Étiquette : Jean-Claude Hulot

  • Pour l’île déserte (suite) : un nouveau justissime salut de la critique envers le jubilatoire CD des Ebène et Belcea des sublimes Octuors de Mendelssohn et Enesco, en un élan qui porte loin, juste et très profond…

    Le 11 janvier dernier, mon article « Et voici maintenant ce jubilatoire chef d’œuvre absolu d’élan irrépressible qu’est l’Octuor à cordes Op. 20 de Felix Mendelssohn, composé en 1825, à la perfection servi au disque en 2025 par le Quatuor Ébène et le Belcea Quartet, réunis en un admirable CD Erato « Octets – Mendelssohn – Enescu » : une irrésistible joie irénique pour l’éternité !.. » saluait bien bas l’admirable CD Erato 5021732997296 « Octets – Mendelssohn – Enescu -Quatuor Ébène – Belcea Quartet » – enregistré du 6 au 11 juillet 2025 au Schloss Elmau – en un article forcément dithyrambique…

    Bientôt renforcé, dix jours plus tard, le 21 janvier, par, et en forme de rappel, l’article « Le CD des sublimes « Octuors » de Mendelssohn et Enesco des Ébènes et Belcea salué, à son tour, par la critique : un CD jubilatoire, pour l’île déserte… « , suscité par la  lecture de l’article « Couplage classique » de Jean-Charles Hoffelé sur son site Discophilia pour Artamag…

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    Et voici  qu’hier 11 juin nos éloges ont été rejoints par l’enthousiasme de l’article « Octuors d’Enesco et Mendelssohn éblouissants par les quatuors Belcea et Ébène » de Jean-Claude Hulot sur le site de ResMusica,

    que voici :

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    Octuors d’Enesco et Mendelssohn éblouissants par les quatuors Belcea et Ébène

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    Le génie peut parfois impressionner par sa précocité – certes… – ; les octuors sortis de la plume d’un Mendelssohn de seize ans et d’un Enesco de dix-neuf – voilà, voilà ! – sont des chefs d’œuvre absolus – ô combien ! – , miracles d’inspiration et d’équilibre. 

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    L’octuor de Mendelssohn est l’une des premières manifestations – en effet – du génie si précoce de Felix alors âgé d’à peine seize ans. Tout est miraculeux – mais oui ! – dans cette pièce, l’écriture à la fois transparente et puissante – c’est cela– pour les huit instruments à cordes, l’équilibre et l’élan – à la fois – des deux mouvements extrêmes, la tendresse ineffable – oui, oui –  de l’andante et la grâce aérienne – oui ! – du scherzo digne pendant de celui du Songe d’une nuit d’été. La discographie de ce chef d’œuvre vif argent est considérable – c’est vrai – mais la nouvelle version ici chroniquée s’impose d’emblée – absolument – parmi les meilleures. Longuement rôdée en concert par les Ébène (ici tenant le rôle du premier quatuor) et les Belcea, elle s’impose par sa parfaite homogénéité, l’élégance et la fluidité – coulant de source – de leur jeu et ce rayonnement juvénile et joyeux – jubilatoire ! – qui forme la signature du musicien – c’est magnifiquement juste.

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    Plutôt que de chercher un complément parmi les œuvres du XIXᵉ siècle proches stylistiquement de Mendelssohn comme les doubles quatuors de Spohr ou l’octuor de Gade, successeur de Mendelssohn au Gewandhaus de Leipzig, les musiciens ont eu l’excellente idée de sortir l’œuvre sœur – voilà – de , elle aussi issue de la plume géniale et inspirée d’un musicien de dix-neuf ans (la notice pourtant enthousiaste et subtile de Raphaël Merlin, lui-même ancien violoncelliste du , place la composition pendant l’exposition universelle de 1889, mais – et le correctif est très juste – c’est bien celle de 1900 qui a vu naître la partition, Enesco étant né en 1881 !). Vaste et complexe architecture en quatre mouvements étroitement reliés entre eux, où une puissance quasiment orchestrale – oui – alterne avec un raffinement exceptionnel – en effet – , mêlant un post-romantisme proche de l’école de Franck à des accents typiquement roumains, c’est un chef d’œuvre monumental – oui – (près de quarante minutes) et – très – hautement inspiré ; à nouveau, les huit musiciens y développent une capacité à maîtriser l’architecture cyclique qui va de pair avec un sens du détail capable de mettre en valeur les nombreux épisodes qui enrichissent le discours ; cette fois les Belcea tiennent la première partie et l’on reste émerveillé par les solos de sur le Stradivarius « ex-Ferras », elle-même d’origine roumaine – oui – dans le thème à l’apparence d’improvisation – et c’est là un trait qu’Enesco partage avec Mendelssohn… – qu’Enesco lui destine à plusieurs reprises, l’une des plus belles inspirations du compositeur.

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    A nouveau, les Ébène et les Belcea s’installent au sommet – voilà ! – de la discographie. Leur réunion par les archets inspirés donne naissance à l’un des plus beaux disques de musique de chambre de l’année – tout à fait ! il faut y insister… Ils signent là un enregistrement appelé à rester mémorable – oui.

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    Octets.

    Felix Mendelssohn-Bartholdy (1809-1847) :  Octuor à cordes en mi bémol majeur opus 20.

    Georges Enesco (1881-1955) : Octuor en ut majeur opus 7.

    Quatuor Belcea et Quatuor Ebène.

    1 CD Erato. Enregistré du 6 au 11 juillet 2025 au château d’Elmau.

    Notice de présentation en français, allemand et anglais.

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    Oui ! C’est bien là un CD pour l’île déserte.
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    Un ressourcement jubilatoire permanent !!!
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    Et écoutez-en ceci, pour débuter l’élan, qui va loin, juste, et très profond…
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    Au jardin même du paradis…
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    Ce vendredi 12 juin 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • L’émouvantissime percutant Quatuor n°2 Op. 26 d’Erich Wolfgang Korngold (de 1933) en un superbe programme « Mozart – Webern- Korngold – Echoes of Vienna » par le magnifique Quatuor Hermès…

    C’est un émouvantissime et percutant Quatuor à cordes n°2 Op. 26 (de 1933)  – quel chef d’œuvre !!! – d’Erich Wolfgang Korngold (Brünn, 29 mai 1897 – Hollywood, 29 novembre 1957), en son aussi intensément nostalgique qu’absolument déchirant « Adieu » à sa chère ville de Vienne, que vient nous offrir le magnifique Quatuor Hermès en un superbe programme de trois quatuors tous composés à Vienne : en 1783 par Wolfgang Amadeus Mozart (Salzbourg, 27 janvier 1756 – Vienne, 5 décembre 1791) – peut-être le sommet de tout l’œuvre sublimissime de quatuors à cordes de Mozart... – , en 1905 par Anton Webern (Vienne, 3 décembre 1883 – Mittersill, 15 septembre 1945) – le mouvement lent d’un quatuor demeuré inachevé ! – , et en 1933 par Korngold ; et réunis ici par les Hermès – en l’occurrence les violons d’Omer Bouchez et Élise Liu, l’alto de Lou Yung-Hsin Chang, et le violoncelle de Yan Levionnois… – sous le titre de « Echoes of Vienna » en le puissant, original et durablement marquant CD La Dolce Volta LDV 134 « Mozart – Webern- Korngold – Echoes of Vienna » – enregistré à Mons du 9 au 12 juillet 2024…

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    Tels, réunis ici par les Hermès, comme une prémisse, en 1783, du romantisme qui allait venir, pour Mozart ; un arrière-goût du romantisme en train de s’achever, en 1905, pour Webern ; et un adieu nostalgique et assumé au romantisme enfui, en 1933, pour Korngold.

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    En conclusion de l’article que dans le magazine Diapason n° 11950 de ce mois d’avril 2026 à la page 94, Jean-Claude Hulot consacre à ce CD « Echoes of Vienna » du Quatuor Hermès, celui-ci, qui vient de qualifier « l’œuvre du Wunderkind » – Korngold – de « clou de l’album«  – voilà ! – , et qui a poursuivi : « Nous sommes captivés par l’intensité de son Larghetto – écoutez-le ici ! – autant que par le charme de l’Intermezzo – le voici – et la valse finale – la voici ! – , formidable morceau de bravoure qui semble préfigurer, par ses accents équivoques, la fin d’un monde« , achève ainsi sa recension de ce CD :

    « Espérons retrouver les Hermès dans les deux autres quatuors de Korngold – celui de 1920-1923, l’Op. 16, et celui de 194-1945, l’Op. 34 – et son sublime quintette avec piano – de 1920-1923, l’Op. 15  – , porte ouverte sur un univers luxuriant » – absolument !..

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    Personnellement – et possiblement parce que j’ai moi-même des ancêtres viennois… – , je porte l’œuvre de Korngold au pinacle…

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    Ce mardi 14 avril 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • L’intéressant rayonnement du creuset musical « Cleveland » au long du XXe siècle : la piste du « Cleveland Quartet »…

    C’est l’enthousiasme qu’a suscité en moi la découverte du travail de Sergei Babayan à partir de mpon écoute enchantée du « fabuleux » CD « Rachmaninoff for two« , avec son disciple lui aussi phénoménal Daniil Trifonov _ cf mon article du 15 juin dernier « « … _, qui m’a incité à me pencher sur ce très riche creuset musical _ et de musiciens d’immense talent… _ qu’a été Cleveland (Ohio) _ cité industrielle des bords du Lac Erié _  au XXe siècle.

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    En commençant par m’inciter à me procurer, moi qui suis grand amateur de musique de chambre, le passionnant coffret de 23 CDs « Cleveland Quartet – The complete RCA Album Collection » RCA 19439998052, du Cleveland Quartet (1969 – 1995)…

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    Sur le site de ResMusica, le 17 avril dernier, Jean Claude Hulot avait consacré un article à ce coffret intitulé « La réédition du legs discographique du Cleveland Quartet« , qui avait attiréé mon attention ;

    le voici :

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    La réédition du legs discographique du Cleveland Quartet

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    Quatuor majeur de la fin du XXᵉ siècle, le a gravé pour RCA une série de disques de premier plan que Sony nous rend aujourd’hui dans un coffret exhaustif _ dont acte ! _ que dominent deux compositeurs : Beethoven dont l’intégrale des quatuors figure parmi les plus réussies de la discographie et surtout Brahms pour un ensemble (quatuors, quintettes et sextuors) qui témoigne d’une affinité exceptionnelle entre les quatre musiciens.

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    Fondé en 1969 à Marlboro par quatre musiciens américains réunis ensuite à Cleveland (hormis l’altiste, le quatuor est resté inchangé durant ses années d’activité), le quatuor éponyme fut immédiatement enrôlé dans l’écurie RCA et a laissé pour cette firme une série d’enregistrements regroupés par ordre chronologique _ c’est intéressant _ dans ce volumineux coffret _ de 23 CDs. Il s’ouvre par les trois quatuors de Brahms qui allaient établir la réputation de l’ensemble par leur énergie et leur conception très moderne anticipant sur celle des Berg. Suivirent deux disques Schubert, La jeune fille et la mort d’un dramatisme fiévreux et surtout un superbe Octuor avec l’apport de Jack Brymer (clarinette) et Bary Tuckwell (cor). De Mozart ne reste malheureusement que le bref Adagio et fugue et l’on regrettera toujours que les Cleveland n’aient pas gravé les grands quatuors. En revanche, deux quatuors de Haydn vifs et brillants témoignent de l’excellence de l’ensemble dans le répertoire classique viennois. Seule excursion dans le XXᵉ siècle, le CD suivant nous propose le peu significatif Quatuor n°1 de Barber (avec le célèbre adagio), et le difficile Quatuor n° 2 d’Ives. Une superbe version du _ superbe _  Quintette de Brahms avec clarinette (Richard Stolzman) égale la réussite des trois quatuors. Vient ensuite le début de l’association mémorable avec Emanuel Ax pour un Quintette de Dvořák gorgé de lyrisme et de tendresse _ oui. Les Cleveland se renforcent du Quatuor de Tokyo, autre ensemble poulain de l’écurie RCA pour un Octuor de Mendelssohn vif argent _ une magistrale interprétation, en effet, de ce chef d’œuvre quo personnellement me transporte….

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    L’intégrale des quatuors de Beethoven, en neuf CD, forme le cœur du coffret ; elle est exceptionnelle non tant par l’opus 18 presque trop opulent que par des Razumovsky proches de la perfection par leur galbe et leur imagination et surtout par l’ensemble des derniers quatuors _ un sommet de toute la musique de chambre, bien sûr ! _ , sommet d’héroïsme, d’émotion dans des mouvements lents bouleversants et de variété d’accents. Au milieu s’intercale un autre joyau de l’album avec les deux sextuors de Brahms renforcés par rien moins que Pinchas Zukerman à l’alto et Bernard Greenhouse (le violoncelliste du Beaux Arts Trio) au  violoncelle.

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    Après cela il restera au quatuor de Cleveland à graver trois autres disques majeurs pour RCA : le sublime _ sublimissime ! _ Quintette _ à deux violoncelles _ de Schubert avec Yo-Yo Ma, d’une intensité sidérante _ oui !!! _, le Quintette avec piano de Brahms, décidément le compositeur fétiche des Cleveland, et celui de Schumann, tous trois avec Emanuel Ax pour refermer cette discographie d’un quatuor qui allait ensuite se dissoudre de lui-même en 1995 au sommet de son art.

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    Magistral et un peu frustrant tant on aurait aimé entendre les Cleveland dans un répertoire plus vaste et diversifié ; ne boudons pas notre plaisir néanmoins. Un coffret _ de trésors _ à thésauriser _ tout simplement, voilà.

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    Ludwig van Beethoven (1770-1827) : les dix-sept quatuors à cordes. Johannes Brahms (1833-1897) : les trois quatuors à cordes ; Quintette avec piano ; Quintette avec clarinette ; les deux sextuors à cordes. Robert Schumann (1811-1854) : Quintette avec piano, Quatuor avec piano. Anton Dvorak (1841-1904) : Quintette avec piano. Franz Schubert (1797-1828) ; Quatuor à cordes « la jeune fille et la mort » ; Octuor ; Quintette à deux violoncelles ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : adagio et fugue K546. Joseph Haydn (1750-1810) : Quatuors à cordes « l’alouette », « les quintes ». Samuel Barber (1910-1981) : Quatuor à cordes n°1. Charles Ives (1874-1954) : Quatuor à cordes n°2 ; Scherzo. Felix Mendelssohn-Bartholdy (1809-1847) : Octuor à cordes, deux pièces pour quatuor.

    Emmanuel Ax, piano ; Pinchas Zucherman, alto ; Bernard Greenhouse, Yo Yo Ma, violoncelles. Jack Brymer, clarinette. Martin Gatt, basson. Barry Tuckwell, cor. Thomas Martin, contrebasse. Quatuor de Tokyo, Quatuor de Cleveland.

    23 CD, Sony. Enregistré entre 1972 et 1986 à New York City, Londres et Rochester.

    Notice de présentation en anglais.

    Durée : 19h.44:07

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    Je remarque aussi, et à nouveau sur ce site de ResMusica, mais sous la signature cette fois de Stéphane Friédérich, en date du 4 juin dernier, cet autre article consacré à un ensemble de la cité de Cleveland (Ohio), intitulé « Rodzinsky à Cleveland : une somme musicale de premier ordre » ;

    le voici, lui aussi :

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    Rodzinski à Cleveland : une somme musicale de premier ordre

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    Deuxième chef titulaire dans l’histoire de l’Orchestre de Cleveland après Nikolaï Sokoloff, Artur Rodzinski créa véritablement le son de la formation. Au début des années quarante, elle devint l’une des toutes premières phalanges internationales. Les gravures réunies par Sony Classical – archives de Columbia Records – sont d’autant plus précieuses qu’elles paraissent pour la première fois en disque-compact.

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    « Bâtisseur d’orchestres »… Rodzinski le fut assurément, même si l’on peut regretter que cette qualité estompe, à demi-mots, la réalité d’un musicien qui fut d’abord un remarquable styliste et un visionnaire en termes d’interprétation. En effet, la première caractéristique de sa direction et qui nous saute aux oreilles, c’est la brillance, la clarté _ un critère auquel je suis personnellement très sensible : je déteste la confusion... _ et la compacité des lectures. Mais à la différence d’un Toscanini qui fut son mentor lors de la mise sur pied de l’Orchestre symphonique de la NBC en 1937, Rodzinski construisit ses interprétations avec une liberté tout autre que celle du chef italien. Rodzinki possédait déjà un métier exceptionnel : à la tête de la formation américaine entre 1933 et 1943 (il céda la baguette à Erich Leinsdorf), il avait dirigé auparavant à Varsovie puis à Philadelphie (assistant de Stokowski) et, enfin, à Los Angeles. En peu d’années, la valeur artistique proprement sidérante de l’orchestre qui n’avait plus enregistré depuis la Grande Dépression est révélée. La virtuosité de l’ensemble des pupitres, la précision de la mise en place, la justesse des vents dans les différents solos, qu’il s’agisse de la musique française ou russe, n’ont rien à envier sur le plan technique, aux formations actuelles.

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    La variété du répertoire et l’intérêt de Rodzinski pour la musique de son temps – à la condition qu’elle se situe dans une veine tonale – ne sont qu’effleurés dans ce coffret. Il faut imaginer que le public de Cleveland entendit pour la première fois la musique de Stravinsky sous sa baguette et qu’il y assura la production de Lady Macbeth de Mtsensk de Chostakovitch en 1935 ! Il grava ainsi le troisième enregistrement de l’histoire de la Symphonie n° 5 du compositeur russe, après celles de Mravinsky avec Léningrad (1938) et Stokowski avec Philadelphie (1939). Cette œuvre et la Symphonie n° 1 captées en 1941 témoignent, sous sa direction, d’une inventivité et d’une énergie superbes : aucune baisse de tension, mais une conception narrative avec des prises de risques assumées comme ces cuivres poussés à la faute dans l’Allegretto de la Symphonie n° 5 (la version de 1954 avec le Royal Philharmonic Orchestra ne possède pas cette flamboyance). Les phrases sont tenues avec une minimum de vibrato et de rubato (à noter que le finale est amputé des mesures 119 à 121 pour qu’il tienne sur une surface d’un 78 tours). En pleine Seconde Guerre mondiale, Artur Rodzinski, chef d’orchestre polonais naturalisé américain en 1933, sait de quoi il parle lorsqu’il simule le combat des forces du bien contre celles du mal _ intéressant. Le répertoire slave qu’appréciait tant Rodzinski est magnifié dans Tchaïkovski et Rimski-Korsakov. La projection sonore est intense, sans aucune dureté et l’Ouverture 1812 qui nécessite, en principe, une restitution acoustique spectaculaire, n’est nullement caricaturée devant les micros de 1941. Le caractère anguleux, exalté et lyrique de Shéhérazade (quelle trompette solo!), de Roméo et Juliette, de la Symphonie n° 5 de Tchaïkovski marquent la discographie naissante des œuvres.

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    La musique française est tout aussi lumineuse _ comme bien sûr elle doit être ! _ avec une perception rythmique et un jeu sur les couleurs qui feraient croire aux timbres des orchestres français des années trente et quarante. Daphnis et Chloé de Ravel et La Mer de Debussy séduisent quand la Rhapsodie espagnole souffre de distorsions importantes, malgré un chic certain, celui de Malaguena, entre autres. La Symphonie fantastique de Berlioz est portée par un bouillonnement d’énergie et une puissance d’autant plus radicale que la prise de son favorise les suraigus comme les cymbales et les cuivres tonitruants du finale. On songe à Munch, Markevitch et Cluytens _ rien moins…

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    Cet engagement physique lié à un travail de répétition acharné offre d’autres pages tout aussi passionnantes comme Till Eulenspiegel ou bien une Vie de Héros de Strauss. Rodzinski profite des dissonances de l’écriture dont il accentue les effets et joue au mieux de la profondeur de l’orchestre. Cette efficacité se retrouve tout autant dans le postromantisme de la Symphonie n° 5 de Sibelius. Le chef en souligne les contrastes et même si les dynamiques sont canalisées et les distorsions inévitables dans le finale,  la perfection des cordes et un sens extraordinaire de l’articulation emportent l’adhésion. Voilà une grande version (oubliée) de l’œuvre ! Il en va de même du répertoire classique avec la Symphonie n° 1 de Beethoven dont l’élégance, l’élan et la luminosité sidèrent un demi-siècle avant l’apparition des lectures « historiquement informées » _ et c’est aussi à noter… A noter quelques raretés, du moins considérées comme telles aujourd’hui : un pot-pourri de la comédie Show Boat de Kern, puis les pièces intéressantes, mais guère davantage, de Järnefelt et Weinberger. Enfin, en un disque sont regroupés les concertos pour violon de Schoenberg, Berg et Mendelssohn. On s’interroge sur la présence dans une anthologie dédiées à Rodzinski, de celui de Schoenberg dirigé par Mitropoulos avec New York et Louis Krasner. Une présence d’autant plus étonnante que la pièce parut déjà dans l’intégrale Mitropoulos présentée par Sony Classical. Retenons la lecture enflammée et chantante du _ si beau _ Concerto de Mendelssohn sous l’archet génial _ oui _ de Milstein. Il s’agit d’une gravure inédite qui mérite d’être entendue ainsi que le _ sublime _  Concerto de Berg, dans la vision analytique et passionnante de Louis Krasner.

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    Les gravures de cette édition complètent deux précédents coffrets, l’un du même label consacré aux enregistrements new-yorkais du chef et l’autre, une compilation réalisée par Scribendum. Aucune des deux parutions n’a présenté les précieux témoignages captés à Cleveland. Un coffret qui mérite amplement le label “historique”.

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    Artur Rodzinski, The Cleveland Orchestra, The Complete Columbia Album Collection.
    Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Symphonie n° 1. Alban Berg (1885-1935) : Concerto pour violon “A la mémoire d’un ange”. Hector Berlioz (1803-1869) : Symphonie fantastique. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonies n° 1 et n° 5. Claude Debussy (1862-1918) : La Mer. Arno Järnefelt (1869-1958) : Praeludium pour petit orchestre. Jerome Kern (1885-1945) : Show Boat. Felix Mendelssohn (1809-1847) : Songe d’une nuit d’été, ouverture et musique de scène. Concerto pour violon en mi mineur. Modeste Moussorgski (1839-1881) : Prélude de la Khovanshchina. Maurice Ravel (1875-1937) : Daphnis et Chloé, suite n° 2. Rapsodie espagnole. Alborada del gracioso. Nikolaï Rimski-Korsakov (1844-1908) : Shéhérazade. Jean Sibelius (1865-1957) : Symphonie n° 5. Finlandia. Arnold Schoenberg (1874-1951) : Concerto pour violon. Richard Strauss (1864-1949) : Till Eulenspiegel. Danse des Sept voiles. Valses du Chevalier à la rose (arr. Rodzinski). Une Vie de héros. Piotr Iliytch Tchaïkovski (1840-1893) : Roméo et Juliette. Ouverture 1812. Marche slave. Symphonie n° 5. Carl Maria von Weber (1786-1826) : Ouverture du Freischütz. Jaromir Weinberger (1896-1967) : Variations et fugue sur un vieux thème anglais.
    Louis Krasner, violon, Orchestre philharmonique-symphonique de New York, Dimitri Mitropoulos, direction (Schoenberg, Berg), Nathan Milstein, violon (Mendelssohn), Orchestre de Cleveland, Artur Rodzinki, direction.

    1 coffret de 13 CD Sony Classical.

    Enregistrements au Severance Hall de Cleveland entre décembre 1939 et février 1942 (décembre 1952 pour Mitropoulos).

    Notice de présentation en anglais.

    Durée totale : 9h10

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    Un bien intéressant focus discographique porté sur le rayonnement de ce creuset qu’a pu être, au XXe siècle, la vie musicale à Cleveland, grâce à certains interprètes, chefs comme instrumentistes, au talent un peu singulier… 

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    Ce mercredi 19 juin 2024, Titus Curiosus – Francis Lippa

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    P. s.  :

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    Et comme en confirmation de l’intuition qui vient de donner naissance à cet article-ci,

    voici que ce jeudi matin 20 juin je découvre sur le site de Crescendo, sous la plume de Pierre-Jean Tribot, cet article « Béla Bartók d’orchestre à Cleveland« , que voici :

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    Béla Bartók d’orchestre à Cleveland 

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    LE 20 JUIN 2024 par Pierre Jean Tribot
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    Béla Bartók (1881-1945) :

    Quatuor à cordes n°3 en do dièse mineur, Sz. 85, BB 93  (arrangement pour orchestre à cordes de  Stanley Konopka) ;

    Suite du Mandarin Merveilleux, SZ 73 BB 83.

    The Cleveland Orchestra, Franz Welser-Möst. 2024. 34’17’’.

    Livret digital en anglais.

    1 titre exclusivement digital du Cleveland Orchestra TC

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    Dans la longue et prestigieuse discographie, le légendaire _ voilà ! _ Cleveland Orchestra n’avait pas encore enregistré la Suite du Mandarin Merveilleux de Béla Bartók  alors que les œuvres du Hongrois sont l’ADN de son répertoire _ en effet _ avec les gravures du Concerto pour orchestre avec George Szell (Sony) et Christoph von Dohnányi (Decca). Du côté de son directeur musical Franz Welser-Möst, ce dernier avait déjà gravé une lecture assez oubliable de l’intégrale du ballet lors de ses années controversées avec le London Philharmonic Orchestra (EMI). Le chef autrichien impose ici une lecture creusée et plutôt lente qui base sa narration sur les dynamiques et la qualité vertigineuse des pupitres de son orchestre _ voilà. Le chef peut jouer de l’orchestre sans limites soignant les moindres nuances ou créant des déflagrations dans les tuttis. On peut préférer des lectures plus orchestralement radicales comme celles de Sir Georg Solti (Decca), mais on tient ici un modèle interprétatif avec un orchestre phénoménal _ sic.

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    Il y a une curieuse mode actuelle qui multiplie les arrangements de quatuor ou de quintette pour des orchestres… Dans le cas présent  Stanley Konopka, l’un des altistes chefs de pupitres du Cleveland Orchestra qui a arrangé le Quatuor n°3 pour orchestre à cordes. Le communiqué de presse nous apprend qu’il mûrissait ce projet depuis près de 20 ans avant d’être encouragé par Franz Welser-Möst. Il faut un petit temps pour s’habituer à la masse des cordes au lieu des quatre instruments classiques, mais cette version rend justice à ‘inventivité harmonique et rythmique _ voilà _ de Béla Bartók. Mais le plus fascinant est la qualité magistrale des cordes dont la plasticité et l’homogénéité sont vertigineuses.  Franz Welser-Möst dirige avec attention, respectant l’esprit chambriste et les mouvements de dialogues entre les pupitres, c’est une leçon d’orchestre _ CQFD.

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    Dès lors, un titre exclusivement digital _ hélas _ qui nous rappelle _ oui, oui… _ le niveau technique stratosphérique _ voilà _ de cet immense orchestre, dirigé avec soin par Franz Welser-Möst.

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    Son : 10 – Livret : 9 – Répertoire : 9 / 10 – Interprétation : 9

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    Pierre-Jean Tribot

  • Et pour un palmarès-bilan discographique de l’année 2022 (suite) : le double coffret « Paul Paray – Detroit Symphony Orchestra – The Mercury Masters (1953-1957 et 1958-1962 », de 45 CDs ; ou le triomphe serein de la ligne claire française…

    Et pour un palmarès-bilan discographique de l’année 2022 (suite) :

    le double coffret « Paul Paray – Detroit Symphony Orchestra – The Mercury Masters (1953-1957 et 1958-1962« , de 45 CDs _ Mercury Eloquence 484 2318 et 484 3318 _ ;

    ou le triomphe serein et lumineux de la ligne claire française...

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    Pour reprendre et confirmer-amplifier encore mon tout simple article «  » du vendredi 9 septembre dernier…

    _ cf aussi l’article de ResMusica paru le 1er décembre dernier, sous la signature de Jean-Claude Hulot : « Eloquence réédite enfin les légendaires gravures Mercury de Paul Paray à Detroit« … 

     

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    Ce samedi 3 décembre 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa