Étiquette : Jean Lacroix

  • L’excellence toujours renouvelée d’Angela Hewitt : la merveille idoinement mozartienne – intime, légère, élégante, naturelle – de son troisième volet discographique des Sonates de Mozart, sur son piano Fazioli…

    Angela Hewitt (Ottawa, 28 juillet 1958) est une formidable pianiste :

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    à preuve la merveille subjuguante du troisième volet, le double CD Hyperion CDA 68431/2, de son intégrale des Sonates pour Piano de Mozart, sur un piano Fazioli, le CD « Mozart – Piano Sonatas – K457 – K533 – K545 – K570 – K576 » – enregistré à Marienmünster du 26 novembre au 3 décembre 2023 – qu’ouvre en supérieure beauté, à la plage 1 du CD n°1, la magique « Fantaisie en ut mineur » K476 – à écouter ici (13’08)…

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    C’est tout à fait par hasard qu’en fouillant dans la rangée de récents CDs non directement exposés sur la table des nouveautés de mon disquaire préféré que je suis tombé  sur l’image un peu kitch – une rose rose… – de ce CD d’Angela Hewitt, une pianiste que j’estime beaucoup – notamment pour ses fulgurants admirables CDs Bach des « Partitas » et des « Goldberg« , qui m’avaient beaucoup marqué ; cf mes articles «  » du 3 août 2018 et «  » du 15 décembre 2019… – , et je me suis laissé tenter…

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    Grand bien m’en a pris : c’est superbe, et surtout parfaitement mozartien – du moins à mon oreille : l’oiseau Mozart est si difficile à vraiment bien saisir et attraper.

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    Bien sûr, je suis déjà parfaitement mieux que comblé par le coffret de l’intégrale de ces « Sonates pour Piano » de Mozart sous les doigts idéalement idoines du grand Robert Levin, et sur le propre magique pianoforte de Mozart, à Salzbourg, en cette merveille lumineuse – un pur enchantement ! Cf mon article «  » en date du 22 septembre 2022 – du coffret ECM new Series ECM 2710-16 « First complete recordings of Mozart’s piano sonates on his own pianoforte from c. 1782« , paru en 2022…

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    Et c’est ainsi en parfaite inconscience-ignorance que  j’avais laissé passer les deux premiers volets (Hyperion CDA 68411/2 « Piano Sonatas K279-284 & 309 » et Hyperion CDA 68421/2 « Piano Sonatas K310-311 & 330-333« ) de cette intégrale des Sonates pour Piano de Mozart d’Angela Hewitt – parus en 2022 et 2023 – , qui vient donc ici de s’achever.

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    Mais en cherchant bien un peu,

    voici que, sur le site de Crescendo Magazine, je retrouve à l’instant ce très intéressant – et significatif surtout ! – article de Jean Lacroix, paru à la date du 4 décembre 2023 : « Toute en légèreté, Angela Hewitt poursuit son exploration des sonates pour piano de Mozart« …

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    Que je m’empresse de partager ici avec tout juste un an et demi de retard :

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    Toute en légèreté, Angela Hewitt poursuit son exploration des sonates pour piano de Mozart

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    LE 4 DÉCEMBRE 2023 par Jean Lacroix
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    Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Sonates K. 310 et 311 ; Fantaisies K. 396 et 397 ; Sonates K. 330 à 333. Angela Hewitt, piano. 2022. Notice en anglais, en français et en allemand. 155’ 55’’. Un album de deux CD Hyperion CDA68421.

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    Voici le deuxième double album que la Canadienne Angela Hewitt (°1958) consacre aux sonates pour piano de Mozart, après la parution, chez le même éditeur l’an dernier – en 2022 – , des sonates K. 279 à 284, auxquelles venait s’ajouter la K. 309. Cette artiste, qui a aussi gravé pour Hyperion plusieurs concertos de Wolfgang Amadeus, avait, dans la première livraison, imprimé à ces partitions composées à Salzbourg, à Munich et sans doute à Mannheim en ce qui concerne la K. 309, un ton qui leur convenait à merveille, à la fois simple et intime – voilà – , avec des couleurs mesurées et un toucher qui alliait la virtuosité à la fraîcheur – comme il le faut. Le nouvel éventail, qui semble annoncer une intégrale – en effet – , se présente lui aussi comme un vrai moment de bonheur pianistique – c’est dit.

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    Pour rappel, cette originaire d’Ottawa, qui a été une enfant prodige et se produisait dès l’âge de neuf ans, a étudié le piano au Conservatoire de Toronto avec le Français Jean-Paul Sevilla (°1934), mais aussi le violon et l’art de la danse, avant de poursuivre sa formation à Aix-en-Provence et de s’établir en France en 1980. Spécialiste de Bach (elle a remporté le Concours de Toronto qui porte son nom en 1985), elle a gravé des versions de référence de son œuvre, mais s’est aussi attachée à la musique française (Debussy, Ravel, Messiaen…), avec un succès salué par la critique. Avant d’aborder sa vision des Sonates de Mozart ici rassemblées, arrêtons-nous un instant sur les deux compléments au programme. Selon une pratique devenue habituelle chez elle, Angela Hewitt signe de copieux – et très riches – commentaires, y compris au niveau des dates de composition, d’après des recherches récentes. Elle propose les deux Fantaisies, en ut mineur K. 396 (inachevée et complétée par l’abbé Maximilian Stadler), et en ré mineur K. 397, des pages qu’elle a jouées dès son enfance, en particulier la seconde nommée qui était incluse dans son tout premier récital donné à Toronto lorsqu’elle avait neuf ans. Elle y voit un Mozart presque en microcosme, pour apprendre la dynamique, le sens du rythme, les gestes dramatiques, les harmonies expressives, le style improvisé, comment utiliser un son chantant. En appliquant à son interprétation ces caractéristiques énumérées, la pianiste insère ces deux fantaisies à la fin du premier CD- de ce second volet, donc –  , comme un hommage fervent à leurs accents méditatifs mais aussi dramatiques.

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    Le programme a proposé avant cela les K. 311 en ré majeur (1777) et K. 310 en la mineur (1778), ainsi que la K. 330 en ut majeur, publiée en 1784, ce qui peut la faire dater des mois qui ont suivi le mariage avec Constance Weber en août 1782. Angela Hewitt aborde la première sonate, écrite à Mannheim, en évitant la tentation de la virtuosité facile que cette partition autorise, pour en souligner le contenu émotionnel, avec élégance et légèreté – voilà – , deux adjectifs que nous attribuerons globalement au toucher de la virtuose – et c’est bien sûr à souligner. La K. 310, dans l’ombre du décès de la mère de Mozart à Paris en juillet 1778, partage des instants de révolte (dans l’Allegro maestoso) avec la mobilité lyrique de l’Andante et l’inspiration mouvante du Presto final, plein d’agitation et d’anxiété, ajoute Angela Hewitt. Dans la K. 330, il y a du rayonnement, de l’insouciance même, avec cet Andante cantabile qui, pour la pianiste, évoque le futur Mendelssohn – remarque tout à fait intéressante – , et une expressivité qui sait se faire gracieuse et même, tout à la fin, frôler l’humour. Ce premier disque de l’album, qui s’achève donc par les deux Fantaisies, est parcouru par des couleurs qui sont à la fois discrètes et intenses – voilà – , vécues par Angela Hewitt avec un appel au partage et au rêve.

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    On aborde le second disque avec l’impatience de découvrir la fameuse K. 331 en la majeur, avec la célèbre Alla turca. Après la série de six variations, que la pianiste développe avec un sens très sûr de l’ornementation, la chaleur que développe son Fazioli – et c’est aussi à souligner – creuse la redécouverte d’un manuscrit de cette sonate en 2014 à Budapest, (explications à la clef, dans la notice), avant cet Allegretto si attendu d’inspiration turque. Le choix assumé de ne pas jouer trop vite ce mouvement lui apporte son poids d’originalité. Quelle finesse – voilà, voilà ! – est ici étalée dans le contrôle du dynamisme ! Avec la Sonate K. 332 en fa majeur, on peut apprécier d’autres commentaires interprétatifs d’Angela Hewitt, qui montre à quel point une notice intelligente peut se révéler un outil pédagogique des plus indispensables – mais oui !.. On est emporté par l’élan imprimé au chant de l’Allegro, par le cantabile de l’Adagio et par l’équilibre de l’Allegro assai. On est définitivement conquis (mais on l’est depuis le début !) par la Sonate K. 333 en si bémol majeur, dont la pianiste affirme qu’elle a toujours été l’une de ses préférées. Elle la situe, selon des recherches récentes, à Linz ou à Vienne en novembre 1783, et lui accorde, en guise de bouquet final à son album, toute la poétique joyeuse qui traverse la presque totalité de l’Allegro, avant un Andante cantabile racé et un Allegretto grazioso final des plus brillants.

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    Ce sera sans doute à l’aune de la totalité de l’intégrale en chantier, dont on attend le troisième volet avec avidité, que l’on pourra mesurer la remarquable vision – voilà – qu’Angela Hewitt a des sonates de Wolfgang Amadeus. Ce deuxième volume confirme en tout cas toutes les promesses du premier déjà paru, et place cette artiste au rang le plus convaincant des interprètes actuels de Mozart – oui, oui – , dont elle distille la richesse avec un art et un goût très sûrs – et c’est excellemment dit.

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    Son : 10  Notice : 10  Répertoire : 10  Interprétation : 10

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    Jean Lacroix

     

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    Pas d’article repéré à ce jour à propos de ce troisième volet des Sonates pour Piano de Mozart par Angela Hewitt ;

    mais la performance parfaitement mozartienne d’Angela Hewitt sur son piano Fazioli, est tout à fait à saluer !

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    Bravissimo Madame !

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    Et écouter ainsi de tels parfaits Mozart fait toujours un bien fou !!!

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    Ce jeudi 26 juin 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Découvrir et goûter le CD « Amy Beach – Joseph Bastian » : un splendide programme splendidement interprété au service d’une splendide compositrice, Amy Beach (1867 – 1944), très injustement contrariée en son activité de création…

    C’est l’article « Amy Beach : l’intensité dramatique au service de l’inspiration« , de Jean Lacroix, sur le site du Magazine Crescendo paru le 20 mai dernier, qui m’a fait désirer en savoir – et en goûter bien davantage ! – , en me procurant, chez mon disquaire préféré, ce jour ce CD Solo Musica SM 488 « Amy Beach – Joseph Bastian« , du Münchner Sÿmphoniker – et avec les chanteuses Angela Brower et Camille Schnoor – sous la direction du chef Joseph Bastian, consacré  à 5 œuvres de la compositrice américaine Amy Beach (Henniker, 5 septembre 1867 – New-York, 27 décembre 1944).

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    D’Amy Beach,

    le programme de ce passionnant CD comporte en effet la « Symphonie gaélique » Op. 32, la scène et aria Op 18 « Marie Stuart« , l’aria pour soprano « La Fille de Jephté » Op. 53, la mélodie pour soprano et orchestre « Extase » Op. 21 n°2, et le « Bal masqué » Op. 22.

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    Voici aussi cet article « Amy Beach : l’intensité dramatique au service de l’inspiration » de Jean Lacroix :

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    Amy Beach : l’intensité dramatique au service de l’inspiration

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    LE 20 MAI 2025 par Jean Lacroix
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    Amy Beach (1867-1944) : Symphonie « gaélique » en mi mineur op. 32 ; Maria Stuart, scène et aria op. 18 ; La Fille de Jephté, aria pour soprano op. 53 ; Extase, mélodie pour soprano et orchestre ; Bal Masqué, version pour orchestre op. 22. Camille Schnoor, soprano ; Angela Brower, mezzo soprano ; Orchestre symphonique de Munich, direction Joseph Bastian. 2024. Notice en allemand et en anglais. 78’ 52’’. Solo Musica SM488.

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    Après avoir croisé la route pianistique de l’Américaine Amy Beach grâce à un album Hortus, un autre label autorise un approfondissement de son œuvre symphonique et vocale. Rappelons que née Amy Marcy Cheney dans le New Hampshire, ce talent précoce apprit quelque peu le piano avec Johann Ernst Perabo (1845-120), qui avait étudié à Leipzig avec Carl Reinecke et Ignaz Moscheles. Mais la jeune femme fut surtout une autodidacte, qui donna avec succès des récitals dès 1883, avant d’être mariée deux ans plus tard au docteur Henry Beach, son aîné de vingt ans. Elle ne se produisit plus – dès lors – en public, dut se contenter de composer et de signer ses partitions du patronyme de son époux – voilà ! – , jusqu’au décès de ce dernier en 1910. Elle put alors voyager pendant quelques années en Europe, avec des concerts à Dresde, Leipzig ou Munich, avant de regagner les USA. Elle a laissé un catalogue varié, où voisinent œuvres symphoniques et concertantes (en petit nombre), piano, musique de chambre, pages vocales et chorales, ainsi qu’un opéra, Cabildo (1932), qui ne fut pas représenté de son vivant. Le présent album offre un bel éventail – oui – de sa production.

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    Créée triomphalement à Boston le 30 octobre 1896, la seule symphonie d’Amy Beach, qui porte le sous-titre « gaélique », s’inspire d’airs irlandais et écossais, mais aussi anglais. Cinq ans auparavant, une messe qui portait sa signature l’avait déjà fait remarquer, au point de la comparer audacieusement à Cherubini et même à Bach, comme le précise un texte de la musicologue Susanne Wosnitzka. On est séduit par la beauté de l’inspiration qui traverse cette symphonie, dont une version par l’Orchestre symphonique de Nashville, placé sous la direction de Kenneth Schermerhorn (Naxos, 2003), n’avait pas dévoilé toutes les richesses. Vaste partition en quatre mouvements d’une durée globale proche des trois quarts d’heure, la Symphonie « gaélique », traversée par des élans romantiques et servie par une orchestration riche et haute en couleurs, fait souvent penser à l’univers de Dvořák, dont la création newyorkaise de la Symphonie du Nouveau-Monde date de fin 1893. Le troisième mouvement d’Amy Beach, Lento con molto espressione, est un superbe moment de lyrisme de treize minutes, au sein duquel un violon épanoui fait, dans un climat chatoyant, un éloge éperdu de la nature – à la Walt Whitman, dirais-je. La variété des thèmes (évocation d’un voyage maritime tourmenté dans l’Allegro con fuoco initial) et la splendeur des développements séduisent l’auditeur de bout en bout et permettent de poser une évidente question : pourquoi une telle symphonie ne fait-elle pas l’objet de programmations régulières ? On qualifiera la version qu’en propose le Symphonique de Munich, que dirige le chef franco-suisse John Bastian (°1980), de visionnaire, dans une atmosphère gorgée de sève et de vitalité dynamique. Une magistrale leçon orchestrale !

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    Les compléments de programme révèlent d’autres qualités d’Amy Beach. Sur le texte Eilende Wolken, Segler der Lüfte de Schiller, Maria Stuart (1892) affronte la prison, scène à laquelle la mezzosoprano américaine Angela Brower, spécialiste de Richard Strauss, insuffle une poignante intensité dramatique.  L’air pour soprano et orchestre La Fille de Jephté (1903), évoque le personnage biblique du Livre des Juges, qui, suite à un vœu imprudent, doit sacrifier son enfant à Dieu. Sur un texte du poète et traducteur nancéien Charles-Louis Mollevaut (1776-1844), toute l’infortune de la malheureuse héroïne est confiée à la soprano franco-allemande Camille Schnoor, une habituée de Mozart, Puccini, Tchaïkowsky ou Offenbach, qui souligne de façon très émouvante, avec des aigus perçants, le tragique de la funeste situation. La même cantatrice dessine avec une exquise finesse et un sentiment éthéré la mélodie Extase (1893), d’après le poème de Victor Hugo, paru en 1829 dans Les Orientales. Le programme s’achève par un langoureux et élégant Bal masqué, orchestration par Amy Beach de sa pièce de salon pour piano du même titre.

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    Cet album, enregistré avec fougue et engagement par l’Orchestre symphonique de Munich et son chef Joseph Bastian, qui a pris ses fonctions depuis la saison 2023/24, est une belle découverte, celle de l’indiscutable talent d’une compositrice, dont l’exploration du catalogue mérite un élargissement. On notera que les trois pages vocales sont des premières mondiales au disque.

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    Son : 9    Notice : 10    Répertoire : 10    Interprétation : 10

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    Jean Lacroix

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    Une très bienvenue découverte musicale – et pas seulement discographique – à la fois émouvante et rafraîchissante, d’une compositrice entravée en sa vie de création…

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    Ce mardi 27 mai 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Retour sur le marquant CD « Lines of life – Schubert and Kurtag », de Benjamin Appl, György Kurtag, Pierre-Laurent Aimart et James Baillieu…

    Les 22 mars dernier,

    en mon article « L’extraordinaire d’intimité bouleversante « Lines of lines – Schubert – Kurtág » de Benjamin Appl et György Kurtag : un sublime bijou tout de sobriété, pour nous accompagner à aller à l’essentiel, nous aussi, de nos vies…« ,

    j’ai déclaré l’enthousiasme éprouvé aux écoutes en boucle du merveilleux CD Alpha CD 1145 « Lines of life, Schubert & Kurtag« ,

    du baryton Benjamin Appl…

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    Et voici que sur le site de l’excellent magazine Crescendo, le 16 avril dernier,

    Jean Lacroix a signé un très intéressant article intitulé « György Kurtág et Benjamin Appl, une émouvante et féconde collaboration« ,

    que voici :

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    György Kurtág et Benjamin Appl, une émouvante et féconde collaboration

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    Le 16 avril 2025 par Jean Lacroix

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    Lines of Life. Lieder de György Kurtág (°1926), Franz Schubert (1797-1828) et Johannes Brahms (1833-1897). Benjamin Appl, baryton ; Pierre-Laurent Aimard, James Baillieu et György Kurtág, piano ; Csaba Bencze, trombone ; Gergely Lukács, tuba. 2024. Avec une conversation entre Kurtág et Appl. Notice en anglais, en allemand et en français. Textes chantés, avec traductions.  67’ 45’’. Alpha 1145.

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    Après trois parutions chez Alpha (The Christmas Album, Forbidden fruit et le Winterreise de Schubert), le baryton germano-britannique Benjamin Appl (°1982) en signe une nouvelle, fruit de sa collaboration, depuis 2018, avec le compositeur hongrois György Kurtág, qui a fêté, le 19 février dernier, son 99e anniversaire. Comme il l’explique dans la notice, Appl a répondu à un appel du Konzerthaus de Dortmund qui avait l’intention de donner en février 2020 un festival en l’honneur du créateur, celui-ci souhaitant que ses Hölderlin-Gesänge soient à l’affiche. Rencontres régulières à Budapest et travail commun ont suivi, pour aboutir au présent projet. Lors du premier contact, l’épouse de Kurtág, Márta Kinsker (1927-2019), pianiste et pédagogue réputée, vivait encore et donna son aval à la collaboration de son mari avec le chanteur. Kurtág, dans un message préliminaire, précise qu’il a tout de suite apprécié l’étonnante belle voix, la sûreté technique, la qualité de la diction et la personnalité attachante de Benjamin Appl, dont il écrit qu’il est actuellement le plus authentique interprète de ses Hölderlin-Gesänge. Après le décès de Márta Kurtág, et en hommage à cette dernière, l’idée est née entre les deux artistes d’adjoindre au cycle du compositeur des Lieder romantiques allemands, et d’associer au projet les pianistes Pierre-Laurent Aimard, un familier de longue date de Kurtág, et James Baillieu, partenaire d’Appl. Le tout a été concrétisé à Budapest en trois sessions (février, mars et mai 2024).

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    Dans une conversation en allemand de dix-huit minutes entre Kurtág et Appl, document qui complète le programme musical (traduction en français jointe), le compositeur répond à la question qui lui est posée sur son inspiration à partir de textes littéraires : Dans le cas des Hölderlin-Gesänge, cela s’est passé ainsi : nous habitions à Berlin, au Wissenschaftskolleg. Il y avait un petit lac à proximité. J’avais l’habitude d’en faire le tour, promenade qui durait en général trente minutes. Pendant longtemps, je me lisais les poèmes à haute voix – et puis, soudain, j’ai commencé à les mettre en musique. Cet opus 35a a été composé au cours de la décennie 1990 et est destiné à une voix non accompagnée, à l’exception du troisième lied, Gestalt und Geist, où interviennent un trombone et un tuba, lui conférant un côté dramatique. On apprécie la qualité de l’interprétation de Benjamin Appl dans ces pages de courte durée, le baryton alliant la clarté de la diction à une déclamation superbement chantée de ces vers au caractère énigmatique, un poème ravageur de Paul Celan complétant l’ensemble, ainsi que deux autres de Hölderlin, mis plus récemment en musique. On se souviendra qu’en 2002, Le baryton suisse Kurt Widmer (°1940) avait signé pour ECM un album convaincant, où figuraient des Hölderlin-Gesänge. Appl leur apporte un surplus d’émotion.

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    Le programme est conçu comme une alternance entre des Lieder de Schubert, de Brahms et de Kurtág. Une affiche somme toute assez courte ; on compte un peu moins de cinquante minutes de chant, le reste étant dévolu à la conversation citée. Mais le tout se présente comme un témoignage, plein de respect et de chaleur humaine, à l’égard d’un créateur qui participe à l’aventure, puisqu’il est lui-même au piano, avec une confondante clarté, pour les deux dernières plages : Der Jüngling an der Quelle D. 300 de Schubert, en recherche d’apaisement, et le chant d’amour Sonntag op. 47/3 de Brahms.

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    De Kurtág, on découvre encore, en tête de programme et en première mondiale, un émouvant Circumdederunt… de 2022 pour voix seule (d’abord conçu pour violoncelle). L’atmosphère, inspirée par deux psaumes, est proche du madrigal et plante tout de suite un décor dénudé au sein duquel la voix du Seigneur entend les appels de détresse face à la mort. Quatre autres très brefs lieder sur des poèmes au caractère expressionniste d’Ulrike Schuster, composés ou révisés entre 1996 et 2023, cette fois avec accompagnement du piano, s’y ajoutent. Le dernier d’entre eux sonne un peu comme un glas, avec des mots sobres : Tout doucement/presque imperceptiblement/mais pourtant vite/les lanternes s’éteignent. Il y a là une économie de moyens, quasi testamentaires, que le baryton, avec la complicité de Pierre-Laurent Aimard, cisèle avec délicatesse.

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    Six Lieder célèbres de Schubert (Ganymed, Totengräbers Heimweh, Im Frühling, Dass sie hier gewesen, Der Wanderer an den Mond, Litanei) complètent ce programme conçu, nous l’avons dit, en alternance. Benjamin Appl s’y coule d’une façon que l’on pourra estimer parfois linéaire, mais avec une sensibilité en adéquation avec l’atmosphère particulière de cet album conçu comme un hommage. Ici, c’est le pianiste sud-africain James Baillieu, son partenaire habituel, qui officie.

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    Dans son texte, Benjamin Appl ne cache pas sa fierté d’avoir été « choisi » pour ce qu’il considère comme un « énorme cadeau artistique » : Kurtág m’a montré le véritable sens de la vie de musicien, confie-t-il. En s’engageant profondément dans la musique, il m’a permis de mieux comprendre la nature humaine. Dont acte.

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    Son : 9    Notice : 10    Répertoire : 10    Interprétation :  10 (Kurtág) – 8,5 (Schubert et Brahms)

     

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    Un CD que je recommande très chaudement…

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    Ce dimanche 27 avril 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Comment réaliser un bel hommage à Ravel qui soit aussi assez original : l’exemple à relever du CD « Bertrand Chamayou – Ravel fragments », en son regard renouvelé sur sa modernité…

    Comment réaliser un hommage à Ravel qui soit assez original ?..

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    Un excellent exemple à relever est celui du très intéressant CD Erato 5021732601230 « Bertrand Chamayou – Ravel fragments«  – enregistré aux Studios Miraval du 19 au 21 décembre dernier (2014) – ; que j’ai commencé à effleurer en appendice – « Autre ravelienne chose, mais musicale et discographique celle-là…« , écrivais-je alors – à mon article en date du 7 mars dernier « De nouvelles pistes de recherche à propos des rapports de Maurice Ravel et les Gaudin, amis (Marie) comme cousins (Magdeleine, Edouard, etc.)…« …

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    Et l’article bien détaillé de Jean Lacroix intitulé « Bertrand Chamayou célèbre les 150 ans de Ravel par un hommage kaléidoscopique » paru le 19 mars dernier sur le site de Cescendo Magazine, m’en fournit une très bonne occasion :

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    Bertrand Chamayou célèbre les 150 ans de Ravel par un hommage kaléidoscopique 

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    LE 19 MARS 2025 par Jean Lacroix
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    Fragments. Maurice Ravel (1875-1937) : Extraits de Daphnis et Chloé, La Valse, transcriptions de Maurice Ravel ; Trois Beaux Oiseaux du paradis, Chanson de la mariée, Pièce en forme de habanera, transcriptions de Bertrand Chamayou. Joaquín Nin (1879-1949) : Mensaje a Ravel. Salvatore Sciarrino (°1947) : De la nuit. Alexandre Tansman (1897-1986) : Prélude n° 5 (Hommage à Maurice Ravel). Frédéric Durieux (°1969) : Pour tous ceux qui tombent (Hommage à Maurice Ravel). Ricardo Viñes (1875-1943) : Menuet spectral (à la mémoire de Maurice Ravel). Xavier Montsalvatge (1912-2002) : Elegia a Maurice Ravel. Betsy Jolas (°1926) : Signets (Hommage à Ravel). Arthur Honegger (1892-1955) : Hommage à Ravel, extrait des 3 Pièces. Bertrand Chamayou, piano. 2024. Notice en français, en anglais et en allemand. 61’ 17’’. Érato 5021732601230.

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    Bertrand Chamayou a travaillé au Conservatoire de Paris avec Jean-François Heisser, un élève de Vlado Perlemuter, qui fut proche de Ravel. Il y a une dizaine d’années, il signait, déjà pour Érato, une – excellente – intégrale de la musique pour piano seul de Maurice Ravel, dont on avait aimé, entre autres qualités, la maîtrise technique, la lisibilité et le souci des détails. Dans la notice qu’il signe lui-même – aujourdhui -, Chamayou précise qu’il avait alors laissé de côté l’un ou l’autre inédit, des travaux d’étudiant et des pages de jeunesse, ainsi que des transcriptions de la main du compositeur. Sous le titre Fragments, qui évoque la brièveté, il réunit ici des pages adaptées par Ravel, d’autres qu’il a arrangées lui-même, ainsi qu’un florilège d’hommages par huit compositeurs, du temps de Ravel jusqu’à notre époque. Tout cela forme un kaléidoscope riche et original que Chamayou domine avec facilité et un sens affirmé des différents climats – en effet. On y retrouve – oui – les qualités énoncées pour caractériser l’intégrale de 2015.

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    Transcrits par Ravel lui-même, Chamayou propose plusieurs moments issus de Daphnis et Chloé. On retrouve les sensations presque picturales de l’œuvre symphonique, avec son lyrisme sensuel, sa dimension mystérieusement raffinée et cette ivresse qui naît de la mise en évidence de la lumière et de l’esthétique liée aux rythmes. Le pianiste y insuffle une vie intense, qu’il porte à son comble – voilà ! voilà ! probablement l’acmé de cet hommage-ci… – dans La Valse – cf ce que j’en disais (et surtout donnais à écouter) en ajout terminal à mon propre article du 7 mars dernier « De nouvelles pistes de recherche à propos des rapports de Maurice Ravel et les Gaudin, amis (Marie) comme cousins (Magdeleine, Edouard, etc.)… » : « Ecoutez donc ici le podcast (de 12′ 58) de cette un peu anguleuse – ici – « Valse », notamment – ça dépote !! « … -, version solo impressionnante et envoûtante – oui – de virtuosité – et de modernité, aussi, qui en renouvelle, et de façon très bienvenue, l’approche… _ , à la sonorité généreuse, mêlée à un parfum d’irréalité qui lui confère une aura où la tension est permanente. Chamayou apporte sa propre contribution en transcrivant des mélodies : les Trois beaux oiseaux du paradis, tirés des 3 Chansons de 1915, écrites en temps de guerre, la Chanson de la mariée, l’une des 5 Mélodies populaires grecques de 1904/06, et l’obsédante Pièce en forme de habanera de 1907. Ce sont de petites pièces suggestives et expressives, jouées avec un raffinement sans ostentation.

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    L’idée d’intercaler, entre les pièces ravéliennes, une série d’hommages à lui adressés par d’autres compositeurs, au fil des années, est ingénieuse. Nous faisons nôtres les termes utilisés par Chamayou pour caractériser les accents hispaniques du Mensaje de Joaquín Nin, la douceur énigmatique de l’Elegia de Xavier Montsalvatge, le néo-classicisme lumineux d’Arthur Honegger, ou les cloches envoûtantes d’Alexandre Tansman. – un compositeur que personnellement j’aime beaucoup. Il s’agit, à chaque fois, de brefs morceaux dont l’entrelacement avec les pages ravéliennes crée un climat de complicité, qui trouve, dans le Menuet spectral de 1938 de Ricardo Viñes, proche du compositeur, l’émotion la plus profonde suscitée par la disparition de son ami.

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    Une belle place est réservée aussi à des pages plus contemporaines – accentuant par là une certaine modernité de Ravel, et qui, sans nul doute, lui aurat plue. Elles sont signées Betsy Jolas, qui utilise dans Signets des motifs de la fantasmagorie de Gaspard de la nuit, ou Frédéric Durieux, qui a étudié avec Betsy Jolas et Ivo Malec, et livre en 1997, dans Pour tous ceux qui tombent, un message au climat glacial et blafard – oui – qui fait allusion au Gibet. De son côté, le Sicilien autodidacte Salvatore Sciarrino offre, en 1971, un impressionnant collage de plus de six minutes qui, comme l’explique Chamayou, met bout à bout des bribes d’« Ondine » et de « Scarbo », se jouant de notre mémoire et nous donnant l’impression d’une hallucination.

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    Ce programme original et inédit, conçu avec imagination, est joué par Chamayou avec une fluidité – oui – que l’on trouvait déjà dans son intégrale, à savoir une dimension pointilliste, mêlée à une clarté des lignes – un trait éminemment ravelien ! – et un souci des détails. Une belle manière de saluer cette année dédiée au souvenir de Ravel.

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    Son : 9    Notice : 9    Répertoire : 10    Interprétation : 10

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    Jean Lacroix

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    Un bel hommage ravelien, qui séduit,

    et nous aide aussi, de façon très intéressante, à porter nous-même un autre regard, un peu de biais, sur le génie même, à la fois singulier, mais aussi très français, de Ravel, dans la ligne de son sublime « Tombeau de Couperin« – même si Bertrand Chamayou, en cet hommage, prend plutôt l’angle de son « Gaspard de la nuit« …

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    Ce dimanche 23 mars 2025, Titus Curiosus – Franncis Lippa