Étiquette : Manuel Cornejo

  • Une question : pourquoi le choix du prénom de Maurice pour Maurice Ravel ?

    Pour quelles raisons le prénom de Maurice a-t-il été choisi á la naissance à Ciboure le 7 mars 1875  du petit Joseph-Maurice Ravel ?

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    La famille paternelle Ravel de l’enfant est originaire de Savoie et de Suisse, notamment du Valais. Or c’est dans le Valais qu’à été martyrisé, vers 303, sous l’empereur Diocletien, Maurice d’Agone : saint-Maurice.

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    Et c’est le 22 septembre qu’est fêtée la saint-Maurice.

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    Or l’unique lettre retrouvée jusqu’ici de la main de Marie Delouart adressée à son fils Maurice, est datée du 22 septembre 1916, à l’occasion, précisément de cette fête de la saint-Maurice ; elle se trouve à la page 811 de la nouvelle édition de la Correspondance de Maurice Ravel que vient de nous procurer, cette année 2025, Manuel Cornejo.

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    C’est donc d’un saint tout spécialement honoré en Valais, à Saint-Maurice (Agaune), mais aussi en Savoie, à Bourg-Saint-Maurice (en Haute Tarentaise), que Marie Delouart (1840 – 1917) a désiré donner le prénom, originaire par son martyre, en 303, d’une région qui est celle de son mari, Pierre-Joseph Ravel (1832 – 1908)…

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    Une remarque qui éclaire un peu l’incongruité de la mention d’un Joseph-Maurice Ravel (??) comme parrain en absence de l’enfant Maurice Ravel,

    remplacé comme parrain sur les fonts baptismaux de l’église saint-Vincent de Ciboure, le 13 mars 1875, par le cousin cibourien de Marie Delouart, Simon Goyenague (1821 – 1890).

    La marraine de l’enfant étant sa tante maternelle cibourienne elle aussi Gracieuse Billac (1824 – 1897)…

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    Ce mercredi 10 septembre 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Un listing des 10 vidéos d’entretiens de Francis Lippa entre janvier 2017 et avril 2025 ; ou comment essayer modestement et en diverses façons, sur le vif du conférer de l’échange-interlocution, de nourrir un peu, du mieux que nous pouvons, le penser…

    Voici le listing des liens donnant accès à ces 10 vidéos d’entretiens de Francis Lippa,

    7 réalisées à la Station Ausone de la librairie Mollat, 2 à l’Auditorium de la Cité du Vin, et 1 au Théâtre du Port-de-la-Lune, tous à Bordeaux,

    enregistrés entre janvier 2017 et avril 2025 :

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    1) la vidéo de l’entretien du 17 janvier 2017 à l’Auditorium de la Cité du Vin,

    avec le viticulteur Nicolas Joly, à propos de son livre qui fait référence « La Biodynamie« , et de son sublime vin de la Coulée de Serrant…

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    2) la vidéo de l’entretien du 28 mars 2017 à l’Auditorium de la Cité du Vin,

    avec le Conservateur du Patrimoine Stéphane Guégan, à propos de la très belle exposition à la Cité du Vin « Bistrot ! De Baudelaire à Picasso« … 

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    3) vidéo de l’entretien du 7 novembre 2017 au Théâtre du Port-de-la-Lune,

    avec la philosophe, et amie chère, Marie-José Mondzain, à propos de son incisif et si juste « Confiscation _ des mots, des images et du temps« …

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    4) vidéo de l’entretien du 3 mai 2019 à la Station Ausone,

    avec le poète et éditeur, et ami bordelais, Jean-Paul Michel, à propos de son  » Défends-toi, Beauté violente !« …

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    5) vidéo de l’entretien du 23 mai 2019 à la Station Ausone,

    avec l’écrivaine, géniale et ô combien magnifique, Hélène Cixous, à propos de son splendide si tragique et traversé d’humour désopilant « 1938, nuits« …

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    6) vidéo de l’entretien du 25 mars 2022 à la Station Ausone,

    avec le compositeur et musicographe passionnant Karol Beffa, à propos de son très éclairant « L’Autre XXe siècle musical« … 

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    7) vidéo de l’entretien du 22 novembre 2022 à la Station Ausone,

    avec le philosophe bruxellois, et ami, Pascal Chabot, à propos de son clarissime et archi-nécessaire « Avoir le temps : Essai de chronosophie« …

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    8) vidéo de l’entretien du 9 janvier 2024 à la Station Ausone,

    avec le philosophe new-yorkais, passionnant et magnifiquement ouvert, François Noudelmann, à propos de son touchantissime « Les Enfants de Cadillac« …

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    9) vidéo de l’entretien du 16 janvier 2025 à la Station Ausone,

    avec le philosophe, et ami, Bernard Sève, à propos de son absolument magistral – quel grand livre ! Admiration… –  « Les Matériaux de l’art« …

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    10) vidéo de l’entretien du 17 avril 2025 à la Station Ausone,

    avec le formidable musicographe, et ami, Manuel Cornejo, à propos de son indispensable « Maurice Ravel : Correspondance, écrits et entretiens« …

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    Et je ne saurais  manquer d’y adjoindre, même si ce n’est pas une vidéo, le podcast de l’entretien proprement magique du 20 mai 2011, dans les salons Albert-Mollat,

    avec l’immense Jean Clair, à propos de son lumineux « Dialogue avec les morts » : on y perçoit, et admire, ses silences penser : cet entretien, exceptionnel, est tout simplement prodigieux… 

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    L’entretien : mon genre d’expression-interlocution préféré !

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    Pour conférer, et de la manière la plus ouverte et confiante, amicale, possible…

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    À la Montaigne,

    mon voisin d’enfance – passée à Castillon-la-Bataille, sur les bords de la belle Dordogne, avant que je vienne vivre à Bordeaux, auprès de la large Garonne, qu’on disait jadis une mer… – ;

    Montaigne, qui adorait tellement « conférer » avec un interlocuteur de la qualité de son exceptionnel ami La Boétie, qu’au décès soudain de celui-ci, il a entrepris l’écriture – et ré-écriture : « tant qu’il y aura de l’encre et du papier« , et un souffle de vie pour lui, Montaigne a écrit… – de ce qu’il a alors choisi de qualifier, avec une vraie modestie, de simples « essais » – sans majuscule ; car c’est seulement après (mais aussi d’après) ce livre totalement ovni de Montaigne, que l’essai est devenu, avec le philosophe anglais Francis Bacon, un genre philosophique et littéraire suivi… – , afin de tenter, avec les minces moyens du bord qu’il a dû, de bric et de broc, improviser et se trouver alors, et élaborer, de surmonter, par ce bien frêle palliatif de l’imageance féconde malgré tout – quand elle est suffisamment inspirée, du moins… – de l’écrire – en la « librairie«  tranquille de la tour, déjà un peu à l’écart du reste de son château, lui-même protégé par ses solides murailles de la guerre qui faisait rage alors, sur sa butte à l’écart de la grand route qui passe à quelques lieues plus bas, en contrebas, de Montaigne… – la perte si terrible pour lui de son interlocuteur préféré, La Boétie, dont la conversation si vive et si féconde tellement l’enchantait, ainsi qu’elle nourrissait archi-substantiellement – en dialogues permanents avec de très nombreux auteurs de livres savants et profonds : toute la bibliothèque disponible de cette époque de fin de la Renaissance…  – , sur le vif et sur le champ, son lucidissime penser, à la fois  très concrètement pratique et intensément philosophique, en même temps que jouissivement pétillant d’humour gascon…

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    Écrire, un palliatif, en effet ; mais quel prodigieux palliatif  sous la plume archi-vive et si étincelante – quel style ! – , d’un tel Montaigne…

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    Vivent donc les entretiens avec de tels auteurs choisis, de cette magnifique qualité,

    accessibles universellement grâce aux moyens que mettent à notre disposition les formidables technologies – podcasts et vidéos – d’aujourd’hui,

    telles qu’elles sont si bien mises en œuvre par la splendide et très ingénieuse librairie Mollat à Bordeaux ! 

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    Ce mercredi 6 août 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Quelques petits progrès de connaissance luzienne, en partant sur les traces de la carrière de pianiste de la luzienne Hélène Coronado (1890-1982)…

    C’est une question – à propos d’un concert donné par Marguerite Long au Golf Hôtel de Saint-Jean-de-Luz le 17 septembre 1918 – de Martin Cochard – chercheur rigoureux et ouvert, croisé à deux reprises déjà à Ciboure – , avant-hier vendredi 1er août, à 19h 52,

    qui m’a lancé sur la piste de la pianiste luzienne – élève de Marguerite Long au Conservatoire national de musique, à Paris, en 1906... – Hélène Coronado (Lucenay-les-Aix, Nièvre, 29 décembre 1890 – Saint-Jean-de-Luz, 9 octobre 1982) – épouse à Saint-Jean-de-Luz le 20 septembre 1915 de Paul Pléneau (Bordeaux, 11 février 1869 – Saint-Jean-de-Luz 16 février 1949) : tous deux reposent au cimetière luzien d’Aïce Errota, dans le caveau familial d’Edgar Debas (Moulins, 23 mai 1845 – Madrid, 28 décembre 1891) ; un caveau dans lequel repose aussi l’épouse d’Edgar Debas (ils se sont mariés à Moulins le 20 février 1874), Antoinette Coronado (Moulins, 26 octobre 1856 – Olette, 29 juillet 1902) – ;

    Martin Cochard dont je donne ici en exemples quelques brefs extraits de fructueux échanges de courriels, qui ont l’heur de venir compléter en quelque sorte à la marge mes propres recherches raveliennes…
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    De Martin Cochard, vendredi 1er août, à 19h 52 :
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    Cher Monsieur,

    Je crois que vous avez déjà écrit sur le concert qu’a donné Marguerite Long le 17 septembre 1918 au Grand Hôtel – portant alors le nom de Modern Hôtel – à Saint-Jean de Luz.

    Que pouvez-vous m’en dire ? Hélène Coronado, épouse Pléneau, habitait Saint-Jean de Luz à cette époque, et on peut imaginer qu’elle a assisté à ce concert ; je n’ai malheureusement trouvé aucun compte rendu (de presse, par exemple) qui rende compte de l’évènement et précise les noms de quelques personnes de l’assistance.

    Je vous remercie pour l’attention que vous porterez à ma requête.

    Bien cordialement,

    Martin Cochard

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    Voici ma réponse, ce même vendredi 1er août, à 21h 30 :
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    Cher Monsieur,

     

    voici des liens à mes 2 articles concernant ce concert de Marguerite Long donné au Golf-Hôtel de Saint-Jean-de-Luz le 17 septembre 1918, qui vous intéresse,

     
    Dans les deux éditions de la Correspondance de Maurice Ravel réalisées par les soins hyper-méticuleux de Manuel Cornejo, à aucun moment n’apparaît le nom d’Hélène Coronado…
     
    Pourriez-vous m’indiquer les lieux et dates de naissance, mariage et décès d’Hélène Coronado,
    ainsi que ceux de son mari Paul Pléneau (1869- 1949).
    Ainsi que quelques renseignements lmportants dont vous disposez sur elle…
    Hélène Coronado, qui, je crois, a été l’élève aussi du pianiste montois Francis Pianté (Orthez, 2 mars 1839 – Saint-Avit, 19 décembre 1934)…
     
    Si le nom de Francis Pianté apparaît bien 2 fois dans la seconde édition de la Correspondance de Ravel par Manuel Cornejo, une fois, à la page 882, dans une lettre de Debussy à l’éditeur Jacques Durand (écrite de Saint-Jean-de-Luz le 27 septembre 1917), pour dire que Planté n’a hélas pas bien joué, en un concert donné à Saint-Jean-de-Luz, les Jeux d’eau de Ravel, et la seconde fois à la page 2701, parmi les membres de la Chambre syndicale des compositeurs de musique, en 1919 ; en revanche on ne trouve aucune mention d’un quelconque rapport de Maurice Ravel avec Francis Planté…
    D’autre part, dans le journal Le Mémorial des Pyrénées du 16 février 1912, il est fait mention de la participation d’Hélène Coronado à un concert donné au Modern Hôtel de Saint-Jean-de-Luz – aujourd’hui le Grand Hôtel – , notamment dans des pièces pour piano seul (de Liszt) et pour deux pianos (de Weber et Chopin) avec une certaine Mme U. G ; mais aussi comme 2ème violon…
     
    C’est tout ce que pour le moment j’ai pu trouver concernant Hélène Coronado… Et Manuel Cornejo, actuellement en vacances loin de France, est injoignable pour le moment…
     
    Quant au concert donné au Golf Hôtel le 17 septembre 1918, les deux seules pianistes qui y ont joué sont Marguerite Long et Monique Haas. Et pas Hélène Coronado, probablement présente à ce concert dans l’assistance. Mais il est difficile de savoir quel public était là…
     
    À suivre…
    Francis Lippa
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    …
    Puis de Martin Cochard, le samedi 2 août, à 14 h 51 :
    …
    …

    Cher Monsieur,

    un grand merci pour toutes les informations transmises.

    Hélène Coronado épouse Pléneau a bien été aussi l’élève du pianiste Francis Planté.

    Voici les dates et lieux demandés :

    Hélène Coronado : née le 29 décembre 1890 à Lucenay-les-Aix (Nièvre), mariée à Paul Pléneau le 20 septembre 1915 à Saint-Jean de Luz, décédée le 9 octobre 1982 à Saint-Jean de Luz.

    Paul Pléneau : né le 11 février 1869 à Bordeaux, marié à Hélène Coronado le 20 septembre 1915 à Saint-Jean de Luz, décédé le 16 février 1949 à Saint-Jean de Luz.

    Paul et Hélène sont enterrés dans le caveau de la famille d’Edgar Debas au cimetière d’Aïce Errota à Saint-Jean de Luz.

    Bien à vous,

    Martin

    …
    …
    Puis mon envoi de samedi à 15h 33 :
    …
    …

    Merci de vos informations… 

    Et à propos du concert donné au Modern Hôtel à Saint-Jean-de Luz le 20 février 1912, auquel a participé Hélène Coronado alors âgée de 21 ans, je me demande quelle pianiste, possiblement luzienne elle aussi, se cache sous les initiales de Mme U. G. …
     
    Et je me réjouis qu’en échangeant nos amorces de connaissance, nous puissions les faire un peu progresser…
    Francis, à Bordeaux 
    …
    …
    Ainsi qu’un autre envoi de ma part, à 20h 00,
    avec les réponses ponctuelles de Martin Cochard à 22h 49 : :
    …
    …
    Les deux frères Debas, photographes officiels de la famille royale d’Espagne, sont
    Ferdinand Debas (Moulins, 31 août 1842 – Madrid, 21 juin 1914)
    et Edgar Debas (Moulins, 23 mai 1845 – Madrid, 28 décembre 1891), dont l’épouse était Antonia Coronado.
    La mère de ces deux frères Debas s’appelait Dujant.
     
    Lors des obsèques d’Edgar Debas, en 1891 à Madrid, sur une annonce de décès, apparaît aussi le nom de Carlos Coronado : peut-être un frère d’Antonia et un beau-frère du défunt,
    et peut-être père, ou bien oncle, d’Hélène Coronado,
    née le 29 décembre 1890 à Lucenay-les-Aix, dans la Nièvre, un département voisin de l’Allier (et Moulins : le berceau de ces Debas installés ensuite à Madrid…
    Réponse Martin : il s’agit de Charles Coronado, frère d’Antonia et père d’Hélène Coronado.
     
    La « Madame Veuve Debas » qui décède d’une fracture du crane à la fin juillet 1902 dans un accident automobile au Pont d’Olette, était dite « propriétaire à Saint-Jean-de-Luz »…
    Réponse Martin : Edgar Debas avait fait construire une villa dans le quartier d’Aïce Errota de Saint-Jean vers le milieu des années 1880. Cette maison, qui était nommée « Villa Antonie » sans doute en raison du prénom de l’épouse, se trouve aujourd’hui au 11, rue François Rabelais.
     
    Et avec elle, en cet accident, se trouvait son neveu « M. Jayme, négociant photographe à Biarritz (au Port-Vieux) »
    (dixit une information du Mémorial des Pyrénées – ici je fais erreur : l’article où apparaît ce nom de « M. Jayme » est en fait celui de la Gazette de Biarritz, Bayonne et Saint-Jean-de-Luz du 1er août 1902)…
    Réponse Martin : je n’avais pas trouvé cet article, merci ! En revanche, je n’ai rien lu concernant M. Jayme dans le numéro du Mémorial des Pyrénées du 1er août 1902. Merci de me dire où je me suis trompé.
     
    Cette Mme Vve Debas serait-elle Antonia Coronado, probablement enterrée ensuite au cimetière d’Aice Errota, dans le caveau dit d’Edgar Debas, à Saint-Jean-de-Luz ?
    Réponse Martin : Mme Vve Debas est bien Antonia Coronado et est enterrée au cimetière d’Aïce Errota avec son mari Edgar Debas. 
    Et ce neveu, sorti, semble-t-il, quasi indemne de l’accident, serait-il Jayme (ou en français Jacques) Coronado ?..
    Qui pourrait être un frère (ou un cousin) d’Hélène Coronado ?
    Réponse Martin : Hélène a eu trois frères qui ne portaient pas le prénom de Jacques. Aucune fiche Généanet ne donne le détail des enfants de ses oncle et tante.
    …
    …
    Et mon envoi suivant, ce dimanche 3 août, à 7h 42 :
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    …

    Il existe 3 versions (divergentes hélas !) de l’accident où est décédée Madame Veuve Debas, au pont d’Olette le 29 juillet 1902, dans 3 journaux :

    …

    _ la Gazette de Biarritz, Bayonne et Saint-Jean-de-Luz du 1er août 1902 : « En automobile »
    Dans cet article, il est dit que « Mme veuve Debas, de Saint-Jean-de-Luz, M. Jayme, négociant, photographe à Biarritz (Port-Vieux) et une autre personne faisaient une promenade en automobile quand une fausse manoeuvre les jeta contre le parapet du pont. Mme Debas a eu le crane brisé et mourut presque instantanément. M. Jayme a eu un poignet brisé et les deux pouces arrachés. »…
    …
    _ le Mémorial des Pyrénées du 1er août 1902 : « Saint-Jean-de-Luz – grave accident d’automobile »
    Dans cet article, il est dit : « Mardi après-midi, Mme veuve Debas, propriétaire à Saint-Jean-de-Luz, faisait une promenade en automobile accompagnée de son neveu et un ami. Au pont d’Olette, la machine maladroitement manoeuvrée alla heurter l’angle du pont et fit immédiatement bascule. Mme Debas est morte quelques instants après l’accident ; son neveu a eu les deux bras brisés. » …
    …
    _ et la Dépèche du 2 août 1902 : « Accident mortel d’automobile »
    Dans cet article, il est dit que « Monsieur Bourguignon, rentier à Saint-Jean-de-Luz, faisait une promenade en automobile en compagnie de Madame veuve Debas et de son neveu âgé de 16 ans. 
    (…) Monsieur Bourguignon a eu les poignets brisés. Quant au neveu de Mme Debas, il en a été quitte avec quelques égratignures. Quant au troisième voyageur, malgré la secousse et une frayeur bien légitime, il a pu donner les ordres nécessaires pour envoyer une voiture aller chercher un médecin et un landau pour ramener les blessés.»
     
    … 
    Décrypter ces 3 versions divergentes de l’accident, et ce qu’elles affirment des 3 passagers de la voiture, serait assurément intéressant !
    J’en retiens surtout que le neveu (Coronado probablement) était âgé de 16 ans ; et donc né vers 1886…
    Hélène Coronado étant née, elle, le 29 décembre 1890.
    Et ce 29 juillet 1902 de l’accident mortel de sa tante Antonia, Hélène Coronado avait 11 ans…
     
    …
    Il serait donc intéressant d’en apprendre davantage sur les 3 frères d’Hélène Coronado, dont celui qui fut présent à l’accident au pont d’Olette le 29 juillet 1902…
    Ainsi que sur Charles Coronado, le frère d’Antonia, et sa présence à Saint-Jean-de-Luz ou Biarritz ou Bayonne à cette époque… 
    …
     
    Sur les concerts repérables donnés par Hélène Coronado,
    _ pour celui donné au Modern Hôtel à Saint-Jean-de-Luz le 20 février 1912 , consulter l’article du Mémorial des Pyrénées du 19 février 1912 :
    _ et pour celui donné à la Sala Navas (à Madrid probablement…) le 23 décembre 1912, consulter l’article d’El Pais du 24 décembre 1912 :
    …
     
    Et sur les brillantes carrières professionnelles des frères Ferdinand et Edgar Debas (avec mention des noms de leurs veuves), consulter le riche travail de Juan Antonio Fernandez Rivero et Maria Teresa Garcia Ballesteros «Los Hermanos Debas : fotografos de corte en las monarquias alfonsinas » :
     
    À suivre…
     
    Bien à vous,
     
    Francis Lippa
    …
    …
    Et ce nouvel envoi de ma part, ce dimanche matin 3 août à 11h 15 :
    …
    …

    Les parents d’Hélène Coronado (née à Lucenay-les-Aix (Nièvre) le 29 décembre 1890), sont Charles Marie Isidore Coronado, né à Moulins (Allier) le 23 décembre 1854, et Marie Madeleine Goetz, née à Saverne (Bas-Rhin) le 7 novembre 1860 ; il se sont mariés à Paris 6e le 8 avril 1886.

    Et les 3 frères d’Hélène Coronado sont :
    _ Charles Antony Coronado, né à Paris le 17 juin 1885 ;
    _ Charles Emile Alexandre Coronado, né (j’ignore où) semble-t-il en 1887 (sans plus de précision) ;
    _ Pierre Edgard Coronado, né à Bressay (Allier) le 18 décembre 1889…
    …
    La vraisemblance conduit à penser que le neveu de Mme Veuve Debas (née Camille Hélène Antoinette Félicie Coronado, le 26 octobre 1856 à Moulins), qui était présent (et âgé de 16 ans) lors de l’accident qui a coûté la vie à sa tante le mardi 29 juillet 1902 au pont d’Olette, était Charles Antony Coronado, né à Paris le 17 juin 1885, l’aîné des 4 enfants de Charles Marie Isidore Coronado et sa future épouse, alors, Marie Madeleine Goetz…
    Antonia Coronado (veuve d’Edgar Debas) et son frère Charles Marie Isidore Coronado étaient deux des 3 enfants de Jean Alphonse Coronado (né à Ciudad Real le 21 octobre 1815) et son épouse Suzanne Alix Touzain (née à Saint-Pourçain sur Sioule le 27 septembre 1830 ; et qui décédera à Moulins le 24 octobre 1870), lesquels s’étaient mariés à Moulins le 15 novembre 1847.
    …
    Voilà où j’en suis de mes recherches sur cette famille Coronado, d’origine espagnole (Jean Alphonse Coronado est né à Ciudad Real le 21 octobre 1815), venue s’installer au Pays basque, après leur long séjour (très prospère !) à Madrid, probablement suite à la construction, par Edgar Debas, dans les années 1880, de la Villa « Antony » (ou « Antonie ») dans le quartier d’Aice Errota à Saint-Jean-de-Luz ; Edgar Debas qui décèdera à Madrid le 28 décembre 1891 d’une maladie pulmonaire, mais sera enterré dans le caveau qu’il avait fait construire au cimetière d’Aïce Errota à Saint-Jean-de-Luz…
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    Je remarque aussi qu’il est possible que la succession, par achat, de la brillante entreprise madrilène d’Edgar Debas par son concurrent Pedro Calvet, en 1902 – celui-ci résidait juste en face ! – , soit tout simplement consécutive au décès d’Antonia Coronado, veuve Debas, au pont d’Olette, le 29 juillet 1902…
    Demeure la question : pourquoi ce choix d’Edgar Debas madrilène, de faire bâtir une villa à Saint-Jean-de-Luz ?..
    Cela pourrait-il avoir un rapport avec Charles Marie Isidore Coronado, le frère de son épouse Antonia ?
    Même si celui-ci est né à Moulins en 1854,
    a eu son flls aîné Charles Antony à Paris en 1885 ;
    s’est marié avec Marie Madeleine Goetz, la mère de son fils, à Paris 6e en 1886 ;
    a eu leur second fils Charles Emile Alexandre en 1887, mais j’ignore où celui-ci est né ;
    a eu leur troisième fils Pierre Edgard à Bressay (Allier) en 1889 ;
    et leur fille Hélène, enfin, à Lucenay-les-Aix en 1890,
    il faut convenir que jusqu’alors, en 1890, nulle attache n’apparaît pour ceux-ci en Pays basque.
    …
    Cependant, dès avant le décès accidentel, le 29 juillet 1902, de sa soeur Antonia veuve Debas,
    Charles Coronado et sa famille (qui seront domiciliés ensuite à la Villa « Antonie » du quartier d’Aice Errota à Saint-Jean-de-Luz : par exemple le 3 juin 1912, au moment du mariage, à Paris, de leur troisième fils Pierre Edgard Coronado), résident bien déjà, semble-t-il au pays basque : ainsi ai-je pu relever que le fils aîné de Charles Marie Isidore Coronado, Charles Antony Coronado, passe en juin 1901 le bac (mention Bien) au lycée de Bayonne…
    …
    Voilà ce que pour le moment, en cherchant sur le web, j’ai réussi à glaner…
    À suivre…
    Francis Lippa
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    …
    Et c’est ainsi, par de tels échanges de précisions de tels micro-détails, que la connaissance progresse pas à pas avec efficacité et justesse…
    …
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    Ce dimanche 3 août 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa
  • La genèse luzienne du Trio de Maurice Ravel : au « travail » (ou « au turbin ») chez les Gaudin, au 41 rue Gambetta, puis à la Pension Ongi Ethori, 23 rue Sopite, de mars à août 1914…

    Une très intéressante lettre de Maurice Ravel à Annette Bibal-Gaudin, du 1er février 1914, plante excellemment le décor de la genèse luzienne du Trio :

    « Chère Madame Gaudin, Je ne vous ai pas encore souhaité la bonne année. Aussi ai-je pris la résolution , si cela ne vous dérange pas, d’aller vous la souhaiter de vive voix. J’ai plusieurs choses à terminer, et, à Paris, c’est devenu impossible – voilà ! Depuis le matin, les gens viennent me distraire sous les prétextes les plus différents et les plus inutiles. J’en ai assez – de cette « distraction« -là, de ces « dérangements » venant importuner le travail même des œuvres, la priorité sacrée du compositeur… J’avais résolu d’aller dans les environs de Paris, mais j’y serais tout aussi dérangé. Il faut que je mette au moins 800 kilomètres – voilà  ! – entre les aimables et fâcheux visiteurs et moi – et Saint-Jean-de-Luz est idéalement à même d’offrir cette concentration nécessaire à ce travail sacré « des choses à terminer » demeurant en chantier pour Maurice Ravel. Et on sait combien parfois de très longues années durant sont ainsi demeurées en chantier, sur le papier et en la tête, bien des œuvres, et des œuvres majeures, de Maurice Ravel, entre une idée soudainement jaillie d’inspiration de départ et l’achèvement de cette œuvre, parfois sous le coup de demandes un peu pressantes de quelques commanditaires… Pouvez-vous me recevoir pendant un mois ? Dites-moi franchement si cela vous cause le moindre embarras. Si, comme je le souhaiterais, cela ne vous dérangeait pas trop, je partirais aussi vite que possible, mardi soir par exemple » – le 3 février.

    ..

    La lettre suivante publiée par Manuel Cornejo en son édition de la Correspondance de Maurice Ravel, et adressée à l’ami Cipa Godebski, en date du 14 février suivant, est effectivement rédigée au domicile des Gaudin, 41 rue Gambetta, à Saint-Jean-de-Luz ; et si cette lettre-là n’évoque pas encore le prochain « Trio« , elle indique tout de même ceci de bien intéressant pour une autre œuvre à venir, et déjà en gestation à Saint-Jean-de-Luz, elle aussi (!), « Le Tombeau de Couperin » – une œuvre dont le titre apparaît pour la première fois dans la Correspondance de Ravel seulement le 2 janvier 1915, en une lettre à Theodor Szántó (pianiste et compositeur hongrois (1877-1934), et ami de Ravel, qui fit découvrir à celui-ci les musiques de ses compatriotes Béla Bartók et Zoltán Kodály, excusez du peu !..  Alors que l’allusion à une « transcription« , par Ravel, d’une forlane de Couperin (Louis Couperin (ca.1626-1661) ; et pas son neveu François (1668-1733) !) est déjà présente dans la lettre à Cipa Godebski dont je vais maintenant citer un passage, et qui est en date, cette lettre, du 14 février 1914, soit presque un an auparavant la formulation de ce titre, « Le Tombeau de Couperin« , pour les pièces de cette ci-devant « suite française » pour le piano commencée d’être composée à Saint-Jean-de-Luz, au domicile des Gaudin, 41 rue Gambetta ; une lettre dans laquelle Ravel avait dit « transcrire » une forlane de Couperin. Et c’est ainsi que le titre « Le Tombeau de Couperin » fait référence à l’admirable auteur de « Suites françaises » pour le clavier (dont fait partie le sublime « Tombeau de Monsieur de Blancrocher« …) qu’est le merveilleux Louis Couperin, qui fut bien présent, en chair et en os, à Saint-Jean-de-Luz, en 1659, parmi la troupe des musiciens officiant aux noces royales de Louis XIV et l’Infante Marie-Thérèse, dans la tribune de  l’église saint-Jean-Baptiste de Saint-Jean-de Luz, lors de la cérémonie de ce mariage : ce que peut-être Maurice Ravel savait, même si le nom de Louis Couperin n’est pas explicitement présent dans sa Correspondance, telle du moins qu’elle a été jusqu’à’ici retrouvée… – :

    « Excusez-moi : j’étais en plein turbin… alors… (…) Je travaille fenêtres ouvertes, par un temps de printemps. Parfois un petit cyclone, une averse. Le lendemain, il n’y paraît plus rien – et c’est bien là le mode de fonctionnement du temps disons « météorologique » de cette côte basque natale de Maurice Ravel, où il est fort utile d’avoir en permanence à portée de sa main un parapluie ; l’ondée, vite emportée par les vents de l’Atlantique, ne durant pas très longtemps non plus… Entretemps, je turbine – « je turbine« , « en plein turbin« , ce sont-là des mots et des expressions qui reviennent souvent sous la plume de Maurice Ravel, dont le père, Joseph, était ingénieur – à l’intention du pape : vous savez que cet auguste personnage (…) vient de lancer un nouvelle danse, la forlane. J’en transcris une de Couperin – voilà, voilà ! Et c’est probablement ici la merveilleuse forlane du très proche à venir, et à Saint-Jean-de-Luz même, « Tombeau de Couperin« , qui vient ici pointer un tout premier petit bout de son nez !..  Je vais m’occuper à la faire danser au Vatican par Mistinguett et Colette Willy en travesti – et ce qui bondit ici, c’est l’humour volontiers anti-clérical de Maurice Ravel (et sa  famille)… Ne vous étonnez pas de ce retour à la religion : c’est l’atmosphère natale qui veut ça. Voici l’Angelus. Je dégringole pour aller dîner« …

    …

    C’est seulement le 19 mars suivant, alors que Maurice Ravel loge chez ses amis Gaudin 41 rue Gambetta, que dans une lettre à son amie Ida Godebska, Ravel évoque pour la première fois en sa correspondance le Trio pour piano, violon et violoncelle qu’il commence alors à composer :

    « Songez que j’ai passé 36 heures devant ma table de travail sans prendre autre chose que du bouillon aux œufs. Je travaille maintenant au Trio – sans davantage de présentation ni explication ici de sa part : il a probablement déjà dû en parler… – et vous demande de le proclamer, afin que l’on se doute aussi peu que possible que j’ai passé ces derniers temps à autre chose – Rapport à Durand – l’éditeur de Ravel : l’éditeur serait-il donc suspicieux ?.. – , vous comprenez« …

    …

    Et deux jours plus tard, le 21 mars, en une lettre à son amie Hélène Kahn-Casella, Ravel écrit ceci :

    « Je travaille au Trio malgré le froid, la tempête les orages, la pluie et la grêle » – contre vents et marées, en quelque sorte, et à l’abri des importuns…

     

    Puis, le 25 mars, et toujours en la demeure des Gaudin, c’est à son éditeur Jacques Durand cette fois que Maurice Ravel s’exclame :

    « J’ai terminé le 1er morceau du Trio – Modéré. Les autres – qui seront au nombre de trois : Pantoum, Passacaille et Final ; et le Trio sera achevé à Saint-Jean-de-Luz le 30 août 1914… – semblent bien se présenter. …et cela par un temps spécialement affreux » – peu propice à céder aux tentations des distractions locales…

    …

    Et à son amie Ida Godebska, ce même 25 mars – et toujours « turbinant » rondement… –  :

    « Mon Trio, dont le premier mouvement est achevé, ne me permet pas de le laisser refroidir » – ici, c’est l’œuvre qui commande et dicte le tempo…

    …

    Et encore à la même Ida Godebska trois jours plus tard, le 28 mars, évoquant à nouveau son Trio :

    « Je rentre de Lyon ici – à Saint-Jean-de-Luz, chez ses amis Gaudin – , pour travailler au Trio, que je veux achever avant de revenir à Paris » – un retour qui n’adviendra qu’à la mi-novembre 1914 ; le Trio étant, lui, achevé à la fin du mois d’août ; mais entre-temps aura surgi la guerre, renversant tout…

    …

    Le 8 avril suivant, Maurice Ravel est de retour à Saint-Jean-de-Luz d’un voyage-éclair à Lyon et Genève, et réside toujours chez les Gaudin, au 41 rue Gambetta, ainsi qu’en témoignent deux lettres adressées à Hélène Kahn-Casella, le 8 avril  et le 10 avril, la seconde envoyée depuis Fontarabie : « Je suis dans la joie. On se croirait en plein été. La procession arrive (ça vaut la peine)« … 

    …

    …

    Mais c’est ensuite à la Pension Ongi Ethori, 23 rue Sopite – et plus chez ses amis Gaudin, 41 rue Gambetta – , que, de retour depuis Paris à Saint-Jean-de-Luz le 20 juin suivant, Maurice Ravel a choisi de s’installer, afin de travailler, pour le terminer, à son Trio, comme l’indiquent deux lettres adressées le 24 juin, l’une à son éditeur Jacques Durand :

    « l’installation – à la Pension Ongi Ethori, avec un piano qu’il a fallu y faire venir – est terminée. Je vais me mettre au travail : pour me mettre en train, j’ai déjà commencé à faire des gammes«  – le compositeur veut chaque fois rassurer son éditeur ! –  ;

    …

    et l’autre à son frère Edouard Ravel :

    « Je vais te demander de m’envoyer tous les cadres à tourniquet qui sont dans ma chambre, dans le salon et peut-être dans l’antichambre. Je veux parler uniquement des petits, qui contiennent des estampes simples – 6, je crois -, Tu mettras dans le même colis toutes les estampes de format simple. Et aussi les gravures représentant des costumes de différents pays, que je voulais emporter, et que je n’ai pas eu le temps de chercher. Elles doivent se trouver dans ta chambre, sans doute dans l’armoire. C’est tout pour cette fois. Mais fais vite : le roi d’Espagne a manifesté le désir de visiter mon studio et je tiens à le bien recevoir » – finalement le roi d’Espagne ne viendra pas rendre visite à Maurice Ravel… – , ainsi que : « Maman est à Ciboure – et ici c’est un détail bien intéressant qu’on apprend au passage : c’est à Ciboure que réside donc à ce moment Marie Delouart-Ravel (1840-1917) en cet été 1914 ; mais où et chez qui ? : chez un parent, tel que les Goyenague ? à la Pension Anchochury, de sa lointaine cousine Marie-Dominique Anchochury (Ciboure, 11 août 1840 – Ciboure, 16 octobre 1918) ? Ce serait bien précieux pour nous, qui nous intéressons à la parenté basque de Maurice Ravel et sa mère, de le découvrir… – et t’embrasse,

    moi aussi »,

    …

    Et le 28 juin, sa lettre à Cipa Godebski recommence à évoquer le Trio, via le contexte – un peu trop distrayant, l’été venu… – de villégiature et de festivités, qui menace d’un peu trop près le travail d’achèvement de ce Trio – dont le 1er mouvement, Modéré, a été terminé dès le 25 mars précédent, au domicile des amis Gaudin… – :

    « J’ai commencé à travailler au Trio malgré les réjouissances de la St-Jean : hier, feux devant l’église et sur la place. Celui-ci, laïque, augmenté de pyrotechnies et à la même heure que l’autre, pour embêter le clergé. Demain, toro de fuego.(…) Je descends dîner, il y a des muchurdiñac – des rougets – , et il ne faut pas que ce soit trop cuit.« 

    …

    Et le 30 juin, à Lucien Garban – (1877-1959), son condisciple au Conservatoire et ami, que Ravel qui fera entrer en 1919 aux Editions musicales Durand – :

    « Voilà une dizaine de jours – le 20 juin précisément – que j’ai quitté Paris (…) 35° au moins y aidant, je travaille au Trio et à Zazpiac Bat – pas mal d’éléments de cet ambitieux projet symphonique basque (« Zazpiak Bat » signifie littéralement « les sept provinces font une« ), plus tard abandonné, seront repris et intégrés au magistral Concerto (en sol)… – , malgré les nombreuses réjouissances : pelote basque, feux de la St-Jean, toros de fuego, et autres pyrotechnies. Les jeux d’eau sont pour après-demain. L’établissement des bains de mer n’ouvre que le 1er juillet, et j’attends ce jour-là avec une impatience que la température rend légitime. (…) Ma mère – présente, donc, mais à Ciboure, elle – vous envoie son bon souvenir« . 

    …

    Le 4 juillet suivant, à son confrère compositeur et ami Alfredo Casella, Ravel précise, toujours à propos de ce travail qu’il a en chantier :

    « Ici (la chaleur) est supportable, parce qu’il y a la mer – et puis après tout j’aime ça. Je travaille : il y a des jours où ça ne vient pas ; d’autres où j’espère augmenter du double un bagage si faible en comparaison de Nouguès – un compositeur (1875-1932) sur la prolixité duquel les plaisanteries étaient alors monnaie courante… Je travaille même le piano : à mon retour, je donne un récital.« 

    …

    Et le 18 juillet, à Hélène Kahn-Casella :

    « Malgré le beau temps, voici trois semaines – c’est le 20 juin que Ravel, de retour à Saint-Jean-de-Luz, s’est installé à la Pension Ongi Ethori 23 rue Sopite…  – que le Trio n’avance pas, et me dégoûte. Mais aujourd’hui, je me suis avisé qu’il n’est pas si nauséabond… et le carburateur – toujours ce vocabulaire d’ingénieur qui plaît à Ravel – est réparé« …

    …

    Et encore le 20 juillet, à Edwin Evans – (1874-1945) critique musical anglais – :

    « Je suis installé ici – à la Pension Ongi Ethori – depuis un peu plus d’un mois – le 20 juin précisément – , et tâche d’y mener à bonne fin mon Trio, pour me mettre aussitôt à d’autres œuvres – le travaillant déjà : les pièces de ce qui deviendra « Le Tombeau de Couperin« , mais d’autres œuvres encore, dont « La Cloche engloutie« , laissée définitivement en plan, et le poème symphonique « Wien« , qui deviendra, lui, en 1920 « La Valse« , autre sublime chef d’œuvre… Car je profite des vacances pour rattraper les fatigues inutiles et le temps perdu à Paris » – où il ne supporte plus de demeurer, trop dérangé qu’il y est dans son travail suprêmement exigeant de composition : Ravel est perfectionniste.

    …

    Et le 28 juillet, à Lucien Garban :

    « C’est affreux : on ne voit plus le soleil ; il fait froid. Le Trio s’en ressent, qui stagne« …

    …

    Et surtout à Jacques Durand – son vigilant éditeur – , le 31 juillet :

    « Je continue à travailler, assez lentement encore, il est vrai, mais plus sûrement. Je compte sur la participation du temps qui se remet au beau. Ce matin j’ai repris mes ébats nautiques qui, je l’espère, vont émoustiller l’inspiration » – un angle admissible, en effet, du point de vue de l’éditeur…

    …

    Et toujours à l’éditeur Jacques Durand, cette lettre, le 2 août, particulièrement intéressante sur les divers projets musicaux alors en cours de Maurice Ravel – probablement là en réponse directe à des remarques de celui-ci, en tant que commanditaire et donneur d’ordres… – :

    « Pourtant – à quelle remarque critique ou exigence de son éditeur Ravel répond-il ici ? – , je me sentais en une période féconde de production. Tout en m’acharnant au Trio – ce que pourrait lui reprocher l’éditeur ?.. –  d’autres œuvres, pièces de piano, poèmes symphoniques, étaient en projet : de nombreuses notes m’en sont témoin – Ravel éprouvant ici un assez étonnant besoin de se justifier. C’est du devoir – impérieux, certes – de reconnaissance qui me lie étroitement à vous – par contrat et par amitié, les deux… – que je veux parler. IL est le seul qui m’ordonne de m’incliner – voilà ! – devant votre décision, quelle qu’elle soit : vous n’avez qu’un mot à m’envoyer : j’abandonnerai tout aussitôt mon Trio – bigre ! rien que cela : renoncer à son Trio !.. – , et les autres choses – les poèmes symphoniques, probablement… – , et vous confectionnerai tant de morceaux de piano– nous y voilà donc !!! Telle est donc la priorité éditoriale de Jacques Durand ! – que vous désiriez. J’y mettrai assez de conscience, ou à défaut assez d’habileté, pour que mon éditeur et ami ne soit pas trop mécontent » – c’est donc d’œuvres pour le piano que Jacques Durand a en priorité besoin : mais Maurice Ravel y souscrit aussi avec les pièces qu’il met au point de sa « suite française » pour piano… C’est que Ravel, très inventif et original, a toujours plusieurs fers au feu, dont certains n’aboutiront à la réalisation finale que de longues années de maturation plus tard ; c’est ainsi que sa création fonctionne…

    …

    Le 1er août 1914, la guerre est déclarée. Voilà qui change tout !

    …

    Je cite ici un extrait de la lettre du 3 août suivant à l’ami Cipa Godebska :

    « Depuis avant-hier … ce tocsin, ces femmes qui pleuraient , et surtout l’enthousiasme horrible de tous ces jeunes gens… _ et tous les amis qui ont dû partir, et dont je n’ai point de nouvelles… Je n’en peux plus : ce cauchemar de toutes les minutes est trop atroce. Je crois que je vais devoir fou… ou que je vais céder à l’obsession… – de se faire engager aux armées, d’une façon ou d’une autre. Vous pensez que je ne travaille plus ? Je n’ai jamais autant travaillé avec une rage plus folle, plus… héroïque« …

    …

    Et le lendemain 4 août, cette lettre à son ami aussi Maurice Delage :

    « Oui, je travaille ; et avec une sûreté, une lucidité de fou. Mais, pendant ce temps, le cafard travaille aussi, et tout à coup me voilà à sangloter sur les bémols ! Naturellement, quand je descends et que je me trouve devant ma pauvre maman – elle est présente, non loin celui, de lui, à Ciboure ou à Saint-Jean-de-Luz, cet été -là 1914… – , il faut que j’aie l’air calme, sinon rigolo… vais-je pouvoir continuer ? Voilà 4 jours que cela dure, depuis le tocsin« …

    …

    Puis, le 12 août, ce bref extrait de lettre à Jacques Durand :

    « Il faut que mon Trio – le travail sur ce satané Trio se poursuit donc : Ravel ne l’abandonne pas… – soit très bien : sais-je si ce ne sera pas une œuvre posthume ? »…

    …

    Et le 19 août, cette déclaration à Maurice Delage à propos du Trio :

    « En tout cas, je termine toujours mon Trio – œuvre posthume ? – « … 

    …

    Et encore le 29 août, à Alfredo Casella, cette fois :

    « Je termine mon Trio«  – avec toujours ce possessif significatif : Ravel y tient, à son Trio ! Et à très juste titre, il s’y « acharne« …

    …

    Jusqu’à cette déclaration à Jacques Durand, ce même 29 août 1914 :

    « Cher ami, je termine demain mon Trio, 3 ou 4 jours pour le recopier.

    Est-il prudent – et utile – de l’envoyer ? Où ?

    Dès la semaine prochaine, j’irai me présenter à Bayonne » – afin , pour Maurice, antérieurement réformé, d’essayer de se faire engager…

    …

    Et puis, ces deux missives suivantes, le 8 septembre, à Ida Godebska :

    _ « Chère amie,

    Comme vous le prévoyiez, mon aventure s’est terminée de la façon la plus ridicule : on ne veut pas de moi parce qu’il me manque 2 Kilogs.

    Avant de me rendre à Bayonne, j’ai passé un mois – le mois d’août 14 – à travailler du matin au soir, sans seulement prendre le temps d’aller prendre un bain de mer. Je voulais terminer mon Trio que j’ai travaillé en œuvre posthume. Cela ne veut pas dire que j’y ai prodigué le génie, mais bien que l’ordre de mon manuscrit et des notes qui s’y rapportaient permettaient – en cas de son décès – à tout autre – tel un Lucien Garban, par exemple – d’en corriger les épreuves – Maurice Ravel a seulement le souci de sa postérité : par son œuvre…

    Tout cela est inutile : il n’en résultera qu’un trio de plus – est-ce là vrai désespoir ? ou fausse modestie ? – , un échange de correspondance inopportun… et une amitié de moins – peut-être est-ce là allusion aux frictions du compositeur avec son éditeur Jacques Durand, peu favorable, semblait-il, à la réalisation de ce satané Trio par Ravel, et lui préférant des œuvres pour piano, plus faciles à vendre  pour lui…  Je ne compte pas les 2 jours de fièvre qui ont suivi mon retour de Bayonne, et dont j’ai pensé crever. Me voici dans l’inaction : Je ne me sens plus le courage de me remettre au travail. – ce ne sera cependant pas tout à fait le cas : le travail sur la « suite française » pour le piano, à la François Couperin (clairement évoquée dans la lettre à Cipa Godebski le 14 février précédent), et qui s’intitulera mais un peu plus tard, pas tout de suite, « Le Tombeau de Couperin » (ce titre de « Tombeau » pouvant être venu à Ravel au moment plus tardif des dédicaces aux amis tombés au champ d’honneur, les uns après les autres au fil des années de la guerre) qui a déjà été commencé, donc, bien avant le déclenchement de la guerre, au mois de février 1914, chez les Gaudin, va continuer à se poursuivre à la Pension Ongi Ethori, et a été « aux 3/4 »  accompli, déjà, à Saint-Jean-de-Luz cet été et ce début d’automne 1914, dira plus tard, en l’achevant en 1917 à Lyons-la-Forêt, Maurice Ravel… Mais on comprend fort bien combien ces temps si horribles de guerre, avec tous ces morts et toutes ces destructions, ont pu très gravement troubler Maurice Ravel en son travail musical… J’espérais me consacrer aux blessés transportés à Saint-Jean-de-Luz« … ;

    …

    et le 9 septembre à Jacques Durand :

    _ « Mon cher ami,

    Avez-vous reçu la carte dans laquelle je vous demandais si je devais envoyer mon Trio ? Je pense qu’il serait encore moins prudent, et moins nécessaire, de vous le faire parvenir dans les circonstances actuelles. (…) Je vais tâcher de me remettre au travail – et ce sera au moins pour partie fait : « aux 3/4 » du moins pour les 6 pièces (« Prélude« , « Fugue« , « Forlane« , « Rigaudon« , « Menuet« , « Toccata« ) qui constitueront au final, en 1917, « Le Tombeau de Couperin« … – , malgré toutes les préoccupations qui me hantent.

    (…)

    Si ceci vous parvient, veuillez me répondre à ce sujet – il s’agit ici de la situation pécuniaire très difficile des Ravel… – et à celui du Trio » – Ravel y tient décidément beaucoup… Et c’est de fait un immense chef d’œuvre…

    …

    La note de bas-de-page n°2, aux pages 587-588 de la nouvelle édition Gallimard – collection Tel de la Correspondance de Maurice Ravel par les soins de Manuel Cornejo, précise très judicieusement les 4 premières dates d’exécution de ce Trio en la mineur pour piano, violon et violoncelle de Maurice Ravel, qui lui a coûté tant d’efforts…  :

    …

    _ à la mi-novembre 1914, dès son retour de Saint-Jean-de-Luz à Paris, Maurice Ravel, propose une interprétation par lui-même au piano du Trio, en présence de Jacques Durand, son éditeur… ;

    ..;

    _ puis, peu après, au domicile privé du violoncelliste Joseph Salmon, a lieu une première audition privée de ce Trio de Ravel par Alfredo Casella au piano, George Enesco au violon, et Joseph Salmon au violoncelle ;

    …

    _ le 28 janvier 1915, à la salle Gaveau à Paris, se produit la première audition publique du Trio, par Alfredo Casella au piano, Gabriel Willaume au violon et Louis Feuillard au violoncelle ;

    …

    _ et enfin, le 20 mai 1915, une seconde audition publique du Trio a lieu encore Salle Gaveau, par Alfredo Casella au piano, George Enesco au violon, et André Hekking au violoncelle…

    …

    …

     Et maintenant, je vais pouvoir en venir à ce que l’on peut induire de la Correspondance accessible de Maurice Ravel à propos du second chef d’œuvre « aux 3/4 » réalisé  en 1914 à Saint-Jean-de-Luz, au 41 rue Gambetta, au domicile des amis Gaudin, puis au 23 rue Sopite, à la Pension Ongi Ethori, je veux dire cette « suite française » pour piano seul que Ravel intitulera « Le Tombeau de Couperin« , et qu’il achèvera, pour le dernier de ces quarts, après sa démobilisation, en 1917, à la Villa Le Frêne, à Lyons-la-Forêt – un autre lieu paisible propice et même nécessaire à la création – , au domicile de sa marraine de guerre, Madame Fernand Dreyfus (1871-1958) – le « Menuet » de ce « Tombeau de Couperin » étant dédié à Jean Dreyfus (1896-1917), décédé au champ d’honneur à Roncourt (Somme) le 14 octobre 1917, beau-fils de Madame Fernand Dreyfus…

    …

    À suivre, par conséquent…

    …

    …

    Ce lundi 21 juillet 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa