Étiquette : littérature

  • Entre « Toute la nuit » et « Sarinagara » (de Philippe Forest) : l’imbécillité du succès _ ce qui se découvre dans « Philippe Forest _ une vie à écrire »

    M’étant procuré ce jour le volume qui vient de paraître des Actes du colloque international (14-16 janvier 2016) intitulé Philippe Forest _ une vie à écrire,

    …

    je découvre avec surprise _ mais pas étonnement ! _ certaines circonstances qui ont fait et font que Sarinagara _ qui est celui des livres de Philippe Forest que j’ai lus, qui m’a le moins plu _ un grand succès de vente,

    à la différence de Toute la nuit

    _ le chef d’œuvre de l’auteur, selon moi ;

    cf en une note de mon article du 15 avril dernier («  « ), à propos des livres « de ma prédilection« , ceci :

    …

    « René de Ceccatty (en son Enfance, dernier chapitre),

    Philippe Forest (en son absolument déchirant et torturant Toute la nuit),

    Mathias Enard (en son immense et génialissime Zone),

    le grand Imre Kertesz (en ce terrifiant sommet de tout son œuvre qu’est Liquidation),

    William Faulkner (l’auteur d’Absalon, Absalon !),

    Marcel Proust (en cet inépuisable grenier de trésors qu’est sa Recherche…),

    et quelques autres encore parmi les plus grands ;

    …

    mais pourquoi ne sont-ce pas les œuvres souveraines et les plus puissantes des auteurs qui, via de telles médiations médiatiques, se voient le plus largement diffusées, commercialisées par l’édition, et les mieux reconnues, du moins à court et moyen terme, du vivant des auteurs, par le plus large public des lecteurs ? Il y a là, aussi, un problème endémique des médiations culturelles et de ses vecteurs, pas assez libres de l’expression publique de leurs avis, quand ils sont compétents, car, oui, cela arrive ; mais bien trop serviles, au final, dans leurs publications, inféodés qu’ils se sont mis à des intérêts qui les lient, bien trop exogènes à l’art propre : j’enrage…« .

    Soit la question même que je désire ici aborder.

    …

    …

    Or voici ce que je découvre ici même :

    …

    Pages 300 et 301,

    et à propos de ses livres traduits,

    ces déclarations de Philippe Forest lui-même face au dilettantisme de la plupart des lecteurs :

    …

    « Mes livres sont traduits dans une dizaine de pays _ mais souvent seul un titre ou deux est disponible, en général L’Enfant éternel et Sarinagara, car sans un prix littéraire il est rare qu’un éditeur fasse _ courageusement, et selon un vrai goût ! _ l’acquisition des droits pour un roman français _ tiens, tiens !  C’est tout dire des critères des choix éditoriaux… Je n’ai pas étudié la question, mais il me semble bien qu’il en va ainsi : n’importe quel roman primé _ aussi insignifiant qu’il soit (hélas !)  _ se trouve automatiquement _ par pur réflexe algorithmique en quelque sorte _ traduit dans un grand nombre de langues quand beaucoup de chefs d’œuvre restent en rade à tout jamais _ voilà le barrage de plomb qu’opposent à la culture véritable et le commerce de l’édition et les médias qui s’en font les complices… Existent cependant d’heureuses exceptions !…

    (…) Je ne désespère pas de devenir un jour un auteur à succès _ dit-il avec humour. Mais il est vrai que je n’en prends pas le chemin. Mes livres passent parfois pour trop « littéraires » _ pas assez fun pour le commun des lecteurs (« indiligents« , dirait Montaigne... Les lecteurs se plaignent de la difficulté qu’ils éprouvent _ les malheureux _ à entrer dedans. Ils ne sont pas assez dans l’air _ de la gaudriole _ du temps. (…)

    Je crois surtout _ je veux croire peut-être _ que l’expérience du deuil à laquelle je reste fidèle depuis le début et dont je traite d’une manière qui la rend irrécupérable _ voilà _ au regard des fausses valeurs _ de dilettantisme et de fric _ qui règnent dans le monde, continue à éloigner de mes livres le plus grand nombre des lecteurs, soucieux d’ouvrages plus distrayants et consolateurs » _ et tout est dit là.

    …

    …

    Mais je remarque aussi, à la page 314, dans la section intitulée « Chronologie de l’auteur« ,

    ceci :

    …

    « Mars 1999 : parution de Toute la nuit dans la collection « Blanche » des Éditions Gallimard. Philippe Sollers _ à qui le livre avait été présenté _ n’a pas souhaité que l’ouvrage paraisse dans sa collection _ tiens donc… L’info est tout à fait précieuse !.. Teresa Cremini en assure la publication. Malgré de bonnes critiques, le livre passe inaperçu _ Nietzsche : « Je hais les oisifs qui lisent« … A l’occasion de sa traduction, il obtiendra en 2007 le prix Grinzane Cavour décerné chaque année à Turin aux trois meilleurs romans étrangers parus en italien ».

    …

    …

    Un panorama édifiant du monde du livre _ et de ses principaux prescripteurs _ tel qu’il fonctionne…

    …

    …

    Reste aussi le fossé qui sépare,

    et ce dès l’origine,

    l’auteur _ sauvage et ravageur _ de Toute la nuit,

    et l’univers _ hyper-hédoniste et cérébral _ de Philippe Sollers et des siens…

    …

    Philippe Forest, lui, est un faux carriériste ; et un vrai écrivain,

    travaillé au corps _ jusqu’à la chair et l’os _ par son sujet.

    …

    …

    Ce samedi 5 mai 2018, Titus Curiosus – Francis Lippa

    …

    …

    Post-scriptum :

    …

    …

    Sur Philippe Forest,

    …

    cf mes deux articles des 19 septembre et 28 octobre 2010 :

    &  ;

    …

    et sur Philippe Sollers,

    …

    cf mon article du 31 octobre 2012 :

    …

    …

    Les écrivains qui ont ma prédilection sont ceux de la chair

    et de la poiesis ;

    pas ceux des étais-poutres toujours trop lourds et inadéquats de la theoria.

    …

    La poiesis étant la voie unique _ et nécessairement risquée, et courageuse _ de l’entrée dans la chair…

  • A lire : la biographie d’Elsa Morante, par René de Ceccatty

    Telle une suite-complément

    à ses très riches et passionnantes biographies de

    Pasolini (1922 – 1975),

    Alberto Moravia (1907 – 1990)

    _  et aussi Maria Callas (1923 – 1977)… _,

    …

    René de Ceccatty publie, aux Éditions Tallandier, une nouvelle biographie d’un italien majeur de la culture du XXe siècle,

    en l’occurrence, aujourd’hui, Elsa Morante (1912 – 1985) :

    Elsa Morante : une vie pour la littérature…

    …

    …

    Ce mercredi 28 mars 2018, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Le merveilleux entretien avec René de Ceccatty à propos de ce chef d’oeuvre qu’est « Enfance, dernier chapitre » et de sa traduction fluide de « La Divine comédie » de Dante

    En attendant la mise au point de ma part sur ce chef d’œuvre absolu qu’est Enfance, dernier chapitre

    …

    _ cf cette remarque de ma part à divers correspondants :

    …

    « Si vous trouvez à disposer, dans votre surcharge de travail, de 52 ‘ (pour  Enfance, dernier chapitre : un chef d’oeuvre !) et de 30’ (pour la traduction de La Divine Comédie),
    je vous assure que vous ne perdrez pas votre temps à l’écoute de ce magnifique entretien !

    …

    René de Ceccatty, parfaitement humble, est gêné quand je dis que cet Enfance, dernier chapitre est le plus beau livre français de la décennie en cours, celles des années 2010,
    mais je vous prie de me croire : ce n’est pas du tout là exagération de gascon !!!

    …

    Les précédents très grands livres des deux décennies précédentes furent
    Zone, de Mathias Enard (paru en août 2008),
    et L’Enfant éternel (1897) et Toute la nuit (1999) de Philippe Forest _ que complète l’essai puissant qu’est Tous les enfants sauf un (en 2007 ; essai qui a été traduit en italien par notre amie commune, à René de Ceccatty et moi-même, la romancière magnifique qu’est Elisabetta Rasy, l’auteur de La Première extase et d’Entre nous).

    …

    Un des drames de la culture vraie de l’époque présente
    est la disparition de médias culturels qui soient fiables sur la qualité des œuvres (devenus d’interchangeables « produits ») :
    tout est vendu au commerce le plus décérébré, qui ne veut raisonner qu’en chiffres de profit du tiroir-caisse…

    …

    Bonne écoute !  » _,

    …

    voici un lien au merveilleux entretien que nous eumes le 27 octobre dernier, dans l’ambiance feutrée et l’excellente acoustique du Studio Ausone, René de Ceccatty, et moi-même, Francis Lippa,

    à propos,

    d’une part (et pour 52′), de ce chef d’œuvre absolu _ je persiste et je signe ! _ qu’est Enfance, dernier chapitre _ et dont le titre initial devait être Le Paysage intérieur : déjà pris… : mais Enfance, et dernier chapitre, étaient déjà les titres des 2 parties de ce prodigieux livre, de respectivement 396 et 25 pages… _, paru en janvier 2017 aux Éditions Gallimard ;

    et, d’autre part (et là pour 30′), de la traduction par René de Ceccatty de ce chef d’œuvre fondateur au moins de la littérature italienne _ et de la littérature européenne ! _  La Divine Comédie, de Dante, parue ce mois d’août 2017, directement en édition de poche, en Points-Seuil.

    …

    Écoutez le podcast de cet entretien : les voix parlent vraiment !

    Et elles vous parleront _ là où et quand règne le bruit assourdissant des bavardages vides, inconsistants… Le désert.

    …

    Titus Curiosus, ce mardi 28 novembre 2017

  • La casse de l’école (et des humanités) : le regard de Martha Nussbaum dans « Les émotions démocratiques »

    Dans son Les Émotions démocratiques _ comment former le citoyen du XXIe siècle ?,

    la philosophe américaine Martha Nussbaum nous propose l’expertise très fine de son expérience des enjeux d’enseignement (et pédagogies ad hoc) aux États-Unis, mais aussi en Inde,

    pour porter la lumière sur les liens (très étroits !) existant,

    très fondamentalement,

    entre formation du citoyen d’une authentique _ et pas simili ! à la mode des populistes haussant la voix et poussant de hauts cris !!! ils ne manquent pas d’air !.. _ démocratie _ à rebours des casses populistes, au service des menées des ultra-libéraux en faveur de la réduction des individus à des réflexes (les plus rapides possible !) à des compulsions d’achat (selon ce qui est (très vite, et le plus possible sans réflexion critique) estimé utile et agréable) primaires… _

    et enseignement et pédagogie de la complexité : à destination de tout un chacun s’initiant à l’intelligence du réel, c’est-à-dire, un peu plus précisément, le monde, les autres, les œuvres les mieux humaines…

    …

    Et cela, à l’heure de la casse à laquelle se livrent de par le monde, et tout spécialement en France, les serviteurs serviles (et grassement stipendiés ! eux, « ils le valent bien » !) de l’anti-démocratie

    au service des réducteurs de tête très efficaces du grand commerce _ cf l’excellent L’Art de réduire les têtes _ sur la nouvelle servitude de l’homme libéré, à l’ère du capitalisme total, de Dany-Robert Dufour _,

    à rebours de l’entreprise d’initiation à la compréhension un peu subtile (et vraie !) de la complexité du réel et de l’attention aux autres (que soi et ses petits intérêts bien égoïstes) :

    que permet, seule, l’imprégnation _ suivie : avec le temps et les moyens d’attention nécessaires que cela, forcément, implique ! _ aux œuvres,

    scientifiques et technologiques, déjà _ non réduites à l’exposé des résumés de quelques résultats : lire ici tout l’œuvre d’Edgar Morin, et les tomes successifs de sa Méthode… _,

    mais plus encore artistiques et littéraires :

    selon une logique (tellement plus subtile !) du qualitatif,

    et pas seulement du (misérablement réducteur !) quantitatif.
    …

    Logique du qualitatif (des humanités !) seule apte à nous faire accéder à la compréhension des autres (ô frères humains !)…

    …

    Voici la quatrième de couverture de ces Émotions démocratiques _ comment former le citoyen du XXIe siècle ?… :

    …

    Une crise silencieuse frappe _ et sape grièvement ! au fil du défilé des jours (et de la crétinisation médiatique (et fun) qui l’accompagne) _ aujourd’hui les démocraties du monde. L’éducation se plie aux exigences du marché de l’emploi, de la rentabilité et de la performance, délaissant la littérature, l’histoire, la philosophie et les arts : les humanités. Pour Martha Nussbaum, l’une des plus grandes philosophes américaines, celles-ci ne sont ni un vestige du passé ni un supplément d’âme pour happy few.

    Dans ce manifeste original et argumenté, Martha Nussbaum montre comment les humanités nous font accéder à la culture des émotions, à l’« imagination narrative ». C’est grâce à l’empathie que nous sommes capables de nous mettre à la place d’autrui, de nous identifier au « faible » au lieu de le stigmatiser, de développer de la compassion et du respect en lieu et place de l’agressivité et de la peur qui naissent inévitablement de la vulnérabilité, et de défendre l’intérêt commun.

    Ce n’est pas à coup de débats d’idées abstraites que s’imposeront l’égalité et la liberté… C’est en formant, par le biais des « émotions démocratiques », le citoyen du XXIe siècle.

    …

    Selon une démarche assez bien partagée outre-Atlantique, et qui mêle exposé des expériences personnelles singulières de l’auteur _ en particulier aux Êtats-Unis et en Inde _, et analyse théorique et factuelle à dimension d’universalité,

    le livre de Martha Nussbaum éclaire excellemment ainsi les enjeux de fond de démocratie et culture des activités tant des créateurs eux-mêmes _ en la puissance effective de leur imaginer se construisant _, que des formateurs des nouvelles générations, afin de donner plein sens à ce qu’est, pour tout homme, une existence vraiment humaine,

    et pas simplement une vie réduite à acheter des produits et services de bien peu de valeur, là où cherchent à s’imposer ce qui veut se faire passer pour le très pragmatiquent utile et le très pragmatiquement agréable…

    …

    Cet article-ci s’inscrit donc, en cette rentrée scolaire (et universitaire), dans la continuité de mon article du 3 septembre : Face à la déculturation : (re-)penser l’école pour apprendre à apprendre à penser (et « bien faire l’homme » !) , sur ces mêmes enjeux civilisationnels !

    Et il y a urgence !…

    …
    Titus Curiosus, ce 16 septembre 2011