Étiquette : Edith Bruck

  • La passionnante comparaison-confrontation des 99 premières pages du « Pain perdu » (2020) et des 81 premières pages de « Qui t’aime ainsi » (1959) d’Edith Bruck…

    La comparaison-confrontation des débuts _ je vais, en effet, commencer mon regard comparatif par ce tout premier important « chapitre de vie« , regroupant ce que, en sa passionnante et très éclairante « Notice historique » (aux pages 137 à 156 de la ré-édition 2022 du « Qui t’aime ainsi«  d’Edith Bruck) l’historien Jean-François Forges énumère comme l’expression de trois premiers « thèmes historiques » de ce récit autobiographique rétrospectif d’Edith Bruck : soient, d’une part et d’abord, « la vie dans un village hongrois _ Tiszabercel _ avant et pendant la guerre« , et immédiatement ensuite « la déportation à Auschwitz et dans d’autres camps et Kommandos du Reich«  ; et enfin « l’impossible retour » _ en un chez soi dévasté, en Hongrie _ ; réservant pour d’autres articles, à suivre, ce que Jean-François Forges qualifie excellemment de « la destruction des familles et des individus » ; soient les himalayesques difficultés, et en divers pays (essentiellement la Tchécoslovaquie, d’abord, puis Israël, ensuite, du moins pour ce premier récit de 1959), à tenter de (et d’abord échouer à) se reconstruire : cette reconstruction ne venant, in fine, pour Edith Bruck, que lors de son installation, en 1952, en Italie, à Rome ; et avec (et par) la rédaction, en italien, de ce qui sera, en 1959, son « Chi ti ama cosi«  ; puis sa décisive rencontre (cf le poème « Rencontre 1957« , à la page 104 de « Pourquoi aurais-je survécu ?« ), le 9 décembre 1957, avec celui qui sera son seul véritable amour, Nelo Risi (Milan, 1920 – Rome, 2015) ; mais de cela, et de lui, en son récit de 1959, Edith Bruck n’en dit encore rien... _ des deux bouleversants récits autobiographiques d’Edith Bruck, le récent « Il Pane perduto » (publié en 2021) _ jusqu’à la page 99 _ et le premier « Chi ti ama cosi » (publié en 1959) _ jusqu’à la page 81 _ est passionnante ;

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    le second de ces récits, « Le Pain perdu« , rédigé en 2020, constituant une forme de reprise, avec poursuite, ensuite, des événements racontés une première fois dans le « Qui t’aime ainsi« , de 1959, du début du parcours de vie d’Edith Bruck, de sa naissance, le 3 mai 1931 à Tiszabercel, à son arrivée en Italie, d’abord à Naples, en mai 1952, puis, et surtout, à Rome, « le nombril du monde« , où Edith a « commencé à écrire en italien : « Sono nata in un piccolo villagio ungherese »… » (lit-on à la page 146 du « Pain perdu« ), ce qui sera son premier récit autobiographique, publié 1959 : « Ce n’est qu’à Rome, entre 1958 et 1959, que j’ai réussi à l’écrire intégralement dans une langue qui n’est pas la mienne » : soient les mots de conclusion, à la page 136 du « Qui t’aime ainsi » de 1959…

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    Le 13 janvier dernier, je me suis déjà posé cette question de la comparaison-confrontation des récits de 1958 -1959 et 2020 – 2021, en mon article « « …

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    Mais, à cette date, je ne disposais pas encore de la traduction intégrale en français du « Chi ti ama ama cosi »  de 1959 ; je disposais seulement de son chapitre 7, en italien, dans lequel apparaissait le « cugino Tibi« , absent du récit de 2021 ; et le premier amant d’Edith, à Podmokly, en Bohème, à l’été 1946…

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    Maintenant, j’ai lu en entier ce témoignage encore frais, en 1959,

    d’une part des événements de la déportation, entre le 8 avril 1944 (la rafle des Juifs de Tiszabercel par les gendarmes hongrois) et le 15 avril 1945 (la libération des Survivants du lager de Bergen-Belsen par les Américains) ;

    mais aussi, d’autre part, du terrible retour, aussi, en Hongrie d’Edith et sa sœur Adel Steinschreiber (Eliz, dans le « Qui t’aime ainsi » de 1959 ; ou Judit, dans « Le Pain perdu » de 2020), après Bergen-Beslsen, et juste avant le départ d’Edith pour la Slovaquie, où elle arrive, non loin de Kosice, très peu avant le 1er janvier 1946…

    Puisque c’est sur cette période-là que je choisis de porter une particulière attention « comparative » ici, aujourd’hui…

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    Ensuite, je m’intéresserai à la confrontation des deux récits, dans les deux mêmes ouvrages, notamment de la « période israélienne » d’Edith Steinschreiber, entre son arrivée à Haïfa, le 3 septembre 1948, et son départ d’Israël, encore d’Haïfa, en 1951…

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    Si je compare le nombre de pages de chacun des deux récits (celui de 1959 et celui de 2021) accordées successivement :

    1) à la vie au village de Tiszabercel jusqu’à la rafle des familles juives de ce village de Tiszabercel par les gendarmes hongrois au matin du 15 avril 1944 (soient d’une part 15 pages _ de la page 13 à la page 28 _ et d’autre part 16 pages _ de la page 9 à la page 35 _)

    2) au départ, en train, déjà en wagons à bestiaux, pour le ghetto du chef-lieu de la région,  Satoraljaujhaly, l’enfermement en ce ghetto, du 15 avril au 23 mai 1944, puis le voyage, à nouveau en wagons de bestiaux, en quatre jours et nuits, de ces Juifs retenus à Satoraljaujhaly, jusqu’au débarquement du train de ce convoi à Auschwitz (soient d’une part 7 pages _ de la page 28 à la page 35 _ et d’autre part 14 pages _ de la page 35 à la page 49 _)

    3) aux séjours et déplacements d’Edith et sa sœur Adel dans (et entre) les divers lager d’Allemagne : Auschwitz, Kaufering, Landsberg, Dachau, Christianstadt, la marche de la mort, Bergen-Belsen, entre le 27 mai 1944 et le 15 avril 1945 (soient d’une part 26 pages _ de la page 35 à la page 61 _ et d’autre part 24 pages _ de la page 51 à la page 75 _)

    4) à la libération du lager de Bergen-Belsen le 15 avril 1944, puis le retour des deux sœurs en Hongrie, et leur arrivée à Budapest, vers le 5 septembre 1945 (soient d’une part 7 pages _ de la page 61 à la page 68 _ et d’autre part 6 pages _ de la page 75 à la page 81 _) 

    5) au retour à Hongrie (Budapest, Debrecen ou Miskolc, Tiszabercel, Debrecen ou Miskolc, Olaszliszka), de la mi-septembre 1945 à la fin décembre 1945 (soient d’une part 13 pages _ de la page 68 à la page 81_ et d’autre part 18 pages _ de la page 81 à la page 99 _),

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    je peux remarquer une sorte d’équivalence du nombre de pages consacrées à ces épisodes successifs, à part peut-être pour l’épisode de la rafle du 15 avril 1944, et le séjour au ghetto du chef-lieu, Satoraljaujhaly, un peu plus détaillés et développés : 7 pages dans Qui t’aime ainsi ; et 14 pages dans « Le Pain perdu« .

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    Ce sera pour les épisodes suivants que je noterai des attentions bien différentes portées aux personnes rencontrées entre l’arrivée d’Edith en Tchécoslovaquie, puis son séjour chez sa sœur Magda (ou Margo, ou Mirjam), à Podmokly, en Bohème, et ses rencontres avec son premier _ brutal : « Pourquoi l’avais-choisi, lui, qui m’avait dépucelée d’un seul coup, ce qui m’avait rappelé l’abattage kasher. (…) Pourquoi cette violence sans la moindre caresse ? Etais-ce moi qui voulais jeter aux orties ma vie inutile, ma jeunesse dans un monde devenu bestial, mes seize ans _ en 1947, donc _ défendus de toutes mes forces, et qui me méprisais? « , page 101 du « Pain perdu« … _ amant, son cousin Tibi ; ainsi que son premier mari, Milan Grün, épousé à Podmokly, en 1947 _ Edith avait « à peine seize ans« , a-t-elle écrit à la page 93 de « Qui t’aime ainsi« …

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    Ainsi, dans le récit du « Pain perdu« , en 2021, si ce premier amant d’Edith est très rapidement évoqué en un bref passage situé aux pages 100-101, ni le nom, « Tibi« , ni sa situation au sein de la constellation familiale d’Edith _ un cousin _, qui lui été donnés dans le récit de 1959, ne sont cette fois mentionnés, à la différence des longs détails donnés dans le récit développé de « Qui t’aime ainsi« …

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    Et là je remarquai de très grandes différences de focalisations, ainsi que du nombre de pages significativement accordées _ ou refusées _ aux récits des divers épisodes de cette période, entre le 1er janvier 1946, l’arrivée d’Edith en Tchécoslovaquie, non loin de Kosice, et le 3 septembre 1948, le débarquement d’Edith à Haïfa, en Israël, entre le récit mémoriel de 1959 et celui de 2021…

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    C’est que ces deux très puissants récits répondent à des urgences d’écriture, ainsi que de volonté de partage de lecture, de la part de leur autrice, bien différentes, entre 1959 et 2021…

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    La situation de l’auteur, de même que le contexte socio-historique européen, ont connu pas mal de changements ;

    ainsi qu’une constante, aussi, et bien pénible, de ce contre quoi continue de lutter Edith Bruck…

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    Ce dimanche 6 février 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Première approche du « Qui t’aime ainsi » d’Edith Bruck (1959) : le terrible récit d’une assez effroyable survie, dans le Reich, en Hongrie, ainsi qu’ailleurs aussi ; juste avant son écriture, surtout en Italie…

    Ce matin, j’ai pu me procurer l’exemplaire du « Qui t’aime ainsi » d’Edith Bruck (Points, en une traduction de Patricia Amardeil), que j’avais pris soin de réserver avant sa parution.

    Le texte original de « Chi t’ama cosi » est paru aux Edizioni Lerici au tout début de 1959 ; et sa traduction en français _ reprise aujourd’hui en édition de poche en Points _ est parue en 2017 aux Éditions Kimé.

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    Avant de découvrir les 123 pages _ de la page 13 à la page 136 _ de ce récit-témoignage de 1959 _ et pas seulement, loin de là, sur la vie dans les camps de l’Allemagne nazie… _ ,

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    j’ai pris soin de lire les 4 pages de présentation de l’ouvrage, intitulées « À corps et âme perdus« , sous la plume de Philippe Mesnard ;

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    et les 20 pages de « Notice historique« de Jean-François Forges, qui concluent cette édition _ de 2017, reprise en 2022 _, en fournissant quelques utiles repères géographiques et historiques de ce parcours de difficile survie _ pas seulement au sein des lager nazis en 1944-1945 ; ni de son retour terriblement déceptif et amer en Hongrie en 1945… _ d’Edith Bruck, de sa naissance au village hongrois de Tiszabercel, le 3 mai 1931 _ et pas 1932, comme l’écrivait alors Edith Bruck : ses récits (et entretiens) ultérieurs ont, depuis, rétabli l’année exacte  de sa naissance  _, et son installation à Rome _ en 1954 _, où elle put terminer en 1958-1959 la rédaction, en italien, de ce récit de si difficile et amère survie…

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    Demain, je lirai le texte d’Edith Bruck, de 1959…

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    Ce samedi 22 décembre 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Edith Bruck : « Cara mamma, a 90 anni posso dire : ho dato un senso alla mia sopravvivenza »…

    À propos de mon dossier « Edith Bruck« ,

    cet article-ci dans le Corriere della Sera

    de ce 21 janvier 2022 :

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    Edith Bruck: « Cara mamma, a 90 anni posso dire : ho dato un senso alla mia sopravvivenza »

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    di Alessia Rastelli

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    In occasione del Giorno della memoria, 7 ha intervistato la scrittrice sopravvissuta, quand’era appena 14enne, a sei diversi lager nazisti _ Auschwitz, Dachau, Kaufering, Landsberg, Bergen-Belsen, Christianstadt, et Bergen-Belsen, à nouveau. La sua testimonianza e tutta la sua vita sono lo sforzo «di rendere rielaborabile ciò che non lo sarà mai». Il racconto dai giorni di morte al premio Strega Giovani e alla visita di Papa Bergoglio

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    La scrittrice Edith Bruck, 90 anni, nata a Tiszabercel, in Ungheria, e naturalizzata italiana, nel soggiorno della sua casa, a Roma (foto Ada Masella)

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    « Racconta. Non ci crederanno ma tu racconta, se sopravvivi racconta anche per noi ». È la fine di marzo del 1945 e una giovanissima Edith Bruck, non ancora quattordicenne, arrivata a Bergen-Belsen dopo una marcia disumana, si sente rivolgere questa preghiera da parte di altri prigionieri : compagni in fin di vita che lei stessa è costretta a trasferire nel Todzelt, la tenda della morte. Edith promette, e mantiene la parola. « Finché riuscirò, continuerò a testimoniare », assicura ancora oggi, novantenne, ricordando quel giorno a Bergen-Belsen, nel sesto lager in cui era stata trasferita dopo la deportazione ad Auschwitz. Nell’aprile del 1945, la liberazione. Ma tornare alla vita non è semplice. Si sposta tra l’Ungheria, dove è nata in una famiglia ebrea, la Cecoslovacchia, Israele, per poi stabilirsi in Italia nel 1954. Svolge diversi lavori, cameriera, ballerina, direttrice di un istituto di bellezza, fino a quando non diventa scrittrice, poi poetessa, traduttrice, autrice teatrale, sceneggiatrice, regista di film, e intanto moglie e zia amata. Eppure, dice, « non ero più quella di prima e non lo sono mai tornata ».

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    IL 27 GENNAIO 1945 L’ARMATA ROSSA LIBERA IL CAMPO NAZISTA DI AUSCHWITZ. DAL 2005, A LIVELLO MONDIALE, IL 27 GENNAIO SI CELEBRA IL GIORNO DELLA MEMORIA PER NON DIMENTICARE L’OLOCAUSTO E I MILIONI DI VITTIME CHE PRODUSSE

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    Per tutta la vita la sua opera è testimonianza, e in fondo lo sforzo estremo, disperato, per lei « gonfia di parole » di rendere rielaborabile ciò che non lo sarà mai. Edith Bruck parla con 7 dalla casa di Roma _ Via del Babuino, 72 _, in occasione del Giorno della Memoria, il 27 gennaio, mentre torna in libreria la Lettera alla madre scritta nel 1988 (una nuova edizione da La nave di Teseo, che pubblica anche gli altri titoli citati in questo testo).

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    Sua madre morì dopo l’arrivo ad Auschwitz. Vi separarono, e non la vide mai più.

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    La copertina di « Lettera alla madre » di Edith Bruck

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    « Ricordo che, scesa dal treno, ero letteralmente aggrappata alla sua carne. Un soldato mi sussurrò di spostarmi a destra, il che voleva dire una possibilità di sopravvivenza perché la fila di mia madre andava dritta alla camera a gas, ma noi non lo sapevamo. Insisteva, mamma si inginocchiò implorandolo di lasciarle almeno l’ultima dei sei figli. Furono colpi su colpi finché, ferita all’orecchio, mi ritrovai a destra ».

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    Visceralmente unite, ma diverse. Sua madre era molto religiosa, severa, lei era « la figlia più piccola che osava pensare, dubitare ». Nella nuova introduzione al libro, scrive: « Adesso sei tu che potresti essere mia figlia e potrei sgridarti io ». È stato possibile ricomporre nel tempo, dentro di sé, il rapporto con una madre persa ad Auschwitz ?

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    « Il libro è una sorta di dialogo postumo. Quando eravamo a Tiszabercel, il villaggio in cui sono cresciuta, mi sembrava che la mamma parlasse più con Dio che con noi figli. Non ci baciava, non ci coccolava. Io facevo qualsiasi cosa per una carezza. Oggi posso capirla. Lottava come una leonessa per vestirci, per sfamarci, e l’amore era l’ultima cosa. Eravamo poveri, e i poveri non hanno tempo. Divenne affettuosa quando ci portarono via ».

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    « SCESE DAL TRENO, ERO AGGRAPPATA ALLA CARNE DI MIA MADRE. UN SOLDATO MI SUSSURRÒ DI SPOSTARMI A DESTRA. LEI ANDAVA ALLA CAMERA A GAS »

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    Una foto della famiglia Bruck prima della deportazione nei lager : da sinistra il fratello Laci, la mamma Berta, le sorelle Adele e Magda, ed Edith

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    Il 20 febbraio del 2021 ha ricevuto la visita di Papa Francesco. E sempre nell’introduzione scrive a sua madre : « Se tu ci avessi visti, cos’avresti detto ? ».

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    « Quella visita è stata molto importante. Altri predecessori di Papa Francesco avevano chiesto perdono, ma lui è venuto a casa. Mi chiederò sempre cosa avrebbe pensato la mamma. Lei credeva profondamente nella religione ebraica. Io, invece, certo che sono vicina al popolo al quale appartengo, ma ho una mentalità più universale ».

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    Incontrò i pontefici Wojtyla e Ratzinger. Che ricordo ha ?

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    « Vidi Giovanni Paolo II il 13 aprile 1986 a Roma, quando per la prima volta un Papa entrò nella Sinagoga. Ero emozionatissima, mi aspettavo verità mai sentite. Mi strinse la mano, mi disse : “ Piacere di conoscerla ”. Restai un po’ delusa. Quando invece venne Benedetto XVI sembrava come congelato, probabilmente da tedesco era in imbarazzo ».

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    Edith Bruck con Papa Francesco durante la visita a casa del febbraio 2021

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    Lei conclude il romanzo autobiografico Il pane perduto, finalista allo Strega 2021, con una « Lettera a Dio ». « Io » dice « che ho sempre scritto d’un fiato giorno dopo giorno, ora improvvisamente mi fermo con la mano sospesa e lo sguardo fisso sul vuoto, è nel vuoto che Ti cerco ».

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    « Papa Francesco ha approvato quella “Lettera”, spiegando che Dio è una ricerca continua. Per me la fede è l’amore per il prossimo, chiunque sia. È condivisione, è accoglienza. Mia mamma diceva: se qualcuno bussa alla porta, aprila. Mio padre donò l’unico cappotto a un uomo più povero. Dal mio punto di vista, non vai in chiesa e poi dici che i migranti possono affogare ».

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    « PRIMO LEVI MI CHIAMÒ 4 GIORNI PRIMA DI MORIRE. “ ERA MEGLIO AD AUSCHWITZ ”, DISSE. FORSE PER LA PRIMA VOLTA FECE UN VOLO LIBERO »

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    Una giovanissima Edith Bruck. Nel 1944, a neppure 13 anni, viene deportata ad Auschwitz e poi in altri lager. Nell’aprile del 1945 viene liberata a Bergen-Belsen (foto Istituto Luce/Contrasto)

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    In Lettera alla madre cita un amico scrittore, « il testimone più ascoltato, amato stimato letto ».

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    « Primo Levi mi chiamò al telefono quattro giorni prima di morire. Era depresso, cercai di consolarlo. “Era meglio ad Auschwitz” mi disse “adesso non c’è più speranza”. Da qualche tempo si era operato, assisteva la madre cieca. E lo angosciava il negazionismo. “Ti rendi conto” esclamava “negano già ora che siamo in vita”. Io sono tra chi crede si sia suicidato. Quando seppi che era morto, mi arrabbiai. Come se non avesse avuto il diritto di togliersi la vita, perché apparteneva alla storia. Forse per la prima volta fece un volo libero ».

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    Come trasmettere la memoria ? Come diventare messaggeri ?

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    « A volte vado nelle scuole con il cuore pesante ma quando esco potrei volare, perché vedo che c’è risposta. Ai ragazzi servono difese per il futuro. Quando non ci saranno più i testimoni toccherà agli storici e agli insegnanti. Non sarà facile perché si stanno già allungando le ombre del fascismo, dell’antisemitismo, del razzismo ».

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    Che effetto le ha fatto vedere i no green pass a Novara vestiti da deportati ?

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    « È stato orribile, una coltellata. Episodi del genere dovrebbero preoccupare tutti, non solo i sopravvissuti. Così come altre cose che accadono : le manifestazioni di Forza Nuova, le bandiere con la croce uncinata, il negazionismo. Non sono frutto di improvvisazione, c’è la destra dietro, anche se si comporta come se non la riguardasse ».

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    « Mussolini ha ancora la cittadinanza e invece non viene concessa ad Adele Di Consiglio, scampata alla barbarie nazifascista ». Con questa motivazione lo scorso novembre lei ha rifiutato il Premio della Pace del comune di Anzio.
    « Se andassimo a scavare, troveremmo cittadinanze al Duce in tantissimi centri d’Italia. Dopo quel “no”, spesso ora mi chiedono lettere per denunciare casi simili. Ma di nuovo mi domando: perché non si mobilitano anche altri cittadini ? È importante che tutti facciano la loro parte ».

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    L’Italia non ha elaborato il suo passato ?

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    « Nessun Paese l’ha fatto. L’unica che ci ha provato è stata la Germania. Purtroppo le mostruosità stanno tornando. Pensiamo ai profughi lasciati morire al confine con la Polonia. O alla mia Ungheria, prima fascista, poi comunista, ora sotto Viktor Orbán. Spesso gli individui vanno dietro a chi domina in quel momento. Non sembrano avere imparato dagli errori, e io davanti a questo mi smarrisco ».

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    Edith Bruck nella sua casa romana (foto Ada Masella)

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    L’Unione europea nacque come sogno di pace dopo la Seconda guerra mondiale. Ci crede ancora ?

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    « Ahimè vedo molto nazionalismo. Perché, ad esempio, dire “prima gli italiani” ? Nessuno dovrebbe venire prima di un altro. E bisognerebbe amare il proprio Paese con lucidità, non ciecamente. In nome della patria sono morte milioni di persone. Io la parola “patria” neanche la userei. Si potrebbe dire semplicemente “amo il mio Paese”. Tutti i Paesi sono belli, invece si diffonde l’odio ».

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    Dilaga anche online. Tra chi ne è stato colpito c’è la senatrice a vita Liliana Segre, sopravvissuta ad Auschwitz, che a novant’anni ha voluto promuovere proprio una Commissione contro l’istigazione all’odio.

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    « Quando la insultano è come se insultassero me. Mi identifico. E non solo con lei. Mi identifico anche se l’odio si riversa contro qualcuno perché è straniero o fa parte di una minoranza. Conosco Liliana, ma noi sopravvissuti non parliamo tra noi di deportazione. Ognuno ha il suo vissuto, a seconda della propria sensibilità, persino della classe sociale ».

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    Lei scrive che essere nata povera l’aiutò a sopravvivere.

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    « La fame, il freddo, le malattie ci decimavano e l’avere già sperimentato una vita dura aiutava a resistere. Inoltre le donne si rivelarono più forti. Quando c’era la selezione, ad esempio, per mostrarsi più in salute si pizzicavano le gote o se le cospargevano di acqua e fango. Gli uomini furono meno in grado di gestirsi. La cultura che li aveva coccolati, con mogli e madri al loro servizio, li rese inermi ».

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    Fuori dal lager, tornare alla vita non fu facile.

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    « Dopo la guerra nessuno voleva ascoltare. Tutti dicevano che anche loro avevano sofferto. Ci sentimmo rifiutati, spazzatura ».

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    Lei provò a trasferirsi in Israele.

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    « Mia madre mi raccontava della Terra promessa, era la fiaba più bella. Arrivai in Israele, in uno Stato neonato, nel 1948. Neppure lì ascoltavano. Volevano una generazione forte, che non strisciasse contro i muri. Soldati, perché eravamo in guerra. Invece noi eravamo avanzi dei lager, inseguivamo un sogno ma la realtà come un colpo secco ci fece ritrovare nei campi di transito, in fila per il cibo. Io non ce l’ho fatta, anche se mi dispiace ».

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    Cosa pensa di Israele oggi ?

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    « Vorrei ci fosse la pace con i palestinesi. Vorrei che raggiungessero a tutti i costi la convivenza reciproca ».

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    « L’AMORE PER NELO NON È DIMINUITO. PER ME LUI C’È. LA COSA PEGGIORE FU QUANDO MI CHIESE : “CHI SEI ?”. L’HO CURATO PER 10 ANNI, È STATO BELLO »

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    Edith Bruck con il marito Nelo Risi, poeta e regista, scomparso nel 2015. Edith arrivò in Italia nel 1954, a 23 anni. A Roma, conobbe Nelo. Nel 1959 fece il suo esordio da scrittrice con « Chi ti ama così » (foto Giuliano Benvegnu)

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    Nel 1954 arrivò in Italia. Prima Napoli, poi Roma, dove incontrò il regista e poeta Nelo Risi.

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    « Mi innamorai subito. Era sensibile, con il mio stesso impegno civile : trovai una parte di me in lui. Ricostruii una famiglia, anche con sua madre, con il fratello Dino. Nelo aveva tanta pazienza ma forse gli ho detto troppo, troppe volte. Quando ci diedero lo sfratto, piansi per tre settimane. Mi rassicurava : “Vogliono solo aumentare l’affitto”, ma nemmeno lui poteva capire fino in fondo. Nella testa risentivo i gendarmi che in Ungheria gridavano “fuori”… ».

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    Nelo Risi è morto nel 2015. Era malato di Alzheimer. « Io sono io e te » gli ha scritto in Ti lascio dormire , una lettera postuma del 2019.

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    « Il mio amore non è mai diminuito. Per me lui c’è. La cosa peggiore fu quando mi chiese : “Chi sei ?”. Lì forse mi sono sentita di nuovo, per un attimo, un numero nei lager. L’ho curato da sola per oltre dieci anni. So che posso sembrare pazza, ma sono stati i più belli della mia vita. Non sono mai stata così necessaria, mi sentivo pienamente ripagata ».

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    Il ministro della Salute Roberto Speranza l’ha chiamata a far parte della Commissione per la riforma dell’assistenza agli anziani.

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    « Partecipo volentieri. Vorrei che da anziani si potesse restare nelle proprie case il più a lungo possibile. Altrimenti ci si spegne in fretta ».

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    Come vive la pandemia ?

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    « Ho pianto quando ho visto i camion con le bare. In quei giorni c’era un silenzio assoluto, che mi ha ispirato la raccolta di poesie Tempi . E tra gli aspetti di sofferenza di oggi, c’è anche il freddo elenco dei numeri. Ovviamente Auschwitz non è paragonabile, ma un essere umano non è un numero, è un mondo. Servirebbe parlare diversamente della morte ».

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    La scrittura, in italiano, l’accompagna da oltre sessant’anni. Come si svolgono adesso le sue giornate ?

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    « L’italiano mi ha difeso, mi ha tenuto un po’ a distanza, l’ungherese era troppo doloroso. Oggi riesco ancora a scrivere a mano ma, per alcuni problemi di vista, non posso battere a macchina né trascrivere sul pc. Mi aiutano Olga Ushchak, la donna ucraina che dopo la scomparsa di Nelo è rimasta con me come una sorella. E alcuni amici, come Michela Meschini, dell’Università di Macerata, alla quale il destino mi ha unito qualche anno fa ».

    …

    …

    Il 2021 è stato il secondo anno del Covid ma anche quello in cui Sergio Mattarella l’ha nominata Cavaliere di Gran Croce, in cui è stata finalista allo Strega e ha vinto lo Strega Giovani e il Viareggio-Rèpaci per la narrativa.

    …
    « Sono contenta soprattutto che il libro sia stato letto. Elisabetta Sgarbi pubblicherà tutti i miei titoli, ed è questo che conta: che i volumi vivano ».

    …

    …

    Da ragazzina avrebbe voluto « riparare il mondo ». Pensa di averlo fatto almeno un po’ ?

    …
    « Sicuramente ho compiuto il mio dovere e questo ha dato un senso alla mia sopravvivenza. Entro i miei limiti e possibilità, spero di avere contribuito a migliorare qualcosa. Da parte di tutti, ogni goccia di bene  è importante perché, come ci siamo detti con Papa Francesco, il mare immenso è fatto di tante infinite piccole gocce ».

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    À suivre…

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    Ce vendredi 21 janvier 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • La question de la coordination des noms des personnes-personnages dans les divers récits autobiographiques d’Edith Bruck : par exemple, entre « Chi ti ama cosi » de 1959 et « Il Pane perduto » de 2020…

    Lecteur éminemment curieux et actif,

    je recherche, par delà la spécificité singulière _ absolument légitime _ de chaque opus,

    la cohérence autobiographique présente en creux dans les divers récits successifs, de 1959 à 2020, d’Edith Bruck.

    …

    Laquelle témoigne magnifiquement, en son œuvre entier d’écrivain, œuvre de poésie comprise, de ce qu’il a fallu, à sa personne, en toute la substantialité la plus à vif et intime de sa chair, surmonter d’épreuves terribles, en sa survie _ entre le 8 avril 1944, la rafle des Juifs par les gendarmes à Tiszabercel, et le 15 avril 1945, la libération par les Américains du lager de Bergen-Belsen, où Edith Steinschreiber et sa sœur Adel étaient encore (après Auschwitz, Dachau, Kaufering, Landsberg, une première fois Bergen-Belsen, Christianstadt, et après la marche de la mort, leur retour, épuisées, à Bergen-Belsen), internées _, puis vie _ et encore survie, d’une autre façon _, à partir de son retour chez elle, au village hongrois de Tiszabercel, à l’automne 1945, à l’âge de 14 ans _ Edith Steinschreiner est, en effet, née à Tiszabercel, au nord-est de la Hongrie, le 3 mai 1931 _,

    en tenant compte aussi de données biographiques disponibles, recherchées complémentairement ailleurs qu’en sa seule œuvre publiée :

    …

    ainsi, par exemple, dans la très utile très récente « Brève chronologie » que, avec l’aide même de l’autrice, René de Ceccatty vient de donner _ et à la suite de sa lumineuse et lucidissime préface, très justement intitulée « La poésie, plutôt que la prière« , en introduction splendide (aux pages 5 à 26) à l’anthologie de poèmes choisis et traduits par lui-même, intitulée « Pourquoi aurais-je survécu ?« … _, aux pages 27 à 30 de cet indispensable recueil « Pourquoi aurais-je survécu ?« .

    …

    …

    Afin de surmonter, en lecteur curieux donc et tenace que je suis, quelques blancs, ainsi que _ et peut-être surtout _ quelques variations de nominations de personnages cruciaux de ses divers témoignages, 

    à commencer par les prénoms des frères et sœurs, mais aussi les noms des divers compagnons et époux de celle qui a, faute de recevoir une écoute vraiment réceptive à sa parole, a appris à « parler au papier » qui, lui, sait l’écouter fidèlement, ainsi que, en intense et profond exigeant, voire implacable, dialogue de vérité, lui « répondre vraiment » ;

    …

    les uns et les autres de ces _ et ses _ « proches » étant, je le remarque, nommés diversement dans ces récits successifs ;

    et tout particulièrement le récent, en 2020, et sublime, « Le Pain perdu« , 

    mais aussi dans diverses ressources biographiques annexes, glanées de-ci, de-là, au fil de recherches documentaires complémentaires de ma part de lecteur actif _ cf mon article du 11 janvier dernier : …

    …

    …

    Ainsi

    Lili (née à Tiszabercel, le 24 décembre 1920),

    Magda (née à Tiszabercel, le 22 septembre 1922),

    Ôdön (né à Gava, le 13 janvier 1925),

    Adel (née à Tiszabercel, le 12 mas 1927),

    Laszlo (né à Tiszabercel, le 16 août 1929), 

    les deux frères et les trois sœurs d’Edith Steinschreiber, née, elle, le 3 mai 1931 _ et non pas 1932, comme mentionné dans son « Qui t’aime ainsi« , de 1959 : pour quelles raisons donc ?.. _,  à Tiszabercel,

    …

    apparaissent-ils, dans le récit de « Chi ti ama cosi » de 1959, sous les prénoms de :

    Leila, pour Lili,

    Margo, pour Magda,

    Peter, pour Ôdön,

    Eliz, pour Adel,

    et Laci, pour Laszlo ;

    …

    et, dans le récit du « Pain perdu » de 2020, sous les prénoms, cette fois, de

    Mirjam, pour Lili (la Leila de Qui t’aime ainsi),

    Sara, pour Magda (la Margo de Qui t’aime ainsi),

    David, pour Ôdön (le Peter de Qui t’aime ainsi),

    Judit, pour Adel (l’Eliz de Qui t’aime ainsi),

    et Jonas, pour Laszlo (le Laci de Qui t’aime ainsi)…

    …

    …

    En attendant impatiemment la (re-)parution prochaine, le 21 janvier prochain, de la traduction française _ « Qui t’aime ainsi« , en Points _ du « Chi ti ama cosi« , paru le 1er janvier 1959 aux Éditions Lerici _ actives de 1927 à 1967, et à l’impressionnant catalogue... _,

    …

    j’ai très attentivement lu _ et cherché à en décrypter le plus méthodiquement possible les noms… _ une sélection de pages de ce texte en italien accessibles sur le net…

    …

    …

    Et cela, en partie afin de rechercher, tout spécialement, quel est ce « cugino » d’Edith _ côté Bieber, la famille de sa mère ? ou bien côté Steinschreiber, la famille de son père ? Côté Bieber, je le découvrirai un peu plus tard… _, qui nous est présenté là sous le nom du « mio cugino Tibi » _ qui a aussi une sœur, prénommée, en ce récit de 1959, Magda ; et c’est bien là son prénom effectif : Gerson Deutsch et sa soeur Magda Deutsch, étant en effet les enfants d’Helen Bieber (Tiszakarad, 7 août 1880 – Auschwitz, mai 1944) et de son époux David Deutsch (Tolcsva, 17 septembre 1884 – Auschwitz, mai 19944) ; Helen Bieber, une des sœurs Bieber de la mère d’Edith, née Berta Bieber (Tiszakarad, 1er février 1895 – Auschwitz, mai 1944)… _, son _ très beau, mais assez brutal : « lui qui m’avait dépucelée d’un seul coup, ce qui m’avait rappelé l’abattage kasher, où l’on égorgeait la poule d’un seul geste et on la jetait encore sanglante dans la cour de la synagogue ! Est-ce que le sang le dégoûtait ? Pourquoi cette violence sans la moindre caresse ? Était-ce lui qui voulait punir en moi toutes les femmes, ou était-ce moi qui voulais me punir moi-même ? Pourquoi l’ai-je laissé faire ? Était-ce moi qui voulais jeter aux orties ma vie inutile, ma jeunesse dans un monde devenu bestial, mes seize ans _ « quindici« , lit-on dans le « Chi ti ama cosi«  de 1959 _ défendus de toutes mes forces, et qui me méprisais ? À moins que je l’aie aimé ? Étais-je malade ? Ou assoiffée d’amour, parce qu’il y avait un être pour lequel j’existais, qui me désirait, même s’il avait d’autres maîtresses, et qui jouissait de son plaisir en ignorant le mien. Pourquoi ? Pourquoi ?« , lisons-nous à la page 101 de l’admirable « Le Pain perdu » de 2020… _ tout premier amant, à Podmokly _ un village de Bohème situé non loin  de Pilsen _, en Tchécoslovaquie, quand Edith avait 15 ans, et Tibi, 23 : en 1946…

    …

    …

    Se pourrait-il _ oui ! _ qu’il s’agisse là, pour ce « molto bello, alto e biondo« _ mais « poco intelligente« … _ « cugino Tibi« ,

    du cousin _ côté Bieber _ Gershon Deutsch (Krompachy, Slovaquie, 16 février 1922 – Brooklyn, 20 septembre 2009),

    un des fils de la tante Helen Bieber (Tiszakarad, 27 juin 1892 -Auschwitz, mai 1944) _ et son époux David Desider Deutsch (Tolcsva, 17 septembre 1884 – Auschwitz, mai 1944) : Tolcsva, dans la vallée de la rivière Bodrog (un affluent de la Tisza), est le village voisin d’Olaszliszka… _ :

    …

    Helen Bieber, une des sœurs de Berta _ nommée « Frida, Friduska (en hébreu Deborah)« , à la page 14 du « Pain perdu« ... _ Bieber (Tiszakarad, 1er février 1895 – Auschwitz, mai 1944),

    elle-même l’épouse de Sandor Sulem Shalom _ « nommé Adam, Shalom en hébreu« , à la page 18 du « Pain perdu… _ Steinschreiber (Tiszakarad, 1895 – Dachau, 1945), et la mère d’Edith, ses trois sœurs et ses deux frères Steinschreiber…

    …

    …

    De même que je me demandais si le tout premier éphèmère mari d’Edith, Milan Grün _ cf cette biographie-ci d’Edith Bruck _, est bien présent, ou pas, dans le récit de 2020, « Le Pain perdu » _ et après recherche attentive, il me semble bien que non : je ne l’y trouve décidément pas… _ ;

     

    …

    quand son second éphémère mari, Dany Roth _ ibidem _, nous est présenté, lui, à la page 104 du « Pain perdu«  _, sous le nom _ à la hongroise : le nom avant le prénom _ de « Braun Gabi » ;

    …

    et le troisième encore plus éphémère mari _ ibidem  : « un dénommé Bruck » : ce très bref mariage sur le papier avait eu pour seule fin, en effet, de permettre à Edith, redevenue, par son second divorce, célibataire, d’échapper à l’obligation à un retour à une résidence collective en un camp, en Israël… _, et dont Edith a conservé le nom pour sa signature d’auteur, Edith Bruck, 

    apparaît alors avec le diminutif de Tomi : « Tomi Bruck« , lit-on à la page 128 du « Pain perdu« … 

    …

    …

    Quant à l’amour vrai de la vie d’Edith, Nelo Risi _ homme généreux et particulièrement désintéressé : ce qui est plutôt rare… _,

    dans « Le Pain perdu« , il apparaît furtivement et merveilleusement, tout à la fin, aux pages 152 à 155,

    sous son seul prénom de « Nelo » :

    …

    Edith le rencontra _ cf son récit, à la page 152 _ au restaurant Otello de la via della Croce, à Rome _ ce fut le 9 décembre 1957 ; cf le beau poème intitulé « Rencontre 1957« , à la page 104 de l’anthologie « Pourquoi aurais-je survécu ?« , qui se clôt par ce vers libre : « le 9 décembre« … _ ;

    …

    mais, suite aux difficultés de Nelo pour obtenir la légalisation officielle de son divorce d’avec celle, artiste peintre australienne, qu’il a nommée « Mitty » _ mais est-ce seulement là son vrai prénom ? Un certain flou semble ici étonnamment demeurer : Edith Bruck en a-t-elle elle-même connaissance ? Peut-être, probablement, tout de même… _,

    le mariage officiel d’Edith et de Nelo ne put avoir lieu, au Capitole de Rome, que neuf années plus tard, seulement : le 17 mars 1966 _ cf la très brève remarque, et dépourvue de commentaire, de la page 154 ; et la date même de ce mariage romain n’est pas alors donnée _, célébré par Francesco Fausto Nitti _ « (1899-1974), une des grandes figures de l’antifascisme », indique la note de bas-de-page du traducteur, René de Ceccatty ; les témoins du marié étant son frère, Dino Risi (1916-2008), et son ami l’écrivain, scénariste, et plus tard réalisateur, Fabio Carpi (1925 – 2018) ; mais le récit du « Pain perdu » ne les mentionne pas ; quant aux témoins de la mariée, eux non plus non mentionnés, quels ils furent, je l’ignore à ce jour…

    …

    À son seul amour vrai, Nelo,

    Edith Bruck consacrera deux très beaux livres,

    pas encore traduits en français :

    …

    « La Rondine sul termosifone« , en 2017 ;  et « Ti lascio dormire« , en 2018.

    …

    …

    Nelo Risi, né à Milan le 20 avril 1920, est décédé à Rome le 17 septembre 2015.

    …

    …

    Et même si, bien sûr, le principal _ poétique et existentiel _ est loin d’être là,

    ce fond d’autobiographie historique très présent dans l’œuvre singulière et si marquante d’Edith Bruck,

    passionne aussi le lecteur actif et curieux du réel que je suis…

    …

    …

    Ce jeudi 13 janvier 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa