Étiquette : Bach

  • Le tout récent merveilleux CD « Scarlatti – Händel » de Pierre Hantaï salué comme il le mérite…

    Hier même 10 novembre,

    à l’occasion de mon plaisir de célébrer les joies que procureur le splendide CD des « Grands Motets sur le Cantique des Cantiques » de Pierre Robert,

    que vient  de publier l’intéressant label Château de Versailles – Spectacles,

    …

    j’évoquais aussi, très brièvement, et au passage,

    en ajoutant, surtout que je ne manquerais pas d’y revenir bientôt _ cf mon article  _,

    le génie admirable de l’interprétation _ toujours (ou presque) si parfaitement juste, sans hystérie ni virtuosisme _ de l’ami Pierre Hantaï…

    …

    …

    Je ne croyais pas si bien dire,

    puisque l’article de ce jour de Jean-Charles Hoffelé sur son site Discophilia,

    joliment intitulé « Le Soir et le jour« ,

    vient saluer comme il le mérite ce splendide CD « Scarlatti – Händel« de Pierre Hantaï ;

    …

    et vient me donner l’occasion, justement, d’y revenir tout de suite…

    …

    …

    Voici donc cet article :

    …

    …

    LE SOIR ET LE JOUR

    Scarlatti et Haendel se croisèrent _  physiquement ; et musicalement… _ plusieurs fois, à Londres, à Venise, et à Rome où le cardinal Ottoboni les réunira le temps d’une joute _ célèbre _ de claviers. C’est que le jeune Haendel éblouissait autant par ses talents de claviériste, plus même à l’orgue qu’au clavecin, que ne le faisait ce diable de Scarlatti. Les destins de leurs œuvres se croisèrent _ oui _, au moment où Scarlatti abandonnait pour le seul clavecin de sa chère princesse portugaise _ Maria-Barbara : à Lisbonne, puis Séville, puis la cour de Madrid, une fois devenue reine d’Espagne… _ l’opéra dont il avait hérité la veine lyrique de son père Alessandro, Haendel délaissait son clavecin pour mettre tout son art au service de la scène. De tout cela, Gaëtan Naulleau, dans un texte épatant, nous conte _ pour le livret de ce CD _  le détail, contrepoint éclairant au disque où Pierre Hantaï réunit _ mais pas gratuitement… _ les deux objets de ses amours.

    …

    …

    Voici enfin confrontés ces deux diables de l’instrument à cordes pincées. Pas forcément dans l’idée d’une joute comme l’avait voulue Ottoboni, chez lui _ Pierre Hantaï _ la virtuosité _ et très heureusement ! _ reste invisible, dès le grand geste qui ouvre l’Ouverture d’Il Pastor fido qu’il a transcrite à son propre usage, c’est le génie _ dramatique : et Händel en est un maestro… _ du théâtre qui paraît, nous entraînant dans un univers flamboyant _ oui : Hândel a, en effet, le génie d’enflammer…. La grande Suite en ré mineur apporte une touche de _ douce _ nostalgie française, sentiments mis en musiques ; les trois Sonates de Scarlatti qui y répondent sont des feux d’artifice (la K. 24, littéralement ébrouée), mais Pierre Hantaï y met tant de musique, jusque dans les effets de fandango de la K. 429, que la pyrotechnie n’en est _ très heureusement _ plus le sujet : un génie musical répond à un autre _ voilà !

    …

    …

    Le ton réflexif de la Suite en mi majeur apporte des ombres _ oui _, le claveciniste lui donnant une ampleur qui fait songer à Bach, et rappelle à quel point les œuvres de clavecin de Haendel furent tenues en estime de son vivant. La nuance française qui _ à nouveau _ charme tout au long de l’Air et variations ne croit-elle pas déjà apercevoir Mozart ? Les sonneries de la Sonate K. 443, les « emberlificotements » de la K. 12 et même les pas dansés de la Sonate en si bémol majeur ne font pas oublier le ton nostalgique de l’admirable _ oui _ Cantabile. Est-ce le si beau clavecin de Jonte Knif d’après des instruments allemands du XVIIIe siècle, prêté par Olivier Fortin, qui apporte un éclairage un rien mélancolique _ anticipant en quelque sorte ce que Mozart rendra bientôt de la vraie joie… _ à ce disque si amplement respiré, une nuance vespérale _ voilà _ aux danses et aux saillies scarlatiennes ? Où bien l’ombre de Gustav Leonhardt _ qui ne jouait jamais le trop théâtral à son goût Händel _ venu écouter son élève dans cette église d’Haarlem qu’il fréquenta si souvent ?

    …

    …

    La joute, vous la trouverez _ en revanche _ dans l’album spumante que le jeune Cristiano Gaudio signe pour L’Encelade. Deux clavecins, celui déduit par Bruce Kennedy d’après Mieke pour les opus de Haendel, et toujours du même facteur, une solaire création d’après des modèles italiens du XVIIe siècle.

    …

    …

    Virtuose _ lui _ dès l’entrée, le jeune homme nous précipite dans une des Toccatas du Manuscrit de Bergame, aux folies de laquelle William Babell a ajouté une pincée d’épices supplémentaires. Ces Toccatas diaboliques rythmeront un album fulgurant où s’invite un Scarlatti résolument ibère qui saisit dans son instrument transformé en guitare les musiques des rues et des champs, culminant dans les formules obstinées de la Sonate K. 43.

    …

    …

    Une merveille signée Haendel lui succède, celle en forme de capriccio, la HWV 483, Toccata lente. Aussi brillant que soit le disque, aussi tonique que paraisse le jeu de ce jeune virtuose formé par Olivier Baumont et Francesco Corti, et même si dans une première écoute l’album semble pencher du côté de Scarlatti, le jeune homme atteint une dimension poétique dans la Suite en fa majeur de Haendel, et c’est encore chez Haendel qu’il prend sa plume pour transcrire l’aria parfaite de l’Adagio d’une Sonate pour violon en la majeur, preuve qu’il a plus d’une corde à son art. Et si demain il nous mariait Bach et Couperin ?

    …

    …

    LE DISQUE DU JOUR

    Georg Friedrich Haendel(1685-1759)

    …
    Il pastor fido, HWV 8a (extrait : Ouverture, arr. pour clavecin : P. Hantaï)
    Suite en ré mineur, HWV 437
    Suite en mi majeur, HWV 430, « The Harmonious Blacksmith »

    …
    Domenico Scarlatti
    (1685-1757)

    …
    Sonate en mi mineur, K. 147
    Sonate en la majeur, K. 24 (Presto)
    Sonate en la majeur, K. 429 (Allegro)
    Sonate en ré majeur, K. 443 (Allegro)
    Sonate en sol mineur, K. 12 (Presto)
    Sonate en sol mineur, K. 546 (Cantabile)
    Sonate en si bémol majeur, K. 16 (Presto)

    …

    …

    Pierre Hantaï, clavecin

    …

    …
    Un album du label Mirare MIR560
    …

    …

    Georg Friedrich Haendel(1685-1759)

    …
    Toccata VI en ut majeur
    (extrait : attr. William Babell)

    Toccata XI en ut mineur
    (extrait : attr. William Babell)

    Sonate (Allemande) pour clavecin en la mineur, HWV 478
    Toccata IX en sol mineur, HWV 483 (extrait : attr. William Babell)
    Suite pour clavecin en fa majeur, HWV 427
    Toccata I en sol majeur (extrait : attr. William Babell)
    Chaconne en sol majeur, HWV 435
    Sonate pour violon en la majeur, HWV 372 (extrait : I. Adagio, arr.: Gaudio)

    …

    …
    Domenico Scarlatti (1685-1757)

    …
    Sonate en fa majeur, K. 82 (Fuga)
    Sonate en fa mineur, K. 69 (Presto)
    Sonate en ut mineur, K. 32 (Aria)
    Sonate en ut mineur, K. 64 (Gavotta Allegro)
    Sonate en sol mineur, K. 43 (Allegrissimo)
    Sonate en ut majeur, K. 33
    Sonate en ut majeur, K. 53 (Presto)
    Sonate en ut majeur, K. 86 (Andante moderato)
    Sonate en ut mineur, K. 84
    Sonate en ut mineur, K. 58 (Fuga)

    …

    …

    Cristiano Gaudio, clavecin

    …
    …
    Un album du label L’Encelade ECL2003
    …

    …

    Photo à la une : le claveciniste Cristiano Gaudio – Photo : © Julian Bowen Levendusky

    …

    …

    Ce jeudi 11 novembre 2021, Tutus Curiosus – Francis Lippa

  • Michel Corboz (1934 – 2021) : un chef de choeur qui a marqué son époque…

    La nouvelle de la disparition, avant-hier jeudi 2 septembre, à l’âge de 87 ans, du chef de chœur (et d’orchestre) suisse _ fribourgeois, de la région de Gruyère : il était né à Marsens le 14 février 1934… _ Michel Corboz,

    me touche

    …

    et me rappelle ses contributions à l’exploration d’un vaste répertoire musical _ Monteverdi, Carissimi, Bach, Marc-Antoine Charpentier, etc. _,

    avec de remarquables contributions discographiques _ une centaine d’albums ; dont certains réalisés à Lisbonne, à la Fondation Gulbenkian… _,

    principalement pour le label Erato…

    …

    …

    Je me souviens aussi, à cette malheureuse occasion,

    de Michel Daudin _ décédé à l’âge de 66 ans, le 1er septembre 2017 ; il était né à Chambéry le 1er septembre 1950 ; cf mon article  du 10 décembre 2018 _,

    qui avait accompagné Michel Corboz en quelques unes de ses réalisations :

    …

    Michel Daudin avait en effet été l’élève, puis l’assistant, de Michel Corboz, ainsi que chanteur (basse) dans l’Ensemble Vocal de Lausanne ;

    …

    et il parlait avec affection de son maître, Michel Corboz…

    …

    …

    Ce samedi 4 septembre 2021, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • En hommage à Leon Fleisher (San Francisco, 23 juillet 1928 – Baltimore, 2 août 2020), un immense pianiste apollinien…

    En hommage au pianiste magicien qu’a été Leon Fleisher

    (San Francisco, 23 juillet 1928 – Baltimore, 2 août 2020),

    …

    cet article de Tom Huizenga, le 2 août dernier, avant-hier, Leon Fleisher, The Pianist Who Reinvented Himself, Dies At 92 :

    …

    …

    Leon Fleisher, The Pianist Who Reinvented Himself, Dies At 92

    …

    …

    …

    …

    Pianist Leon Fleisher eventually resumed playing with both hands after an injury sidelined him at age 36.

    Chris Hartlove/Provided by the artist

    …

    …

    One of America’s most beloved and resourceful pianists has died. Leon Fleisher was 92 years old. He died of cancer in Baltimore Sunday morning, according to his son, Julian.

    …

    …

    The pianist’s roller coaster career began with fame, moved to despair and ended in fulfillment.

    …

    …

    In his memoir, Fleisher said he couldn’t remember a time when he wasn’t playing the piano. He gave his first public recital at age eight and was just 16 when he debuted at Carnegie Hall with the New York Philharmonic. Conductor Pierre Monteux called Fleisher the « pianistic find of the century« . At 25, he recorded his first album for Columbia Records, a deep dive into music by Franz Schubert that Tim Page, writing for the Washington Post in 1996, called « transcendent« .

    …

    …

    Page described Fleisher as a pianist who had it all : « a technique that knew no difficulties, a bejeweled and expressive tone, a sure intellectual command of musical form, and an acute sensitivity to whatever he played« .

    …

    …

    Anne Midgette, who followed Page as the Washington Post‘s chief classical music critic and who co-authored Fleisher’s memoir My Nine Lives, says that the pianist stood out with a certain clarity and « rightness » to the approach and the playing _ un merveilleux compliment !

    …

    …

    « Leon had this kind of Apollonian perfection _ voilà ! _, » Midgette says. « When you hear something that he’s playing, you think that is the way it needs to be played. There’s just this sense of completion about it » _ c’est parfait.

    …

    …

    That was especially true of a series of concerto recordings Fleisher made with conductor George Szell and the Cleveland Orchestra in the 1950s and ’60s _ oui. « The Brahms First [Piano Concerto] was his signature piece, » Midgette says. « It’s that sound world of the German speaking composers that it was his heritage« . At age 12 Fleisher’s parents gave him a recording of the Brahms First, and it would be the piece he’d play at Carnegie Hall four years later.

    …

    …

    Fleisher was born in San Francisco July 23, 1928. He took over the family piano at age four when it became obvious to his parents that he possessed significant talent. By nine, he was off to Europe to study with the legendary pianist Artur Schnabel, whose teacher’s teacher was Beethoven.

    …

    …

    At 23, Fleisher became the first American to win the Queen Elisabeth Piano Competition in Brussels. His mastery of the instrument led to a golden career, but it all came to a surprising halt _ voilà _ when he was only 36 _ en 1964.

    …

    …

    Fleisher was slated to tour the Soviet Union with conductor Szell and the Cleveland Orchestra, but the fourth and fifth fingers on his right hand were beginning to mysteriously curl under. He couldn’t control them. He was dismissed from the tour, began cancelling performances and, as he told NPR in 2000, slipped into a « deep funk and despair« .

    …

    …

    « The gods know how they hurl their thunderbolts, » Fleisher said. « Having spent 36, 37 years of playing two hands and then to have it denied was a tremendous blow« . Fleisher considered suicide. But he also tried everything to repair his hand, from hypnosis and EST seminars to acupuncture and carpal tunnel surgery.

    …

    …

    After about two years of despair, Fleisher was willing to admit to himself that he should begin to look in other directions.

    …

    …

    « I suddenly came to the realization that my connection with music was greater than just as a two-handed piano player« , he said.

    …

    …

    Fleisher increased his teaching, began a conducting career, and focused on performing music written specifically for the left hand only. Much of the repertoire had been composed for pianist Paul Wittgenstein, who lost his right arm in World War I.

    …

    …

    « Leon was the first to exhume some of it, and some had been thought lost« , Midgette says. But, she adds, « people weren’t just paying to see a left-handed pianist. They were paying to see the great Leon Fleisher playing with the left hand« . Maurice Ravel’s Concerto for the Left hand became Fleisher’s new calling card. Leon Kirchner, among other contemporary composers, wrote left-handed music for Fleisher.

    …

    …

    One of Fleisher’s first attempts to resume playing with both hands (in Baltimore, Sept. 16, 1982). It didn’t last.

    …

    …

    Although he finally accepted his condition — eventually diagnosed as Focal Dystonia – Fleisher never gave up hope. In the mid-1990s, after a series of deep tissue manipulations known as Rolfing, the control over his fingers slowly began to return. He also began Botox injections, and little by little, Fleisher resumed performing with all ten fingers. In 1996, Page wrote « I would rather listen to Fleisher, even in his current, delicate shape, than to most other pianists now before the public« . In 2004, Fleisher released an album simply titled, Two Hands, his first such album in 41 years _ allait suivre en 2006 l’album Leon Fleisher the journey. En voici l’émouvant Capriccio sur le départ de son frère bien-aimé, BWV 992. Bonne écoute !

    …

    …

    Fleisher never approached his former two-handed glory, but he did make a triumphant return to Carnegie Hall in 2003 and was awarded a Kennedy Center Honor in 2007. His story, Midgette says, is a potent lesson.

    …

    …

    « He leaves a legacy about overcoming adversity and about pushing through and finding different ways to express yourself« , Midgette says. « That’s a really great thing for young musicians to be exposed to« .

    …

    …

    Young musicians, and all of us.

    …

    …

    Ainsi que ce CD Vanguard ATM CD 1796 Leon Fleisher the journey paru en 2006,

    une fois le pianiste ayant reconquis l’usage de sa main droite,

    suite à une dystonie focale qui s’était déclarée en 1964

    et installée durablement depuis 1966…

    …

    …

    Leon Fleisher : un immense pianiste apollinien…

    …

    …

    Ce mardi 4 août 2020, Titus Curiosus – Francis Lippa