Je reprends donc ici, pour amorcer la réflexion d’aujourd’hui,
les lignes finales de mon article d’hier.
…
…
Et à la réflexion,
ce troisième parcours d’images (de rattrapage !) _ en fait, un contrôle d’épreuve a posteriori du degré de fiabilité de mon propre jugement de regardeur… _ afin de vérifier rétrospectivement que je n’avais surtout pas fait de tort à nulle image en l’ayant injustement écartée de mes « préférées« ,
je vais donc poursuivre et accomplir maintenant ma réflexion rétrospective…
…
…
Oui,
même si il est tout à fait possible, et peut-être même à l’infini, de trouver quelque véritable agrément à chacune, sans exception, de ces 80 images proposées par le choix même _ forcément raisonné _ de publication de son auteur, par ce « Tirages Fresson » de l’ami Bernard Plossu,
…
il faut bien admettre aussi que le goût _ plus ou moins riche et complexe _ du regardeur
dispose, lui aussi, de sa marge, non certes _ heureusement pas tout à fait ! _ d’arbitraire, mais d’une part incompressible de subjectivité _ pouvant, mais surtout devant (!) viser, à certaines conditions (de visée), à une légitimité incontestable, à dimension d’universalité ; et ici je suis parfaitement Kant en ses lumineusement décisives analyses du jugement esthétique de goût en sa « Critique de la faculté de juger« !.. _ ;
…
une part incompressible de subjectivité, voilà,
liée à l’idiosyncrasie, plus ou moins singulière _ et très souvent, hélas, bien peu personnelle… _, et forcément partielle _ à suivre, ici, « La Monadologie » de Leibniz… _ de la propre formation, histoire personnelle, culture,
et pas seulement culture iconique,
du regardeur…
…
Et donc le regardeur a bien le droit, et surtout le devoir !, lui aussi _ forcément ! _, de hiérarchiser _ réflexivement, s’il le faut _ ses propres préférences,
et donc, a fortiori, ses propres réticences _ quand elles lui sont véritablement propres !..et non, comme le plus souvent, paresseusement panurgiennes… _,
à condition expresse, bien sûr, de pouvoir les justifier,
et avec un maximum d’exigence de vérité _ c’est-à-dire de justesse de son acte de juger, de goûter _ : le mieux possible…
et le critère spinozien (de « L’Éthique« ) de la joie étant à mes yeux, ici comme partout, existentiellement fondamental ! _,
ou de goût littéraire,
…
j’ai peu à peu apppris à comprendre que je privilégie _ à l’instar aussi du passionnant constat de Jean-Louis Chrétien en son remarquable essai, en 2007, « La joie spacieuse _ essai sur la dilatation« … _ ce qui vient, par la joie, la vraie joie, augmenter véritablement notre puissance existentielle _ heureuse _ fondamentalement dynamique d’être,
c’est-à-dire de devenir,
de vraiment nous accomplir _ à dimension d’éternité : « Deviens ce que tu es !« , le formulait Nietzsche _ ;
je privilégie le jeu subtil, naturel, fluide, et toujours discret, chez lui en son œuvre, mais formidablement libérateur de puissance heureuse,
de la lumière et de ces fabuleuses couleurs
que Bernard Plossu,
en tout premier lieu _ et tout premier moment, sur le vif, Kairos aidant… _ et là-même, hic et nunc, « sur le motif » que vient lui offrir de formidablement bonne grâce _ « aide-toi, et le Ciel t’aidera« !.. _ la générosité du réel _ tout le réel (presque sans exception) rencontré ! sans vraiment presque nul reste, ni déchet, à jeter à la poubelle… _,
a appris à savoir si bien, dans le réel offert, rencontrer, reconnaître ;
et puis, en ses images photographiques _ à quelque dimension d’éternité, ici aussi _, capter, fixer, retenir _ sur la pellicule _ ;
…
et que, au final, il possède !
_ à moins que ce ne soit lui qui soit génialement possédé par ce jeu si riche et subtil de lumière et couleurs naturelles du réel quasi à l’infini offert à lui… _ ;
…
cet art d’instantanément repérer à saisir photographiquement, oui,
parmi ce réel divers, furtif, mobile, parfois évanescent, et à peine visible à la plupart
_ mais que lui sait tout spécialement se donner une totale liberté de percevoir, immédiatement, à la seconde (quelle vista ! quel œil !), et en sa vérité, en le croisant, à l’aventure, n’importe où, n’importe quand, mais assurément pas n’importe comment ! _,
de très judicieuses potentielles images ;
…
puis, ensuite, cet art _ complémentaire et absolument indispensable _ de conforter à « réaliser » pleinement (et accomplir !) de telles images, hors de la pellicule initiale ;
puis diffuser, par le choix crucial, à sa table de travail, des images qui vont être « à tirer » _ en l’occurrence, ici, par les merveilleux bienveillants sorciers Fresson, en leur antre magique de Savigny-sur-Orge _ parmi le labyrinthe invraisemblablement touffu et emmêlé, si divers, des images encore dormantes (et encore inaccomplies) sur ses planches-contact ;
…
se placera alors, ensuite et complémentairement, le nécessaire accomplissement _ à dimension d’éternité _ de l’opération _ fondamentale, bien sûr, elle aussi ! _ du tirage,
et par d’autres mains que les siennes, mais des mains de fées, envers lesquelles l’ami Plossu a totale confiance ! ;
…
puis, encore, par la mise en place – réalisation de l’exposition _ avec le commissaire de l’exposition, lors de l’opération d’accrochage sur les cimaises… _
ainsi que par l’organisation – réalisation _ avec l’éditeur, pour l’opération tout aussi essentielle, elle aussi, et à son tour, de mise en pages _ du beau livre,
qui _ exposition et beau livre _ seront proposés aux futurs regardeurs que nous sommes ;
…
pour nous offrir, à notre tour, à nous les regardeurs un tant soit peu attentifs, qui ne voudront pas, nous non plus, laisser échapper notre chance,
je veux dire la chance insigne _ émerveillée _ de pouvoir, de ces images, partager un peu quelque chose du splendide bonheur iconique
propre, de ces images devant nos yeux réalisées.
…
Soit,
et à chacune de ces étapes,
tout un merveilleux parcours complexe et coordonné d’extrêmes exigences, pour chaque opération, de regards _ de chacun des participants-intervenants de cette chaîne…
Par un enchaînement quasi miraculeux et cohérent _ à chacun de ces stades _ de grâces !
…
…
Par conséquent,
et pour en revenir plus précisément à mon propre cheminement de regardeur
de ce si riche volume de ‘‘tirages Fresson » des Éditions Textuel,
…
ce troisième choix-ci _ de « rattrapage » de ce que mes premiers regards auraient éventuellement pu manquer _ de 12 images,
après celui du choix des premières 13, et celui du choix complémentaire de 22
_ et même si d’autres feront, selon leur propre idiosyncrasie, d’autres choix, encore, que les miens : à chacun le prisme de sa palette… _,
…
vient, au final, conforter mon attitude de regardeur aimant privilégier en son regard
la joie…
…
La joie spacieuse.
…
…
Ce mardi 17 novembre 2020, Titus Curiosus – Francis Lippa
Pour _ presque _ terminer _ peut-être en secrète beauté, du moins pour moi, au plus intime et chaleureux de ce dont se réjouit mon for intérieur.. _le petit panorama de mes 13 images préférées
_ choisir, hiérarchiser, ne serait-ce que très subjectivement, est une nécessité pragmatique permanente, et cela pour tout un chacun, et vis-à-vis de tout, sans la moindre exception : eu égard à l’urgence souvent ultra-pressante du présent (non extensible) de l’action, et plus largement de la vie (non perpétuelle), qui commande… _
parmi les 80 de ce « Tirages Plossu » de septembre 2020, aux Éditions Textuel,
…
j’en viens maintenant aux images d’intérieurs,
de l’ami Bernard Plossu
_ et ce mot d’« Intérieurs« n’est pas sansm’évoquer irrésistiblement le film très émouvant, et de tonalité grave, de Woody Allen, en 1978…
en ce magique album :
…
pour lui, déjà, à sa table de travail,
opérer le choix, ainsi que la compatibilité de mise en page _ ou en espace _, de ses images
est, chaque fois, très littéralement, crucial…
…
…
J’ai donc ici choisi 4 images de ma liste première de 13 images préférées
page 43, « Chez les Mirabel, Ardèche, France, 2012«
…
pages 64-65, « Jumièges, France, 2017«
…
…
auxquelles je rajouteraideux autres :
…
d’une part,
l’image qui faisait partie de ma liste complémentaire de 22
…
page 19 , « Livourne, Italie, 2014«
…
et d’autre part,
l’image qui ne faisait partie ni de ma liste des 13 préférées, ni de ma liste complémentaire des 22 autres,
page 57, « Milan, 2008« .
…
…
Assez étrangement,
de ce photographe voyageur invétéré marcheur-randonneur,
et de par diverses contrées très lointaines du monde (et de chez lui),
…
ce sont en effet ces images-là d’intérieurs
_ mais le plus souvent des « intérieurs« situés ailleurs que chez lui, en son domicile (même si en existent, tout de même aussi, quelques exceptions, par exemple page 34 : « La Ciotat, France, 2014« , voire page 84 : « La Ciotat, France, 2014« ) ; des « intérieurs« seulement de passage, pour lui ; et assez souvent des chambres, anonymes, de halte rapide inconséquente (récupérer un peu, dormir…), notamment et surtout dans des hôtels de très brefs passages ; et assez souvent, aussi, ailleurs qu’en France, au cours de ses randonnées passionnées (et souvent éreintantes) de quêtes photographiques « sur le terrain« , quel qu’il soit… ; et donc lors de moments un peu creux, où, normalement, il n’y aurait pas d’image intéressante à saisir ! Tel est donc le paradoxe brûlant de ces si intensément poétiques, et profondément attachantes, images d’« intérieurs« -là… :
probablement leur faut-il, en effet, à ces images d’« intérieurs« qui vont être saisies, un très puissant quotient viral d’étrangèreté propre, voilà !, pour que le réel entr’aperçu, l’espace d’un éclair, de son regard iconique assez infaillible, ait pu susciter, de la part du photographe qu’est très fondamentalement (et quasi en permanence ! voilà : quasiment sans relâche…) Bernard Plossu, le déclic décisif quasi instantané de la prise de vue (et ne perdons pas non plus de vue que ce déclic donne aussi lieu, de fait, à dix mille prises, qui se révèleront, in fine, la très grande majorité d’entre elles, du moins, très pauvres en un quelconque intérêt iconique ; même si c’est aussi seulement à la revoyure hyper-attentive de ses milliers d’images encore dormantes en planches-contact que se découvrira presque miraculeusement l’image a priori ratée qui se révèlera, alors, à l’acuité extraordinaire du regard si formidablement incisif de l’« artiste« (il n’aime pas ce mot) une très étonnante merveille (à la façon de la découverte patissière des sœurs Tatin à Lamotte-Beuvron ; même si ce n’est là qu’une légende…) ;
et je renvoie à nouveau ici à la très étrange image (« abstraite« …), prise chez lui, à La Ciotat, de la page 84… _
qui me surprennent, m’attirent, me retiennent, et me touchent le plus, par cette charge même d’étrangèreté au cœur le plus profond du plus proche et du plus intime _ mais toujours avec une extraordinaire pudeur ! _,
saisies, donc, en des lieux de pause relative, d’instants voués à un certain repos photographique, au cours du voyage de quête d’images, en ces lieux d’a priori plus faible intensité de rencontre du surprenant, ces lieux calmes où l’on va pouvoir cesser de rechercher des images « à saisir« , et puis pouvoir fermer les yeux et dormir, ou tranquillement se restaurer un peu, pour reprendre des forces, et repartir demain, d’un bon pied, en sa quête…
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L’image légendée « Giverny, France, 2017 » de la page 17
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est pour moi une merveille absolue _ de mouvements : à notre tour, nous sommes gentiment invités à nous avancer (avec infiniment de respect ! pas du tout en voyeurs indiscrets et malotrus…) de pièce en pièce de la maison _,
tant par la douce flamboyance _pardon de l’oxymore ! _ du bleu céleste des deux merveilleusement lumineuses grandes portes en enfilade, dans la maison de Monet, et aussi l’angle de vue légèrement oblique de cette image, qui nous invite bien poliment à pénétrer un peu plus avant, par-delà les successifs tapis, vers la pièce au sol rouge (s’agit-il une nouvelle fois d’un tapis ? peut-être… ; et là est le cœur même de la force de l’image !) dont on n’appréhende, sur l’image, qu’un étroit oblong rectangle rouge _ mondrianien ? _, par l’entrebâillement de la seconde des grandes portes bleues, et qui débouche sur encore une autre porte, à peine perceptible, elle aussi, en un nouvel étroit rectangle, cette fois-ci verdâtre, au-dessus du rectangle rouge du sol de la pièce qui la précède..,
que par ce qu’elle nous perpétue, aussi, bien sûr, de l’intimité même, chez lui, du peintre Monet (Paris, 14 novembre 1840 – Giverny, 5 décembre 1926), en sa demeure enchantée de Giverny.
…
Cf, bien sûr cette merveille qu’est le « Monet intime » de Bernard Plossu, en la co-édition Filigranes et Musée des Impressionismes, en 2012 : un autre chef d’œuvre absolu de Plossu !
…
Cette image me rappelle aussi, plus personnellement, une image qui m’est familière, en son intime étrangèreté, à elle aussi :
une superbe toile du peintre bordelais Guillaume Alaux (1856 – 1912), comportant, elle aussi, une enfilade de portes, en un intérieur de campagne ; mais dépourvue, elle, du moindre bleu…
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…
« Wow » ! dirait l’ami Plossu…
Cette image est fascinante !
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L’image légendée « Livourne, Italie, 2014« , de la page 27, est-elle aussi un chef d’œuvre absolu.
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qui pourrait même, et à la perfection, signifier l’étrangèreté absolue de l’intimité plossuienne, réduite ici au minimal d’une exigüe, et a priori terne, assez anonyme chambre d’hôtel, avec son mobilier élémentaire, sinon rudimentaire, en attente d’occupation très éphémère… :
…
un petit lit _ pas encore défait : le voyageur découvre seulement la chambre _, un fauteuil, une petite table,
et une fenêtre protégée de rideaux légers filtrant une lumière un peu vive _ possiblement celle du jour _ :
…
cette fois-ci en cette ville portuaire, elle-même déjà un peu étrange _ avec son port assez important, et un notable très ancien quartier juif : qu’en reste-t-il désormais ?.. _, et assez peu toscane,
qu’est Livourne,
où a vécu l’étrangissime Amedeo Modigliani (Livourne, 12 juillet 1884 – Paris, 20 janvier 1920).
…
On sait aussi le goût affirmé de Bernard Plossu pour la peinture italienne de la première moitié du XXe siècle _ Fabien Ribéry, en son superbe article « Michel Fresson, le traducteur, par Bernard Plossu, photographe« , citait les noms (« avis aux chercheurs« , ajoutait-il !..) de Telemaco Signorini, Stefano Bruzzi, Raffaelo Sernesi, Angiolo Tommasi, Cesare Bertolotti et Giovanni Fattori…
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Ce camaïeu de gris, ici pris en couleur,
est lui aussi, en ce somptueux « tirage Fresson« ,
proprement sublime.
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Re-wow !!
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La troisième image, à la page 43 de ce trésor de « Tirages Fresson« ,
d’entre les 13 de mon premier choix préférentiel,
est, elle aussi, proprement admirable,
de lumineuse minimalité splendide.
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…
Son référencement est assez peu précis géographiquement (« Ardèche« ),
mais très précis, en revanche, en mode d’amitié : « Chez les Mirabel » (Annie et Bernard) :
…
assez probablement au Pont d’Aleyrac, commune de Saint-Pierreville.
…
…
L’image, simplissime,
nous présente le départ, vers l’étage, d’un tout simple escalier de bois, tout noir, et rectiligne,
dont paraît, quasi frontalement, l’élancement des six premières marches ;
en appui sur du noir, un noir bleuté, qui s’enfonce dans l’ombre, et colonise quasi entièrement la partie en bas à droite de l’image…
…
Les dominantes de couleur sont, outre le somptueux noir bleuté de l’escalier et de son appui jusqu’au sol,
le jaune ocré du mur de fond de ce rez-de-chaussée,
ainsi que le bleu-vert qui, de sa diagonale ascendante, suit la montée de l’escalier, et mange rectilignement l’important jaune ocré du mur jusqu’à _ pour l’image saisie _ la hauteur approximative de la rampe de l’escalier. Le sol, au premier plan, lui, est gris.
…
…
Ici encore, nous nous trouvons devant l’invite de l’image à un mouvement, ici ascendant,
vers l’étage…
L’image n’a rien de statique.
…
…
L’image que j’ai choisie ensuite, la quatrième,
en cette section d’images d’ »Intérieurs » plossuiens,
ne concerne pas, cette fois, un intérieur habitable, dans lequel se loger et résider, ne serait-ce qu’un court moment,
non.
…
…
Car l’image légendée « Jumièges, France, 2017« , aux pages 64-65,
concerne cette fois l’assez vaste dépôt d’un musée,
dans lequel cohabitent, en un certain désordre _ non accessible, d’ordinaire, aux visiteurs _, les vestiges précieux et émouvants de quelque statues gothiques de l’abbaye _ en ruines _ de Jumièges, en Normandie.
…
…
Cette image,
à dominante ocre jaune,
et dynamisée par des lignes verticales,
valorise le contraste entre le chaleureux éclairage du jour, dans les deux pièces du premier et du second plans,
et,
d’une part, le gris de la pierre des statues déposées ici,
et, d’autre part et surtout, le fond noir central de la pièce du fond,
qui recèle diverses précieuses têtes, pieusement conservées, qu’on y aperçoit, lointainement…
…
Un bel hommage _ lumineux ! _ au travail humble et indispensable de la conservation patrimoniale,
dans les Musées…
…
…
Ma cinquième image d’ »intérieur » fait, elle, partie de ma liste complémentaire de 22 ;
…
et elle ne concerne pas une pièce d’habitation, mais, comme pour l’image « Chez les Mirabel, Ardèche, France, 2012« ,
un escalier.
…
…
Mais, en cette image de la page 19, légendée « Livourne, Italie, 2014«
_ autre merveille minimale absolue ! _
il s’agit très probablement cette fois-ci d’un escalier d’hôtel ;
…
et peut-être même de l’escalier modern’ style _ un peu à la Mallet-Stevens… _ de cet hôtel où se situait aussi la chambre de la sublime image de la page 27,
semblablement légendée _ je le souligne au passage _ « Livourne, Italie, 2014 » …
…
Ainsi ces deux images, toutes deux saisies à Livourne en 2014, faisaient-elles possiblement partie de la même planche-contact…
…
…
Prise au niveau d’un palier d’un étage,
s’ouvrant lui-même sur un couloir,
dont on ne discerne pas très clairement sur quoi ce dernier vient assez vite buter _ quelque chose (?), là-bas, au fond, brille d’un éclat métallique… _,
…
l’image,
prise cette fois à nouveau d’un très léger biais,
nous offre une vue sur quatre des volées de ce large escalier modern’ style,
possiblement de béton, et tout blanc :
…
la volée de l’étage même où est prise l’image
_ mais, étant donné l’angle de la prise de vue, donnant le sentiment d’avancer, et presque, déjà, de monter un étage plus haut… _ ;
l’amorce d’une volée descendante, au bas à droite de l’image ;
et deux volées montantes _ vers un étage supérieur _,
la seconde de ces deux volées montantes -là occupant le coin en haut à droite de l’image.
…
La rampe, sans la moindre aspérité, et qui semble en aluminium, brille.
…
Et cette fois encore, l’image nous donne le sentiment d’un mouvement de déplacement, ici ascensionnel,
de ce très fonctionnel, large et moderne, escalier d’hôtel…
…
La couleur qui domine est un tout simple blanc, net,
parfois teinté de rose dans ce qui résulte d’effets d’éclairage sur trois des volées de cet escalier…
…
…
Une image marquante, oui,
d’un lieu on ne peut plus normal et banal _ dépourvu du moindre pittoresque anecdotique _,
qu’a su saisir, de son cadrage à la fois dynamique et éminemment pondéré, le regard (et le geste) photographique(s) de Plossu :
une merveille de poésie de la presque banale normalité ;
…
à laquelle la couleur de ce « tirage Fresson«
vient apporter son nimbe de poésie vraie, au sein de la plus pure quotidienneté
d’une modernité qui cependant dure, ne vieillit pas.
…
Quel regard !
…
…
Enfin,
je me suis permis d’ajouter une sixième image « d’Intérieur« ,
alors que je ne l’avais retenue ni dans ma première liste de 13, ni dans ma liste complémentaires de 22 ;
…
et, de plus,
alors que celle-ci ne concerne pas, elle non plus, un intérieur dans lequel se loger et résider un certain moment,
mais, cette fois, l’intérieur d’un café, ou d’un restaurant _ c’est difficile à discerner : un café, plutôt ; on y passe un court moment… _, à Milan.
…
Mais l’image impose incontestablement sa puissante présence
au regardeur, qui finit par vraiment s’y attacher _ une image peut ainsi s’imposer…
…
…
L’image « Milan, Italie, 2008« , page 57 _ inédite, probablement : elle non plus, en couleurs, ne fait pas partie des images exclusivement en noir et blanc du catalogue de l’exposition milanaise de 2008, « Attraverso Milano« … _, est, comme presque toujours chez Plossu, minimalement légendée
_ puisque cela suffit amplement au repérage mémoriel de Plossu : il s’agit, je le répète, d’un repérage que Plossu effectue seulement pour lui-même, pour son archivage mémoriel rudimentaire mais efficace, et en rien (ou si peu !) pour le regardeur de l’image ; l’image, pour Plossu, doit (et c’est même impératif pour lui !) en quelque sorte se suffire (iconiquement) à elle-même, et ne rien détourner d’elle le regard du spectateur ; même si une image photographique a nécessairement la majeure partie de sa provenance, à l’exception de l’idiosyncrasie du regard singulier propre du photographe, dans le réel extérieur visible (à peu près commun, au départ), auquel accède la photographie que celui-ci « prend« ; une photographie ne peut jamais être totalement « abstraite« , même parcourue (et charpentée) qu’elle est d’une « abstraction invisible« … Et même si ce qui intéresse surtout Plossu est bien l’« ambiance« à capter, par cette image sienne, du réel à l’instant même croisé, et dont une part de vraie « poésie« un peu secrète, discrète, humble, pudique, a été, en un éclair, décelée à révéler, avec douceur, sans jamais de violence, par la simple grâce de la capacité de l’image du réel entr’aperçu, à, d’un geste (photographique) immédiat, fulgurant, réussir à réaliser ensuite, secondairement, et sur une surface sensible : la pellicule, puis, au tirage, le papier, pour l’image iconique qui en résultera… _ :
…
« Milan, Italie, 2008« .
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L’image,
mise en tension par quelques lignes obliques, eu égard à la position et l’angle de prise de vue du photographe par rapport à la configuration du lieu même de ce café _ ou peut-être restaurant : café, plutôt… _,
est animée surtout par les puissantes lignes verticales des larges rayures rouge vif et blanc des banquettes,
et le rouge framboise de la sorte de nappe _ en est-ce bien une ? c’est difficile de se prononcer… _, au premier plan.
…
Nous sommes ici, en partie du moins _ voire à moitié _, déjà dans la puissante veine « abstraite« , qui a une certaine prédilection de Bernard Plossu,
quand le réel qui se présente, ainsi que l’angle et le cadrage de la prise de la vue, se prêtent bien à offrir de telles puissantes et consistantes images…
…
Et peut-être pourrait-on généraliser davantage
ce trait de la façon de procéder de Bernard Plossu :
…
ce serait à lui de le confirmer, ou infirmer…
…
…
Mais pour ce qui me concerne, je demeure viscéralement attaché aux images figuratives du réel,
avec la qualité _ disons géographico-historique, civilisationnelle _ de leur ancrage…
…
J’aime savoir _ et apprendre, pas à pas _ où ont à se mettre les pieds : aussi bien ceux du photographe que ceux des regardeurs de l’image,
car nous sommes alors sous le charme poétique intense d’une télétransportation…
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Voilà :
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de ce « Tirages Fresson » de Bernard Plossu,
qui vient de paraître, ce mois de septembre, aux Éditions Textuel,
Pour son 36ᵉ et ultime volume, la collection « Les Musiciens et la Grande Guerre » éditée par le label Hortus met en miroir Lucien Durosoir avec Funérailles et Philippe Hersant avec Sous la pluie de feu.
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Un rapprochement qui peut paraître anachronique à première vue, et pourtant…Un face à face qui fait sens quand on sait que Sous la pluie de feu, double concerto pour violon et violoncelle de Philippe Hersant fut composé en 2018 en hommage au même Lucien Durosoir, violoniste et compositeur et à Maurice Maréchal, violoncelliste, tous deux soldats de la Grande Guerre _ cf le superbe recueil de correspondances (de guerre)Maurice Maréchal, Lucien Durosoir, Deux Musiciens dans la Grande Guerre, par les soins de Luc Durosoir, publié aux Éditions Tallandier en octobre 2005.
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Ceux qui s’attendaient à une longue déploration méditative en seront pour leur frais, les Funérailles, chez Lucien Durosoir, sont grandioses, solennelles et quelque peu joyeuses _ mais oui ! cf mon article du 11 novembre 2019 : L’enchantement de l’océanique « Funérailles », Suite pour grand orchestre (1930), de Lucien Durosoir : un chef d’oeuvre de paix bouleversant… : « une merveilleuse impression de paix et de joie s’en dégage », y écrivais-je… _, comme en témoigne cette magnifique Suite pour grand orchestre. Cette œuvre fut composée entre 1927 et 1930 comme un hommage _ magnifique, absolument ! _ aux camarades disparus entre 1914 et 1918. Troisième œuvre symphonique du compositeur _ après le Poème pour violon, alto et orchestre (en 1920) et Déjanira, Etude symphonique sur un fragment des « Trachiniennes » de Sophocle (en 1923) ; et avant la Suite pour flûte et petit orchestre symphonique (en 1931) _, elle comprend quatre mouvements dont les titres respectifs s’appuient sur des fragments poétiques _ extraits de Cantilènes (1884) et de Syrtes (1886)... _ de Jean Moréas _ Athènes 15 avril 1856 – Saint-Mandé, 30 mars 1910 _ dont ils dictent l’éthos dominant _ en effet.
…
Á propos de Lucien Durosoir et Jean Moréas, cf le détail le plus précis en ma contribution La poésie inspiratrice de l’oeuvre musical de Lucien Durosoir : Romantiques, Parnassiens, Symbolistes, Modernes au colloque « Un Compositeur moderne né romantique : Lucien Durosoir (1878-1955) » du Palazzetto Bru-Zane, à Venise, le 19 février 2011… ; et dont voici le résumé : « L’œuvre musical de Lucien Durosoir est en dialogue permanent et fondamental avec la poésie : pas seulement parce que la poésie – essentiellement celle de la seconde moitié du XIXe siècle – est, au plus haut des Arts, référence et modèle ; mais parce que la poésie est matrice même de sa création : un pôle consubstantiel du déploiement du discours musical. Un tel transfert d’imageance se révèle dès les intitulations des pièces de musique d’après des poèmes ; mais encore dans les vers placés en exergue des partitions, continuant ce dialogue. Et cela, alors que le compositeur répugne au genre de la mélodie, en déficience d’imageance musicale pour lui. Historiquement, entre les courants romantique, parnassien, symboliste et moderne de la poésie dont il est le contemporain, la préférence de Lucien Durosoir va, et avec fidélité, au modèle et idéal d’œuvre parnassien, dans la version de Leconte de Lisle surtout, tant sur un plan formel qu’ontologique. Avec aussi la fréquence de références thématiques à la Grèce, celle de Sophocle, Théocrite, Chénier, et Moréas. Ainsi que l’accomplissement, œuvre après œuvre, en la chair de la musique, d’une singulière puissante dynamique serpentine, au service du rendu le plus sensuel des forces de la vie. Et cela jusque dans le rapport de Lucien Durosoir aux œuvres de Baudelaire et Rimbaud. En même temps que, et alors que rien ne s’y réfère aux poètes du modernisme, selon la voie sereinement audacieuse d’une vraie modernité musicale, parfaitement libre, ouverte et renouvelée avec constance au fil des œuvres, magnifique en sa dense clarté d’affirmation« … Fin ici de l’incise. _
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Roses de Damas fait valoir son impressionnante ampleur sonore _ oui! proprement « océanique« même… _ dans une vaste mélodie évoluant par vagues _ oui _, réunissant de façon assez condensée _ oui _ toutes les forces orchestrales _ la dynamique de Durosoir est toujours prodigieuse…Je me souviens… met en avant une orchestration foisonnante _ oui, ample, généreuse… _ avec une harpe omniprésente soutenue par une dynamique allègre _ mais oui. Toutes les facettes de l’orchestre s’y déploient _ oui _ dans un jeu de timbres (cordes, vents et percussions) une rythmique variée _ oui, constamment _ et une belle ligne mélodique _ qui unifie, toujours, le tout… Plus plaintif et recueilli Voix qui revenez… laisse une large place aux vents, tout entier occupé par un constant élan _ oui, une force, une puissance… _ nostalgique et un lyrisme contenu _ tout cela est d’une parfaite justesse…Toc, Toc, le menuisier des trépassés…change complètement de climat, s’éloignant de toute élégie par ses rythmes complexes, son phrasé haché _ oui _, prenant par instant une allure presque sarcastique (vents) étonnante et décalée, voire un peu jazzy _ j’employais aussi ce qualificatif… _, avant une coda un peu hollywoodienne par ses fanfares de cuivres.
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Sous la pluie de feu de Philippe Hersant, double concerto pour violon et violoncelle, s’inscrit dans une esthétique bien différente, plus épurée. Après un prologue d’une fluidité attentiste où ostinato du violoncelle et complainte du violon dépeignent, dans un dialogue serré, une certaine déploration angoissée, la partie centrale de l’œuvre décrit, dans un phrasé très narratif, l’horreur des combats par sa rythmique chaotique, et ses ostinatos répétés motoristes (violoncelle de Nadine Pierre) d’où émerge difficilement le lyrisme balbutiant du violon d’Hélène Collerette, dans une sorte de danse de guerre inexorable et dissonante, avant qu’un dialogue entre les deux instruments ne s’opère de façon plus apaisée, entrecoupé de soubresauts orchestraux récapitulatifs comme autant de réminiscences d’une mémoire qui peine à faire son deuil.
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Au plan interprétatif, il convient de saluer la maîtrise de la direction de Mihkail Golikov comme celle de Pascal Rophé à la tête de leur phalange respective, toutes deux irréprochables, sans oublier, dans ce concert d’éloges, les deux figures familières de Nadine Pierre au violoncelle et d’Hélène Collerette au violon, deux habituées de l’excellence.
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Ainsi s’achève cette superbe collection _ absolument ! _ avec deux œuvres de caractère qui seront pour beaucoup deux belles découvertes _ à partager…
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Lucien Durosoir (1878-1955) : Funérailles.
Philippe Hersant (né en 1948) : Sous la pluie de feu.
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(1) Taurida International Symphony Orchestra, direction : Mikhail Golikov.
(2) Hélène Collerette, violon ; Nadine Pierre, violoncelle ; Orchestre Philharmonique de Radio-France, direction : Pascal Rophé.
1 CD Hortus. Collection Les Musiciens et la Grande Guerre Vol. 36.
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Enregistré
(1) à Saint-Pétersbourg en juillet 2017 ;
(2) en public lors de la création mondiale le 16 novembre 2018 à Radio-France.