Étiquette : critique

  • Sur la réception par la critique de « Vêpres de la Vierge » de Monteverdi en Cinémascope, technicolor et relief, par Pygmalion : quelques écoutes un peu diverses…

    Le double CD Harmonia Mindi HMM 902710.11 des « Vespro della Beate Vergine » de Claudio Monteverdi _ ce chef d’œuvre magistral et renversant de 1610, composé à Mantoue, mais destiné à Venise… _ par l’Ensemble Pygmalion de Raphaël Pichon, a reçu des appréciations un peu contrastées de la critique ;

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    par exemple, sous la plume de Frédéric Degroote à page 84 du Diapason n° 726 de ce mois d’octobre-ci (3 étoiles),

    et sous celle de Philippe Venturini à la page 84 du Classica n° 256 de ce même mois d’octobre (5 étoiles).

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    Frédéric Degroote, dans Diapason :

    « Dès le martèlement de l’invitatoire Deus in adjutorium, le ton est donné : celui d’un Vespro vocalement et orchestralement opulent, alignant plus de 35 choristes et 25 instrumentistes, sans compter les solistes.

    (…)

    Tout dans sa relecture millimétrée est surligné en jaune fluo, à coups de vifs contrastes ou de superpositions d’instruments.

    L’Ave maris stella accuse une lenteur à faire suffoquer les chanteurs ; l’Amen final, pourtant noté sans changement de tempo, s’étire davantage encore, dans un crescendo à l’extase superlative. Dans le Gloria Patri du Magnificat, Pichon passe outre les chiavette _ ces clefs indiquant qu’il faut transposer une quarte plus bas, et non jouer dans le ton écrit _ et se targue de faire chanter des sol aigus aux deux ténors pour « décupler l’impact émotionnel ». La fin prévue par Monteverdi semblant ne pas lui suffire, il calque sur le Fidelium animæ la toccata d’ouverture sous prétexte d’arguments doxologiques.

    Si l’on s’étonne de ces libertés philologiques, on ne peut que louer la réactivité des forces en place pour défendre cette vision à la loupe, ce Monteverdi en réalité augmentée. Au moins cette expérience sonore, où règne un mysticisme de pacotille, reflète-t-elle fidèlement l’une des définitions que le chef donne des Vêpres de Monteverdi : « la première œuvre cinématographique de l’histoire de la musique« . Au point que l’on croit aisément être revenu d’un péplum« .

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    Et puis Philippe Venturini, dans Classica :

    « Depuis le concert de février 2019 à la chapelle royale du château de Versailles, capté puis publié en DVD par Château de Versailles Spectacles (…), Raphaël Pichon conserve une conception foisonnante et recueillie à la fois, nourrie du faste de l’église comme de la vitalité du théâtre, du tumulte du Tintoret comme de la richesse chromatique de Véronèse. L’effectif fourni du chœur (une trentaine de chanteurs) et la variété de l’orchestre, permettent de souligner _ et non pas surligner, ici _ les styles ancien et moderne, de distinguer les pièces polyphoniques chorales (les 5 psaumes) des motets solistes (les 4 concerti sacri annoncés sur la partition), d’éclairer cette « première œuvre cinématographique de l’histoire de la musique« .

    Contrairement à René Jacobs (Harmonia Mundi, 1995), Gabriel Garrido (K617, 1999) ou Jordi Savall (Alia Vox, 1988), Raphaël Pichon ne recourt pas aux interpolations en grégorien, sauf pour la conclusion (Domine, exaudi orationem meam), qui récite la toccata d’ouverture, et insère le motet Sancta Maria, succurre miseris SV 328.

    La prise de son généreuse d’Hugues Deschaux, permet de disposer d’une matière sonore onctueuse qui, heureusement, ne brouille pas la polyphonie et maintient les solistes dans un espace global.

    Comme à son habitude, Raphaël Pichon prête attention au texte, que ce soit dans la torrentielle réponse à l’appel initial, les différents épisodes du Dixit Dominus (les temps forts bien marqués sur « conquassabit« , la fluidité du « De torrente« ), ou du Magnificat qui investit un vaste espace.  La grâce surnaturelle du Nigra sum d’Emiliano Gonzales Toro, la sensualité du Pulchra es de Céline Scheen et Perrine Devillers, l’énergie du Fecit potentiam de Lucile Richardot, participent à cette « expérience de l’extase » _ orgasmique ? _ que cherche le chef« .

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    Cf aussi l’article, uniment laudatif, lui, intitulé « Ode mariale » de Jean-Charles Hoffelé sur son site Discophilia, en date du 15 setembre dernier.

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    ODE MARIALE

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    En février 2019, la Chapelle Royale résonnait de fulgurantes Vêpres à la Vierge, Monteverdi investissait le temple du Grand Siècle sous la conduite ardente _ voilà _ de Raphaël Pichon. Ceux qui étaient présents ont gardé de cette aventure des souvenirs pour la vie, heureusement le label du Château de Versailles a publié la captation filmée de ces soirées historiques.

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    Mais Raphaël Pichon est en constant « work in progress ». Adieu l’image, ces nouvelles Vêpres seront toute entières sonores, et gardent des solistes prestigieux des concerts de Versailles les seuls Lucile Richardot – son Fecit potentiam est historique -, Nicolas Brooymans et le saisissant doublé des ténors, Emiliano Gonzalez Toro et Zachary Wilder, le premier atteignant au sublime ici plus qu’encore qu’à Versailles pour Nigra sum.

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    Adieux les mises en espaces, au Temple du Saint-Esprit à Paris, dans la roideur post-pandémique de janvier 2022, Raphaël Pichon réinvente « ses » Vêpres, assumant leur caractère disparate, les espaçant de plain-chant, dorant à force cornets et saqueboutes les icônes, et célébrant, dans une spatialisation savante qui songe toutes oreilles ouvertes aux espaces oniriques de San Marco _ forcément… _, les polyphonies gabrielliennes _ oui. La nudité des a capella adossés aux fastes des célébrations, tout rend compte des multiples visages de ces Vêpres qu’on sait composites.

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    Miracle, elles coulent enfin d’une seule ligne, tour à tour ténue ou spectaculaire, comme elles ne l’avaient plus fait depuis la version princeps _ celle de 1964, celle de 1989 ? _ de John Eliot Gardiner, ce n’est pas sous ma plume un mince hommage à l’art de ce jeune homme qui n’aime se confronter qu’aux chefs-d’œuvre, l’année passée une Saint Matthieu bouleversante, aujourd’hui ces Vêpres éloquentes, à quoi pense-t-il pour demain ?

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    LE DISQUE DU JOUR

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    Claudio Monteverdi
    (1567-1643)

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    Vespro della Beata Vergine,
    SV 206

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    Pygmalion
    Raphaël Pichon, direction

    Céline Scheen, soprano
    Perrine Devillers, soprano
    Lucile Richardot, mezzo-soprano
    Emiliano Gonzalez Toro, ténor
    Zachary Wilder, ténor
    Antonin Rondepierre, ténor
    Étienne Bazola, basse
    Nicolas Brooymans, basse
    Renaud Brès, basse

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    Un album de 2 CD du label harmonia mundi HMM 902710.11

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    Photo à la une : le chef Raphaël Pichon – Photo : © DR

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    Des regards tous trois intéressants,

    en harmonie aussi avec ma propre écoute, impressionnée… 

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    Ce mercredi 18 octobre 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Comment interpréter Gesualdo et son irradiante singularité ?..

    Carlo Gesualdo da Venosa

    (Venosa, 8 mars 1566 – Gesualdo, 8 septembre 1613)

    est un de mes compositeurs préférés !

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    Mais combien sont rares les interprétations de ses œuvres

    vraiment satisfaisantes

    _ et réellement idiosyncrasiques ?..

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    Longtemps, de ses six livres de Madrigaux,

    ne m’a exclusivement agréé

    que l’interprétation du Quintetto Vocale italiano, d’Angelo Ephrikian

    _ avec les chanteurs Karla Schlean (soprano), Clara Foti (mezzo-soprano), Elena Mazzoni (contralto), Rodolfo Farolfi (ténor), Gastone Sarti (baryton) et Dimitri Nabokov (basse).

    …

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    Puis,

    m’a beaucoup plu _ voire même comblé ! _,

    livre à livre,

    celle de La Compagnia del Madrigale,

    pour les livres 6, 3 et 2

    _ de même, d’ailleurs, que la totalité de leurs CDs : chaque fois, une extase…

    Les chanteurs en sont Rossana Bertini, Francesca Cassinari (sopranos), Elena Carzaniga (alto), Giuseppe Maletto, Raffaele Giordani (ténors) et Daniele Carnovich (basse). 

    …

    …

    Alors que m’horripilaient

    toutes les autres interprétations,

    tout particulièrement du fait de la non-italianité criante des chanteurs.

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    Alors quand est paru,

    le 28 novembre dernier,

    l’article de Jean-Charles Hoffelé sur son blog Discophilia

    intitulé D’amour à mort,

    …

    ai-je été quasi blessé

    de la chronique très négative _ et non argumentée ! _

    portée par ce critique que j’apprécie beaucoup en général

    à l’égard

    et de La Compagnia del Madrigale,

    et de leur CD du 2e livre de Madrigaux de Carlo Gesualdo ;

    …

    notamment par la comparaison faite par Hoffelé

    avec le double album

    que les Arts Florissants, dirigés par Paul Agnew

    _ avec les chanteurs Miriam Allan et Hannah Morrison (sopranos), Lucile Richardot et Mélodie Rubio (contraltos), Sean Clayton (ténor), Edward Grint (basse) et Paul Agnew lui-même (ténor) _,

    ont consacré aux Livres 1 et 2 des Madrigaux de Gesualdo !

    …

    …

    D’AMOUR À MORT

    La Compagnie del Madrigale s’est lancée voici quelques années dans une intégrale toujours en cours _ manquent encore les livres 1, 4 et 5 _ des Madrigaux de Gesualdo, je croyais l’entreprise salutaire _ certes ! _, après tout on n’avait pas vraiment d’alternative au geste expressionniste _ oui, éblouissant ! _ déployé par Angelo Ephrikian et ses chanteurs qui avaient enregistré dans des conditions difficiles la version princeps de l’ensemble des Livres.

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    Hélas, les nouveaux venus faisaient bien pâle figure _ ah ! non !!! _ et ce dès le premier disque, étrange que Glossa n’ait pas préféré confier une entreprise si périlleuse à La Venexiana _ tellement décevante, elle, depuis le départ de ses membres qui allaient fonder La Compagnia del Madrigale… Quel ensemble pourrait concilier le style musicologiquement juste avec l’expression si intense _ oui _ devinée _ oui _ par la petite troupe dépareillée d’Ephrikian ?

    …

    …

    Une divine surprise m’attendait à la poste dans une enveloppe d’harmonia mundi, un joli double album qui semble le premier volume d’une intégrale des six Livres selon Les Arts florissants emmenés par Paul Agnew.

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    Leur parcours Monteverdi m’avait bluffé _ pas moi ! _ ; dès Baci, soavi, e cari qui ouvre le Libro primo, les mots éclatent, assaillant les notes _ c’est vrai _ ; les affects brillent ; tout le feu du baroque italien exalte _ oui _ les couleurs et les accents de ces six voix, faisant résonner cette alliance coupante comme une pointe de diamant entre le mot et la note qui donne à la musique de Gesualdo ses vertigineuses _ en effet ! _ propriétés expressives. Car ici les mots dansent, dans la clarté aveuglante qu’impose Paul Agnew conduisant de son ténor ces efflorescences de sons.

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    Admirable, jusque dans la sensualité trouble de bien des pages qui ne sont pas sollicitées _ artificiellement _ mais simplement exposées dans leurs singulières harmonies _ oui. Lorsque l’on sait qu’à mesure que les Livres s’accumulent, cette langue si libre se radicalise encore _ oui _, je peine à me dire qu’il faudra attendre les prochains volumes, je les voudrais tous pour m’immerger enfin dans ce corpus de chefs-d’œuvre _ assurément ; et sans postérité.

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    LE DISQUE DU JOUR

    Carlo Gesualdo (1566-1613)
    Madrigaux à 5 voix, extraits des “Libro primo” et “Libro secondo”

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    Les Arts florissants
    Paul Agnew, direction

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    Un album de 2 CD du label harmonia mundi/Les Arts florissants HAF8905307.08
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    Photo à la une : le ténor et directeur des Arts florissants – Photo : © DR

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    J’avais renâclé à me procurer ce double album des Arts Flo (et Paul Agnew), redoutant un certain défaut d’italianité de leur part…

    …

    J’ai bien voulu cependant tenter l’expérience…

    …

    Et n’ai pas été déçu, bien au contraire,

    d’avoir écouté le conseil de Jean-Charles Hoffelé.

    …

    …

    Même si je ne change _ pas du tout ! _ d’avis sur La Compagnia del Madrigale !

    …

    Je dirai simplement que

    du Livre second des Madrigaux de Gesualdo,

    …

    nous disposons là

    de deux interprétations qui diffèrent

    quant à leur regard sur le parcours même de création du compositeur :

    …

    entre la tonalité des œuvres de la période de Ferrare (1594 – 1596),

    pour les quatre premiers Livres,

    et celle de la période de Gesualdo (1611 – 1613),

    pour les deux derniers _ sublimissimes…

    …

    La Compagnia del Madrigale se refusant, elle, à interpréter les premiers Livres de Madrigaux de Gesualdo

    de la manière qui conviendra aux deux derniers…

    …

    …

    Quant à l’appréciation de Jean-Charles Hoffelé

    sur la valeur des précédents CDs de La Compagnia del Madrigale

    _ leurs merveilleux et magiques Monteverdi (les Vespro), Marenzio (les livres 1 et 5 de Madrigaux), De Rore (Vieni, dolce Imeneo)

    et l’album Orlando furioso : madrigaux composés sur des poèmes de l’Arioste… _,

    je ne la partage _ ni ne comprends _ pas du tout !!!

    …

    …

    À quoi peut donc tenir cette exécration musicale ?

    Je me le demande bien…

    …

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    Ce jeudi 5 décembre 2019, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Une réponse à un article critique envers Call me by your name…

    En surfant sur le net,

    j’ai fini par pêcher enfin un article critique à l’encontre du film de Luca Guadagnino Call me by your name,

    sous la plume d’un nommé Vincent Raymond, et publié simultanément dans divers Petit Bulletin

    (de Lyon, de Grenoble, de Saint-Etienne),

    le 27 février dernier.

    …

    Le voici,

    d’abord tel quel,

    sans la moindre farcissure de ma part :

    …

    …
    CIAO BELLO
    WTF ? à l’italienne : « Call Me By Your Name« 

    …

    de Luca Guadagnino (Fr-It-E-U-Br, 2h11) avec Armie Hammer, Timothée Chalamet, Michael Stuhlbarg…

    …

    par VINCENT RAYMOND
    MARDI 27 FÉVRIER 2018

    …

    …

    Italie, dans la moiteur de l’été 1983. Elio traîne ses 17 ans entre son piano, ses doctes échanges avec ses parents, et un flirt avec Marzia. L’arrivée du nouveau doctorant de son père, Oliver, le met étrangement en émoi. D’abord distant, celui-ci se montre aussi sensible à ses appâts…

    …

    Cette roublardise de moine copiste, aux forts relents de Maurice, Chambre avec vue ou Mort à Venise entre autres films avec éphèbes torse nu et/ou James Ivory au générique et/ou Italie vrombissante de cigales, a beaucoup fait parler d’elle dans tous les festivals où elle a été distillée depuis un an — même Hugh Jackman a succombé à son charme.

    …

    Ah, c’est sûr que Luca Guadagnino ne lésine pas sur les clichés pour fédérer dans un même élan les publics quadra-quinqua (indécrottables nostalgiques, toujours ravis qu’on leur rappelle leur adolescence) et gays (jamais contre une idylle entre deux beaux gosses, dont un façon Ruppert Everett blond) ; au point que ressortir du film sans avoir Love My Way des Psychedelic Furs gravé dans le crâne, ni le désir d’un bain de minuit en mini-short relève de l’exploit. Mais que de superficialité, que de prétextes et d’auto-contemplation satisfaite pour diluer un argument de court-métrage !

    …

    Car la romance entre Elio et Oliver se révèle assez ordinaire. Cette première amourette d’ado ne se heurte à aucune impossibilité extérieure : au contraire, la famille intello et libérale d’Elio considère avec bienveillance leur relation. Et si la séparation est vécue comme un immense dramuscule par ce petit égoïste, c’est qu’il s’agit de la seule écharde dans sa vie douillette.
    …

    Donnant parfois l’impression de vouloir contrefaire jusqu’au vertige et au moindre costume l’époque de narration, Guadagnino laisse planer un doute un peu malsain sur des marques affectant le corps d’Oliver — une allusion au sida, qui commençait alors sa terrible hécatombe ? — et se montre surtout bien plus timoré que les cinéastes d’il y a trente ans (notamment Belocchio dans Le Diable au corps) au moment de filmer les étreintes charnelles. Trop poli, Call Me By Your Name est long et morne comme une méridienne sans bain.

    …

    …

    Et maintenant, le voici farci de mes commentaires :

    …

    D’abord, ce titre avec abréviation (pour initiés seulement !) :

    …

    CIAO BELLO
    WTF ? à l’italienne : « Call Me By Your Name« 

    …

    Que peut donc signifier cette abréviation, WTF ?

    …

    WTF : abréviation de what the fuck,

    équivalent argotique de what,

    utilisé dans les discussions électroniques instantanées (une nuance d’exaspération, ou plus généralement d’émotion, y est ajoutée par the fuck).

    WTF is this?! Putain, c’est quoi ?!

     

    …

    What The Fuck ? : une manière assez grossière d’exprimer son incrédulité, notamment sur Internet ;

    en français, la vulgarité de l’expression anglaise disparaît ; et WTF signifie Mais c’est du grand n’importe quoi ! 

    …

    Dont acte !

    …

    …

    Italie, dans la moiteur de l’été 1983. Elio traîne ses 17 ans entre son piano, ses doctes échanges avec ses parents _ universitaires _, et un flirt avec Marzia _ sa petite voisine. L’arrivée du nouveau doctorant _ américain, âgé de 24 ans _ de son père, Oliver, le met étrangement _ vraiment ? _ en émoi. D’abord distant, celui-ci se montre aussi _ un peu plus tard _ sensible à ses appâts _ si l’on peut dire : j’y suis personnellement peu sensible…

    …

    Cette roublardise de moine copiste _ de la part du réalisateur Luca Guadagnino, ainsi qualifié de madré copieur ! _, aux forts relents de Maurice, Chambre avec vue ou Mort à Venise entre autres films _ Retour à Howards end, aussi ! _ avec éphèbes torse nu _ mais Timothée Chalamet, s’il est bien très souvent, en effet, torse nu et en short, ici, a peu de choses de la plastique d’un éphèbe… _, et/ou James Ivory au générique, et/ou Italie vrombissante de cigales _ quelle gratuite ironie ! Pour ma part, je suis demeuré sourd aux prétendues cigales du film… _, a beaucoup fait parler d’elle _ = le buzz _ dans tous les festivals où elle a été distillée _ avec habileté apéritive ? _ depuis un an — même Hugh Jackman _ une référence pour l’auteur de l’article ! _ a succombé à son charme.

    …

    Ah, c’est sûr que Luca Guadagnino ne lésine pas sur les clichés _ mais parler et penser procède, et très nécessairement d’abord, chez l’in-fans, de la langue commune, et donc de ses clichés reçus et partagés ! La tâche noble de la parole effective (cf Noam Chomsky, par exemple en ses Réflexions sur le langage) est de s’extraire, en ses phrases inventées, de ces usages d’abord, en effet, stéréotypés, et d’apprendre peu à peu à parler (et penser) de façon si possible un peu plus plus originale (et critique, et même, et surtout, auto-critique !!!) que par ces stéréotypes et clichés, et peut-être enfin, in fine (mais le processus est infini…) par soi-même ; sur les conditions très concrètes de la liberté de penser (et contre la censure), cf l’indispensable et très beau Qu’est-ce que s’orienter dans la pensée ? du grand Emmanuel Kant  : « Penserions-nous beaucoup et penserions-nous bien, si nous ne pensions pas pour ainsi dire en commun avec d’autres, qui nous font part de leurs pensées et auxquels nous communiquons les nôtres ? « , nous apprend, en effet, Kant… _ pour fédérer dans un même élan les publics quadra-quinqua (indécrottables nostalgiques, toujours ravis _ c’est à voir ! _  qu’on leur rappelle leur adolescence _ sauf que Luca Guadagnino a précisément choisi d’éliminer le principe de la voix-off, trop porté sur la nostalgie du passé, à ses yeux, et pas assez présent au présent (du présent présentisme !) ; le principe de cette voix-off qui se souvient, était en effet celui qui avait été choisi en son adaptation première par James Ivory, fidèle en cela à la démarche même du Je me souviens d’André Aciman en son roman ; d’où le clash survenu entre Luca Guadagnino et James Ivory en mai 2016 ; James Ivory dont le nom n’est demeuré au générique du film que dans la perspective (couronnée de succès !) d’une récompense pour le film aux Oscars, qui n’avaient pas su jusqu’ici honorer le nom de James Ivory, maintenant âgé de 90 ans… _) et gays (jamais contre une idylle entre deux beaux gosses _ ah ! cette affreuse expression-cliché ! _, dont un façon Ruppert Everett blond _ Armie Hammer, en l’occurrence : quelle négation de son pourtant très remarquable talent d’acteur ! à comparer, en l’élégante retenue de son incarnation du personnage complexe d’Oliver, avec l’extraversion californienne (!) de ses interviews _) ; au point que ressortir du film sans avoir Love My Way des Psychedelic Furs gravé dans le crâne _ à la première vision du film, ce serait tout de même un exploit ! la scène (impressionnante certes !!! cf mes articles des 10 et 13 mars, dans lesquels j’ai, par deux fois, intégré cette magnifique séquence de danse d’Oliver : «  et « ) dure en effet à peine 44′ … _, ni le désir d’un bain de minuit en mini-short _ à ce point ??? Quel extraordinaire impact a donc ce film ici vilipendé, sur un spectateur aussi mécontent et ronchon que l’auteur de cet article ! _, relève de l’exploit _ mais  c’est là rendre un bien bel hommage à l’hyper-efficacité professionnelle de la « roublardise«  du réalisateur et des producteurs de ce film. Mais que de superficialité _ cependant le très fort impact du film sur ses spectateurs, de même que celui du profondément émouvant troublant jeu des acteurs, ainsi que celui du fini du travail de tous ceux qui (chef opérateur en tête !) ont participé à la réalisation, à la suite de Luca Guadagnino, le maître d’œuvre final de Crema, contredit fortement cette ronchonneuse opinion !!! _, que de prétextes _ à quoi donc ? à de traîtresses manipulations de la sensibilité des spectateurs du film ? _ et d’auto-contemplation satisfaite _ satisfaite de quoi ? des complaisances pulsionnelles homoérotiques des réalisateur-producteurs ? _, pour diluer un argument _ mince et pauvre : mais artistiquement importe seul ce qui en résulte : le produit achevé !.. _ de court-métrage !

    …

    Car la romance _ pour qualifier les épanchements d’un premier amour, à 17 ans… _ entre Elio et Oliver, se révèle assez ordinaire _ et alors ? quid de la « romance«  de Tristan et Yseult ? de la « romance«  de Roméo et Juliette ? ou de la « romance«  de Pelléas et Mélisande ? Et cela, en leurs diverses et multiples reprises et ré-interprétations… C’est, in fine, seul le style propre de l’œuvre qui importe ! Cette première amourette d’ado _ quel mépris ! _ ne se heurte à aucune impossibilité extérieure _ et alors ? En matière d’« impossibilités« , il en est d’aussi puissantes intériorisées ; telle, ici, et à un certain degré, l’impossibilité d’Oliver de prolonger sa liaison d’un été italien avec Elio, par la persistance de son choix d’épouser la femme à lui promise, avec la pression de ses parents, aux Etats-Unis… _ : au contraire, la famille intello et libérale d’Elio considère avec bienveillance _ mais sans en rien manifester _ leur relation. Et si la séparation est vécue comme un immense dramuscule _ quel oxymore ! le film est (et se veut) l’expression du vécu de l’adolescent : qui peut, de l’extérieur et en surplomb, s’en moquer ?.. _ par ce petit égoïste _ là, c’est carrément injuste ! En dépit de l’égocentrislme normal de tout adolescent (voire de quiconque, du moins au départ de tout vécu), Elio demeure extrêmement attentif à (et très curieux de) l’altérité des autres ; cf par exemple sa belle réponse à la belle réaction de sa petite amie Marzia quand elle comprend que c’est bien Oliver que désire surtout (et aime vraiment) Elio, et pas elle… _, c’est qu’il s’agit de la seule écharde _ superficielle !!! _ dans sa vie douillette _ d’enfant de bobos privilégiés ; mais une blessure d’amour est-elle jamais superficielle, risible, méprisable ?.. De quelle indifférente et froide hauteur se permettre d’en juger ainsi ?..

    …

    Donnant parfois l’impression de vouloir contrefaire _ pourquoi injurier la simple probité de la réalisation ? _ jusqu’au vertige et au moindre costume _ et alors ?.. La fidélité de la reconstitution des décors, des costumes, du climat musical de 1983, tout cela participe, au delà de sa parfaite simple probité artistique (et d’abord artisanale), du puissant charme du film… _ l’époque de narration, Guadagnino laisse planer un doute _ vraiment ? _ un peu malsain sur des marques affectant le corps d’Oliver — une allusion au sida, qui commençait alors _ à vérifier plus précisément: quand se répandit vraiment la prise de conscience du phénomène du sida ?.. Dès 1983 ? _ sa terrible hécatombe ? — et se montre surtout bien plus timoré _ ah ! telle était donc l’attente principale de ce critique, et la probable raison principale de ses ronchonneries… _ que les cinéastes d’il y a trente ans (notamment Bellocchio dans Le Diable au corps) au moment de filmer les étreintes charnelles _ mais tel n’est pas l’objectif de notre film ; la fougue des désirs n’a pas du tout besoin de surlignages surchargés, telle l’image de la fellation dans le film provocateur (et chercheur de scandale) de Marco Bellochio en 1986. Trop poli _ pour être honnête ? mais non ! _, Call Me By Your Name est long et morne _ Non ! Certes pas ! _ comme une méridienne sans bain _ seulement pour un ronchon bien décidé à s’y ennuyer ; et plus encore à chercher à se faire mousser si peu que ce soit en  déversant ainsi un peu trop à bon compte de l’encre de sa bile sur le film…

    …

    …

    Ce mercredi 14 mars 2018, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Sur la recollection dérangeante du « dossier » « Fumée humaine » : la contribution littéraire de Nicholson Baker à la curiosité historique sur la seconde guerre mondiale

    Avant de me mettre à lire « Human smoke« 

    que m’a chaleureusement recommandé dès sa parution, le 14 mai 2009, le toujours d’excellent conseil David Vincent,

    voici, sur cet opus, un petit dossier d’articles mettant « l’eau à la bouche« …

    …

    En commençant, comme souvent, par un article d’ »El Pais« , le 22 juin :

    …

     « El mal estaba en todas partes« 

    …
    Nicholson Baker muestra en « Humo humano« 
    _ qui vient de paraître aussi en traduction française (par les soins d’Éric Chedaille) aux Éditions Christian Bourgois le 14 mai dernier : le titre originel, « Human smoke« , a été conservé… _ cómo la pulsión destructiva de la II Guerra Mundial no era sólo de un bando _ El autor rinde homenaje al pacifismo

    JOSÉ MARÍA RIDAO _ Madrid _ 22/06/2009

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    Desde que, con motivo de la conmemoración del medio siglo del final de la II Guerra Mundial, la investigación historiográfica empezó a confundirse con el denominado « trabajo de memoria« , la idea de que el conflicto más devastador de todos los tiempos revestía los caracteres de una lucha escatológica, de un combate contra el Mal Absoluto, ha ido ganando terreno. Poco a poco, la indagación sobre los procesos políticos, diplomáticos y económicos que condujeron a la guerra se fue abandonando en favor de una reflexión de otra naturaleza, a medio camino entre la filosofía y la teología, y en la que lo más relevante es responder a la pregunta de por qué el ser humano fue capaz de tantas atrocidades como tuvieron lugar entre 1939 y 1945. Podría tratarse, sin duda, de una reflexión interesante, incluso necesaria, pero a condición de que no parta del equívoco que Nicholson Baker denuncia en su ensayo _ sic ! _ « Humo humano« , que acaba de publicar en España Debate _ et en France les Éditions Christian Bourgois _ : ese genérico ser humano que se libró a la destrucción y el asesinato en masa no se encontraba únicamente en las filas del nazismo, sino también, en mayor o menor medida, en cada uno _ voilà... _ de los bandos enfrentados.

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    Churchill: « Estoy a favor de emplear gas tóxico contra tribus incivilizadas »

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    El abogado Roosevelt propuso reducir el número de judíos en la Universidad

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    El propósito declarado de Baker es saber si la II Guerra Mundial fue una « guerra buena » _ une « guerre juste« , disons-nous… _ y si, hechos todos los balances, « ayudó a alguien que necesitara ayuda« . Tal vez la sensación de que, al emprender esta tarea, se vería obligado a nadar a contracorriente de un relato historiográfico que consagra a Churchill y a Roosevelt como héroes haya llevado a Baker a plantear su obra, no como un volumen de historia al uso, sino como un texto coral _ polyphonique _ en el que son los protagonistas quienes toman la palabra. El autor, por su parte, se ha limitado a seleccionar _ en un dossier purement historiographique + un montage _ las declaraciones, los artículos de prensa, las cartas o los diarios en los que los protagonistas se expresan en primera persona, añadiendo de vez en cuando breves comentarios sobre el contexto y, siempre, la fecha de los documentos _ cf mon article du 14 avril 2009 sur le livre de Georges Didi Huberman, « Quand les images prennent position _ LŒil de l’Histoire 1« , à propos de l’extraordinaire (et trop méconnu encore !!!) montage de documents photographiques, principalement, par Brecht en son livre « L’ABC de la Guerre » : « L’apprendre à lire les images de Bertolt Brecht, selon Georges Didi-Huberman : un art du décalage (dé-montage-et-re-montage) avec les appoints forts et de la mémoire activée, et de la puissance d’imaginer« … El resultado es perturbador, como si, de pronto, hubieran sido convocados a escena todos los silencios _ oui ! cf sur ces silences, aussi, le plus que passionnant livre à paraître à la rentrée de Yannick Haenel, à propos du livre magnifique de Jan Karski : « Mon témoignage devant le monde (histoire d’un secret) » : « Jan Karski » !.. _, todos los equívocos imprescindibles para que la historia de la II Guerra Mundial se pueda seguir contando como hasta ahora.

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    Baker no expone una tesis, la ilustra _ par sa seule récollection (+ montage) de documents authentiques. Y para ello concentra la mirada _ le principal est dans la focalisation _ sobre dos de los dramas mayores del conflicto : el sistemático bombardeo de poblaciones civiles y las iniciativas, o mejor, la absoluta ausencia de iniciativas oficiales, para salvar a los judíos perseguidos por el nazismo. En realidad, la posición de Baker, la tesis que se propone ilustrar en « Humo humano« , sólo queda fijada en la dedicatoria con la que concluye un breve epílogo de apenas dos páginas : « Dedico este libro« , escribe Baker, « a la memoria de Clarence Pickett y otros pacifistas estadounidenses y británicos. Jamás han recibido realmente el reconocimiento que se merecen. Intentaron salvar refugiados judíos, alimentar a Europa, reconciliar a Estados Unidos y Japón e impedir que estallara la guerra _ cela, c’est sans doute une autre Histoire… Fracasaron, pero tenían razón« .

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    « Humo humano » establece un implícito paralelismo entre la guerra total que inspira la estrategia de todos los contendientes en la II Guerra Mundial y los ataques aéreos en los territorios coloniales. Es entonces cuando aparecen por primera vez protagonistas como el futuro jefe del Bombing Command, Arthur Harris, y el también futuro primer ministro británico, Winston Churchill. « Estoy decididamente a favor de emplear gas tóxico« , escribe Churchill al jefe de la Royal Air Force, « contra tribus incivilizadas« . La confianza del primer ministro en la eficacia del bombardeo contra civiles, aunque ya no con gas tóxico, que había sido prohibido, se mantiene intacta al iniciarse la II Guerra Mundial, sólo que ahora Churchill pretende que la lluvia de fuego que descarga sobre las ciudades de Alemania transmitan el mensaje de que los alemanes deben rebelarse contra Hitler. Con el implícito y aterrador corolario de que, si no lo hacen, se convierten en cómplices del dictador.

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    Los textos que reproduce Baker recuerdan que el antisemitismo no fue sólo un sentimiento alimentado por el nazismo, sino un clima general _ là-dessus, lire de Georges Bensoussan : « Europe, une passion génocidaire« , aux Éditions Mille et une nuits, en 2006… Cuando aún era un simple abogado, el futuro presidente Roosevelt se dirigió a la Junta de Supervisores de Harvard proponiendo que se redujera el número de judíos en la Universidad hasta que sólo representaran un 15%. Y Churchill, entretanto, publicaba en febrero de 1920 un artículo de prensa en el que decía que judíos « desleales » como Marx, Trotski, Béla Kun, Rosa Luxemburgo y Emma Goldman habían desarrollado « una conspiración mundial para el derrocamiento de la civilización« . Creía, sin duda, en la existencia de « judíos leales« , a quienes exigía en ese mismo artículo que vindicasen « el honor del nombre de judío« , pero la obsesión antibolchevique le jugó la mala pasada de elogiar, también en la prensa, a Mussolini, de quien se declaró « encantado por el porte amable y sencillo » y « por su actitud serena e imparcial« . E incluso a Hitler, de quien, dejándose influir por los comentarios de los que lo conocían, estima que era « un funcionario harto competente, sereno y bien informado de porte agradable y sonrisa encantadora« . En contraposición, Trotski « era un judío. Seguía siendo un judío. Era imposible no tener en cuenta este detalle« .

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    Es probable que quienes defienden la interpretación de la II Guerra Mundial como una « guerra buena« , como una lucha escatológica contra el Mal Absoluto, reprochen a Baker la selección de los textos que ha incluido en su provocador « Humo humano » . Pero, aun así, esos textos seguirán estando donde están, y obligan, cuando menos, a repensar _ oui ! _ la relación entre la historia y el tan traído y llevado « trabajo de memoria« .

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    JOSÉ MARÍA RIDAO

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    A l’inverse de cet éloge,

    voici, maintenant, une « critique » de « Human smoke » par l’excellent Philippe Lançon, dans le cahier « Livres » du « Libération » de ce jeudi 25 juin,

    en un article intitulé « Updike dans la peau« 

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    en « contrepoint » à un éloge, il est vrai, d’un (vieil) hommage d’il y a maintenant vingt ans, à ce maître d’écriture que fut pour lui John Updike,

    « Updike et moi« ,

    de ce même Nicholson Baker à John Updike, donc _ lequel vient de disparaître le 27 janvier 2009 _,

    mais un Nicholson Baker plus jeune, lui aussi (forcément !) de vingt ans (il avait trente deux ans en 1989) :

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    en effet, cet « Updike et moi » fut écrit en 1989-90 ;

    et s’il a paru aux États-Unis en 1991, et fut traduit assez tôt, ensuite, en français (par Martin Winckler),

    l’éditeur Julliard renonça cependant alors à le publier ;

    ce livre devant surtout, ou du moins d’abord, sa parution actuelle, dix-huit ans plus tard, en traduction française (aux Éditions Christian Bourgois)

    d’abord, et hélas, à l’événement du décès de John Updike, le 27 janvier dernier.

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    Le jeune Nicholson Bake, né le 7 janvier 1957, avait, en 1989, trente-deux ans …

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    Voici ce que dit Philippe Lançon, donc, de ce « Human smoke » :

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    Ecot. Le nouveau livre de Baker, « Human smoke« , est surprenant mais moins intéressant _ que « Updike et moi« , pour Philippe Lançon… C’est une elliptique et édifiante anthologie parfaitement écrite, et une performance : 500 pages de faits et déclarations réels, inventoriés puis miniaturisés sans commentaire, à la manière des « Crimes exemplaires » de Max Aub, qui permettent de suivre, de 1917 à 1941, non pas seulement la remontée vers la guerre, mais le spectacle du goût des Etats pour le crime et la guerre. Baker cherche à montrer, par ses microrécits, que tout se tenait : les méchants hitlériens et les vilains staliniens sont aussi les produits d’une enchère dans laquelle les démocraties ont versé leur écot. Il n’a pas tort, mais on ne peut pas dire qu’on l’ignorait, et la démonstration, bien que composée avec le sens du contraste et de la progression, tourne à l’amas d’anecdotes _ j’en jugerai en le lisant… Ses sources sont citées, page par page, en particulier les journaux de l’époque. On y verra que, si la presse attisa bien des passions tristes, elle fit d’abord son travail : de l’anticolonialisme, de l’antisémitisme et des expériences meurtrières les plus imaginatives, tout fut aussitôt dit, écrit et relaté. Mais le monde ne voulait, simplement, pas le savoir _ c’est un point certes dirimant!

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    Dont acte.

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    Quant au début de l’article, consacré à « Updike et moi« ,

    c’est un bijou d’article ! Qu’on en juge aussi :

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    « Updike dans la peau »

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    Critique

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    Mélange. Un hommage de Nicholson Baker à l’auteur de «Rabbit».

    Par PHILIPPE LANÇON

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    Nicholson Baker : « Updike et moi«  Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Martin Winckler Christian Bourgois, 194 pp., 17 euros.

    « Human smoke«   Traduit par Éric Chedaille Christian Bourgois, 574 pp, 26 euros.

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    Quiconque est intéressé par la vie d’un écrivain _ oui ! _ plutôt que par sa biographie lira avec plaisir « Updike et moi« . Il découvrira quels liens, d’admiration et de jalousie, de gratitude et de complexes, peuvent unir un auteur _ lecteur _ aux aînés (vivants ou pas) qui l’ont justifié. Parce que c’était eux, parce que c’était moi _ en leur singularité se révélant dans l’œuvre ouverte d’écriture.

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    A l’été 1989, Nicholson Baker apprend la mort de l’écrivain Donald Barthelme (1). Il a suivi ses cours à Berkeley, l’admire, se sent incapable d’écrire le moindre texte sur lui. Un écrivain mort peut en cacher un autre, qui ne l’est pas forcément : réfléchissant sur cet exercice à perspective faussée qu’est l’hommage nécrologique, il se souvient de celui que John Updike publia sur Nabokov (un écrivain que Baker aime également par-dessus tout _ et si je puis m’insérer modestement en cette « chaîne«  d’admirations, à mon tour…). Ainsi en vient-il à écrire, de digression en digression, la manière dont Updike, cet «ami imaginaire», vit en lui _ et « travaille » ainsi sa propre écriture. Il parle de son idée au rédacteur en chef d’une revue. On lui répond que le résultat pourrait aussi bien être excellent que «tout à fait sinistre».

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    Le livre est publié aux Etats-Unis en 1991. Baker est un jeune romancier _ de trente quatre ans, maintenant _, auteur de nouvelles et de « la Mezzanine » _ à découvrir, pour qui ne l’a pas encore fait… Updike a encore dix-huit ans à vivre : on ignore si et comment il a réagi. Martin Winckler, l’auteur de « la Maladie de Sachs« , amateur de George Perec et de séries télévisées, explique dans la préface qu’il a traduit « Updike et moi«  sur proposition d’un éditeur, Julliard, qui renonça _ cependant _ à le publier. Il a fallu qu’Updike meure pour qu’il finisse par paraître _ en forme d’hommage non plus à un vivant, mais à un disparu. L’amour des livres est plus patient _ oui : chez quelques uns… _ que les regrets qu’ils inspirent.

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    Virus. John Updike, né en 1932, vit en Nicholson Baker, né en 1957, comme un virus enchanteur _ quelle belle formule ! On ne peut donc pas dire que Baker écrit sur Updike, mais plutôt sur lui-même révélé par Updike _ voilà ! le « génie », en plus de sa « singularité » atypique, a aussi la vertu d’une « exemplarité » forcément problématique : il ne se copie pas ! il « inspire » !!! L’envie concrète de le faire lui vient le jour où, «avec une stupéfaction jalouse», il voit sa mère se marrer en lisant la description par l’auteur de « Rabbit » d’un morceau décollé de gazon de golf : «Rien n’est plus impressionnant que le spectacle d’une personne complexe _ d’une grande capacité de sensibilité admirative _ éclatant de rire _ en ce que Baldine Saint-Girons appelle un « acte æsthétique« … _ à la lecture de quelques mots dans un livre ou un journal sérieux», surtout si cette personne est sa mère. Baker observe le virus que la sienne lui a peut-être refilé.

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    Son effet est permanent et sa victime, assez négligente. Permanence : «Au cours des treize dernières années écoulées, il ne s’est guère passé de jours sans qu’Updike occupe au moins une ou deux de mes pensées.» Négligence : quand Baker répertorie ses lectures d’Updike, il s’aperçoit qu’il n’a fini presque aucun de ses livres, et qu’il n’en a le plus souvent lu que quelques pages. C’est que l’écrivain est plus constant dans sa production que le lecteur dans ses assiduités : «De même que nous voyons rarement nos amis les plus proches parce que leur proximité nous ôte le pressant besoin de débarquer chez eux, de même la productivité constante de l’écrivain vivant émousse notre impatience de combler les lacunes de notre lecture» _ pas toujours, heureusement…

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    En revanche, Baker est intarissable lorsqu’il s’agit de se poser des questions comme : qu’aurait fait Updike à ma place dans ce Mac Donald’s où je m’humilie avec des centaines de pièces jaunes tout en lisant William Blake ? Comment aurait-il décrit cette histoire de bonbons passés au rayon X par peur des bombes pendant un Halloween ? Et quand l’écrivain Tim O’Brien lui apprend, l’air de rien, qu’il joue au golf avec Updike, mais qu’ils ne parlent jamais de livres, Baker n’en finit plus de décrire comment il jouerait, lui, au golf avec son héros. Il faut le consoler en pensant que, s’il l’avait fait réellement, jamais il n’aurait pu l’imaginer _ l’activité se déployant, à l’œuvre, de la faculté de « génie »…

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    Ce que Baker a lu d’Updike, des phrases, des bouts de phrases, un personnage par-ci, une manière de décrire par-là, tout cela vit en lui profondément et à tout moment _ l’ »inspire », en toute légéreté… Il tient des fiches mais cite de mémoire, donc de travers, puis rétablit les vraies phrases entre crochets. Elles sont souvent moins bonnes que leurs déformations : Borges _ l’ami de mon cousin Adolfo (Bioy Casares) et de ma cousine Silvina (Ocampo) _ pensait qu’il fallait faire confiance aux torsions _ « inspirées », à leur tour _ de la mémoire ; et il avait raison _ la vertu se propage…

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    « Updike et moi » est une histoire d’amour et, comme toute histoire d’amour bien racontée, elle se suffit à elle-même : inutile d’avoir lu Baker ou Updike pour aimer ce que l’un dit sur l’autre. Julien Gracq se fichait des critiques comme étant ces animaux impossibles, des «experts en objet aimé». Un mérite secondaire d’« Updike et moi » est de montrer l’ineptie _ ouaf ! ouaf ! Gracq n’est pas très doué pour l’amour : cf son calamiteux « Les Sept collines » où il réussit le tour de force de s’insensibiliser à la beauté de Rome ! _ de cette affirmation : c’est justement _ et uniquement _ quand on aime un écrivain qu’on en devient l’expert, pas besoin de le lire entièrement pour ça _ l’amour (vrai) est tout le contraire d’aveugle : c’est lui la vraie (et unique) voie d’accès à la connaissance !.. Mais aujourd’hui on prend tout et n’importe quoi pour de l’amour authentique. Gare aux contrefaçons, chers lecteurs !

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    Baker finit par rencontrer Updike, dans un cocktail. Celui-ci se souvient d’avoir lu l’une de ses nouvelles, «une très jolie chose» _ dit-il alors _, et puis s’en va. Baker repart avec ces quatre mots comme une rosière déflorée par un chevalier. Plus tard, il croit retrouver une trace infime de sa nouvelle dans un texte postérieur d’Updike, un détail, la description du pouce d’un violoniste. Le meilleur hommage qu’on puisse rendre à un écrivain qu’on aime, c’est de l’avoir influencé» _ en retour…

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    John Updike est mort le 27 janvier 2009. Nicholson Baker n’aura plus à «trouver des preuves savantes _ universitaires, patentées _ de la grandeur d’Updike au lieu d’utiliser celles auxquelles je crois vraiment», les seules qui comptent, puisque ce sont _ plus « artistes », elles… _ des preuves d’amour.

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    (1) Dont Gallimard publie « La ville est triste » («l’Imaginaire», 184 pp., 6,50 euros)

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    Philippe Lançon

    _ en un bien bel article, comme presque toujours : d’amour _ et désapprobation _ lucide(s)…

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    Nous irons y regarder d’un peu plus près…

    Surtout sur la recommandation de David Vincent…

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    Cf aussi, de lui-même, le billet « Nicholson Baker n’est pas toujours drôle« , hier, 24 juin, sur le blog « Ces mots-là, c’est Mollat« …

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    Titus Curiosus, le 22 juin 2009