Étiquette : interprétation

  • Un passionnant CD « Vers la flamme » de Severin von Eckardstein, avec un somptueux radieux comme jamais Opus 111, la 32e et dernière Sonate pour piano de Beethoven…

    Ce jour,

    découverte d’un passionnant CD « Vers la flamme » de Severin von Eckardstein _ le CD CAvI-Music 8553531 ; regarder et écouter (en allemand) ici le trailer de présentation de ce CD (d’une durée de 5′ 45) par l’interprète lui-même, quasi timidement et d’une voix douce… _ avec surtout un somptueux, très impressionnant, et radieux Opus 111, la 32e Sonate pour piano, en ut mineur, de Beethoven…

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    Cf, notamment, ce commentaire déjà significatif il y a deux jours, et sous le titre de « Transsubstantiation«  _ entre l’interprète à son piano et les successifs compositeurs à l’œuvre (dont lui-même pour une brève Improvisation de 3′ 26…), probablement… _, de Jean-Charles Hoffelé sur son site Discophilia :

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    TRANSSUBSTANTIATION

    Autour de l’Opus 111, qui est un monde en soi _ c’est formidablement juste ! Quelle splendissime œuvre finale de Beethoven au piano !, déjà… _, Severin von Eckardstein organise une savante cosmogonie qui vécut d’abord comme programme de concert. Après l’épreuve de la scène, l’un des plus saisissants maîtres contemporains de l’instrument _ rien moins ! _ sera donc entré au b-sharp Studio de Berlin pour confier aux micros de Martin Kistner ce voyage équilibré entre deux pôles d’une même amplitude, l’ultime Sonate de Beethoven et son échappée cosmique, le propre arrangement par l’artiste _ en effet ! _ du moins idéalement pianistique des poèmes de Richard Strauss, Tod und Verklärung.

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    Pour le second pari gagné, l’élévation spirituelle encore un peu lisztienne du premier thème, le grand macabre de l’agonie où le pianiste fait entrer tout l’orchestre dans son piano, sont, sous son œil, saisissants _ voilà. Pour l’Opus 111, dès le Maestoso, le ton prophétique, puis l’éther _ génialissime _ de l’Arietta, proclament qu’il est peut-être temps pour lui, qui est si peu l’homme des intégrales, d’embrasser _ il en a la puissance comme titanesque, lui pourtant timide en sa parole… _ tous ces mondes que _ le titanesque explorateur en sa composition-création _ Beethoven a réuni dans un univers.

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    Mais le piano ! Ce Bechstein _ D 282 _ à l’aigu à la fois criard et palot qui dépare les dernières mesures de Vers la flamme, il ne le transcendera vraiment que dans les proclamations et les anges rugissants du Regard de l’Eglise d’amour ou dans son improvisation méphistophélique qui semble répondre à Messiaen. Parfois trop d’idées nuisent à la musique.

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    LE DISQUE DU JOUR

    Vers la flamme

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    Alexandre Scriabine
    (1872-1915)

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    Vers la flamme, Op. 72

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    Richard Strauss (1864-1949)

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    Tod un Verklärung,
    Op. 24, TrV 158 (arr. pour piano seul : Eckardstein)

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    Olivier Messiaen (1908-1992)

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    Regard de l’Eglise d’amour

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    Severin von Eckardstein (né en 1978)

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    Improvisation

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    Ludwig van Beethoven (1770-1827)

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    Sonate pour piano No. 32 en ut mineur, Op. 111
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    Severin von Eckardstein, piano

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    Un album du label CAvi-Music 8553531
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    Photo à la une : le pianiste Severin von Eckardstein – Photo : © Irène Zandel

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    Mais quel somptueux, radieux et tout à fait irrésistible Opus 111, nous est donné ici !..

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    Ce jeudi 21 décembre 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa

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    Post-scriptum :

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    Voici aussi le texte (en anglais) qui accompagne le trailer de présentation de ce CD par Severin von Eckardstein lui-même :

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    In this album I combine several important works from different eras that poignantly address the transition from the earthly to the transcendent _ tel est ainsi le propos. The title of the album is based on Scriabin’s small composition « Vers la flamme« . This work is contrasted with my arrangement of Richard Strauss’ orchestral work « Tod und Verklärung« , Messiaen’s « Regard de l´Eglise d’amour » and an improvisational transition _ par Severin von Eckardstein lui-même _ to Beethoven’s Sonata op. 111.

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    Scriabin had a fascination with “fire” and often used it as an image of how one should experience art. In his opinion, every musical event should trigger a kind of “firestorm” that leads people to salvation. What’s particularly exciting for me as a pianist is that Scriabin writes few dynamic symbols into the score, and he basically gives the pianists a lot of freedom _ voilà. That’s why I decided to record the ending “pianissimo”. This logically develops directly from Scriabin’s message : After an outsized power of sound in the introduction to the finale, Scriabin slowly begins to reduce this dense, powerful earthly resonance. To loosen the grounding…

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    I see Beethoven’s last sonata as the work of an old man who is marked by life and who at the same time draws a final conclusion from it _ oui. The work appears to be age-related and therefore quite compact and authoritative _ en effet. On the other hand, it was precisely through this deep gray seriousness and mercilessness that Beethoven reached a point at which he suddenly freed himself _ voilà _ from his typical objective monumentality _ oui _ and, almost unintentionally – or at least intentionally, we don’t know – granted a deep insight into him as a human being. It seems to me like a fusion of the personal and the impersonal on a higher level. That’s exactly what I’m trying to achieve in terms of sound. It is about inner distance and yet a compact, uncompromising access.

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    For Strauss, unlike Beethoven, it is not about sublimity, but about earthly struggle, about extreme situations. In the orchestra there are these strongly energetic Sturm und Drang phases and then this sudden collapse. This is all very clearly described. It is dark and tragic, these are elements that particularly appeal to me. I like these obscure tones on the piano. With this transcription I wanted to add something very personal of myself _ voilà _ to this program.

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    Messiaen fascinated me from the start with his natural but never aggressive sound power. Similar to Beethoven, even in the 20th century he was able to use an universal, almost impersonal sound language to create a large, clear space in which cardinal human emotions could unfold unadulterated. The “Contemplation on the Church of Love” is a mental condensation of the previous cycle. Almost like Mahler, the piece begins with a depiction of the rough, primal elements of nature and their anarchy, but at the same time under the control of a benevolent superior power (may it be God), from which an indescribable pull emanates, into which we humans can almost let ourselves fall. You can feel right from the start that the chaotic image already has a huge unifying force that continues to assert itself.

  • Ecouter le sublime CD « Night. Stories of Lovers and Warriors – Monteverdi » du Concerto Italiano de Rinaldo Alessandrini enregistré à Caserte en avril 2016 : une réalisation charnière décisive dans la réalisation de l’Intégrale des 9 Livres de Madrigaux, au service de la géniale « invention de la théâtralité de la musique »…

    En forme de confirmation _ éblouissante ! _ de ma remarque de l’importance-clé du CD charnière « Night. Stories of Lovers and Warriors – Monteverdi » du Concerto Italiano de Rinaldo Alessandrini, enregistré à Caserte en avril 2016,

    soit le sublimissime saisissant (!!!) CD Naïve OP 30566 _ paru le 7 avril 2017 _,

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    en forme de césure-charnière _ en avril 2016 _ entre la première période _ 1993 – 2005 _ d’enregistrement par Rinaldo Alessandrini des CDs des Livres 4 (enregistré en 1993), 2 (en 1994), 5 (en 1996), 8 (en 1997, 1998 et 2005),

    et la seconde période _ 2019 – 2021 _ de ses enregistrements des CDs des Livres 3 (enregistré en 2019), 7 et 9 (en 2020) et 1er (en 2021)

    _ cf mon article d’avant-hier dimanche 17 décembre « « … _,

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    écouter ici l’intégrale de ce magique stupéfiant CD de Rinaldo Alessandrini (d’une durée de 68′ 22).

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    Le génie de Monteverdi est tout entier présent

    en cette interprétation magique, sublimement incarnée, du Concerto Italiano…

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    Avec les chanteurs Monica Piccinini et Anna Simbolo, sopranos ; Aurelio Schiavoni, alto ; Gianluca Ferrarini et Raffaele Giordani, ténors ; et Matteo Bellotto, basse ;

    au service de ce que Rinaldo Alessandrini qualifie, à la page 6 de la notice du CD, de la géniale « invention de la théâtralité de la musique« , alors…

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    Ce mardi 19 décembre 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Jouir en toute plénitude de « Tutti i Madrigali » (de 1587 à 1638) de Claudio Monteverdi dans le magnifique coffret de 11 CDs Naïve OP 7547 du Concerto Italiano de Rinaldo Alessandrini, enregistrés de mai 1993 à janvier 2021…

    Le Coffret de 11 CDs Naïve OP 7547 « Tutti i Madrigali » de Claudio Monteverdi par le Concerto Italiano de Rinaldo Alessandrini, paru le 3 novembre dernier,

    est un incontestable monument musical.

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    Claudio Monteverdi (Crémone, 15 janvier 1567 – Venise, 29 novembre 1643) a publié 8 livres de Madrigaux (en 1587, 1590, 1592, 1603, 1605, 1614, 1619 et 1638) ;

    auxquels s’ajoute un neuvième, posthume, publié en 1651 _ sur une période de  51 ans, et même 64 ans en tenant compte du livre posthume.

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    Or, les enregistrements de ces 9 Livres de Madrigaux de Claudio Monteverdi par le Concerto Italiano sous la direction de Rinaldo Alessandrini, s’étalent sur une période de 28 ans, allant de mai 1993 à janvier 2021 :

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    _ d’une part, de mai 1993 à décembre 2005 pour les Livres 4, 2, 5, 8 et 6 ;

    _ et, d’autre part, de mai-juin 2019 à janvier 2021, pour les Livres 3, 7, 9 et 1 ;

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    _ avec, il faut le souligner, un enregistrement charnière, en avril 2016, à Caserte, pour 3 pièces capitales du Livre 8 (un Livre déjà enregistré en février 1997, janvier 1998 et décembre 2005) :

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    le « Combattimento di Tancredo i Clorinda » _ écouter ici le podcast d’une durée de 22′ 10 _,

    le « Lamento della Ninfa » _ regarder ici la vidéo d’une durée de 4′ 45 _,

    et le Madrigal « Hor che’l ciel e la terra«  écouter ici le podcast d’une durée de 10′ 27…

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    Voici l’article que Jean-Charles Hoffelé vient de consacrer à ce magistral coffret Naïve, sous le titre explicite de « Tutti i Madrigali« , sur son site Discophilia, avant-hier 15 décembre 2023 : 

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    TUTTI I MADRIGALI

    Contrairement à La Venexiana qui aura prestement bouclé _ entre janvier 1998 et juillet 2006 _ son intégrale quasi expressionniste _ le coffret de 11 CDs Glossa GCD 920929 : à ré-écouter, bien sûr ! _, Rinaldo Alessandrini et son Concerto Italiano auront frôlé les trois décennies _ entre mai 1993 et janvier 2021 _ pour assembler tous les Livres et les réunir dans cette boîte essentielle _ oui _, naïve reprenant les Livres parus chez Opus 111, chez Arcana _ et pieusement thésaurisés… _, le chef ayant parfois substitué des versions plus récentes pour certains madrigaux tirés des albums que j’ai chroniqués ici même et qui proposaient autant d’itinéraires libres dans un univers dont chaque affect, chaque mélisme, les mots, les souffles, les couleurs, prouvent une adéquation idéale _ voilà.

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    Depuis, Les Arts Florissants, surtout Philippe Herreweghe et son Collegium Vocale, ont apporté d’autres éclairages, mais sont encore loin d’avoir bouclé le cycle _ mais pour moi, et tant importent ici et la culture et la langue, seuls des Italiens se révèlent idoines !

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    Pourtant, ils ne diminueront probablement pas le sentiment d’évidence _ oui _ qui se dégage de ces onze galettes, cette conscience si prégnante de l’harmonie, l’équilibre _ voilà _ entre le souci esthétique et la puissance des textes qui culmine dans un Combattimento historique _ oui _, tout entier porté par le Testo de Raffaele Giordani, la pure beauté des voix et la violence des sentiments, la suavité et la stupeur, un univers que Monteverdi aura porté à son acmé, renouvelant le genre, l’immergeant dans un théâtre des passions tout entier enclos ici. Définitif.

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    LE DISQUE DU JOUR

    Claudio Monteverdi
    (1567-1643)

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    Il primo libro de madrigali a cinque voci, SV 23–39
    Madrigali e canzonette a due, e tre, voci … libro nono,
    SV 168–178

    Il secondo libro de madrigali a cinque voci, SV 40–59
    Il terzo libro de madrigali a cinque voci, SV 60–74
    Il quarto libro de madrigali, SV 75–93
    Il quinto libro de madrigali, SV 94–106
    Il sesto libro de madrigali a cinque voci, SV 107-116
    Concerto: settimo libro de madrigali, SV 117–145
    Madrigali guerrieri, et amorosi, … libro ottavo, SV 146–167

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    Concerto Italiano
    Rinaldo Alessandrini, direction

    Un coffret de 11 CD du label naïve OP 7547
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    Photo à la une : Rinaldo Alessandrini – Photo : © DR

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    Voici aussi,

    sur le site de Classiquenews,

    un entretien avec Rinaldo Alessandrini d’Alban Deags, en date du 4 décembre dernier, à propos de ce même coffret Naïve :

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    ENTRETIEN avec Rinaldo ALESSANDRINI à propos de son intégrale des Madrigali de Claudio Monteverdi que fait paraître l’éditeur Naïve sous la forme d’un coffret événement, incontournable pour Noël 2023.

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    Que représente cette intégrale réalisée pendant 30 ans ? Comment le Concerto Italiano a abordé la langue montéverdienne en un geste interprétatif décisif ? Et dans quelle stratégie instrumentale et linguistique ? En quoi les madrigaux de Monteverdi sont-ils essentiels pour l’élaboration de l’écriture baroque ? En quoi ont-ils favorisé l’émergence de l’opéra ? Quelle expérience en a tiré lui-même Rinaldo Alessandrini ?… 

     

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    CLASSIQUENEWS : Comment expliquez de votre point de vue la réussite et l’accueil positif de votre intégrale des madrigaux ?

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    RINALDO ALESSANDRINI : Je ne pense pas être en mesure d’expliquer les raisons d’un accueil aussi positif. Généralement nous essayons de travailler pour obtenir le meilleur résultat possible, en espérant que cela plaise au plus grand nombre. En ce sens, les critiques négatives peuvent parfois être incompréhensibles, même s’il faut tenir compte des goûts individuels et donc de la possibilité que quelqu’un n’aime pas notre travail. Mais il ne fait aucun doute que l’accueil positif réservé à notre travail nous plaît et nous dit que le travail a été bien fait.

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    CLASSIQUENEWS : Parmi les madrigaux sans instruments, lesquels vous semblent les plus marquants et représentatifs ?

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    RINALDO ALESSANDRINI : Il est très difficile d’identifier « le meilleur de » dans plus de deux cents madrigaux, surtout ceux sans instruments. Il faut également tenir compte du fait que le style monteverdien s’est transformé à plusieurs reprises _ oui ; et la notice du coffret rédigée par Rinaldo Alessandrini le détaille superbement… _ au cours de sa vie. Tous les madrigaux ne s’expriment pas de la même manière, utilisant des stratégies expressives et linguistiques très différentes. Il y en a de très connus, mais parmi les moins connus, il y en a (beaucoup) d’une beauté absolue.

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    CLASSIQUENEWS : Parmi les derniers plus dramatiques avec instruments, quels sont ceux qui vous ont marqué le plus ?

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    RINALDO ALESSANDRINI : Peut-être « Hor che’l ciel e la terra » et « Vago augelletto » dans le huitième livre.

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    CLASSIQUENEWS : A travers les 8 Livres quelle évolution l’écriture de Monteverdi suit-elle ?

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    RINALDO ALESSANDRINI : Le langage de Monteverdi n’évolue pas (comme cela arrive toujours en musique), mais change en fonction des modes poétiques _ telle est donc la clé (poétique !) de ces changements. En ce sens, la relation entre poésie et musique ne sera jamais suffisamment considérée : l’importance et la présence de la poésie au XVIIe siècle sont quelque chose que nous ne connaissons pas aujourd’hui. Le style de Monteverdi est né de la réflexion d’un besoin de changement linguistique, qui conduirait le madrigal à devenir un véhicule d’émotions et de sentiments humains. La proximité de certains compositeurs, Luzzasco Luzzaschi _ ferrarais _ prémierement, et d’autres pour lesquels Monteverdi avait une grande estime, l’amène à réfléchir à une nouvelle manière de composer. L’influence de certains poètes (Tasso, Guarini, Marino, pour ne citer que les plus connus) ont créé les conditions pour la création de nouvelles stratégies musicales. Il faut également considérer que Monteverdi fut le seul compositeur à fixer des objectifs stylistiques à la fois dans le madrigal et dans l’opéra : aucun compositeur de madrigaux (au moins jusqu’au milieu du XVIIe siècle) n’a jamais composé d’opéras.

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    CLASSIQUENEWS : Sur le plan interprétatif, à quels défis avez-vous été confronté pour la réalisation du cycle entier ?

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    RINALDO ALESSANDRINI : Le cycle s’est achevé en 30 ans environ _ 28 ans : de mai 1993 à janvier 2021. Il est donc facile d’imaginer à quel point notre méthode de travail a changé au cours de cette période. Mais l’élément constant a toujours été l’adhésion au texte, selon des critères d’imitation et de création d’images sonores _ voilà. En ce sens, le travail sur le texte n’exclut pas, outre sa compréhension détaillée, l’étude de ses propriétés sonores et de prononciation. La pureté du son des voyelles de la langue italienne est un moyen idéal _ et c’est fondamental _ pour construire un son d’ensemble.

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    CLASSIQUENEWS : Y a t il des poèmes / des poètes que vous estimez mieux que d’autres ? Pourquoi ?

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    RINALDO ALESSANDRINI : Les choix poétiques ne peuvent être considérés comme séparés de la réalisation musicale _ bien évidemment… En ce sens, chaque texte mis en musique par Monteverdi semble être absolument parfait pour l’idée musicale avec laquelle le compositeur voulait donner du son aux paroles. Il faut aussi considérer que l’énorme diffusion de la poésie a donné à certains textes une grande popularité _ en effet. Très souvent, les choix des compositeurs ont privilégié certains textes en particulier, démontrant une plus grande fonctionnalité d’un point de vue musical. Il est donc difficile de porter un jugement sur la poésie indépendamment de la musique. Et il est certainement trivial de donner un avis positif sur la « Canzoniere » de Petrarca, sur le “Rime” du Tasso ou sur le « Pastor fido » de Guarini. Ce sont des œuvres universelles.

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    CLASSIQUENEWS : Sur quels critères avez-vous choisi les chanteurs ?

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    RINALDO ALESSANDRINI : En 30 ans d’enregistrement, l’équipe de chant a changé à plusieurs reprises. Chanter des madrigaux (ou de la musique d’ensemble) nécessite des compétences vocales et d’écoute différentes des autres répertoires. C’est un travail très proche de celui d’un quatuor à cordes _ oui : d’une extrême finesse d’écoute (et justesse) réciproque… _, où l’aspect technique du travail du son et de l’intonation prend du temps _ bien sûr. En ce sens, les chanteurs qui ont participé à nos travaux ont été choisis pour leur passion _ voilà _ pour ce répertoire ainsi que pour leur disponibilité technique.

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    CLASSIQUENEWS : Avec le recul que représente ce cycle dans votre travail musical ?

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    RINALDO ALESSANDRINI : Le travail sur le madrigal montéverdien a accompagné presque toute ma vie musicale _ voilà. Découvrir à quel point la musique peut être au service d’un texte est une expérience surprenante. En ce sens, Monteverdi est peut-être le meilleur professeur disponible.

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    CLASSIQUENEWS : En quoi le cycle est-il représentatif du Concerto Italiano?

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    RINALDO ALESSANDRINI : Le travail sur le madrigal de Monteverdi (et sur le madrigal en général) signifiait la redécouverte et la réappropriation d’une culture poétique et musicale pratiquement perdue avec l’opéra romantique : Verdi, par exemple, était l’un des détracteurs de Monteverdi _ tiens, tiens… L’apport (et la compétence) du travail linguistique est essentiel _ absolument ! _ dans le madrigal italien. Notre effort n’était pas seulement de redonner vie à la musique, mais de montrer clairement comment le madrigal intense, en tant que synthèse sublime de nombreux éléments culturels, nécessite une approche qui n’oublie aucun aspect _ en effet… _ lié à ces compositions.

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    Propos recueillis en novembre 2023 
    Photos : Rinaldo Alessandrini, directeur musical du Concerto Italiano © Emilie Moysson

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    Voici aussi, et cette fois en date du 7 juillet 2017, sur le site ResMusica, un très intéressant article de Pierre Degott intitulé « Nuit, théâtre, histoires d’amour et de guerre avec Monteverdi et le Concerto italiano« ,

    paru à l’occasion de la publication du CD charnière dans le parcours monteverdien de Rinaldo Alessandrini, enregistré en avril 2016 à Caserte,

    et qui a probablement conduit Rinaldo Alessandrini à reprendre et achever _ en mai-juin 2019 pour le Livre 3, octobre 2020 pour les Livres 7 et 9, et  janvier 2021, pour le Livre premier _ ses enregistrements laissés, depuis 2005, inachevés, des Livres de Madrigaux de Claudio Monteverdi…

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    Nuit, théâtre, histoires d’amour et de guerre avec Monteverdi et le Concerto italiano

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    Ce dimanche 17 décembre 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa
  • Une oeuvre magnifique « oubliée » redécouverte en une interprétation irrésistible : le « double concerto pour violon, piano et orchestre » H. 342 de Bohuslav Martinů par Josef Špaček, Miroslav Sekera et l’Orchestre Symphonique de la Radio de Prague sous la direction de Petr Popelka, une nouvelle pépite indispensable du superbe label tchèque Supraphon…

    Ce jeudi 14 décembre 2023, sous le titre de « Le Concerto oublié« , en son site Discophilia pour Artamag,

    le bon Jean-Charles Hoffelé vient à son tour saluer et l’œuvre et l’interprétation du formidable « Double Concerto pour violon, piano et orchestre » H. 342 de Bohuslav Martinů (Polička, 8 décembre 1890 – Liestal – Suisse, 28 août 1959) _ composée en 1953  _,

    chef d’œuvre et merveille d’interprétation que j’avais bien bas saluées en mes articles des 17 octobre et 15 novembre derniers :

    …

    « « 

    et «  » …

    …

    …

    LE CONCERTO OUBLIÉ

    …

    …

    Ouvert sur un mystère _ oui _ avant l’efflorescence du violon (et comme Josef Špaček l’envole sur son magnifique Guarneri del Gesu, le « Le Brun »), l’Adagio vole en éclats dans un inextinguible vivo avant de s’épanouir en un bref choral, puis le mystère revient. Quelle œuvre ! _ absolument !!! _, que cet opus écrit pour Benno et Sylvia Rabinof par Bohuslav Martinů durant son exil américain, le moins connu de ses concertos, injustice qu’explique _ probablement _ la formation inhabituelle _ cf aussi cependant le semblable magnifique lui aussi « Double Concerto pour violon, piano et orchestre » de Johannes Brahms ; cf mon article «  » du 12 octobre dernier… _ pour laquelle il fut composé.

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    L’univers suractif de la 4e Symphonie y transparaît, écriture virtuose, giocoso des Allegros où Martinů réemploie avec habileté les principes du concerto grosso, mais contrairement à l’ultime symphonie (les « Fantaisies »), tout ici est irradié d’un vaste soleil _ absolument !

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    Interprétation irrésistible _ oui, oui, oui ! _ qui supplante celle de Bohuslav Matoušek, Karel Košárek et de Christopher Hogwood (Hypérion), affaire de style, de raptus _ oui _, simplement de brio. Josef Špaček et Miroslav Sekera ajoutent la Troisième Sonate, chef-d’œuvre de la série, elle aussi datant du temps des Amériques, avant de conclure avec les Cinq Pièces brèves iconoclastes, avec un peu de jazz et de tango, composées dans ce Paris des années trente où le jeune Martinů osait tout _ Bohuslav Martinů : un compositeur majeur qu’il importe d’absolument ré-évaluer au plus vite, comme son œuvre si riche, et si variée, le mérite !

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    LE DISQUE DU JOUR

    Bohuslav Martinů
    (1890-1959)

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    Concerto pour violon, piano et orchestre, H. 342
    Sonate pour violon et piano No. 3, H. 303
    5 Pièces brèves pour violon et piano, H. 184

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    Josef Špaček, violon
    Miroslav Sekera, piano

    Orchestre Symphonique de la Radio de Prague
    Petr Popelka, direction

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    Un album du label Supraphon SU 4330-2
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    Photo à la une : le violoniste Josef Špaček – Photo : © Radovan Subin

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    Ce CD SU 4330-2 du magnifique label Supraphon constitue ainsi une formidable pépite indispensable à toute oreille exigeante mélomaniaque…

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    Ce jeudi 14 décembre 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa