Étiquette : magie

  • Musiques de joie : le Bolero idéalement endiablé de Katia et Marielle Labèque dans leur CD basque Amoria, avec les percussions traditionnelles basques du groupe Hegiak de Thierry Biscary

    J’apprécie particulièrement le jeu

    à jamais juvénile _ libre, affranchi de bien des orthodoxies… _ et tout simplement enchanteur

    des sœurs Katia et Marielle Labèque

    …

    _ filles du Dr Pierre Labèque, pédiatre (1917 – 2007) et de la pianiste Ada Cecchi (Viareggio, 18 juillet 1918 – Bayonne, 9 mars 1997) :

    Katia est née à Bayonne le 11 mars 1950 ; et Marielle, à Bayonne le 6 mars 1952 ;

    et leur frère aîné, Jean-Louis, le 16 novembre 1946, à Bayonne lui aussi _ ;

    …

    et tout spécialement, ici, dans leur interprétation, en 2018,

    en un passionnant album intitulé, en basque, Amoria _ soit le CD Deutsche Grammophon / KML 481 7245 ;

    enregistré en divers Studios :

    KML, à Rome,

    Elkar Estudioa, à Donostia (Saint-Sébastien),

    LFO, à Sempere (Saint-Pé-sur-Nivelle)

    et Santa Cruz Auzoa, à Azkoitia _, 

    d’une transcription pour deux pianos, réalisée par Maurice Ravel lui-même,

    de son célébrissime _ un peu à son corps défendant ! _ hypnotique Boléro…

    …

    avec, aussi _ et c’est très important ! _, une adaptation pour des percussions traditionnelles basques

    _ txalaparta, txepetxa, tombera, xilintxak, danborrak, panderoak, atabala… _

    de Thierry Biscary,

    …

    superbement réalisée _ quelles magiques sonorités : c’est tout simplement diabolique ! _ par le groupe Hegiak, composé de Thierry Biscary lui-même, et Eñaut Elorrieta, Harkaitz Martinez de San Vicente, Mikel Ugarte et Ander Zulaika…

    …

    …

    Le résultat est proprement enthousiasmant !

    …

    …

    Ce Boléro, diaboliquement hypnotique,

    étant tout à la fois parfaitement _ comme il se doit, et c’est rédhibitoire ! _ tenu,

    en même temps que, et surtout, idéalement _ voire orgastiquement… _ survolté !

    …

    Et comme tout ce qui résulte d’une part de génie,

    la chose est nécessairement oxymorique...

    …

    …

    Il n’est que de le comparer avec une précédente interprétation _ un peu moins survoltée… _, en 2006,

    des sœurs Labèque

    _ avec Thierry Biscary, déjà, et Gustavo Gimeno : le second aux percussions, et le premier aux « percussions basques« … _

    dans le CD _ KML 1111 _ intitulé tout simplement Ravel  

    _ et c’était là le tout premier CD produit directement par Katia et Marielle Labèque _,

    de cette même transcription par Ravel lui-même de son Boléro, « pour deux pianos quatre mains » (indiquait alors la notice)

    …

    avec _ déjà ! _ une adaptation pour percussions,

     

    réalisée, cette fois précédente-là, en 2006 donc, par Katia et Marielle Labèque elles-mêmes :

    …

    « les percussions étaient jouées par Gustavo Gimeno, et les percussions basques traditionnelles par Thierry Biscary _ précisait plus succinctement la notice…

    …

    Ce Boléro-ci avait été enregistré à la Gustav Mahler Musiksaal du Grand Hôtel de Toblach, à l’acoustique réputée…

    …

    …

    Les sœurs Katia et Marielle Labèque possèdent,

    en leurs interprétations,

    cette part enthousiasmante magique de génie…

    …

    …

    Cette interprétation-ci, de ce CD Amoria, est tout simplement nécessaire !

    …

    …

    Mais à défaut d’accéder à l’interprétation magique du Boléro

    à la fois orgasmique et splendidement tenu

    de ce CD Amoria de 2018,

    …

    voici une vidéo de 4′ 44

    _ seulement ! Et non équivalente, hélas, au bonheur absolu de la prise de son du CD Amoria _

    prise lors d’un concert donné à Marciac le 28 juillet 2017… 

    …

    …

    Ce mardi 21 avril 2020, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Musiques de joie : la merveille absolue et irrésistible des Sonatas de Manuel Blasco de Nebra, par Josep Colom

    Passer de Carl Philipp Emanuel Bach

    (Weimar, 8 mars 1714 – Hambourg, 14 décembre 1788)

    …

    à Manuel Blasco de Nebra

    (Séville, 2 mai 1730, ou 50 ? – Séville, 12 septembre 1784)

    …

    n’a rien, musicalement, d’incongru

    _ cf cet article de Pablo J. Vayon dans le Diario de Sevilla du 24 Avril 2010, en commentaire du CD Manuel Blasco de Nebra de Javier Perianes : « Más cercana a la música galante de un Carl Philipp Emanuel Bach que a la de un Scarlatti, del que sin duda toma también buena nota, las Sonatas de Blasco se dividen en dos tiempos (lento-rápido) y juegan ya con principios formales y armónicos (la tensión tónica-dominante) característicos del Clasicismo, mientras que las Pastorelas añaden un minueto como tercer movimiento. Josep Colom grabó ya una supuesta integral del compositor (Etnos) y recientemente, después de trabajos con instrumentos antiguos de Tony Millán (Almaviva) y Carole Cerasi (Metronome), Pedro Casals (Naxos) y el sevillano Pedro Piquero (Columna Música) han iniciado otras integrales« … _ ;

    …

    non plus que d’associer la musique de ses Sonatas (en 2 mouvements)

    à celles des 555 Sonatas (en 2 mouvements, elles aussi) de son contemporain, aussi, mais en Espagne, lui,

    Domenico Scarlatti

    (Naples, 26 octobre 1685 – Madrid, 23 juillet 1757).

    …

    …

    Manuel Blaso de Nebra : un Domenico Scarlatti un peu pacifié…

    …

    …

    Il se trouve que ma découverte sur mon auto-radio un matin que je me rendais à mon travail, en 1995,

    de cette musique absolument fascinante,

    étrange

    et singulière aussi _ de quel compositeur pouvait-elle bien être le fruit, me demandais-je, en conduisant en l’écoutant se dérouler : Scarlatti ? Boccherini ? CPE Bach ? Haydn ? Mozart ? Mendelssohn ?.. Non, c’était encore tout autre chose !.. _ ;

    …

    d’autant que je n’ai pas réussi à bien saisir, non plus, le nom de son auteur,

    mentionné rapidement à la fin du morceau par le présentateur de l’émission de France-Musique

    _ en tout cas pas un compositeur connu de moi jusqu’alors… ; et probablement un espagnol, m’a-t-il semblé aux sonorités entr’aperçues… _,

    …

    m’a conduit,

    encore fasciné et très intrigué par cette si étrangement belle musique,

    une fois de retour chez moi,

    à rechercher quelle avait été la programmation de ce matin-là sur France-Musique ;

    …

    et c’est alors que j’ai découvert ce nom de Manuel Blasco de Nebra ;

    …

    ainsi que le nom de son merveilleux interprète,

    sur ce CD Mandala 4847 (distribué par Harmonia Mundi) :

    …

    le pianiste catalan Josep Colom

    _ Josep Colom est né à Barcelone le 11 janvier 1947, et il a 73 ans ; Josep Colom est aussi le plus bel interprète, avec Federico Mompou en personne, de l’œuvre si extraordinaire de Mompou (Barcelone, 16 avril 1893 – Barcelone, 30 juin 1987) : cf le coffret Mandala de 4 CDs Monpou L’Œuvre pour piano par Josep Colom… Et écoutez s’il vous plaît sa Musica callada…

    …

    …

    Et tout un chacun peut en juger sur you tube,

    qui met en ligne de quoi écouter l’intégralité (de 56′) de ce magique CD de 6 Sonates (57′ 58) et de 2 Pastorelas (14′ 46)

    de Manuel Blasco de Nebra interprétées par Josep Colom

    _ et lui seul ! Nul ne l’ayant égalé !!! Et certainement pas le sur-évalué Javier Perianes, ni l’insupportable de maniérismes Arkadi Volodos…

    …

    …

    Le rayon disques de la librairie Mollat s’est bien sûr procuré tout aussitôt, en 1995,

    ce CD Mandala 4847 Manuel Blasco de Nebra Obras para tecla / Josep Colom, piano.

    …

    …

    Et durant les longues années que ce CD a continué d’être disponible et distribué _ par Harmonia Mundi _,

    la Librairie Mollat a été le meilleur vendeur en France de ce magique CD :

    …

    car dès que ce CD magique passait sur la platine du magasin,

    nul auditeur ne pouvait lui résister, et le commandait illico presto !

    …

    …

    Une musique de pleine joie !!!

    Un pur enchantement  !

    …

    …

    Ce vendredi 10 avril 2020, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Musiques de joie : la paix radieuse, à dimension d’éternité, du classicisme baroque apollinien d’Arcangelo Corelli, par Enrico Gatti, Gaetano Nasillo et Guido Morini

    Après l’époustouflant versant dyonisiaque

    des virtuosités baroques

    …

    de Carlo Farina (Mantoue, 1600 – Vienne, 1639)

    _ cf mon article du mercredi 1er avril : … _,

    …

    de Heinrich Ignaz Franz Biber (Wartenberg, 1644 – Salzbourg, 1704)

    _ cf mon article du lundi 30 mars : … _,

    …

    ou de Johann Adam Reincken (Deventer, 1643 – Hambourg, 1722)

    _ cf mon article du samedi 28 mars : … _,

    …

    …

    voici l’admirable versant apollinien 

    du Baroque _ romain _ :

    …

    je veux parler du classicisme

    pacifié et radieux

    _ formidablement réconfortant : mais oui !!! _

    d’Arcangelo Corelli

    (Fusignano, 17 février 1653 – Rome 8 janvier 1713

    _ Corelli est inhumé au Panthéon, ou la chiesa Santa Maria della Rotonda : un lieu lui-même magique !

    le plus beau de Rome ! _) ;

    …

    pour lequel j’ai choisi le double CD Arcana A397 de l’Opera Quinta (Sonate a violino et violone o cimbalo)

    par le magnifique _ et toujours parfait ! _ Enrico Gatti, violon,

    et ses amis Gaetano Nasillo, violoncelle,

    et Guido Morini, clavecin ;

    …

    l’enregistrement de ces 12 admirables Sonates de l’Op. 5

    _ qui ont immédiatement fait le tour de l’Europe musicale ! et continuent d’enchanter le monde entier !!! _

    a été effectué à la Badia Cavana, à Langhirano (Parma) du 25 mai au 2 juin 2003.

    …

    …

    Cette interprétation _ de 126′ 30 _ est elle-même la perfection absolue ;

    …

    et irradie une paix profonde

    _ de réconciliation avec tout, ou presque… _

    qui fait un bien fou !!!

    …

    …

    Et c’est là le miracle de la dimension d’éternité

    de quelques œuvres (et interprétations),

    comme ici…

    …

    …

    Ce jeudi 2 avril 2020, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Interpréter les Descentes d’Orphée aux Enfers de Marc-Antoine Charpentier : une parfaite réussite de Vox Luminis et A Nocte Temporis

    Marc-Antoine Charpentier (1643 – 1704)

    me tient tout spécialement à cœur,

    …

    ne serait-ce que par la découverte que je fis d’une partie des musiques crues perdues

    de son petit opéra de 1678 Les amours d’Acis et Galatée,

    sur un livret de Jean de La Fontaine (1621 – 1695)

    _ cf mon livret au CD Un Portrait musical de Jean de La Fontaine, de La Simphonie du Marais dirigée par Hugo Reyne

    (CD EMI 7243 S  45229 2 5),

    un programme de concert et de disque conçu à l’occasion du tricentenaire de la mort du poète en 1995,

    et qui comporte pas mal de bien belle musique de Charpentier…

    …

    Cf aussi les précisions que j’en donne

    en mon article  du 18 avril 2009…

    …

    Cf aussi la note de Catherine Cessac à propos de cette découverte

    à la page 138 de son « Marc-Antoine Charpentier » en l’édition de 2004, chez Fayard…

    …

    …

    Aussi m’est-il hors de question

    de laisser passer le CD Orphée aux Enfers

    des Ensembles Vox Luminis et A Nocte Temporis,

    de Lionel Meunier et Reinoud van Mechelen,

    …

    soit le CD Alpha 566 qui paraît présentement ;

    …

    et comporte Orphée descendant aux Enfers (H.471)

    et La Descente d’Orphée aux Enfers (H.488)

    _ ce dernier petit opéra nous étant hélas parvenu incomplet,

    privé d’un possible Acte 3 des retrouvailles aux Enfers d’Orphée et Eurydice ;

    dont on ignore même si un tel Acte 3 a été composé, puis perdu, ou bien si l’œuvre a été laissée en cet état inachevé par Charpentier lui-même :

    le manuscrit ne comportant aucune indication qui permettrait de trancher quelle a été l’intention du compositeur…

    …

    …

    Une excellente occasion de comparer quelques interprétations de ces œuvres,

    présentes parmi les CDs de ma discothèque.

    …

    …

    Je retrouve ainsi

    le bouleversant CD Ricercar RIC 037011 intitulé Orphée descendant aux Enfers,

    enregistré en 1987

    par l’unique _ et hélas irremplacé _ Henri Ledroit (1946 – 1988),

    un an à peine avant son décès prématuré.

    …

    Ainsi que le CD Erato 063011913-2 de La Descente d’Orphée aux Enfers,

    enregistré en 1995 par Les Arts Florissants,

    avec Paul Agnew en Orphée…

    …

    …

    Autant la version (d’Orphée descendant aux Enfers) du Ricercar Consort est émouvante,

    avec les tempi qui conviennent,

    et bouleversent :

    à fendre l’âme !

    …

    autant la version (de La Descente d’Orphée aux Enfers) des Arts Flo déçoit,

    avec des tempi trop rapides, inadéquats au sujet…

    _ que l’on compare ainsi, pour commencer, l’ouverture primesautière de l’œuvre par les Arts Flo en 1995

    avec l’ouverture, infiniment plus juste, en gravité, par Vox Luminis aujourd’hui… 

    …

    …

    Le présent CD

    des Ensembles Vox Luminis et A Nocte Temporis,

    est, lui, une parfaite réussite !!!

    …

    qui rend parfaitement la tension inhumaine du drame des Enfers,

    et toute la tendresse d’Orphée…

    …
    …

    Bravo !!!

    …

    …

    Les livrets de ces deux œuvres (de 1683 et 1686 ; toutes deux pour Mademoiselle de Guise) de Marc-Antoine Charpentier

    n’indiquent pas le nom du librettiste ;

    …

    mais s’inspirent précisément, les deux, des Métamorphoses d’Ovide :

    au livre X et aux vers 1 à 63,

    …

    avec le choix d’Ixion, Tantale et Tityos _ et non pas Orion, ni Sisyphe _

    comme ombres infernales suppliciées à l’infini, sans terme à venir jamais,

    avec lesquelles dialogue tendrement Orphée, en sa catabase.

    …

     

    …

    À comparer avec la Nekuia du chant XI de l’Odyssée d’Homère ;

    et les Catabases du chant VI de l’Éneïde de Virgile

    et de l’Enfer de la Divine Comédie de Dante.

    …

    …

    « Effroyables enfers« , ne sont-elles pas les premières paroles d’Orphée

    dans l’Orphée descendant aux Enfers (de 1683) ?

    …

    et « Affreux tourments« , celles d’Ixion, Tantale et Titye

    au début du second acte de La Descente d’Orphée aux Enfers (de 1686) ?..

    …

    …

    Auxquelles répondent

    et la « douce harmonie » qui « frappe l’oreille« 

    de Tantale

    dans l’œuvre de 1683 ;

    …

    et « la touchante voix » et « la douce harmonie » qui « suspend le rigoureux tourment« 

    d’Ixion, Tantale et Titye

    dans l’œuvre de 1686…

    …

    Car tel est bien l’extraordinaire efficace du chant d’Orphée

    …

    dont ces œuvres de Marc-Antoine Charpentier nous font, à leur tour, ressentir la magie

    _ au moins pour un moment _

    consolatrice…

    …

    …

    Marc-Antoine Charpentier applique,

    avec la merveilleuse tendresse qui caractérise son art,

    ce qu’il a appris des Oratorios _ sacrés _ de Carissimi à Rome,

    à l’esprit français des soirées intimes chez Mademoiselle de Guise.

    …

    …

    Ce jeudi 23 janvier 2020, Titus Curiosus – Francis Lippa