Étiquette : interprétation

  • Et écouter le grand Christian Tetzlaff dans le « Concerto à la mémoire d’un ange » de Gustav Mahler…

    Parmi les violonistes absolument majeurs d’aujourd’hui : Christian Tetzlaff _ Hambourg, 23 avril 1966.

    …

    …

    Qui vient de nous donner, au CD _ le CD Ondine ODE 1410-2, avec le chef Robin Ticciati dirigeant le Deutsches Symphony-Orchester Berlin, en un enregistrement au Studio Nalepastrasse à Berlin, les 28 et 29 septembre 2021 _, une interprétation sublimissime de justesse _ d’incarnation (dénuée du moindre larmoyant pathos ou de kitsch) des sentiments abyssaux qui s’y expriment... _ du sublimissime Concerto pour violon « À la mémoire d’un ange«  (de 1935 _ l’œuvre est achevée le 12 août _) d’Alban Berg (Vienne, 9 février 1885 – Vienne, 24 décembre 1935) _ dont voici ici de quoi écouter et l’Andante – Allegretto (de 11’12), et l’Allegro – Adagio (de 15’19)… _ ;

    que Christian Tetzlaff a tenu tout spécialement à coupler ici _ et il s’en explique en détails en une passionnante présentation, de sa plume, en tête de la notice, aux pages 3 à 6, en anglais, et 14 à 17, en allemand, du livret (sans traduction hélas en français !) : l’œuvre de Brahms, en 1878, constituant ici un rien moins qu’un contrepoint au chef d’œuvre testamentaire de Berg, en 1935 : pour Christian Tetzlaff, en effet, « ce morceau est un regard rétrospectif sur sa vie« … _ au Concerto pour violon Op. 77 (de 1878) de Johannes Brahms (Hambourg, 7 mai 1833 – Vienne, 3 avril 1897).

    …

    …

    C’est donc le Berg, tout de sobriété tendue et tendre, qui constitue la pièce majeure _ et indispensable ! _ de cet admirable stupéfiant CD, 

    à propos duquel j’ai trouvé bien peu de commentaires en français jusqu’ici, sinon ce « Vie et mort » de Jean-Charles Hoffelé, sur son site Discophilia, en date du 29 septembre 2022 :

    …

    …

    VIE ET MORT

    …

    …

    Le couplage n’est pas si courant – les violonistes ont préféré dans la discographie récente mesurer Berg à l’aune de Beethoven – mais pourtant absolument évident, Brahms refermant avec son Concerto en 1878 l’âge d’or du violon romantique, Alban Berg infusant dans la même Vienne cinquante-cinq années plus tard la musique d’une autre planète _ d’éternité, cette fois, par un adieu rétrospectif à la vie.

    …

    …

    Robin Ticciati fouette l’orchestre de Brahms, l’allège et l’envole, l’archet de Christian Tetzlaff faisant assaut de fantaisie, d’une liberté d’accents, d’une alacrité rythmique qui resserrent l’Allegro, piaffe un Finale irrésistible et change drastiquement le visage de l’Adagio, pris andante, et animé dans chaque détail, ajoutant une fluidité à son ton de pastorale ; l’ensemble offre une lecture d’une prodigieuse vitalité.

    …

    …

    Le même allégement sauve le Concerto de Berg de tout malhérisme _ probablement _, l’éclaire même dans la furia de l’Allegro, une quasi danse des morts d’une précision aveuglante ; les transparences de l’orchestre, la mobilité expressive du soliste, la fusion fulgurante _ oui, en sa sobriété d’émotions contenues à la limite de l’impossible _ de l’ensemble étonnent _ et stupéfient _ dès l’entre chien et loup de l’Andante _ parfaitement…

    …

    …

    La coda atteint au sublime _ oui ! nous y voici… _, détachement aérien, violon flûtant à la chanterelle, l’orchestre ouvrant et refermant le bref arc-en-ciel. Magique musique de l’au-delà _ oui, oui, oui, d’une étreignante profondeur en sa sobriété, loin de tout dolorisme auto-complaisant et mielleux… _ assurément une des versions majeures _ que oui ! _ d’une œuvre que tous les violonistes ont à cœur d’enregistrer. L’analyse et les notes d’intention du violoniste sur le Concerto de Berg _ sur lequel le couplage de ce CD est en effet focalisé _ sont _ absolument !!! _ passionnantes.

    …

    …

    LE DISQUE DU JOUR

    Johannes Brahms(1833-1897)
    Concerto pour violon et orchestre en ré majeur, Op. 77

    …
    Alban Berg(1885-1935)
    Concerto pour violon et orchestre « À la mémoire d’un ange »

    …

    Christian Tetzlaff, violon
    Deutsches Symphonie-Orchester Berlin
    Robin Ticciati, direction

    …

    Un album du label Ondine ODE14102
    …

    Photo à la une : le violoniste Christian Tetzlaff – Photo : © Giorgia Bertazzi

    …
    …
    Une réalisation majeure, donc, de ce musicien si magnifiquement intelligent et merveilleusement sensible qu’est Christian Tetzlaff !
    …
    …
    Un must !

    …

    …

    Ce jeudi 9 février 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Un autre très beau récent CD Mozart : « The Prussian Quartets », par le Chiaroscuro Quartet, davantage teinté d’inquiétude ou de mélancolie (en 1789 – 1790)…

    En continuant de beaucoup écouter Mozart ce début du mois de février,

    après le sublime « The beginning and the end » de Maxim Emelyanychv et il pomo d’oro _ le CD Aparté AP 207 ; cf mon article d’hier «  « … _,

    je suis passé à un autre magnifique CD Mozart _ Bis-2558 SACD _, « The Prussian Quartets« , par l’excellent Chiaroscuro Quartet :

    …

    les 3 Quatuors n° 21, 22 et 23, K. 575, 589 et 590, composés en 1789 et 1790,

    vestiges d’un projet de 6 Quatuors destinés, semble-t-il, dans l’esprit du moins de Mozart, au roi de Prusse, et demeuré inachevé.
    …

    …

    Composés à un moment de difficultés professionnelles et financières de la vie de Mozart,

    y perce comme une ombre de mélancolie… que rend magnifiquement la douceur tendre mais non tendue _ a-romantique ici encore _ du Quatuor Chiaroscuro…

    …

    …

    Ici encore, un merveilleux CD Mozart…

    …

    …

    Ce dimanche 5 février 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Maxim Emelyanychev et il pomo d’oro en extraordinaire état de grâce dans les Symphonies n°1 (« the beginning ») et n°41 (« the end ») de Mozart : un sublimissime (de vie !) CD Aparté AP 307 ; ou la pressante question de l’énigme de l’idiosyncrasie du style…

    Ce que j’ai, bien à tort _ et gravement, j’en demande pardon ! _, négligé de dire dans mon article d’hier « « ,

    …

    c’est que Maxim Emelyanychev, non seulement est absolument magnifique en la grâce ultra-vivante et justissime de son jeu si fin, si vif et si pleinement « mozartien » au pianoforte _ cf la vidéo (de 6′ 39) du sublime adagio du 23e Concerto en la majeur K. 488, achevé de composer le 2 mars 1786 ; interprétation à comparer avec celle de cette vidéo du même adagio par Andreas Staier et Le Concert de la Loge dirigé par Julien Chauvin : l’adagio tendrissime de Maxim Emelyanychev est sans la moindre complaisance pré-romanticissante, encadré qu’il est par deux sublimes (eux aussi) jubilatoires allegros ; quelle merveille !.. _, mais qu’il est peut-être plus encore absolument transcendant et magistral dans la conduite si merveilleusement « naturelle » de jubilatoire _ enthousiasmante ! _ évidence de son superbe orchestre d’instruments anciens _ quelle saveur extraordinaire révèle ici chacun des instruments ainsi joués par de tels si magnifiques et parfaits instrumentistes ! _ qu’est ce magique il pomo d’oro…

    …

    …

    Ces deux premières symphonies de Mozart données-enregistrées ici, soient la première K. 16, en mi bémol majeur, de 1764, et la quarantième et ultime K. 551, en ut majeur, « Jupiter« , de l’été (août) 1788, n’ont probablement jamais connu jusqu’ici de pareille si juste, vivante et profondément marquante incarnation au disque, en ce magique _ oui ! _ CD Aparté AP 307.

    …

    …

    Et ne pas mettre l’accent là-dessus serait la plus terrible injustice à l’égard de ce génial chef si parfaitement musicien qu’est Maxim Emelyanychev ;

    ainsi qu’à l’égard aussi, bien entendu, de chacun des membres présents ici de ce formidable ensemble qu’est décidément, CD après CD, cet extraordinaire il pomo d’oro…

    …

    …

    Le principal et fécondissime apport de ce début de réalisation de ce projet d’exploration symphonique mozartien de Maxim Emelyanychev, est de si bien ici s’approcher, et nous donner à ressentir, bel et bien, en cette recherche interprétative effective _ les enregistrements de ce CD Aparté ont été réalisés sous la direction artistique de Nicolas Bartholomée à Paris, en l’église Notre-Dame du Liban, du 28 au 30 juin 2022 : c’est l’excellent Nicolas Bartholomée qui avait été le directeur artistique de l’enregistrement, à Saint-Michel-en-Thiérache, du CD de la Simphonie du Marais « Un Portrait musical de Jean de La Fontaine« , l’été 1995 : j’étais présent tout au long des séances d’enregistrement ; et cela m’avait, bien entendu passionné ! _, ce qui constitue la génialissime idiosyncrasie mozartienne,

    de son départ _ tout du moins pour ce qui concerne ici le volet de l’œuvre symphonique, qui va du K. 16, noté en 1764, au K. 488, noté en 1788… _, à son apogée,

    tout du moins pour ce qui concerne le volet symphonique de l’œuvre de Mozart…

    …

    …

    C’est-à-dire plus précisément en s’interrogeant, au plus près de la musique symphonique ainsi notée au vol de la composition par Mozart, sur ce qui, en le K. 16 de 1764, anticipe en quelque sorte déjà tout le reste _ symphonique, donc, mozartien _ qui suivra, année après année ;

    …

    et, de même, sur ce qui est venu nourrir, infinitésimalement, au fil de la succession des œuvres réalisées, au fil des ans, cet absolu chef d’œuvre symphonique étourdissant-éblouissant qu’est cette radieuse Symphonie « Jupiter » K. 551 d’août 1788…

    …

    …

    Ou encore,

    puisque, selon l’intuition justissime de ce contemporain de Mozart (Salzbourg, 27 janvier 1756 – 5 décembre 1791) qu’a été Buffon (7 septembre 1707 – 16 avril 1788) _ son magnifique « Discours sur le style » a été prononcé à l’Académie française le jour de sa réception, le 25 août 1753 _, « le style, c’est l’homme même« ,

    qu’est ce donc qui constitue et crée l’essence la plus fondamentale et si reconnaissable _ quasi instantanément à l’écoute ! _ de ce miraculeux rayonnant _ mais pas jusqu’à l’insolence… _ style mozartien _ tel qu’a pu en baver de jalousie le moins génial, plus laborieux, Antonio Salieri, comme est venu le figurer l‘ »Amadeus » de Milos Forman, en 1984… 

    …

    …

    Nul doute, déjà, que Maxim Emelyanychev, dans Mozart, ici, comme en d’autres de ses explorations du champ musical, nous réserve encore maintes merveilleuses découvertes et surprises de révélations _ mais oui, à ce point ! _ des œuvres, par sa si vivante et jubilatoire interprétation…

    …

    …

    Mais, déjà, et pour aujourd’hui :

    …

    « Chapeau, Messieurs, bien bas, à vous tous, superbes interprètes » de ce grand « PETIT DISQUE ROUGE » d’Aparté…

    …

    ….

    Ce samedi 4 février 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Le très beau travail d’Alexis Kossenko pour Rameau : le « Zoroastre » de 1749 (suite)…

    En quelque sorte en confirmation de mon article du 2 décembre 2022 «  » à propos du « Zoroastre » raméllien de 1749,

    …

    ce jour,

    cet intéressant article-ci « Alexis Kossenko ressuscite la première version de Zoroastre« , de Jean-Baptiste de La Taille sur le site de ResMusica :

    …

    …

    Alexis Kossenko ressuscite la première version de Zoroastre

    …
    …

    Cette recréation par Alexis Kossenko de la version initiale (1749) de la tragédie lyrique Zoroastre de Jean-Philippe Rameau sur un livret de Louis de Cahuzac fut un des évènements de la saison 2022.

    …

    …

    À défaut de disposer _ enfin _ au disque d’une version _ vraiment _ de référence de la version de Zoroastre jusque-là donnée (1756), le mélomane bénéficie à présent d’un magnifique enregistrement de l’édition princeps qui ne connut pourtant pas un grand succès à sa création, que vingt-cinq représentations au cours de l’hiver 1749-1750. C’est d’ailleurs une chose fréquente chez Rameau et ses librettistes de remanier les opéras en fonction de l’accueil _ toujours d’abord frileux (et très conservateur) _ public et critique. C’est le cas notamment de Hippolyte et Aricie, Castor & Pollux, Dardanus. Alexis Kossenko et ses musiciens utilisent pour Zoroastre l’édition du musicologue Graham Sadler (Paris, Billaudot, 1999), la musique et le livret étant passablement différents, surtout dans les actes 2, 3 et 5….

    …

    …

    Tragédie lyrique à l’accent maçonnique _ oui _, typique de l’époque (de l’ombre à la lumière, lutte entre les forces du bien et du mal…), la première version relègue au second plan l’intrigue amoureuse entre Zoroastre et Amélite. Beaucoup de récits et peu d’airs et d’ensembles à proprement parler, mais de nombreux intermèdes dansés, de passages choraux.

    …

    …

    A la tête de ses musiciens, Les Ambassadeurs – La Grande Écurie, en grande formation, Alexis Kossenko rend bien l’aspect théâtral de cette musique (l’acte 4 !), n’est pas avare de nuances, et bénéficie d’une distribution vocale de premier plan, au sein duquel se détachent le haute-contre Reinoud Van Mechelen _ toujours remarquable ! _ dans le rôle-titre, et l’Amélite de Jodie Devos, sensationnelle. Comme souvent, le Chœur de chambre de Namur fait forte impression et participe pleinement à la réussite de cette publication. Une réalisation magnifique donnée à Namur, Anvers, Tourcoing, Compiègne, Paris et enregistrée en avril 2022, fruit d’une coproduction entre le Centre de Musique Baroque de Versailles (CMBV), L’Atelier Lyrique de Tourcoing, le Centre d’Art Vocal et de Musique Ancienne (CAV&MA), et Les Ambassadeurs – La Grande Écurie. L’exhumation salutaire de cette version de Zoroastre jusque-là inédite au disque est tout à fait recommandée _ voilà.

    …
    …

    Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Zoroastre (version 1749).

    Jodie Devos, soprano (Amélite) ; Véronique Gens, soprano (Érinice) ; Reinoud Van Mechelen, haute-contre (Zoroastre) ; Tassis Christoyannis, baryton (Abramane) ; Mathias Vidal, ténor (Abénis / Orosmade / une furie) ; David Witczak, baryton (Zopire / Ahriman / un génie / la vengeance) ; Chœur de chambre de Namur, Les Ambassadeurs – La Grande Écurie, direction : Alexis Kossenko.

    3 CD Alpha. Enregistrés au Namur Concert Hall – Grand Manège en avril 2022. Textes de présentation en français, anglais et allemand. Durée totale : 2:45:38

    …

     …

    …

    Ce mercredi 1er février 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa