Étiquette : Bernard Sève

  • Un très émouvant et très beau concert-lecture « Requiem in memoriam Michel de Montaigne » hier au Temple du Hâ à Bordeaux, en superbe conclusion musicale et poétique au 8e mois Montaigne, cette année 2025…

    Quel magnifique concert-lecture In memoriam Montaigne hier 29 novembre au Temple du Hâ, à Bordeaux, en conclusion de ce riche mois Montaigne 2025 organisé par Violaine Giacomotto-Charra et Anne Bouscharain,

    tant par le choix raffiné des œuvres du programme (parfaites musiques ET parfaits poèmes baroques !)
    que par leur interprétation : extrêmement sentie, intense et émouvante…
    Et en ce lieu qui nous est cher…
     
    Bravissimo à tous !
     
    Même si Eustache Du Caurroy (1549-1609), Jan Pieterszoon Sweelinck (1562-1621), Claude Le Jeune (1528-1600) ainsi que Jean de Sponde (1555-1595) étaient des huguenots – Jean-Baptiste Chassignet (1571-1635), lui, était catholique…
    Et si, comme l’a excellemment souligné Concetta Cavallini jeudi dernier à l’Académie de Bordeaux, le dernier mot de Montaigne (1533-1592), en son sublime essai testamentaire (III, 13) « De l’expérience », est sur l’amour chevillé au corps de la vie, et pas sur les horrifiques terreurs de la mort et des cadavres…
     
    D’autre part, 
    le « Libera me, Domine » d’Isaac Sarrau de Boynet (1685-1772), chanté le 28 janvier 1716 pour honorer la mémoire du Roi-Soleil (décédé le 1er septembre 1715), est une œuvre vraiment splendide, dans l’esprit des Grands Motets si beaux du grand Henry Dumont (1610-1684)…
    … 
     
    Je me rends personnellement assez peu aux concerts,
    préférant l’écoute sereine (et matériellement répétée) des CDs chez moi…
    Je suis un mélomane passionné.
     
    Le précédent concert auquel je me suis rendu, presque par hasard – je me trouvais immobilisé à Saint-Jean-de-Luz par ma voiture en panne et en réparation ! – était un sublime concert d’orgue à l’église saint-Vincent de Ciboure le 6 octobre 2024, par le merveilleux Benjamin Alard…
    Et je tenais à venir, en plus d’écouter jouer Benjamin Alard, aussi le remercier de vive voix de sa présence à la tribune de Sainte-Croix, pour les obsèques-hommage de/à Jacques Merlet : je n’avais pas pu le remercier alors
    – cf mon article du 31 août 2014 : 
     
    Sublime concert de Benjamin ce soir-là aussi, l’année dernière, à Ciboure
    – cf mon article du 16 octobre 2024 :
     
    Et dès l’article d’ouverture de mon blog encherchantbien.fr le 3 juillet 2008, intitulé « le carnet d’un curieux », je plaçais ce blog sous la protection de l’ombre tutélaire de Montaigne, mon voisin des collines surplombant les douces rives de la Dordogne en mon enfance à Castillon-la Bataille
    – cf mon article de ce 3 juillet 2008 :
     
    Voici donc ce passage « montanien » en question :

    J’évoquerai l’ombre tutélaire et protectrice (depuis un 13 septembre 1592) – l’ombre “amie” – de Montaigne, et l’humour infini – “tant qu’il y aura(it) de l’encre et du papier” ; ainsi qu’« à sauts et à gambades” – de ce merveilleux (et humble) essayeur gascon ;

    Montaigne – le maître (sans disciple), dans les couloirs limpides du labyrinthe duquel (à qui consent de jouer – en « diligent lecteur » tout de même ! – à l’y suivre, ou plutôt ac-compagner, et converser avec !..) – introduit lumineusement le récent livre, indispensable, de mon ami Bernard Sève, “Montaigne. des règles pour l’esprit” (aux PUF en octobre 2007) –

    Montaigne “fondant”- au participe présent du verbe “fonder” – , et sans le moins du monde le chercher, par la seule grâce (et autorité – non didactique, loin de la chaire et du moindre “titre”) de son espiègle exemple – cf le défi à “l’indiligent lecteur” : “Quitte mon livre !” – ;

    Montaigne « fondant » donc – sans rien « fonder » – ce qui va tout aussitôt, et en Angleterre d’abord (où “il” est aussitôt traduit), devenir un genre, et littéraire, et philosophique – lui ne les disjoint certes pas ! ou plutôt “il” n’est pas, lui, Montaigne, dans (dedans, enfermé dans) les “genres”, tant son génie mutin et facétieux en même temps qu’il n’y a – vraiment pas ! – plus sérieux ni grave, est, “à sauts et à gambades”, trans-genres –

    Montaigne “fondant”, donc, pour dorénavant en quelque sorte, si j’ose dire – lui n’en sait fichtre rien ! et combien s’en rirait ! – , “fondant”, si l’on y tient, l’”essai” – lui ne disant (et c’est la chose même !) qu’“essais“, au pluriel et sans article – tel, ou tels, par exemple, ceux, très vite (dès 1597), ceux de Francis Bacon : celui (1561-1626) du tournant du XVIIème siècle élisabéthain,  pas le génie tourmenté – pictural – , et sublime, du siècle qui vient de passer (1909-1992, pour cet autre), un des « fondateurs », ce Bacon de Verulam là, philosophe et politique (« chancelier d’Angleterre« ), par l’”essay“, donc, de la “méthode expérimentale” du connaître (qui est un juger)…

    ….
    Encore un grand merci et très reconnaissant à vous tous.
     
    Partager les joies lumineuses de l’art fait grand bien !!! Surtout en ces moments assez noirs…
    …
     
    Avec un tout spécial merci à Françoise Richard – dirigeant son bel Ensemble Orfeo (Jean-Emmanuel Filet étant à l’orgue positif et au Grand Orgue Gaston Maille du Temple du Hâ) et Joël Dehais à la viole de gamme… –
    qui m’a rappelé très gentiment jeudi soir à l’Académie de Bordeaux nos voyages de découvertes fabuleuses à Rome (Domus Aurea, Palazzo Altemps, Villa Médicis, etc.)
    et à Prague, il y a trente ans déjà…
    …
    Ce dimanche 30 novembre 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa
  • Mot de remerciement-gratitude à Concetta Cavallini pour sa lumineuse intelligence ultra-sensible de Montaigne en sa magnifique conférence d’hier après-midi à l’Académie de Bordeaux, en conclusion-apothéose du mois Montaigne 2025 à Bordeaux

    Chère amie montanienne, chère Concetta,
     
    En vous remerciant à nouveau et très chaleureusement pour votre merveilleuse conférence montanienne « La mort chez Montaigne : préméditation ou expérience ? » d’hier après-midi dans les beaux salons de l’Académie de Bordeaux – vous êtes magnifiquement allée au fond des choses !.. – ,
     
    et à propos du refus de simplement « passer le temps » de Montaigne, et son ultime mot fondamental de « cultiver la vie » en son final « De l’expérience » (Essais, III, 13),
    et en toute modestie forcément de ma part,
     
    voici sur mon blog encherchantbien.fr mon article du 26 février 2025 :
    dans lequel je cite les deux passages si puissants de cet essai testamentaire si positif de Montaigne !
     
    La question de l’usage du temps de la vie est au cœur de mon regard philosophique existentiel personnel…
    Et Montaigne en est une très éminente boussole…
     
    Ainsi qu’aussi en mon commode récapitulatif de vidéos et podcasts d’entretiens enregistrés (en date du 29 avril 2025) :
    voici un lien à la vidéo de mon entretien avec mon ami montanien lui aussi Bernard Sève à propos de son magistral Les Matériaux de l’art (60′), en date du 14 janvier 2025 à la Station Ausone de la librairie Mollat à Bordeaux…
     
    …
     
    Comme je vous l’ai brièvement évoqué hier soir, Montaigne est LE voisin de mon enfance sur les bords de la belle Dordogne, puisque nous allions à pieds de chez nous, à Castillon-la-Bataille où mon père était médecin, jusqu’au château de Montaigne, et sa magique tour, dont j’ai gravi maintes fois l’escalier…
     
    Et s’il vous reste encore un peu de patience (et diligence),
    voici encore un lien à cet article-ci, en date du 26 février 2025 :
    à un moment où je réfléchissais à une sorte d’ébauche de CV pour, à la demande de mon ami Joël Dehais, l’actuel président de l’Académie de Bordeaux, satisfaire à ce passage obligé du CV à présenter à une candidature (si improbable !) à un siège à l’Académie de Bordeaux (en manque de philosophes…), de la part de quelqu’un qui déteste et les titres et l’auto-promotion…
     
    Francis Lippa
    vice-président (eh oui !) de la Société de Philosophie de Bordeaux
     
    P. s. :
     j’aimerais pouvoir lire et relire le texte de votre mervelleuse conférence d’hier soir, qui va si loin dans l’intelligence sensible de lecture de ce que Montaigne (voyage en Italie compris) nous a laissés…
    J’ai beaucoup apprécié aussi vos remarques orales, en réponse à divers interlocuteurs, sur l’importance de la diversité des lectures (et lecteurs !) de Montaigne, notamment en fonction des âges de la vie, et des « expériences » de chacun : ce mot si montanien (comme celui d’ « essai ») figurant aussi dans le titre même de votre conférence…
    Vous avez été lumineuse.
    …
     
    J’ajoute in extremis encore ceci, extrait de l’article inaugural de mon blog encherchantbien.fr en date – déjà ! – du 3 juillet 2008 dans lequel j’énonçai ce que serait ce blog ouvert ce jour-là à la demande de la librairie Mollat :
    et qui comportait ce passage montanien éminemment crucial :
     
    …

    J’évoquerai l’ombre tutélaire et protectrice (depuis un 13 septembre 1592)
    – l’ombre “amie” –
    de Montaigne,
    et l’humour infini – “tant qu’il y aura(it) de l’encre et du papier” ; ainsi qu’”à sauts et à gambades” –
    de ce merveilleux (et humble) essayeur gascon ;

    Montaigne
    – le maître (sans disciple),
    dans les couloirs limpides du labyrinthe duquel
    (à qui consent de jouer – en « diligent lecteur » tout de même ! – à l’y suivre, ou plutôt ac-compagner, et converser avec !..)
    introduit lumineusement le récent livre, indispensable, de Bernard Sève, “Montaigne. des règles pour l’esprit” (aux PUF en octobre 2007) –

    Montaigne “fondant”
    – au participe présent du verbe “fonder” – ,
    et sans le moins du monde le chercher,
    par la seule grâce (et autorité
    – non didactique, loin de la chaire et du moindre “titre”) de son espiègle exemple
    cf le défi à “l’indiligent lecteur” : “Quitte mon livre !” – ;

    Montaigne « fondant » donc
    – sans rien « fonder » –
    ce qui va tout aussitôt,
    et en Angleterre d’abord (où “il” est aussitôt traduit),
    devenir un genre, et littéraire, et philosophique
    – lui ne les disjoint certes pas !
    ou plutôt “il” n’est pas, lui, Montaigne, dans (dedans, enfermé dans) les “genres”,
    tant son génie mutin et facétieux
    en même temps qu’il n’y a – vraiment pas ! – plus sérieux ni grave,
    est, “à sauts et à gambades”, trans-genres – ;

    Montaigne “fondant”, donc,
    pour dorénavant en quelque sorte, si j’ose dire
    – lui n’en sait fichtre rien ! et combien s’en rirait ! -,
    “fondant”,
    si l’on y tient,
    l’”essai”
    – lui ne disant (et c’est la chose même !) qu’“essais“,
    au pluriel et sans article
     –
    tel, ou tels, par exemple, ceux, très vite (dès 1597),
    ceux de Francis Bacon :
    celui (1561-1626) du tournant du XVIIème siècle élisabéthain,
    pas le génie tourmenté – pictural – , et sublime, du siècle qui vient de passer (1909-1992, pour cet autre),
    un des « fondateurs », ce Bacon de Verulam là, philosophe et politique (« chancelier d’Angleterre« ),
    par l’”essay“, donc,
    de la “méthode expérimentale” du connaître (qui est un juger)…

    …

    Ce vendredi 28 novembre 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Un listing des 10 vidéos d’entretiens de Francis Lippa entre janvier 2017 et avril 2025 ; ou comment essayer modestement et en diverses façons, sur le vif du conférer de l’échange-interlocution, de nourrir un peu, du mieux que nous pouvons, le penser…

    Voici le listing des liens donnant accès à ces 10 vidéos d’entretiens de Francis Lippa,

    7 réalisées à la Station Ausone de la librairie Mollat, 2 à l’Auditorium de la Cité du Vin, et 1 au Théâtre du Port-de-la-Lune, tous à Bordeaux,

    enregistrés entre janvier 2017 et avril 2025 :

    …

    …

    1) la vidéo de l’entretien du 17 janvier 2017 à l’Auditorium de la Cité du Vin,

    avec le viticulteur Nicolas Joly, à propos de son livre qui fait référence « La Biodynamie« , et de son sublime vin de la Coulée de Serrant…

    …

    2) la vidéo de l’entretien du 28 mars 2017 à l’Auditorium de la Cité du Vin,

    avec le Conservateur du Patrimoine Stéphane Guégan, à propos de la très belle exposition à la Cité du Vin « Bistrot ! De Baudelaire à Picasso« … 

    …

    3) vidéo de l’entretien du 7 novembre 2017 au Théâtre du Port-de-la-Lune,

    avec la philosophe, et amie chère, Marie-José Mondzain, à propos de son incisif et si juste « Confiscation _ des mots, des images et du temps« …

    …

    4) vidéo de l’entretien du 3 mai 2019 à la Station Ausone,

    avec le poète et éditeur, et ami bordelais, Jean-Paul Michel, à propos de son  » Défends-toi, Beauté violente !« …

    …

    5) vidéo de l’entretien du 23 mai 2019 à la Station Ausone,

    avec l’écrivaine, géniale et ô combien magnifique, Hélène Cixous, à propos de son splendide si tragique et traversé d’humour désopilant « 1938, nuits« …

    …

    6) vidéo de l’entretien du 25 mars 2022 à la Station Ausone,

    avec le compositeur et musicographe passionnant Karol Beffa, à propos de son très éclairant « L’Autre XXe siècle musical« … 

    …

    7) vidéo de l’entretien du 22 novembre 2022 à la Station Ausone,

    avec le philosophe bruxellois, et ami, Pascal Chabot, à propos de son clarissime et archi-nécessaire « Avoir le temps : Essai de chronosophie« …

    …

    8) vidéo de l’entretien du 9 janvier 2024 à la Station Ausone,

    avec le philosophe new-yorkais, passionnant et magnifiquement ouvert, François Noudelmann, à propos de son touchantissime « Les Enfants de Cadillac« …

    …

    9) vidéo de l’entretien du 16 janvier 2025 à la Station Ausone,

    avec le philosophe, et ami, Bernard Sève, à propos de son absolument magistral – quel grand livre ! Admiration… –  « Les Matériaux de l’art« …

    …

    10) vidéo de l’entretien du 17 avril 2025 à la Station Ausone,

    avec le formidable musicographe, et ami, Manuel Cornejo, à propos de son indispensable « Maurice Ravel : Correspondance, écrits et entretiens« …

    …

    …

    Et je ne saurais  manquer d’y adjoindre, même si ce n’est pas une vidéo, le podcast de l’entretien proprement magique du 20 mai 2011, dans les salons Albert-Mollat,

    avec l’immense Jean Clair, à propos de son lumineux « Dialogue avec les morts » : on y perçoit, et admire, ses silences penser : cet entretien, exceptionnel, est tout simplement prodigieux… 

    …

    …

    L’entretien : mon genre d’expression-interlocution préféré !

    …

    Pour conférer, et de la manière la plus ouverte et confiante, amicale, possible…

    …

    À la Montaigne,

    mon voisin d’enfance – passée à Castillon-la-Bataille, sur les bords de la belle Dordogne, avant que je vienne vivre à Bordeaux, auprès de la large Garonne, qu’on disait jadis une mer… – ;

    Montaigne, qui adorait tellement « conférer » avec un interlocuteur de la qualité de son exceptionnel ami La Boétie, qu’au décès soudain de celui-ci, il a entrepris l’écriture – et ré-écriture : « tant qu’il y aura de l’encre et du papier« , et un souffle de vie pour lui, Montaigne a écrit… – de ce qu’il a alors choisi de qualifier, avec une vraie modestie, de simples « essais » – sans majuscule ; car c’est seulement après (mais aussi d’après) ce livre totalement ovni de Montaigne, que l’essai est devenu, avec le philosophe anglais Francis Bacon, un genre philosophique et littéraire suivi… – , afin de tenter, avec les minces moyens du bord qu’il a dû, de bric et de broc, improviser et se trouver alors, et élaborer, de surmonter, par ce bien frêle palliatif de l’imageance féconde malgré tout – quand elle est suffisamment inspirée, du moins… – de l’écrire – en la « librairie«  tranquille de la tour, déjà un peu à l’écart du reste de son château, lui-même protégé par ses solides murailles de la guerre qui faisait rage alors, sur sa butte à l’écart de la grand route qui passe à quelques lieues plus bas, en contrebas, de Montaigne… – la perte si terrible pour lui de son interlocuteur préféré, La Boétie, dont la conversation si vive et si féconde tellement l’enchantait, ainsi qu’elle nourrissait archi-substantiellement – en dialogues permanents avec de très nombreux auteurs de livres savants et profonds : toute la bibliothèque disponible de cette époque de fin de la Renaissance…  – , sur le vif et sur le champ, son lucidissime penser, à la fois  très concrètement pratique et intensément philosophique, en même temps que jouissivement pétillant d’humour gascon…

    …

    Écrire, un palliatif, en effet ; mais quel prodigieux palliatif  sous la plume archi-vive et si étincelante – quel style ! – , d’un tel Montaigne…

    …

    …

    Vivent donc les entretiens avec de tels auteurs choisis, de cette magnifique qualité,

    accessibles universellement grâce aux moyens que mettent à notre disposition les formidables technologies – podcasts et vidéos – d’aujourd’hui,

    telles qu’elles sont si bien mises en œuvre par la splendide et très ingénieuse librairie Mollat à Bordeaux ! 

    …

    …

    Ce mercredi 6 août 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Sur « pouvoir prendre du temps » : échange avec un ami à distance, à propos du temps nécessaire d’écoute de la vidéo de mon entretien avec Manuel Cornejo sur son édition complétée (coll. Tel, Gallimard) de la Correspondance de Maurice Ravel, appréhendée ici sous l’angle de l’ancrage basque (tant existentiel que musical) de Maurice Ravel, à Ciboure et Saint-Jean-de-Luz…

    Voici donc cet échange marquant de courriels des 8 et 9 mai derniers
    entre l’ami Eric Rouyer et moi-même, Titus Curiosus :
    …
    …
    Cher Eric,
    …
    la question du temps dont chacun dispose (dans des conditions très très diverses socialement, économiquement, culturellement…) en recevant le cadeau de la vie – qui est bien évidemment mortelle, et pas perpétuelle (ne pas confondre avec la dimension d’éternité qu’affirme superbement en son « Ethique » le cher Spinoza : « Nous sentons et expérimentons que nous sommes éternels » : par exemple en l’expérience profonde et sublime de la musique à son plus haut et intense, justement !!… –
    est absolument fondamentale, 
    et est au cœur à la fois de mon souci philosophique – 42 ans, durant j’ai adoré enseigner mes élèves à philosopher, et la philosophie est une formidable clé d’intelligence du réel ; cf aussi mes entretiens avec ces philosophes éminents que sont Bernard Sève (vidéo), François Noudelmann (vidéo), Pascal Chabot (vidéo), Marie-José Mondzain (vidéo), etc. – et de ma pratique existentielle, échafaudée au long des années…
    …
    …
    Avoir du temps, et en disposer à sa guise – quel luxe jouissif ! – , est tout simplement, et pour chacun d’entre nous, crucialissime – versus perdre son temps…
    …
    …
    Et la musique est bien évidemment un art du temps : elle en a besoin pour, d’abord, avoir de quoi se déployer – même brève, elle n’est jamais instantanée – ,
    comme aussi, ensuite, pouvoir être écoutée, et surtout être « vraiment écoutée », pas superficiellement, à la va-vite, comme font la plupart du temps beaucoup de gens, qui, en la croisant ainsi superficiellement, lui passent ainsi – sans vraiment en avoir conscience – tout simplement à côté,
    l’ayant seulement furtivement vaguement croisée au passage, sans l’avoir réellement ni perçue ni reçue – Kairos, croisé toujours à l’improviste, n’a pas été saisi (aux cheveux) au passage, cueilli, ni encore moins accueilli ; et apprendre à cueillir et accueillir est humainement essentiel, fondamental même…
    Tout est alors hélas superficiel – en l’ère du nihilisme déferlant et noyant, où tout finissant par s’équivaloir, tout finit par ne plus rien valoir du tout : tel est le nihilisme qui fait déluge et noie tout, tout, tout, dans le rien…
    …
    …
    Et il en va ainsi de tout – personnes comme choses, ainsi que paysages… – ,
    à commencer, et c’est très important, pour porter une vraie attention (et à quoi, et à qui, que ce soit : une réalité, une personne, un spectacle, un concert, un disque, etc.)
    et appréhender « vraiment » ce à quoi (ou à qui) on a à faire – ou affaire – , et porte un minimum d’intérêt ou de curiosité, ou, mieux encore, de possible passion – mais beaucoup craignent et redoutent la passion (qui polarise et accapare), et ils la fuient…
    …
    …
    Et plus encore en une époque où « Time is money » et « Money is time », convertibles quantitativement : et là est bien la fonction première de l’argent – équivalent général des marchandises…
    …
    …
    Mais la valeur vraie d’une œuvre – d’art, ou pas – n’est pas, qualitativement du moins, convertible en monnaie, en un quelconque prix d’échange (de vente et d’achat) :
    car cette valeur-là n’est tout simplement pas convertible, pas échangeable, en – ni contre – quoi que ce soit : elle est plus que rare, elle est singulière et unique – cf aussi, en plus, l’important distinguo entre « valeur d’usage  » et « valeur d’échange« …
    …
    …
    Une œuvre – et en cette occurrence-ci une œuvre musicale, telle qu’elle est interprétée et enregistrée, et disponible ensuite au disque – peut seulement être proposée (et donnée ainsi) à partager, par simple évocation langagière, tel un article donné à lire, par qui, le lecteur, à son tour, lui prêtera le temps (qui est son temps propre, et unique) de lecture et réception, puis d’écoute nécessaire à accueillir et recevoir « vraiment », ou pas, cette œuvre devenue accessible – et tant qu’elle est, aussi : ce n’est pas non plus perpétuel (il y a aussi obsolescence…), à portée de main : d’où mon propre attachement personnel au disque (CD) matériel… – sous forme de disque enregistré, et à portée de sa main.
    …
    …
    La question de la qualité de notre attention (et du temps que nous lui accordons) est ainsi tout à fait décisive ; même si elle comporte aussi bien des degrés – nous ne sommes pas tout à fait, non plus, ici, dans l’ordre du tout ou rien…
    …
    …
     
    Tout cela pour vous dire, cher Eric, que l’entretien que j’ai eu le bonheur d’avoir une heure et quart avec Manuel Cornejo, en une salle exprès vide de public (la Station Ausone de la librairie Mollat, jeudi 17 avril à 10h), à propos de la nouvelle édition (coll. Tel Gallimard, en 2 volumes) de la Correspondance de Maurice Ravel, par les soins – magnifiques ! – de Manuel Cornejo,
    est une merveille,
    dont l’écoute de la vidéo
    (d’une durée de 73’ 36) demande tout ce temps-là d’écoute attentive…
    …
    …
    Mon angle de questionnement – et je prends presque trop le temps de l’expliquer en introduction à l’entretien, ainsi qu’un ami m’en a gentiment fait la remarque ; mais je l’assume ! Car c’est sous cet angle-là que, depuis le mois de mars 2019, je mène mon propre travail de recherche (à partir de ma lecture hyper-attentive et fouillée, méthodique, du travail de Manuel Cornejo) sur ce que j’ai très vite nommé les « cousinages cibouro-luziens » de Maurice Ravel : une réalité de généalogie basquaise à laquelle jusqu’ici nul ne s’était intéressé : on n’entrevoyait même pas l’existence de cousins basques de Maurice Ravel… – porte très précisément sur l’ancrage basque – familial d’abord, mais aussi amical… – , à Ciboure et Saint-Jean-de-Luz, de Maurice Ravel (1875 – 1937) et sa mère Marie Delouart (1840 – 1917)
    – sur cet ancrage familial de Maurice Ravel d’abord à Ciboure, cf par exemple la très significative, et même décisive, lettre de Maurice Ravel à son amie luzienne (et presque-cousine…) Marie Gaudin, du 22 juin 1911 (à la page 401 du Tome I de la Correspondance éditée par Manuel Cornejo, quand Maurice se fait l’écho du désir de sa mère Marie Delouart, dont il exprime le vif désir de séjourner 3 mois à Ciboure l’été 1911 de préférence chez des parents à elle : « Nous préférerions que ce soit chez des parents » ; et Maurice Ravel de citer, sur la dictée phonétique de sa mère, « Sabadin Quinior » (qui est-ce ?), « Eslonta Maicourné » (qui est-ce ?), « Marie-Dominique Anchochury » (c’est chez elle qu’ils logeront), « les Goyenague » (Pierre-Paul et Nicolasse Goyenague, le fils et la belle-fille et nièce de son propre parrain Simon Goyenague (1821 – 1890).. : des cousins, donc, chez lesquels désire expressément séjourner Marie Delouart, en sa Ciboure natale ; et que Maurice Ravel charge Marie Gaudin, qui réside sur place, de trouver pareil logement chez des « parents » de sa mère Marie Delouart-Ravel…) – ,
    via, aussi, les chers amis Gaudin, et la grand-tante Gachucha Billac (1824 – 1902), la domestique-gouvernante des 7 enfants Gaudin – nés entre le 19 novembre 1875, Charles, et le 23 février 1886, Louis…
    …
    …
    C’est ainsi que j’ai appris, le 29 mai 2019, à Maylen Lenoir-Gaudin (née en 1942) – la petite-fille de Charles Gaudin (1875 – 1910) et son épouse Magdelaine Hiriart-Gaudin (1875 – 1968) – qu’elle était très effectivement cousine – par sa grand-mère Magdelaine Hiriart : cousine au troisième degré de Maurice Ravel… – avec Maurice Ravel,
    alors que le niait – un déni assez stupéfiant, et encore aujourd’hui inexpliqué !.. – son père Edmond Gaudin (1903 – 1988), le fils unique de Charles Gaudin (1875 – 1910) et Magdelaine Hiriart-Gaudin (1875 – 1968) :
    une Magdelaine et un Maurice, qui s’écrivaient pourtant « ma chère cousine », « mon cher cousin » : lire les lettres échangées entre eux le 8 octobre 1910 – à la page 373 du Tome I de la Correspondance éditée par Manuel Cornejo – et le 24 novembre 1914 – à la page 608 du Tome I de cette Correspondance…
    …
    …
    De même,
    Guy Lalanne et moi-même, joignant nos connaissances – et cela dans le but de photographier les maisons (ou, à défaut, les emplacements des maisons disparues et remplacées par de nouvelles) de ces parents basques de Maurice Ravel, pour notre livre à paraître en septembre prochain aux Editions Jakintza – venons de découvrir sur le terrain même, rue Gambetta à Saint-Jean-de-Luz, le 2 mai dernier, c’est donc tout récent – et il pleuvait… – , que la maison des Gaudin du 41 rue Gambetta – et qui fut celle de leurs ancêtres Dupous en 1847 – , et où a séjourné de nombreuses fois, et cela depuis son enfance, Maurice Ravel, 
    a désormais une autre adresse, située un peu plus loin – 50, 100 mètres – , rue Gambetta !
    …
    …
    Une erreur issue des récits pas tout à fait assez rigoureux – et c’est tout de même un peu étrange ; à moins que ce soit l’interlocuteur recevant ses récits qui ait, lui, fait erreur… – de Charles-Paul Gaudin (1938 – 2006), le frère aîné de Maylen,
    et amplement diffusée (photo erronée à l’appui hélas – trop efficace « choc des photos » versus « poids des mots« … – par le « Ravel – Portraits basques » d’Etienne Rousseau-Plotto,
    qui ne se donne pas la peine de chercher à vérifier systématiquement ce que d’autres lui disent, ou/et ont écrit avant lui…
    …
    …
    Voilà !
    …
    …
    Vous apprendrez donc, cher Eric, beaucoup beaucoup de choses – et très fines – sur Ravel dans ce que dit d’expert ultra-compétent – et nul n’atteint maintenant seulement à sa cheville, en matière de compétence ravelienne vraiment sérieuse… – en cet entretien du 17 avril dernier enregistré à la Station Ausone, l’ami Manuel Cornejo,
    dont le travail formidablement patient de recherche – puis analyse infiniment rigoureuse, « scientifique« , des documents dénichés – , mené de par toute la planète, sur la correspondance de Ravel,
    fait de lui la personne qui aujourd’hui au monde en sait le plus et le mieux – voilà ! – sur Maurice Ravel :
    qu’on se le dise un peu largement – dans tout le Landerneau à prétention un peu culturelle !..
    …
    …
    Je ne crois donc pas, cher Eric, que vous perdrez complètement le temps – d’une heure et quart (73′ 36) – que vous accorderez – consacrerez, oserais-je même dire – à la vision-écoute de cette très très riche vidéo de notre entretien – Manuel Cornejo et votre serviteur – du 17 avril dernier – enregistré à la Station Ausone, à Bordeaux – , sur un compositeur aussi merveilleux – mais cela, vous le savez bien mieux que moi – que Maurice Ravel…
     …
    …
    Merci de tout cela, cher Eric,
    vous m’êtes un interlocuteur assurément très important : vos remarques comptent énormément pour moi,
    …
    …
    Francis
    …
    …

    Le 9 mai 2025 à 18:21, Eric Rouyer a écrit :
    …
    …
    Cher Francis, 
    …
    Pour être sincère, je n’ai pas osé ouvrir vos mails précédents, sachant leur mise en demeure bienveillante d’y accorder – voilà – une attention soutenue !
    …
    …
    Vous pardonnerez mes renoncements peu argumentés mais sincèrement impliqués auxquels je pourrai remédier en fin de semaine, notamment avec ce Dossier Ravel.
    …
    Sincères pensées
    …
    Eric
    …
    …
    Et, de fait, échanger ainsi est forcément très nourrissant…
    …
    …
    Ce dimanche 11 mai 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa