Étiquette : Ferrare

  • Découvrir le merveilleux compositeur à la source du meilleur de la musique de la Renaissance en Italie : Adrian Willaert

    En tête du très beau programme du CD Ossesso

    _ cf mon article d’avant-hier :

    … _,

    …

    un merveilleux motet d’Adrian Willaert (c.1490 – 1562) :

    I vidi in terra angelici costumi.

    …

    …

    Voilà qui me suggère de découvrir ce compositeur majeur

    _ absolument crucial dans l’histoire de la musique européenne à la Renaissance ! _,

    qui, « vers le milieu du du XVIe siècle, domina la vie musicale en Italie » :

    …

    ainsi que le présente Piet Stryckers,

    en page 6 du livret du superbe CD Ricercar RIC 331,

    de Chansons, Madrigali, Villanelle d’Adrian Willaert,

    par l’ensemble Romanesque, dirigé par Philippe Malfeyt…

    …

    …

    Après être entré vers 1515

    au service de la famille d’Este à Ferrare,

    Adrian Willaert fut nommé en 1527 maître de chapelle

    à Saint-Marc de Venise ;

    …

    dont il occupa le poste jusqu’à sa mort, en 1562 :

    durant trente-cinq très fécondes et marquantes années.

    …

    …

    « Parmi ses élèves,

    Andrea Gabrieli, Cipriano de Rore, Jacob Buus, Constanzo Porta, Nicola Vicentino,

    ainsi que le théoricien Gioseffo Zarlino.« 

    …

    Je viens donc d’écouter ce jour,

    outre ce premier CD de Chansons, Madrigali, Villanelle,

    …

    un autre merveilleux CD Ricercar,

    le CD RIC 335,

    …

    pour un programme cette fois de musique religieuse,

    autour des irradiantes Vespro della Beata Vergine, d’Adrian Willaert,

    par la Capilla Flamenca, dirigée par Dirk Snellings.

    …

    …

     Et que j’ai complété par un CD Hyperion,

    le CD Hyperion CDA 67749,

    pour un programme a cappella de Motets de Willaert

    (avec aussi un de Josquin, et un autre de Cipriano de Rore)

    bâti autour de la Missa Mente tota du maître de Saint-Marc,

    par l’excellent ensemble vocal _ de six chanteurs _ Cinquecento.

    …

    …

    Soit un merveilleux voyage

    _ enchanteur ! _

    vers un des plus grands maîtres de la musique

    de cette Renaissance en Italie.

    …

    …

    Ce vendredi 1er février 2019, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • La virtuosité de la brillante Emöke Barath dans un éclatant récital du premier Baroque italien

    Au sortir d’écoutes enchantées

    de divers récitals

    de sublimissimes Madrigaux italiens de la Renaissance,

    …

    tout spécialement pour la cour ultra-raffinée des Este

    à Ferrare

    _ que de merveilles de poésie !!! _,

    …

    la virtuosité exacerbée

    de la très brillante soprano Emöke Barath,

    …

    servant des compositeurs _ surtout pour le théâtre public, et à Venise _

    tels que Barbara Strozzi (Venise, 1619 – Padoue, 1677),

    Antonio Cesti (Arezzo, 1623 – Florence, 1669),

    Francesco Cavalli (Crema, 1602 – Venise, 1676) ;

    …

    mais aussi Tarquinio Merula (Busseto, 1595 – Crémone, 1665)

    _ avec aussi quelques pièces instrumentales du très brillant, lui aussi, Biagio Marini (Brescia, 1594 – Venise, 1663) _,

    …

    touche et émeut un peu moins, dois-je dire, ma sensibilité.

    …

    …

    Cet éclatant et très beau récital,

    intitulé Voglio cantar,

    …

    dispose aussi du somptueux tapis _ pré-orchestral, déjà _,

    de l’excellent ensemble Il Pomo d’Oro,

    dirigé ici _ depuis le clavecin _ par Francesco Corti :

    …

    soit un CD Erato 0190295632212.

    …

    …

    Voici donc un CD qui me paraît plutôt constituer

    une luxueuse carte de visite

    pour une brillantissime cantatrice,

    déjà bien remarquée dans pas mal de très réussies _ voire marquantes _ productions d’opéras

    du Baroque,

    de par toute l’Europe ;

    …

    qu’un programme centré sur le touchant des œuvres.

    …

    …

    Ce jeudi 31 janvier 2019, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Un compositeur ultra-raffiné, pour un « Portrait de l’artiste en chien affamé » : Cipriano de Rore

    L’excellent Ensemble Graindelavoix,

    que dirige Björn Schmelzer,

    nous offre un singulier CD consacré à de merveilleux Madrigaux (à plusieurs voix)

    _ dont cinq sont sur des vers de L’Orlando furioso de l’Arioste,

    un, sur un poème du Canzoniere de Pétrarque,

    un autre sur des vers de l’Enéide de Virgile, etc.  _

    …

    du compositeur _ de Renaix _ de la Renaissance,

    particulièrement actif dans les cours suprêmement raffinées des Este à Ferrare

    et des Farnese à Parme,

     

    …

    Cipriano de Rore (c. 1515 – 1565),

    …

    intitulé Portrait de l’artiste en chien affamé :

    un CD Glossa GCD P32114.

    …

    La notice, signée par le chef, Björn Schmelzer,

    est absolument passionnante, dans son extrême précision et raffinement _ aussi ! _,

    tant sur la musique et la poésie,

    que sur la peinture, la sculpture et les enluminures

    qui les accompagnent…

    …

    Cinq chanteurs :

    Anne-Kathryn Olsen, Razek-François Bitar, Albert Riera, Marius Peterson, Adrian Sirbu & Tomas Maxé ;

    le cornet de Luis Coll i Trulls,

    & le citarrone, le luth et la guitare de Floris De Rycker ;

    et la direction de Björn Schmelzer.

    …

    Un CD d’une qualité artistique rare !

    …

    A ne manquer sous aucun prétexte !!!

    …

    …

    Ce dimanche 24 juin 2018, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • L’admirable leçon d’anatomie d’humanité de Nuri Bilge Ceylan : le sublime « Il était une fois en Anatolie »

    C’est avec une considérable admiration _ et une constante jubilation pour son approche et son rendu si délicats et fouillés dans la précision à l’image de l’énigme des âmes et corps humains ! dans les variations infinitésimales de leur silence et visage : les lumières, et pas seulement nocturnes, y sont stupéfiantes de vérité en ce qu’elles dégagent délicatement de l’ombre, magiques… _ que je viens de regarder-suivre-contempler à trois reprises successives le DVD qui vient de paraître ce mois de mars 2012 de Il était une fois en Anatolie, un film sublime parfaitement calmement déployé en deux heures et demi magiquement souplement autant qu’intensément rythmées, sans jamais la moindre pointe d’hystérie _ un très fin humour discret y jouant en permanence aussi (à la Voltaire, à la Sciacca) très finement son rôle _ : un _ nouveau _ chef d’œuvre d’humanité (chaleureusement brûlante !) du cinéaste turc, auteur déjà de l’époustouflant Uzak, Nuri Bilge Ceylan…

    …

    Au-delà d’une enquête criminelle _ la recherche un peu difficultueuse la nuit, sublimement percée seulement des phares de trois voitures, d’un cadavre (qui aurait été enterré, loin de tout…) parmi les steppes un peu répétitives d’Anatolie : autour de fontaines avec un arbre « en boule«  ! alors que le principal suspect se souvient mal, tant il était « alcoolisé » alors… _ menée par un commissaire de police _ finissant par s’énerver quelque peu _ et son équipe, sous la (haute) direction d’un procureur mesuré, lui _ mais sur lequel se découvrira que pèse un secret enfoui sous un (terrible) déni à soi-même : celui de la prise de conscience et assomption, enfin, de la vraie cause de la mort de son épouse juste après avoir accouché de leur bébé, une fille, et en avoir, bien au préalable, annoncé, enceinte, cinq mois plus tôt, la date… _,

    c’est le point de vue du médecin chargé de procéder (bientôt, dès que le corps enterré que l’on recherche aura été retrouvé !) à l’examen de l’autopsie du cadavre de la victime qui, peu à peu, se dégage et vient surplomber magistralement (et relativiser) tous les autres points de vue, même si demeureront encore pas mal de pans d’énigme _ en particulier sur le crime initial lui-même : ses modalités, sinon ses raisons, autour de la paternité d’un enfant et de la relation entre celui et celle qui l’ont engendré ! tout cela restant tu (en paroles), et se limitant, pour eux (comme pour nous, face à l’écran, qui y assistons), à l’échange de regards terribles sans fond… _, au final de ce que nous donne à assister et contempler _ deux heures et demi de regards concentrés sur l’écran _ cet immense film !..

    …

    Le comédien interprétant le Docteur Cemal, cet assez jeune médecin _ trentenaire _, Muhammet Usuner, est particulièrement remarquable _ et c’est un euphémisme _ dans l’intensité parfaitement sobre _ jusque de face et en gros-plan et au ralenti de la pensée qui réfléchit et s’interroge, d’une inquiétude calme… _ de son jeu : celui de qui sait le mieux regarder et déduire _ mieux qu’en « sceptique« , comme le qualifie un peu improprement le procureur, dont le métier est, pour lui aussi, d’« enquêter«  à la recherche (sereine) de la vérité et la justice… cf ici mon précédent article sur le livre de Florent Brayard Auschwitz, enquête sur un complot nazi : Le travail au scalpel de Florent Brayard sur les modalités du mensonge nazi à propos du meurtre systématique des Juifs de l’Ouest : le passionnant « Auschwitz, enquête sur un complot nazi » _ ; mais aussi celui de qui sait le mieux faire preuve de vraie humanité à l’égard de toutes les victimes _ à commencer par celles qui vont vivre…

    …

    Le final, avec vue sur une cour de récréation d’école et des enfants jouant, en contrepoint de l’autopsie en train de réglementairement s’accomplir _ en contrepoint supplémentaire, on pourra lire l’expressionniste, lui, sublime (oui !) poème de Gottfried Benn, Morgue… _, est admirable…

    …

    Et lui aussi, le médecin, a son passif d’amour malheureux : en demeurent quelques photos de l’épouse dont il a divorcé _ sans avoir eu (ni voulu) d’enfant, dira-t-il au procureur : sa vision est la plus prospective… _ qu’il compulse _ un bref moment _ de retour dans le silence de son bureau à l’hôpital…

    …

    Il est vrai que le principal scénariste _ avec Nuri Bilge Ceylan lui-même ainsi que son épouse Ebru Ceylan _, Ercan Kesal, est lui-même _ peut-on apprendre en fouillant dans le riche dossier disponible des articles à propos de ce film sobre si intense et magistralement riche _ médecin de formation ; et qu’une des sources de cette intrigue, à moins que ce ne soit un de ses motifs centraux (!), se trouve être, ainsi qu’on peut le lire parmi le générique de fin qui défile, l’œuvre de Tchékhov, celui-ci-même médecin de formation, lui aussi.

    …

    D’où la double admirable  « leçon« , tchékhovienne si l’on veut, et d’anatomie _ et pas seulement les vingt minutes de la magistrale (et sobre) séquence d’autopsie du corps, à la fin, à l’hôpital de la ville _ et d’humanité !

    …

    D’autant que, au cœur de tout cela, est la difficulté, au plus intime du plus intime, pour un homme _ et tout homme _, d’aimer comme il le faudrait une femme _ toute femme.

    C’est admirable : je n’en sors pas…

    …

    Et sur ce dernier aspect, la caméra de Nuri Bilge Ceylan suit,

    à la turque

    _ en un nouvel aller-retour, comme dans le déjà si puissant Uzak, en 2002, entre le destin européen d’Istanbul et les origines ottomanes (un peu plus sauvages ? au moins pour la doxa…) de l’Anatolie : d’où la parole anticipatrice d’un des policiers au médecin venu d’Istanbul, lors des péripéties de la traque, de fontaine en fontaine, avec arbre « en boule« , du cadavre enterré : plus tard, de retour chez vous, vous vous direz : « Il était une fois en Anatolie« … _,

    …

    la caméra de Nuri Bilge Ceylan suit, à la turque, donc,

    et en cette région d’Anatolie,

    la voie admirablement tracée _ tout aussi sobrement et tout aussi loin de la moindre propension au moindre bavardage intempestif et une quelconque hystérie _ de Michelangelo Antonioni _ l’aristocratique Ferrare des Este portant aussi une empreinte calviniste ! celle de la duchesse Renée de France (1510-1575), présente à Ferrare de 1528 à 1560 ; celle-ci y reçut Calvin en 1536… _,

    de L’Avventura, L’Eclisse et La Notte

    à Idenficazione di una donna et Al di là delle nuvole : toutes œuvres sublimissimes, elles aussi…

    …

    Merci l’artiste !

    vrai et profond

    qu’est Nuri Bilge Ceylan…

    …

    En conséquence de quoi : ne pas laisser passer, mais se laisser aller à se délecter de

    cette sublime

    intense et si délicate à la fois

    leçon _ vierge du moindre didactisme (et lourdeur) : tout y est d’une infinie délicatesse de touche, légère, vraie, profonde (et sans la moindre ombre de quelque componction que ce soit…) : à la Antonioni, donc, si l’on veut : ici sont préférés (et ne sont retenus que) les visages et les regards, sans nul discours de paroles plombant… _ d’humanité et d’anatomie

    qui nous vient de la partie asiatique (anatolienne et steppique) de la Turquie

    qui pourrait un peu trop se lasser, elle, la Turquie, de continuer à frapper sans signe d’accueil un peu plus  bienveillant à la porte de notre bien malheureuse _ et combien moins délicate ! ces derniers temps-ci… _ Europe

    via ce magistral

    et sublime d’humanité

    film qu’est Il était une fois en Anatolie

    en sa fondamentale noblesse…

    …

    Titus Curiosus, ce 18 mars 2012