Étiquette : Francis Lippa

  • « Sur le pouvoir des frêles lucioles de l’Art », ou de quoi retenir un instant Monsieur le Bourreau le moment : pour partager l’émotion de l’entretien bouleversant de Claudia Cardinale avec René de Ceccatty du 15 janvier 2004…

    En modeste apostille à mon article d’hier 25 septembre, cet envoi-ci aux amis afin de partager un pas plus loin l’émotion de l’admirable entretien cité de Claudia Cardinale et René de Ceccatty :
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    L’entretien de René de Ceccatty avec son amie Claudia Cardinale du 15 janvier 2004, que celui-ci vient de m’adresser en réponse à mon courriel « Tristesse », 
    est magnifique,
    tant celle-ci sait y creuser très profond, rétrospectivement – et c’est tellement difficile à effectuer avec pareille lucidité ! – , sur son parcours, et personnel, et d’actrice et comédienne.
    La beauté ne fut pas que sur son visage, ni en son jeu…
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    J’en ai tiré, à mon modeste tour, ce petit article-ci à partager :
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    Et hier soir j’ai regardé – à nouveau ! – ce joyau qu’est Le Guépard de Visconti, donné le soir même en hommage à Claudia Cardinale sur la 2 :
    sur le temps (et la vie) qui passe (et vieillit et finit par trépasser) et l’Histoire, et ses indurations – et pas qu’en Sicile en 1860…
    Et sur la beauté qui demeure magiquement aussi par les traces un peu durables bien que fragiles de l’Art véritable
    – littérature, cinéma, photographie, peinture ; musique aussi ! – ,
    au moins pour qui a un peu appris à saisir – Kairos un peu aidant – les trop rares occasions (et moyens ténus) de les contempler – et comme s’y tenir et retenir un peu – à leur toujours très furtif passage – relire ici les formidables mots de Montaigne en commentaire (merveilleux !) à la terrible expression de « passer le temps« , au final (en apothéose magnifique) de l’ultime chapitre de ses Essais : livre III, chapitre 13 : « de l’expérience« …
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    Le souvenir a lui aussi sa vie – complexe – , et ressuscite (ou préserve un peu), un instant ou un moment – c’est très variable – , la magique présence radieuse de certaines personnes un peu durablement rencontrées, puis éloignées, ou disparues – Eurydice pour Orphée…
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    Je pense aussi à la brève apparition – en image rapide : fantomatique, forcément, mais aussi à  dimension (spinozienne) d’éternité !.. ; et lire ici les pensées lucidissimes de mon amie Marie-José Mondzain : « Homo spectator – voir, faire voir« , « Images (à suivre) – de la poursuite au cinéma et ailleurs« , etc. – du personnage de l’épouse disparue que joue Claudia Cardinale – dont se souvient le personnage (il va mourir bientôt, nous dira a posteriori la courbe s’aplatissant de l’électro-encéphalogramme du plan ultime du film romain cette fois…) interprété ici, à nouveau, par le grand Burt Lancaster – dans le magique lui aussi Violence et passion,
    cet autre chef d’œuvre (en forme de reprise testamentaire et crépusculaire – par rapport au solaire Guépard sicilien initial… –) si marquant du grand Visconti…
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    Vivre, et ne pas seulement passer et disparaître…
    Ce que peut donner à partager le miracle des lucioles – j’emprunte l’image à Pier-Paolo Pasolini… – de l’Art à son meilleur…
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    Francis
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    Très simplement, voilà.
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    Ce vendredi 26 septembre 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa
  • Sur le radieux et magique CD « Johann Sebastian Bach – Sonatas for Violin and Continuo »d’Isabelle Faust, Kristian Bezuidenhout et Kristin von der Golz (en forme de suite)…

    Comme en suite de mon article d’hier 23 septembre « Un coup de Bach… et ça repart : le splendide CD « Sonatas for Violin and Continuo » d’Isabelle Faust, Kristian Bezuidenhout et Kristin von der Golz…« ,

    voici que ce matin  sur son site Discophilia Jean-Charles Hoffelé publie un article intitulé « En trio » consacré à ce radieux CD HMM 902698 « Johann Sebastian Bach – Sonatas for Violin and Continuo » – enregistré à Harlem au mois d’août 2023 – d’Isabelle Faust, Kristian Bezuidenhout et Kristin von der Golz – écoutez donc ici, ou ici...- ,

    qui vient compléter le double CD HMM 902256.57 « J.S. Bach – Sonatas for violin & Harpsichord » – enregistré à Berlin du 18 au 24 août 2016 – d’Isabelle Faust et Kristian Bezuidenhout…

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    Le violon et le clavecin de ces enregistrements d’août 2016 et août 2023 ont changé :

    au violon de Jacob Stainer (1658) – prété par Jakob Bader – a succédé le violon Stefan van Baehr (2019) d’après le « Sleeping Beauty » d’Antonio Stradivarius (1704) ;

    et au clavecin John Phillips (Berkeley 2008) d’après Johannes Heinrich Grabner l’aîné (Dresde 1722) – prété par Trevor Pinnock – , a succédé le clavecin Jonte Knif et Arno Pelto (2004) d’après divers modèles allemands – prété par Olivier Fortin – …

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    Et pour  ma part, je préfère de loin les instruments de cet enregistrement de 2023 à ceux de l’enregistrement de 2016…

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    Voici donc le très intéressant article « En trio » de ce jour de Jean-Charles Hoffelé :

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    EN TRIO

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    Le violon arpège sur la seule tenue de la basse de viole avant que le clavecin ne se glisse entre eux pour initier la grande toccata où l’archet pourra briller. Isabelle Faust fait naître cette Sonate virtuose – BWV 1023 – du quasi-silence, elle ouvre cet album qui vient compléter – voilà ! – celui des Sonates en duo – enregistré en 2016 – , bouclant probablement le parcours Bach de la violoniste.

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    La beauté – oui, oui ! – de son Stradivarius – de 1706 – irradie ces pages peu souvent enregistrées, toujours dans l’ombre des Sonates à deux – BWV 1914 à 1019 – , pourtant Bach ose y avouer sa fascination pour les modèles français – en effet ! – y invitant le monde des suites des violistes – c’est tout à fait cela ! Danses et contredanses, pastorales et siciliennes sont à peine déguisées – oui : d’où leur irréfragable charme français… – sous les mouvements des Sonates.

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    La beauté des mélodies fait songer parfois à des airs de cantates – celles pour la maison… – , on traquera les réemplois, mais ce qui étonne au long du cahier reste cette virtuosité qui en fait croire certaine écrites pour Pisendel.

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    Sur son beau Jonte Knif prêté par Olivier Fortin, Kristian Bezuidenhout tisse le lacis des polyphonies et envole les danses où l’archet de Kristin von der Goltz ne lui cède en rien, dansant lui aussi –oui, oui – , souvent sur les pointes. L’alliage des trois est simplement radieux – voilà ! et c’est bien là le mot-clé pour qualifier ce magique CD ! -, il règle à vrai dire la discographie – oui : une irradiante joie – de ces éloquents bijoux.

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    LE DISQUE DU JOUR

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    Johann Sebastian Bach(1685-1750)

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    Sonate pour violon et basse continue en mi mineur,
    BWV 1023

    Sonate pour violon et basse continue en sol majeur,
    BWV 1021

    Sonate pour violon et basse continue en ut mineur,
    BWV 1024

    Sonate pour violon et clavecin obligé en sol majeur, BWV 1019a
    (3 extraits : III. Cantabile, ma non poco Adagio ; IV. Adagio ; V. Violino solo e
    Basso l’accompagnato)

    Fugue pour violon et basse continue en sol mineur, BWV 1026
    Sonate pour viole de gambe et clavecin obligé en sol mineur, BWV 1029 (version avec violon)

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    Isabelle Faust, violon
    Kristin von der Goltz, violoncelle
    Kristian Bezuidenhout, clavecin

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    Un album du label harmonia mundi HMM 902698
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    Photo à la une : la violoniste Isabelle Faust et le claviériste Kristian Bezuidenhout – Photo : © Peter Fischli

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    Un magique CD !!!

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    Ce mercredi 24 septembre 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Pourquoi Christian Macelaru et l’Orchestre National de France réussissent-ils si bien leurs Ravel : de la subtilité et douceur en la richesse claire de l’art français (dont Ravel) en la formation et carrière de George Enesco (Liveni, 1881 – Paris, 1955)…

    Ce dimanche 21 septembre, en lisant le passionnant article « Cristian Măcelaru, son projet Enesco avec l’Orchestre national de France » – un entretien de Cristina Comandasu avec Christian Macelaru  – publié le 15 septembre dernier sur le site de ResMusica,

    je comprends mieux ce que je commençais à percevoir et indiquer en mes deux précédents articles d’avant-hier 19 septembre « L’impeccablement ravelien « Tombeau de Couperin » de Christian Macelaru dirigeant l’Orchestre National de France le 28 février 2025 : clarté, lumière et couleurs irradient en toute plénitude le jeu ; le plus pur Ravel est bien là… » et hier 20 septembre « De l’importance de l’orchestre dans les Concertos pour Piano de Ravel : une perplexité…« ,

    à savoir l’idéale capacité de Christian Macelaru dirigeant l’Orchestre National de France de servir idéalement le répertoire symphonique français dans la lignée tout particulièrement des œuvres de Claude Debussy et Maurice Ravel, à l’instar, pour en choisir un exemple emblématique, d’un chef tel que Jean Martinon (1910 – 1976)…

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    Et tout spécialement ici l’œuvre pour orchestre symphonique de Maurice Ravel – « Le Tombeau de Couperin » M. 68, « Ma Mère l’Oye » M. 62, « La Valse » M. 72, « Une Barque sur l’Océan » M. 43A, « Pavane pour une Infante défunte » M. 194, « Alborada del Gracioso » M. 43B, « Rapsodie espagnole » M. 54, « Bolero«  M. 81, « Daphnis et Chloé » M. 57 – , en son merveilleux triple album Naïve V 9018 « Ravel – Paris – 2025« …

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    Voici donc cet article « Cristian Măcelaru, son projet Enesco avec l’Orchestre national de France » – paru initialement en anglais en février 2025 –

    avec, de-ci de-là, quelques menues farcissures de mon cru…:

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    et l’ ont remporté le Prix () dans la catégorie « Musique symphonique » pour l’album comprenant les deux Rhapsodies roumaines et les trois symphonies de , un album – DG 486 5505 – publié par Deutsche Grammophon. Cristina Comandașu, membre du jury des pour Radio Romania Muzical, a interrogé le chef sur son projet Enesco.

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    La 27e édition du se tiendra à Bucarest du 27 août au 21 septembre 2025 sous la direction artistique de . Une édition particulière à l’occasion du 70e anniversaire de la disparition du compositeur (à Paris, le 4 mai 1955) – il était né le 19 août 1881 à Liveni – durant laquelle le chef dirigera l’ et le WDR Sinfonieorchester Köln.

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    : Que signifie ce prix ICMA pour vous  ?

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    : Je suis avant tout très heureux d’avoir eu l’occasion de produire cet album avec la musique d’Enesco. C’est une musique que j’aime depuis toujours et j’ai toujours voulu la mettre davantage en lumière en enregistrant les trois symphonies et les deux rhapsodies.
    Ces enregistrements ne sont en quelque sorte que le début – bien ! – de ma vision plus large de la mise en valeur de la musique d’Enesco. Je suis ravi que ces efforts continuent de susciter autant d’attention. Pour moi, ce prix est une reconnaissance non seulement de notre travail acharné, mais aussi de l’incroyable qualité – voilà, voilà ! – des compositions d’Enesco, ce qui me remplit d’une grande joie.
    Je suis extrêmement heureux que les efforts que nous avons consacrés à ce projet soient reconnus et compris, et que ce cadeau que je souhaite partager avec le monde entier à travers ces enregistrements soit si bien accueilli. C’est vraiment merveilleux. Bien sûr, je suis profondément reconnaissant pour l’honneur que représente ce prix, c’est quelque chose de très beau.

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    ICMA : Quelles réactions internationales avez-vous remarquées à propos de cet album ?

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    CM : J’ai reçu des réponses et des commentaires de personnes du monde entier. De plus, j’ai eu l’honneur de recevoir en France le prix de l’Album de l’année des Chocs Classica, ainsi que le Diapason d’Or de l’année – c’est excellent ! Cet enregistrement a suscité un intérêt mondial [ndlr : lire notre article]. J’entends beaucoup parler de la musique d’Enesco, et beaucoup la découvrent pour la première fois. C’est la véritable raison derrière ces enregistrements : présenter au monde la beauté d’une musique qui n’est pas sortie de Roumanie depuis 100 ans. Je dirais même qu’en dehors de l’Europe, on n’a pas beaucoup mis l’accent sur ce qu’Enesco a créé, à part la Première Rhapsodie – créée en 1901. Pour moi, ses symphonies – les œuvres de maturité – composées entre 1905 et 1918 – que j’ai enregistrées – ont une importance phénoménale dans l’histoire de la musique et possèdent une beauté extraordinaire.

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    ICMA : J’aimerais que nous revenions brièvement sur l’histoire qui a mené à la création de cet album. Quand l’idée d’enregistrer les œuvres d’Enesco a-t-elle germé et comment cela a-t-il conduit à la collaboration avec Deutsche Grammophon ?

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    CM : Tout a commencé lors des négociations pour ma nomination au poste de directeur musical de l’ en 2019 (lire notre interview). Au cours de ces négociations, j’ai exprimé que l’un de mes principaux souhaits était de relever ce défi majeur – jouer et enregistrer Enesco ! –  avec l’orchestre, car cela exigerait un effort considérable de la part des deux parties. Je leur ai dit que j’accepterais ce poste à la seule condition – voilà ! – que nous nous lancions ensemble dans ce projet. Nous avons discuté d’une vision à long terme s’étendant sur plusieurs années, dans laquelle j’aspirais à collaborer avec Deutsche Grammophon et l’Orchestre national de France pour créer ces enregistrements qui serviraient d’héritage à notre travail collectif, mais aussi, et surtout, à la musique d’Enesco. Je crois sincèrement qu’il est essentiel – voilà ! – que sa musique soit interprétée par un orchestre français qui comprend – voilà, voilà ! – son style unique.

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    Ainsi, en 2019, nous avons entamé les discussions, puis nous avons contacté Deutsche Grammophon. Nous avons réussi à les convaincre, car ils n’avaient jusqu’alors jamais inclus la musique d’Enesco dans leur catalogue. Tout s’est parfaitement déroulé et, en 2021, nous avons commencé l’enregistrement. Une fois que nous avons eu le feu vert pour commencer, j’ai également entamé des discussions avec le musée George Enesco et le ministère roumain de la Culture afin d’avoir accès aux manuscrits – une étape de travail en effe éminemment cruciale ! – . Cela m’a permis de corriger les innombrables erreurs – si je peux les appeler ainsi – dans les partitions et de produire un enregistrement aussi proche que possible de ce qu’Enesco lui-même avait imaginé.

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    « Il était important pour moi de revenir aux manuscrits d’Enesco »

    ICMA : Pour clarifier les choses, vous avez pris les manuscrits du musée Enesco et vous les avez réécrits afin de les mettre sous une forme qui puisse être publiée ultérieurement, n’est-ce pas ?

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    CM : Exactement. J’ai pris les manuscrits en collaboration avec la maison d’édition roumaine Grafoart et nous les avons revus ensemble. Ils m’ont aidé à m’assurer que tout ce qui devait être corrigé l’était, car la musique d’Enesco n’a été publiée qu’une seule fois. C’est un défi, car il y a beaucoup d’erreurs potentielles, surtout dans une publication datant d’il y a près de 100 ans, à une époque où l’attention portée aux détails n’était pas aussi précise. En général, les compositeurs publient une deuxième, une troisième, voire une quatrième édition pour corriger de nombreux problèmes, mais cela n’a pas – hélas – été le cas pour Enesco. C’est pourquoi il était si important pour moi de revenir à ses manuscrits, qui sont incroyablement clairs et parfaits – voilà. Il n’y a aucune raison pour qu’il y ait des erreurs. Ensemble, nous avons tout corrigé et de nouvelles partitions ont été réalisées afin de garantir que tout soit clair et bien présenté, pour faciliter la lecture. De nombreuses partitions d’Enesco étaient encore manuscrites et, au fil du temps, ces manuscrits ont été copiés et recopiés, passant entre de nombreuses mains, ce qui a contribué à leur usure. Mais je pense que les efforts que j’ai investis, avec le soutien de Grafoart, ont porté leurs fruits. J’espère que les futurs interprètes de la musique d’Enesco disposeront désormais d’une version plus récente et améliorée.

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    ICMA : Vous avez accompli un véritable travail musicologique de détective.  Quand pouvons-nous espérer la publication de ces nouvelles partitions ?

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    CM : Tout ce que je peux dire à ce sujet, c’est que ce sont les personnes qui possèdent les documents et qui s’occupent de ce processus qui prendront la décision. Je ne peux pas donner de date précise, mais oui, l’idée était de promouvoir la musique d’Enesco d’une manière qui facilite son interprétation. En effet, beaucoup connaissent les œuvres d’Enesco, mais je rencontre souvent des situations où des personnes souhaitent interpréter sa musique, mais se rendent compte que les partitions n’existent pas ou sont de mauvaise qualité, difficiles à lire et ne répondent pas aux mêmes normes que les partitions des compositeurs fréquemment interprétés. C’est pourquoi j’ai suggéré de faciliter l’interprétation de la musique d’Enesco pour tous. Je pense que nous sommes enfin arrivés à la dernière étape pour y parvenir.

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    ICMA : Je voudrais vous interroger sur la spécificité – nous y voici ! – de l’Orchestre national de France, qui joue un rôle central – oui !!! – dans ces enregistrements, à vos côtés. Pourquoi est-il nécessaire que la musique d’Enesco soit interprétée par un orchestre français, ou pensez-vous qu’il serait préférable qu’elle le soit ?

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    CM : Tout d’abord, pour ceux qui ne le savent pas, Enesco a suivi sa formation et ses études à Paris dans ses dernières années – voilà ! Il a été profondément influencé par les découvertes qu’il y a faites, les professeurs, les amis qu’il s’est fait et les collaborateurs avec lesquels il a travaillé quotidiennement. C’est pourquoi tout ce qui est écrit dans les partitions d’Enesco, même dans les rhapsodies, est en français – oui. Toutes les instructions sur les nuances, l’interprétation et l’articulation, tous ces aspects subtils – un qualificatif décisif du principal de l’art musical français ! – de la musique sont fournis en français. Mais elles ne sont pas seulement transmises dans cette langue ; ce sont des instructions qui sont très liées – voilà, voilà – à la tradition musicale française. Tout comme les compositeurs germanophones ont leur propre langage distinct, les compositeurs français ont le leur. À titre de comparaison, si l’on regarde la musique de Gustav Mahler, qui a vécu à la même époque qu’Enesco, Mahler écrivait ces instructions en allemand. Mais ces indications ne peuvent pas être parfaitement traduites dans une autre langue, car elles expriment des nuances et des significations qui reflètent son désir que la musique soit jouée d’une manière particulière. De même, Enesco a écrit ces instructions musicales en français.

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    En même temps, les gestes musicaux qu’Enesco écrit sont très caractéristiques de la musique française – voilà. Il faut savoir que presque chaque note de ses symphonies comporte une indication sur la manière dont elle doit être jouée. Enesco utilise des accents, des points, des lignes, des virgules, des indications de legato et de portato. Il a inventé une notion particulièrement belle – aucun autre compositeur n’utilise cette terminologie – : le parlando-rubato, qui signifie « chanté comme si l’on parlait ». Cela fait référence au style de chant folklorique. Il inclut cette notation dans ses partitions, créant ainsi un moyen d’exprimer le parlando-rubato.

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    Il me semble qu’Enesco essayait de capturer – comme par exemple Bartok et Kodaly, ou Dvorak et Janacek… – la musique qu’il entendait autour de lui et la façon dont elle était jouée, car un orchestre français produit un son très différent – voilà ! -de celui d’un orchestre allemand. Un orchestre français a un son beaucoup plus léger – voilà : une légèreté bien française… – que celui d’un orchestre allemand, qui a tendance à avoir un ton plus profond, plus lourd et plus doux, plein de vie. D’autre part, un orchestre français a généralement un son plus transparent, plus élégant – voilà – et plus léger. C’est pourquoi Enesco a essayé de capturer ces qualités dans ses compositions – oui. Lorsque vous placez ces instructions devant un orchestre dont la tradition est de jouer sans s’appuyer sur de telles indications, les musiciens comprennent la musique plus immédiatement, plus facilement et plus directement. C’est pourquoi j’étais si impatient de collaborer avec un orchestre français – voilà, voilà. Après tout, la tradition de l’orchestre national, basé à Paris et composé de musiciens qui ont suivi la même formation qu’Enesco au Conservatoire national supérieur de Paris, permet à ces musiciens de perpétuer la tradition – voilà – qu’Enesco a découverte à Paris et qu’il a tenté de retranscrire – en l’ayant poursuivie… – dans ses partitions. C’est pourquoi je pense qu’un orchestre français, comme l’Orchestre national de France, qui, soit dit en passant, a bâti sa carrière en préservant cette ancienne tradition d’interprétation, est le mieux placé – voilà ! – pour interpréter la musique d’Enesco.

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    ICMA : Quelle a été la réaction de l’orchestre face à la musique d’Enesco ?

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    CM : Chaque fois que nous jouons la musique d’Enesco – en particulier ses symphonies, pas seulement la célèbre et très appréciée Première Rhapsodie, mais aussi ses autres œuvres –, chaque fois que je présente cette musique à un orchestre qui ne l’a jamais jouée auparavant, les musiciens sont d’abord quelque peu intimidés, car la musique d’Enesco est très complexe – voilà. Mais après quelques jours de répétition, ils parviennent à la jouer et à la comprendre. À chaque fois, les musiciens viennent me voir et me disent qu’ils ont découvert un monde extraordinaire – c’est ce qu’on peur espérer attendre d’un vrai génie musical : une vraie voix singulière – dont ils ignoraient l’existence. Je n’ai encore jamais entendu quelqu’un dire qu’il n’avait pas aimé jouer une symphonie d’Enesco. À chaque fois, la réaction est la même : « Waouh, c’était incroyable ! Cette musique est absolument géniale ! Elle est tellement belle ! » L’Orchestre national de France a également adopté cette musique et l’a désormais intégrée à son répertoire. J’espère que nous la jouerons régulièrement dans les années à venir.

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    ICMA : Comment décririez-vous la place de George Enesco dans le paysage international de son époque ?

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    CM : La musique d’Enesco a la grandeur de Gustav Mahler, mais la complexité de Richard Strauss, tandis que le langage qu’il utilise s’apparente à celui de Debussy et Ravel – voilà, voilà… Elle crée un monde complètement nouveau, avec une harmonie qui rappelle Richard Wagner, un compositeur qu’Enesco admirait profondément. Cependant, l’ampleur et la grandeur de sa musique me rappellent Gustav Mahler. Comme Mahler, Enesco utilise également un orchestre massif dans ses symphonies, avec des mouvements à grande échelle. Ses Deuxième et Troisième symphonies durent près d’une heure et, à travers ces œuvres, il construit un univers musical qui fait écho au monde symphonique de Mahler.

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    La complexité de l’écriture d’Enesco est quelque chose que je n’ai retrouvé que dans la musique de Richard Strauss au début du XXe siècle. Pour ceux qui ne le savent pas, chaque musicien de l’orchestre a une partie extrêmement difficile et incroyablement belle à interpréter, et ensemble, ils créent cette vaste image, chacun apportant une couleur unique. Mais ils doivent tous comprendre leur rôle dans cette image – orchestrale collective – , car sinon, cela deviendrait une cacophonie, ce qui rend la tâche si difficile. Je dis souvent aux orchestres que tout doit être joué, mais que nous devons veiller à ce que rien ne se démarque individuellement – de l’ensemble orchestral. C’est un concept fascinant, car il faut parfois être très transparent. La musique d’Enesco comporte de nombreuses sections où l’orchestre tout entier joue quelque chose de difficile, mais il doit être si subtil – nous y revoici donc ! – et si doux – douce France… – qu’aucun son individuel n’est entendu, créant seulement l’impression d’un tableau vu à travers la brume – voilà ! à la Corot : à la Debussy, si l’on veut, mais pas à la Ravel… C’est ce qui distingue Enesco des autres compositeurs. Et bien sûr, les gestes musicaux me font beaucoup penser à Debussy et Ravel – oui ! mais pour des raisons différentes… – , qui étaient des contemporains – et amis – d’Enesco – George Enesco, au violon, créa la « Sonate pour violon et piano«  de Maurice Ravel, avec Ravel lui-même au piano, le 30 mai 1927, salle Érard, à une séance des Concerts Durand, comme l’indique aux pages 2466-67 la notice que Manuel Cornejo consacre à Georges Enesco à sa Table des correspondants de Maurice Ravel ; et 22 lettres échangées entre Ravel et Enesco sont répertoriées à la page 2816 de l’édition de cette infiniment précieuse « Correspondance » de Ravel parue en mars dernier aux Éditions Tel-Gallimard par les soins rigoureux de Manuel Cornejo... La façon dont il utilise l’ensemble de l’orchestre, ses combinaisons d’instruments et son orchestration ressemblent fortement – forcément ! – à celles des compositeurs français.

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    ICMA : Vous avez évoqué Enesco comme votre héros personnel dans une autre interview. Quelles sont les valeurs qu’il incarne à vos yeux ?

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    CM : Pour moi, Enesco est indéniablement un héros personnel, tant pour sa façon de créer de la musique que pour la manière dont il a réussi à captiver le monde entier. J’ai souvent entendu son nom mentionné avec beaucoup d’admiration et de respect dans les salles de concert du monde entier. J’ai vu ses œuvres à l’affiche de programmes même aux États-Unis et j’ai lu de nombreux articles de journaux le louant comme un génie sans pareil. Malgré cette renommée, Enesco est resté une personne humble et respectueuse – comme e fut aussi Ravel… Il ne parlait pas beaucoup et ne s’intéressait pas à la politique, en particulier aux questions qui ne le concernaient pas. Il se concentrait avant tout sur la création artistique – comme Ravel.. C’était un professeur exceptionnel, ainsi qu’un interprète et un compositeur. Les valeurs qu’il incarnait dans tout ce qu’il faisait sont celles que j’aspire à défendre dans ma propre vie.

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    Le fait que je fasse ces comparaisons significatives avec des compositeurs hors de Roumanie souligne un point essentiel : si Enesco est indéniablement une icône nationale de la culture et de l’art roumains, il est essentiel de comprendre qu’il était bien plus qu’un simple compositeur roumain. Enesco était une figure qui se situait au même niveau, voire au-dessus, de ses contemporains sur la scène internationale. Placer sa musique et notre culture dans un contexte mondial plus large renforce leur importance. Ce sont des valeurs dont nous pouvons être fiers et que nous pouvons célébrer. Ce faisant, nous transmettons quelque chose de significatif aux générations futures, à nos enfants et à ceux qui les suivront. La valeur de la musique d’Enesco est un héritage véritable et durable – et profond, oui, oui. En reconnaissant et en appréciant ces valeurs dans notre vie quotidienne, nous favorisons une société plus belle et plus mature. Tout au long de sa vie, Enesco a été un immigran – oui. Cela se voit dans la façon dont il a su tirer le meilleur de chaque société dans laquelle il a vécu, en s’en servant pour créer quelque chose d’extraordinaire, non pas en abandonnant ses racines roumaines, mais en les enrichissant – voilà. Cette perspective multiculturelle – apprendre à Vienne, composer à Paris et tirer le meilleur de chaque culture qu’il a rencontrée – offre un modèle inspirant pour construire un monde plus dynamique et plus harmonieux – oui.

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    Il est un exemple pour nous tous, car nous ne vivons pas dans un monde isolé, confinés uniquement à la culture dont nous avons hérité sans jamais élargir nos horizons. Nous vivons dans un monde globalisé où il est essentiel d’apprécier les contributions uniques – singulières – de chaque individu, en les tissant dans une magnifique tapisserie d’identités et d’expériences personnelles – diverses. Cette beauté partagée nous permet non seulement de nous y retrouver, mais nous inspire également – voilà – à créer quelque chose d’encore plus remarquable. Les leçons que j’ai apprises d’Enesco sont le genre de valeurs que je souhaite adopter pour moi-même et pour mon pays – la Finlande.

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    ICMA : Ce projet va se poursuivre, alors dites-nous en plus à ce sujet.

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    CM : En effet, le projet se poursuit. Nous allons ensuite enregistrer d’autres œuvres d’Enesco : les Suites pour orchestre, le Poème roumain, la Symphonie concertante et ses autres pièces, dans une autre série d’enregistrements que nous espérons terminer d’ici 2027 – ma discothèque personnelle comporte un double CD Apex 2564 62032-2  comportant ces œuvres-ci, Op. 29, Op. 29 et Op 27 (soient les 3 Suites pour orchestre), Op. 1 (le Poème roumain), Op. 8 (la Symphonie concertante), ainsi que l’Op. 11 (les 2 Rhapsodies roumaines), par Lawrence Foster dirigeant en 1983 et 84 l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo : un double CD Apex paru il y a déjà 20 ans, en 2005… 

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    ICMA : Cela marque également la fin de votre mandat au sein de l’Orchestre national de France, et je sais que beaucoup s’interrogent sur la suite.

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    CM : Ma relation avec l’orchestre reste très forte et étroite, et nous continuerons à travailler ensemble sur des projets. Quand je pense à la plupart de mes collègues chefs d’orchestre, un mandat de sept ans est considéré comme sérieux et substantiel, mais il est normal qu’un directeur musical passe à un autre orchestre après un tel mandat. Les orchestres modernes n’ont plus besoin qu’un chef d’orchestre soit présent tous les jours pour leur apprendre à jouer ; ils ont plutôt besoin d’expériences différentes – voilà – , d’être exposés à de nouvelles idées et d’approches novatrices en matière d’interprétation. C’est pourquoi la durée des mandats des directeurs d’orchestre varie aujourd’hui généralement entre 5 et 10 ans. Sept ans, c’est un excellent mandat, et ce n’est que le début du renforcement de la relation que je continuerai d’entretenir avec l’orchestre.

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    ICMA : Avez-vous d’autres engagements à venir que vous pouvez nous dévoiler ?

    CM : Pour l’instant, je m’efforce de concilier les engagements que j’ai déjà pris. Je n’ai rien de nouveau à annoncer pour le moment. Je prendrai mes fonctions à Cincinnati – Ohio (USA)… – en septembre prochain et je resterai à Paris pendant encore deux ans. Je poursuivrai également ma collaboration avec l’Orchestre WDR de Cologne et mon travail au Festival Enesco, qui est un projet d’envergure. Tout cela m’encourage à me concentrer sur ce que j’ai déjà, plutôt que de rechercher d’autres opportunités pour le moment.

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    Crédits photographiques : Cristian Macelaru © WDR-Thomas Brill ; album Deutsche Grammophon ; concert du 20 juin 2024 © Orchestre national de France – Dimitri Scapolan

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    Entretien publié en anglais sur le site des ICMA en février 2025.

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    Voilà qui nous apprend beaucoup, en effet !

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    Ce dimanche 21 septembre 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • De vraies voix qui soient vraies : sur le chemin que se trace, en éditrice des Editions du Canoë, Colette Lambrichs, son projet courageux et passionné de résistance civilisationnelle telle qu’elle l’exprimait en décembre 2020…

    En forme de suite un peu fouillée à mon très simple hommage d’hier 1er septembre 2025, « De vraies voix : le beau mot de rentrée de Colette Lambrichs, sur son chemin…« , et en m’étant demandé au passage de ma lecture qui était ce Pierre Stapf cité par Colette Lambrichs – et, en cherchant un peu, j’ai découvert qu’il est né à Berlin le 12 janvier 1998 – ,

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    voici que ce mardi 2 septembre, je désire donner aussi accès à un manifeste splendide de Colette Lambrichs, paru le 9 décembre 2020 sur le blog « Sous les pavés la plume » de Martine Roffinella

    en un article passionné et passionnant intitulé « Pleins feux sur les Editions du Canoë !« , dans lequel la très belle écriture de Colette Lambrichs présentait le sens puissant de la poursuite de son activité d’édition au Canoë…

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    J’ai expliqué précédemment à Martine Roffinella, qui a eu la gentillesse de m’inviter sur ses plateformes, dans quelles conditions sont nées les Éditions du Canoë. Je ne vais pas y revenir. Ce qui m’importe aujourd’hui, c’est comment donner de la visibilité – voilà – aux textes que je publie, comment leur permettre d’atteindre leurs lecteurs – voilà ! – , et cela m’amène tout naturellement à parler d’édition d’une façon plus large et de la place du livre, et plus généralement de l’écrit dans la société actuelle – dont les enjeux sont tout simplement vitaux pour le devenir et le sens même de la civilisation…

    Je pense depuis longtemps qu’il y a une confusion volontairement entretenue – ah ! ah ! -, inscrite dans les mots « livre » et « édition », lesquels signifient en même temps le support et le contenu pour le premier, une technique de multiplication d’un texte et un métier pour le second – des distinctions fort bienvenues…

    Qu’y a-t-il de commun entre le bottin du téléphone et un recueil de poèmes, entre la Bible et Comment soigner mes varices ?

    Les seuls points communs sont les procédés d’impression et l’argent généré par ce qu’on a définitivement enfermé dans le vocable « produit ».

    Il fut un temps où on disait : « le livre n’est pas un produit comme un autre », mais la mise en coupe réglée de toute marginalité économique- voilà – a abouti au fait que le livre est un produit comme un autre, soumis à la concurrence, aux lois de la distribution commerciale, à celle de la publicité, bref à la loi du plus fort – voilà, c’est dit ; et je rappelle que ce texte a été écrit en 2020, pas en 2025 où nous en mesurons un peu mieux les dégâts qui nous atteignent plus directement…

    Il fut un temps en France, dans les années qui ont suivi 1968, où « les œuvres de l’esprit » – art, littérature, philosophie, poésie – jouissaient d’un prestige qui n’était pas lié à l’argent ; plus : qui se moquait et méprisait l’argent. Les gens de ma génération ou de celle qui m’a précédée s’en souviennent encore – oui !

    Ces temps sont révolus. L’Amérique que je haïssais pour sa mercantilisation de tout – voilà ! – s’est installée en France, a gangréné les esprits – oui – et va peut-être – et nous y sommes déjà – aboutir – par ses décérébrations divertissantes accélérées – à un illettrisme de masse – voilà ! – , généré tant par la pauvreté d’une partie toujours plus grande de la population, que par la privatisation rampante – et accélérée, sans complexes – de l’enseignement – ici aussi, cela se mesure un peu mieux aujourd’hui – et par la généralisation des pratiques digitales, induites par les technologies de pointe – tout cela est très lucidement perçu et magnifiquement clairement dit ici.

    Dans ce contexte, à quoi peut rêver une petite maison d’édition – campée-retranchée dans la petite ville médiévale fortifiée de Bourg-sur-Gironde… – telle que le Canoë ?

    Cela va vous paraître ridicule, prétentieux, mégalomane mais elle a déjà publié, peut, veut et va continuer à publier le meilleur – oui ! Car le meilleur est destiné, malheureusement, aujourd’hui, à un petit nombre – qualifié d’élitistes – de lecteurs passionnés qui ne se résolvent pas à acheter – en suivistes aveugles et décérébrés – des livres parce qu’ils se trouvent sur une quelconque liste – chiffrée – de meilleure vente. Ce sont des fouineurs – voilà , de vrais curieux de ce qu’ils ne connaissent pas encore, et ont l’appétit gourmand de découvrir vraiment… – , alertés par des libraires indépendants – quand (et tant que…) il en reste : cela aussi, c’est une culture… – qui ne se sont pas soumis aux pressions des grands distributeurs.

    Les Éditions du Canoë ne sont pas les seules à avoir cette ambition. D’autres petites maisons, aux chiffres d’affaires – ah les chiffres ! ah les affaires ! – méprisés par les grands groupes, sortent des chefs-d’œuvre – rien moins, voilà ! C’est là qu’il faut aller – mais oui ! – chercher – sans guère de boussole , étant donné ce que deviennent les médias inféodés et stipendiés… – son bonheur – de vrai lecteur… Car la lecture d’un bon livre, d’un vrai livre, c’est du bonheur garanti – absolument ! et librement ! non panurgique…

    Les Éditions du Canoë sont diffusées et distribuées par Paon et Serendip, une équipe de jeunes gens, filles et garçons, qui appliquent réellement les règles d’un commerce équitable, ne placent pas des titres dont les libraires ne veulent pas, lisent – vraiment, mais oui !.. –  les livres qu’ils diffusent, veillent à ne pas s’endetter, choisissent les éditeurs qu’ils représentent, ne travaillent pas avec Amazon. Des mises en place parfois trop petites mais pas de retour et l’estime générale de leurs clients – voilà, voilà…

    Depuis leur création en 2017, les Éditions du Canoë ont publié – jusqu’en décembre 2020 – vingt livres. Vous les trouverez sur le site des éditions du Canoë.

    Certains me demandent : « Mais quelle est votre ligne éditoriale ? »

    Elle est aussi fluctuante – et ouvert ! libre ! – que l’est ma curiosité – une fondamentale vertu, dico Titus Curiosus ; cf l’article de présentation de mon blog en date du 2 juillet 2008 : « Le Carnet d’un curieux« ) ; et il n’a pas vieilli… J’adhère pleinement à ce qu’écrivait Simon Leys, grand esprit que je ne me lasse pas de fréquenter, dans Le Bonheur des petits poissons : « Les distinctions de genres – romans et histoire, prose et poésie, fiction et essai – sont conventionnelles et n’existent que pour la commodité des bibliothécaires – et des maniaques des classements étanches… Les romanciers sont les historiens du présent, les historiens sont les romanciers du passé, et tout écrit qui présente une certaine qualité littéraire aspire essentiellement à être poème. » – comme c’est juste !

    Et Colette Lambrichs passe ici en revue ce qu’étaient en 2020 ses chantiers d’édition. Je passe donc directement à la conclusion de ce superbe manifeste…

    Je ne suis pas en manque de matière. Ce serait plutôt le contraire. Mes journées et une partie de mes nuits s’y envolent. Mais après tout, n’est-ce pas le signe de la passion ? – autre vocable bien sûr fondamental ; versus l’intérêt… Pascal Quignard le dit si bien dans L’Homme aux trois lettres : « Lire n’est pas rêver mais lire est comme rêver en ceci qu’il perd le temps » – au profit d l’éternité qui s’y atteint et gagne, mais oui ! Lire ici Spinoza… –  et, plus loin : « C’est le temps enchanté. »

    Pour m’aider dans cette entreprise, un jeune étudiant talentueux et brillant qui fit d’abord un stage dans la maison, Pierre Stapf, y travaille maintenant plusieurs heures par semaine pour ma plus grande joie. Je ne parle pas de Charoux, mon compagnon intransigeant et doux qui dévoile ce qu’il pense des livres que je publie sur Instagram. Il ne mâche pas ses mots !

    …

    Pierre Stapf. Photo : ©HalimaMoldi.

    Pour le reste, je demeure fidèle à ce qui est exposé dans le liminaire des Enseignements de la Peinture du jardin grand comme un grain de moutarde – composé en Chine entre 1682 et 1701 par des artistes et des érudits dont la passion dominante était l’admiration de l’Antiquité – , qui s’applique à toute discipline : « Pour ce qui est d’étudier la peinture, les uns préfèrent la complexité, les autres, la simplicité. La complexité est mauvaise, la simplicité est aussi mauvaise. Les uns préfèrent la facilité, les autres, la difficulté. La difficulté est mauvaise, la facilité est aussi mauvaise. Les uns considèrent comme noble d’avoir de la méthode, les autres, de ne pas en avoir. Ne pas avoir de méthode est mauvais. Rester entièrement dans la méthode est encore plus mauvais. Il faut d’abord observer une règle sévère ; ensuite, pénétrer avec intelligence toutes les transformations. » – soit conquérir par l’effort, combinant avec fluidité et élégance si possible, culture et imageance, sa liberté…

    Le logo du Canoë a été dessiné par Julio Le Parc, qui le premier m’a fait confiance dans cette nouvelle aventure. Je ne l’oublie pas.

    Colette Lambrichs et Pierre Stapf. Photo : ©HalimaMoldi.

    …

    Voilà !

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    Les enjeux de l’écriture, de l’édition-diffusion, et de la lecture par de vrais lecteurs de vrais livres, exprimant des voix vraies, est ainsi tout simplement, à son apparemment toute petite échelle d’abord de la personne, rien moins que civilisationnel ;

    comme les enjeux de l’école et des divertissements vulgaires inféodés qui de toutes parts, et non innocemment, la cernent et menacent de Laurine et détruire…

    …

    Résister à ces diverses menaces mortifères est le combat – contre les assauts insidieux et les plus souriants possibles, forcément, du nihilisme mercantile – , de chacun, à sa modeste place…

    …

    Ce mardi 2 septembre 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa