Étiquette : Francis Lippa

  • L’intelligence exploratrice et créatrice féconde d’un passionnant chanteur singulier, le baryton viennois Georg Nigl : une assez étonnante et rare connivence d’approche de la musique en son cœur le plus intime, entre un musicien-interprète et un simple mélomane surtout discophile…

    C’est le CD « O Mensch ! » de Pascal Dusapin sur des textes de Nietzsche – le CD col legno WWE 2040, enregistré à Vienne les 25 et 26 mai 2012 – qui m’a fait découvrir, à partir du nom de Nietzsche, le baryton viennois Georg Nigl – né à Vienne le 2 mai 1972 ; il est âgé aujourd’hui de 53 ans…

    De ce chanteur, figure aussi dans ma discothèque personnelle le CD Alpha 241 « Bach Privat«  – enregistré en novembre 2015 – , avec Andreas Staier…

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    Or voici que ce matin je découvre sur le site de ResMusica une superbissime interview de Georg Nigl par Dominique Adrian, intitulée « Georg Nigl du clavicorde à Dusapin : les multiples univers d’un interprète créateur« , qui tout simplement me passionne, tant je me sens, comme infiniment rarement, en totale harmonie, de parfait plain-pied, avec ce qu’y détaille Georg Nigl de son rapport personnel, et en tant qu’interprète, lui, à la musique ; alors que mon rapport à la musique est celui d’un simple mélomane, et, plus encore – par besoin de l’écoute hyper-attentive et renouvelée que permet le CD – , via la discographie plutôt que le concert – je me suis déjà un peu exprimé là-dessus ; cf les débuts de réflexion sur le rapport de l’artiste-interprète au concert, et le rapport du simple mélomane au concert et au CD, esquissés en mon article « La jubilation sur le champ du concert pour le musicien-interprète et la joie de l’écoute chez soi du CD pour le mélomane : ce que peut apporter à la discussion et à la réflexion la lecture d’une « Conversation avec Emmanuel Despax »… » en date du 17 août dernier : c’était déjà à la lecture d’un très intéressant entretien développé et détaillé d’un musicien interprète, pianiste cette fois-là, Emmanuel Despax…

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    Aujourd’hui donc, ce sont les réflexions de cet artiste singulièrement intelligent qu’est l’expérimenté – il a 53 ans – baryton viennois Georg Nigl qui trouvent en moi un lecteur passionné ;

    et voici donc cet article que je vais m’empresser, avec jubilation, de commenter au passage :

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    En quelques années, est devenu un familier du . Construisant une carrière très personnelle et très singulière – voilà, voilà ! – , le chanteur évoque ses conceptions – aussi remarquablement intelligentes que singulières – en matière de Lied, de musique ancienne et de théâtre musical – et l’expérience théâtrale aussi est en effet marquante pour lui ; c’est bien de le souligner.

    ResMusica : Vous avez fait vos débuts à Salzbourg en 2007 – à l’âge de seulement 35 ans… – , en Saretzki dans Eugène Onéguine. Connaissiez-vous le festival avant cette date ?

    : Je connaissais Salzbourg depuis le train, je me disais en passant sur le pont que c’était très joli, et en effet c’est un lieu très particulier et magnifique, mais on ne peut vraiment pas dire que c’était un but pour moi. Je n’étais jamais allé au festival comme spectateur – voilà ! – , entre autres parce que, ayant fait partie des Wiener Sängerknaben, j’avais beaucoup voyagé dans ce cadre – et étais donc tr!s pris… Ensuite, l’été est un moment crucial pour tout le monde du classique, j’étais donc engagé ici et là – voilà. Je ne fais pas partie des gens qui vont tout voir : ce n’est pas du désintérêt – Georg Nigl est au contraire quelqu’un d’extrêmement curieux – , mais je suis tellement occupé que j’ai rarement le temps d’aller au concert ou à l’opéra. Cela dit je reste bien informé de tout ce qui se passe, mais je fais très attention à ne pas – non plus – me laisser distraire – divertir.

    RM : Qu’est-ce qui vous reste de cette expérience de Sängerknabe ? La voix de tête, par exemple ?

    GN : Oui, bien sûr, mon aisance en voix de tête, que j’utilise très régulièrement, me vient de l’expérience de Sängerknabe ; la voix mixte, ce registre qu’utilise un baryton pour pouvoir chanter piano dans l’aigu, c’est déjà presque une voix de tête, on est donc habitués à l’utiliser ; je peux chanter en voix de tête quand c’est nécessaire, par exemple dans Macbeth Underworld de Dusapin.

    RM : Comment est venu cet engagement à Salzbourg ?

    GN : J’avais déjà travaillé avec Jürgen Flimm [intendant du festival de 2007 à 2010], avec Nikolaus Harnoncourt, pour Alfonso und Estrella de Schubert et L’Anima del Filosofo de Haydn ; j’avais fait Carmen à Graz en 2005 avec Andrea Breth et Harnoncourt, et je connaissais Barenboim pour avoir fait un remplacement dans une Carmen qu’il dirigeait. Je me souviens bien, je chantais Von heute auf morgen de Schönberg à Venise, et Flimm et Barenboim m’ont appelé en me demandant si je voulais chanter le rôle, même si je faisais déjà à l’époque seulement des premiers rôles. Dans notre métier, c’est comme ça que les choses arrivent : il y a des chanteurs qui arrivent tout à coup sur le marché, en général pas des barytons, sauf cas exceptionnels comme Bryn Terfel ; pour le reste, tout se passe par contacts personnels, parce que quelqu’un vous a vu dans un spectacle, etc. Ensuite – après ce premier engagement en 2007 – , il s’est passé du temps sans Salzbourg, puis Markus Hinterhäuser m’a invité pour un Liederabend avec des œuvres de Wolfgang Rihm en 2010, et puis les choses se sont enchaînées.

    RM : Dans votre carrière, la musique contemporaine a joué un bien plus grand rôle que le répertoire classique – un fait en effet remarquable, et qui concerne aussi relative rareté de présence au disque de Georg Nigl…

    GN : Oui, je viens du milieu de la musique contemporaine – voilà – , j’ai fait une trentaine de créations d’opéra – contemporains, donc – ; ce n’est pas seulement par une décision de ma part, mais il suffit qu’on sache qu’untel sait faire en matière de contemporain, on a vite l’étiquette – voilà – : je n’ai pratiquement pas fait le grand répertoire, je n’ai jamais chanté Elias, j’ai fait une seule fois la Passion selon saint Matthieu, avec Simon Rattle il y a deux ans ; j’ai très peu chanté le répertoire classique pour baryton, à part Papageno ; j’ai chanté Don Giovanni deux fois, Figaro une seule fois. Ce n’est pas du tout parce que ça ne m’intéressait pas : il y a une époque où j’aurais rêvé d’entrer dans la troupe – voilà – du Komische Oper, d’autres maisons m’auraient aussi beaucoup intéressé.

    J’ai beaucoup travaillé avec Nikolaus Harnoncourt et son Concentus Musicus – et c’est très important – : là, on savait que de répétition en répétition l’orchestre restait exactement le même – voilà – , que tout le monde travaillait ensemble – oui -, qu’on se fondait progressivement en une véritable équipe – une troupe – ; tout ceci, je ne peux pas l’avoir dans un théâtre de répertoire – tiens donc… Quand je travaille avec le Concentus Musicus, ou avec l’Ensemble Modern, les choses se passent de façon amicale – voilà, voilà – , on peut aller jusqu’au fond des choses – ce qui est vraiment le principal musicalement – , ce qu’on ne peut pas faire quand on est engagé ponctuellement par un orchestre : dans ces cas-là, on ne connaît pour ainsi dire pas ses collègues de l’orchestre ou du chœur, comme si nous étions dans des univers différents – et toc ! – : les choses finissent par s’assembler, mais sans véritable contact – voilà, voilà – entre tous, ce n’est vraiment pas comme ça que je vois les choses – c’est excellent. L’opéra aussi, il doit s’agit d’un « nous », tous les participants unis, quand bien même j’ai une responsabilité particulière si je joue un premier rôle : le travail de chacun a la même importance – parfaitement !!!

    Au début, j’ai beaucoup chanté dans des productions de festivals, et puis est venu le moment où les portes des grandes maisons se sont ouvertes, à partir de 2005, quand j’ai chanté Faustus, The Last Night de Dusapin à Berlin. Et ensuite tout s’est enchaîné, Wozzeck, la Scala avec Stéphane Lissner, Jakob Lenz de Rihm à Vienne, etc.

    RM : Comment s’est développée cette collaboration constante avec ?

    GN : La rencontre avec Dusapin est une histoire amusante : Faustus était une coproduction entre Berlin et Lyon, mais ils n’avaient pas encore trouvé le baryton pour le rôle-titre ; la femme du directeur du casting à Lyon avait été assistante du metteur en scène pour un opéra de Georg Friedrich Haas au festival de Bregenz, et c’est elle qui a suggéré mon nom pour ce rôle très difficile. À l’époque, Dusapin n’avait pas encore l’importance qu’il a aujourd’hui, les chanteurs ne se sont donc pas précipités. L’œuvre n’a donc pas du tout été écrite pour moi, je l’ai rencontré – voilà – à cette occasion à la Staatsbibliothek en face de l’opéra, il était en haut de l’escalier, moi en bas, et je me suis tout de suite dit qu’on allait bien travailler ensemble. J’étais encore tout jeune – à la création de Faustus, the Last Night, à Berlin le 21 janvier 2006, Georg Nigl avait 33 ans – , j’avais bien préparé la partition, et au bout de vingt minutes de répétition le chef Michael Boder m’a dit que je pouvais partir. J’ai cru que je venais de me faire renvoyer, en fait c’était parce que les collègues étaient beaucoup moins prêts et qu’il devait d’abord les faire travailler ! Quand je travaille un rôle, que ce soit une création ou simplement un rôle nouveau pour moi, le travail est le même : c’est 95 % d’apprentissage – voilà, voilà : avec la plus grande minutie et probité ! – , il faut que je travaille, jusqu’au moindre détail – mais oui : et dans mes propres activités (de recherche, ou de penser) , je suis un vrai maniaque du détail ! – , pour arriver au point où je peux trouver une liberté – celle, formidable, d’improviser ensuite avec justesse : ce que je pratique en mes entretiens avec des auteurs ; la vivacité jubilatoire de la vie doit absolument être présente et ressentie à la performance…

    En deux décennies, j’ai presque tout chanté de ce qu’il a composé, des œuvres qui me sont dédiées, nous sommes devenus amis – et c’est ce qui advient en pareilles magiques connivences. Je lui ai par exemple commandé quelques Lieder pour un concert à Vienne, et il a répondu en m’apportant O Mensch – voilà ! voilà ! enregistré au disque en 2012… – , tout le cycle qui dure plus d’une heure. Les choses se passent très différemment selon les compositeurs. Rihm me demandait quels textes je voulais qu’il mette en musique pour moi. Olga Neuwirth, qui compose en ce moment un opéra pour Hambourg [Monster’sParadise, création le 1er février 2026] m’a récemment appelé pour voir ce que je pouvais faire avec ma voix de tête. Ce n’est pas du tout le cas avec Dusapin, parce qu’il connaît si bien ma voix, il sait où sont mes forces, et le résultat est du sur-mesure comme chez un grand couturier. Nous travaillons actuellement à un nouveau projet dont nous parlons depuis vingt ans ; je ne sais pas si c’est réalisable, mais nous sommes à l’œuvre – voilà, voilà, voilà…

    RM : L’aspect théâtral de votre métier compte beaucoup pour vous ?

    GN : Oui, vraiment, je suis un homme de théâtre – et cela s’entend parfaitement aussi au disque. Je fais surtout des nouvelles productions – des créations donc – , avec les six semaines de répétition, le répertoire n’est pas pour moi – voilà : d’où la relative rareté de la présence au disque de Georg Nigl... Je ne peux pas faire comme certains collègues, deux heures – seulement ! – de répétition et hop, Tosca, parce qu’ils l’ont déjà fait dix fois. Je crois cela dit que le théâtre musical est aujourd’hui en crise. Un directeur d’opéra peut aujourd’hui se mettre en avant par les interprétations des pièces qu’il fait émerger : je trouve ça positif que même s’il existe encore le star system a beaucoup moins de place qu’avant (et avec une Carmen avec les trois stars du moment on peut financer d’autres choses plus originales). Le travail du directeur, aujourd’hui, c’est de choisir les metteurs en scène, et les chanteurs sont choisis par d’autres ; de façon révélatrice, les directeurs musicaux, eux, occupent une place très faible – voilà… – dans les organisations.

    Je suis un enfant du Regietheater – c’est dit ! – l’opéra a beaucoup profité du Regietheater, il fallait certainement sortir de ces postures figées, qui sont du reste toujours le stéréotype – voilà – sur notre profession. On dit encore aujourd’hui que l’opéra est un monde poussiéreux : c’est une absurdité, il suffit de voir cette année à Salzbourg Kate Lindsey qui chante dans Maria Stuarda, elle pourrait être actrice au cinéma, ou Olga Kulchynska dans Giulio Cesare ; on n’en est plus à l’époque de Jessye Norman ou de Montserrat Caballé, qui étaient formidables en leur temps et avaient des visions tout à fait modernes de leur art, mais aujourd’hui on a un peu le problème inverse : à force de tout ripoliner – voilà ! – , on en vient presque à regretter qu’il n’y ait pas un peu de poussière. Le plus problématique, tout de même – voilà, voilà ! – , c’est que certains [metteurs en scène] arrivent souvent sans s’être vraiment préparés – Bing ! – , ce qui ne les empêche pas de venir comme s’ils étaient les seuls à détenir la vérité sur l’œuvre – voilà !! Six semaines, ça peut être très long dans ces conditions – très pénibles ! – , et il n’y a rien de pire – voilà ! – que de devoir assumer en scène cette interprétation quand on n’est soi-même pas convaincu – c’est un supplice – : dans ces conditions, le public peut difficilement adhérer – mais oui. Et c’est là une des raisons qui m’ont personnellement éloigné de telles caricaturales torturantes performances, leur préférant le disque…

    RM : Que peut vous apporter le metteur en scène dans votre travail ?

    GN : August Diehl m’a rapporté la semaine dernière une phrase de Peter Zadek : en répétant son dernier spectacle avant sa mort [2009], il a dit à ses acteurs : « Vous devez d’abord penser, et ensuite ressentir ». C’est une phrase extraordinaire, et ce n’est pas quelque chose qu’un chanteur, ou un acteur, peut trouver par lui-même : c’est par la réflexion qu’on parvient au sentiment, il faut de la distance – oui ! Bob Wilson m’a dit « Ne joue pas pour tous, joue pour un seul ». Andrea Breth m’a dit : « Traverse la scène comme si personne ne t’observait ». Tout ça, ce sont des choses que je ne peux pas oublier – bravo ! Quand Breth a mis en scène l’Eugène Onéguine dont nous parlions, il y avait toute une scène muette avant l’entrée de Grémine, où nous étions tous assis sur une grande table : j’ai adoré jouer cette scène, parce que tout était mis en place de façon si précise. De même la Chauve-Souris mise en scène par Barrie Kosky, voilà quelqu’un avec qui j’aime travailler, parce que c’est un vrai homme de théâtre – sur le terrain – , et pas quelqu’un qui travaille simplement avec des concepts – empruntés impersonnellement, de bric et de broc, et en fonction de modes supposées amener du public…

    RM : En 2023, vous avez créé au festival une série de Nachtmusiken, nuits musicales. D’où vous est venue l’idée de ces concerts si particuliers ?

    GN : J’avais imaginé un programme de Lieder, Böse Lieder (chansons méchantes ou mauvaises chansons), où on commençait gentiment par des choses relativement comiques, La chanson de la puce de Beethoven par exemple, et puis ça devenait beaucoup plus politique, pour ne pas oublier le passé, jusqu’à Eisler, Brecht, etc. J’ai été frappé par le fait qu’à la télévision, au fond, les comiques étaient les seuls à oser remettre en question le discours politique, ce que ne font plus –hélas – les émissions de débat traditionnelles – bien trop convenues, où règnent la langue de bois et les poncifs… – : je me suis donc dit que passer par le rire était une manière d’arriver à parler de choses sérieuses. J’ai fait entre autres ce programme, avec Elena Bashkirova et l’actrice Martina Gedeck dans le château de Neuhardenberg, à la frontière germano-polonaise ; dans le jardin, sous le grand chêne vieux de trois cents ans, j’ai pensé à la personne qui l’avait planté sans savoir à quoi ressemblerait le monde quand l’arbre serait devenu ce qu’il est aujourd’hui, et c’est comme en musique quand je chante Bach, Mozart, etc. J’ai alors repensé à Friedrich Gulda – 1930 – 2000, viennois – , qui avait donné un concert sur clavicorde – un vrai créatif – , et je me suis mis à écouter tout ce que je trouvais en streaming. J’ai donc commencé à me renseigner, un facteur de clavicordes m’a dit que le son de l’instrument était trop faible pour s’accommoder avec la voix, mais j’ai fini par tomber sur la bonne personne – voilà ! et celles-ci sont plutôt rares : il ne faut pas les manquer quand on les croise et fait leur rencontre,… – , Alexander Gergelyfi – natif de Linz. Quand Markus Hinterhäuser m’a demandé ce que je voulais faire à Salzbourg, je lui ai tout de suite parlé du clavicorde ; il était très surpris, puis il s’est souvenu de Gulda qui passait ses hivers à Salzbourg, dans les cafés, souvent avec un clavicorde – pour ma part, j’ai été marqué par Pierre Hantaï travaillant son clavicorde dans un couloir de l’abbaye de Saint-Michel-en Thiérache, près de son fils né tout récemment alors, c’était au mois d’août 1995, pendant qu’Elisabeth Joyé, sa compagne, enregistrait des pièces de clavecin pour le CD « Un Portrait musical de Jean de La Fontaine«  pour la Simphonie du Marais et Hugo Reyne, sur un programme dont j’étais pour 90% l’auteur : je lui tournais les pages de la partition…  – : quand il ne jouait pas aux échecs, il lui arrivait de jouer de son clavicorde. Nous avons donc trouvé cette petite salle sur la colline, pour des concerts du soir puisqu’il faut le calme absolu – oui ! – , et c’était tellement magique – voilà !!! – que nous en sommes à la troisième saison, avec des articles dans les grands journaux : visiblement, on a trouvé là quelque chose qui électrise les gens – assistant à ces concerts de parfaite intimité…

    J’ai toujours eu un problème avec l’interprétation des Lieder, parce qu’il y a toujours ce côté intériorisé qui ne convient pas tellement- voilà ! – aux grandes salles de concert – cela ne m’empêche pas de le faire quand c’est justifié, par exemple avec un programme autour de la Première Guerre mondiale, Mahler, Eisler et Karl Kraus : je l’ai fait à guichets fermés au Prinzregententheater à Munich, et bientôt à l’Opéra de Vienne. Le fait de chanter ce répertoire avec des instruments anciens dans un cadre intime, avec beaucoup moins de puissance, me permet de murmurer – voilà ! – au lieu de tout chanter à pleine voix, et tout à coup un song de l’époque de Shakespeare entre en résonance avec le Leiermann du Voyage d’hiver. La Belle Meunière sur un piano carré d’époque, c’est tellement différent de ce qu’on connaît – voilà, voilà ! – , et pourtant c’est bien comme ça – mais oui ! – qu’on l’entendait à l’époque de Schubert ! C’est même très différent du pianoforte qui est parfois utilisé pour cette musique : c’était un instrument assez luxueux, et le format musical est beaucoup moins intime que ce qu’on obtient avec le – simple – piano carré. Nous vivons dans une époque où le visuel domine – ainsi que le spectaculaire pour les foules… – , où on a désappris  – hélas ! – à écouter – vraiment… – , et c’est important pour moi, cette idée d’une école de l’écoute – oui ! –  : quand le son est trop fort, rien ne va plus, cela devient douloureux ; par contre, on peut réduire à l’extrême le volume sonore, et cela crée une intimité incroyable – voilà ce qui seul convient ici : cette connexion au plus intime de la musique et de la voix…

    Nous travaillons dans la musique classique avec un instrument – le piano de concert – , « le roi des instruments », alors qu’une grande partie du répertoire n’a pas été composée pour cet instrument. Glenn Gould a essayé toute sa vie de chanter sur le clavier, avec un piano carré on y parvient tout de suite ! Pourquoi jouer sur des grands pianos modernes, alors ? Pour le business – hélas ! – , pour pouvoir jouer devant 2000 personnes ! – une réalité qui a fini par s’imposer au XVIIIe siècle avec la prolifération de concerts donnés dans des salles de concert publics, et payants… Nous avons face à nous toute une industrie – voilà ! – du divertissement – Pascal, reviens !!! – , qui veut de plus en plus de spectateurs pour des shows en plein air – à l’acoustique pitoyable : c’est tout simplement une aberration – , de plus en plus de followers – de troupeau qui fait nombre, au détriment de la qualité… – sur Instagram : pourquoi pas, mais on finit – il s’agit ici de l’interprète – par ne plus être préoccupés que de soi-même, de s’admirer – soi, seulement soi – dans ce miroir public – à la Arkadi Volodos, à la Sebastian Salgado, ces polisseurs du joli, sinistres nombrilistes égocentrés : l’ai-je bien descendu, le grand escalier de Mistinguett ?..

    RM : Comment concevez-vous le répertoire de ces concerts ?

    GN : Il y a aussi dans les programmes que je propose quelque chose de très politique, même si je n’en parle pas explicitement : je viens de faire un programme autour des Derniers jours de l’humanité de Karl Kraus, avec déjà deux concerts devant des salles combles, et dies Lieder de Eisler et de Mahler. Le programme Schubert que nous faisons dans les Nachtmusiken est aussi très politiques, avec cette lettre terrible de Gottfried Benn – oui, terrible… – qui montre bien que, malheureusement, les gens d’extrême droite ne sont pas toujours des crétins, ils n’en sont que plus dangereux. Les textes des Lieder de Schubert parlent de forêts, de ruisseaux, etc., mais ils ont été écrits à une époque où la censure était toute puissante ; on le voit aussi dans les livrets de ses opéras, où les commanditaires voulaient des livrets à la Calzabigi, à la Da Ponte, où on ne pouvait pas évoquer des rois, des prêtres, où rien ne devait pouvoir être interprété de façon politique. Les poètes peuvent être de second ordre, mais quand le texte dit « Je suis un étranger partout où je vais » [Der Wanderer, D 493], je pense à ce que dit Beckett quand il parcourt l’Allemagne en 1936 (« Cette Allemagne me court de plus en plus sur les nerfs »), j’ai une toute autre idée de ce que signifie – voilà – cette idée de la Wanderschaft, l’errance ; quand, dans Des Schäfers Klagelied, le berger dit que sa bonne amie est partie « peut-être même au-delà de la mer », on est à l’époque où tant d’Allemands sont partis jusqu’en Amérique. Evidemment qu’il y a des échos politiques – oui.

    RM : Le rapport entre texte et musique est très différent d’une soirée à l’autre. Comment travaillez-vous sur les textes ? Qui les choisit ?

    GN : Pour l’essentiel, c’est moi. Les pièces instrumentales sont choisies en dialogue, et les pièces chantées, naturellement, c’est moi qui les choisis. Pour la soirée Schubert, je me suis fait aider par un dramaturge ; je voulais de la littérature de voyage, d’exil, des années 1930, et j’ai pu faire mes choix parmi la sélection qu’il m’a fournie. Pour la soirée Shakespeare, j’ai demandé à August Diehl quels textes il voulait dire et nous avons ensuite fait le montage ensemble en fonction de nos préférences respectives : cela donne une vraie soirée de théâtre – voilà – , ce qui surprend beaucoup le public. La première année, au contraire, Ulrich Noethen avait souhaité choisir lui-même les textes qu’il disait, par exemple ceux de la poétesse Forough Farrokhzad ; j’ai alors pensé à mettre en lumière l’idée d’Orient et d’Occident, le chant juif, le chant arabe, et la civilisation méditerranéenne, et je suis alors arrivé à Monteverdi. Il ne s’agissait pas de correspondances explicites, mais d’une idée commune, d’une atmosphère – de magiques connivences très intimes…

    RM : Pensez-vous continuer cette série de concerts les prochaines années ?

    GN : Je pense, oui. Il y a encore énormément de répertoire qui m’intéresse, notamment dans les périodes anciennes, Biber, Telemann, etc. – oui ! Je les aime passionnément, moi aussi. Je me suis intéressé aussi à la littérature des trouvères et troubadours, mais c’est tellement difficile à cause de cette prononciation ancienne ! Ce que je veux faire dans ces concerts, en tout cas, ce sont des choses qui sont des découvertes – voilà – aussi pour moi. J’ai eu aussi des demandes pour des concerts similaires ailleurs en Europe, et nous envisageons aussi d’enregistrer La Belle Meunière, si possible avec un piano carré – voilà – sur lequel Schubert lui-même a composé, mais il a besoin d’une restauration.

    Crédit photographique © Anita Schmid

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    Georg Nigl – écoutez cet extraordinaire Mozart-ci – :

    ou l’intelligence rare et singulière d’un musicien de l’intimité absolument passionnant ! 

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    Ce mardi 26 août 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Les délices de Chambonnières : les merveilles originales du CD « Chambonnières Overseas » (Alpha 1156) de Louise Acabo

    Ce sont de lumineux et magiques souvenirs musicaux, du mois d’août 1995, en l’abbatiale de Saint-Michel-en-Thiérache où avait lieu l’enregistrement du splendide CD Virgin Veritas »Un Portrait musical de Jean de La Fontaine » de La Simphonie du Marais, que viennent réveiller joliment à ma mémoire le magnifique, et très original, lui aussi, à sa façon, CD Alpha 1156 – enregistré à Schiedam au mois d’octobre 2024 – « Chambonnières Overseas » de la jeune claveciniste Louise Acabo…

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    En effet, pour ce déjà très inventif  « Portrait musical de Jean de La Fontaine« , dont – conseiller artistique de La Simphonie du Marais que j’étais alors, pour Hugo Reyne – , j’avais été pour 90 % l’auteur du programme de ce CD, il se trouve que j’avais eu le grand plaisir de tourner les pages de la partition de la « Pavane en ré mineur » de Jacques Champion de Chambonnières, qu’interprétait, sur un beau clavecin Alain Anselm – d’après des modèles français du XVII siècle – , la chère Elisabeth Joyé :

    un morceau de 4′ 10 que l’on peut écouter – et il sonne merveilleusement bien ! – à la plage 23 de ce mémorable, et formidablement bien accueilli alors par la critique discographique – cf ce qu’en dit, au passage, mon article « De Philis à Psyché, ou la découverte, 24 ans plus tard, d’une licence poétique dans le CD (de 1996) « Un Portrait musical de Jean de La Fontaine », dans l’Air de cour « Tout l’univers obéit à l’amour » de Michel Lambert et Jean de La Fontaine, de 1659 » en date du 3 juillet 2020… – , CD « Un Portrait musical de Jean de La Fontaine« …

    Un Jean de La Fontaine qui aimait tout particulièrement « Hardel, Chambonnières, les Couperins », comme il le déclarait, en 1677, en sa passionnante et très éclairante « Epitre à M. de Nyert« …

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    Et je signale aussi, au passage, l’article que le 23 mai 2024, « Une délicieuse évocation musicale de Marie-Françoise Certain, claveciniste du Grand Siècle, appréciée notamment de Jean de La Fontaine…« , j’ai consacré au très joli CD « Le Salon de la rue du Hasard : Melle Certain, claveciniste du Grand Siècle« , de la jeune Mathilde Mugot, pour le label Seulétoile…

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    Quant à la réalisation, à Schiedam, au mois d’octobre 2024, de ce très original CD « Chambonnières Overseas«  – admirez cette belle vidéo de présentation du CD par Louise Acabo (de 3′ 02)… – , elle nous apprend d’abord combien tant les musiciens eux-mêmes, que leurs musiques, traversaient les frontières des Etats, ici surtout entre France et Angleterre,

    dont nous découvrons avec ravissement des œuvres d’influence française de musiciens anglais tels que John Roberts (autour de 1673), MatthewLocke (c. 1621 – 1677), Albertus Bryne (c. 1621 – 1668), Christopher Preston (autour de 1673),

    marqués par de splendides musiques de Jacques Champion de Chambonnières (c. 1601 – 1672), Johann-Jakob Froberger (1616 – 1667), ou Jean-Henri d’Anglebert (1629 – 1691) ; seul manque ici à ce tableau que brosse avec infiniment de poésie, et une pointe très élégante et émue de mélancolie, très anglaise, le merveilleux et magnifique Louis Couperin (c. 1626 – 1661), particulièrement cher à mon cœur…

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    Un CD magnifique !!!

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    Ce vendredi 22 août 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • La jubilation sur le champ du concert pour le musicien-interprète et la joie de l’écoute chez soi du CD pour le mélomane : ce que peut apporter à la discussion et à la réflexion la lecture d’une « Conversation avec Emmanuel Despax »…

    Dans l’optique de comparer ce que peut être la formidable – et relativement rare – jubilation du concert pour le musicien-interprète

    avec la joie, plus sereine et souvent délicieuse, de l’écoute du CD pour le mélomane,

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    voici ce que peut apporter comme contribution à un tel débat la lecture d’une très riche « Conversation avec Emmanuel Despax« …

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    Conversation avec Emmanuel Despax

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    Vialma a rencontré pour vous Emmanuel Despax, un homme humble, brillant, et un artiste exceptionnel.

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    Ecouter

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    Pour quelle raison avez-vous commencé à jouer ?

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    Il y a beaucoup de raisons pour commencer la musique. Je n’avais pas l’intention de devenir pianiste professionnel. Je ne comprenais pas ce que ça impliquait, jusqu’au divorce de mes parents. J’avais 12 ans – en 1996, à Aix-en-Provence – et j’ai vu mon monde s’écrouler. J’ai donc trouvé un refuge – voilà ! – dans le piano. La seule chose qui me faisait sentir à l’aise était de jouer – voilà, voilà ! – du piano, ça a été une vraie thérapie pour moi. J’ai alors compris que la musique ferait partie intégrante de ma vie, je me sentais de nouveau entier quand je jouais.  Un interrupteur s’était actionné dans ma tête et j’ai su que je ne pourrais jamais vivre sans le piano, c’était mon oxygène. Je n’étais plus moi-même quand j’étais loin de mon instrument.

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    On commence la musique pour différentes raisons, mais tous les musiciens ont un jour eu ce déclic qui leur a fait réaliser que leur vie serait dédiée à la musique. Ce n’est pas forcément ce qu’ils font, c’est surtout ce qu’ils sont. C’est Menuhin qui a dit cette phrase magnifique : « Cela doit être aussi naturel que de voler pour un oiseau. » On imagine mal un oiseau se réveiller un jour et se dire : « Aujourd’hui, je suis trop fatigué pour voler ! » Il ne s’agit pas de savoir si j’ai envie de jouer ou non. Je suis un pianiste, et c’est ma façon de m’exprimer, c’est une grande part de mon identité.

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    Comment vous sentez-vous quand vous jouez en concert?

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    Par moment, c’est comme sentir que l’esprit s’échappe de notre corps. On n’est plus qu’une énergie, on devient électrique. Lorsque l’on travaille un morceau, on est conscient et on analyse chaque note que l’on joue. En concert, c’est l’extrême opposé – voilà. Il faut lâcher prise complètement. C’est un sentiment unique au monde. On est complètement immergé dans ce que l’on fait – un jeuintensément actif, et pas seulement une écoute réceptive – et le monde physique n’a plus aucune prise sur vous. C’est un sentiment fantastique. On ne sent même plus nos doigts sur les touches – tant on fait corps avec la musique qu’on joue…

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    Récemment, j’ai joué en concert la Sonate en Si bémol de Schubert. Dès la première note, on embarque dans un voyage. Les premières lignes contiennent la vie et la mort, l’Alpha et l’Omega de l’humanité. Le thème d’ouverture est lyrique et magnifique, comme un lied, une mélodie simple qui instaure une intimité chaleureuse. Alors le trille arrive et vous glace en un instant et emporte avec lui tout espoir. Ce mauvais présage est récurrent dans la musique de Schubert. Puis le lied reprend, comme si rien ne s’était passé.

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    Est-ce que vous vous rappelez votre premier concert et ce que vous avez ressenti ?

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    Je me rappelle des concerts de jeunesse à Aix-en-Provence, ma ville d’origine. J’ai tout de suite adoré jouer sur scène. Ce n’est pas juste donner vie à une œuvre, mais c’est aussi établir un lien avec l’autre – qui écoute, re!oit et partage. Que l’on joue pour 1 ou 1000 personnes, ce lien reste le même. J’existe dans ce seul but d’entrer en relation – voilà – avec les autres, exprimer quelque chose et créer une relation avec mon public. Jouer seul est très différent – c’est très intéressant. Je suis vite devenu accro à la scène. Si on choisit de vivre de la musique, la musique doit être notre oxygène ou notre drogue. C’est un sentiment unique. Lorsque l’on sent le public adhérer et écouter activement – voilà : mais c’est aussi un effort plus ou moins consenti par le public – et que l’on sent la symbiose se créer, c’est une sensation incroyable !

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    Quand vous vous préparez pour jouer en concert, à quel moment ressentez-vous que vous être prêt à jouer ?

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    Ce que notre métier a de merveilleux est que l’on ne cesse d’évoluer – voilà, voilà… L’étude d’une pièce ne s’arrête jamais mentalement. A chaque fois que j’enregistre ou joue une œuvre en concert, je la joue d’une manière différente dès le jour suivant – tout simplement ; et bien heureusement ! Seulement se répéter serait sinistre ! et même mortel !!!. C’est pour cela que je déteste écouter mes propres enregistrements. Un enregistrement est comme une photographie, c’est une image immortalisant un moment précis, qui disparaît dès que la photo est prise. Si vous pensez que vous avez joué un morceau exactement comme il devait être joué, vous êtes fini – voilà : telle la fleur qui n’a plus qu’à se faner et se laisser flétrir… A la base du métier d’artiste, il y a cette idée que l’on n’arrive jamais à la fin – voilà. On suit un chemin, qui est à la fois musical, philosophique, éthique et artistique, et auquel on doit croire dur comme fer. Il faut trouver ce chemin et le suivre assez tôt. Ce n’est pas le seul chemin, mais l’important c’est d’en suivre un. Il s’agit d’un voyage sans fin – tant qu’il y aura de la vie – dans les profondeurs – insondables – des œuvres que l’on souhaite interpréter. La pire chose que l’on peut me dire après un concert est que j’ai joué parfaitement. La perfection est une chose morte, sans aucune perspective d’évolution. La musique, c’est le mouvement, et l’interprétation doit toujours avoir cette volonté d’aller au-delà de ce qui a déjà été fait.  Lorsque l’on se dit qu’on a fini, c’est la mort – voilà. Cette idée est très importante pour moi.

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    Quel conseil pourriez-vous donner à quelqu’un qui souhaiterait découvrir la musique classique mais qui n’y a jamais été exposé ?

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    On dit à juste titre que la musique est un langage universel. Elle a la capacité de toucher tout le monde. Ce qui ne signifie pas que nous sommes tous équipés au même titre pour apprécier la musique. Nous sommes tous différents, certains ont une sensibilité davantage visuelle, alors que d’autres seront plus touchés par la danse ou les sons. Si vous ne ressentez pas ce que vous êtes censés ressentir en écoutant une musique, il n’y a pas de quoi s’inquiéter. Ce n’est pas une maladie, c’est juste que, peut-être, vous serez plus réceptif à d’autres formes artistiques. C’est pour cela qu’il y a les arts visuels, la littérature et la musique.

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    Au XIXème siècle, les allemands pensaient que l’art élèverait l’humanité, c’était presque une religion pour eux. L’art était une sorte de combat qui rendrait chacun de nous meilleur. Pour y arriver, il fallait beaucoup de temps et de concentration. Dans notre société actuelle – mille fois trop pressée – , la gratification doit être immédiate. Mais je pense que les meilleurs choses de la vie n’arrivent jamais instantanément – en effet. Par exemple, c’est beaucoup plus facile d’ouvrir un magazine people que de lire de la grande littérature. La concentration que cela implique – oui ! – peut devenir un obstacle pour beaucoup aujourd’hui. Néanmoins, je m’oppose à toute conception élitiste de l’art. Je pense que si une interprétation est sincère et puissante, elle peut émouvoir n’importe qui, de l’aficionado de la musique classique à celui qui se rend à un concert pour la première fois. C’est pour cela que l’art est crucial dans nos sociétés bien souvent divisées, il peut rassembler tous les hommes et établir une connexion émotionnelle universelle. C’est cela qui nous rend humain.

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    Selon vous, quel rôle peut jouer la technologie contre d’éventuelles barrières à l’écoute de la musique classique ?

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    C’est merveilleux d’avoir une telle quantité de musique disponible directement – grâce à la disponibilité des enregistrements. Cependant, écouter de la musique ne doit pas être une activité passive mais plutôt un processus actif – oui. En tant qu’interprète, vous pouvez tout faire pour que le public entre dans votre monde, mais s’il ne s’engage pas de son côté, cela ne marchera pas – en effet. Écouter de la musique dans les transports ou lorsque l’on marche dans la rue rend la chose difficile également. Il y a des côtés positifs et d’autres négatifs. Quand vous écoutez un livre audio, c’est difficile d’avoir une conversation en simultané, c’est exactement pareil quand on écoute de la musique.

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    Comment l’industrie du disque s’en trouve-t-elle affectée ?

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    Je pense qu’une telle facilité d’accès à la musique classique aura deux conséquences : la disparition du disque tel qu’on le connaît aujourd’hui, qui sera remplacé – –cela, je n’y crois personnellement pas du tout ! – par la performance live, dont la valeur dépassera tout ce que l’on a connu. La discographie riche et historique des interprètes de légende restera une référence inestimable. Mais je pense que pour les jeunes interprètes, ce sera différent. Le public cherchera avant tout l’enregistrement le plus récent d’une œuvre, qui aura une durée de vie de quelques mois ou de quelques années au plus. Le public aura surtout envie d’aller aux concerts et de pouvoir établir un lien sincère avec l’artiste sur scène – c’est là un point de vue de conertiste ; pas de mélomane.

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    De nos jours, les enregistrements donnent une vision biaisée – en partie, certes – d’une interprétation. Ils sont parfaits techniquement, presque immaculés. Grâce aux logiciels d’édition, il est possible de modifier tout ce qu’on veut. Pour l’enregistrement d’un concerto par exemple, il est possible d’augmenter la piste soliste pour qu’on l’entende par-dessus l’orchestre. Prenez le Concerto pour piano n.2 de Rachmaninov : en concert, les deux premières pages de la partie de piano sont presque inaudibles, tant elles se mêlent avec ce que joue l’orchestre. C’est surtout une énergie, comme dans un continuo en musique baroque. Mais dans la plupart des enregistrements, on peut entendre chaque note distinctement. Si vous découvrez l’œuvre en concert après avoir écouté des enregistrements, vous pourriez vous dire que vous avez une mauvaise place parce que vous n’entendez pas tout ! C’est devenu un problème. Je pense que les enregistrements live donnent une meilleure idée de ce qu’on peut entendre en concert. Les enregistrements des concerts des BBC Proms en sont un très bon exemple.

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    Pour ma modeste part – c’est-à dire celle de quelqu’un qui n’est pas un musicien, mais seulement un mélomane et un discophile, même si passionné… – , je préfère, en général, les écoutes et ré-écoutes renouvelées à de multiples reprises d’un CD, au stress si rapide et surtout éphémère – one shot… – , de l’écoute même survoltée, d’un concert :

    j’y suis davantage et bien mieux attentif et réceptif aux nombreux détails tant de la musique elle-même que des singularités du jeu de l’instrumentiste…

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    Comme quoi le point de vue de l’instrumentiste-interprète et celui du fervent mélomane discophile, diffèrent et divergent…

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    Ce dimanche 17 août 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Sur le marquant CD de piano à 4 mains « Stravinsky – le Sacre du Printemps – Ravel – Ma mère l’Oye » des pianistes Pavel Kolesnikov et Samson Tsoy, un article ce mardi 12 août de Jean-Charles Hoffelé, deux mois moins deux jours jour après jour après le mien, le 14 juin dernier ; ou la transition un peu rude pour nos oreilles du charme à la dissection…

    Le 14  juin dernier, sur mon blog En cherchant bien, à propos du  CD Harmonia Mundi HMM 902752 « Stravinsky- Le Sacre du Printemps – Ravel – Ma mère l’Oye » des pianistes Pavel Kolesnikov et Samson Tsoy jouant à 4 mains sur un même piano – un CD enregistré à Montreuil au mois de novembre 2024 – , j’avais publié un article éminemment positif que j’avais intitulé « La magie merveilleuse du jeu à quatre mains de Pavel Kolesnikov et Samson Tsoy : le miracle du CD « Stravinsky – Le Sacre du printemps – Ravel – Ma mère l’Oye » : la pureté de l’essentiel…« …

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    Or voici que ce mardi 12 août 2025, soit deux mois moins deux jours jour pour jour, je découvre sur le site toujours bigrement intéressant et affuté de Jean-Charles Hoffelé, Discophilia, un article que celui-ci consacre à ce même CD « Stravinsky – Ravel«  de Pavel Kolesnikov et Samson Tsoy, un article qu’il a choisi d’intituler, lui – à la Egon Schiele, ou à la Gottfried Benn : deux génies, il est vrai… – , un peu plus négativement, « Dissection » ;

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    et qu’en illustration de haut-de-page, il choisit d’assortir d’une photo plutôt étrange des deux compères, en un accoutrement et une pose frôlant d’un peu trop près le ridicule ! – dans quelle intention avoir placé ici pareille photo ?.. C’est tout de même bizarre…

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    Le défi de la transposition pour piano, et même à 4 mains, de l’œuvre magistrale d’Igor Stravinsky était peut-être un Himalaya démesuré pour nos deux alpinistes basés à Londres…

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    À suivre…

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    Ce mardi 12 août 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa