Étiquette : Jean-Marie Leclair

  • La plus récente actualité discographique du courageux et audacieux « exploreur » du répertoire baroque Johannes Pramsohler, de son Ensemble Diderot, et de son label Audax…

    Aujourd’hui, 7 décembre 2021,

    voici le neuvième article que, depuis le 28 avril 2018, je viens consacrer au courageux et inventif violoniste baroque italien Johannes Pramsohler, son Ensemble Diderot, et son label discographique Audax…

    …

    …

     1°  le 28 avril 2018 : 

    …

    2° le 13 mai 2018 :  

    …

    3° le 2 août 2018 : 

    …

    4° le 19 octobre 2018 : 

    …

    5° le 26 juin 2019 : 

    …

    6° le 19 juillet 2019 : 

    …

    7° le 11 août 2019 : 

    …

    8° le 15 octobre 2020 : 

    …
    …

    Aujourd’hui donc, 7 décembre 2021,

    je veux revenir sur deux parutions discographiques relativement récentes, en son label Audax, du violoniste Johannes Pramsohler et son Ensemble Diderot :

    …

    _ le CD « The Berlin Album » (Audax 13726), enregistré à Toblach les 6-7-8-9-10 décembre 2019, et paru en 2020,

    et comportant des Sonates en trio de Georg-Anton Benda (1722 – 1795), Johann-Gottlieb Graun (1703 – 1771), Johan-Philipp Kirnberger (1721 – 1783), Johann-Abraham-Peter Schulz (1747 – 1800) et Johann-Gottlieb Janitsch (1708 – 1763) ; ainsi qu’une Fugue de la princesse Anna-Amalia de Prusse (1723 – 1787),

    interprétées par Johannes Pramsohler et Roldan Bernabé, violons, Gulrim Cho, violoncelle, et Philippe Grisvard, clavecin et pianoforte ;

    …

    _ le CD « Concertos pour violon _ The beginnings of the violin concerto in France » (Audax 13782), enregistré à Toblach les 16-17-18 décembre 2020, et paru lui aussi en 2020,

    et comportant des Concertos de Jacques Aubert (1689 – 1753), Jean-Marie Leclair (1697 – 1764), Jean-Baptiste Quentin (ca. 1690 – ca. 1742), André-Joseph Exaudet (1710 – 1762) et Michel Corrette (1707 – 1795),

    interprétés par Johannes Pramsohler, Roldan Bernabé, Mario Konaka et Simone Pirri, violons, Georges Barthel, flûte, Alexandre Baldo, alto, Gulrim Cho, violoncelle, François Leyrit, contrebasse, et Philippe Grisvard, clavecin et pianoforte.

    …

    …

    Pour « The Berlin Album« ,

    je renvoie à cette intéressante chronique, intitulée « La Trilogie berlinoise« , de Sébastien Holzbauer, du 27 décembre 2020, sur le site « Muse baroque » :

    …

    CDS & DVDS, CRITIQUES

    …

    …

    La trilogie berlinoise (The Berlin Album, Pramsohler, Ensemble Diderot – Audax)

    …

    …

    “Ich bin ein Berliner”

    …

    …

     
    …
    The Berlin Album, sonates en trio de Benda, Graun, Kirnberger, et alii
    …
    Georg Anton Benda (1722–1795) : Trio sonata in E Major
    Johann Gottlieb Graun (1703–1771) : Trio sonata in A Major, GWV Av:XV:41 (scordatura) 
    Johann Philipp Kirnberger (1721–1783) : Trio sonata in D Minor
    Princess Anna Amalia of Prussia (1723–1787) : Fugue in D Major
    Johann Abraham Peter Schulz (1747–1800) : Trio sonata in A Minor
    Johann Gottlieb Graun : Trio sonata in G Major “Melancholicus & Sanguineus”, GWV A:XV:11
    Johann Gottlieb Janitsch (1708–1763) : Trio sonata in G Major

     …
    Ensemble Diderot :
    Johannes Pramsohler & Rodan Bernabé, violons,
    Gulrim Choi, violoncelle,
    Philippe Grisvard, clavecin et pianoforte.
    1 CD Audax, enr. décembre 2019.
    …
    …
    Johannes Pramsohler et ses fidèles, à qui l’on doit l’exhumation méthodique _ oui _ de répertoires rares _ oui _, ont décidé de s’aventurer sur des terres encore plus inconnues, vers l’Est et la lointaine Germanie, au royaume de Prusse. Poursuivant leur tour d’Europe de la sonate en trio après Dresde, Paris, puis Londres, l’ensemble Diderot aborde Berlin, ou plutôt Potsdam, et avance dans le siècle des Lumières par rapport à ses opus précédents. Evitant soigneusement les principaux acteurs musicaux du temps (Frederic II ou Carl Philipp Emanuel Bach), nos explorateurs ont décidé d’aborder un répertoire trop méconnu, celui des partitions de la Princesse Amélie de Prusse, de Johann Abraham Peter Schulz, sans renier des compositeurs de la demi-obscurité tels Benda, Kirnberger le théoricien, Graun (attention ce n’est point Carl Heinrich) ou Janitsch.
    …
    …
    On goûte un album doux et rêveur _ en effet _, à l’épanchement mélodique et la souplesse toute solaire, d’un soleil givré hivernal, pastel, aux reflets argentés. Les archets de Johannes Pramsohler & Rodan Bernabé, gracieux et souples, tressent le cocon réconfortant d’une bonne tasse de thé. Par rapport aux remarquables Paris Album ou London Album précédents (Audax), une atmosphère nouvelle, celle de l’Empfindsamkeit prédomine, mélange d’intimité chaleureuse, d’épanchement psychologique, mais aussi de sorte de sentimentalisme galant et légèreté préromantique. Avouons que ces compositions ne sauraient égaler la profondeur d’un Sébastien de Brossard, Henri Purcell ou Telemann des albums précités.
    …
    …
    Toutefois, avec conviction, l’Ensemble Diderot tire le meilleur _ oui _ de ses œuvres élégantes et se fait le tenant de la ligne claire : textures aériennes, clarté confondante des pupitres, équilibre favorisant les aigus. Partout règne le même raffinement, d’une mondanité libre _ c’est tout à fait cela. Il en surgit parfois de manière inattendue un éclair plus torturé à l’instar du Larghetto de Benda, ou du très noble Affetuoso de Graun dans la sonate en trio cyclothymique justement intitulée Melancholicus & Sanguineus, sans conteste l’une des plus originales et personnelles du programme. Ce mouvement est interprétée avec un abandon ciselé, suivi d’un Allegro carré italianisant avec que la sonate ne se conclue sur un Allegro di molto à la simplicité virtuose et jubilatoire.
    …
    …
    On découvre également à la seconde écoute _ bienvenue, en effet _ du disque des détails insoupçonnés. La sonate en trio de Kirnberger débute sur un Andante archaïsant aux chromatismes soignés, tandis que l’Allegro avec ses entrées fuguées rappelle l’écriture d’un Bach. On ajoutera enfin que l’Ensemble Diderot a choisi de varier de manière bienvenue le soutien harmonique, et Philippe Grivart passe ainsi avec le même naturel du clavecin au pianoforte. On regrettera enfin que la captation ne donne pas la part belle au violoncelle discret de Gulrim Choi, trop en retrait. Sensible, communicatif, ce Berlin Album dissimule derrière son apparente simplicité des délices pour les oreilles attentives. A quand la suite du Grand Tour ? Saint-Petersbourg peut-être ?
    …
    …
    Sébastien Holzbauer
    …
    …
    Technique : enregistrement clair et précis, avec un soin tout particulier apporté aux violons et aux aigus du spectre.
    …
    …

    Étiquettes : , , , , , , , , , , ,

    …
    …
     Et pour ce qui concerne le CD des « Concertos pour violon _ The beginnings of the violin concerto in France« ,
    …
    voici une courte vidéo du Largo du Concerto à cinq instruments d’Exaudet. 
    …
    …
    Ainsi que ces brefs commentaires des magazines BBC Music et Gramophone, rapportés par le site Boxset.me, en date du 8 octobre 2021 :
    …
    …

     

    …

    …

    Une aventure de recherche musicale d’œuvres demeurées méconnues et assez peu interprétées,

    de la part de ce passionné, et toujours intéressant, qu’est Johannes Pramsohler.

    …

    …

    Ce mardi 7 décembre 2021, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • La merveille Jelyotte (1713 – 1797) magnifiquement servie par Reinoud Van Mechelen : le joyau de musique que constitue le CD « Jéliote, haute-contre de Rameau » (CD Alpha 753)

    Pour qui se réjouit de voir ces moments-ci la musique baroque française des siècles des rois Bourbon (Henri IV, Louis XIII, Louis XIV, Louis XV, Louis XVI) enfin, certes depuis très peu, un peu mieux servie, et au concert, et au disque,

    …

    le CD « Jéliote, haute-contre de Rameau« , soit le CD Alpha 753, vient très heureusement constituer un merveilleux et rafraîchissant moment de musique,

    très fort et très élevé…

    …

    Une formidable réussite !

    …

    …

    Le chanteur ténor haute-contre oloronais Pierre Jelyotte (Lasseube, 13 avril 1713 – Estos, 12 octobre 1797), en effet,

    représente la perfection _ admirable ! _ du chant français à l’époque de Rameau (Dijon, 25 septembre 1683 – Paris, 12 septembre 1764), et de ses contemporains,

    sous le règne de Louis XV

    _ cf au passage mon tout récent article, du 16 octobre dernier, à propos de l’histire de la voix de ténor : …

    …

    …

    Le CD comporte 7 airs _ magnifiques _ de Jean-Philippe Rameau,

    extraits de

    Hippolyte et Aricie (1733),

    Dardanus (version de 1744),

    Platée (1745),

    Le Temple de la gloire (1745 aussi),

    Castor et Pollux (1737)

    et Les Boréades (une oeuvre splendide achevée en 1764, mais non représentée alors du fait du décès subit de Rameau ; l’œuvre sera créée à Aix-en-Provence seulement en 1982…) ;

    …

    mais aussi 9 autres airs

    tirés d’œuvres de 9 compositeurs contemporains de Rameau :

    …

    _ de François Colin de Blamont (1690 – 1760) : Les Fêtes grecques et romaines (1723) ;

    _ de François Rebel (1701 – 1775) et François Francœur (1698 – 1787) : Scanderberg (1735) ;

    _ de Charles-Louis Mion (1698 – 1775) : Nitétis (1741) ;

    _ de Jean-Marie Leclair (1697 – 1764) : Scylla et Glaucus (1746) ;

    _ d’Antoine Dauvergne (1713 – 1797) : Les Amours de Tempé (1752) ;

    _ de Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville (1711 – 1772) : Daphnis et Alcimadure (1754) ;

    _ de Pierre-Montan Berton (1727 – 1780) : Érosine (1765) ;

    _ de Jean-Benjamin de La Borde (1734 – 1794) : Ismène et Isménias (1763) ;

    …

    ainsi qu’un air de Zélisca, une comédie-ballet de Jelyotte lui-même, créée à Versailles le 17 mars 1746…

    …

    …

    Le programme ici réuni est absolument splendide ;

    et l’interprétation qu’en donne ici Reinoud Van Mechelen, avec l’ensemble A Nocte Temporis, proprement admirable…

    …

    C’est toute la foisonnante et rayonnante vie de l’opéra français sous Louis XV qui reprend vie, ici, pour nous…

    …

    Soit carrément un CD de 80′ pour l’île déserte…

    …

    J’en avais rêvé depuis longtemps, Reinoud Van Mechelen vient de le réaliser !

    …

    Et maintenant j’attends un second CD de Reinoud Van Mechelen, avec d’autres airs aussi superbes que Rameau et ses contemporains ont composés pour le merveilleux Jélyotte ;

    il y a matière fort abondante pour cela… 

    …

    …

    Ce lundi 18 octobre 2021, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • A propos de l’anniversaire de la naissance à Bergame de Pietro Antonio Locatelli (3 septembre 1695 – Amsterdam, 30 mars 1764), compositeur violoniste d’exception…

    Ce 3 septembre,

    se fête l’anniversaire de Pietro Antonio Locatelli,

    né à Bergame le 3 septembre 1695 _ et qui décèdera à Amsterdam le 30 mars 1764.

    …

    …

    En un précédent article de mon blog, en date du 15 avril 2020,

    et d’ailleurs consacré à Jan Dismas Zelenka _  _,

    …

    je citai volontiers une opinion du violoniste virtuose Reinhardt Goebel, plaçant Pietro Antonio Locatelli parmi les cinq principaux compositeurs du Baroque du XVIIIe siècle,

    avec Johann-Sebastian Bach, Georg-Friedrich Haendel, Jan-Dismas Zelenka et Jean-Marie Leclair _ oubliant alors de citer aussi le cher Georg-Philipp Telemann …

    …

    …

    Je pourrais aussi ajouter ces lignes de Fulvia Morabito, en 1997 :

    …

    «Locatelli doit certes recevoir de tous la licence d’être un tremblement de terre … Mais pourtant, Messrs, quels Coups d’archet ! Quel Feu ! Quelle Vitesse !.. Il joue de son violon avec une telle furie, qu’à mon avis il doit en user quelques douzaines par an.»

    Ces quelques mots, empruntés au gentilhomme anglais Thomas Dampier, nous dépeignent le portrait d’un des personnages les plus impétueux, volitif et marquants de la musique instrumentale du dix-huitième siècle : Pietro Antonio Locatelli (Bergamo 1695–Amsterdam 1764).

    Compositeur et virtuose du violon, il entama son activité musicale dans sa ville natale : il la quitta à seize ans pour Rome, en espérant peut-être pouvoir perfectionner sa formation sous la direction prestigieuse de Corelli. Nous ne savons pas si cela a pu réellement avoir lieu car le Maestro, déjà souffrant en 1712, s’éteignit tout au début de l’année suivante. Il est bien plus probable que Locatelli ait suivi des leçons avec Giuseppe Valentini, autre virtuose fort apprécié et de grande renommée. L’activité musicale romaine, frénétique et liée au faste des nombreuses chapelles et académies particulières, servit de tremplin pour le jeune musicien, désormais mûr et prêt à affronter un public plus important. À partir de 1723, Locatelli commença ses «années de pèlerinage», marquées par des séjours auprès des cours et dans les centres musicaux les plus importants d’Europe (Mantoue, Venise, Munich, Dresde, Berlin, etc.), où il sut toujours susciter un vif intérêt. Mais son tempérament farouche et sa nature fière et orgueilleuse l’éloignèrent des milieux de cour serviles et bornés : il s’installa donc à Amsterdam dès 1729, et y demeura jusqu’à sa mort _ le 30 mars 1764. Il était entouré des représentants les plus munificents du riche patriciat de la capitale _ batave _, et il fut alléché non seulement par la vie culturelle débordante, mais encore, et plus spécialement _ et sans doute au premier chef _, par le prestige des maisons d’éditions musicales de la ville _ voilà. C’est pourquoi le musicien se consacra à la composition, mais surtout aussi à la publication et à la révision continuelle de ses œuvres ; cette activité nous pose d’ailleurs des problèmes et rend parfois impossible une reconstruction de l’évolution du style de l’artiste« …

    …

    …

    C’est en réponse à un courriel d’une amie m’ayant fait parvenir ceci,

    sur le site du Théâtre de La Fenice, à Venise :

    …

    …

    https://twitter.com/teatrolafenice/status/1433720744970801158

    …

    …

    que j’ai entrepris ce petit article de commémoration d’anniversaire de Pietro Antonio Locatelli…

    …

    …

    Ce vendredi 3 septembre 2021, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Deux passionnantes nouveautés discographiques de musique française baroque, de deux des fils de Bertille de Swarte : Sylvain Sartre et Théotime Langlois de Swarte

    Ce mois d’août 2021 nous offre diverses nouveautés discographiques,

    parmi lesquelles deux très intéressantes réalisations de deux des fils de Bertille de Swarte

    _ cf le bien utile précédent récapitulatif de mes recherches, du 29 juin 2021 : … _ :

    …

    l’une de Sylvain Sartre,

    à la direction de l’ensemble Les Ombres ;

    …

    et l’autre de son frère le violoniste Théotime Langlois de Swarte,

    en duo avec William Christie au clavecin ;

    …

    ainsi que viennent de me l’apprendre deux articles de l’excellent site Discophilia, de Jean-Charles Hoffelé,

    en date des vendredi 13 août, sous le titre de « Tragédie babylonienne » _ cette expression désignant la tragédie lyrique (de 1718) « Sémiramis« , du compositeur André Cardinal Destouches (1672 – 1749) _ ;

    et lundi 16 août, sous le titre de « Le Violoniste retrouvé » _ il s’agit là du violoniste Jean-Baptiste Sénaillé (1687 – 1730), compositeur de sonates pour violon et basse continue (parues en 1710, 1712, 1716, 1721 et 1727.

    …

    …

    Voici donc ces deux articles :

    …

    …

    TRAGÉDIE BABYLONIENNE

    Un voyage au Royaume de Siam en mission avec le Père Tachard (épisode immortalisé par Voltaire dans son Destouches à Siam), un engagement dans l’armée du Roi, le siège de Namur, et dans la musique militaire soudain la révélation de son destin, le jeune Destouches, à la vie jusque-là aventureuse, sera compositeur, André Campra son maître, la Tragédie Lyrique son nouveau champ de bataille.

    …

    …

    Au soir de sa vie, Louis XIV entend Issé, premier ouvrage lyrique de celui qui, aux côtés de Colin de Blamont, aura pris la charge laissée par Campra : surintendant de la musique du Roi. Le monarque goûte la pastorale, avoue que les talents de compositeur de Destouches lui évoquent ceux de Lully.

    …

    …

    Sept ouvrages lyriques suivront, Sémiramis fermant _ en décembre 1718 _ cette théorie de tragédies lyriques brillantes, pleines d’effet, où Destouches se souvenant des leçons de Campra, ose renouveler le genre par l’ampleur de l’orchestre et la puissance dramatique des scènes. Callirhoé marquera le sommet de cette nouvelle manière, l’ouvrage suscitant une admiration frôlant l’hystérie. Le sujet plus sombre de Sémiramis, reine incestueuse, le livret aux arrière-plans psychologiques complexes de Pierre-Charles Roy, le rôle si poignant de la reine de Babylone écrit pour le grand dessus de Marie Antier ne suffirent pas pour garantir à cet opéra au sombre flamboiement le succès qui entourait encore Callirhoé.

    …

    …

    C’est que Destouches, prenant le contrepied du goût de la Régence, qui voulait des ouvrages légers, renouait ici avec le grand style de Lully, et avouait son goût pour l’opéra à grands effets – tremblement de terre et foudre vengeresse abondent au long des cinq actes – qu’il mariait avec une justesse psychologique dans l’incarnation des personnages en avance sur son époque. En cela, il annonce Hippolyte et Aricie de Rameau qui paraîtra quinze ans plus tard _ en 1733.

    …

    …

    Les Ombres se dévouent à ce compositeur majeur de l’opéra français, l’ensemble de Sylvain Sartre avait déjà révélé Issé, aura participé aux renaissances de Callirhoé, du Carnaval et la Folie, et enregistré l’admirable cantate Sémélé. Avec sa vaillante troupe, ils font flamboyer ce drame sombre si puissant.

    …

    …

    Eléonore Pancrazi met son grand soprano à Sémiramis, qu’elle incarne avec ardeur dès « Pompeux attrait » ; il fallait une tragédienne pour incarner la reine de Babylone, elle l’a trouvée. Mathis Vidal incarne les tourments d’Arsane sans craindre la tessiture exposée qui faisait la renommée de Cochereau, Emmanuelle de Negri donne à Amestris la couleur si singulière de ces sopranos lyriques qui dans la tragédie lyrique devaient conjuguer charme et pathétique. Thibault de Damas donne à Zoroastre toute son autorité.

    …

    …

    La partition abonde en beautés, et sa fin, sur le simple « Je meurs » de la Reine n’est pas la moins saisissante. Destouches ne reviendra plus au grand style de la tragédie lyrique, Les Eléments, dont la composition fut partagée avec Delalande, sacreront le triomphe de l’opéra-ballet dont la cour de Louis XV sera si friand. Savait-il qu’avec Sémiramis, il refermerait l’univers inventé par Lully, laissant à ses successeurs le soin d’en dévoyer les canons et l’esthétique ?

    …

    …

    Et si demain Sylvain Sartre et ses amis remontaient le fil du temps, nous révélant Amadis de Grèce, Omphale, Télémaque et Calypso, Marpesia, première reine des Amazones ?

    …

    …

    LE DISQUE DU JOUR

    …

    André Cardinal Destouches(1672-1749)
    Sémiramis

    …

    Eléonore Pancrazi,
    mezzo-soprano (Sémiramis)
    Mathias Vidal, ténor (Arsane)
    Emmanuelle de Negri, soprano (Amestris)
    Thibault de Damas, baryton-basse (Zoroastre)
    David Witczak, baryton (L’Oracle, L’Ordonnateur des jeux funèbres)
    Judith Fa, soprano (Une Babylonienne, Une prêtresse)
    Clément Debieuvre, ténor (Un Babylonien, Un génie)

    …

    Chœur du Concert Spirituel
    Les Ombres
    Sylvain Sartre, direction

    …

    Un album de 2 CD du label Château de Versailles Spectacles CVS038
    …

    Photo à la une : la mezzo-soprano Eléonore Pancrazi – Photo : © DR…

    …

    …

    LE VIOLONISTE RETROUVÉ

    Dix années séparent Senaillé de Leclair. Le premier fut à bonne école avec son père, un des violons de Lully, le second un virtuose de son instrument dont le métier flamboyant ne pouvait faire oublier qu’il était un compositeur de génie, auteur d’une tragédie lyrique majeure, Scylla et Glaucus, dont la puissance ne se compare qu’aux grands ouvrages de Rameau.

    …

    …

    L’un et l’autre auront, de leurs archets impétueux, réuni les goûts français et italien, c’est au premier que Théotime Langlois de Swarte et William Christie consacrent l’essentiel de leur stupéfiant album, et c’est justice : les Sonates si brillantes et si touchantes de Senaillé, emplies de danses et de musettes, parcourues de sarabandes et d’adagios nostalgiques, n’auront suscité qu’un album monographique signé par Odile Edouard voici quelques lustres pour le label K617.

    …

    …

    Elles sont merveilleusement chorégraphiées par l’archet plein et souple du jeune homme _ certes ! _, qui sait y faire transparaître les nombreuses influences de l’opéra. Le génie poétique de Senaillé en fait tout sauf un petit maître, il égale Mondonville et n’est pas loin de se hausser au niveau de Leclair lorsqu’il élance la prodigieuse Courante de sa Sonate en mi mineur : cette ardeur du rythme, cet archet qui s’enflamme et danse, coupent le souffle.

    …

    …

    Disparu à l’orée de sa quarantaine, ce compositeur qui n’aura composé que des livres _ au nombre de cinq _ de Sonates pour son instrument, méritait qu’enfin on le redécouvre, il ne lui aura manqué que le temps d’approfondir son art, et c’est un peu cruel d’ouvrir ce disque avec la Gavotte de Leclair, qui expose un génie mélodique tendant vers Mozart, alors que la Sarabande de la Sonate en mi de Senaillé est belle comme une phrase de Rebel. A dix ans de distance, l’un regarde l’avenir, l’autre caresse le passé, duo merveilleux que William Christie et son jeune ami ressuscitent avec des tendresses brillantes dont je ne me lasse pas.

    …

    …

    Vite, s’il vous plait Messieurs, un second volume.

    …

    …

    LE DISQUE DU JOUR

    …

    Générations

    …

    Jean-Baptiste Senaillé (1687-1730)

    …
    Sonate pour violon et basse continue en mi mineur, Op. 4 No. 5
    Sonate pour violon et basse continue en sol mineur, Op. 1 No. 6
    Sonate pour violon et basse continue en ré majeur, Op. 3 No. 10
    Sonate pour violon et basse continue en ut mineur, Op. 1 No. 5

    …
    Jean-Marie Leclair (1697-1764)

    …
    Sonate pour violon et basse continue en mi mineur, Op. 3 No. 5 (extrait : I. Gavotte)
    Sonate pour violon et basse continue en la majeur, Op. 1 No. 5
    Sonate pour violon et basse continue en fa majeur, Op. 2 No. 2

    …

    Théotime Langlois de Swarte, violon
    William Christie, clavecin

    …

    Un album du label harmonia mundi HAF89051292 (Série « Les Arts Florissants »)
    …

    Photo à la une : le violoniste Théotime Langlois de Swarte – Photo : © DR

    …

    …

    Ce lundi 16 août 2021, Titus Curiosus – Francis Lippa