Étiquette : interprétation

  • Nouveau retour au passionnant CD « Martinů- String Quartets 2-3-5-7 » du Pavel Haas Quartet : à propos de la riche complexité si singulière et prenante de Bohuslav Martinů…

    C’est l’article paru hier 3 juin et intitulé « Cycle majeur » de Jean-Charles Hoffelé sur son site, qui m’amène à revenir me pencher sur le somptueux et très riche CD Supraphon 4368-2 « Martinů- String Quartets 2-3-5-7 » de l’admirable Pavel Haas Quartet,

    auquel j’ai déjà consacré 2 articles de mon blog :

    le 15 octobre 2925, l’article « L’admirable sérénité tragique, dénuée de pathos, du splendide Pavel Haas Quartet dans Martinu, dans le CD Supraphon « Martinu – String Quartets 2-3-5-7″…« , lors de ma découverte de ce CD d’un compositeur, Bohuslav Martinu (Polička, 8 décembre 1890 -Liestal, 28 août 1959), que j’ai très à cœur,

    et le 28 janvier 2026, l’article plus approfondi « La singularité irréfragable des Quatuors à cordes de Bohuslav Martinu, y compris appréhendée par ses formidables interprètes, au concert comme au disque, que sont les membres du somptueux Pavel Haas Quartet…« , à l’occasion d’un passionnant entretien très fouillé de Pierre-Jean-Tribot, pour Crescendo Magazine, avec Peter Jarůšek, le violoncelliste et membre fondateur du Pavel Haas Quartet, qui nous fait pénétrer dans les arcanes de leur longue fréquentation de ces œuvres complexes et si riches de Martinů…

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    CYCLE MAJEUR

    Hors de la Seconde École de Vienne, de ses suiveurs, et de l’œuvre au noir de Chostakovitch, trois autres séries majeures pour le quatuor à cordes – et j’y ajoute pour ma part les trois extraordinaires quatuors de Lucien Durosoir (1878 – 1955) ! – auront encadré le mitan du XXe siècle : les six Quatuors de Béla Bartók – hongrois – , les huit Quatuors d’Alexandre Tansman – polonais, toujours trop méconnus – , et les sept Quatuors de Bohuslav Martinů – tchèque...

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    En rien trois monolithes – en effet – , pour chacun des trois compositeurs, l’occasion de pénétrer dans leurs ateliers – voilà – et de scruter les abysses de leurs processus créatifs – ce qui moi aussi me passionne. Il manquait une nouvelle intégrale pour le cycle de Bohuslav Martinů, j’y espérais les Pavel Haas, les voici dans un premier volume – espérons-le du moins… – qu’ils ouvrent avec le 5e Quatuor, chef-d’œuvre de la série, composé au printemps 1938 en Tchécoslovaquie, période supposée heureuse : Martinů revenait d’assister à la création parisienne de Juliette. Las !, l’assombrissement du destin de l’Europe, et partant de son pays natal, donnèrent une tonalité tragique – voilà – au nouvel opus.

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    L’œuvre se détache par ses abrasions, ses dissonances, son ton résolument expressionniste de tout ce qu’il aura confié précédemment aux quatre archets, y compris l’évocation des idiomes populaires. Le motorisme du Vivo sonne acide, le Lento inquiet qui ouvre le Finale semble faire écho aux nocturnes si chers à Alexandre Tansman, l’ami – en effet – de Paris, la radicalité de l’œuvre s’exalte dans le jeu âpre – idoine – des Pavel Haas.

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    Quel contraste !, la lumière, le giocoso empli de traits populaires mêlés d’un peu de jazz et de fox-trot emportent le Troisième Quatuor, écrit à la toute fin du long séjour parisien (décembre 1929). Le Finale trépidant est irrésistible dans le jeu precipitato des quatre amis. Quatre ans plus tôt, le Moderato introductif du Deuxième Quatuor fait entendre du Debussy, du Ravel: Martinů y rend hommage à tout ce que la musique française lui apporta, et d’abord cette lumière, l’allégement d’une palette où les idiomes tchèques viennent fleurir un discours aussi joueur qu’irrévérencieux (un peu de moqueries beethovéniennes ici et là). Les Haas en savourent – oui, oui – les touches poivrées.

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    La guerre passée, Martinů épura son langage en le teintant de néo-classicisme, le Septième Quatuor n’échappe pas à cette simplification, mais les Haas s’emploient à embraser – oui – les ostinatos des mouvements vifs et délivrent dans l’Andante tout le lyrisme d’une des plus touchantes pages que nous aura laissée Bohuslav Martinů.

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    LE DISQUE DU JOUR

    Bohuslav Martinů
    (1890-1959)

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    Quatuor à cordes No. 2,
    H. 150
    Quatuor à cordes No. 5,
    H. 268
    Quatuor à cordes No. 3,
    H. 183
    Quatuor à cordes No. 7,
    H. 314 « Concerto da camera »

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    Pavel Haas Quartet

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    Un album du label Supraphon SU4368-2
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    Photo à la une : les musiciens du Pavel Haas Quartet –
    Photo : © Petra Hajska

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    Une œuvre d’une richesse somptueuse, à écouter avec beaucoup d’attention, donc…

    Ce à quoi nous aide l’interprétation incisive et au cordeau du décidément magnifique Pavel Haas Quartet !

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    En voici un trailer de 5′ 59…

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    Ce jeudi 4 juin 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Deux approches antinomiques de l’interprétation (et en l’occurrence du piano de Schubert) : le probe et incisif Can Çakmur et l’auto-centré et narcissique Arcadi Volodos très justement saisis par la lucidité de Jean-Charles Hoffelé en son article « Doublé »…

     C’est avec grand plaisir que je viens de constater la concordance du point de vue de Jean-Charles Hoffelé – à la lucidité coutumière… – en son article « Doublé » d’hier 2 juin consacré à  la confrontation de 2 récents CDs « Schubert » sous les doigts, l’un, du probe et incisif – toujours intéressant – Can Çakmur, et l’autre, de l’auto-centré et narcissique – toujours insupportable et sirupeux – Arcadi Volodos,

    avec le mien, par exemple en mon article « Can Çakmur poursuit sa passionnante série d’exploration-confrontations-interprétation du répertoire schubertien « Schubert + », en associant cette fois-ci les « Waldszenen » Op. 82 et les « Drei Phantasiestücke » Op. 111 de Robert Schumann à la Sonate pour piano D 850 de Franz Schubert…. » en date du 17 mars dernier, et, par exemple aussi, en mon article « Pour alourdir le dossier d’Arkadi Volodos, ou « l’insupportable lourdeur du paraître »… » en date du 4 février 2025…

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    Et déjà les images en couvertures des 2 CDs annoncent très clairement la couleur…

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    Voici donc cet article « Doublé » de Jean-Charles Hoffelé, qui m’a bien réjoui – cf mes farcissures en rouge – :

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    DOUBLÉ

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    Hasard du calendrier des parutions ou effet de l’air du temps ? La grande Sonate en ré majeur – D. 850 – de Schubert confronte deux visions – voilà… Can Çakmur risque bien d’atomiser – que oui ! – son glorieux aîné – né en 1972– : la tempête homérique de son Allegro vivace cloue au sol face à l’entrée pondérée du pianiste russe, et le développement fabuleux, gorgé de couleurs que le pianiste turc tient dans ce tempo fou atomise le chant prudent d’Arcadi Volodos.

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    Il y a du Richter chez Can Çakmur, cette manière de proclamer, d’aller au feu sans ciller, d’oser ce qui manque tant aujourd’hui, l’art du risque, l’ivresse de l’exaltation – et j’abonde bien sûr en ces divers qualificatifs de Jean-Charles Hoffelé. Je l’avoue, les qualités musicales de la proposition d’Arcadi Volodos, même la beauté – narcissique : l’ai-je bien descendu, ce grand escalier sous les sunlights ?.. – de son toucher, ont cédé à l’instant face aux emportements de son cadet – de 25 années : Can Çakmur, lui, est né en 1997.

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    Mais il n’y a pas que l’impact immédiat – des touchers – : Can Çakmur construit – vraiment – sa Sonate – le Con moto ne traîne pas, le Scherzo est tout panache, et le Rondo ignore la joliesse – ouf, ouf, ouf ! « joliesse«  d’Arcadi Volodos : comme c’est parfaitement vu ! – , lui préfère le brio –tout vif ! – jusque dans des audaces d’ornements qui sont la signature du – passionnant – cycle Schubert + du jeune homme – mais oui ! – , les quatre volets sont cohérents – alors qu’Arcadi Volodos savoure – dans son pauvre miroir de Narcisse… – sa Sonate, se la joue comme pour lui – non : vraiment pour lui ! – , y musarde – superficiellement – , ignorant le ton visionnaire, et quasi les enjeux de l’œuvre – à un degré carrément insupportable. Admirable piano qui s’écoute d’abord lui-même – voilà – avant de donner à entendre – l’œuvre même du compositeur. Et il y a bien longtemps que j’exècre ce pianiste narcissique…

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    Le contraste – entre les deux interprètes – se poursuit chez Schumann, choisi par l’un comme par l’autre. Pour Can Çakmur c’est resté fidèle à son projet de Schubert+ qui propose à chaque nouveau volume des jeux de mise en regard – voilà : d’opportune et inventive décentration dans la confrontation aux œuvres ainsi ajoutées -, pour Arcadi Volodos probablement le simple plaisir de musarder – lui , et pas nous – dans des Scènes d’enfants délicieuses et illico oubliées – évidemment : rien que de la superficielle joliesse, comme pour de fugaces concerts… –  : la magie de Clara Haskil et son imaginaire chatoyant lui manquent.

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    Vives, légères et pourtant un peu inquiètes, aux contrastes subtils, les Waldszenen du pianiste turc – lui va aux œuvres en leur, chaque fois, singularité… – sont neuf contes joués avec une imagination – voilà – colorée, qui vont de l’illustration à la pure étrangeté de cet Oiseau vraiment prophète. Magnifique et surtout mystérieux, j’y reviens sans cesse, comme à la tempête déjà quasi-brahmsienne qui ouvre les Drei Phantasiestücke. Ecoutez le chanteur de la Deuxième, voyez le paysage rhénan de la Troisième, coda d’un fabuleux album – voilà, c’est dit ; et le contraste avec le narcissisme superficiel de l’autre est accablant pour le pauvre vieux beau qui s’écoute jouer…

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    LE DISQUE DU JOUR

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    Schubert+
    Vol. 6

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    Franz Schubert (1797-1828)

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    Sonate pour piano [No. 17]
    en ré majeur, D. 850
    “Gasteiner”

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    Robert Schumann
    (1810-1856)

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    Waldszenen, Op. 82
    3 Phantasiestücke, Op. 111

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    Can Çakmur, piano

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    Un album du label BIS Records 2760
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    Franz Schubert (1797-1828)

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    Sonate pour piano [No. 17]
    en ré majeur, D. 850
    “Gasteiner”

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    Robert Schumann
    (1810-1856)

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    Kinderszenen, Op. 15

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    Arcadi Volodos, piano
    Un album du label Sony Classical 196658879292

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    Photo à la une : le pianiste turc Can Çakmur – Photo : © DR

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    Servir l’œuvre – rien qu’elle, et elle seule ! – du compositeur, avec probité et incisivité, comme au moment de l’improvisation-découverte émerveillée de son écriture par le compositeur lui-même,

    tel est le devoir sacré, l’alpha et l’omega, de tout interprète, tant au concert qu’au disque…

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    Et c’est ce à quoi s’emploie fort bien, avec courage, foi, et probité, le jeu, de fougue aussi, quand il le faut, de Can Çakmur en ce sixième CD de sa série Schubert + (ici + Schumann),

    ce CD Bis 2760 SACD – enregistré du 18 au 22 septembre 2023 (Schumann) et du 18 au 12 avril 2024 (Schubert) à Hanovre…

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    Bravo à lui !

    Et à suivre…

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    Ce mercredi 3 juin 2026 , Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Encore, et toujours, et à nouveau, les Tchèques, compositeurs (Pavel Haas, Jan Novak) comme interprètes (le Quintette Alinde), en un enthousiasmant CD « Inscape – Haas- Shostakovich – Vasks – Novak », pour Supraphon…

    Oui,

    encore, et toujours, et à nouveau, les Tchèques, compositeurs (Pavel Haas, Jan Novak) comme interprètes (le Quintette Alinde), viennent musicalement avec chaleur nous enthousiasmer,

    aujourd’hui avec  le bien réjouissant CD Supraphon 4373-2 « Inscape – Haas – Shostakovich – Vasks – Novak » – enregistré à Kaiserslautern les 7 et 8 avril, puis 18 et 19 juin 2025…

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    Regardez et écoutez ici cette très brève vidéo-ci de 34″…

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    L’Alinde Quintet, pour vents – un beau nom schubertien – est constitué de

    Anna Talickova, flûte et piccolo ; Borbora Trncikova, hautbois et cor anglais ; David Simecek, clarinettes ; Petr Sedlak, basson ; et Krystof Koska, cor d’harmonie. 

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    Et les œuvres de ce très beau récital, varié, sont :

    le « Quintette à vent » Op. 10 (de 1929) de Pavel Haas (1899 – 1944) ;

    le « Quatuor à cordes » n°8 Op. 110 (de 1960), de Dmitri Shostakovich (1906 – 1975), transposé en Quintette pour vents par Mark A. Popkin ;

    le « Quintette à vent » n°2 – en mémoire d’une amie – (de 1982), de Peters Vasks (1946) ;

    et le « Concertino pour Quintette à vent » (de 1957) de Jan Novak (1921 – 1984)…

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    Le 13 février 2026, sur le site du Magazine Crescendo,

    Jean Lacroix a consacré à ce prenant CD un article de présentation intitulé « Des paysages intérieurs pour le premier album du Quintette Alinde« ,

    que voici :

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    Des paysages intérieurs pour le premier album du Quintette Alinde

    par ean Lacroix
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    Inscape.

    Pavel Haas (1899-1944) : Quintette à vent op. 10. Dmitri Chostakovitch (1906-1975) : Quatuor à cordes n° 8 en do mineur op. 110, arrangement pour quintette à vent par Mark A. Popkin. Pēteris Vasks (°1946) : Quintette à vent n° 2. Jan Novák (1921-1984) : Concertino pour quintette à vent.

    Quintette Alinde. 2025. Notice en anglais, en allemand et en tchèque. 58’ 52’’. Supraphon SU 4373-2

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    Depuis sa fondation en 2019, le Quintette Alinde est détenteur de plusieurs prix internationaux, dont celui de l’ARD Competition à Munich en 2024. Ses membres sont de jeunes instrumentistes tchèques qui ont étudié dans des institutions européennes et sont engagés dans plusieurs orchestres pragois. Il se compose d’Anna Talácková  (flûte, piccolo), Barbora Trnčíková (hautbois, cor anglais), David Šimeček (clarinette), Petr Sedlák (basson) et Kryštof Koska (cor d’harmonie). Après de multiples participations à des concerts et à des festivals internationaux, l’ensemble a décidé d’enregistrer son premier disque, en avril et juin 2025, dans un studio de la SWR de Kaiserslautern. Une note d’intention commune précise que le choix du programme, varié,  reflète la vie intérieure des compositeurs, mais se présente aussi comme un aperçu des sentiments personnels des interprètes, et une invitation au partage adressée aux mélomanes.

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    La vie de Pavel Haas, qui était Juif, s’est terminée tragiquement le 17 octobre 1944 au camp de concentration d’Auschwitz, où il avait été envoyé après trois ans de détention à Terezin. Originaire de Brno – en Moravie – , il avait travaillé avec Leoš Janáček – morave d’Ostrava – au début de la décennie 1920 et était devenu rapidement un des musiciens les plus actifs de la Moravie. Exigeant envers lui-même, Haas n’a laissé qu’un petit nombre d’œuvres avec numéro d’opus, bien que son talent se soit exercé dans plusieurs domaines. Son Quintette à vent op. 10 date de 1929. Avant de devenir un chef d’orchestre de renom, Vaclav Smetáček (1906-1986) en avait tenu la partie de hautbois en 1933 pour la radio tchèque, mais c’est à Vienne en 1935 qu’eut lieu la véritable première. Partition colorée en quatre mouvements, ce quintette, d’un durée d’un peu moins de quatorze minutes, est marqué par l’influence de Janáček, le néoclassicisme et l’introduction d’éléments populaires moraves. Des moments brillants alternent avec des passages mystérieux ou d’une saine vivacité, le Maestoso final faisant la part belle au cor.

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    Le Letton Pēteris Vasks, que Gidon Kremer a bien fait connaître par ses interprétations avec la Kremerata Baltica, a écrit en 1982 son Quintette à vent «  à la mémoire d’une amie », la bassoniste Jana Barinska, disparue tragiquement dans un incendie. Cette musique élégiaque de onze minutes, en forme d’épitaphe, combine un ancien chant funèbre letton  avec des passages virtuoses et des sections aléatoires. Le Concertino pour quintette à vent de Jan Novák en trois mouvements a été composé en 1957. Cette œuvre plaisante, d’une durée de treize minutes, est animée par des rythmes joyeux et dynamiques, dont des effets de jazz, que le musicien découvrit lors d’un séjour aux USA, où il rencontra Aaron Copland et Samuel Barber, mais aussi  Martinů en exil, qui l’influença. Novák, qui  n’était pas en phase avec la politique culturelle de son pays à laquelle il s’opposait, s’exila à son tour.

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    Le programme est complété par un arrangement pour quintette à vent du Quatuor n° 8 de Chostakovitch, composé en 1960 et dédié aux victimes du fascisme. Le travail de transcription a été effectué par Mark A. Popkin, dont la notice ne dit rien. Il s’agit probablement du bassoniste américain (1929-2011) qui fit partie du Clarion Wind Quintet. Lors d’un séjour à Dresde, Chostakovitch  fut impressionné par les destructions subies par la ville pendant la guerre, et aurait écrit son quatuor en trois jours du mois de juillet. C’est surtout une page autobiographique, dans laquelle le compositeur cite plusieurs de ses œuvres, notamment les première et huitième symphonies ; elle a connu plusieurs transcriptions, dont celle de Rudolph Barshaï pour orchestre à cordes. Celle qui est ici destinée à un quintette à vent est séduisante, avec son Largo  initial en demi-teinte, dans un dialogue instrumental subtil, ses deux Allegros caustiques et dynamiques, et ses deux derniers Largos, dont la douleur déchirante est peut-être mieux ressentie dans l’original destiné aux cordes.

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    Le Quintette Alinde livre ici une belle démonstration de son écoute mutuelle et du soin apporté aux diverses sonorités et au dosage des timbres. L’adoption d’un programme éclectique apporte une signature de qualité au premier album d’un ensemble qui devrait trouver aisément, dans son répertoire spécifique, d’autres musiques à valoriser.

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    Son : 9    Notice : 9    Répertoire : 10    Interprétation : 9

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    Jean Lacroix

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    Personnellement, j’apprécie pas mal les instruments à vents…

    Et j’aime la Bohème-Moravie…

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    Ce mardi 2 juin 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Écouter un nouveau CD Steve Reich par le Colin Currie Group : le CD « Steve Reich : The Sextets «, enregistré à Londres du 24 au 26 août 2025… 

    Vient de paraître un nouveau CD « Steve Reich « et à nouveau par le Colin Currie Group – constitué ici de 6 percussionnistes, 3 pianistes, 2 flûtistes, 2 clarinettistes, 2 violonistes et 2 violoncellestes – :

    le CD Colin Currie Records CCR 0009 « Steve Reich : The Sextets « – enregistré à Londres du 24 au 26 août 2025… – ;

    et qui comporte cette fois 4 œuvres de Steve Reich (né le 3 octobre 1936 à New-York) :

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    le « Sextet » de 1984-85,

    les « Six Marimbas » de 1986,

    les « Dance Patterns » de 2002,

    et le « Double Sextet » de 2007…

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    J’ai, pour ma très modeste part, préféré le bien plus jubilatoire et à vif CD Colin Currie Records 0003 « Colin Currie & Steve Reich – Live at Fondation Louis Vuitton »

    – comme en a témoigné l’enthousiasme de mon article « Une magique pépite de CD qui vous colle une jubilatoire dose de bonne humeur pour toute la journée : le CD Colin Currie Records « Colin Currie et Steve Reich – Live at Fondation Louis Vuitton », enregistré à Paris les 2 et 3 décembre 2017…«  en date du 28 mai dernier…

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    La raison ?

    Probablement l’étincelante jubilation irradiante du Live…

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    Ce lundi 1er juin 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa