En forme de suite un peu fouillée à mon très simple hommage d’hier 1er septembre 2025, « De vraies voix : le beau mot de rentrée de Colette Lambrichs, sur son chemin…« , et en m’étant demandé au passage de ma lecture qui était ce Pierre Stapf cité par Colette Lambrichs – et, en cherchant un peu, j’ai découvert qu’il est né à Berlin le 12 janvier 1998 – ,
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voici que ce mardi 2 septembre, je désire donner aussi accès à un manifeste splendide de Colette Lambrichs, paru le 9 décembre 2020 sur le blog « Sous les pavés la plume » de Martine Roffinella
en un article passionné et passionnant intitulé « Pleins feux sur les Editions du Canoë !« , dans lequel la très belle écriture de Colette Lambrichs présentait le sens puissant de la poursuite de son activité d’édition au Canoë…
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J’ai expliqué précédemment à Martine Roffinella, qui a eu la gentillesse de m’inviter sur ses plateformes, dans quelles conditions sont nées les Éditions du Canoë. Je ne vais pas y revenir. Ce qui m’importe aujourd’hui, c’est comment donner de la visibilité – voilà – aux textes que je publie, comment leur permettre d’atteindre leurs lecteurs – voilà ! – , et cela m’amène tout naturellement à parler d’édition d’une façon plus large et de la place du livre, et plus généralement de l’écrit dans la société actuelle – dont les enjeux sont tout simplement vitaux pour le devenir et le sens même de la civilisation…
Je pense depuis longtemps qu’il y a une confusion volontairement entretenue – ah ! ah ! -, inscrite dans les mots « livre » et « édition », lesquels signifient en même temps le support et le contenu pour le premier, une technique de multiplication d’un texte et un métier pour le second – des distinctions fort bienvenues…
Qu’y a-t-il de commun entre le bottin du téléphone et un recueil de poèmes, entre la Bible et Comment soigner mes varices ?
Les seuls points communs sont les procédés d’impression et l’argent généré par ce qu’on a définitivement enfermé dans le vocable « produit ».
Il fut un temps où on disait : « le livre n’est pas un produit comme un autre », mais la mise en coupe réglée de toute marginalité économique- voilà – a abouti au fait que le livre est un produit comme un autre, soumis à la concurrence, aux lois de la distribution commerciale, à celle de la publicité, bref à la loi du plus fort – voilà, c’est dit ; et je rappelle que ce texte a été écrit en 2020, pas en 2025 où nous en mesurons un peu mieux les dégâts qui nous atteignent plus directement…
Il fut un temps en France, dans les années qui ont suivi 1968, où « les œuvres de l’esprit » – art, littérature, philosophie, poésie – jouissaient d’un prestige qui n’était pas lié à l’argent ; plus : qui se moquait et méprisait l’argent. Les gens de ma génération ou de celle qui m’a précédée s’en souviennent encore – oui !
Ces temps sont révolus. L’Amérique que je haïssais pour sa mercantilisation de tout – voilà ! – s’est installée en France, a gangréné les esprits – oui – et va peut-être – et nous y sommes déjà – aboutir – par ses décérébrations divertissantes accélérées – à un illettrisme de masse – voilà ! – , généré tant par la pauvreté d’une partie toujours plus grande de la population, que par la privatisation rampante – et accélérée, sans complexes – de l’enseignement – ici aussi, cela se mesure un peu mieux aujourd’hui – et par la généralisation des pratiques digitales, induites par les technologies de pointe – tout cela est très lucidement perçu et magnifiquement clairement dit ici.
Dans ce contexte, à quoi peut rêver une petite maison d’édition – campée-retranchée dans la petite ville médiévale fortifiée de Bourg-sur-Gironde… – telle que le Canoë ?
Cela va vous paraître ridicule, prétentieux, mégalomane mais elle a déjà publié, peut, veut et va continuer à publier le meilleur – oui ! Car le meilleur est destiné, malheureusement, aujourd’hui, à un petit nombre – qualifié d’élitistes – de lecteurs passionnés qui ne se résolvent pas à acheter – en suivistes aveugles et décérébrés – des livres parce qu’ils se trouvent sur une quelconque liste – chiffrée – de meilleure vente. Ce sont des fouineurs – voilà , de vrais curieux de ce qu’ils ne connaissent pas encore, et ont l’appétit gourmand de découvrir vraiment… – , alertés par des libraires indépendants – quand (et tant que…) il en reste : cela aussi, c’est une culture… – qui ne se sont pas soumis aux pressions des grands distributeurs.
Les Éditions du Canoë ne sont pas les seules à avoir cette ambition. D’autres petites maisons, aux chiffres d’affaires – ah les chiffres ! ah les affaires ! – méprisés par les grands groupes, sortent des chefs-d’œuvre – rien moins, voilà ! C’est là qu’il faut aller – mais oui ! – chercher – sans guère de boussole , étant donné ce que deviennent les médias inféodés et stipendiés… – son bonheur – de vrai lecteur… Car la lecture d’un bon livre, d’un vrai livre, c’est du bonheur garanti – absolument ! et librement ! non panurgique…
Les Éditions du Canoë sont diffusées et distribuées par Paon et Serendip, une équipe de jeunes gens, filles et garçons, qui appliquent réellement les règles d’un commerce équitable, ne placent pas des titres dont les libraires ne veulent pas, lisent – vraiment, mais oui !.. – les livres qu’ils diffusent, veillent à ne pas s’endetter, choisissent les éditeurs qu’ils représentent, ne travaillent pas avec Amazon. Des mises en place parfois trop petites mais pas de retour et l’estime générale de leurs clients – voilà, voilà…
Depuis leur création en 2017, les Éditions du Canoë ont publié – jusqu’en décembre 2020 – vingt livres. Vous les trouverez sur le site des éditions du Canoë.
Certains me demandent : « Mais quelle est votre ligne éditoriale ? »
Elle est aussi fluctuante – et ouvert ! libre ! – que l’est ma curiosité – une fondamentale vertu, dico Titus Curiosus ; cf l’article de présentation de mon blog en date du 2 juillet 2008 : « Le Carnet d’un curieux« ) ; et il n’a pas vieilli… J’adhère pleinement à ce qu’écrivait Simon Leys, grand esprit que je ne me lasse pas de fréquenter, dans Le Bonheur des petits poissons : « Les distinctions de genres – romans et histoire, prose et poésie, fiction et essai – sont conventionnelles et n’existent que pour la commodité des bibliothécaires – et des maniaques des classements étanches… Les romanciers sont les historiens du présent, les historiens sont les romanciers du passé, et tout écrit qui présente une certaine qualité littéraire aspire essentiellement à être poème. » – comme c’est juste !
Et Colette Lambrichs passe ici en revue ce qu’étaient en 2020 ses chantiers d’édition. Je passe donc directement à la conclusion de ce superbe manifeste…
Je ne suis pas en manque de matière. Ce serait plutôt le contraire. Mes journées et une partie de mes nuits s’y envolent. Mais après tout, n’est-ce pas le signe de la passion ? – autre vocable bien sûr fondamental ; versus l’intérêt… Pascal Quignard le dit si bien dans L’Homme aux trois lettres : « Lire n’est pas rêver mais lire est comme rêver en ceci qu’il perd le temps » – au profit d l’éternité qui s’y atteint et gagne, mais oui ! Lire ici Spinoza… – et, plus loin : « C’est le temps enchanté. »
Pour m’aider dans cette entreprise, un jeune étudiant talentueux et brillant qui fit d’abord un stage dans la maison, Pierre Stapf, y travaille maintenant plusieurs heures par semaine pour ma plus grande joie. Je ne parle pas de Charoux, mon compagnon intransigeant et doux qui dévoile ce qu’il pense des livres que je publie sur Instagram. Il ne mâche pas ses mots !
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Pierre Stapf. Photo : ©HalimaMoldi.
Pour le reste, je demeure fidèle à ce qui est exposé dans le liminaire des Enseignements de la Peinture du jardin grand comme un grain de moutarde – composé en Chine entre 1682 et 1701 par des artistes et des érudits dont la passion dominante était l’admiration de l’Antiquité – , qui s’applique à toute discipline : « Pour ce qui est d’étudier la peinture, les uns préfèrent la complexité, les autres, la simplicité. La complexité est mauvaise, la simplicité est aussi mauvaise. Les uns préfèrent la facilité, les autres, la difficulté. La difficulté est mauvaise, la facilité est aussi mauvaise. Les uns considèrent comme noble d’avoir de la méthode, les autres, de ne pas en avoir. Ne pas avoir de méthode est mauvais. Rester entièrement dans la méthode est encore plus mauvais. Il faut d’abord observer une règle sévère ; ensuite, pénétrer avec intelligence toutes les transformations. » – soit conquérir par l’effort, combinant avec fluidité et élégance si possible, culture et imageance, sa liberté…
Le logo du Canoë a été dessiné par Julio Le Parc, qui le premier m’a fait confiance dans cette nouvelle aventure. Je ne l’oublie pas.
Colette Lambrichs et Pierre Stapf. Photo : ©HalimaMoldi.
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Voilà !
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Les enjeux de l’écriture, de l’édition-diffusion, et de la lecture par de vrais lecteurs de vrais livres, exprimant des voix vraies, est ainsi tout simplement, à son apparemment toute petite échelle d’abord de la personne, rien moins que civilisationnel ;
comme les enjeux de l’école et des divertissements vulgaires inféodés qui de toutes parts, et non innocemment, la cernent et menacent de Laurine et détruire…
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Résister à ces diverses menaces mortifères est le combat – contre les assauts insidieux et les plus souriants possibles, forcément, du nihilisme mercantile – , de chacun, à sa modeste place…
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Ce mardi 2 septembre 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa





