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  • « L’Indignation, une passion morale à double sens » : un appendice à l’anthropologie politique de Michaël Foessel

    Mardi dernier 4 août, Michaël Foessel,

    maître de conférences à l’Université de Bourgogne,

    et conseiller de la direction de la Revue Esprit,

    et auteur des très remarquables La Privation de l’intime _ mises en scènes politiques des sentiments, paru en octobre 2008 aux Éditions du Seuil,

    et État de vigilance _ Critique de la banalité sécuritaire, paru en avril 2010 aux Éditions Le Bord de l’eau,

    et qu’il a présenté dans les salons Albert-Mollat le mardi 18 janvier dernier, dans le cadre de la saison 2010-2011 de la Société de Philosophie de Bordeaux _ dont voici un comte-rendu (avec podcast intégré de la conférence) : Sur un lapsus (« Espérance »/ »Responsabilité ») : le chantier (versus le naufrage) de la démocratie, selon Michaël Foessel… _

    …

    vient de publier dans la rubrique Rebonds de Libération,

    un excellent article,

    qu’il me plaît de répercuter ici,

    avec de légers _ espérons ! _ commentaires :

    …

    L’indignation, une passion morale à double sens

    …

    Le titre du best-seller de l’année 2010 (Indignez vous ! de Stéphane Hessel) est paradoxal. On s’est étonné qu’un homme parvenu à un tel âge prodigue des leçons de révolte ; en réalité, le mystère est d’abord grammatical : peut-on conjuguer la colère à l’impératif ? Parler de l’indignation comme d’un devoir, c’est oublier qu’il s’agit d’une passion et que l’on ne commande pas aux sentiments comme aux pensées. Exiger d’une personne qu’elle s’indigne apparaît aussi peu censé que de l’obliger à aimer ce qu’elle avait tenu jusqu’ici pour insignifiant.

    …

    Pourtant, d’Athènes à Madrid, c’est sous la bannière de l’«indignation» que les manifestants se sont regroupés. Que les Indignés aient investi des places publiques démontre _ au moins par l’exemple _ qu’il existe entre la politique et certains sentiments un rapport privilégié. L’indignation ne se commande pas, mais une révolution ne se décrète pas non plus, elle advient à la manière d’un événement imprévisible. Les Indignés ont montré que cet événement révolutionnaire, même lorsqu’il ne se déploie pas jusqu’à son terme, a d’abord lieu dans les consciences.

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    Pour que l’inédit devienne possible, il faut que le monde tel qu’il va apparaisse intolérable. Or, l’indignation est une passion morale : elle saisit sur un mode affectif la différence entre ce qui est _ selon l’ordre du fait _ et ce qui devrait être _ selon l’ordre du droit. C’est là sa supériorité sur la raison dont la tendance _ la pente native _ consiste à tout expliquer _ c’est-à-dire justifier _ : les plans d’austérité par le poids de la dette, les licenciements par les exigences de compétitivité ou les politiques sécuritaires par les risques terroristes. Les peuples s’indignent lorsque ces raisons _ alléguées _ ne suffisent plus à convaincre. Dès lors, ce n’est pas seulement la psychologie des hommes qui change, mais leur perception _ factuelle, hic et nunc _ du monde. Les excès _ = abus _ du pouvoir apparaissent _ enfin _ en plein jour et les appels à se montrer «raisonnables» sont perçus _ alors _ comme des provocations cyniques _ intolérables.

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    L’indignation est une manière nouvelle de regarder _ et juger _ le réel. Ceux qui éprouvent cette passion ne voient pas toujours _ au-delà de l’appréciation _ ce qu’il faudrait faire _ pratiquement _, ils perçoivent en revanche très clairement ce qui ne peut plus _ de droit _ durer. Rien de surprenant, puisqu’on entre dans le problème de la justice à partir de l’expérience _ ressentie, éprouvée _ de l’injustice. On a raison de faire de l’indignation le point de départ de la résistance : les indignés se retrouvent, sans le vouloir, dans le camp des adversaires de l’ordre établi.

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    Loin de tout lyrisme révolutionnaire, l’indignation constitue un critère négatif pour l’action publique _ étatique. Comme l’écrit Spinoza : «N’appartiennent pas au droit politique _ = sont illégitimes _ les mesures qui soulèvent l’indignation générale.» Rien ne permet de dire qu’une mesure politique est juste _ = légitime _ parce qu’elle est voulue par la majorité _ légale. En revanche, une loi qui suscite la réprobation de tous _ soit, le peuple ! _ est nécessairement _ le peuple étant (en droit) souverain ! _ injuste _ illégitime ! On peut _ de fait _ gouverner par la crainte ou par l’espérance _ ou encore avec l’apathie des gouvernés _, pas en transformant le peuple en une armée _ soulevée _ d’indignés _ nous en avons un exemple aujourd’hui en Syrie…

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    L’indignation est une passion pour notre temps. Elle correspond à une époque qui ne croit plus dans les utopies positives _ de modèles d’État-société à construire : cf Ernst Bloch, Le Principe-Espérance ; ou Cornelius Castoriadis, L’Institution imaginaire de la société _, mais est encore _ pour longtemps ? _ capable de se montrer sensible aux injustices les plus criantes _ quand celles-ci arrivent à être encore ressenties… Dans des démocraties désenchantées et en crise, il est devenu difficile de communier _ dynamiquement _ autour de valeurs positives. Faute d’«avenir radieux», il nous reste la certitude _ encore révoltante _ que le présent est inacceptable.

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    Si l’indignation désigne le sentiment d’une dignité _ voilà le terme crucial : cf Kant : les Fondements de la métaphysique des mœurs _ perdue et à reconquérir, elle demeure pourtant une passion triste _ non tournée vers l’accomplissement d’un épanouissement, selon Spinoza. Détournée de son sens _ de rétablissement de la justice contre l’injustice factuelle éprouvée et avérée _, elle mène au lynchage autant qu’à la révolution. Aux deux, parfois. On _ le quotidien (répété) de la majorité des médias à l’appui de certains pouvoirs qui y cherchent une justification _ nous somme de nous indigner devant les faits divers _ dont l’avènement médiatique fut celui de la presse du XIXe siècle _ plutôt que _ voilà l’opération de détournement _ devant les injustices collectives, au risque d’entrer dans une recherche _ de mentalité magique _ du bouc émissaire. «Indignez-vous !», c’est aussi le discours des politiciens sans scrupule qui présentent _ comme le torero au taureau la muleta _ le port de la burqa ou les fraudes aux minima sociaux comme les véritables objets du scandale _ et pas les détournements de fonds à grande échelle (surtout très opportunément légalisés ; et inscrits durablement dans les mœurs). Le citoyen d’aujourd’hui est invité quotidiennement à la révolte, mais à condition que celle-ci demeure particulière _ et pas générale, ni universelle _ pulsionnelle _ seulement _, donc antipolitique _ et sans amplitude d’effets.

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    La politique commence lorsque les individus sont en mesure de hiérarchiser _ en valeur _ leurs amertumes et de transformer leurs passions tristes en occasions de créer _ dynamiquement et constructivement. Pour que l’indignation devienne une passion politique, il faut donc qu’elle se distingue des petites colères du quotidien qui isolent _ voilà : chacun pour soi ; et pas de Dieu pour personne _ l’individu en le condamnant au ressentiment _ cf l’analyse qu’en fait Nietzsche _ et à la défense de ses intérêts privés. A l’inverse, l’indignation _ un sentiment de l’ordre du droit _ possède un potentiel politique parce que, ainsi que Spinoza la définit, elle désigne l’exaspération éprouvée pour _ c’est-à-dire contre _ celui qui fait du mal à un «être semblable à nous». On ne s’indigne pas du tort qui nous est fait personnellement, mais de celui qui est imposé à nos semblables _ éprouvés comme faisant partie de la catégorie d’« autrui« , en sa dignité (universelle) de « personne« … C’est seulement à ce moment que les autres cessent d’être des concurrents pour devenir des alliés _ stratégiques _ potentiels _ dans la logique utilitariste (proliférante depuis Adam Smith).

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    Il est donc crucial de distinguer l’indignation spontanée de la colère artificielle. La première éclaire les peuples alors que la seconde rameute les foules _ habilement (lire ici Machiavel) instrumentalisées. Autant le scandale médiatique nous fixe sur le particulier (un crime, un exemple de corruption, le comportement privé d’un homme public), autant l’indignation collective permet de saisir le général _ ou plutôt l’universel _ dans le singulier. Cette passion opère lorsque les dérives de la finance ou encore la dureté des lois sur l’immigration deviennent visibles dans la précarité d’une existence _ malmenée un peu trop visiblement. L’indignation donne corps _ via l’imageance _ aux abstractions : plutôt que de vitupérer contre les agences de notations, elle s’émeut d’un monde qui leur accorde _ au quotidien durablement institué par les habitudes installées : une seconde nature ! _ un tel pouvoir.

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    Sur la Porta _ Puerta, madrilène ; et non milanaise, ou romaine _ del Sol, les Indignés sont parvenus momentanément à passer de la solitude au commun _ en route vers un « peuple » ?.. Certes, l’indignation fonde une communauté de la souffrance et non une communauté de l’espérance. Mais ce «pâtir ensemble» est le préalable _ voilà _ de toute action politique sérieuse, de tout «agir ensemble» _ pour passer de l’éthique au politique… Les revendications concrètes et l’exigence de justice émergent à partir de la certitude _ cruciale _ d’appartenir au même monde _ condition d’une vraie démocratie ; à rebours des fascismes méprisants qui ont ces derniers temps le vent (mauvais) en poupe… Contre la vision _ ultra- _ libérale de la liberté _ comme licence de suivre ses pulsions : à la Calliclès, dans Gorgias de Platon _, les Indignés font l’expérience de ce que la liberté des uns commence _ voilà : c’est une construction collective pratique (forte et fragile à la fois) : elle a ses avancées et ses reculs ; rien n’est acquis ; la régression de la barbarie menace ! _ là où commence, et non pas là où s’arrête, celle des autres _ à suivre !

    …
    Michaêl Foessel

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    Avec les commentaires (redondants)

    de Titus Curiosus en vert

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    Titus Curiosus, le 8 août 2011

     

     

     

  • Quand le fric devient l’étalon-or de la culture : l’exemple du cahier « Livres » du Monde…

    Alors même que ces jours-ci, en mon for intérieur _ qu’on veuille me pardonner de l’étaler ainsi au grand jour ! _ je me réjouissais de la qualité des romans de cette rentrée littéraire

    (et me préparais à rédiger un éloge du magnifique « Le Siècle des nuages » _ j’ai failli écrire « des lumières«  à la place de « des nuages«  !!! un lapsus plein de sens… _),

    …

    voici que ce matin,

    je tombe sur un article d’Alain Beuve-Méry, à la page  du cahier « Livres » du Monde,

    intitulé « Littérature française : le creux de la vague« ,

    qui me chagrine très fort ! :

    …

    quant à la dérive d’un quotidien dit « de référence« …

    …

    Et qui résiste mal aux _ tristes _ sirènes de l’ »air _ intéressé ! cupide… _ du temps« …

    …

    Voici,

    avec mes farcissures critiques,

    le corps du délit :

    …

    Littérature française : le creux de la vague

    LE MONDE DES LIVRES | 21.10.10 | 11h45  •  Mis à jour le 21.10.10 | 11h45

    …

    Mais où est donc passée la littérature française ?

    Bien présents sur les tables des librairies, les romans français sont en revanche, en cette rentrée 2010, étrangement absents des palmarès des meilleures ventes _ tel serait donc le lieu privilégié, et même unique, de la littérature ! Tiens, tiens !.. Un seul titre fait la course _ du « palmarès des meilleures ventes« … _ nettement en tête : La Carte et le territoire (Flammarion), de Michel Houellebecq _ je ne le lirai certainement pas !!! Sorti le 9 septembre, soit trois semaines après la première salve de parutions de la rentrée, l’ouvrage a déjà dépassé les 200 000 exemplaires vendus (chiffres d’Edistat) et devrait atteindre les 250 000 avant même l’ouverture du bal des prix _ combien de lecteurs sont-ils capables de se réellement taper cela jusqu’au bout ?.. Le savoir fournirait une mesure de l’avancée du masochisme (du lectorat) en ces temps de nihilisme avancé, faisandé… La Carte et le territoire a d’ailleurs toutes les chances de continuer sur sa lancée _ de chiffres de vente ! _, puisqu’il figure sur les sélections des _ prescripteurs de lecture ! _ trois grands prix d’automne (Goncourt, Femina et Renaudot _ mais pas le Médicis : le moins inféodé ! _) et sur celle du Grand Prix du roman de l’Académie française _ jusque là va donc l’inféodation !.. _, décerné le 28 octobre _ on en vient ainsi à préférer un jury de lecteurs, tel que celui du Prix du Livre-Inter ; un jury (un peu plus aléatoire…) de lecteurs libres : non inféodés, car non stipendiés par « leurs«  maisons d’édition… N’est-ce pas le jury du Prix du Livre-Inter qui, en 2009, osa couronner cette merveille qu’est l’immense Zone de Mathias Enard ! Mais oui… Cf mon article du 3 juin 2009 : Le miracle de la reconnaissance par les lecteurs du plus “grand” roman de l’année : “Zone”, de Mathias Enard…

    Ce phénomène de l’inféodation de ceux que certains baptiseraient, bien indument, « l’élite« , fait partie des symptômes de la maladie endémique de notre société (nihiliste, en son fond) d’achetés et vendus ! corrompus ! société dans laquelle la parole ne vaut plus rien ; n’est pas digne de confiance, tant elle est « fausse », tant elle ment. Faute d’oser assumer, en un commerce « vrai«  des esprits et des personnes, la moindre liberté du juger !!! C’est très grave…

    …

    A la mi-octobre, La Carte et le territoire est le seul ouvrage français en grand format _ hors « poches« … _ présent dans le top 20 (toutes ventes confondues) réalisé par Ipsos pour Livres Hebdo, avec celui _ c’est tout dire ! _ de Bernard Werber, Le Rire du Cyclope, sorti le 1er octobre chez Albin Michel. A la même époque, en 2009, on trouvait quatre titres français, dont Trois femmes puissantes, de Marie Ndiaye (Gallimard) _ peut-être pas son meilleur, me suis-je laissé narrer par des amis à la lucidité littéraire desquels je fais confiance… _, et Mauvaise fille, de Justine Lévy (Stock) _ fille de Bernard-Henri _, plus un Bernard Werber _ déjà, encore et toujours ! ces auteurs ont donc leurs affidés ! _ et un Jean-Christophe Grangé _ et peu importent les titres ; ce voisinage (de ventes, seulement, Dieu merci !) deviendrait presque inquiétant pour Marie N’Diaye... En 2008, c’étaient cinq titres, dont Ritournelle de la faim, de J. M. G. Le Clézio (Gallimard), Où on va papa ?, de Jean-Louis Fournier (Stock), Le Fait du prince, d’Amélie Nothomb (Albin Michel), et toujours un Werber et un Grangé _ avec leur perdreau de l’année ! CQFD !!! Cela dit, ce phénomène n’a rien de neuf en 2010 : que l’on compulse la liste des best-sellers du XIXe siècle ; on constatera, et non sans s’en amuser un peu, ce qui a (littérairement) « survécu«  à (et de) ces succès de ventes !.. Le temps fait son tri ! Et il juge bien mieux… C’est au XIXe siècle que la politique commerciale des éditeurs commence l’ampleur de ses ravages… Dans un texte essentiel de son Ainsi parlait Zarathoustra, Lire et écrire, Nietzsche, recommandant de ne lire que « ce que quelqu’un écrit avec son sang«  (« et tu verras que le sang est esprit« …), s’en lamentait déjà : « Encore un siècle de lecteurs _ et d’éditeurs, ajouterais-je _, et l’esprit va se mettre à puer«  : c’était en 1884…

    …

    Pourtant, de Paul Otchakovsky-Laurens, qui dirige POL, à Olivier Nora, patron de Grasset et Fayard, tous assurent qu’« il n’y a pas _ cette année 2010-ci _ d’effet Bienveillantes«  : en 2006, le pavé _ bien peu ragoûtant ! _ de Jonathan Littell avait littéralement assommé _ en concentrant sur lui (par l’appât du nec plus ultra de l’horrible à couleur de vrai : le déchainement d’un sadisme historiquement avéré _ cf par exemple le travail d’historien de Christopher Browning : Des Hommes ordinaires… _, avec les confessions imaginées d’un membre des einsatzgruppen), le capital (exploitable) des acheteurs-consommateurs de livres, sinon de lecteurs authentiques ! _ la rentrée _ commerciale, du moins ! Cette fois, d’autres titres se vendent bien _ ouf pour les éditeurs ! _, qu’il s’agisse de _ tant mieux pour eux : combien de saisons dureront-ils ? Guère… _ La Première Nuit, de Marc Levy, en Livre de poche, de La Chute des géants, du Britannique Ken Folett (Robert Laffont), ou encore de XIII, Mystery, Joe Bar Team et Blacksad, trois bandes dessinées parues en septembre _ la BD étant parmi ce qui se vend le mieux, paraît-il…

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    D’autres ouvrages, à mi-chemin entre essai et littérature _ hum ! hum ! tant pour l’appellation « littérature » que pour l’appellation « essai » !.. « à mi-chemin«  est encore ce qui convient le mieux à ce type de brouet… _, se portent bien _ toujours en chiffres de vente : pour les caisses des éditeurs, donc… Face à Houellebecq, les deux titres qui résistent _ le vocabulaire (de l’auteur de l’article) est opérationnel, voire guerrier _ le mieux sont, d’un côté, le livre assez sombre _ mais l’auteur a ses files de fidèles ! _ de Jean d’Ormesson, C’est une chose étrange à la fin que le monde (Robert Laffont), de l’autre, celui d’Ingrid Betancourt, Même le silence a une fin (Gallimard) _ en tout cela, c’est bien la rumeur des medias qui semble la clé du succès éditorial ! Même si l’interview que j’ai écoutée d’Ingrid Betancourt sur France-Culture, le vendredi 1er octobre, m’a assez impressionné, tant par la langue, que par les analyses…

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    Histoires de bouche-à-oreille

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    La littérature étrangère ne connaît pas non plus de fléchissement _ de ventes ! toujours… C’est bien lui le critère (et unique !) ici… _ notable, comme en témoignent les succès _ de vente, toujours ! _ de Suite(s) impériale(s), de Bret Easton Ellis (Robert Laffont), et d‘Indignation, de Philip Roth _ lui est « un grand«  : lire en priorité Les faits, et sa suite : Patrimoine… _, qui constitue l’une des meilleures ventes de Gallimard _ en attendant l’effet « Nobel » _ voilà ! le jury Nobel étant un prescripteur (assez inégal : il y a les Prix Nobel géniaux ! (par exemple, Imre Kertész, dont sort enfin en français le très impatiemment attendu Journal de galère…), mais il y a aussi les politiquement corrects ! A nous lecteurs de faire le tri… _ sur l’œuvre de Mario Vargas Llosa _ de lui, lire par exemple l’excellent La Tante Julia et le scribouillard… De son côté, la littérature scandinave connaît de belles histoires de bouche-à-oreille _ hors marketing, donc ! voilà un bon signe ! _, avec deux auteurs inconnues et traduites pour la première fois en France : la Finlandaise Sofi Oksanen, qui a reçu le prix Fnac pour Purge (Stock) et vendu 60 000 exemplaires de son roman, et l’Islandaise Audur Ava Olafsdóttir, avec Rosa candida, très soutenu par les libraires. Son éditeur, Zulma, en est à plus de 30 000 exemplaires imprimés.

    …

    Patron de Denoël, Olivier Rubinstein observe _ on admirera la technicité du langage ! _ « une hyperconcentration des ventes sur quelques titres ». Un phénomène qui a tendance à s’amplifier d’une année sur l’autre _ qu’en déduire quant à la courbe des motivations, sinon des lecteurs, du moins des acheteurs de ces livres ?.. Voilà l’enquête qu’il m’intéresserait de voir mener… De fait, malgré le succès d’estime _ ô la jolie expression ! et ce qu’elle masque de déception (commerciale) ! _ rencontré par Le Troisième Jour, de Chochana Boukhobza, c’est sur Just Kids, de Patti Smith _ encore une people… _, et Le Choc du nouveau siècle, un beau livre _ au titre déjà bien accrocheur : à la Paris-Match : « le choc des photos« … _ consacré aux photographes de l’AFP, qu’il mise _ éditorialement : mais, après tout, que peut donc bien rechercher un éditeur ? _ pour cette fin d’année.

    …

    Ce constat de faiblesse _ en chiffres de vente ! voilà ici le seul critère qui fait foi !!! _ concernant la littérature française _ l’année, pourtant, de Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants, de Mathias Enard (cf en ce même cahier littéraire du vendredi du Monde cet article-ci, de Julie Etienne : Un Orient épique et lyrique à la fois…), l’année du Siècle des nuages (un chef d’œuvre !) du toujours magnifique Philippe Forest, l’année du très riche et très habité Naissance d’un pont de Maylis de Kerangal ;

    cf les entretiens avec ces 3 excellents auteurs dans les salons Mollat : de Francis Lippa avec Mathias Enard ; de Jean-Michel Valençon avec Philippe Forest ; de David Vincent avec Maylis de Kerangal…

    Quelle ingratitude à l’égard des auteurs de ces grands livres !!! _ est aussi partagé chez Grasset et au Seuil. « Les Etats-Unis ont connu un creux semblable _ de vente, faut-il supposer, de la part de ces discours d’éditeurs ! Qui ne sont, eux, après tout, que des passeurs (de livres) ! Faudra-t-il en venir à se passer de tels intermédiaires ??? _, il y a quelques années, avant de repartir _ en chiffres de vente _ avec Jonathan Franzen, notamment » _ je n’ai pas encore lu cet auteur ; je n’ai pas encore éprouvé un désir assez fort de le lire, devrais-je plutôt dire : parmi la cohue des livres se pressant à lire… _, observe Olivier Nora. Dans ce paysage atone _ en chiffres de ventes… _, Apocalypse Bébé, de Virginie Despentes _ cf ceci (et tout à fait succulent !), intitulé Histoire belge, dans le cahier Livres de Libération du jeudi 14 octobre : merci à Madame Edmonde Charles-Roux de mettre, si bien, les pieds dans le plat !.. _, fait d’ailleurs mieux que se défendre. « Un auteur, cela reste toujours une exception », observe _ enfin justement ! en cet article centré sur les chiffres de vente _ M. Nora _ les vrais lecteurs, sans doute aussi !.. De son côté, Martine Saada, qui dirige la littérature au Seuil, note que « les livres sur lesquels il y avait de fortes attentes font moins que prévu » _ toujours dans cette logique des chiffres de vente… Son meilleur résultat, elle le doit au Testament d’Olympe, de Chantal Thomas, avec 30 000 exemplaires sortis. « Pas si mal que ça pour de la littérature exigeante », dit-elle _ c’est tout dire du « bien peu d’exigence«  du commun de ce qui se vend… Le morceau de vérité étant ici craché par l’éditrice qui est la compagne (ou le fut au moins un temps, me souvient-il) de Pascal Quignard : un auteur assez « exigeant« , lui, assez probablement !.. Au Seuil, l’heure est à l’optimisme, car la maison devrait, pour la première fois depuis sept ans, être bénéficiaire en 2011. Et ce, grâce à quatre titres, dont trois beaux livres (Fragments, de Marilyn Monroe _ documentairement intéressant, au moins, sinon un chef d’œuvre de littérature ! Toujours les people : ce sont eux les étalons-mètres de la notoriété ! Ou l’ère sinistrée du « vu à la télé« … _, Les Mythologies (édition illustrée _ par les soins judicieux de Jacqueline Guittard… _), de Roland Barthes _ une grande chose : et qui s’en prend, en ces années cinquante, aux peoples !!! dont il « démonte«  magnifiquement la mécanique de l’idéologie… _, La France, de Raymond Depardon _ un livre trash sur une France trash : à comparer avec les si beaux 101 éloges du paysage français, de Bernard Plossu, édité par Silvana Editoriale, un éditeur italien… _) et un polar, L’Homme inquiet, d’Henning Mankell.

    …

    Chez Flammarion, l’ombre portée du livre de Michel Houellebecq nuit _ tiens donc ! _ aux autres titres, en littérature française _ quelle peine ! Mais tous les éditeurs ne se plaignent pas. Françoise Nyssen, patronne d’Actes Sud, se réjouit du succès d’Ouragan, le dernier roman de Laurent Gaudé _ un autre bon vendeur… _, et du bon accueil fait à Jérôme Ferrari pour Où j’ai laissé mon âme. Yves Pagès (Verticales), lui, est l’éditeur comblé de Maylis de Kerangal et d’Olivia Rosenthal, dont les livres _ Naissance d’un pont et Que font les rennes après Noël ?, je suppose : le titre de son roman n’est même pas indiqué ici !.. _ se vendent bien _ plus de 15 000 exemplaires chacun _ et qui figurent sur les listes de prix. Reste que, comme tous les éditeurs, il constate « un effondrement des ventes petites et moyennes », ce qui crée un environnement darwinien _ ah ! ah ! _ pour tous les auteurs en quête d’une place au soleil _ du lectorat.

    …

    Alain Beuve-Méry

    …

    Article paru dans l’édition du 22.10.10

    …

    …

    Il est vrai que cet article _ d’Alain Beuve-Méry _ prend place dans la rubrique « Actualités« , à la page 2 du cahier « Livres » du Monde ; et concerne spécifiquement le petit monde _ surtout germano-pratin _ de l’édition…

    …

    Il aurait pu, au moins, être accompagné d’une précision de son auteur, concernant le caractère purement éditorial du point de vue exploré par cette enquête journalistique pour Le Monde…

    …

    Quant au titre de l’article _ « Littérature française : le creux de la vague« … _, il est, lui, purement calamiteux,

    en laissant penser _ ou plutôt croire : et c’est là qu’il abuse le lecteur pas assez vigilant !.. _ que la valeur de la littérature française est bel et bien déclinante,

    au seul item du comptage du palmarès des ventes :

    …

    c’est contre cela que je veux protester ici,

    en un blog qui n’a en vue que le (modeste) service, mais exclusif _ sans en déchoir ! c’est le luxe de ma liberté ! _, de la qualité des œuvres… 

    …
    A contrario

    de cet article, et de son malencontreux titre,

    je dis donc :

    …

    vive la littérature (française, et autre) !

    …

    Vivent les vrais auteurs !

    …

    Et vivent _ et survivent : au marketing ; et aux medias… _ les vrais lecteurs !

    …

    Et tant pis pour les livres achetés

    encombrant vainement la mémoire oublieuse _ de poisson-rouge ? _ de tant de lecteurs…
    …

    Dans le même Lire et écrire, cité plus haut,

    Nietzsche,

    qui, lui, sur sa montagne,

    ne cherchait à ménager personne

    _ le sous titre de ce plus que jamais sublime Ainsi parlait Zarathoustra n’est autre que : Un Livre pour tous et pour personne ! _,

    …

    Nietzsche disait aussi :

    …

    « Je hais les oisifs qui lisent« …

    …

    Soient les destinataires _ nihilistes : proliférant… _ de l’industrie _ plus que jamais prospère, elle… _ du divertissement !

    …

    Au passage,

    et en faveur de l’a contrario,

    je signale la parution, aux Éditions Flammarion, de l’essai important du très vaillant Bernard Stiegler :

    Ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue _ De la pharmacologie…

    …

    …

    Titus Curiosus, le 22 octobre 2010

  • Récompense de la fidélité au « Journal » de Renaud Camus : jubilation à l’année 2007 : « Une Chance pour le temps »

    A propos des trois derniers volumes du « Journal » de Renaud Camus : « Le Royaume de Sobrarbe« , « L’Isolation » & « « Une Chance pour le temps«  » ; soient les « Journaux 2005, 2006 & 2007« …

    …

    Depuis,

    comme amoureux fou-fervent de Rome _ cf mon article programmatique, le 3 juillet 2008 : « le carnet d’un curieux« … _,

    ma lecture _ très réjouie en sa curiosité jamais comblée des mille églises, mille palais, mille musées, mille jardins, etc… (où pénétrer et jeter quelques regards sur tant de merveilles réunies en un espace, urbain et agreste à la fois, avec ruines, et interstices libres, aussi, de taille encore humaine) de la Ville éternelle et de ses (davantage que) sept collines ! _ du « Journal romain » _ 1985-1986 _ de Renaud Camus, paru aux Éditions POL en 1987 _ toujours disponible : le meilleur, et de loin !, des milliers de guides touristiques romains ! _, et de sa suite « romaine«  _ pour la fin du séjour de Renaud Camus à la Villa Médicis, en 1987 _, « Vigiles« , parue en 1989 _ mêmes éditions, même disponibilité, mêmes qualités supérieures pour touristes patients en leur curiosité (= haut-de-gamme), à rebours des clichés rapides des autres ! _,

    …

    je suis _ du verbe signifiant « continuer« … _ avec une ferveur jamais déçue, et donc on ne peut plus fidèlement,

    le « Journal » que Renaud Camus n’a cessé, depuis son séjour romain de deux ans pleins à la Villa Médicis, de tenir

    et publier

    _ en s’efforçant, depuis relativement peu de temps, de raccourcir les délais entre sa rédaction et sa publication-et-disponibilité de lecture pour le lectorat potentiel (et réel, fidèle) : les choses semblent, sur ce front-là, en voie de mélioration…

    …

    Une « tenue » et une publication tout à fait probes et courageuses…

    …

    D’abord édité _ depuis la co-édition Hachette-POL du « Journal de voyage en France« , semble-t-il, en 1981 _ par Paul Otchakovsky-Laurens, aux Éditions POL , à partir de ce « Journal romain » ;

    …

    depuis le scandale, et la publication archi-mouvementée, du « Journal 1994«  : « La Campagne de France« 

    …

    _ paru, l’année 2000, non sans difficultés et remous divers (et remugles nauséabonds !) médiatiques : la « première«  édition, parue au mois d’avril 2000 (celle que personnellement je possède, en lecteur fidèle se procurant le « Journal«  à sa parution !), a été « retirée » assez vite de la vente en librairie, et remplacée, trois mois plus tard, par une « seconde« , « revue » avec un « avant-propos de l’éditeur assorti de quelques matériaux et réflexions pour une étude socio-médiologique de “l’affaire Camus” », au mois de juin 2000, donc ! ; sur le scandale de la-dite « affaire« , se reporter, avec le plus grand profit (pour l’analyse de l’« état«  de la « civilisation« , ainsi que de la presse, eu égard à la « justesse«  et à la « liberté«  de ce que sont écrire et « vraiment«  lire en vérité !), à l’extraordinaire « Corbeaux, journal de l’affaire Camus, suivi de quelques textes rebutés« , publié aux Impressions nouvelles, par Renaud Camus : un document de première nécessité sur l’Histoire de la censure aujourd’hui en France, et autres lynchages médiatiques de la part d’une certaine classe journalistique et pseudo-intellectuelle, qui lit bien mal, en tout cas ; et jamais in extenso… _,

    …

    et à l’exception _ anomique, donc _ du « Journal 2000 » : « K.310« 

    …

    _ (re-)paru, lui, de nouveau, aux Éditions POL, en 2003, mais pour cette seule fois-là : celui-ci, « Journal 2000« , relatant au moins partiellement, les péripéties « chaudes«  de l’« affaire Camus » ; pour le reste, se reporter à « Corbeaux » ; Claude Durand, le patron de Fayard, ayant manifesté quelques réticences à publier le récit camusien, même (encore) expurgé, des péripéties des difficultés éditoriales (assez hautes en couleurs) de son auteur avec son confrère Paul Otchakovsky-Laurens… _,

    …

    le « Journal » annuel _ depuis « Vigiles, Journal 1987« , en 1989 _ de Renaud Camus,

    grâce à l’appui constant de Claude Durand depuis cette « Campagne de France » parue en 2000,

    paraît désormais régulièrement aux Éditions Fayard,

    …

    le scandale assez retentissant, et pour des raisons la plupart fort douteuses (de lectures partielles et/ou partiales ; c’est selon…) de l’affaire dite « Renaud Camus » l’ayant fait quitter, mais pour ce seul « Journal »

    _ du moins d’abord : Fayard publiant aussi, maintenant (depuis 2008 ; après un accord entre les Éditions POL et les Éditions Fayard ; entre Paul Otchakovsky-Laurens et Claude Durand), la série (nouvelle !) des « Demeures de l’esprit » ; au demeurant un notable succès de librairie : pour les quatre numéros à ce jour parus : « Grande-Bretagne I : Angleterre sud et centre, Pays de Galles«  ; « France I, Sud-Ouest«  ; « Grande-Bretagne II, Ecosse, Irlande«  & « France II, Nord-Ouest« … _,

    …

    l’ayant fait quitter, donc, ce « Journal » annuel,

    le giron des Éditions POL ;

    l’amitié entre l’auteur Renaud Camus, et l’éditeur de POL, Paul Otchkovky-Laurens, résistant, nonobstant, à ces péripéties à rebondissements complexes ! POL continuant de publier, en effet, presque tout le reste de l’œuvre camusien : les romans, les « Églogues« , les « Écrits sur l’Art« …

    …

    Cependant la mise sur tables, en librairie _ même à la librairie Mollat ! _ de ce camusien « Journal » n’est pas nécessairement, semble-t-il, de règle ; et cette moindre « visibilité«  de ces pourtant beaux et forts volumes, avec en couverture, une photo couvrant l’entièreté de la surface (15 x 23, 3) du volume, fait que le lecteur, même fervent et fidèle, peut « manquer » maintenant leur parution ; d’autant que la presse _ à commencer par Le Monde : la page littéraire de l’édition du « vendredi«  est-elle toujours dirigée par Josyane Savigneau ?..  _ ne s’empresse guère _ et c’est un euphémisme _ de se faire l’écho de cette parution !

    …

    Aussi en étais-je resté à « Corée l’absente« , soit le « Journal 2004« , lu à sa parution en novembre 2007

    _ et j’ai pensé à certaines des notations, notamment sur le peu de goût de conservation du patrimoine architectural en Corée (du Sud), où l’on préfère détruire et remplacer que conserver, en lisant les épisodes (nords-) coréens que relate Claude Lanzmann dans son si riche et passionnant « Lièvre de Patagonie« , le plus grand livre de l’année dernière, et de loin ! _ cf ma série d’articles sur lui cet été, « La Joie sauvage de l’incarnation« , depuis son premier volet « La joie sauvage de l’incarnation : l’”être vrais ensemble” de Claude Lanzmann _ présentation I « , jusqu’à son ultime : « La joie sauvage de l’incarnation : l’”être vrais ensemble” de Claude Lanzmann _ dans l”écartèlement entre la défiguration et la permanence”, “là-haut jeter le harpon” ! (VII) » ; en passant par celui qui concerne tout particulièrement les époustouflants épisodes de Pyong-Gyang, un des sommets (!) du livre : « La joie sauvage de l’incarnation : l’”être vrais ensemble” de Claude Lanzmann _ le film “nord-coréen” à venir : “Brève rencontre à Pyongyang” (VI)« …

    …

    Et, ainsi, ai-je manqué (!) la parution du volume du « Journal 2005« , « Le Royaume de Sobrarbe« , imprimé en novembre 2008 ; de même (!) que celle du « Journal 2006« , « L’Isolation« , imprimé en juin 2009.

    …

    Ce n’est pourtant pas faute de m’être (un peu) inquiété, mais un peu mal (pas assez efficacement, en tout cas… ; à moins qu’il y ait eu une interruption quelque part dans la chaîne de distribution de ces volumes ; ce qui est aussi de l’ordre du possible…) auprès des libraires.

    …

    Aussi ai-je fini vouloir en avoir le cœur (un peu plus) net au mois de décembre passé ;

    ainsi ai-je découvert et l’existence, et la disponibilité de ces titres ; que j’ai alors commandés : ils n’étaient pas en rayon.

    …

    Et c’est en terminant la lecture coup sur coup de ces deux-là, « Le Royaume de Sobrarbe » & « L’Isolation« , à la suite (!) , que j’ai découvert aussi la parution, fin décembre, de « Une Chance pour le temps« , le « Journal 2007« , qui avais été mis, placé, rangé, non pas en pile sur une table (de nouveautés), mais, déjà, dans les rayonnages verticaux, dans l’ordre alphabétique des auteurs. Bien sûr, je l’ai lu dans le flux des deux précédents (!!!) ;

    et je viens d’achever ce trio ce jour… A ma plus grande satisfaction :

    …

    « jubilation« , dis-je…

    …

    Ainsi que j’ai pu le signifier, en une conversation et tout à fait impromptue _ nous nous trouvions tout seuls à deux tables séparées, d’une salle-à-manger d’un très agréable hôtel d’une ville universitaire une des plus belles de France _, et parfaitement privée _ personne à nous écouter, alors qu’auparavant se trouvaient là un triolet d’universitaires, un couple d’étrangers, peut-être allemands, ou baltes, ainsi qu’une amie, étrangère aussi, peut-être russe ; puis un peu plus tard, un père et ses deux petites filles… _, au Professeur Marc Fumaroli,

    …

    j’ai grand plaisir à lire, parcourir en ses élans, parfois irrités _ ah! la colère d’Achille ! comme elle peut être fructueuse, mobilisatrice, déplaçant les lignes installées ; et pas seulement destructrice ! _ la curiosité large, exigeante en qualité de beauté, on ne peut plus probe _ oui ! c’est une vertu essentielle _, mais aussi tout à fait courageuse _ aussi ! _  en sa liberté d’expression et audace de publication de ses goûts et avis,

    …

    les « Journaux » de Renaud Camus :

    …

    surtout depuis que sa vie s’est _ on ne peut plus heureusement, me semble-t-il, du moins _ apaisée (même sans s’assagir, au moins spirituellement !) _ le temps des « Tricks » (dont la morne, vide, répétitivité des « coups«  lâchés m’agaçait ! après m’avoir surpris, et ébaubi, à l’instant de leur première découverte dans le « Journal romain« …) semble définitivement passé : l’âge (nous) en impose aussi un peu, à tous, probablement… _, grâce à Pierre _ cela fait bien dix ans en 2007 (et ils se sont, il y a déjà quelque temps, « pacsés« , peut-être en 2004 : pour obtenir la mutation de Pierre dans le Gers, avait-il été prononcé alors, me souviens-je à peu près ; Pierre, ariégeois,  est professeur agrégé d’Histoire ; ou de Géographie…) ;

    et un (superbe) hommage (sur presque tout une page) est rendu à sa sainte patience ; il me faudrait en retrouver la page !..

    …

    http://www.mollat.com/cache/Couvertures/9782213633855.jpg

    …

    C’est Pierre qu’on aperçoit ici, sur le bac, entre Bellagio et Varenna, le vendredi 2 novembre 2007, en cette photo prise à 13h42, ainsi que l’enregistre l’appareil photo de Renaud Camus…

    …
    « Saint Pierre« , faudrait-il presque dire, pour son humeur égale, sa gentillesse, ses égards, sa patience quasi angélique. Un compagnon de confiance, en tout cas _ et qui réchauffe bien, aussi, quand l’installation de chauffage de Plieux défaille ; ce qui ne manque certes pas de se produire, les hivers, en ce fier château, ou donjon, de Gascogne, toujours insuffisamment « isolé« , nonobstant bien des efforts…

    …

    On peut y apprécier,

    en ces « Journaux« , qui se succèdent fidèlement, bon an, mal an, dorénavant, depuis le « Journal romain » entamé en 1985 (pour la Villa Médicis),

    le fil _ plus ou moins contrasté : selon les accidents ; ce qui survient ! avec son lot de (bonnes et mauvaises) surprises ! _ des jours _ en la « filure » , ou le « filage« , à tout le moins le « défilement« , ou le « défilé« , de ce qui, en et par ce « fil«  même !, se succède, au quotidien ; qui est aussi passablement important ! _ avec la marque, aussi,

    …

    à côté de l’enchantement vif, mais assez bref, des voyages _ aux vacances scolaires : du fait des disponibilités de Monsieur Pierre, désormais _,

    …

    des problèmes plus endémiques, eux, du quotidien (de tout un chacun) : de plomberie, de chauffage, voire d’« isolation » _ cf alors « L’Isolation« , tout particulièrement… _; et encore d’argent, forcément, notamment au moment des dates butoirs du règlement des Impôts ;

    …

    lesquels (« problèmes« ) participent des humeurs de ces jours (plus gris) de nos vies , et lui donnent _ la vérité, aussi… _ du contraste ; et la vérité de son rythme _ sans mornitude d’ennui…

    …

    Marc Fumaroli apprécie tout particulièrement, lui, me confie-t-il, les explorations esthétiques très remarquables des « Demeures de l’esprit« …

    …

    Renaud Camus a, en effet, un plus que notable « sentiment géographique«  et topographique ; il s’intéresse magnifiquement à la qualité, mais ne perçoit, aussi, que trop la détérioration _ hélas ! et même galopante ! _ des paysages _ au sein desquels prennent placent, et se logent, ces « Demeures de l’esprit«  qui s’élèvent encore, tiennent encore debout, en leurs pierres : mais que devient, au fait, l’« esprit » vivant d‘aujourd’hui ? Que nous en dirait un Hegel, en une poursuite de sa « Phénoménologie«  (de l’esprit, donc), depuis 1807 ?.. l’« esprit » se ferait-il de plus en plus fantômatique ?.. _ ;

    …

    il ne perçoit, aussi, que trop la détérioration (des paysages), donc, « rognant » implacablement la vieille campagne _ plus que fragilisée : détruite. Et pas seulement du côté du panorama du donjon de Plieux, en cette presque Toscane des alentours de Lectoure, Condom, etc… : presque partout désormais en France ; et même en Italie _ et jusqu’en Angleterre…

    …
    A ce compte, et en mesurant combien

    le souci d’harmonie des paysages de Renaud Camus

    …

    (et sa sensibilité très fine, depuis longtemps, au développement lent mais progressif, et irrésistible, in fine _ il nous bien le constater ! _, de ce que lui-même nomme on ne peut plus pertinemment la « banlocalisation«  _ l’expansion irrésistible de la « banlieue » à presque tout le territoire ; la régression généralisée, a contrario,  de « la campagne« … _ : pas seulement en France, donc, et sous ses fenêtres mêmes _ magnifiques ! _ de Plieux _ mais que deviennent-elles sans leurs sublimes « vues » ? privées aussi vilainement de leurs « vedute«  ??? _, dans cette campagne de Lectoure et Condom qui avait, en effet, plus que des « airs » de Toscane ; mais aussi en Italie : Piémont et Lombardie, particulièrement, dans « Une Chance pour le temps » ; à quelques miraculeuses exceptions près : par exemple, la pointe extrême de Bellagio… ; jusque même en Angleterre !)

    …

    comportait, et depuis si longtemps, de lucidité ! de pertinence !! de justesse !!!

    …

    à ce compte,

    on mesure soi-même aussi,

    en lecteur fidèle des « Journaux » de Renaud Camus,

    l’ampleur _ hélas! _ et l’avance _ impuissante, aussi… comment lutter avec un minimum d’efficience contre les avancées de pareille « nocence » quasi générale ?.. _ de sa lucidité et justesse d’appréciation des faits !..

    …

    Voilà en quoi Renaud Camus est un visionnaire réaliste infiniment précieux !

    Même si la foule préfère hurler avec les loups et se gausser des Cassandre…

    …

    A titre d’échantillon de la grâce et justesse de Renaud Camus,

    je propose ces quelques extraits-ci d’ »Une Chance pour le temps » ;

    …

    déjà, quel beau titre :

    une expression de sa mère, au retour d’équipées réussies, ayant bénéficié de la qualité des circonstances atmosphériques, notamment de lumière :

    …

    « Une des exclamations favorites de ma mère, après les heureuses journées de voyage ou d’excursion dont elle vient d’énumérer _ récapitulativement _ les mérites et les plaisirs _ elle a alors quatre-vingt-seize ans _, c’est : « Et puis alors : une chance pour le temps ! » ».

    …

    Tout un art d’aimer vivre !..

    Presque du Montaigne !..

    …

    Pages 407-408, par exemple, je détache ceci :

    « De tout voyage, il faudrait noter _ s’y arrêter, le retenir ; et puis s’en souvenir : le « Journal«  a cette fonction là, d’un peu marquer le temps vécu, en sachant y « revenir«  si peu que ce soit par l’effort de formuler la grâce de son « ressouvenir« … _ ce qui vous a touché vraiment _ (certes ! certes !!!) or ce sont autant de moments _ (oui, vécus ! sens activés ! cf l’analyse du « spectacle«  même du soir, de grâce, à Syracuse avec deux amis italiens, telle que la mène si superbement Baldine Saint-Girons en son chapitre d’ouverture de « L’Acte esthétique » !) plutôt que les objets, les sites, les tableaux _ eux-mêmes seulement ; en leur pure et simple facticité empirique… _ qui eussent dû _ par leur notoriété ! la rumeur ! le largement partagé ! Goethe lui-même, en son « Voyage en Italie« , si fortement emblématique de tels « journaux de voyage« , ne commencera à apprécier vraiment la (et sa) « vraie«  Rome qu’une fois une année (entière) de poncifs passée (et finalement traversés ; ainsi que de retour de Naples) ! alors, les touristes de passage, malheureux si pressés (par un temps trop compté !), qui s’excitent péniblement aux parcours flêchés éreintant des modernes Baedeker : tout Rome en un week-end !.. _ ;

    …
    d
    e tout voyage, donc, il faudrait noter ce qui vous a touché vraiment

    plutôt que les objets, les sites, les tableaux qui eussent dû _ je termine la citation de la page 407 _

    vous toucher et n’ont produit sur vous (tout coincé et anesthésié que vous étiez, allongé sur des rails mécaniques : ceux du seulement convenu…), en fait,

    aucun effet.« 

    …

    Après avoir cité dans cette seconde catégorie : « la Pala Sforza, le tambour bramantesque de Sainte-Marie-des -Grâces _ à Milan _ ou les flacons de Morandi dont nous fûmes abreuvés tout du long _ dans divers musées de Milan, ou Turin, ou ailleurs… _,

    Renaud Camus en vient à la catégorie « positive » et « première«  :

    …

    « Dans la première, le lac de Côme, à Bellagio et la traversée de Bellagio à Varenna _ moment et lieu que vient illustrer (et célébrer un peu plus encore) la photo avec l’ami Pierre, sur le bac, sur la couverture de « Une Chance pour le temps » ! _, le clocher de Soglio _ plus haut, dans les Grisons suisses : « le village admirable reposait tranquillement, sur les quatre heures à peine, dans sa glorieuse bellitude de calendrier des postes annoté par Rilke en personne « , page 401… _ et le jardin de l’Hôtel Palazzo Salis _ « où nous marchâmes dans le délicieux jardin, à l’arrière, au pied des sycomores géants« … _, la presqu’île de Chastré _ sur le lac de Sils-Maria, avec au bout, le banc de Nietzsche : « Nous sommes arrivés juste à temps, à l’heure la plus belle, la plus dorée, la plus mauve, la plus enneigée, la mieux pâle et parsemée de nuages blancs, et puis roses, et puis d’un orangé soutenu, avant que tout ne tourne au blanc et au noir« , page 402... _, comme d’habitude, le Montagna _ un « Saint Jérome« …  _ de Brera _ le Musée, à Milan _, « Les Noces de Jacob et Rachel«  _ du Maître de l’Annonce aux Bergers… _ du Musée Granet _ à Aix-en-Provence : je l’ai revu (sans avoir lu alors ce passage dans Renaud Camus) samedi de la semaine dernière, juste avant le déjeuner avec Bernard Plossu et ses amis auquel m’avait convié Michèle Cohen, Cours Mirabeau : à ce superbissime Musée Granet, va s’ouvrir une exposition Constantin, le maître (marseillais) de Granet ! Constantin qui avait fait, avant son disciple, le voyage de Rome ; et lui en avait instillé le vif désir !.. A côté de ces « Noces de Jacob et Rachel » du Maître de l’Annonce aux Bergers (bien présent dans les musées de Rome), une myriade (et explosion) de Granet, tous, et toujours, plus lumineux les uns que les autres, en leur classicisme romain !.. _, une errance nocturne _ gionesque ! Angelo sur les toits de Manosque (dans « Le Hussard sur le toit« ), ou bien courant et galopant par toute l’Italie soulevée (dans « Le Bonheur fou« )… _ entre les cours et sur les balcons de l’université de Pavie, le mont Viso, le mont Viso, le mont Viso. Le mont Viso est mon nouveau grand ami. (…) Je ne comprends pas comment il peut régner _ cf toujours Giono, mais cette fois au début de « Un Roi sans divertissement » et de la somptuosité (quasi cézannienne) de quelques monts des Alpes _ avec tant d’évidence à la fois et tant de discrétion _ car qui connaît son nom ? (est-ce bien là un critère, que celui de la notoriété !??? Allons ! Renaud !..) _ sur le Piémont« …

    …

    Les quarante dernières pages, à partir de la visite au château de Montaigne, le samedi 15 décembre (et la page 461) sont de pure grâce _ d’écriture _, et donc de pur bonheur _ pour le lecteur que nous sommes…

    …
    Par exemple, le « Mardi 25 décembre, neuf heures et demie du soir« , pages 473-à 476 :

    …

    deux portraits en trois coups de lame (de peinture au couteau _ et ekphrasis…) :

    le premier du pape Benoît XVI ; le second du président Nicolas Sarkozy.

    …

    « Quelle différence avec le viril et charismatique Jean-Paul II, même en sa déréliction physique de la fin ! Celui-là a l’air d’une vieille fille intelligente, apeurée et sournoise, qui passe son temps à regarder dans les coins, par en dessous. Pendant la messe il paraît s’embêter gravement, ce qui est tout de même le comble » _ certes !

    …

    Cela dit, la testostérone, à l’inverse, notre propre président Sarkozy n’en a sans doute que trop _ Dominique de Villepin a confessé avoir du mal à supporter _ tiens, tiens ! _ son côté « mâle dominant » _ et les résultats à l’image _ télévisuelle, « aux infos » !.. _ ne sont pas beaucoup plus brillants _ que pour l’actuel pape, à la messe de minuit à Saint-Pierre de Rome, au Vatican. Ce soir on voyait le chef de l’Etat à Assouan ou dans la vallée des Rois, en compagnie de sa nouvelle compagne, la chanteuse Carla Bruni, qu’il a rencontrée il y a une quinzaine de jours, je crois bien, et déjà emmenée à Disneyland _ Wow ! _, sous l’œil _ sinon… _ de centaines de caméras. Aujourd’hui il la tenait gentiment par la main, au milieu d’une nuée de journalistes. Il y a un mois qu’il a divorcé. On a l’impression qu’il essaie _ et pas qu’un peu, mon neveu ! _de dire aux Français :

    « N’allez surtout pas vous mettre dans la tête que je peux me faire plaquer par une femme, comme tout le monde, sans réagir. Voyez, j’en ai déjà une nouvelle, encore mieux _ forcément ! _, et en plus, c’est un ancien mannequin, et elle est chanteuse » _ quels bonus ! : « rien que du bonheur !« , va-t-il se crier par toutes les chaumières ! L’expression « bling-bling«  n’allait pas tarder à faire très vite florès…

    …

    La chanson, le music-hall, le show-biz, tout ce qui sous la dictature de la petite-bourgeoisie _ cf le livre de Renaud Camus synonyme : « La dictature de la petite-bourgeoisie« … _, s’appelle désormais la musique _ eh ! oui ! _ , c’est l’univers naturel _ consubstantiel _ de cet homme. Il s’y trouve comme un poisson dans l’eau. Divorce ou pas divorce, il sera toujours le second mari de Mme Jacques Martin _ tel un handicap parfaitement ir-remontable… Il paraît qu’à Alger, durant son voyage récent, il a fait attendre une heure et demie l’archevêque d’Alger et les autres invités, lors d’une soirée à l’ambassade de France, et, dès son arrivée, s’est enfermé dans une pièce à part pour chanter avec son grand ami Didier Barbelivien et d’autres copains _ oui, oui ! _ les chansons de Barbelivien » _ voilà en quelque sorte l’exemple-type de ce qu’est devenu, avec cet homme-là, l’ordre des préséances de la République…

    …

    Et le portrait se poursuit : « Je dois reconnaître que je n’y étais pas. Mais enfin, ce qu’on voit à l’image _ de la télévision ; et Dieu sait… _ rend tout à fait plausible ce genre d’histoire. Non seulement ce pauvre homme est d’une vulgarité et sans doute d’une brutalité pathétiques _ celles-là mêmes d’une tripotée de ses électeurs ? le « cœur-de-cible« , peut-être, de l’équipe de ses « communiquants » ?.. _, mais, en plus, il n’a pas l’air à l’aise _ ni donc heureux _ dans ces caractéristiques et dans le personnage qu’elles impliquent. Il donne l’impression d’être un très mauvais acteur, aussi incapable de jouer le rôle écrit pour lui que _ même ! _ celui qu’il a fait modifier à sa mesure ; cela tient peut-être à sa manie _ perfectionniste ? _ de corriger la pose en permanence, de se réajuster, de remonter les épaules, de se dégager le col ou de redresser sa cravate _ du début à la fin tout paraît faux, emprunté, composé et mal interprété pour les caméras«  _ quelle patte !

    …

    Et pourtant Renaud Camus a (presque) voté pour lui à la présidentielle : il trouvait son programme plutôt « sympathique«  par bien des aspects de ses discours, nous a confié ce « Journal« -ci, pages 168-169 :

    …

    « Après la confrontation télévisée entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal (…), j’avoue que j’éprouve une petite tentation de regret pour avoir fait voter par le comité exécutif de l’In-nocence un communiqué (n° 457) invitant les membres du parti et les sympathisants à déposer dans l’urne, après-demain dimanche, un bulletin blanc. Si Ségolène Royal l’emportait, nous serions bien attapés (le risque est faible, apparemment). Et s’il fallait s’en tenir aux seuls discours récents de Sarkozy, sur la Turquie, par exemple, sur l’identité française, sur la fiscalité et en particulier les droits de succession, et même sur l’Ecole, il faut reconnaître qu’il n’y aurait aucune raison de ne pas voter pour lui, de notre point de vue ; et même beaucoup de raisons de lui apporter notre suffrage. Tel qu’il s’exprimait ce soir, dans son dernier message de campagne, on aurait dit qu’il s’adressait à moi pour s’attirer mon soutien. Si je ne savais pas ce que je sais, ou crois savoir, je ne serais pas loin de fléchir. Et, même le sachant, je pourrais bien capituler. Mais je ne ne peux tout de même pas voter pour Sarkozy après avoir appelé à voter blanc ! Ni faire publier un nouveau communiqué faisant état d’un changement d’avis de dernière minute !«  ;

    …

    Puis, page 173 : « Hier matin, après que j’eus voté ici (blanc), nous sommes partis pour l’Ariège où Pierre devait voter lui-même et, par procuration, pour ses parents«  ;

    …

    et, page 175 : « Mon sarkozysme de fraîche date n’a pas bien résisté à la suite de la soirée _ du dimanche de l’élection _, ni surtout à ce que nous avons vu de celle de Sarkozy, à la télévision, une fois rentrés à la maison. J’ai bien sûr trouvé inimaginable qu’à peine élu il allât se restaurer au Fouquet’s, qu’on s’interrogeât sur la boîte de nuit parisienne où serait ensuite fêtée la victoire, et qu’il nous fût dit que le presque chef de l’Etat comptait partir le lendemain pour la Corse afin de s’y reposer dans la demeure de son grand ami Christian Clavier. Et quel déplorable spectacle que le ballet des limousines dans le jardin des Tuileries, chacune tâchant de dépasser l’autre pour être plus haut dans le cortège courtisan !« … Le « Journal«  joue parfaitement le jeu de sa propre absolue non-censure…

    …

    Un peu plus loin, pages 480-481, voici cette même patte _ et pâte : légère ! mais riche et faisant mouche ! _ appliquée à cette auto-dérision-ci, cette fois :

    « Ce qui rend mes relations avec ma mère _ elle loge alors, mais depuis peu, à Plieux _ si éprouvantes pour mes nerfs, toujours, et pour mon humeur, et même pour mon état mental, c’est qu’elle figure _ beaucoup trop lisiblement _ pour moi l’abîme _ si proche, et tellement menaçant d’aller aussitôt y verser et sombrer… _ du dérisoire _ de tout ce que je pense et de ce que je suis _ moi-même : son fils.

    …

    Tous mes défauts, et surtout mes défauts intellectuels, sont chez elle épouvantablement grossis _ mis sous les yeux de son fils, à la portée la plus « proche« … _, poussés à l’extrême, de sorte qu’ils sont beaucoup plus nettement observables » _ en effet : comme, à la télévision, ceux de Benoît XVI et de Nicolas Sarkozy, sous la focalisation parfois sans pitié des caméras… Et Renaud Camus finit par « dégager » la ressemblance : « en ceci : quand j’écris sur la maison de Montaigne _ comme pour ses brillantes « Demeures de l’esprit« , alors… _, c’est en grande partie parce que _ voilà ! _ je n’ai rien à dire d’original _ le péché de l’homme-de-lettres pisseur de copies ; quand il en « vit« … _ ou d’intéressant sur les « Essais«  ; si je vais à Montaigne, le château, c’est en grande partie au lieu de _ c’est le cas de le dire _ lire sérieusement Montaigne, l’auteur, de travailler sur lui _ comme le fait magnifiquement le très pénétrant Bernard Sève en son si lucide « Montaigne : des règles pour l’esprit« … Ce goût des maisons d’écrivains ou d’artistes, c’est une paresse, un aveu d’impuissance _ quant à l’essentiel : les accidents extérieurs et leur « détail«  sont alors les bienvenus ; pour avoir si peu que ce soit d’un peu neuf à « trouver«  à narrer, à décrire : ne pas rester sans rien du tout à dire (et surtout, bien sûr, « écrivain« , à écrire)…

    …

    Et je rencontre constamment mille occurrences, en moi, dans les débats un peu soutenus, par exemple _ comme aux émissions « Répliques » de son ami Alain Finkielkraut, quand il y est invité, sur France-Culture, avec quelque autre : pour un « débat«  à trois, alors… _, de ces moments où j’ai recours au biographique, au topographique, au superficiel, au plaisant, à l’écume, pour échapper _ voilà ! _ à l’échange au fond _ au lieu de rien que la forme et la surface… _, parce que j’ai peur _ contrairement à l’écriture de ce « Journal« , si courageuse, elle !!! _ de m’y noyer, ou de devoir avouer que je ne sais pas nager _ pour garder une place d’« auteur qui a un nom«  sur la Place (et le marché) des Lettres…

    …

    S’intéresser à tout, j’en ai toujours été convaincu, c’est ne s’intéresser à rien.«   En conséquence, à entendre les compliments que multiplie _ mais « à n’importe qui« … _ madame sa mère, eh ! bien « on croirait un critique littéraire du Monde : elle découvre un génie toutes les semaines« … Par là, « c’est cette absence totale de discrimination _ du juger _ qui dépouille _ hélas _ de sens _ et à cela, Renaud Camus ne peut pas consentir ; cf son important « Du Sens«  (aux Éditions POL, en 2002… _ tout ce qu’elle dit. »

    …
    Ce qu’il commente alors, page 482 : « Sur ce point-là, nous ne nous ressemblons _ toutefois _ pas, Dieu merci. Je ne discrimine que trop, même si ce n’est pas toujours à bon escient, c’est-à-dire que mes discriminations ne sont pas toujours pertinentes.«  Peut-être ; quoique… Cependant, « cette dérision du sens _ perçue si bien _ chez ma mère, devient _ perçue _ pour moi une dérision au carré : de quoi suis-je l’héritier

    _ c’est sur cela qu’il réfléchit ici : être héritier ! « l’héréditaire«  ; et son importance civilisationnelle, selon lui : « dans la culture, il y a quelque chose de nécessairement héréditaire », page 482… Une question qui plonge loin ! _,

    …

    de quoi suis-je l’héritier

    sinon de cette parodie _ voilà ! _ de la culture, qui ne s’attache _ avec inanité ; et ridicule ! _ qu’à des noms, à des titres d’ouvrages, des épisodes, des incidents _ soit rien que « l’écume » de minces « accidents« , à la place du « substantiel«  !.. _ ; et me pousse à acheter pour cette bibliothèque _ superbe ! de Plieux _ toujours plus de livres dont je ne lis pas un sur dix, ce qui s’appelle lire ?«  _ la grande forme (d’écriture de l’écrivain « vrai » ! et profond !) est tout de même là !

    Une bonne rasade de Thomas Bernhardt, « Maîtres anciens« , par exemple (dont le sous-titre est « Comédie« ), serait ici d’un assez bon secours…

    …

    L’auto-dérision porte…

    …

    Mais ce « Journal« ,

    c’est bien mieux qu’Assez bien ! Que Renaud Camus se rassure !!!

    …

    En tout cas, il ne me lasse pas ;

    et j’y trouve, en le lisant, un interlocuteur _ voilà ! _ ne pérorant pas _ jamais _ dans le vide de l’époque ; loin de là !

    …

    Sa fidélité à ses intuitions n’est ni vide, ni radoteuse ! Il sait « résister » ! _ même s’il n’est pas dépourvu de bonnes doses de naïveté (par ses focalisations) : mais qui ne l’est pas ? Que celui-là seul lui jette la première pierre ! Pas les autres ! Et sa curiosité est toujours attentive, avec fraîcheur et neuveté,

    à la beauté _ qui demeure ; ou résiste ; mais aussi se crée ; et en sa diversité : Renaud Camus n’est pas un conservateur de n’importe quoi passéiste ! il est curieux de ce qu’il ne connaît pas encore ; et qui ait une vraie valeur, objective ! _,

    plus encore qu’aux ridicules qui règnent ! et ont le verbe _ et les micros et caméras complaisants ! _ bien trop haut, eux ! et le bras, bien trop long !.. Et font pourtant de la pluie, davantage que du beau temps…

    …

    Lui tient plutôt du Saint Sébastien offert aux flêches…

    …

    Donc, je demeure plus que jamais un lecteur attentif des « Journaux » de Renaud Camus _ ils ne me déçoivent pas ! _ ;

    …

    et les fais un peu,

    à l’échelle de la voix de ma parole de personne à peu près libre,

    et à celle de l’écriture sans pression ni censure sur ce blog !,

    connaître

    …

    ainsi qu’ici même…

    …

    Titus Curiosus, ce 5 février 2010

  • Le déni de la puanteur de la chair brûlée _ ou comment passer du refus de se pencher sur le passé à l’effort de connaissance _ ou Histoire _ et à la reconnaissance du travail des mémoires _ des témoins ?

    « Comment passer

    du refus de se pencher sur le passé

    à l’effort de connaissance _ ou Histoire _

    et à la reconnaissance du travail des mémoires _ des témoins ?«  :

    …

    ou,

    via une question de déni de puanteur (terrible !),

    un article d’El Pais,

    ce dimanche 19 avril 2009,

    « L’Holocauste n’est pas un spectacle« ,

    par Javier Rodríguez Marcos

    …

    _ en avant-première à ma recension prochaine de « L’Holocauste comme culture« , d’Imre Kertész,

    qui vient de paraître (enfin !) en traduction française (par Natalia Zaremba-Huzsvai et Charles Zaremba, les traducteurs fidèles de l’oeuvre d’Imre Kertész en français) aux Éditions Actes-Sud, ce mois de mars 2009 ;

    et que j’ai achevé de lire :

    il s’agit d’un recueil de 19 « discours et essais« , rédigés (et prononcés ou/et publiés) de septembre-octobre 1989 à l’année 2003 …

    …

    _ avec un « Avant-Propos » de l’auteur

    et une « Préface » (« Le travail et la thématique de Kertész« ), de Péter Nádas,

    écrivain hongrois, auteurn notamment, d’un magnifique livre sur Berlin (où réside en grande partie Imre Kertész désormais ; ainsi aussi que Péter Nádas) :

    « Le Livre des mémoires«  (paru en traduction française aux Éditions Plon, en juin 1998 _ et « Prix du meilleur livre étranger« , cette année-là), que je recommande avec chaleur !!! Un chef d’œuvre !

    …

    …

    « El Holocausto no es un espectáculo »

    …

    La Lista original de Schindler ha dado la vuelta al mundo _ Ahora la memoria interesa _ La recuperación del genocidio la inicio la televisión : ce sont-là des indications d’El Pais…

    …

    Javier Rodríguez Marcos 19/04/2009

    … La lista de Schindler existe. Apareció hace 15 días en una biblioteca australiana entre los papeles de Thomas Keneally, autor en 1982 de la novela _ le roman « La liste de Schindler » paru en effet en janvier 1982 sous le titre « Schindler’s Ark« , aux Éditions Simon & Schuster _ que Steven Spielberg _ qui en achète immédiatement les droits à Thomas Keneally _ convirtió 11 años después en la película sobre el Holocausto más popular de la historia _ le film « La Liste de Schindler« , sorti en France le 30 novembre 1993… El descubrimiento del documento original, 13 páginas amarillentas con 801 nombres de judíos salvados de la muerte por un industrial alemán, dio la vuelta al mundo. Una muestra más del poder del cine a la hora de despertar el interés por la historia.

    …

    Los cines y las librerías se han llenado esta temporada _ 2008-2009 _ de películas y libros sobre el genocidio judío y sus alrededores : el régimen hitleriano y la Segunda Guerra Mundial. Aunque el tema es ya todo un subgénero cinematográfico y literario, la trascendencia pública de filmes

    como « El niño con el pijama de rayas«  _ le film, en 2008, « The Boy in the Striped Pyjamas » de Mark Herman _ (basado en un libro _ le roman « The Boy in the Striped Pyjamas« , de l’auteur irlandais John Boyne ; et paru, lui, en 2006 : en français, « Le Garçon au pyjama rayé« , aux Éditions Gallimard-Jeunesse, dans le genre : « fable«  ! _ del que la editorial Salamandra lleva vendidos dos millones de ejemplares en dos años),

    « The reader«  _ « Le liseur« , film de Stephen Daldry, d’après le roman éponyme de Bernhard Schlink _ (que le valió un Oscar a Kate Winslet) ;

    o « Valkiria«  (encabezada por una megaestrella de Hollywood como Tom Cruise _ le film « Walkyrie« , de Bryan Singer, sorti en France le 17 décembre 2008 ; lire « Nous voulions tuer Hitler« , par Philipp Freiherr von Boeselager,« le seul récit de « l’opération Walkyrie » par un de ses acteurs », précise le sous-titre du livre… _)

    ha vuelto a despertar la polémica en torno a los límites del arte (y el espectáculo) a la hora de representar un acontecimiento que partió para siempre en dos _ sans nul doute ! _ la historia del siglo XX.

    …

    A esos títulos cabría añadir películas recientes o inminentes

    como « Desafío« ,

    « La condición humana« ,

    « Adam Resurrected » _ un film de Paul Schrader, paru en France le 22 mars 2009, au festival du film israëlien de Paris, d’après le roman éponyme, « Adam ressuscité« , de Yoram Kaniuk _,

    « Un secret » _ le film de Claude Miller, avec Patrick Bruel et Cécile De France, sorti le 3 octobre 2007, d’après le roman éponyme, « Un Secret« , de Philippe Grimbert _

    o « Plus tard tu comprendras » _ le film d’Amos Gitaï, avec Hippolyte Girardot, Jeanne Moreau et Emmanuelle Devos, sorti le 21 janvier 2009, d’après le récit autobiographique « Plus tard tu comprendras » de Jérome Clément, paru en 2005 _,

    y la no tan lejana y también oscarizada « Los falsificadores » _ en français « Les Faussaires« , un film de Stefan Ruziwosky, sorti en France le 6 février 2008, d’après un récit autobiographique d’Adol Burger.

    …

    Sin olvidar libros aparecidos en las últimas semanas como « Me llamaba Pikolo« ,  del célebre compañero _ Jean Samuel _ de Primo Levi en Auschwitz _ en français « Il m’appelait Pikolo _ un compagnon de Primo Levi raconte« … _,

    o el diario _ « Journal » _ de Hélène Berr, publicitado como una mezcla entre Ana Frank e Irène Némirovsky _ sur ce « Journal » d’Hélène Berr, cf mon article du 19 septembre 2008 « Chant d’action de grâce _ hymne à la vie, mais dans la nasse« …

    …

    El tema, está claro, tiene un público garantizado _ désormais _, pero no siempre fue así

    _ cf Annette Wieviorka : « Déportation et génocide _ entre la mémoire et l’oubli » et « L’Ère du témoin«  ; et c’est l’histoire de ce phénomène _ du déni de réalité (historique) au « thème » de prédilection (comme « histoires ») du public _ qui mérite toute notre attention ; et un article…

    El filósofo Reyes Mate, investigador del CSIC y uno de los grandes estudiosos europeos del Holocausto, recuerda que hace tan sólo 10 años propuso a dos grandes editoriales españolas que tradujeran « La especie humana«  _ « L’espèce humaine » _, un clásico _ un must ! _ entre los testimonios de deportados. El autor era Robert Antelme, el marido de Marguerite Duras, y en Francia había aparecido en 1957. La respuesta, cuenta Mate, fue rotunda: « Eso no interesa a nadie« . La pequeña editorial Arena lo publicó finalmente en 2001.

    …

    Otro ejemplo : uno de los libros de 2006 fue « Vida y destino«  _ « Vie et destin » : autre chef d’œuvre (indispensable !) du XXème siècle, de même que « L’espèce humaine » de Robert Antelme _, de Vassili Grossman, que llevaba publicada en España desde 1985. Que la más reciente fuera la primera versión directa del ruso no explica del todo el súbito interés.

    …

    ¿ Qué ha pasado, pues, para que el Holocausto haya encontrado por fin sus lectores y espectadores,

    es decir _ et la précision de vocabulaire est, en effet, très importante _, sus consumidores ? El propio Reyes Mate, autor de « Memoria de Auschwitz. Actualidad moral y política«  _ non traduit encore en français, le livre est paru en 2003 aux Éditions Trotta _ apunta dos razones. Una : hay muchos documentos por publicar. Dos : ahora la memoria interesa.

    …

    Aunque es difícil superar hitos como Primo Levi _ « Si c’est un homme » ; « Les Naufragés et les rescapés _ quarante ans après Auschwitz« , principalement _, Jean Améry _ « Par-delà le crime et le chatiment : essai pour surmonter l’insurmontable« , d’abord (cf ce qu’en dit l’immense Imre Kertész) _ o el propio Antelme, queda mucho material inédito depositado en los diversos museos del Holocausto, empezando por el de Jerusalén. Material por publicar y material por conocer. La edición del diario de Berr se cierra con una extensa nota en la que el Centro de Documentación Judía Contemporánea de París _ = le « Mémorial de la Shoah«  où œuvre Georges Bensoussan, 17 rue Geoffroy l’Asnier, Paris 4e _ hace un llamamiento a todos los que puedan tener materiales de ese tipo. Fue así, entre las decenas de cartas, fotos, objetos y documentos que reciben anualmente como depósito, les llegó ese libro hace siete años _ cf à nouveau mon article du 19 septembre 2008 : « Chant d’action de grâce _ hymne à la vie, mais dans la nasse« …

    …

    Jorge Semprún, superviviente de Buchenwald _ cf sur son séjour là-bas les magnifiques et indispensables, eux aussi, « Quel beau dimanche » et « L’Écriture ou la vie« _, suele decir que cuando muera el último deportado quedarán sus historias pero se perderá para siempre el recuerdo del olor de los crematorios

    …

    _ un article d’Imre Kertész, dans le recueil « L’Holocauste comme culture« 

    (et en le recherchant, je finis par découvrir qu’il s’agit de l’article _ magnifique !!! _ « Euréka« , le discours prononcé à la réception du prix Nobel de Littérature, le 10 décembre 2002, à Stockholm)

    évoque aussi ce que fut, d’abord, pour lui, le « re-souvenir«  de ses « vingt premières minutes«  à Auschwitz,

    tant demeurait encore puissant (dans le « survivant«  de tout « cela« …) le refus de « ressentir«  à nouveau cette « odeur« -précise-là : je me permets de citer _ et longuement _ ce passage, aux pages 259 à 261 :

    …

    « Dans les camps de concentration _ Buchenwald et Zeitz, après le passage ultra-rapide par la « sélection » d’Auschwitz-Birkenau _, mon héros _ celui d’« Être sans destin » et du « Refus » : celui qu’il nomme « György Köves » _ ne vit pas son propre temps, puisqu’il est dépossédé de son temps, de sa langue, de sa personnalité. Il n’a pas de mémoire, il est dans l’instant. Si bien que le pauvre doit dépérir dans le piège morne de la linéarité _ extraordinaire formule ; d’une imparable justesse ! _ et ne peut se libérer des détails pénibles. Au lieu d’une succession spectaculaire de grands moments tragiques, il doit vivre le tout _ immensément pesant, jusqu’à, à lui seul, déjà, tuer, ce « tout«  ! _, ce qui est pesant et offre peu de variété, comme la vie _ dangereuse par là, rien qu’en cela… Mais cela m’a permis de tirer des enseignements étonnants. La linéarité exige que chaque situation s’accomplisse intégralement. Elle m’a interdit, par exemple _ vous y venons… _ de sauter élégamment une vingtaine de minutes pour la seule raison que ces vingt minutes béaient devant moi _ au présent de la mémoire et de l’écriture de l’écrivant, vivant _ tel un gouffre noir, inconnu et effrayant comme une fosse commune. Je parle de ces vingt minutes qui se sont écoulées sur le quai _ la rampe d’arrivée du train _ du camp d’extermination de Birkenau, avant que les personnes _ elles l’étaient donc encore ! _ descendues des wagons ne se retrouvent devant l’officier qui faisait la sélection. Moi-même _ raconte l’auteur ce jour de décembre 2002 à Stockholm, Imre Kertész, à propos de lui-même alors âgé de quatorze ans et demi _, j’avais _ à l’instant d’écrire cet épisode d’« Être sans destin«  _ un souvenir approximatif de ces vingt minutes ; mais le roman _ à écrire _ m’interdisait de me fier _ seulement _ à mes _ minces et vagues actuelles (alors) _ réminiscences. Presque tous les témoignages, confessions et souvenirs de survivants _ alors disponibles en librairie ou dans les bibliothèques, en ces années cinquante et soixante, celles de l’écriture (longue) d’« Être sans destin » _ que j’avais lus _ les témoignages commençaient à s’accumuler, peu à peu ; et parvenir même à Budapest, au-delà du rideau de fer stalinien, surtout à partir des années soixante _ étaient _ un peu trop _ d’accord sur le fait _ à avérer ! _ que tout _ et le site d’Auschwitz-Birkenau n’est pas le site de Buchenwald ! _ s’était déroulé très vite et dans la plus grande confusion : les portes des wagons s’ouvraient violemment au milieu des cris et des aboiements _ des chiens des SS _, les hommes étaient séparés des femmes ; dans une cohue démentielle, ils se retrouvaient devant un officier qui leur jetait un rapide coup d’œil, montrait quelque chose en tendant le bras ; puis ils se retrouvaient _ ceux d’une certaine file, du moins ; pas ceux de l’autre file _ en tenue de prisonniers _ les autres filant à la zone de déshabillage, pour se doucher… 

    …
    Moi, j’avais
    _ cependant _ un autre souvenir _ bien plus anomique ! _ de ces vingt minutes. En cherchant des sources _ ayant quelque chance d’être un peu plus _ authentiques _ en fait de vérité du témoignage _, j’ai commencé par lire Tadeusz Borowski _ »Le Monde de pierres » : un must, lui aussi ! _, ses récits limpides, d’une cruauté masochiste, dont celui qui s’intitule « Au gaz, messieurs dames ! »…

    …

    Ensuite, j’ai eu entre les mains _ toute une aventure, probablement… _ une série de photos qu’un SS avait prises sur le quai _ de gare _ de Birkenau lors de l’arrivée des convois ; et que les soldats américains ont retrouvées à Dachau, dans l’ancienne caserne des SS. J’ai été sidéré _ le terme est éloquent _ par ces photos : beaux visages souriants de femmes, de jeunes hommes au regard intelligent, pleins de bonne volonté, prêts à coopérer.

    …
    Alors j’ai compris
    _ voilà : un cliquet ! sans retour _ comment et pourquoi ces vingt minutes humiliantes d’inaction et d’impuissance s’étaient estompées dans leur mémoire _ de survivants (ou « rescapés« , dit Primo Levi), bien sûr ! C’est que l’activité même de la mémoire n’est jamais neutre ; mais est toujours traversée de forces, en situation ; partagée, cette activité, qu’elle est, entre le désir de connaître vraiment (en vérité !) ; et le désir de ne pas connaître, et d’oublier ; ou de seulement, pire, croire connaître : en paix avec les clichés partagés avec d’autres…

    …
    Et quand, en pensant
    _ c’est à dire « vraiment » !.. _ que tout cela s’était répété jour après jour, semaine après semaine, mois après mois, durant de longues années _ linéaires ! _, j’ai pu entrevoir _ en écrivain responsable de la vérité de sa plume ; pas en bonimenteur ou propagandiste _ la technique _ tranquille et froidement cynique, mise en place _ de l’horreur ; j’ai compris _ oui ; et permis de faire comprendre un peu mieux à qui le lirait (et lira) _ comment on _ = certains _ pouvait retourner la nature humaine _ en la manipulant si peu que ce soit avec habileté et roublardise _ contre la vie humaine«  _ on mesure combien, cette fois-là de 2002, le « Prix Nobel de Littérature«  décerné n’était pas (seulement) de l’ordre du « politiquement correct«  !..

    …

    « J’avançais ainsi _ en expérimentateur libre _ sur la voie linéaire _ elle aussi ? par l’effet du cliquet ? sans doute _ des découvertes ; c’était, si on veut, ma méthode heuristique » _ je m’arrêterai ici à cette considération-là : décisive, il est vrai.
    …

    Dans un autre de ses (immenses !) textes _ peut-être dans « Dossier K.«  ; en plus du récit premier (et basiquement fondamental, pour Imre Kertész : tant l’homme que l’artiste-écrivain) d’« Être sans destin« , bien sûr…  _, Imre Kertész évoque un autre moment, un peu plus tardif, de ces longues premières heures à Auschwitz : précisément le très long refus de consentir (alors ; puis, à nouveau, ensuite) à admettre en pleine conscience que l’odeur insupportable qui s’élevait sans discontinuer des hautes cheminées de Birkenau, en face des baraquements, et rendait l’atmosphère absolument irrespirable, avait quelque chose à voir avec les files de ceux de ses compagnons de voyage (depuis Budapest) qui avaient pris _ et continuaient peut-être de prendre _ le chemin des douches…

    …

    Fin de l’incise à propos de « l’odeur des crématoires » (dans la bouche, ou sous la plume, de Jorge Semprun) ;

    et retour à l’article « L’Holocauste n’est pas un spectacle«  de Javier Rodríguez Marcos : je reprends :

    …

    Jorge Semprún, superviviente de Buchenwald suele decir que

    cuando muera el último deportado quedarán sus historias

    pero se perderá para siempre el recuerdo _ physique, en quelque sorte, incarné dans la mémoire d’un corps _ del olor de los crematorios.

    …

    En esa línea, la novelista española Juana Salabert apunta a la urgencia por saber todo lo posible antes de que desaparezcan los testigos, como una explicación más para el fenómeno. Hija de exiliados españoles en Francia y autora de « Velódromo de invierno » _ « Le Vélodrome d’hiver« , paru en traduction française aux Éditions Buchet-Chastel en octobre 2007 _, una novela sobre las deportaciones masivas de 1942 que ganó el « Premio Biblioteca Breve« , Salabert añade: « No hace tanto que pasó. ¿ Qué son 60 años ? Estamos hablando de nuestros abuelos« .

    …

    Retomando su segundo argumento, el actual interés por la memoria, Reyes Mate señala que no se trata sólo de un fenómeno español, sino de una tendencia general _ certes. Claro que él mismo subraya que también el olvido fue durante décadas una tendencia general : « Al final de la Segunda Guerra Mundial la consigna _ oui ! _ fue ésa, olvidar. Y no sólo en Alemania, donde tenían un país por reconstruir, también en Estados Unidos _ et ailleurs... Allí las asociaciones judías recomendaron a los supervivientes que se integraran discretamente, que no molestaran con sus historias« .

    …

    Pero todo cambió en los años ochenta _ lire en priorité ici le décisif « L’Ère du témoin » d’Annette Wieviorka. Y el cambio no lo trajo _ principalement, selon le journaliste auteur de cet article d’« El Pais«  _ ni la historiografía ni la investigación. Lo trajo la televisión. El interés masivo por el Holocausto nació a la vez _ mais cette concomitance ne constitue pas une explication… _ que se abría la polémica, que dura hasta hoy, sobre la manera de contarlo en una pantalla. Entre el 16 y el 19 de abril de 1978, 120 millones de personas vieron en Estados Unidos una serie producida por la NBC a partir de una novela de Gerald Green : « Holocausto » _ « Holocauste« , paru en traduction française aux Éditions Robert Laffont.

    …

    La historia cruzada de dos familias (una judía y una nazi) cambió para siempre la percepción del mundo _ de la plupart _ sobre un genocidio que pasó a llamarse con el título de la serie, un término que se impuso a los más utilizados hasta entonces : « Auschwitz » o, siguiendo acríticamente la terminología de los verdugos, « Solución Final« . Del poder del cine como detonante (y fabricante _ à discuter ! _) de la memoria da una idea también el hecho de que en Francia el término más extendido hoy, « Shoah« , sea el título de la película de nueve horas dirigida por Claude Lanzmann en 1985 _ « Shoah« , le film (de 613 minutes ; sorti en France le 30 avril 1985) ; et « Shoah« , les dialogues du film : une étape cruciale du processus (de « représentation« ) qui nous mobilise ici…

    …

    De pretensiones realistas y tintes melodramáticos, « Holocausto » generó tal controversia que animó a varias universidades estadounidenses a promover proyectos para recoger _ on ne peut plus matériellement _ los testimonios de los supervivientes _ dont l’entreprise, gigantesque, de recollection de témoigages dirigée par Steven Spielberg, avec un procole bien spécifié. Como ironizó algún historiador crítico : primero llegó el kitsch, luego la ciencia. Se estima que 500 millones de espectadores vieron la serie en todo el planeta, pero en ningún lugar causó el efecto que en Alemania, donde se emitió en 1979, hace ahora 30 años. Aunque es ya famosa la crítica de Der Spiegel en la que se describía la serie como « el genocidio rebajado al nivel de « Bonanza« , con música de « Love Story«  », los guionistas consiguieron lo que no habían conseguido los historiadores : romper el tabú de los alemanes sobre su propio pasado.

    …

    « Yo estudié en Alemania en los años sesenta y setenta« , relata el propio Reyes Mate, « y allí no se hablaba del Holocausto. Ni siquiera se veían las típicas películas del americano bueno y el nazi malo. La televisión puso el tema en el centro del debate nacional. Opinaba todo el mundo : los taxistas, los periodistas, no sólo los historiadores. Se notaba en la calle« .

    …

    « Algo parecido, aunque más tarde que en Alemania, sucedió en Francia« , cuenta Juana Salabert. Sólo con Chirac, en los años noventa, se empezó a hablar de la responsabilidad del Estado en las deportaciones : « Del Estado y de muchos franceses. Hasta entonces todo se había reducido al colaboracionismo de unos pocos« . Del silencio de los padres _ oui _ se pasó a las preguntas de los hijos _ difficiles _ , y de éstas, hoy, a la petición de responsabilidad _ probablement _ de los nietos. Salvadas todas las distancias, una relación no muy distinta de la de las diferentes generaciones de españoles con la Guerra Civil.

    …

    No obstante, muchos de los que defienden la necesidad de salvaguardar la memoria del Holocausto alertan sobre la proliferación de películas que lo tienen como tema _ Elie During nous a avertit de la distinction cruciale à établir, constituer et maintenir entre activité de « problématisation«  et fossilisation en « thématique«  ; cf mon article du 17 avril dernier : « Elégance et probité d’Elie During _ penseur du rythme _ en son questionnement “A quoi pense l’art contemporain ?” au CAPC de Bordeaux » _, una avalancha que llega, dicen, acompañada de dos grandes peligros : la banalización exhibicionista del horror ; y, en una nueva vuelta de tuerca, la identificación con los verdugos _ à méditer ! « Para muchos espectadores estadounidenses« , escribió el crítico de The New York Times A. O. Scott, « una película sobre el Holocausto equivale hoy a un western ! » Es decir, a una obra de género más cercana al entretenimiento _ ah ! l’« entertainment » et son industrie (décervelante) florissante… _ que a la historia.

    …

    Para los críticos, con ciertos usos del Holocausto en la ficción, el gran riesgo está en atravesar la frontera entre explicar, comprender y justificar. A la luz de películas como « Valkiria« , sobre el atentado frustrado contra Hitler, y « The Reader« , sobre una celadora de un campo de concentración, Salabert apunta: « Noto que el interés empieza a pasar de la mirada de la víctima a la del verdugo« . Aunque reconoce que la actuación de Winslet es « excelente » a la hora de mostrar los miedos cotidianos de una ex nazi, advierte : « Un pasito más y diremos : eran las circunstancias; hay que comprender » _ à comparer au phénomènal succès de librairie (et lecture) des « Bienveillantes« , de Jonathan Littell ; ainsi que les levées de ses critiques : par exemple, « Les Bienveillantes décryptées« , de Marc Lemonier ; « Les Malveillantes« , de Paul-Éric Blanrue ; « Les Complaisantes« , de l’historien Edouard Husson ; ou, divers articles fort bien troussés de l’espiègle et courageux Pierre Jourde…

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    ¿ Y qué dicen las víctimas ? Rosa Toran, presidenta de « Amical de Mauthausen« , que agrupa a deportados y familiares de deportados a los campos nazis, indica que el alud de películas sobre el Holocausto no siempre ayuda porque no discrimina : « Hay un revival peligroso ligado a veces a que la estética nazi es atractiva para mucha gente. Además, es muy grave presentar a los implicados en el complot contra Hitler como resistentes. Los verdaderos resistentes no lo fueron sólo en 1944, cuando vieron la guerra perdida. El problema de la ficción frente al documental es que se queda en las acciones heroicas aisladas y no indaga mucho más« .

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    No obstante, Toran no duda respecto a mostrar la normalidad de los verdugos : « Claro que hay que hablar de ellos. Eran personas normales, no demonios con superpoderes. Otorgarles normalidad es generar antídotos para que no vuelva a suceder. Además, explicar no es justificar« .

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    Reyes Mate abunda en esa opinión recordando la polémica provocada por la película « El hundimiento«  _ « La Chute« , film d’Olivier Hirschbiegel, avec Bruno Ganz, sorti en France le 5 janvier 2005 _, que cuenta las últimas horas de Hitler en su búnker berlinés : « El cine tiene el peligro de que, por sus propios mecanismos, busca la identificación _ vertigineuse et vénéneuse _ del espectador con el protagonista ; pero hay que correr el riesgo de hablar de la normalidad de los criminales para que no se piense que el genocidio judío fue obra de cuatro locos » _ cf ici les importants travaux de Christopher Browning : « Des hommes ordinaires : le 101ème bataillon de la police allemande et la solution finale en Pologne » et « Les Origines de la solution finale : l’évolution de la politique antijuive des nazis, septembre 1939-mars 1942 » (avec Jürgen Matthäus) ; et de Harald Welzer : « Les Exécuteurs : des hommes normaux aux meurtriers de masse« … Ainsi que _ mais à un tout autre niveau, forcément ! _ mes articles du 13 et du 27 février 2009 à propos du débat entre les historiens Edouard Husson et Florent Brayard : « de l’hypothèse au fait : la charge de la preuve _ un passionnant article de Florent Brayard à propos du “Heydrich et la solution finale” d’Edouard Husson, quant à la datation de la “solution finale”, avant la conférence de Wannsee » et « Sur le calendrier de “la solution finale” : la suite du débat historiographique Edouard Husson / Florent Brayard » : afin de donner si peu que ce soit d’écho (sur un blog…) à leurs recherches…

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    « La banalidad del mal« , lo llamó Hannah Arendt _ en 1963 dans son ouvrage très important « Eichmann à Jérusalem _ Rapport sur la banalité du mal« … _, que, frente a los que al hablar del horror del Holocausto se refugian en lo inexplicable (!), fue rotunda : si Auschwitz sobrepasa toda noción de justicia y humanidad habrá que repensar desde cero el derecho y las ciencias humanas (!). « Cuando sucede lo impensable, aparece lo que da que pensar« , añade Mate. Ése es para él _ rejoignant ainsi les puissantes positions d’Imre Kertész en ses discours et conférences de « L’Holocauste comme culture » _ el potencial del Holocausto para las generaciones futuras : « Lo que queda es tomarse en serio _ oui ! _ toda esa memoria ; pasar de la emoción a la interpretación ; y pensarlo todo a la luz de lo que ocurrió ; no seguir como si no hubiera ocurrido. Todo : la política y la propia idea de progreso, la ética y, por supuesto, el arte« . E insiste, explicar no es comprender. « La gran singularidad de la Shoah es que siempre habrá un abismo _ certes _ entre las causas que nos damos y lo que ocurrió. No sólo un abismo moral, también racional. El odio a los judíos no da para matar a un millón de niños«  _ cf aussi de Georges Bensoussan les très riches : « Europe, une passion génocidaire : essai d’histoire culturelle » et « Auschwitz en héritage : d’un bon usage de la mémoire« …

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    Tal vez por eso algunos supervivientes valoran, frente al verismo _ peu vérace _ de « La lista de Schindler« , el absurdo _ ou plutôt l’humour : décalant (et « décaleur« ) parce que distancié et distanciateur (à la Brecht, celui de la « Verfremdung« … cf ici mon article du 14 avril dernier : « L’apprendre à lire les images de Bertolt Brecht, selon Georges Didi-Huberman : un art du décalage (dé-montage-et-re-montage) avec les appoints forts et de la mémoire activée, et de la puissance d’imaginer« ) _ de « La vida es bella«  _ « La Vie est belle« , le film de Roberto Begnini, sorti en France le 23 octobre 1998. Es el caso de Imre Kertész, que reconoció _ en son article (du « Zeit » de Hambourg, en 1998) « A qui appartient Auschwitz ?« , in « L’Holocauste comme culture« , pages 156 à 159 _ en la atmósfera irreal de la película de Benigni, criticada por teñir de comedia el drama de un campo de exterminio, una característica esencial«  de lo que él vivió en Auschwitz : « El hedor de la carne quemada nos revolvía el estómago y, sin embargo, no podíamos creer que fuera cierto » _ voilà ! je viens de retrouver l’origine de cette référence à « l’odeur«  des « fours crématoires« , longtemps déniée le premier jour de son passage _ Kertész avait quatorze ans et demi ; mais ce n’est pas une affaire d’âge ! _ par la station de triage d’Auschwitz :

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    voici cette phrase que je recherchais, tout à l’heure ; elle se trouve page 158 de « L’Holocauste comme culture«  :

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    « La puanteur de la chair brûlée nous donnait la nausée ; et pourtant nous ne pouvions croire (tel est bien le déni de réalité !) que tout cela _ au neutre _ fût vrai.« 

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    C’est que : « on préférait _ poursuit Kertész rédigeant l’article du « Zeit«  _  se plonger _ en ces instants, si difficiles, en leur impensable nouveauté ! (et vitesse de surgissement ! ; sans rien dire des armes et des barbelés !) _  dans des pensées plus rassurantes qui pouvaient inciter _ davantage _ à survivre » _ page 158, donc.

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    Titus Curiosus, le 19 avril 2009