Étiquette : dynamique

  • Ronald Brautigam, roi des Variations de Beethoven, après celles de Mozart et de Haydn, sur ses pianofortes

    Ronald Brautigam est un prodigieux

    _ en même temps qu’éminemment simple : quel grand art d’y parvenir à ce point ! _

    pianiste magicien,

    …

    au jeu d’une magnifique vitalité

    _ et naturel ! sans le moindre maniérisme, jamais !

    Un anti Arkadi Volodos, en quelque sorte

    (un chichiteux qui s’écoute lui-même au lieu de se mettre à l’entier service des œuvres auquelles il s’essaie : un narcissique que j’abomine)…

    …

    …

    Après de plus que merveilleux albums de Variations pour piano

    de Mozart

    (le coffret de 4 CDs Bis 1266)

    …

    et de Haydn

    (le coffret de 3 CDs Bis 1323/24),

    …

    voici The Complete Variations, Bagatelles & Klavierstücke de Beethoven

    (le coffret de 6 CDs Bis 2403),

    toujours sur de magnifiques pianofortes…

    …

    …

    Quel artiste !!!

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    pourvoyeur immensément généreux

    des joies laissées toutes fraîches _ juste notées au vol de leur invention _ sur partitions

    par quelques génies improvisateurs de la musique…

    …

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    Pour débuter au mieux l’année de musique…

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    Ce jeudi 2 janvier 2020, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Ronald Brautigam, idéal et sublimissime dans les 5 Concertos pour piano et orchestre de Beethoven : un album double de Bis

    En avant-première de l’année Beethoven qui vient

    _ soit l’anniversaire des 250 ans de sa naissance à Bonn le 15 ou 16 décembre 1770 _,

    un sublime double CD Bis _ Bis 2274 _ des 5 Concertos pour piano et orchestre de Beethoven

    par le merveilleux Ronald Brautigam

    sur deux superbes pianofortes

    …

    et avec Die Kölner Akademie dirigée par Michael Alexander Willens.
    …

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    Ronald Brautigam est un pianiste selon mon cœur :

    la vie même,

    en sa dynamique bondissante, et dans la plus grande justesse…

    …

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    Que l’on écoute la collection de CDs de ses Mozart ;

    ainsi que de ses Haydn,

    sur ses parfaits pianofortes…

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    Et que l’on compare ceci

    aux interprétations des autres…

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    A propos de l’intégrale des Sonates pour piano de Beethoven,

    Classical-music.com ,

    le website officiel du BBC Music Magazine,

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    sous le titre Five of the best Beethoven sonata cycles,

    …

    à la date du 7 octobre dernier,

    et sous la signature de Freya Parr,

    propose son palmares des interprètes,

    que voici :
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    Five of the best Beethoven sonata cycles

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    We name some of the finest examples of Beethoven’s piano sonatas on disc

    Five of the best Beethoven sonata cycles

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    Artur Schnabel

    Warner Classics 9029597507

    Recorded between 1932 and 1938, this first-ever recording of the complete sonatas has remained _ oui _ a classic account.

     

     

    Wilhelm Kempff

    DG 477 7958

    The German pianist recorded the cycle several times ; DG’s remastered stereo version was released in 2008 _ une référence, bien sûr .

     

     

    Friedrich Gulda

    Orfeo C808109L

    The Austrian pianist made three recordings of Beethoven’s sonatas. This is the first _ la plus renommée, en effet, et la moins bien distribuée aussi _, recorded for Austrian radio.

     

     

    Ronald Brautigam

    BIS BIS2000

    Dutch keyboardist Ronald Brautigam’s fortepiano recordings of the Beethoven sonatas for BIS made between 2004 and 2010 are now gathered together in one box. Brautigam plays on Paul McNulty’s replicas of original instruments dating from 1788 to 1819.

     

     

    Stephen Kovacevich

    Warner 9029586922

    Kovacevich gets to the heart of Beethoven’s sonatas with playing that teeters on the edge of sanity, roars with ferocious power and frequently moves the listener to tears. The finest to date _ c’est aussi mon avis.

    …

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    Ce second enregistrement par Ronald Brautigam

    des Concertos pour piano et orchestre de Beethoven

    _ et sur pianoforte(s) _

    est rien moins _ prise de sons superlative aidant ! _que

    sublimissime ! :

    …

    il vous transporte au plus haut de ces œuvres,

    et vous y maintient tout durant le déroulé de la plus merveilleuse finesse de détail (et de lignes)

    de ces 2 CDs…

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    Ce samedi 28 décembre 2019, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Epatante Angela Hewitt, cette fois dans les 6 Partitas de Bach (BWV 825 à 830)

    Longtemps,

    un imbécile préjugé _ de je ne sais quelle provenance _

    m’a fait vilainement considérer Angela Hewitt, pianiste canadienne _ née à Ottawa le 26 juillet 1958 _,

    comme une sorte de sous-disciple du pianiste, canadien lui aussi, Glenn Gould _ Toronto, 25 septembre 1932 – Toronto , 4 octobre 1982.

    …

    …

    Jusqu’au jour où j’ai véritablement écouté un de ses CDs,

    probablement une interprétation de Bach,

    peut-être même les Variations Goldberg.

    …

    Une interprétation tout à fait jouissive

    _ alors que j’exècre Glenn Gould !!! L’imposture incarnée…

    …

    …

    Même si je continue de préférer Bach au clavecin,

    et probablement d’abord par l’ami Pierre Hantaï…

    …

    Mais Hewitt procure un très grand plaisir d’écoute,

    sans maniérisme, ni affèterie aucune ;

    mais beaucoup d’élan vital.

    …

    Elle est dans la jubilation.

    …

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    Nouveau déclic : ses deux CDs Domenico Scarlatti _ un de mes compositeurs fétiches.

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    Et à nouveau, très grands plaisirs de la suivre l’écouter jouer :

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    de nouveau les mêmes qualités motoriques,

    et de souplesse jubilatoire.

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    Et là encore même si je place ici encore au pinacle les CDs Scarlatti/Pierre Hantaï au clavecin :

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    tout simplement _ superlativement _ géniaux.

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    Et aujourd’hui, voici le double CD Hyperion _ Hyperion CDA 68271/2 _ des 6 Partitas de Bach BWV 825 à 830.

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    Et Angela est de nouveau au rendez-vous parfait de la jubilation

    confortable _ et surtout ne rien y voir de péjoratif ! _

    pour ce nouveau grand volume Bach au piano.

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    Nous sommes dans de l’apollinien _ et pas du dionysiaque…

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    A conseiller pour l’auto-radio d’un un peu long parcours en voiture :

    …

    vous aurez l’impression d’un parfait accompagnement de jubilation,

    comme si votre véhicule vous transportait, sinon au paradis sur un tapis volant,

    du moins vers un lieu de vacances parfaitement ensoleillé et joyeux :

    …

    heureux.

    …

    Sans trop vous poser de questions.

    Telle une évidence tranquillement dynamique

    et dynamisante.

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    Angela Hewitt, ou une amie de la meilleure compagnie musicale qui soit.

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    Très hautement recommandable, donc,

    pour le moins.
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    Ce dimanche 15 décembre 2019, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Mort de Jean-Louis Chrétien

    Ce dimanche main,

    apprenant la disparition de Joao Gilberto,

    et recherchant des précisions sur lui,

    …

    voici que je tombe sur la nouvelle _ qui m’avait échappée _ du décès le 28 juin dernier de Jean-Louis-Chrétien, philosophe,

    dont j’avais beaucoup apprécié bien des livres.
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    …

    Cf par exemple mon article du 15 mai 2009 : 

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    Et je ne mentionnerai pas ici mes références si nombreuses en mes articles à ce maître-livre qu’est La Joie spacieuse _ essai sur la dilatation…

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    Je ne le connaissais pas personnellement,

    mais j’étais très attentif à ses travaux, si précis et si éclairants.
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    Mort du philosophe et poète Jean-Louis Chrétien

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    Par Camille Riquier, vice-recteur à la recherche de l’Institut catholique de Paris et professeur — 1 juillet 2019 à 16:22
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    Jean-Louis Chrétien en 1987.
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    Jean-Louis Chrétien en 1987.
    Archive personnelle

    Adepte de Vladimir Jankélévitch, ce fut un Socrate des temps modernes pour ses étudiants et les anciennes humanités ont été son champ de prédilection.

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    Jean-Louis Chrétien est mort vendredi, à 9h28 du matin, à l’âge de 66 ans. Encore peu connu du grand public, il a préféré l’ombre à la lumière. Fuyant sa propre image, quoiqu’il n’eut rien à cacher, il se refusait _ bravo ! _ par principe à revêtir une de ces renommées factices qui se bâtissent à coups de bonnes fortunes médiatiques. Philosophe et poète, il voulut l’être sans se soucier de le paraître _ excellent ! Et trop rare. Maintenant que son corps a péri et que peut éclater dans son ordre la grandeur de l’esprit qui l’habitait, il faudra bien se rendre à l’évidence : il fut l’un des plus grands de sa génération _ sans en parler avec quiconque, et rien qu’en le lisant, je m’en étais aperçu.

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    Jean-Louis Chrétien est né à Paris le 24 juillet 1952. Après des études au lycée Charlemagne, il fit ses classes préparatoires à Henri IV. Reçu premier à l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm (1972) ainsi qu’à l’agrégation de philosophie (1974), il partit quelques années en province enseigner dans le secondaire, à Mâcon puis à Vire. De retour à Paris, il fut pensionnaire de la fondation Thiers de 1977 à 1980, quand elle possédait encore son bâtiment Porte Dauphine, sur la place du Chancelier-Adenauer. Il obtint ensuite un poste à l’université de Créteil, enfin à la Sorbonne où, nommé professeur de la chaire d’histoire de la philosophie de l’Antiquité tardive et du haut Moyen Âge, il devait enseigner jusqu’à sa retraite, l’an dernier.

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    L’humaine parole

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    Si Heidegger lui a ouvert les yeux pour le jeter au plus près de la source grecque, c’est néanmoins sa rencontre avec le philosophe Henri Maldiney _ un auteur majeur à mes yeux ! _ qui décida de sa vocation. Elle eut lieu très tôt ; dans les hauts alpages le chalet des Chrétien côtoyait celui des Maldiney. Et jeune adolescent, il se plaisait à le suivre dans les montagnes, du bon pas des randonneurs. Il s’est noué entre eux un lien d’autant plus fort qu’il fut intellectuel et profondément humain. Il y eut plus tard, alors qu’il était étudiant, la rencontre avec Vladimir Jankélévitch, qui espérait le voir écrire le livre sur Plotin que lui-même n’avait eu le temps d’écrire. Il ne réalisa pas son souhait. Mais le néoplatonisme garda chez lui son attrait et devait le conduire jusqu’à l’antiquité tardive et les débuts du christianisme. La conversion est un mystère qui s’opère dans le secret des cœurs. Mais c’est un fait que Jean-Louis Chrétien n’a pas toujours été chrétien et que son père, médecin de profession et communiste engagé, fut hostile à l’idée qu’il le devînt. Baptisé à l’âge où beaucoup perdent la foi, entre ses 25 et ses 28 ans, il entra dans l’Eglise et lui demeura fidèle jusqu’à sa mort. Tout son chemin de pensée et d’existence en conserve l’empreinte et lui doit probablement son unité. S’il a pu investir une diversité de champs d’écriture (philosophie, littérature et poésie, théologie), la Parole divine a été l’orient qui ne cessa de guider sa compréhension de l’humaine parole _ la parole, la voix, l’échange.

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    Jean-Louis Chrétien laisse ainsi derrière lui plus d’une trentaine d’ouvrages dont voici quelques titres: l’Effroi du beau, l’Appel et la Réponse, la Voix nue, Corps à corps, De la fatigue, la Joie spacieuse… Nombreux sont ceux qui trouvèrent une place dans les colonnes de Libération. Et la plus digne et la plus noble vocation d’un média nous semble de mettre dans la lumière, au moment venu, qu’il faut souhaiter le plus tard possible, la grandeur d’une pensée qui s’est construite sans son appui, qui ne lui doit rien et à qui secrètement il doit beaucoup. A l’œuvre qu’il portait en lui et pour l’écriture de laquelle la solitude _ du méditer avec des voix : oui _ était requise, le silence de l’écoute était en effet l’essentiel _ oui, du fait de la nécessaire très haute qualité de l’attention requise _, après quoi seulement une parole selon lui pouvait _ vraiment _ dire quelque chose _ qui ne soit plus de l’ordre du psittacisme du bavardage…
    …

    Quelques auteurs furent certes décisifs dans l’itinéraire de sa pensée : Heidegger, Platon, saint Augustin. Mais lecteur infatigable, ce sont toutes les anciennes humanités qu’il a fait remonter _ comme tout authentique penseur : en perpétuel dialogue… _ du fond de notre mémoire oublieuse. Sa voix, elle, était l’hospitalité même. Elle a vécu d’accueillir _ pour dialoguer avec _ d’innombrables voix _ voilà ! _ que les nôtres avaient recouvertes, que sans lui nous aurions peut-être cessé d’entendre _ oui _ et qui pourtant, seules, continuent de donner du sens et de la gravité à notre propre parole _ oui. C’est dire que l’œuvre de Jean-Louis Chrétien fut aussi bien un dévouement à l’œuvre commune et qu’il est difficile de dissocier le métier d’écrivain et celui d’enseignant qu’il exerça toujours en parallèle _ c’est très juste.

    …

    Le chagrin est une ivresse, et il faut pardonner à ceux qui, brassant leurs souvenirs dans les larmes, m’ont aidé à retracer son parcours non sans un certain désordre, puisqu’ils ont perdu pour certains celui qui fut le garant de leur existence. Car il était, le mot est faible, extraordinaire, littéralement hors du commun. Lui qu’un éloge trop soutenu aurait contrarié de son vivant, il nous faut le faire à présent qu’il n’est plus. Ce n’est pas assez de dire qu’il évitait les mondanités _ bravo _ ; elles lui étaient parfaitement étrangères. Les fois qu’il s’est attablé à une terrasse de café ou rendu dans un cinéma peuvent se compter sur les doigts des deux mains. Il n’appréciait que les conversations en tête-à-tête _ voilà : un entretien réciproque _, et n’était pas loin de penser qu’à trois dans une pièce, une personne était déjà de trop. Jusqu’à une date récente, il n’eut ni poste de télévision ni téléphone portable et, quand il ne recevait pas un ami chez lui, il lisait le soir des romans qui le reposaient des essais plus âpres qu’il avait lus le jour. Hormis un séjour en Angleterre, un autre en Pologne et un dernier en Tunisie, il ne voyagea pas. C’est qu’il ne voyageait que trop à travers ses lectures _ certes : là est la force puissante de la très grande attention. Il s’aperçut d’ailleurs que beaucoup partaient voir ailleurs ce qu’avec de bons yeux il était possible de voir sans quitter son lieu _ oui. Invité partout, à chaque fois il déclina poliment. Sa vie devait se tenir entre Paris et Dieppe, où il avait sa résidence secondaire. Enfin, il n’eut jamais d’ordinateur et se servait de cahiers d’écolier à la couverture rigide dont, de son écriture fine et serrée, il remplissait entièrement la page de droite, en laissant blanche celle de gauche en vue d’éventuels compléments. Une fois le manuscrit achevé, il sortait une vieille machine à écrire et en faisait un tapuscrit qu’il envoyait sous cette forme à l’éditeur.

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    Il était toujours habillé de semblable façon _ sans perdre de temps _, avec pour unique coquetterie de porter un chapeau quand il sortait. Et assurément il était d’un premier abord étrange. C’est que je n’ai jamais vu un homme qui était aussi indifférent à ce qui ne relevait pas du spirituel, ne voyant le corps lui-même que tout plein d’esprit. Il pouvait paraître négligé et j’en ai hélas surpris certains qui souriaient ; il suffisait pourtant qu’ils s’approchassent un peu de lui pour s’arrêter devant son élégance. Timide, il pouvait intimider ; sévère parfois, il l’était surtout avec lui-même ; drôle et espiègle le plus souvent, il l’était sans qu’il le fût aux dépens d’un autre. Philosophe, il l’était sans discussion ; et devant lui, même les méchants se taisaient _ bigre.

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    Invulnérable aux sirènes du dehors

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    Jean-Louis Chrétien ressemblait lui aussi au satyre Marsyas dont parlait Platon et dont l’intérieur était rempli de divines figures. Sa voix, qu’il trouvait balbutiante, heurtait peut-être l’auditeur la première fois ; mais en l’écoutant, il découvrait vite, enveloppée dans l’écrin des mots, une parole qu’il n’avait jamais entendue auparavant _ pour ma part, je n’ai eu accès à sa voix que via la lecture de l’écriture de ses livres ; mais elle s’y ressentait fort clairement. Ses étudiants ne s’y sont pas trompés. Il avait beau avoir des lunettes et un chapeau, ils savaient qu’il était vieux de 2 500 ans, qu’il y avait face à eux, vivant, en chair et en os, un Socrate des temps modernes. Sa vie et son œuvre semblent n’avoir fait qu’un. Et il n’est rien de plus saisissant que d’entendre les résonances _ voilà ce qu’est une vraie culture vivante et authentique _ entre elles. Le dernier livre qu’il publia s’intitule Fragilité (Minuit, 2017). Invulnérable _ oui _ aux sirènes du dehors – argent ou réputation –, robuste et bon marcheur, sa fragilité était en lui. Quand il l’écrivait, il ignorait que la maladie le rongeait déjà. Il l’ignorait encore quand il s’attelait à son dernier livre, qu’il était sur le point de finir et auquel ne manquera que la conclusion : l’Absence. Absent, il ne savait pas qu’il le serait quand le livre paraîtra aux éditions de Minuit. Dans la mémoire de ses proches et par son œuvre qui s’achève ainsi, qu’il puisse être assuré comme nous le sommes de sa présence _ voilà : la voix demeure _, la seule qui compte et sur laquelle le temps ne peut mordre, celle de l’esprit.

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    Camille Riquier vice-recteur à la recherche de l’Institut catholique de Paris et professeur

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    Je lirai Fragilité,
    même si cet accent mis sur la finitude n’est pas ce qui me plaît le plus…
    …
    Je préfère la dynamique de la joie. 

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    Ce dimanche 7 juillet 2019, Titus Curiosus – Francis Lippa