Étiquette : label Mirare

  • Le charme magique absolu du « Volver » de Vittorio Forte, au toucher paisible et délicat, qui ne se pousse pas du col : la grâce même de musiques humbles et discrètes, presque secrètes, d’Amérique latine… Un charme fou…

    Le charme magique absolu du CD Mirare MIR 768 « Volver«  – enregistré à Villefavard du 2 au 4 décembre 2024 – de Vittorio Forte, au toucher paisible et délicat, qui ne se pousse pas du col, pour servir à la perfection la grâce même de musiques humbles et discrètes, presque secrètes, d’Amérique latine, est enchanteur…

    …

    Admirez déjà, en guise de mise en appétit d’écoute, cette interprétation-transcription magnifique par Vittorio Forte lui-même de cette si belle chanson, « Volver« , du grand Carlos Gardel, en  cette vidéo (de 5′ 10)…

    Et écoutez Gardel lui-même interprétant, en 1934, sa chanson…

    Mais voici qu’entre 1944 et la voix de velours engagée charmeuse de Gardel, et 2024 et le piano de tendresse pure de Forte, est venue s’ajouter ici pour nous la merveilleuse patine mordorée du temps musical, redoublant et transcendant comme miraculeusement la marque d’éternité-hors temps, déjà, de la voix veloutée de Gardel,

    pour ne prendre que ce seul exemple des 21 pièces toutes magnifiques de ce CD « Volver » sous les doigts de pure magie de Vittorio Forte sur ce piano Fazioli F278…

    …

    Et voici ce qu’a dit, hier 7 novembre, de ce CD « Volver » – paru le 3 octobre dernier – , sur le site de Crescendo Magazine, l’article fort bienvenu et justement détaillé de Jean-Noël Régnier, sous le titre « Volver :un voyage pianistique immersif dans la riche musique latino-américaine » : 

    …

    Volver : Un voyage pianistique immersif dans la riche musique Latino-américaine. 

    …

    Le 7 novembre 2025 par Jean-Noël Régnier

    …

    …

    …

    Volver. Oeuvres de Carlos Gardel (1890 – 1935) ,  Carlos Guastavino (1912 – 2000), Manuel Ponce  (1882 – 1948),  Ernesto Lecuona (1896 – 1963) , Astor Piazzolla (1921 – 1992), Luis A. Calvo (1882 – 1945) , Carlos Gardel (1890 – 1935). Vittorio Forte, piano. Livret en français et en anglais. 81’00.   Mirare MIR768.

    …

    Cet admirable enregistrement – oui ! d’un charme pénétrant absolu ! – nous propose un voyage dépaysant – en effet !  -, dans la musique Latino-américaine, subtil mélange entre musique savante (dans son traitement), et musique populaire (dans son inspiration). Le pianiste Vittorio Forte nous invite à parcourir, à la manière d’une carte de visite musicale une grande partie du continent américain de culture ibérique et comprenant six pays particulièrement représentatifs (Brésil, Argentine, Mexique, Chili, Colombie et Cuba). Ces musiques ont toutes des racines multiples provenant de plusieurs continents avec bien sûr des origines européennes principalement espagnoles et portugaises) importées au cours des siècles par les conquistadors et leurs descendants, mais aussi des origines africaines introduites par les esclaves, et enfin on retrouve enfin des racines amérindiennes autochtones. Si ces musiques sont différentes d’un pays à l’autre en fonction de leur histoire propre, elles sont néanmoins réunies par leurs mélodies séductrices et déclamatoires ainsi que par leurs rythmes engageants – oui.

    …

    Vittorio Forte a choisi d’intituler cet album « Volver » qui signifie « revenir ». Celui-ci porte ainsi le titre de la célèbre chanson de Carlos Gardel – bien sûr ! –  terminant ce disque et qui résume l’esprit de cet album où le pianiste opère un retour sur ses années d’apprentissage du piano en Italie avec d’éminents professeurs, dont notamment José Lepore, un professeur d’origine Argentine venu s’installer en Italie – voilà. Dans cette musique Sud-Américaine, les différentes cultures s’entremêlent au cours des siècles passés en fonction des vicissitudes de l’Histoire. Certains pays sud-américains, comme l’Argentine ou le Brésil ont été les terres d’adoption de populations émigrées aux origines très diverses. Celles-ci, quelles que soient leurs origines, ont contribué à l’élaboration d’une identité nationale et « Les Quatre saisons Porteñas » en sont un exemple éloquent : composés par Astor Piazzolla entre 1965 et 1970 ses Porteños (les habitants des villes portuaires, et donc ici de Buenos-Aires) décrivent à la fois des univers culturels très différents qui, malgré leur diversité ont une forte identité argentine, et que Piazzolla unifie par le truchement du Tango – oui.

    …

    C’est peut-être pour cette raison que Vittorio Forte, malgré ses origines franco-italiennes, baigne dans ces musiques latines, avec une aisance et une compréhension – voilà – qui sont déconcertantes. N’oublions pas après tout que les parents d’Astor Piazzolla étaient des émigrés italiens, et que Carlos Gardel était né à Toulouse, de parents français – en effet…

    …

    La longue fréquentation de ces musiques grâce à ses professeurs permet à Vittorio Forte de nous faire découvrir un répertoire malheureusement encore trop peu connu – ou, et c’est plus que dommage… Que ce soit au concert ou au disque, très peu d’interprètes (souvent des nationaux) proposent comme ici un large éventail de ces musiques, hormis l’extraordinaire Jorge-Luis Prats, Cecilia Pillado, ou le regretté Nelson Freire – oui.

    …

    Vittorio Forte a déjà fait des enregistrements particulièrement marquants – mais oui ! – dans des répertoires peu courus – oui, oui – comme les œuvres de Medtner, de Clémenti, de Carl Philippe Emanuel Bach – le superbe CD « Abschied« … – , sans oublier ses ébouriffantes transcriptions d’Earl Wild, pour ne citer que quelques exemples. Si son répertoire est particulièrement éclectique, il reste cependant extrêmement constant dans sa qualité – oui. Dans cet enregistrement son jeu virtuose est à la fois chantant et puissant, sans ne jamais céder à la moindre dureté – et l’essentiel est dit là... La poésie – oui – qu’il insuffle à ces œuvres souligne chaque phrase musicale et permet d’en faire ressortir toute l’expressivité dans un confort sonore très appréciable. L’excellent piano Fazioli aux sonorités chatoyantes, contribue aussi à cette réussite et permet à Vittorio Forte de donner une âme à chacune de ces musiques, malgré leur grande diversité identitaire.

    …

    Chaque pays du continent Latino-Américain s’est construit sa propre personnalité musicale. Chaque musique est le fruit de sa propre histoire et de ses traditions ancestrales. A celles-ci viennent se greffer aussi des influences extérieures provenant d’Afrique ou d’Europe puisque par le passé, les échanges contraints ou volontaires avec ces différentes contrées étaient fréquents et réguliers. Cela a créé un mariage original et fructueux sur le plan musical – oui – entre ces différentes cultures, où les harmonies et les rythmes issus des différents folklores se conjuguent avec une musique savante européenne plus ordonnée et rigoureuse.

    …

    Il est vrai que certains pays ont largement profité de cette ressource culturelle si particulière, et en premier lieu l’Argentine, devenue une terre d’accueil et de mixité au cours des trois derniers siècles. Ce pays, où la milonga et le tango sont élevés au rang de trésors nationaux, est la patrie de nombreux compositeurs comme Carlos Gardel, Astor Piazzolla, Carlos Guastavino (très bien représentés sur cet enregistrement), mais aussi Julián Aguirre (mort la même année que Gabriel Fauré) et Ernesto Ginastera (qui fut aussi le professeur de Piazzolla).  Ces musiciens représentent par leurs musiques l’âme et le caractère de ce pays et de ses habitants. Ces musiques sont faites de contraires en alliant puissance et fatalisme, mais aussi exubérance et austérité – voilà. Carlos Gardel débute et clôture cet enregistrement par deux célèbres tangos « Por una Cabeza » et « Volver », magnifiquement transcrits par Vittorio Forte avec une profusion de traits aussi acrobatiques que séducteurs. Volver est la dernière œuvre que Carlos Gardel a composée et interprétée (pour le film « El diaz que me quieras » sur des paroles d’Alfredo Lepera) puisqu’il disparaîtra prématurément en 1935 dans un accident d’avion. Quant à Astor Piazzola, son célèbre « Adios Noniño » est lui aussi un tango aux accents tragiques, où le compositeur évoque avec nostalgie la disparition de son père (dont le surnom était Noniño). Carlos Guastavino bien que contemporain d’Astor Piazzolla et décédé huit ans après lui, représente un autre courant musical de la musique argentine, certes moins novateur, mais plus attaché aux traditions musicales du dix-neuvième siècle issues du Romantisme comme le prouvent « Las Niñas » (Les filles) et « Bailecito » (Petite danse), pièces charmantes s’il en est.

    …

    Le Brésil, tout comme l’Argentine est un immense pays d’où sont natifs de nombreux compositeurs talentueux comme Francisco Mignone, Mozart-Camargo Guarnieri, Ernesto Nazareth, Guido Santórsola ou Radamés Gnattali. De culture portugaise et non espagnole comme la majorité des autres pays sud-américains, la musique brésilienne est différente dans son expression, sans doute plus festive, légère et chaleureuse. Ainsi, la Samba, (danse typiquement brésilienne) ne peut se confondre avec le Tango argentin, ni par ses rythmes ni par son langage, ni par l’attitude corporelle des danseurs. Deux compositeurs brésiliens très différents illustrent le parcours musical de Vittorio Forte dans cet enregistrement avec tout d’abord deux pièces très caractéristiques de Villa-Lobos basées sur une certaine représentation de la valse, avec « Impressões Sereisteras » (impressions d’un chanteur de sérénade) extrait du Cycle brésilien et la Valsa da dor (Valse de la douleur). Dans cette dernière, Villa-Lobos tente l’expérience d’intégrer une mélodie à quatre temps dans un rythme ternaire. Ces compositions s’avèrent complexes, tant au niveau rythmique qu’harmonique et possèdent une grandeur tragique – oui. Elles montrent l’importance – oui –  de ce compositeur dans la musique du vingtième siècle. Alberto Nepomuceno né presque un quart de siècle avant Villa-Lobos adopte évidemment une esthétique totalement différente. Ses quatre Pièces Lyriques Op 13 s’inscrivent par leur forme et leur inspiration (du moins pour les trois premières) dans l’esprit de Grieg, dont il reprend la terminologie, Grieg ayant lui-même composé soixante-six Pièces Lyriques. Pour ces compositions, Alberto Nepomuceno a certainement été influencé par son épouse, elle-même d’origine norvégienne et élève de Grieg. Si les trois premières pièces sont pleines de charme et évocatrices, la surprise provient de la quatrième et dernière pièce intitulée « Galhofeira » qui nous ramène d’une façon extrêmement libre et pétillante aux sources de la musique populaire. Son thème principal est d’ailleurs très proche d’un motif musical utilisé postérieurement dans « Le Bœuf sur le toit » par Darius Milhaud, lui-même passionné par la musique brésilienne.

    …

    Cuba est elle aussi la patrie de nombreux compositeurs importants comme Ernesto Lecuona, Léo Brouwer, Carlos Fariñas ou encore Igniacio Cervantes pour ne citer que les plus célèbres. Vittorio Forte, dans son itinéraire musical nous propose deux des six Danses Afro-Cubaines qui témoignent de l’influence africaine dans la musique caraïbéenne. Ces Danses de Lecuona sont parmi les plus représentatives : « La conga de media noche » (la Conga de minuit) utilise une rythmique très particulière, imitant le son d’un tambour africain très fréquemment utilisé dans la musique cubaine, et la Comparsa (la parade) quant-à-elle décrit une procession de carnaval à Cuba, en donnant une illustration musicale de divers instruments typiques, comme les tambours, les maracas et autres percussions.

    …

    Bien que se trouvant sur le continent nord-américain à majorité anglophone, le Mexique de langue hispanique est situé sur les terres jadis occupées par les Aztèques et les Mayas. Ce pays a subi les mêmes influences ibériques que l’Amérique centrale et l’Amérique du Sud. Il est donc logique que la musique mexicaine possède de nombreuses caractéristiques communes avec toute la partie latino-américaine du continent. Là encore, on ressent les influences espagnoles et africaines dans la riche culture du pays. Pourtant, lorsqu’on évoque la musique latino-américaine, la musique mexicaine est rarement citée alors que les compositeurs sont nombreux, et leurs œuvres de grande qualité. Compte tenu de l’histoire mouvementée du pays, beaucoup de compositeurs mexicains vont puiser dans les chants et danses populaires aux accents nationalistes (Carlos Chávez, Silvestre Revueltas, Armando Montiel-Olvera…) alors que certains autres comme José Pablo Moncayo ou Eduardo Moncada adopteront des langages plus modernistes, usant de polyrythmies et de polytonalités. Parmi tous ces compositeurs, Alberto Ponce est certainement le plus célèbre. Il exploite les racines populaires de son pays dans sa première Rapsodia mexicana où l’on retrouve, comme le précise Vittorio Forte, plusieurs danses ancestrales dont le Jarabé tapatio mais aussi la danza del sombrero (la danse du chapeau) qui sont traitées dans un style rhapsodique aux moyens techniques très développés à la manière d’un Liszt, ce qui sied parfaitement à la virtuosité de notre interprète.

    …

    Les autres pays du continent sud-américain semblent a priori moins féconds sur le plan musical. Pourtant, ces pays recèlent aussi des musiques particulièrement marquantes. Pour nous le prouver, Vittorio Forte a retenu deux exemples particulièrement éloquents avec tout d’abord le Chili. Certes, le pays natal du grand Claudio Arrau ne possède pas de danse ou de musique typiquement nationale. Tourné vers l’univers maritime, le Chili n’a jamais trop fait parler de lui sur le plan musical, et pourtant, grâce à Vittorio Forte nous découvrons ici une œuvre – superbissime ! – du compositeur Alfonso Leng : « Doloras – poemas para piano », une suite constituée de cinq brefs mouvements au climat douloureux et abattu. Inspiré par le poète chilien Pedro Prado, Alfonso Leng crée une œuvre particulièrement expressive qui adopte des tempi particulièrement lents, véhiculant une grande mélancolie – oui : prenante. Comme l’indique fort justement Vittorio Forte à propos d’Alfonso Leng : « Ce qui touche, c’est la sincérité d’un compositeur qui n’a aucun mal à traduire musicalement ce qu’il ressent de plus intime ». Alfonso Leng, qui était dentiste de profession n’était pas par conséquent un compositeur traditionnel vivant de son art. Cela explique certainement pourquoi son œuvre est restée confidentielle malgré sa qualité indéniable.

    …

    Le second exemple donné par Vittorio Forte nous vient cette fois de Colombie. Là encore nous retrouvons ce riche métissage culturel alliant les racines autochtones aux influences africaines et européennes. Le Vallenato qui est devenu la musique nationale de la Colombie reprend ce riche héritage. Vittorio Forte interprète deux pièces de Luis Antonio Calvo, le plus emblématique compositeur colombien. Ce dernier a mené une vie difficile car, après de brillantes études musicales, il embrassa une carrière militaire qu’il dut abandonner en 1916, car il était atteint par la lèpre. Il passera une longue partie de sa vie au sein de la léproserie d’Agua de Dios où il composera la majorité de son œuvre. Calvo a composé dans ces lieux sinistres des musiques qui sont au contraire enjouées et élégantes à la manière des pièces de salon. Vittorio Forte nous propose deux pièces de Calvo basées sur des rythmes de danses avec son deuxième intermezzo « Lejano azul » à l’allure d’un bolero, et « Malvaloca », une habañera, à la fois tendre et mélancolique.

    …

    Ce disque magnifiquement interprété – oui ! – et enregistré – oui – , fait découvrir à l’auditeur des musiques rares et souvent dépaysantes – tout à fait – , son texte (une interview de Vittorio Forte) est très informatif. Cependant ce CD présente un inconvénient qui est bien éloigné de toute considération musicale : Il cherche au sens littéral du terme « à nous en mettre plein la vue ! ». Si la pochette utilise des couleurs vives (orange fluo) encadrant la photo de Vittorio Forte qui attirent l’œil, c’est à la fois original et un bon argument pour capter l’attention du public. Malheureusement, le texte de la jaquette est imprimé selon une charte graphique semblable rendant les textes presque illisibles à cause de la juxtaposition de couleurs inappropriées (bleu pâle sur fond blanc, où l’inverse pour nos amis anglophones, ou encore bleu ciel sur fond orange). Bien évidemment il ne faut pas juger ce disque splendide à ce détail mineur, et il est préférable d’écouter sans modération ces musiques si habitées et formidablement – voilà !!! avec un charme fou ! – interprétées.

    …

    Son : 9,5 – Livret : 7,5 – Répertoire : 9 – Interprétation : 10

    …

    Jean-Noël Régnier

    …

    Le programme à la fois très large et très divers – comportant 21 plages d’œuvres de 9 compositeurs différents : l’argentin Carlos Gadel (2), l’argentin Carlos Guastavino (2), le mexicain Manuel Ponce (1), le chilien Alfonso Leng (5), le brésilien Heitor Villa-Lobos (2), le cubain Ernesto Lecuona (2), le brésilien Alberto Nepomuceno (4), l’argentin Astor Piazzolla (1), le colombien Luis A. Calvo (2) – , mais remarquablement uni, de cet admirable CD « Volver » – un disque aussi hommage à son premier grand maître de musique, l’argentin Carlos Lepore (1925 – 1999) – , est un modèle de composition de CD – écoutez ici très bien en parler Vittorio Forte en cette brève vidéo de présentation (d’une durée de 1′ 50) du CD – ;

    de même qu’est parfaite la qualité de la prise de son, réalisée à Villefavard, en Limousin…

    …

    Et ma curiosité envers la production discographique de Vittorio Forte – né le 16 mai 1977 à Rossano, en Calabre – , procède de mon admiration pour le très beau CD Odradek ODRCD 368 « Abschied« , paru le 22 mars 2018, qui m’avait profondément marqué – cf mon article du 11 juillet 2019 ; « La perfection de l’interprétation du plus pur fantasque de Carl Philipp Emanuel Bach : Vittorio Forte en son « Abschied »« … – ;

    et de ce merveilleux pianiste qu’est Vittorio Forte, je possède aussi le CD Lyrinx Lyr 2296 « Voyage mélodique« , paru, auparavant, le 19 février 2016…

    …

    Quel artiste hors-pair est donc Vittorio Forte !!!

    …

    Ce samedi 8 novembre 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • La délicieuse délicatesse du piano de Luis Fernando Pérez dans un lumineux récital d’ »Encores »…

    C’est un délicieux récital d’ »Encores » que viens nous offrir le lumineux piano de Luis Fernando Pérez (né à Madrid en 1977) dans un parfaitement délicat récital de 17 pièces de bis de concerts – de Xavier Montsalvatge, Carlos Guastavino, Isaac Albéniz, Enrique Granados, Federico Mompou, d’abord et surtout, mais de pas mal d’autres aussi… – , en un très réussi CD Mirare MIR 792 – enregistré à Madrid du 26 au 29 décembre 2022… – intitulé « Encores« …

    …

    C’est l’article intitulé « Apostilles » mis en ligne sur son site Discophilia par Jean-Charles Hoffelé le 21 octobre dernier qui m’a fait connaître l’existence, et la valeur, de ce délicieux récital de brèves pièces-cadeaux de fins de concerts chères à ce très délicat pianiste qu’est Luis Fernando Pérez…

    …

    Ce vendredi 24 octobre 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Une parenthèse discographique non jubilatoire pour une fois : découvrir le CD « Pressentiment – Janacek – Schumann – Schoenberg – Brahms » de Claire Désert : à la rencontre fantastique d’une prescience musicale estompée, toute en brumes, d’un tragique à venir et qui viendra…

    La pente de mes goûts musicaux – ainsi qu’existentiels ! – me porte, c’est certain, vers le jubilatoire ; et de la compagnie amicale de certaines musiques, je sais pouvoir en effet compter, à leur meilleur, sur une merveilleuse et fidèle formidable exaltation de joie…

    …

    Cependant je m’autorise ici une petite parenthèse en orientant aujourd’hui ma curiosité musicale et discographique vers le CD Mirare MIR 758 « Pressentiment – Janacek – Schumann – Schoenberg – Brahms » que vient de nous proposer la pianiste Claire Désert – Angoulême, 5 mai 1967 – ,

    suite à ma lecture de l’article enthousiaste – sur ce CD – sorti la plume de Jean-Charles Hoffelé, le 19 juin dernier, et que celui-ci a intitulé rien moins que « Maître-disque » !

    …

    Et peut-être aussi et surtout du fait de ma passion pour l’œuvre de musique de chambre et de piano si étrangement génialissime, et bouleversante, de Leos Janacek, qui me parle beaucoup…

    …

    …

    Et admirez ici, au passage, cette éblouissante vidéo (de 5′ 47) du fantastique mouvement « Pressentiment. Con moto » qui ouvre si sublimement la Sonate « 1. X. 1905 » de Leos Janacek sous les doigts transfigurés et hypnotiques de Claire Désert, en ouverture de cette aventure audacieuse – comme en aveugle et dans le brouillard… – dans l’exploration aventureuse de l’étrange – à la Edgar Allan Poe (1809 – 1849), en ses « Histoires extraordinaires« … – que Claire Désert nous propose – en ce décidément peu banal, extraordinaire, CD – : une exploration musicale hallucinée du « temps suspendu et angoissé du pressentiment« …

    …

    …

    MAÎTRE-DISQUE

    …

    …

    Il y aurait comme une contradiction dans le programme, du moins sur le papier – en effet ! Que viennent faire ici – en ce programme de CD – les Valses Op. 39 de Johannes Brahms ? – on peut d’entrée se poser la question…

    …

    …

    Il suffit d’entendre l’album – intitulé « Pressentiment » – pour comprendre. La porte sur l’autre monde, le monde moderne – terriblement angoissant et angoissé – , qu’ouvre – en 1905 – la Sonate de Leoš Janáček qui fascinait tant Radu Lupu, est l’autre issue de cette maison où dansaient sous le péristyle les Valses de Brahms, que Claire Désert ombre d’une nostalgie, celle du monde d’hier qui sait déjà – en le pressentant musicalement… – celui de demain, manière de boucler la boucle temporelle à l’envers, comme une apostille à ce si beau disque. – dont l’ordre proposé à l’écoute du CD est le suivant : Janacek – 1905, puis Schumann – 1839, Schoenberg –  1909 et enfin Brahms – 1866…

    …

    …

    La tension – tragique – de la Sonate de Janáček est menée a poco, avec un art souverain des gradations, des suspensions, des interrogations, quelque chose de schubertien – délicat et lumineux donc… – dans ces paysages de brouillard et de glace, tout un imaginaire qui me donne envie de l’entendre parcourir le Sentier, se perdre dans les Brumes – qui suivront pour Janacek – , mais non, elle aura choisi les si difficiles Nachtstücke, en trouvant l’étrange poésie où paraît déjà – en 1839 – l’ultime Schumann, ce dont elle a la prescience dans son jeu empli de fantômes – voilà ! : plutôt loin des tropismes de mon univers personnel, donc, si je puis et ose dire….

    …

    …

    Merveille triste – voilà ! – qui prépare aux directions perdues, à la nuit sans lune de l’Opus 11 où Schönberg s’approche de la raréfaction, et des éclipses que Webern poursuivait sous ses yeux, cycle génial qui échappe souvent à ceux qui n’en voient pas le sous-texte : Claire Désert nous le fait entendre. Brahms peut – lui aussi – venir, mais il ne nous consolera pas – serait-ce là masochisme ?.. – ; le pari de cet opus singulier – qu’est ce CD – , l’un des achèvements de l’art de la pianiste, est remporté.

    …

    …

    LE DISQUE DU JOUR

    …

    …

    Leoš Janáček (1854-1928)

    …
    1.X.1905 – Sonate pour piano en mi bémol mineur,
    JW 8/19

    …

    …
    Robert Schumann
    (1810-1856)

    …
    4 Nachtstücke, Op. 23

    …

    …
    Arnold Schönberg
    (1874-1951)

    …
    3 Klavierstücke, Op. 11

    …

    …
    Johannes Brahms
    (1833-1897)

    …
    16 Valses, Op. 39 (version pour piano seul)

    …

    …

    Claire Désert, piano

    …

    …

    Un album du label Mirare MIR758
    …

    …

    Photo à la une : la pianiste Claire Désert – Photo : © Jean-Baptiste Millot

    …

    …

    Une expérience fantastique – et infernale : à la Dante, après Virgile… – , et à l’inverse exact du jubilatoire – qui exalte et que j’aime arpenter et fréquenter… – , qui bouleverse très effectivement…

    …

    Une petite parenthèse, en effet, comme j’avais commencé par dire, et qui fait frissonner…

    …

    …

    Ce lundi 23 juin 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Elargir-approfondir, à l’occasion, la connaissance-jouissance, du jeu de piano du magnifique Lukas Geniušas : ses CDs « Chopin – Mazurkas – Sonate n°3 » et « Debussy – Hahn – Stravinsky » avec le violon d’Aylen Pritchin : un immense pianiste…

    Le samedi 18 novembre 2023,

    mon article « Le son intensément profond de Lukas Genušias dans la version originale de la Sonate N°1, Op. 23, en 1907, de Sergei Rachmaninoff : une chaleur qui brule… » témoignait du choc de ma profondeur d’admiration pour le jeu de piano intensément marquant du jeune Lukas Geniušas (Moscou, 1er juillet 1990)…

    …

    …

    Or, hier, chez mon disquaire préféré, et quasi par hasard – en jetant un rapide coup d’œil sur le stock renouvelé des CDs dépréciés – ,

    Kairos m’a donné l’opportunité de saisir 2 CDs de ce magnifique interprète publiés un peu auparavant, en 2020 et 2022 – et qui avaient donc à leur publication échappé à mon attention : je n’avais pas encore été touché par le marquant talent (ou le génie?) interprétatif  de ce pianiste… – ,

    les CDs Mirare MIR 508  « Lukas Geniušas – Chopin – Mazurkas – Sonate n°3 » – cf l’article « A demi » de Jean-Charles Hoffelé en date du 15 septembre 2020 –, et Mirare MIR 572 « Debussy – Hahn – Stravinsky – Aylen Pritchin violon – Lukas Geniušas – piano » – cf l’article « La Sonate du Faune » du même Jean-Charles Hoffelé en date du 28 octobre 2022…

    …

    Chopin comme Reynaldo Hahn me parlent…

    …

    …

    Et le plaisir de ce jeu profond, à la fois intense et doux, de cet interprète infiniment sensible qu’est Lukas Geniušas, me séduit et me touche : j’aime décidément ce piano-là…

    …

    …

    Ce mardi 20 mai 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa