Étiquette : Bernard Sève

  • L’art en constant débat fécond et jouissif avec le réel, de même qu’avec lui-même, et selon une échelle de degrés divers d’ »artisticité » : au cœur et à la pointe du travail de penser l’art et les divers arts, de Bernard Sève en son magistral « Les Matériaux de l’art »…

    A la page 16 de son Introduction de son Les Matériaux de l’art« ,

    Bernard Sève présente le « primat _ voilà _ donné _ en son essai _ à la notion d’artisticité _ il en propose ainsi le concept _ sur la notion d’art » _ en ce travail sien de penser l’art (et les arts) qu’il se met alors à nous présenter _,

    et à la page suivante il avance l’affirmation puissante « d’une continuité d’artisticité, du « taux d’art » _ selon divers degrés… _ contenu dans les objets« , en précisant que « la question « cet objet est-il ou non de l’art ? » est remplacée par la question « quel est le degré d’artisticité de cet objet ? » ; l’art n’est  _ ainsi _ plus une essence, mais une variable » _ comportant toute une échelle de degrés qui seront forcément à évaluer, plus ou moins spontanément ou avec recul, par le goût (des amateurs d’art que nous sommes, plus ou moins, et à divers degrés, nous-mêmes…).

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    Des degrés d’artisticité dont Bernard Sève vient offrir _ aux pages 17-18 _ un exemple à l’appui :

    « Cet échelonnage de l’artisticité _ des diverses œuvres, et des divers artistes _ peut passer au travers même de l’œuvre entier d’un artiste. Delacroix _ en son « Journal« , à la date du 9 mai 1853 _ soutenait que Mozart et Racine étaient si parfaits _ en leur production _ qu’on n’en mesurait plus le génie _ quasi constant, donc, pour ce qui les concerne, selon Delacroix _, alors que Shakespeare et Beethoven, plus inégaux, laissaient voir, grâce à leurs moments faibles, la puissance de leur art » _ une puissance mise en œuvre afin de réussir à mieux atteindre et, à nouveau, se hisser à un taux supérieur d’artisticité, en leurs « moments forts« …

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    Et page 20, Bernard Sève détaille aussi ceci :

    « Selon moi, relève de l’art, toute pratique humaine effectuant diverses opérations _ qu’il va très précisément détailler, en six riches chapitres, au cours des 557 pages de ce travail passionnant _ sur des matériaux matériels ou immatériels, de telle sorte que ces pratiques ne se réduisent pas _hic saltus, hic Rhodus ! _ à une visée exclusivement utilitariste (qu’elles peuvent _toutefois parfois  _ accompagner dans une certaine mesure), qu’elles soient marquées _ à des degrés divers, donc _ par la richesse de la fantaisie, la liberté _ voire l’audace _ de l’imagination et le souci de cohérence _ réquisits de cette artisticité visée en leurs opérations spécifiques par les artistes _, et que les œuvres produites puissent susciter chez leurs récepteurs (lecteurs, auditeurs, spectateurs, etc.) des émotions spécifiques, elles-mêmes irréductibles aux dimensions vitales et utilitaires des émotions humaines. La notion d’artisticité s’en déduit« …

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    « L’art _ étant, et cela quasi constamment, d’abord en les artistes qui s’emploient à le produire _ en débat avec lui-même » _ comme avec le réel auquel l’art se confronte ainsi et répond…

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    Et pour cela, « partir du matériau _ voilà ! pour le penseur-philosophe qui s’emploie à penser et comprendre l’art en son effectivité _ me paraît _ méthodiquement _ conforme à la nature même de l’art _ c’est-à-dire la nature des opérations particulières très concrètement effectuées par les artistes eux-mêmes : Bernard Sève insistant aussi sur ce qu’il nomme, toujours page 16 : « l’ancrage de la réflexion (qu’il entreprend et va mener; lui, ici) dans le travail effectif des artistes, plutot que dans une doctrine philosophique préalable« .

    Ce concept _ de matériau, donc : à analyser en entrée de l’essai… _ commande toute la séquence artistique _ à laquelle vont se livrer très effectivement les successives opérations de l’artiste _ : au matériau répondent les outils et techniques utilisés pour le travailler, le corps et l’esprit qui manient les outils, les inévitables collaborations. C’est de la nature des matériaux utilisés que dépend en grande partie le destin ultérieur de l’œuvre  : sa fragilité, sa résistance aux divers types d’érosion, la nature des restaurations dont elle est susceptible, mais aussi sa capacité à faire l’objet d’usages seconds (remplois, citations, plagiats, et même les faux) » _ par des artistes ultérieurs…

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    Et même :

    « Ce que l’artiste aime d’abord, ce qui l’inspire, ce sont les matériaux » _ qu’il a là sous la main, et dont il apprend à disposer, peu à peu, à sa main… _, etc._, écrit Bernard Sève page 27, en ouverture de ce richissime essai.

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    « Les œuvres d’art présentent une valeur particulière (de quelque man!ère qu’on le comprenne), qui justifie en aval les pratiques de conservation-restauration et d’usage second, qui justifie en amont le temps, l’argent, la passion, je dirais même l’amour, que les artistes engagent dans leurs créations« , lit-on aussi page 13 ;

    ce qui confère aux œuvres d’art une singulière spécificité au sein à la fois des autres objets de la culture, et des réalités de la nature.

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    Demain mardi 14 janvier, à 18h00, à la Station Ausone de la librairie Mollat, rue de la Vieille-Tour, et pour la seconde conférence de la session 2024-2025 de notre chère Société de Philosophie de Bordeaux,

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    la joie de l’entretien sur le vif avec Bernard Sève sur son très beau travail de penser le plus réalistement et justement la création artistique à partir des usages non strictement ni exclusivement utilitaires de ses matériaux un peu durables _ matériels comme immatériels _ de départ…

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    Ce lundi 13 janvier 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • En forme d’amuse-gueules à mon entretien d’après-demain mardi 14 janvier à la Station Ausone avec l’ami Bernard Sève à propos de son magistral « Les Matériaux de l’art », trois auteurs à lire ou relire : Cornelius Castoriadis (1922 – 1997), Thomas Munro (1897 – 1974) et Howard Becker (1928- 2023)…

    Afin de se mettre un peu en bouche les délices à venir, après-demain mardi 14 janvier 2025, à 18 h00, à la Station Ausone, et pour notre Société de Philosophie de Bordeaux, de ce que nous livrera l’ami Bernard Sève de son magistral « Les Matériaux de l’art«  (paru aux Editions du Seuil à l’automne 2023),

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    je propose ce jour de jeter un petit œil curieux en priorité au lucidissime « Histoire et création » de l’incontournable Cornelius Castoriadis (Constantinople, 11 mars 1922 – Paris 7e, 26 décembre 1997)

    _ dont est cité , aux pages 554-555 de la Conclusion générale de ce livre de Bernard Sève, ceci de décisif pour caractériser l’essentiel de l’activité créatrice artistique : « Une reprise perpétuelle du donné (tenant compte de ses lourdeurs, de sa résistance, de ses « lois propres », etc.) est constamment possible. Cet état n’a rien de mythique. C’est celui qui est constamment réalisé _ mais oui ! _ dans toute œuvre de création. Lorsque Bach écrit une Passion, il ne fait rien d’autre. La liberté de création ne consiste pas à se placer dans une situation de liberté abstraite par rapport aux moyens et aux formes (liberté imaginaire et fantasmatique) de la musique _ elle ne consiste donc pas à faire ce qui serait en fait sortir de la musique et à considérer toute musique et même toute expression comme radicalement contingente : elle consiste à dominer les moyens effectivement disponibles _ reçus, hérités _ (et à en créer éventuellement d’autres) _ voilà ! _ pour leur faire servir son intention, pour en faire l’expression adéquate d’un contenu _ contenu qui est vécu _ par l’artiste _ comme vérité absolue » ;

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    ce dont Bernard Séve tire immédiatement ceci, aux pages 555-556 de cette Conclusion générale : « Le déjà-là, dans ma lecture de ce texte, est constitué aussi bien par les matériaux disponibles que par les conditions sociales de la création artistique. Il conditionne, sans la dominer, la création. La distinction entre conditionner et dominer _ et aliéner _ est fondamentale : le déjà-là qui conditionne mon action est à la fois _ oui _ un appui et une résistance, mais il ne s’agit pas d’une instance de domination. Le matériau et les conditions sociales structurent a priori l’activité artistique, mais l’artiste sait maîtriser ces conditions, exploiter leurs possibilités et impossibilités, et élargir _ voilà _ son champ d’opération grâce à la puissance et, plus encore, l’audace de son imagination _ la faculté fondamentale d’imageance, selon le mot que je me suis permis de forger à partir des très riches travaux de mon amie Marie-José Mondzain. Pourtant, il faut bien qu’il y ait du non-conditionné dans la création artistique ; dans le cas contraire, les conditions sociales et idéologiques dviendraient dominatrices et, partant, aliénantes. Ce non-conditionné consiste en sa liberté, son imagination, son audace _ telles sont les clés de création de l’art par l’artiste véritablement créateur.

    Les réalités humaines dans lesquelles apparaît manifestement _ avec éclat et sentiment de beauté _ du non-conditionné sont _ en effet _ les œuvres d’art, et ce aux différents étages de notre analyse _ de ce livre de Bernard Sève, en ses chapitres I à VI _ : matériaux, outils et techniques, usages du corps humain, collaboration et coopérations, présentation et conservation-restauration des œuvres, usages seconds. A ces six niveaux doit s’en ajouter un septième _ et crucial ! _, qui les traverse tous : l’invention d’arts nouveaux, la réinvention des arts anciens. (…) C’est parce que l’humanité invente l’art qu’elle invente _ aussi _ une diversité d’arts _ consubstantiellement liés : l’art vrai étant toujours ouverture fondamentale au divers de l’altérité d’un réel. La diversité des pratiques, des arts et des œuvres, bien loin de compromettre l’intelligibilité de l’art, est en réalité condition de cette intelligibilité _ par les liens et échanges nourris qui y sont en permanence noués et reliés. C’est le foisonnement quelque peu chaotique des arts et des pratiques artistiques qui permet, si l’on comprend qu’il est une clé et non un problème, de s’approcher au plus près du noyau de l’artisticité _ qui comporte, ensuite, bien des degrés….

    Car cette diversité des arts et des pratiques n’est pas pure dispersion. (…)

    Avec ces « trois conséquences : que les mêmes questions peuvent être posées à tous les arts, que les relations entre les arts se nouent dans les œuvres _ mêmes _ des artistes (par les synthèses de l’hétérogène, les pratiques d’hybridité et les usages seconds _ qui y sont très effectivement opérés _), et qu’en art tout est possible en des temps et des lieux différents.

    Des proximités inattendues apparaissent alors, au fil des questions posées : les battles de rap voisinent avec le ballet classique » ; etc., etc.

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    Et finalement ceci, page 557 :

    « L’impossibilité de constituer un système des arts fixe et cohérent tient non pas à la diversité des arts, mais au fait que cette diversité ne peut pas être fixée par un nombre fini _ et clos _ de paramètres. Si système il pouvait y avoir, ce serait un système mobile, en perpétuelle évolution, et qui devrait se déployer dans un espace en expansion et à n dimensions. Et puis l’histoire n’est pas finie. L’artiste invente, et les inventions futures ne sont pas anticipables par aucune philosophie _ nécessairement humble.

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    La richessse d’invention artistique de l’humanité est impressionnante et presque effrayante, comme peut l’être une tempête. Mais la tempête n’exprime que la force démesurée de la nature, quand l’immense diversité des arts et la diversité plus immense encore des œuvres expriment la puissance démesurée de la liberté humaine _ ici à l’œuvre. Il y a là quelque chose de sublime, assurément » _ oui, cf ici les justes analyses de Baldine Saint-Girons.

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    Mais aussi aux très intéressants « Les Arts et leurs relations mutuelles » de Thomas Munro (Omaha, 15 février 1897 – Sarasota, 14 février 1974) _ dont la phrase de base « L’important est la différence entre l’état où l’artiste prend le matériau, et celui où il le laisse » sert d’exergue à l’Introduction, à la page 9 du livre de Bernard Sève _

    et « Les Mondes de l’art » d’Howard Becker (Chicago, 18 avril 1928 – San Francisco, 16 août 2023) _ dont est citée, à la page 17 de cette même Introduction, la phrase-clé : « Il est réaliste d’appréhender l’artistique selon une variable continue, et d’échelonner _ voilà, selon divers degrés _ les objets plutôt que de s’en tenir à la dichotomie _ inadaptée _ de l’art et du non-art« … _,

    qui comptent probablement parmi les plus pertinents des analystes de la complexité et richesse des pratiques artistiques, en la formidable diversité de leur aspects,

    et dont les méthodes de penser comptent parmi les plus réalistes pour pénétrer le sens de ces pratiques artistiques, en leur impérieuse factuelle _ de plus en plus ouverte et inventive au fil des temps _ effectivité…

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    Ce travail d’analyses ultra-fines extrêmement détaillées, et en une amplitude de connaissances quasi infinie, accompagné de formidables qualités de synthèse d’exposition _ pour un auteur d’aussi passionnants livres que ses « Montaigne – des règles pour l’esprit » (aux PUF, en 2007) et « De haut en bas – Philosophie des listes » (au Seuil, en 2010) _,

    dont les recherches sur et autour de la musique, « L’Altération musicale – ou ce que la musique apprend au philosophe » (au Seuil en 2002) et « L’Instrument de musique – une étude philosophique » (au Seuil en 2013), nous ont emballé,

    font de ce « Les Matériaux de l’art » un livre rien moins qu’indispensable…

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     Ce dimanche 12 janvier 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • En revenant me pencher sur la poiesis des « Bagatelles » de Valentin Silvestrov, suite à un courriel de Mikhail Rudy adressé à Eric Rouyer…

    En réponse à un courriel de réponse de Mikhail Rudy _ évoquant la « Nostalgie pour la  culture universelle“ selon la belle définition d’Ossip Mandelstam de l’Acméisme… _ à la demande d’Eric Rouyer de bien vouloir proposer une description de la musique de Silvestrov, après lecture de mon article du 29 décembre dernier,
    …
    voici mes réflexions de ce matin 6 janvier sur la poiesis musicale de Valentin Silvestrov en ses « Bagatelles »… :
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    Chers amis,
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    de la sublime musique des « Bagatelles » de Valentin Silvestrov,
    dont l’intimité, pour soi (et pas pour le concert), me touche et bouleverse au plus profond,
    à la manière _ elle aussi pour soi, intime _ des « Moments musicaux » de Schubert, ou des « Intermezzi » de Brahms :
    face, et comme en réponse, à l’essentiel…
    …
    Et la musique, pour peu qu’on l’écoute vraiment, parle alors mieux, et au plus près, que n’importe quel discours…
    …
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    C’est ainsi la genèse intime de ces pièces-là _ toutes simples et en même temps si riches et si belles _,
    c’est-à-dire les « sentiers » de poiesis à peine conscients d’où sourd, peu à peu, leur improvisation-création sous les doigts du compositeur, seul à seul en l’intimité de son piano, pour lui,
    qui touche aussi ma propre curiosité pour le cheminement de création infiniment intime (en même temps que riche de mémoire un peu cultivée…) de ces pièces qui in fine seront notées sur le papier sous le titre générique de « Bagatelles » par Valentin Silvestrov ;
    …
    et qui comportent en leur départ, j’allais dire forcément, quelques réminiscences, à la fois légères et feutrées, mais touchantes et profondes, et qui vont peu à peu, en revenant instamment, mais ces nouvelles fois-là revisitées et fécondées _ ou encore hybridées _ par ces improvisations en dialogue, reprises et continuées au fil des jours, révéler une forme de familiarité insistante en la propre neuveté _ et singularité : ne surtout pas la minimiser _ de ces nouvelles pièces qui jaillissent et naissent, et qui seront baptisées, quand elles auront ainsi insisté et persisté, « Bagatelles »,
    en un dialogue comme suivi et poursuivi par le jeu libre et pour lui-même, à l’intimité fervente de son piano, du compositeur, à partir de ces premiers tous petits « grains »- là, qui vient l’inviter à continuer, en toute humilité, le dialogue musical ouvert par la fascination première (bientôt relayée en ritournelles…) de ces menus grains inauguraux-là…
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    Les riches livrets de présentation de Tatjana Frumkis pour les CDs PDD 030 « Valentin Silvestrov – Boris Berman » et PDD 041 « Shostakovich – Silvestrov » du Palais des Dégustateurs, me semblent, à cet égard déjà, très instructifs.
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    Après,
    outre Boris Berman, interprète privilégié de longue date de Valentin Silvestrov,
    c’est Valentin Silvestrov lui-même qui, en plus de sa musique, par quelques mots un peu détaillés et développés, pourrait venir nous éclairer un pas plus loin sur les sentiers broussailleux de son imageance singulière de compositeur toujours en activité, à 87 ans…
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    Il n’y a donc jamais de création purement et absolument ex nihilo, mais toujours à partir de l’évidence de tels premiers « grains » qui ouvrent, et viennent, se libérant, animer, puis relancer, en ritournelles, l’inspiration,
    celle-ci (en dialogue) étant à son tour fondamentalement ouverte, et authentiquement créatrice _ et pas indigemment reproductrice…
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    C’est ce que je suis permis de nommer faculté d’ « imageance »
    à partir des travaux de mon amie Marie-José Mondzain dont le père, le peintre Simon Mondzain (1888 – 1979) est lui aussi venu de ces contrées d’Europe centrale et orientale,
    celles-là mêmes que Czeslaw Milosz (1911 – 2004) a nommée, en 1959 _ pour la célébrer quand celle de l’Ouest l’oubliait un peu trop… _, « Une Autre Europe »…
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    D’ou mon lien, à l’écoute enchantée de cette musique de Valentin Silvestrov, à ma très vive admiration pour la magistrale analyse (et les lumineuses synthèses) de l’ami Bernard Sève en son « Les Matériaux de l’art » (aux Editions du Seuil),
    sur lequel portera notre entretien de mardi 14 janvier prochain à la Station Ausone de la librairie Mollat à Bordeaux,
    pour le compte aussi de notre Société de Philosophie de Bordeaux…
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    Ce lundi 6 janvier 2024, Titus Curiosus – Francis Lippa
  • Ce que m’apporte la méditation sur les « Bagatelles » (ou « Moments musicaux ») de Valentin Silvestrov dans la préparation de mon entretien à venir mardi 14 janvier prochain, à la Station Ausone, avec l’ami philosophe Bernard Sève à propos de son magistral « Les Matériaux de l’art »…

    M’étant remis à la lecture plus passionnante que jamais _ son regard incisif de « penser » est tout aussi profond et essentiel que formidablement ample _ du magistral « Les Matériaux de l’art » _  j’adore le croisement (et lien charnel) de ce pluriel-ci avec ce singulier-là ! _ de l’ami Bernard Sève _ avec qui je m’entretiendrai de ce travail puissant, large et profond, le mardi 14 janvier prochain à la Station Ausone de la librairie Mollat à Bordeaux _,
    et méditant sur la palette infinie des degrés d’ « artisticité » des œuvres _ un concept essentiel de ce livre… _,
    et sur l’inépuisable infinité des liens que toute création artistique rencontre et affronte pour aimer s’y confronter _ telle l’huitre perlière face à son grain de sable… _, et à son tour aller une marche plus loin et « créer », face aux « matériaux » qui déclenchent jubilatoirement, en forme d’infini dialogue nourri, acharné et ouvert avec ce qui devient ainsi, par ce geste comme à nouveau inaugural, son « matériau » à elle, en faveur de sa propre inventivité (que je nomme pour ma part _ et d’après les travaux si pertinents de Marie-José Mondzain _ « imageance », un mot forgé à partir d’un actif participe présent…),
    …
    je relis _ du verbe « relier », mais aussi du  verbe « relire » ; à la source et base-fondation de toute « culture » qui tant soit peu se tient… _ ces fécondissimes intuitions de Bernard Sève, à la musique bouleversante et carrément sidérante de Valentin Silvestrov, qui présentement vient m’enchanter aux disques ;
    …
    et tout particulièrement à ce que lui, Valentin Silvestrov, nomme très modestement, humblement, en son œuvre, « Bagatelles », ou encore « Moments musicaux » _ on pourrait dire aussi « Intermezzi »… _,
    et qui forment d’abord, et fondamentalement, son tout simple et nécessaire atelier d’improvisations, inspirées et inspirantes, respirées,
    en vue, possiblement, peut-être _ et c’est ce qui est espéré pour plus tard, et plus loin, à l’épreuve du temps _, mais cela c’est le temps à venir qui pourra, lui, se prononcer, d’ « œuvres » notées sur quelque support un peu durable et éventuellement matériellement transmissible, et pas trop vite effaçable non plus ; 
    mais le processus n’est jamais, non plus, lui-même vraiment tout à fait achevé, du moins l’artiste vivant et en capacité de « jouer », et poursuivre son œuvrer ; 
    « tant qu’il y aura de l’encre et du papier », dirait notre cher Montaigne, ainsi que notre cher Proust…
    …
    Et sur ce travail compositionnel de ces « Bagatelles », je me permets de citer ici ces mots éclairants de Tatjana Frumkis aux pages 13 et 14 du livret du CD PDD030 « Valentin Silvestrov – Boris Berman » :
    …
    « Les deux dernières décennies de travail de Silvestrov sont caractérisées par le sens de l’intimité, de « faire de la musique pour soi-même » _ sans considération de public. Le flot de petites formes avec leurs titres récurrents, valses, berceuses, postludes, nuits, barcarolles, sérénades, élégies et pastorales, entre autres, se poursuit encore aujourd’hui. Tous ces titres sont conditionnels et peuvent être facilement remplacés par le terme générique « bagatelle », introduit par le compositeur lui-même, ou « moment », un autre terme qu’il utilise. Selon Silvestrov, la principale impulsion créative _ voilà le geste de départ ! _ pour composer est une intonation, une exclamation ou un motif qui émerge momentanément et ne quitte pas l’oreille interne du compositeur _ c’est dèjà là un indice de quelque chose qui insiste pour exister si peu que ce soit, minimalement, pour le moment au moins… Une bagatelle est donc une occasion « pure » de capturer, de définir et « arrêter le moment » sans l’accabler de ce qu’on appelle le travail thématique. Puis, pour reprendre les mots du compositeur, commence un « duo avec le silence », d’abord mené par lui-même avec son inimitable toucher de piano en apesanteur (« comme s’il marchait sur de la glace au printemps »). Au début, toutes les bagatelles existent « oralement » _ sans écriture notée. Silvestrov poursuit : « Si les bagatelles survivent _ résistent, insistent _ à plusieurs jeux, encore plus, si une année passe et que je continue à y revenir encore et encore, c’est le signe qu’elles existent, ne peuvent pas être annulées et doivent être écrites ». Ce processus, de « matérialisation de l’immatériel » _ à partir de ce que Silvestrov nomme ailleurs des « graines d’intonation« … _, est très laborieux et parfois douloureux lorsqu’il s’efforce de capturer avec la plus grande précision une composition qui est née sous ses doigts, non pas une improvisation, mais une œuvre entièrement composée « prête ». C’est ainsi que les cinq premiers opus sont apparus : ils ont d’abord été enregistrés par le compositeur sur le CD (Bagatellen und Serenaden ECM, 2007), et ce n’est que plus tard qu’ils ont été couchés sur le papier et publiés sous le titre Bagatelles for piano op. 1-5 (M.P. Belaieff). (…) Jusqu’à présent, le volume de Belaieff est la seule publication de la « bagatelle epic »  _ ou les « épopées bagatelles » _ (Silvestrov), autrement dite écrite à la main, qui se compose aujourd’hui de plus de 300 opus. Les pièces de caractère ne sont plus ici des « petits riens musicaux » (traduction littérale du mot bagatelle), mais élevées au rang de « nobles insignifiants », comme Silvestrov les appelle , en plaisantant à moitié. »
    …
    …
    Tout se tient donc, et est consubstantiellement lié, entrelacé en ces sentes improbables et intriquées de la création, même s’il faudra, aussi, à quelques moments ultérieurs, et choisir et trancher_ et coucher ce qui devient alors œuvre sur le papier… _,
    et laisser l’œuvre s’émanciper de soi, et vivre sa vie à elle, de par le plus ou moins vaste monde, à côté et loin de soi, 
    telle la bouteille confiée aux courants assez aléatoires de la mer dans l’espérance aléatoire de quelque destinataire qui la recevra, ou pas…
     
    …
     
    Sur ma découverte (sidérante !) de l’œuvre musical de Valentin Silvestrov,
    que pour ma part je place aussi du côté singulier hyper-intimiste bouleversant en leur pudeur et modestie des chants de la nuit de Federico Mompou (sa « Musica callada« …) et Domenico Scarlatti, mais aussi Louis Couperin, Froberger, ainsi que leurs amis luthistes,
    …