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  • François Jullien, Vincent Descombes : aventuriers-explorateurs de l’impensé des usages de la raison

    Après la réception, le mardi 18 mars de François Jullien, pour son tout récent Vivre de paysage, ou l’impensé de la raison _ cf le podcast (de 68′) de sa conférence ; qui n’a pas été vraiment un entretien, comme l’aurait désiré celui qui le recevait, Francis Lippa ; et alors même que François Jullien fait dans son livre l’éloge vibrant de l’entretien ! _, aux Éditions Gallimard,

    la Société de Philosophie de Bordeaux reçoit mardi prochain 15 avril à 18 heures, toujours dans les beaux salons Albert-Mollat,

    Vincent Descombes pour son très riche Les Embarras de l’identité, lui aussi aux Éditions Gallimard.

    …

    Au-delà de la première apparence qui semble éloigner leurs styles d’écrire-penser,

    plus poétique apparemment pour l’un _ l’auteur du passionnant Philosophie du vivre _,

    plus (classiquement, peut-être, quoique…) méthodique apparemment pour l’autre _ l’auteur du très scrupuleux Le Complément de Sujet _ Enquête sur le fait d’agir de soi-même : livres lus, tous et en leur temps, avec une très grande attention _,

    …

    il m’apparaît surtout que tant l’objet visé :

    soit la construction du sujet pensant et son identité,

    ou, aussi bien et encore, le processus même de la subjectivation en toute sa complexité à tenter passionnément d’un peu démêler-éclairer,

    …

    que la démarche entreprise d’analyse-exploration : soit une très riche aventure d’auteur !,

    dans Les Embarras de l’identité de Vincent Descombes comme dans Vivre de paysage, ou l’impensé de la raison de François Jullien,

    s’apparentent beaucoup…

    …

    Car l’un comme l’autre de ces deux auteurs philosophes

    pratiquent une très consistante et très cohérente, en sa persévérante audace de recherche, poiesis

    …

    que j’ose qualifier ici d’aventureuse,

    …

    et qui les fait, d’œuvre en œuvre, chacun,

    patiemment et très heureusement,

    progresser

    en leur exploration de l’impensé…

    …

    J’ose, aussi, ici personnellement espérer

    que cette fois _ soit mardi prochain 15 avril : après-demain ! _,

    à la différence frustrante _ un peu trop pressée par le défaut de temps _ de la conférence de François Jullien _ celui-ci m’a avoué (en courant à son taxi) n’avoir pas encore pris le temps de visiter si peu que ce soit notre belle ville de Bordeaux, lors de ses cinq conférences, à ce jour, à Bordeaux ! :

    sur ce temps ouvert de la déambulation (ou entretien activement réceptif avec un paysage),

    cf mes propres articles sur déambuler à Venise : par exemple Ré-arpenter Venise : le défi du labyrinthe (involutif) infini de la belle cité lagunaire… ; je viens d’y faire allusion dans mon article sur Le Mal de Paris de Régine Robin ; cf aussi le podcast (de 50′) de mon entretien avec elle à propos de ce superbe livre de déambulation dans le grand Paris, le lundi 10 mars dernier, au 91 de la rue Porte-Dijeaux _,

    un peu d’entretien (ouvert) avec Vincent Descombes

    poursuivra (un peu) l’exposé de sa conférence, mardi prochain…

    …
    Pour ma part,

    j’ai découvert grâce à ces riches Embarras de l’identité de Vincent Descombes,

    l’œuvre d’Erik Erikson _ l’auteur d’Adolescence et crise : la quête de l’identité _, ainsi que ses débats avec la riche école de Chicago, autour de l’œuvre d’Erving Goffman (l’auteur de La Mise en scène de la vie quotidienne) ;

    …

    et j’ai pu, une nouvelle fois, vérifier l’importance philosophique majeure de l’œuvre de Cornelius Castoriadis, l’auteur du décidément plus que jamais immense L’Institution imaginaire de la société…

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    Je rattache aussi le travail de penser l’impensé

    auquel s’attachent, chacun à sa manière, Vincent Descombes comme François Jullien,

    à la démarche de sérendipité qu’analyse Sylvie Catellin en son magnifique (et archi-nécessaire !) Sérendipité _ du conte au concept (cf mon article du 3 mars 2014 : Les enjeux de pouvoir de la curiosité libre et ouverte : le passionnant « Sérendipité _ Du conte au concept » de Sylvie Catellin, un livre salutaire !…) ;

    ainsi qu’à ce à quoi travaille (à Inria, à Talence) le roboticien-ingénieur Pierre-Yves Oudeyer, et qu’il expose en partie en son Aux sources de la parole _ auto-organisation et évolution.

    …

    Ainsi qu’aux travaux sur ce que je nomme le travail d’ »imageance« 

    de mes amies Marie-José Mondzain _ cf son indispensable Homo spectator _

    et Baldine Saint-Girons _ cf son indispensable L’Acte esthétique…

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    …
    A mardi avec Vincent Descombes !

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    Titus Curiosus, ce 13 avril 2014

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    P.s. : avec ce lien au podcast de la conférence de Vincent Descombes le mardi 15 avril.

  • La place du « rêve ukrainien » d’un Habsbourg, dès 1912, dans l’Histoire de notre Europe : le passionnant « Le Prince rouge _ les vies secrètes d’un archiduc de Habsbourg », de Timothy Snyder : sur les modalités de la faisabilité de l’Histoire

    Ce chef d’œuvre

    _ monumental ! et indispensable !!!  ; sur cet admirable (et nécessaire) monument de l’histoire contemporaine, cf mon article chiffrage et inhumanité (et meurtre politique de masse) : l’indispensable et toujours urgent « Terres de sang _ l’Europe entre Hitler et Staline » de Timothy Snyder du 29 juillet 2012 _

    qu’est Terres de sang _ L’Europe entre Hitler et Staline, de Timothy Snyder,

    mettait _ en 2010, à sa parution aux États-Unis _ en très grand appétit de lecture

    la parution, en traduction française, de tout autre travail disponible de cet auteur,

    a fortiori quand il s’agit, à nouveau, au cœur de ces vastes « terres de sang » de l’Europe orientale,

    de l’Ukraine…

    …
    Même s’il s’agit cette fois d’un travail de micro-histoire,

    centré sur « les vies secrètes d’un archiduc de Habsbourg« ,

    celui qui fut un temps _ en 1918 et les années qui suivirent… _ surnommé, en Ukraine, « le Prince rouge » :

    Guillaume de Habsbourg-Lorraine, né à Pula (alors base navale autrichienne sur l’Adriatique, au sud-ouest de l’Istrie) le 10 février 1895, et mort à Kiev (alors soviétique) le 18 août 1948.

    …

    Et même si la première lecture _  je l’ai lu quatre fois _ procure un curieuse sensation de romanesque quasi échevelé,

    qui se dissipe cependant ensuite : l’auteur multipliant, en brèves notes de bas-de-pages, les références aux  sources (la plupart inaccessibles en français) où sa très minutieuse recherche a puisé et sur lesquelles elle s’est fondée ; et, de fait, Guillaume a bel et bien vécu plusieurs « vies secrètes« , jouant de divers patronymes, dont, surtout et à maintes reprises, celui, ukrainien, de « Vasyl Vyshyvanyi » :

    …

    « Guillaume arriva à la gare de Lviv au début de l’après-midi du 10 septembre 1917. Sa voiture parée de fleurs était suivie d’un comité d’accueil et d’un orchestre. Il s’adressa à Sheptytsky en ukrainien et en allemand, à la grande joie des spectateurs ukrainiens et du métropolite. Sheptytsky n’avait jamais rencontré Guillaume auparavant. A présent se tenait devant lui un jeune et bel archiduc _ il a vingt-deux ans _, parlant un ukrainien correct et l’accueillant devant une foule rassemblée au nom de son souverain _ l’empereur d’Autriche Charles Ier, cousin de Guillaume. Sous l’uniforme, comme le métropolite et la foule pouvaient le voir, Guillaume portait une chemise ukrainienne brodée. « Vyshyvanyi », s’écrièrent les spectateurs, un mot ukrainien désignant ce type de broderie. Ce mot allait devenir le nom ukrainien de Guillaume. Tout d’un coup, il reçut une identité ukrainienne complète : Vasyl Vyshyvanyi« , lit-on pages 112-113.

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    Et selon diverses sexualités aussi :

    Guilllaume fait partie des archiducs demeurés célibataires (et sans postérité), jusqu’à alimenter parfois _ cf par exemple aux pages 203 à 218 _ la chronique « scandale » des journaux ; comme en France en 1934-1935 : Le Matin (« Une Escroquerie au rétablissement des Habsbourg« , 15-12-1934), Le Populaire (« La « fiancée » de l’archiduc Guillaume de Habsbourg est en prison depuis un mois« , 15-12-1934), Le Figaro (« Les Habsbourg vont-ils rentrer en Autriche ? », 4-7-1935 ; « La Fiancée d’un prétendant au trône d’Autriche« , 28-7-1935 ; « Une Lettre de l’archiduc Guillaume de Habsbourg-Lorraine« , 13-8-1935), L’Œuvre (« L’Archiduc de Habsbourg-Lorraine est condamné par défaut à cinq ans de prison« , 28-7-1935), Le Journal (« Il fallait d’abord faire manger le prince« , 28-7-1935)…

    …

    Mais au-delà de la biographie singulière de ce Guillaume de Habsbourg-Lorraine-ci,

    c’est d’une biographie familiale, en fait, qu’il s’agit,

    …

    celle d’une des branches d’archiducs _ celle des Habsbourg-Teschen _ de la famille des Habsbourg,

    dont constitua la souche l’archiduc Charles-Louis d’Autriche (né à Florence, le 5 septembre 1771 _ son père, avant de succéder à son frère Joseph II sur le trône impérial, en 1790, était alors Grand-duc de Toscane _, et mort à Vienne, le 30 avril 1847), archiduc d’Autriche, duc de Teschen, grand maître de l’ordre Teutonique de 1801 à 1805,

    troisième fils de Léopold II (1747-1792), d’abord grand-duc de Toscane, puis empereur du Saint-Empire en 1790 _  au décès de son frère l’empereur Joseph II (1741-1790), le fils aîné de l’empereur François Ier de Lorraine et de l’impératrice Marie-Thérèse _ ;

    et de son épouse Marie-Louise de Bourbon (1745-1792), infante d’Espagne, et fille du roi Charles III _ Charles III, qui lui-même avant de devenir roi d’Espagne (suite au décès de son demi frère Ferdinand VI) de 1759 à sa mort en 1788, avait été, à Naples, de 1735 à 1759, roi du royaume des Deux-Siciles, créé pour lui par son père Philippe V, lors du rétablissement, en 1735, des Bourbon à Naples, aux dépens des Habsbourg : par reconquête ; l’histoire de Naples est, elle aussi, passionnante, en ses rebondissements…

    Mais les Habsbourg et les Bourbon cousinaient aussi : depuis le double mariage, le 18 octobre 1615, de Louis XIII avec l’infante Anne d’Autriche, et de sa sœur la princesse Elisabeth de Bourbon avec l’infant Philippe, le futur Philippe IV, avec échange des princesses à l’île des Faisans le 9 novembre 1615 ; cf aussi le travail de l’excellente Chantal Thomas, sur un autre de ces échanges de princesses à l’Île des Faisans, en 1722, cette fois : L’Échange des princesses… _ ;

    …

     

    mais aussi fils adoptif de sa tante l’archiduchesse Marie-Christine d’Autriche (1742-1798) et de son époux Albert de Saxe (1738-1822), qui n’avaient pas pu avoir d’enfant _ Albert de Saxe-Teschen est le fondateur de la très importante et très prestigieuse collection d’art de l’Albertina, à Vienne…

    …

    L’archiduc Charles-Louis d’Autriche-Teschen _ né en 1771 _ est en effet le frère de François Ier (1768-1835), empereur d’Autriche (ou François II du Saint Empire) au décès leur père Léopold , en 1792 ; et de Ferdinand III (1769-1824), grand-duc de Toscane à partir de 1790.

    …

    Charles-Louis était ainsi le troisième fis de l’empereur Léopold II, lui-même second fils, après son frère l’empereur Joseph II (1741-1790), de l’empereur François Ier de Lorraine (1708-1765) et de l’impératrice Marie-Thérèse (1717-1780), les fondateurs de la dynastie des Habsbourg-Lorraine :

    …

    l’empereur Charles VI (1685-1740) _ lui-même frère cadet de l’empereur Joseph Ier (1678-1711), qui était mort sans descendance masculine _, lui-même encore sans descendance (ni masculine, ni féminine), ayant imposé par la Pragmatique sanction, en 1713 _ Pragmatique sanction qu’il parvint à faire ratifier par ses États généraux ainsi que par le concert des puissances étrangères en 1725 _, que lui succèdent sur le trône d’Autriche en priorité ses enfants à venir, et cela quel que soit leur sexe _ en l’occurrence, Léopold (1716-1716), Marie-Thérèse (1717-1780), Marie-Anne (1718-1844), Marie-Amélie (1724-1730) _, plutôt que les filles de son frère aîné, le défunt empereur Joseph Ier (1678-1711) : Marie-Josèphe (1699-1757), qui épousa en 1719 Frédéric-Auguste, électeur de Saxe, puis roi de Pologne (1696-1763) ; et Marie-Amélie (1701-1756), qui épousa en 1722 Charles-Albert, électeur de Bavière (1697-1763).

    …

    Et le 12 février 1736, la fille ainée de Charles VI, Marie-Thérèse, épousa son promis de très longue date, François-Étienne de Lorraine _ prince élevé à Vienne, à partir de 1724, à la fin toute spéciale, en effet d’épouser la fille aînée de Charles IV… Et le frère cadet de François-Étienne, le prince Charles-Alexandre de Lorraine (1712-1780), présent à Vienne, lui, à partir de 1735, épousera le 7 janvier 1744 la sœur cadette de Marie-Thérèse, Marie-Anne (1718-1744), qui meurt au mois de décembre 1744 des suites de sa première couche ; de même que meurt son bébé… En 1735, afin de faciliter l’acceptation de ce mariage de Marie-Thérèse et de François, et de ses conséquences pour l’équilibre européen, la dynastie de Lorraine consent à procéder à l’échange de son duché de Lorraine, au profit de Stanislas Leszczyński (et à terme de la France : à la mort de Stanislas…), avec le grand-duché de Toscane, à la mort du dernier des Médicis, Jean-Gaston (qui allait mourir sans descendance le 9 juillet 1737) : cet échange territorial, négocié en secret dès 1735 et effectif l’été 1737, est formalisé par le traité de Vienne en 1738… L’art de la diplomatie et des mariages était une spécialité des Habsbourg…

    …

    Bien qu’épileptique _ il y avait d’assez nombreux mariages consanguins parmi les Habsbourg, de même que parmi les Bourbon ; je reviens ici à la branche des Habsbourg-Teschen… _,

    l’archiduc Charles-Louis fut très admiré en tant que commandant et réformateur de l’armée autrichienne, au cours des guerres napoléoniennes.

    …

    Et grâce à une sagace décision de son père le futur empereur Léopold II,

    Charles-Louis, le troisième des fils de Léopold _ alors Grand-Duc de Toscane _,

    fut adopté et élevé _ d’abord à Vienne, puis, ensuite à partir de 1780, au décès de son oncle l’archiduc Charles-Alexandre de Lorraine (1712-1780), qui était gouverneur général des Pays-Bas autrichiens, à Bruxelles _,

    par sa tante Marie Christine d’Autriche (1742-1798) _ la fille préférée de l’impératrice Marie-Thérèse _ et son mari Albert de Saxe-Teschen (1738-1822) _ le quatrième des fils du roi de Pologne et électeur de Saxe, Auguste III (1696-1763) et de son épouse Marie-Josèphe d’Autriche (1699-1757) _,

    tous deux, Marie-Christine et Albert-Casimir, étant demeurés sans enfant

    et étant gouverneurs des Pays-Bas de 1780 à 1793 _ à Bruxelles, ces derniers avaient succédé comme gouverneurs des Pays-Bas, au frère de François et doublement beau-frère de Marie-Thérèse, Charles-Alexandre de Lorraine, puisque celui-ci avait épousé l’archiduchesse Marie-Anne d’Autriche, la sœur cadette de l’impératrice Marie-Thérèse…

    …

    À la mort de son oncle _ et donc père adoptif _ Albert de Saxe-Teschen, en 1822,

    l’archiduc Charles-Louis hérite ainsi du duché de Teschen _ ce qui demeurait à l’Autriche de la Silésie, perdue en 1748 au profit du roi Frédéric II (et de la Prusse), au terme de la guerre de succession d’Autriche ; et limitrophe de la Galicie polono-autrichienne : un élément important de la saga de cette branche des Habsbourg-Teschen ; dont les châteaux familiaux, le château-vieux et le château-neuf, se trouvent à Zywiec (en allemand Saybusch), à l’est de Teschen (en polonais Cieszyn).

    …

    En 1722, le duché de Teschen avait été donné en cadeau personnel par l’empereur Charles VI, père de Marie-Thérèse, à son cousin et proche ami le duc de Lorraine Léopold Ier (1679-1729), père de François de Lorraine ; la mère de Léopold Ier était en effet Eléonore d’Autriche (1653-1697), elle-même quatrième fille de l’empereur Ferdinand III (1608-1657), et sœur de l’empereur Léopold Ier (1640-1705).

    …

    Puis, par le mariage, le 12 février 1736, du fils aîné du duc de Lorraine Léopold Ier, François,

    avec la fille de Charles VI, Marie-Thérèse,

    le duché de Teschen était redevenu un domaine de la couronne autrichienne.

    Ensuite, après le décès de son époux l’empereur François Ier, le 18 août 1765, l’impératrice Marie-Thérèse avait, à nouveau, remis en cadeau personnel à un proche ce duché de Teschen : à son gendre Albert de Saxe, le jour de son mariage, le 9 avril 1766, avec l’archiduchesse Marie-Christine, la fille préférée de l’impératrice.

    …

    C’est ainsi que, plus tard, ce duché silésien de Teschen fut légué, à sa mort, par l’archiduc Charles-Louis, en 1847,

    à son fils aîné l’archiduc Albert de Teschen (1817-1895).

    …

    Lequel, n’ayant pas eu de descendant mâle lui survivant,

    le transmet, en 1895, à son neveu (lui-même fils cadet de son frère cadet l’archiduc Charles-Ferdinand, 1818-1874) et enfant adoptif, l’archiduc Charles-Étienne de Teschen (1860-1933) :

    Charles-Étienne de Teschen, que Timothy Snyder nomme plus simplement Étienne.

    …

    Et dont le frère aîné Frédéric de Teschen (1856-1936) devait hériter, lui, surtout des territoires de Hongrie de leur mère, l’archiduchesse Elisabeth de Habsbourg-Hongrie (1831-1903), une personnalité importante, sur laquelle Timothy Snyder n’attarde pas ici son projecteur ; le destin de cette branche familiale (celle de Frédéric de Teschen) était donc « hongrois« , plutôt que « polonais » ! ;

    …

    et en effet le fils (unique) de Frédéric, l’archiduc Albert-François (1897-1955) sera hongrois, et proche de l’amiral Horty : après la Première Guerre mondiale, cet archiduc Albert-François, cousin de Charles-Étienne (qui choisit, lui, d’être polonais), est candidat à la couronne de Hongrie, mais l’opposition des Alliés à la restauration des Habsbourg et la division des monarchistes hongrois l’empêchent de monter sur le trône. Durant la régence de Horthy, l’archiduc Albert-François de Teschen (1897-1955) devient membre de la Chambre haute hongroise et prend la tête de différentes organisations sportives et culturelles. Partisan d’Hitler, le dernier duc de Teschen quitte la Hongrie à la fin de la Deuxième Guerre mondiale et s’installe en Argentine…

    Fin ici de l’incise hongroise ;

    …

    et retour à la branche polonaise ; cf page 55 :

    « En 1994 et 1895, alors que Marie-Thérèse _ de Habsbourg-Toscane _ était enceinte de Guillaume _ le dernier de ses six enfants _, Étienne savait que sa destinée était sur le point de rejoindre celle de la Pologne. Albert _ duc de Teschen, son oncle et père adoptif _ était mourant. À sa mort _ le 18 février 1995 _, qui suivit de huit jours la naissance de Guillaume _ le 10 février  _, Étienne _ et pas son frère aîné Frédéric, faut-il déduire… : mais Timothy Snyder n’en dit rien ! _ hérita des domaines de Galicie. Il savait qu’il était l’archiduc le mieux placé _ mieux que son frère aîné l’archiduc Frédéric, donc : promis, lui, à un destin hongrois… _ pour régler la question polonaise, qui, après la question des Balkans, était le problème national le plus urgent dans l’Europe du moment« … 

    …

    Marié tardivement, en 1815 _ il a quarante-quatre ans _, l’archiduc Charles-Louis d’Autriche-Teschen _ je reviens donc à lui _ aura, outre deux filles, cinq fils :

    …

    l’archiduc Albert de Teschen (1817-1895) _ qui demeurera sans postérité masculine _,

    l’archiduc Charles-Ferdinand d’Autriche-Teschen (1818-1874) _ le père de l’archiduc Charles-Étienne (1860-1933), lui-même époux, en 1854, de l’archiduchesse Élisabeth de Habsbourg-Hongrie (1831-1903), et grand-père de l’archiduc Guillaume (1895-1948), notre « Prince rouge«  _,

    l’archiduc Frédéric-Ferdinand (1821-1847) _ célibataire et sans postérité _

    et l’archiduc Guillaume-François d’Autriche (1827-1894) _ célibataire et sans postérité, lui aussi.

    …

    Quant à l’archiduc Charles-Ferdinand d’Autriche et duc de Teschen _ auquel son frère aîné l’archiduc Albert, sur ordre de l’archiduchesse Sophie, la mère toute-puissante de l’empereur François-Joseph Ier, fera épouser le 18 septembre 1854 la princesse Élisabeth de Habsbourg-Hongrie (1831- 1903), pour éviter que celle-ci épouse l’empereur ; l’empereur François-Joseph Ier épousera Élisabeth de Wittelsbach, « Sissi« , le 24 avril 1854… _,

    il aura, lui, de son épouse Elisabeth de Habsbourg-Hongrie (1831-1903),

    quatre enfants :

    …

    l’archiduc Frédéric d’Autriche et duc de Teschen (1856-1936),

    Marie-Christine d’Autriche (1858-1929), qui épousera Alphonse XII d’Espagne (1857-1885), et qui  sera la mère du roi Alphonse XIII ;

    l’archiduc Charles-Étienne d’Autriche-Teschen (1860-1933) _ personnage crucial de la saga du « Prince rouge« , Guillaume, dont l’amiral Charles-Étienne est le père ;

    les frères et sœurs de Guillaume sont : Éléonore (1886-1974), Renée (1888-1935), Charles-Albert (1888-1951), Mathilde (1891-1966) et Léon-Charles (1893-1939) ; Guillaume, le futur « Prince rouge«  d’Ukraine (1895-1945) est ainsi le plus jeune des six enfants de l’archiduc Charles-Étienne de Teschen et de son épouse l’archiduchesse Marie-Thérèse de Habsbourg-Toscane (1862-1933) _ ;

    et l’archiduc Eugène d’Autriche-Teschen (1863-1954) _ connu, lui, pour sa chasteté ; et qui protégera un temps, à son retour en Autriche, son neveu Guillaume, à la mi-juin 1935, à Vienne.

    …

    …

    En ce passionnant Prince rouge _ les vies secrètes d’un archiduc de Habsbourg, et pages 12-13 du Prologue,

    Timothy Snyder fait débuter la focalisation sur cette branche des Habsbourg-Teschen

    par l’énoncé de ce qu’il nomme « l’axiome » de l’archiduc (et amiral) Étienne :

    …

    les archiducs de Habsbourg-Teschen Albert (Charles-Albert, 1888-1951) et Guillaume (1895-1948) _ c’est sur eux deux principalement que Timothy Snyder se centre au long de son enquête _

    « étaient nés à la fin du XIXe siècle et avaient atteint leur majorité dans un âge d’empires.

    …

    À l’époque, leur famille _ celle des Habsbourg-Lorraine _ était toujours à la tête de la monarchie autrichienne, la plus ancienne et la plus glorieuse entre toutes.

    S’étendant des monts d’Ukraine _ c’est-à-dire les Carpates de Silésie ou Beskides _, au nord, jusqu’aux eaux chaudes de l’Adriatique _ l’Istrie et toute la Dalmatie croate _, au sud,

    elle embrassait une douzaine de peuples sur lesquels elle régnait sans interruption depuis six cents ans _ le fief originaire des Habsbourg se trouve dans la Suisse du nord-ouest, dans le canton d’Argovie.

    …

    Le colonel ukrainien et le colonel polonais, Guillaume et Albert _ ainsi que leur frère Léon : Léon-Charles-Marie-Cyrille-Méthode (1893-1939), qui était promis, lui, à un destin balkanique, mais qui venait de mourir de tuberculose, dans un sanatorium près de Vienne, le 28 avril 1939, peu avant le déclenchement de la seconde guerre mondiale _, avaient été élevés _ par leur père Étienne _ pour préserver et agrandir l’empire familial _ des Habsbourg _ dans une ère de nationalismes  _ dès 1815 et l’Europe du congrès de Vienne, et Metternich…

    …

    Ils devaient devenir des princes polonais et ukrainiens loyaux à l’égard de la monarchie et subordonnés à l’empereur _ en l’occurrence François-Joseph Ier, empereur régnant depuis 1848 : il mourra le 21 novembre 1916. 

    …

    Ce « nationalisme monarchique » était une idée de leur père Étienne.

    C’est lui qui, délaissant le cosmopolitisme traditionnel de la famille impériale

    pour se faire _ spécifiquement _ polonais _ et on ne peut plus effectivement : au moment de son installation au château de Zywiec (en allemand Saybusch) en 1907, au cœur des territoires du duché de Teschen (en polonais Cieszyn), dont ses frères Frédéric et Eugène et lui avaient hérité des territoires, au décès, le 18 février 1895, de leur oncle et père adoptif l’archiduc Albert de Teschen : celui-ci, après le décès de leur père, l’archiduc Charles-Ferdinand, le 20 novembre 1874, les avait en effet adoptés… _,

    avait espéré devenir régent, ou prince, de Pologne _ de même que son frère aîné Frédéric, régent, ou prince, de Hongrie.

    …

    Albert, le fis aîné _ d’Étienne _, se voulait _ et sera, jusqu’au bout, en son attachement viscéral à la Pologne _ son fidèle héritier.

    …

    Guillaume, le cadet et rebelle, choisit _ lui _ une autre nation _ c’est-à-dire la nation ukrainienne, au lieu de la nation polonaise _,

    mais les deux fils _ l’autre fils, Léon-Charles-Marie-Cyrille-Méthode, promis, lui, à un destin balkanique, meurt de tuberculose en avril 1939 _ adoptèrent l’axiome de leur père :

    si le nationalisme est inéluctable, la destruction des empires, elle, ne l’est pas.

    …

    Faire un État de chaque nation ne libérerait pas pour autant les minorités nationales.

    Au contraire, se figurait-il, cela ferait de l’Europe un assemblage sommaire d’États faibles dépendant de plus forts qu’eux pour survivre.

    …

    Les Européens, croyait Étienne, se porteraient mieux s’ils pouvaient concilier leurs aspirations nationales avec une allégeance supérieure à un empire _ en l’occurrence la monarchie des Habsbourg.

    Dans une Europe imparfaite, celle-ci offrait la meilleure scène (!) possible pour abriter (!!) les drames (!!!) nationaux _ la traduction non plus n’est hélas pas parfaite ! Mais que font les relecteurs ?

    Laissons les politiques nationales s’opérer, pensait Étienne, à l’intérieur des doux confins d’un empire tolérant, doté d’une presse libre et d’un Parlement« .

    …

    Et c’est ainsi que « Guillaume devint le Habsbourg ukrainien« , énonce Timothy Snyder page 13.

    …

    « Il apprit la langue, commanda des unités ukrainiennes pendant la guerre _ de 14-18 _ et s’attacha étroitement à sa nation élue _ la nation ukrainienne, donc.

    Une opportunité sembla s’offrir à lui quand la Révolution bolchévique mit à bas l’empire russe en 1917 _ Guillaume avait alors vingt-deux ans _,

    ouvrant l’Ukraine à la conquête.

    …

    Envoyé par l’empereur des Habsbourg _ le nouvel empereur (depuis le 21 novembre 1916, à la mort de François-Joseph), Charles Ier d’Autriche (1887-1922) ; lequel est doublement le cousin de Guillaume : et par la mère de Guillaume,  Marie-Thérèse de Habsbourg-Toscane (1962-1933), et par le père de celui-ci, Charles-Étienne de Habsbourg-Teschen (1860-1933), tous deux descendants de l’empereur  _

    dans la steppe ukrainienne en 1918,

    Guillaume s’efforça _ en particulier à la Sitch _ de susciter une conscience nationale parmi la paysannerie

    et d’aider les pauvres à conserver les terres qu’ils avaient prises aux riches.

    Il devint une légende à travers tout le pays : le Habsbourg qui parlait l’ukrainien,

    l’archiduc qui aimait le peuple,

    le « Prince rouge » ».

    …

    …

    En ce mois de novembre 2013 de sa parution en traduction française

    _ hélas bien peu soignée ! cette traduction d’Olivier Salvatori : à comparer avec l’excellence de la traduction de Terres de sang _ L’Europe entre Hitler et Staline, par les soins de l’infatigable Pierre-Emmanuel Dauzat, en avril 2012 ; l’édition originale était parue, elle, le 28 octobre 2010 aux Éditions Basic Books, aux États-Unis ; certains passages du Prince rouge sont même carrément incohérents et incompréhensibles ! :

    …

    ainsi, par exemple, aux pages 115-116, à propos de « deux exigences«  des diplomates ukrainiens, en janvier et février 1918, à propos des diverses républiques ou principautés ukrainiennes qui aspiraient à la reconnaissance :

    …

    « la première (de ces exigences) était que leur État indépendant ukrainien inclût une certaine région occidentale que les Polonais (de leur côté !) considéraient comme leur. La seconde était que la monarchie des Habsbourg reconnaisse (en leur empire) une province ukrainienne séparée (…) ; et « le 9 février 1918, l’Allemagne, les Habsbourg et les diplomates ukrainiens signèrent un accord connu sous le nom de « paix du pain ». L’Allemagne et la monarchie des Habsbourg étaient d’accord pour reconnaître la république ukrainienne (prise à la Russie), et la monarchie des Habsbourg, dans un protocole secret, promettait de créer un domaine royal ukrainien constitué de la Galicie orientale et de la Bucovine » : comment s’y retrouver ?.. ;

    …

    ou page 52, à propos de deux Mathilde de Habsbourg-Teschen, non assez clairement distinguées : Mathilde, la troisième fille du neveu, Charles-Albert (et plus jeune sœur de Guillaume, donc), née en 1891, et Mathilde, la seconde fille de l’oncle, Albert de Teschen, morte brûlée vive en 1867 « alors qu’elle essayait d’allumer une cigarette à son père« … _

    …

    en ce mois de novembre 2013 de sa parution en traduction française aux Éditions Gallimard, l’original étant paru en 2008, toujours aux Éditions Basic Books,

    l’actualité ukrainienne de ce travail légèrement antérieur, donc, de Timothy Snyder qu’est Le Prince rouge _ les vies secrètes d’un archiduc de Habsbourg,

    accède tous les jours à nos oreilles et nos yeux. Cf par exemple l’article de Timothy Snyder paru dans l’édition du Monde du vendredi 20 décembre dernier : Pourquoi l’indépendance est en danger à Kiev.

    …

    …

    Le Prince rouge _ les vies secrètes d’un archiduc de Habsbourg,

    ce nouvel opus de Timothy Snyder à propos de l’Histoire de l’Ukraine,

    aborde cette fois ce sujet

    à travers une focalisation sur plusieurs membres de la famille des Habsbourg-Teschen,

    …

    et tout spécialement Guillaume-François-Joseph-Charles de Habsbourg-Lorraine, « l’archiduc rouge« ,

    dit aussi « Vasyl Vychyvany » à partir de 1918 :

    ce qui signifie « Basile le brodé«  Description de cette image, également commentée ci-après

    né à Pula, en Istrie, le 10 février 1895, et décédé à Kiev le 18 août 1948.

    Ici, il est nommé Guillaume.

    …

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    …

    Mais aussi

    son père, Charles-Étienne de Habsbourg- Teschen, archiduc d’Autriche et prince de Teschen :

    né le 5 septembre 1860 à Groß Seelowitz, ou Zidlochovice (en Moravie), amiral de la flotte, et décédé le 7 avril 1933 : personnage majeur de la saga familiale.

    Ici, il est nommé Étienne.

    …

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    …

    Ainsi que le frère aîné de Guillaume,

    Charles-Albert-Nicolas-Léon-Gratien de Habsbourg-Altenbourg

    né à Pula, le 18 décembre 1888, et mort à Östervik, près de Stockholm, le 17 mars 1951.

    Il est nommé ici Albert.

    …

    …

    Ce travail-ci de Timothy Snyder à propos des péripéties _ difficiles : encore en ce passage de 2013 à 2014… _ de la réalisation-accomplissement de l’Ukraine _ pas encore pleinement advenu en ces premiers jours de 2014… _,

    je le relie aussi à la question des modalités de la faisabilité de l’Histoire,

    telle que la pose excellemment Christophe Bouton, dans son très remarquable Faire l’Histoire, paru cet automne, aux Éditions du Cerf ;

    ouvrage que Christophe Bouton, notre collègue philosophe à l’Université Bordeaux-3, est venu présenter dans le cadre de la saison 2013-2014 de notre Société de Philosophie de Bordeaux, dans les salons Albert-Mollat, le mardi 19 novembre dernier _ cf le podcast de cette présentation.

    …

    Et cette question de l’ »ukrainisation » à accomplir de l’Ukraine,

    telle que, très tôt et tout au long de sa vie _ il en est mort, de mauvais traitements et de tuberculose laissé sans soins, à l’hôpital d’une prison de Kiev, le 18 août 1848 _, l’archiduc Guillaume se l’est donnée comme programme à accomplir,

    se trouve au cœur de cette présentation par Timothy Snyder du « Prince rouge«  ;

    cf ce passage de présentation, page 13 du Prologue :

    …

    « Guillaume devint _ à partir de 1912 et d’un séjour au cœur des Carpates, dans la montagne, à Verokhta, au sud de Stanislawow, à l’extrême sud de la Galicie _ le Habsbourg ukrainien.

    Il apprit la langue, commanda des unités ukrainiennes pendant la guerre et s’attacha étroitement à sa nation élue. Une opportunité sembla s’offrir à lui quand la Révolution bolchévique mit à bas l’Empire russe en 1917, ouvrant l’Ukraine à la conquête. Envoyé par l’empereur des Habsbourg _ l’empereur Charles Ier d’Autriche, qui succéda le 21 novembre 1916 à son grand-oncle, l’empereur François-Joseph Ier _ dans la steppe ukrainienne en 1918, Guillaume s’efforça de susciter _ à partir de ses succès à la Sitch _ une conscience nationale parmi la paysannerie et d’aider les pauvres à conserver les terres prises aux riches.

    Il devint une légende à travers tout le pays : le Habsbourg qui parlait l’ukrainien, l’archiduc qui aimait le peuple, le « Prince rouge » « .

    …

    Et commentant un peu plus loin (pages 14-15) en ce même Prologue

    ce que Timothy Snyder qualifie de « pouvoir de définir l’individu« 

    _ un pouvoir d’imagination et d’auto-création que ces Habsbourg de Teschen avaient très à cœur de se donner… _,

    …

    Timothy Snyder distingue très fortement deux regards sur les individus, les peuples et les nations de l’Histoire,

    celui des nazis et des Soviétiques,

    et celui des Habsbourg :

    …

    « Pour les nazis comme pour les Soviétiques,

    la nation exprimait des réalités immuables _ génétiques, raciales _ situées dans le passé,

    non une volonté humaine dans le présent.

    …

    Parce qu’ils exercèrent leur domination sur une si grande partie de l’Europe

    et d’une façon si brutale,

    cette idée de race est restée parmi nous

    _ main de zombie _ idéologiquement toujours très présente _ de l’Histoire

    telle qu’elle n’est _ pourtant _ pas advenue _ durablement : le IIIe Reich nazi tout comme l’Union soviétique ont disparu !

    …

    Ces Habsbourg _ les archiducs Étienne (1860-1933), Albert (1888-1951), Guillaume (1895-1948) _ avaient une notion plus vivante de l’Histoire. (…)

    …

    Ils concevaient le temps comme une éternelle _ ou plutôt permanente… _ possibilité _ c’est mal traduit !, mais l’invocation de la dimension d’éternité au sein même de l’agir parmi le jeu (toujours mouvant) des possibles est, elle, une idée (spinoziste…) très forte et très juste de Timothy Snyder ; même si son traducteur échoue ici à la rendre en un français qui soit intelligible ! _,

    et la vie comme une suite de moments emplis de halos de gloire naissants,

    telle une goutte de rosée attendant _ telle la survenue de l’espiègle (et terrible) petit dieu Kairos _ la caresse du soleil pour déployer son spectre de couleurs. »

    …

    Et pages 15-16, Timothy Snyder poursuit :

    « Est-il important _ = grave… Cela dépend de l’échelle sur laquelle on se situe ! Et l’échelle des peuples diffère certes de l’échelle des individus et personnes… _ que la goutte de rosée finisse sous la semelle noire d’une botte ?

    …

    Ces Habsbourg _ Albert, le polonais, Guillaume, l’ukrainien _ perdirent leurs guerres _ celles de Pologne, pour Albert, celles d’Ukraine, pour Guillaume, et cela en 14-18 comme en 39-45 _,

    et échouèrent à libérer leurs nations de leur vivant ;

    ils furent, comme ces mêmes nations qu’ils s’étaient choisies, vaincus par les nazis et les bolcheviks _ en 1945.

    …

    Mais les régimes totalitaires qui les avaient jugés et condamnés

    passèrent eux aussi.

    …

    Les horreurs des systèmes nazi et communiste empêchent _ aujourd’hui _ de considérer l’Histoire du XXe siècle comme une marche en avant vers un plus grand bien _ = un progrès.

    …

    Pour une raison similaire,

    il est difficile de voir dans la chute des Habsbourg en 1918

    le prélude d’une ère de libération _ le regard de Timothy Snyder rejoint ici celui de Joseph Roth : cf La Marche de Radetzky et La Crypte des Capucins…

    …

    Comment dès lors parler de l’Histoire contemporaine de l’Europe ?

    …

    Peut-être ces Habsbourg,

    avec leur lassitude _ le contresens du traducteur est ici absolu ! quand il s’agit d’une inlassable volonté, au contraire… _ de l’éternité

    et leur vision optimiste de la couleur du temps,

    ont-ils quelque chose à nous offrir« .

    …

    Car « chaque instant du passé (…) contient aussi _ parmi ses diverses graines de virtualités _ ce qui semblait impossible

    et s’est avéré _ cependant, puisque bel et bien advenu ! _ possible,

    comme un État ukrainien unifié,

    ou une Pologne libre dans une Europe unie.

    …

    Et si c’est vrai de ces  instants du passé,

    ça l’est aussi du moment présent«  _ à l’aune de ce qu’il y a, pour nous tous, à construire…

    …

    Ainsi « l’idée _ forte d’un Étienne de Habsbourg _ que le patriotisme peut se concilier avec une loyauté européenne supérieure

    semble _ dorénavant _ étrangement visionnaire« ,

    s’autorise à affirmer Timothy Snyder, page 16

    en conclusion de l’ouverture à son livre qu’est ce Prologue.

    …

    Et là l’intuition de Timothy Snyder qui commande tout l’élan de ce livre

    rejoint l’idée-force de la faisabilité de l’Histoire

    et de la validité persistante de l’idée-idéal de démocratie

    _ et cela, quelles que soient les scories et difficultés de ses successives réalisations jusqu’ici _,

    telles que les défend l’ami Christophe Bouton dans son passionnant Faire l’Histoire...

    …

    Et quelles que soient les difficultés de la réalisation de l’idée-idéal de démocratie

    dans la construction brinquebalante des institutions européennes de l’Union européenne,

    en lesquelles Timothy Snyder propose, semble-t-il, de voir une sorte d’application

    transposée aujourd’hui

    de l’idéal pragmatique et doux de « création » de ses Habsbourg

    _ cf page 57 : « les archiducs de Habsbourg devraient se recréer eux-mêmes, à l’avance, en tant que dirigeants nationaux.

    Avec Étienne montrant la voie,

    les princes pourraient échanger leur rôle traditionnel de commandement militaire

    pour une dignité nouvelle : la création de peuples« …

    …

    Ce qui est aussi _ page 64 _ rien moins que

    « faire l’expérience de la liberté« …

    …

    Même si,

    au final de l’existence de Guillaume, « au début des années cinquante« ,

    « la Galicie multinationale, création des Habsbourg, n’avait pu survivre à Hitler et Staline.

    En 1948, l’Europe habsbourgeoise,

    faite de loyautés multiples et de nationalités ambiguës

    semblait avoir vécue », pages 280-281.

    …

    Et page 292 :

    « Avec Guillaume, un certain rêve ukrainien semblait _ à nouveau ce mot sous la plume de Timothy Snyder _ avoir péri.

    Guillaume lui-même n’était qu’une victime parmi les dizaines de milliers d’hommes et de femmes tués par les Soviétiques à la fin des années 1940 pour leur engagement, réel ou supposé, dans des mouvements indépendantistes ukrainiens.

    Beaucoup d’entre eux, sinon la plupart, étaient originaires de la zone qui avait été autrefois la Galicie orientale habsbourgeoise.

    …

    Guillaume incarnait,

    peut-être plus que n’importe lequel d’entre eux,

    la connexion ukrainienne entre la monarchie des Habsbourg et l’Occident,

    les liens entre la culture européenne et les traditions qui distinguaient l’Ukraine,

    aux yeux de tant de patriotes ukrainiens,

    de la Russie.

    …

    Après avoir annexé ces territoires en 1945,

    Moscou les avait délibérément coupés de leur histoire habsbourgeoise.

    …

    Le génocide et les nettoyages ethniques avaient déjà irrévocablement modifié la population.

    Les Allemands avaient tué la grande majorité des Juifs entre 1941 et 1944 ;

    les Soviétiques avaient ensuite déporté les Polonais (et les Juifs qui avaient survécu) en Pologne. » Etc.

    …

    Quant à l’Autriche _ pages 294-295 _,

    « dans la mesure du possible, la façon dont elle se représentait elle-même,

    évitait la politique

    et insistait sur la culture,

    et, au-dessus-de tout, la musique » _ l’immense Thomas Bernhard dit-il autre chose ? Qu’on le relise !!!

    …

    Parfois, cependant, la musique à Vienne était trop molle _ et kitch…

    Les chefs d’orchestre et compositeurs juifs,

    au centre de la culture viennoise depuis que Gustav Mahler avait pris la direction de l’opéra de la Cour, en 1897,

    avaient fui le pays dans les années 1930, ou avaient été tués au cours de l’Holocauste »

    _ là-dessus lire le beau travail de Jacques Le Rider, Les Juifs viennois à la Belle-Époque_…

    …

    Et _ page 295 _ « l’Ukraine

    était perdue pour l’Autriche

    non seulement de l’autre côté du rideau de fer,

    qui commençait à moins de quatre-vingt kilomètres à l’est de Vienne,

    mais au-delà (? ou, bien plutôt, à l’intérieur !) des limites intellectuelles de la nouvelle identité nationale

    que les Autrichiens s’étaient forgée _ encore une traduction aberrante !

    …

    Sous les Habsbourg, l’Autriche n’avait jamais été une nation ;

    elle était d’une certaine manière

    au-dessus des nations,

    dans une identification avec la monarchie et l’empire.

    …

    Pour que l’Autriche devînt une nation,

    elle devait descendre de son piédestal

    et son peuple devenir comme les autres _ cela convient-il, cependant, à la France et au peuple français ?.. _ en Europe.

    …

    L’Autriche neutre _ d’après 1945 _

    recherchait la sécurité,

    penchant vers l’Ouest

    et évitant les connexions à haut risque avec l’Est« …

    …

    Et _ page 296 _ « la guerre froide aussi connut son terme,

    pas les Habsbourg.

    …

    Les femmes les plus importantes de la dynastie dans la vie de Guillaume,

    sa belle-sœur Alice (1889-1985 : l’épouse de son frère Albert)

    et l’impératrice Zita (1892-1989 : l’épouse de l’empereur Charles Ier),

    vécurent assez longtemps pour assister au déclin de l’Union soviétique

    et à l’émergence d’une nouvelle Europe« …

    …
    Jusqu’à _ page 297 _ « la fin de l’Union soviétique

    et sa désintégration au profit des républiques qui la constituaient.

    …

    A la fin de 1991, l’Ukraine était un État indépendant.

    Le court XXe siècle était terminé« …

    …

    Et _ pages 300-301 _ « La chute de l’Union soviétique en 1991 libéra l’Ukraine,

    qui incluait la Galicie et la Bucovine,

    toutes deux parties intégrantes de l’ancien domaine royal des Habsbourg« …

    …

    « Otto, le fils de Zita,

    qui avait été élevé en vue d’une restauration de la monarchie dans les années 1930,

    était toujours actif en politique,

    soixante ans après,

    en tant que membre du parti conservateur allemand de Bavière

    et député au Parlement européen. (…)

    …

    En 1935, Guillaume était tombé à cause d’un scandale à Paris,

    privant Otto du soutien d’un Habsbourg en Ukraine

    et plongeant dans l’embarras toute la famille.

    …

    Sept décennies après cette déconvenue,

    Otto parlait à nouveau de l’Ukraine.

    …

    A la fin de 2004, il déclara

    que la nouvelle Europe se déciderait à Kiev et à Lviv.

    …

    Otto avait raison.

    L’Ukraine était la plus grande et la plus peuplée des républiques postsoviétiques en Europe,

    un pays de la taille de la France et de cinquante millions d’habitants.

    A ce titre, elle faisait figure de test

    pour savoir si la démocratie pouvait s’étendre à l’Europe postcommuniste. (…)

    …

    L’Ukraine, ancienne république soviétique,

    n’avait guère connu d’existence indépendante _ c’est là au moins un euphémisme ! _

    et devait créer de toutes pièces _ Cf le grand livre de Cornelius Castoriadis, L’Institution imaginaire de la société… _ un appareil d’État autonome

    en plus d’une démocratie et d’un marché.

    …

    Comme tous les pays qui avaient enduré le communisme depuis l’origine,

    c’est-à-dire depuis la formation de l’Union soviétique,

    l’Ukraine rencontrait des difficultés pour entreprendre une transformation aussi fondamentale.

    …

    L’idée de l’État comme réalité objective, par delà (?) le contrôle personnel de ses chefs,

    était une chose entièrement nouvelle.

    …

    De même que d’immenses fortunes étaient réalisées dans une ère de privatisations des plus opaques,

    l’État en vint à être considéré comme le protecteur des barons de l’économie, appelés oligarques.

    …

    Dans les premières années du XXIème siècle,

    l’Ukraine glissait vers un autoritarisme oligarchique

    qui voyait un président aux pouvoirs considérables gouverner avec un entourage fluctuant d’hommes et de femmes richissimes, qui, entre autres choses, contrôlaient les chaînes de télévision« …

    …

    Puis vint la « révolution orange« .

    …

    Page 302 : « En Russie, aux États-Unis et en Europe,

    bien des gens comprenaient la « révolution orange« , comme on l’appelait,

    en termes ethniques.

    …

    Les partisans de Iouchtchenko étaient décrits dans la plupart des médias

    comme des Ukrainiens ethniques,

    des gens dont les actes étaient en quelque sorte dictés par leur origine familiale.

    Les adversaires de la démocratie étaient présentés, de manière non moins discutable, comme russes. (…)

    …

    Il n’y avait aucune raison pour que les journalistes associent ainsi ethnicité et politique.

    …

    La hâte irréfléchie _ essentiellement médiatique, journalistique, de bien pauvre connaissance historique ! _

    à définir la politique est-européenne comme essentiellement raciale

    était une victoire intellectuelle _ hum !.. _ des politiques nationales de Hitler et Staline

    sur le legs plus doux et plus équivoque des Habsbourg »…

    …

    Alors que « la « révolution orange » en elle-même était la revanche politique des Habsbourg« .

    …

    Page 303 :

    « Quand l’Union soviétique s’effondra, en décembre 1991,

    l’Ukraine put se pourvoir d’une forme d’État qui lui convenait.

    Les frontières de la république soviétique définissaient soudain un pays indépendant.

    …

    Lorsque le gouvernement ukrainien sombra dans la corruption,

    l’idée nationale fut à nouveau disponible,

    comme le gouvernement du peuple, ou démocratie _ mais que font les relecteurs ?

    …
    Pendant la « révolution orange » de 2004,

    les patriotes ukrainiens prirent des risques pour défendre leur vision de l’Ukraine

    dans laquelle les citoyens auraient leur mot à dire sur la gouvernance (!).

    Dans les événements de 1991 et 2004,

    la population de l’ancienne province habsbourgeoise de Galicie

    joua un rôle disproportionné (!!!) _ au secours, les relecteurs !!! Réveillez-vous ! Vous dormez !

    …

    Bien des patriotes ukrainiens (…) défendaient la nation ukrainienne

    non pour des raisons ethniques,

    mais par choix politique.

    …

    Le courageux journaliste décapité _ Georgii Gongadze _ était né dans le Caucase, loin de l’Ukraine.

    La ville où se déclencha la révolution ukrainienne, Kiev, parle russe.

    …

    La nation est une question d’amour plus que de langue« …

    …

    Page 304 :

    « La « révolution orange » fut le combat pour la démocratie le plus important dans l’Europe du début du XXIe siècle « …

    …

    Page 306 :

    « Guillaume _ qui n’avait certes pas défendu toujours des options démocratiques : dans l’espoir que Mussolini et Hitler bousculeraient les situations établies, en Ukraine soviétique, comme en Galicie devenue polonaise, Guillaume de Habsbourg avait adhéré dans l’entre-deux-guerres à ce que Timothy Snyder qualifie joliment de « fascisme aristocratique« … _,

    durant les années 1940,

    comme des millions d’autres Européens,

    avait amorcé un basculement intellectuel (!) certain vers la démocratie.

    …

    Celle-ci ne pouvait s’accomplir politiquement que sur la moitié du continent non communiste,

    comme le démontrèrent _ en négatif… _ l’enlèvement de Guillaume

    _ à la Südbahnhof de Vienne, le 26 août 1947 ; cf page 286 _

    et sa mort en Union soviétique« 

    _ « dans un hôpital de prison soviétique de Kiev »,  le 18 août 1948 ; cf page 290…

    …

    « Guillaume a été sauvé de l’oubli

    par une poignée d’historiens et de monarchistes ukrainiens fervents.

    …

    Avec la fin du communisme, à la fin du XXe siècle,

    et l’élargissement de l’Union européenne au début du XXIe,

    les Histoires des nations européennes vont peut-être connaître une redéfinition

    en termes plus cosmopolites ;

    et Guillaume trouver sa place dans chacune d’entre elles.

    …

    Lui et les Habsbourg reviendront.

    …

    En fait, avec le réveil de l’Ukraine,

    ils sont déjà là« …

    …

    Page 312 :

    « Au début du XXIe siècle, l’Union européenne se trouve

    dans ce que l’on pourrait appeler

    « la position des Habsbourg » :

    …

    elle contrôle une immense zone de libre-échange,

    au centre d’un paysage économique globalisé,

    mais sans possessions maritimes reculées,

    et dans l’incapacité de déployer une puissance militaire décisive, dans un âge de terrorisme imprévisible. (…)

    …

    L’Union européenne, comme la dynastie des Habsbourg,

    est dépourvue d’identité nationale ;

    et pourtant son destin est de résoudre la question nationale

    au sein de ses parties constituantes

    comme le long de ses frontières.

    …

    Les Habsbourg obtenaient les plus grands succès

    lorsqu’ils abordaient les questions nationales

    en mêlant tact, pressions économiques et promesses d’emplois bureaucratiques.

    …

    Les Européens, aux forces militaires extrêmement limitées,

    n’ont pas d’autre choix que de les imiter.

    En général, cela leur réussit plutôt bien« …

    …

    Page 316 :

    « Même les plus libres des sociétés démocratiques

    ne permettraient pas les sortes de choix que firent les Habsbourg« …

    …
    « La possibilité de se faire ou refaire une identité _ que Guillaume de Habsbourg sut saisir et se ménager et réaménager tout le long de sa vie… _

    n’est pas très éloignée du cœur même de l’idée de liberté ;

    elle consiste à s’affranchir de l’oppression d’autrui et à devenir soi-même.

    …

    Dans leurs meilleurs jours,

    les Habsbourg jouirent d’une sorte de liberté

    dont nous ne disposons plus :

    celle d’une autocréation imaginative et résolue. (…)

    …

    Les Habsbourg bénéficièrent de la croyance qu’ils étaient l’État,

    plutôt que les sujets de celui-ci.

    …

    Mais n’est-ce pas ce que tout individu libre espère :

    prendre part à un gouvernement

    plutôt que d’en être l’instrument ?« …

    …

    …

    Le livre s’achève, page 323, sur la description aujourd’hui d’une petite place de Lviv

    _ « Lviv est demeurée la plus fières des villes ukrainiennes, même sous la férule soviétique ; c’est aujourd’hui la plus patriotique de l’Ukraine indépendante« … _ :

    …

    « Dans un quartier tranquille,

    une petite place porte le nom de Guillaume,

    ou plutôt de Vasyl Vyshyvanyi.

    …

    Son seul ornement est une plaque de rue en noir et blanc.

    En son centre, un socle gris ne supporte aucune statue.

    Alentour, des balançoires et des bascules sont peintes de couleurs vives.

    Vasyl Vyshyvanyi est un terrain de jeu.

    …

    Au cours d’un après-midi d’été,

    des grands-mères assises sur un banc surveillent leurs petits-enfants.

    Aucun d’eux ne saurait dire qui était Vasyl Vyshyvanyi.

    …

    Je leur raconte l’histoire de Guillaume« …

    …

    Pour le reste,

    nous suivons le parcours européen de Guillaume,

    de sa naissance à Pula, le 10 février 1895 _ où son père, amiral, dirige la flotte de l’Adriatique _,

    à sa mort, à Kiev, le 18 août 1948.

    …

    En 1896, l’amiral Étienne de Habsbourg-Teschen prend sa retraite d’amiral,

    et s’installe avec sa famille dans l’île de Losijn,

    dans le palais Podjavori, « Sous les lauriers« …

    Et c’est en 1907 que la famille s’installe dans le « Château-neuf » de Zywiec,

    en Silésie polonaise habsbourgeoise…

    …
    Ensuite,

    Guillaume se trouvera à Vorokhta, dans les Carpates, à l’extrême sud de la Galicie, l’été 1912 ;

    puis, ayant terminé sa formation militaire à Wiener-Neustadt, le 15 mars 1915,

    il gagne le front en Galicie le 12 juin 1915,

    et participe à la reprise de Lviv sur les Russes, quatre jours plus tard.

    …

    Et voici quelques lieux  où se trouvera Guillaume, après Lviv :

    …

    Vienne, Lviv, Vienne, Kherson, la Sitch, Vienne, Spa, dans les plaines d’Ukraine, Odessa, Tchernivtsi, Lviv _ la Grande Guerre vient officiellement de se terminer le 11 novembre 1918 ; mais les hostilités se poursuivent à l’est jusqu’en mars 1921… _ ;

    Boutchach (en Galicie sud-orientale), Bucarest, Kameniets-Podilsky (en Podolie) _ en septembre 1919 _, en Ukraine _ en novembre et décembre 1919 _, Bucarest _ de janvier à mars 1920 _ ;

    Vienne _ du printemps 1920 à novembre 1922 _ ;

    Madrid _ de novembre 1922 à 1926 _ ;

    Enghien-les-Bains _ 1926-1931 _ ;

    Paris _ d’octobre 1931 à la mi-juin 1935 _ ;

    Vienne _ jusqu’au 26 août 1947 _ ;

    Baden _ de septembre à décembre 1947_ ;

    Lviv _ le 20 décembre 1947 _ ;

    Kiev _ à partir de la fin décembre 1947, jusquà sa mort, le 18 août 1948…

    …
    …
    Titus Curiosus, ce 30 décembre 2013

     

     

  • les humbles progrès en amour lents de Mathieu Lindon : l’admirable délicatesse de sa conférence-entretien avec Xavier Rosan

    Mardi 8 février 2011, les salons Albert-Mollat ont été le théâtre d’une des plus belles _ par son intensité dans la délicatesse ! _ conférences auxquelles il m’a été donné d’assister _ je me souviens en particulier de celle très impressionnante par le poids du moindre mot et du moindre silence de Aharon Appelfeld… _ : la conférence-entretien _ d’une durée de 65′ pour le podcast _ de Mathieu Lindon, avec Xavier Rosan _ parfait de clarté chaleureuse en la relance toute simple et sobre de ses questions justes _ à propos du récit si vibrant de justesse de Mathieu Lindon, aux Editions P.O.L. : Ce qu’aimer veut dire.

    …

    Mathieu Lindon est d’une magnifique humilité : toute sa vie, il sera celui qui, fondamentalement, apprend _ voilà ! _ d’abord _ et cela en matière de sentiment et d’« intimité«  (il s’agit là d’un « rapport« , et « vectoriel« , vibrant ; ainsi que l’analyse admirablement l’ami Michaël Foessel en son très important La Privation de l’intime, aux Éditions du Seuil) _ des autres ;

    aujourd’hui, en sa vie comme en ce livre (qui s’essaie humblement à y réfléchir _ en un merveilleux « tremblé«  de la phrase qui s’y livre : tel l’admirable « tremblement du temps«  que naguère Gaëtan Picon repéra dans les Mémoires d’Outre-tombe du dernier Chateaubriand ; le livre de Gaëtan Picon, admirable Admirable tremblement du temps, paru aux Éditions Albert-Skira, dans la collection si belle Les Sentiers de la création, mérite, et urgemment, une ré-édition ! _),

    ces « autres » _ qu’il aime et qui l’aiment _  sont Rachid et Corentin ; comme hier, ce furent et Jérôme Lindon et Michel Foucault sur les liens affectifs avec lesquels ce Ce qu’aimer veut dire se penche admirablement humblement tout spécialement !

    …

    Toute vie est faite de rencontres,

    et infiniment diverses en leur multiplicité, intensité, poids, conséquences.
    …

    Mais certaines aident considérablement à la formation-déformation _ déflagration jusqu’à la désintégration parfois même _ de notre identité de personne,

    toujours, toujours en chantier.

    …
    C’est ce chantier-là de la formation de soi

    que le discret et très humble (et magnifique d’humanité « vraie » !) Mathieu Lindon s’essaie ici,

    en ce livre infiniment délicatement sensible _ la braise y chante en permanence sous la cendre _,

    de cerner, tracer, retracer ;

    et qui peut servir _ et Mathieu Lindon d’évoquer au passage une remarque à ce propos de Christine Angot : sur cet enjeu-ci pour le lecteur… _ d’amer (de repérage) à tout un chacun :

    …

    puisqu’il nous arrive à tous de croiser en nos vies

    et un père,

    et un ami un peu plus âgé,

    et des amis plus jeunes,

    et un ou quelques amours aussi :

    …

    encore faut-il, et chaque fois, en réussir _ c’est toujours à divers degrés ; et selon une gradation de nuances très complexe ! _ l’occurrence

    _ j’avais d’abord écrit : « l’expérience«  : mais celle-ci n’a rien d’expérimental ; et c’est toujours, vulnérablement, et chacun, « à son corps défendant«  face à (et avec ! consubstantiellement ! les deux !) l’autre : c’est en cela qu’aimer « vraiment«  est absolument admirable…

    …

    J’entends, d’ailleurs, toujours ici, personnellement, le mot que Gilles Deleuze, dans Logique du sens, relève dans La Fêlure, de Francis Scott Fitzgerald :

    …

    « Toute vie est bien entendu un processus _ éperdument généreux ! _ de démolition« …

    …

    Bref :

    le livre Ce qu’aimer veut dire

    comme la conférence-entretien de Mathieu Lindon, avec Xavier Rosan, le 8 février dernier dans les salons Albert-Mollat,

    sont une expérience

    et de lecture

    _ cf mon article du 14 janvier dernier : Les apprentissages d’amour versus les filiations, ou la lumière des rencontres heureuses d’une vie de Mathieu Lindon… _

    et d’écoute attentive

    …

    d’une intensité, délicatesse, humilité

    et justesse d’intelligence de l’exister (et « aimer » !

    …

    _ mais qu’est-ce qu’« exister«  sans aimer « vraiment » ?..

    Cela ne se faisant certes pas « sur commande«  ! L’« épreuve«  (lire ici la sublime pièce éponyme de Marivaux !) a toujours aussi quelque chose de terriblement « éprouvant«  ; ce que la joie (à ne pas confondre avec le plaisir ! qui la contrefait…) compense, récompense, si l’on veut, et à l’infini ! : sans le moindre calcul, cela va sans dire ! il n’y a de joie que passionnément et généreusement, ce sont des synonymes, éperdue ! _)

    …

    proprement admirables !

    …

    Titus Curiosus, ce 12 février 2011

     

  • les enjeux fondamentaux (= de civilisation) de l’indispensable anthropologie esthétique de Baldine Saint-Girons : « le pouvoir esthétique »

    Sur Le Pouvoir esthétique,

    de Baldine Saint-Girons,

    paru en décembre 2009 aux Éditions Manucius : un travail capital

    sur la fondamentale _ mais massivement masquée, dépréciée et étouffée _ anthropologie du sensible…

    …

    Après, le déjà admirable _ et plus que nécessaire, indispensable : civilisationnellement ! _ travail d’élucidation des processus extrêmement fins _ des micro, voire nano-dentelles… _ de formation _ dont le négatif, à l’inverse, est la négligence, l’appauvrissement, l’effacement, voire l’annihilation et le maintien en déshérence… _ de l’identité (riche et infiniment complexe

    _ quand le sujet (humain !) n’est pas carrément décérébré, dénervé, vidé, détruit ! cf ici les fortes analyses et d’un Bernard Stiegler, et d’un Dany-Robert Dufour (ou, un peu plus en amont, déjà, celles de Norbert Elias et de Herbert Marcuse) : mais il est tellement plus facile (et rapide) d’appauvrir, détruire et annihiler que de former et construire, avec infinis tact et patience… : d’où l’importance cruciale, bien concrètement, des enjeux pédagogiques de l’enseignement et de l’éducation… _

    par là-même !)

    du sujet humain,

    en ses modalités de construction _ versus l’évidement, l’anesthésie lente et, à terme, la destruction-annihilation, en négatif… _ de la sensibilité et de la sensation _ pas seulement artistique, bien loin de pareille restriction ! cf aussi les travaux éclairants sur ces processus-là de Jacques Rancière : Le Partage du sensible… _, tout particulièrement dans le moment de l’aujourd’hui post-moderne,

    qu’a été, en janvier 2008, L’Acte esthétique (aux Éditions Klincksieck) ;

    …

    voici, maintenant, que la magnifique Baldine Saint-Girons

    nous donne _ avec la très puissante (rare, en ces jours, et plus encore à ce degré) générosité qui la caractérise : humainement ! _,

    la poursuite lucidissime de ses analyses de l’Homo Æstheticus _ présent en tout un chacun ! _

    en un nouveau travail d’une finesse exceptionnelle,

    Le Pouvoir esthétique :

    …

    le livre,

    paru aux Éditions Manucius en novembre 2009,

    comporte 140 pages étonnamment incisives ;

    …

    telle une dentelle chirurgicale de micro, voire nano-précision,

    dégageant avec une admirable clarté de précision, les processus s’entremêlant

    …

    _ que cet entremêlement fait trop vite, depuis si longtemps en la pensée occidentale (depuis le Timée de Platon ?), précipitamment (= paresseusement) qualifier de confusion irréductible, sans solution, à bien trop d’entre nous ;

    …

    et mettre, cette confusion chaotique de l’entremêlement, sur le compte (fatal !) de la sensorialité, ou, carrément, le corps,

    dont souffrirait, et sans espoir de remède _ cf le très parlant mot final de Socrate (à Criton : « Criton, nous devons un coq à Asklepios !« …) in Phédon : pour s’acquitter de la dette de la délivrance qu’apporte à l’âme (immortelle, elle) la mort du corps !.. _,

    …

    le corps, donc,

    dont souffrirait, et sans espoir de remède,

    l’âme ! ou l’esprit… _ ;

    …

    en même temps qu’elle, Baldine _ l’auteur de ce travail, toujours admirablement présent (= présente ! en son écriture si vive !), en la dynamique hyper-attentive de son enquête-exploration-débroussaillage : un travail de précision pénélopéen ! _ ;

    …

    en même temps qu’elle, Baldine, donc, les commente, ces processus ultra-fins,

    …

    et, en permanence, inlassablement _ hyperpatiemment, en son enthousiasme d’énergie de penser inépuisable ! _, aussi y réfléchit,

    …

    en répondant à ses propres _ redoublées, en permanence _ objections _ ou scrupules de son penser-philosopher toujours au plus vert de sa vivacité, toujours, toujours en acte ! _

    qu’elle ne cesse extrêmement pertinemment _ ainsi qu’aux auteurs qu’elle laboure de ses analyses, tels un Edmund Burke, en particulier en ses Recherches philosophique sur l’origine de nos idées du sublime et du beau ; ou un Emanuel Kant, en sa Critique de la faculté de juger, tout spécialement, parmi tous les autres que sa connaissance érudite met à très féconde contribution… _ (et philosophiquement !) de s’adresser ! à elle-même ;

    …

    comme ce mode _ philosophique ! _ d’enquêter est d’une magnifique fécondité ! et efficacité !

    …

    C’est proprement lumineux !

    …
    Le Pouvoir esthétique est
    donc un livre remarquablement clair ;

    offrant aussi, en sa conclusion, aux pages 136-137,

    un très précieux tableau synoptique des « trois principes du pouvoir esthétique«  : le beau, le sublime, la grâce ;

    …

    dont le tissage _ très fin et guère exploré jusqu’ici ! _ permet de comprendre

    tant l’histoire jusqu’à maintenant _ via, et la philosophie, et la rhétorique, et l’histoire des divers Arts, depuis l’Antiquité gréco-latine (que maîtrise tout particulièrement brillamment Baldine Saint-Girons, qui est loin de n’être qu’une « dix-huitiémiste«  !..) : ses analyses d’exemples, au passage, sont, elles aussi, remarquablement riches et éclairantes… _

    de l’aesthesis occidentale ;

    …

    que, aussi, et même peut-être surtout _ cette partie, très originale, est passionnante ! _, les enjeux, en partie gravissimes, mais pas seulement _ il est aussi, ici, des ressources à explorer très positivement ! _ les plus contemporains de la post-modernité de ce XXIème siècle...

    …

    …

    Il n’est que de comparer deux approches de ce livre de Baldine Saint-Girons ;

    en deux articles que je me permets de donner ici,

    tant ils éclairent ces deux directions d’exploration :

    …

    l’un est de Nicolas Floury, in Antiscolastique :

    …

    Si L’Acte esthétique, le précédent ouvrage de l’auteur, nous avait démontré que « l’acteur esthétique » était bien loin d’être un simple spectateur passif face au sensible,

    ce nouveau livre de Baldine Saint Girons, Le Pouvoir esthétique, franchit un pas de plus. Baldine Saint Girons refuse, en effet, de réduire l’esthétique à une simple théorie de la réception et cherche à établir « une esthétique de la conception » ou du consilium (du projet) qui puisse répondre « à notre exigence intime de remonter aux principes qui régissent notre rapport au sensible ». Il faudra distinguer soigneusement les projets esthétiques, les stratégies esthétiques et les effets esthétiques.

    …

    « Faire état d’un ‘pouvoir esthétique’, c’est soutenir qu’il existe un pouvoir propre au sensible : pouvoir d’expression et de résonance, non limité à l’art stricto sensu et non réduit au beau », pouvoir qui « nous rend sensibles […] à l’apparaître de ce qui apparaît ». Parvenir à saisir les agents du pouvoir esthétique devient une nécessité engageant l’existence bien plus qu’une simple opération intellectuelle. C’est là le seul moyen d’esquisser un geste nous permettant de mettre en mouvement une pensée, un questionnement sur ce qui nous est le plus intime et étranger : « comment [en effet] arriver à sentir ce que je sens, à désirer ce que je désire, à penser ce que je pense ? ». Cela afin de nous sentir moins étranger à nous-même, en acceptant notre radicale division subjective, cette « non-coïncidence avec [nous-même] » avec laquelle nous devons composer.

    …

    Fondamentalement ce livre consiste dans le déploiement, par une construction fine, argumentée, mise en perspective pas à pas, d’un « trilemme esthétique ». Baldine Saint Girons opère ainsi un déplacement par rapport au XVIIIe siècle où seuls s’opposaient le beau et le sublime. Et nous avons désormais à composer avec une dialectique autrement plus retorse, sous-tendue par le biais des trois termes que sont le Beau, le Sublime et la Grâce. Tout l’enjeu est alors de montrer comment peuvent se nouer et se penser comme noués, tout en s’opposant sous certains aspects, ces trois principes du pouvoir esthétique. L’auteur démontre avec subtilité qu’il ne faut pas penser les principes comme hermétiques et étanches les uns aux autres, mais bien plutôt concevoir leur dialectique : une dialectique qui produit sur nous des effets, qu’il importe de mettre en évidence. Cela impose donc de concevoir le pouvoir esthétique dans son unité et sa diversité.

    …

    Plaire, inspirer, charmer, tels sont les trois principes, du pouvoir esthétique. Le beau plaît, le sublime inspire, la grâce charme.

    Baldine Saint Girons restitue la généalogie des concepts de beau et de sublime en mettant en évidence ce qu’elle appelle le « dilemme esthétique », élaboré par Burke au XVIIIe siècle. La question est de savoir comment plaire (docere) s’oppose à inspirer (movere).

    Avant de nous proposer le trilemme esthétique, qui est le cœur de cet ouvrage, Baldine Saint Girons montre que « le beau qui devient sublime ne se contente pas de terrasser ; il me sollicite et me met en mouvement. Il renouvelle le sentiment de ma présence au monde et me révèle que ma vocation est de me transcender moi-même ».

    …

    L’épineuse question sera alors de savoir, lorsqu’il s’agit d’user du pouvoir esthétique, s’il est préférable de chercher à plaire, ou plutôt à inspirer, ou bien encore à charmer.

    En quoi ces principes peuvent-ils être pensés comme « exclusifs, chacun des deux autres » ? Telle est la question du trilemme esthétique. Une fois les trois grands principes du pouvoir esthétique (docere, movere, conciliare) dégagés, il s’agira pour l’auteur d’indiquer les diverses stratégies qui leur correspondent (imitation, invention, appropriation) et leurs effets sur le destinataire (admiration, étonnement, amour).

    …

    On comprendra alors comment le pouvoir esthétique n’est pas nécessairement destiné à de viles manipulations : il peut être l’origine d’une « cosmothérapie » ; et se trouver utilisé, ce qui demande certes le plus grand art, dans la difficile tâche d’enseigner.

    …

    La grâce se trouve pleinement réhabilitée dans le trilemme esthétique. Et nous garderons en mémoire qu’elle « établit des ponts entre les hommes et leur permet d’aller les uns vers les autres. Extirpant la haine et sa violence destructrice, c’est le sentiment dont la culture est la plus essentielle à la vie ».

    …

    Nicolas Floury

    …

    le second article est de Jean-Christophe Greletty, sur l’action littéraire :

    …

    On parle du pouvoir de la raison, du pouvoir politique, du pouvoir de la science, du pouvoir des armes, du pouvoir économique, du pouvoir de l’argent, de celui des corps, du sexe qui sont les enjeux d’une course infinie ; mais il est un autre pouvoir, moins «médiatique», plus secret, mais néanmoins d’une vigueur insoupçonnée : le Pouvoir Esthétique. C’est de celui-ci dont le livre de Baldine Saint Girons s’essaie à dénouer les fils, à mettre à jour les efficaces, les magies et les sortilèges.

    …

    Le Pouvoir Esthétique est le pouvoir premier, naturel et indépendant (non auxiliaire ou instrumental, comme la richesse ou la réputation) propre au sensible : capacité d’avoir des impressions, capacité d’en produire, recevoir et générer. En amont et en aval de l’Art. Mais, et c’est ce que montre Baldine Saint Girons, il ne se réduit pas aux beaux-arts, n’embrasse pas que le domaine du beau. Il concerne aussi toutes les activités humaines et les instruit ; car, nous le savons, rien n’apparaît en dehors de la sensation : la parole est audible, les corps sont visibles, les parfums nous enivrent, le vent, le soleil embrasent notre peau. Bref, pas de monde sans sensation.

    …

    Et c’est du monde essentiellement dont il est ici question. Et du monde le plus contemporain qui soit, celui du Spectacle : tautologique, omniprésent, universel. Après avoir fait une généalogie savante de la thématisation du Pouvoir Esthétique [Beau/Sublime/Grâce; Plaire/Inspirer/ Charmer] dans la Tradition : Aristote, Hobbes, Burke, Baumgarten, Kant, Hegel, Winckelman, etc.,

    l’auteur ne manque pas de répondre à la provocation de l’Image moderne _ essentiellement visuelle, plastique, immédiatement mobilisable, manipulable, analphabète, telle un argument de type nouveau, étalée dans le visible et assénée par lui.

    …

    Car l’Image, loin d’être l’outil des autres pouvoirs, possède son autonomie, son propre génie, son propre vertige. Et règne aujourd’hui sur la circulation des jeux de plaisirs et de domination, en maître insoupçonné et inflexible de nos vies.

    Mille exemples en témoignent : l’écran télévisuel autophage, l’infinie mise en scène politique, la planétarisation des icônes Michaël Jackson, Lady Di, ou Obama, la «fashion victimisation» consentie et voulue, etc.

    …

    «Le problème n’est pas de juger la manipulation esthétique : on ne saurait la condamner ou la légitimer a priori, comme si elle était un mal ou un bien en soi. Il est d’en reconnaître l’efficacité, d’en isoler et d’en démonter les mécanismes. Une manipulation esthétique en remplace toujours une autre, car nous sommes des êtres sensibles et impressionnables, toujours piégés et dupés ; mais il appartient de repérer comment procède le piège, la nature de ses lacs, et les moyens de nous en préserver».

    …

    Jean-Christophe Greletty

    …

    …

    Sur ces perspectives quant à l’aisthesis et ses pouvoirs,

    en amont comme en aval de la sensation

    qui se forme, se déforme, se métamorphose avec plasticité _ cf ici les travaux de Catherine Malabou, dont, par exemple, l’Ontologie de l’accident _ essai sur la plasticité destructrice, parue aux Editions Léo Scheer, en février 2009… _,

    …

    je renverrai aussi aux analyses tellement lucides de mon amie_  elle aussi _, Marie-José Mondzain ;

    notamment en son brillant Homo spectator _ à propos de la problématisation de laquelle j’ai proposé le concept d’imageance : ce grand livre est paru aux Éditions Bayard en octobre 2007 ;

    et j’ai dialogué avec Marie-José Mondzain sur ce livre le 22 janvier 2008, dans les salons Albert Mollat…

    …

    Ces questions sont cruciales

    autant que fondamentales

    quant au devenir des sujets humains non-inhumains ;

    …

    et demandent le développement, la poursuite et l’approfondissement d’analyses ultra-fines ultra-pertinentes ; 

    qui soient appliquées en faveur du devenir-sujet (et non-objet), urgemment.

    …

    Avec les apports de Bernard Stiegler, de Dany-Robert Dufour, de Catherine Malabou, de Marie-José Mondzain,

    …

    le magistral travail sur l’aisthesis de Baldine Saint-Girons _ aujourd’hui en ce très éclairant Le Pouvoir esthétique, aux Éditions Manucius… _,

    est

    pour l’humanité _ en bascule ! _ des humains-sujets

    tout simplement

    rien moins que

    proprement essentiel…

    …

    …
    Titus Curiosus, ce 12 septembre 2010