! _ de la Historia. A finales de la década de 1920 se creía que el capitalismo estaba a punto de ser destruido. Y no era cierto. Hasta hace un año se creía _ depuis l’heure des imprécations de Thatcher et Reagan _ que el capitalismo anglosajón, que no es el mismo que la tradición _ continentale (par exemple, le « modèle rhénan« )  _ europea, era la única posibilidad y el punto de llegada de la Historia _ cf, par exemple, de Francis Fukuyama : « La Fin de l’Histoire et le dernier homme« … Es ridículo.« 

    …

    Pero Magris teme que no haya nadie sentado al volante _ ou de pilote dans l’avion _, o que los que están en la sala de control no fijen su atención en la carretera. « Vivimos en un sistema tan autoreferencial _ avec un « réel » oh combien étroit ! en conséquence… _, en el que la clase política está de tal manera enfrascada en la tarea de autorepresentarse _ avec, en contrepoint, « L’Invisibilité sociale«  de ceux qui ne sont pas si peu que ce soit, eux (= les « autres« …),  « regardés« , faute d’être si peu que ce soit « entendus » (ni encore moins, forcément, « écoutés« ), comme nous en avertit Guillaume Le Blanc dans son très beau dernier livre, paraissant ces jours-ci aux PUF… _, que ya no le queda tiempo _ une affaire essentielle , cette « prise de temps » (et d’« égards« … : le contraire du « mépris » : pour connaître et comprendre…)… _ para atender a lo que sucede fuera. Como habla todo el rato de la crisis, no tiene tiempo de estudiarla _ un requisit capital pour toute vraie (et « honnête«  !) « recherche » !.. Claro que, como decía Chesterton, los que escriben los artículos de fondo son siempre los conservadores porque juzgan un hecho de hoy con la mentalidad de ayer.« 

    …

    …
    Titus Curiosus, ce 30 avril 2009