Ce sont le mystère et le rêve éveillé d’Ernest Chausson (Paris, 20 janvier 1855 – Limay, 10 juin 1899) qui sont idoinement servis dans des lectures qui fascinent du « Concert » Op. 21 par Renaud Capuçon, Nicholas Angelich– Cincinnati, 14 décembre 1970 – Paris, 18 avril 2022 – et le Quatuor Ebène, et du « Poème » Op. 25 par Renaud Capuçon et le Brussels Philharmonic dirigé par Stéphane Denève, dans un très séduisant et frémissant de vie CD Erato 502685456521 « Chausson – Poème – Concert« – enregistré, le « Concert« , Live à Paris, à la Fondation Singer-Polignac, le 27 juin 2020 ; et le « Poème« , à Flagey-Bruxelles, du 19 au 23 novembre 2018…
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Ernest Chausson est un compositeur singulier, pas forcément commode à servir pour les interprètes de ses chefs d’œuvre,
Mais cc CD Erato vient magnifiquement saisir et nous faire ressentir l’esprit très singulier de ces deux très très belles œuvres de Chausson…
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J’aime de fait depuis longtemps ces chefs d’œuvre de Chausson,
mais c’est l’article du 13 août dernier de Jean-Charles Hoffelé « Doublé gagnant » qui m’a décidé à me procurer ce CD ;
qui me plaît décidément beaucoup,
avec tout spécialement le piano de Nicholas Angelich magnifiquement capté dans un admirable tout frémissant de vie concert à la Fondation Singer-Polignac le 27 juin 2020…
Qui faut-il écouter d’abord dans leConcert de Chausson ? Le violon de Renaud Capuçon, capiteux et virtuose, interprète avec un grand I, concert de chambre certes, mais pensé pour un soliste, ce que la prise de son augmente mettant le violon au premier plan.
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Ce que j’écoute pourtant d’abord – oui, et nous y sommes nous aussi éminemment sensible – au long de cette lecture si poétique – je crois bien la plus émouvante Sicilienne de toute la discographie – reste le piano coffre à couleurs de Nicholas Angelich, l’une de ses ultimes apparitions – le 27 juin 2020 ; et il décèdera le 18 avril 2022 – et une raison de plus – oui – de le pleurer. Il imprime le tactus, y laisse respirer les paysages des Ebène, porte le chant souvent ténébreux de Renaud Capuçon – oui, oui, tout cela, en effet nous transporte… – , merveilleuse version qui évoque un rêve éveillé – oui, et frémissant de vie… Le lyrisme d’Ernest Chausson s’y déploie dans cette plénitude sonore – oui, servie par le superbe enregistrement live de Kali Son… – qui manque à tant de versions.
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À revers, les gris colorés du Poème fascinent dans une lecture comme suspendue – oui, oui – dont Stéphane Denève et les Bruxellois font les harmonies si proches de celles du jeune Debussy. Seize minutes, manière d’abolir le temps, de laisser tout l’espace pour cette autre alouette, merveilleuse proposition qui accroît le mystère – voilà – d’une œuvre unique – en effet : l’essentiel se trouve là bien cerné….
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LE DISQUE DU JOUR
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Ernest Chausson (1855-1899) Concert pour violon, piano et quatuor à cordes, Op. 21 Poème, Op. 25
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Renaud Capuçon, violon Nicholas Angelich, piano Quatuor Ebène
j’ai recherché dans ma discothèque personnelle quelles interprétations, par quels chefs et quels orchestres, je pouvais d’ores et déjà écouter sur ma platine, de cet « Escales » de Jacques Ibert…
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De Paul Paray (Le Tréport, 24 mai 1886 – Monte-Carlo, 10 octobre 1979), le créateur même – eh oui ! – de cette œuvre « Escales » de Jacques Ibert le 6 janvier 1924 aux Concerts Lamoureux, à Paris,
j’ai ainsi pu dénicher et écouter – écoutez-la ici ! – son interprétation, le 18 mars 1962 à Detroit, à la tête du Detroit Symphony Orchestra, de ce superbe « Escales« , avec le CD n° 19, aux plages 9 à 11 du magnifique coffret Mercury -Eloquence 484 3318 de 22 CDs « Paul Paray – Detroit Symphony Orchestra – The Mercury Masters – volume 2 : 1958 – 1062 » – cf, au passage cet article de Michel Tibbaut « Musique orchestrale française transcendée par Paul Paray » paru le 14 août 2006 sur le site de ResMusica, à propos de cet « Escales« dirigé à Detroit par Paul Paray…
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Et de cet autre très grand serviteur de la musique française qu’est Jean Martinon (Lyon, 11 janvier 1910 – Neuilly-sur-Seine, 1er mars 1976),
ma discothèque personnelle comporte, aux plages 6 à 8 du CD n° 9 du coffret de 14 CDs Erato-Icon 0825646154975 « Jean Martinon – The Late Years – Erato and HMV Recordings – 1868 – 1975« , ce magnifique « Escales » de Jacques Ibert – à écouter ici…
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Quelle enchanteresse musique de Jacques Ibert, en 1922 !
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Et quelles merveilleuses interprétations-là, en 1962 et 1974, par ces deux très parfaits serviteurs-passeurs, au concert comme au disque, de la musique française, que sont les magnifiques Paul Paray et Jean Martinon…
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À suivre prochainement, donc…
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Ce lundi 25 mai 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa
un « CD sympathique et efficace – sic : sans rien de plus d’appréciation… – , repéré en temps de disette d’enregistrements orchestraux. John Wilson est devenu pour Chandos « Monsieur musique française » » – sans davantage de développements…
j’ai immédiatement commandé ce CD Chandos CHSA 5379 « French Orchestral Favourites » – enregistré à Kilburn (Londres) en des sessions particulièrement soignées entre le 7 novembre 2023 et le 7 janvier 2025 – à mon disquaire préféré,
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et il se trouve que le jour même de sa réception (et son écoute !), hier samedi 23 mai, quelle n’est pas ma très heureuse surprise de découvrir sur l’excellent site de Crescendo Magazine ce très bel article très détaillé et superbement juste, sur ce CD, et partageant mon enthousiasme de l’écoute du CD (!!!), de Pierre-Jean Tribot, à la très fine oreille, intitulé : « Le panorama orchestral français de John Wilson« ,
que je m’empresse de partager ici, avec de modestes farcissures de ma part :
Paul Dukas (1865-1935) : L’Apprenti sorcier. Claude Debussy (1862-1918) : Clair de lune, extrait de la Suite bergamasque (orchestration John Wilson, 1994). Emmanuel Chabrier(1841-1894) : Joyeuse Marche. Maurice Ravel (1875-1937) : Une Barque sur l’océan, n° 3 des Miroirs (orchestration du compositeur, 1906). Camille Saint-Saëns (1835-1921) : Danse macabre, op. 40. Georges Bizet (1838-1875) : Suites de Carmen (révision par John Wison lui-même d’arrangements d’Ernest Guiraud, édition Fritz Hoffmann), présentées dans un ordre choisi par John Wilson. Sinfonia of London, John Wilson, direction ; Charlie Lovell-Jones et John Mills, premiers violons ; John Mills, violon solo (Saint-Saëns et Bizet). 2025-2026. Livret en anglais. 1 SACD hybride Chandos CHSA 5379.
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Il fut un temps — la grande époque du 33 tours – en effet – — où les chefs et les labels considéraient comme une évidence de graver des panoramas de tubes orchestraux français – à destination d’un très large public à conquérir par le disque. Stokowski en faisait des feux d’artifice de couleurs pour RCA et Decca, Karajan en signait des florilèges chez DGG, Munch et Paray en livraient des galeries entières chez RCA et Mercury, sans parler des albums d’Ansermet à Genève, de Cluytens à Paris, de Martinon à Chicago, ou des disques Reader’s Digest qui mettaient L’Apprenti sorcier, la Danse macabre et la Suite de Carmendans toutes les discothèques bourgeoises de l’après-guerre – voilà. Ces albums étaient des cartes postales sonores assumées, et c’est précisément pour cela qu’ils ont fait école : on y entendait des chefs qui savaient tenir un programme de pièces célèbres – voilà – , en faire un parcours et non une succession. Avec l’arrivée du CD et la montée en puissance des intégrales — symphonies, concertos, opéras — ce format a quasiment disparu, jugé – désormais – trop peu prestigieux, trop « éclaté », trop grand public – voilà. C’est dans ce trou de la discographie que vient se loger ce nouveau John Wilson chez Chandos, et il faut saluer la justesse – dont acte – du geste.
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Car ce que démontre ce disque, page après page, c’est une maîtrise stylistique – voilà – proprement stupéfiante – absolument !!! Et dans le plus grand naturel… Et j’adhère pleinement à cette appréciation de Pierre-Jean Tribot ici sur ce que réussit si bien à obtenir John Wilson de son orchestre et des ses enregistrements, alors que moi-même ne vais guère vers ce que j’appréhende comme des compilations discographiques trop éclatées et donc fort peu attractives…John Wilson possède au plus haut degré cette qualité devenue rare : il sait faire jouer français– voilà qui est idéalement ressenti ici !Sa direction conjugue deux exigences que l’on croit souvent contradictoires — une transparence absolue de la texture – oui – , qui laisse voir chaque ligne, chaque contrechant, chaque détail d’orchestration, et un impact, une frappe rythmique, un sens du climax – voilà, incisifs, mais sans violence ni exagération aucune, et toujours avec une supérieure élégance… – qui n’épargnent jamais l’auditeur. Et ce qui fascine, par-dessus tout, c’est son sens du rythme – et j’y suis moi aussi éminemment sensible – : une pulsation tenue, jamais raide – surtout pas ; au contraire, suprêmement souple et merveilleusement fluide – , capable de graduer – avec finesse – la tension – soutenue et portée : voilà – à l’intérieur d’un même morceau, de faire respirer – voilà, voilà, c’est capital !.. – une phrase sans perdre l’unité métrique, de laisser claquer un accent sans rompre le flux – c’est très exactement cela. C’est cette qualité — proprement rare aujourd’hui — qui donne à chaque page – à la fois – sa cohérence interne et sa propulsion – qui donne la joie irrésistible de l’élan, et avance… …
Mais cet album ne serait rien sans l’orchestre absolument fabuleux – mais oui ! C’est encore formidablement juste ! – que Wilson a constitué autour de lui. Le Sinfonia of London – repris par John Wilson en 2018 – est aujourd’hui une formation d’élite dans tous les compartiments du jeu. Les individualités d’abord : chaque pupitre solo — de la flûte et du cor anglais qui dessinent les ondulations d’Une Barque sur l’océan aux interventions de violon de John Mills dans la Danse macabre et le Nocturne de Micaëla — possède une personnalité affirmée, une couleur identifiable – oui, et superbe…
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Les ensembles ensuite : la cohésion des cordes, leur homogénéité d’archet, leur capacité à passer du pianissimo murmuré au forte ample sans rupture de matière, sont la signature même – oui – de la formation. Et puis il y a les cuivres, qu’il faut saluer à part : ceux que l’on entend –regardez et écoutez ici – dans L’Apprenti sorcier — les trompettes lors du climax, les cors dans toute la partition — sont tout simplement extraordinaires – voilà ! – , d’une précision et d’une rondeur de timbre – oui – qui rappellent les meilleurs pupitres de la grande tradition. Voilà un orchestre qui n’a rien à envier aux phalanges historiques, et qui apporte en plus – voilà ! – cette fraîcheur, cet appétit, cette envie d’en découdre – à mille lieues de la moindre componction amidonnée… – que l’on perçoit dans chaque attaque – comme sous les doigts enflammés du compositeur inspiré, créant, phrase à phrase, note à note, la pièce à sa propre écritoire.
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Le Clair de lune qui suit constitue la curiosité du programme : non pas l’orchestration canonique de Caplet, mais celle que John Wilson lui-même a réalisée – voilà – en 1994. Le geste est cohérent — un chef qui pense en orchestrateur — et le résultat séduit par sa retenue – oui – , par cette façon de laisser respirer – voilà ! et c’est absolument capital ! – le tempo rubato sans s’alourdir – surtout pas ! – d’effets – tout ce qu’on peut et doit attendre d’une interprétation de musique française, en effet… C’est un Debussy intime, presque chambriste – oui – , qui prolonge naturellement la Joyeuse Marche de Chabrier, prise avec un brio – voilà – qui ne sacrifie jamais l’élégance – surtout pas, bien sûr, non plus…
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Une Barque sur l’océanest un cas – au départ – plus délicat. Ravel avait retiré cette auto-orchestration de son catalogue, jugeant – voilà, lui, orchestrateur hors-pair !!! – la pièce mieux servie par le piano – seul. Wilson en défend la cause avec un sens du souple de rythme — l’indication même – magnifiquement significative – du compositeur — qui justifie la réhabilitation : la pièce respire, ondule – voilà, voilà – , capte cette lumière mouvante – voilà encore – que Ravel avait sans doute cru manquée. Danse macabre, où John Mills (l’un des deux leaders de l’orchestre) tient la partie de violon solo grinçante, retrouve sa juste théâtralité macabre, sans surcharge expressionniste – c’est simplement parfait…
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Le morceau de bravoure du disque est sans conteste – en effet ! – Carmen – brillantissime comme jamais ! Wilson y propose un geste éditorial fort : plutôt que de reprendre l’une ou l’autre des deux suites Guiraud canoniques, il s’appuie sur l’édition de Fritz Hoffmann (vers 1905, qui repartait – lui – de l’orchestration originale de Bizet) pour proposer une séquence intégrale de douze numéros dans un ordre de son choix – à lui. La démarche est intelligente : elle restitue à cette musique sa nature de partition d’opéra – avec toute l’intensité dramatique, mais sans surcharge – plutôt que de suite de concert, et le résultat tient sur trente-cinq minutes avec une tension dramatique permanente – voilà ! Les Toréadors claquent, l’Aragonaise a du tranchant, la Habaneratrouve une ironie élégante dans sa version purement orchestrale, et le Nocturne de Micaëla — avec à nouveau John Mills au violon — révèle la dimension lyrique que la version Guiraud avait estompée. La Danse bohême finale est menée presto avec une virtuosité collective – oui -qui justifie à elle seule l’écoute.
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Reste à dire un mot de la prise de son – et c’est très ample justice, en effet. Elle est, tout simplement, phénoménale – absolument ! Ralph Couzens et Alexander James – il faut en effet les citer – signent dans l’acoustique de St Augustine’s Church à Kilburn — devenu en quelques années le saint des saints des sessions Chandos — l’un des plus beaux enregistrements d’orchestre de la décennie – rien moins ! Profondeur et homogénéité des cordes, netteté des bois, assise sans agressivité des cuivres, gravité maîtrisée des percussions – voilà, voilà, voilà – : tout est là – oui ! – , dans une spatialisation – aérée et dynamique – d’une lisibilité totale – idéale, bien sûr, pour la musique française, on ne le redira jamais assez ! – qui rend l’écoute en SACD (et a fortiori en Dolby Atmos streaming) proprement saisissante. C’est cette captation, autant que la direction, qui fait de ce disque une démonstration – tout à fait : avec le plus grand naturel, et sans le moindre didactisme un peu pesant, dans la plus pure joie de l’idiosyncrasie de l’art du génie créateur français…
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Démonstration, le mot s’impose. Démonstration qu’un panorama – voilà – orchestral français, en 2026, n’a rien d’un format suranné quand il est défendu avec cette intelligence – ultra-sensible – du style et cette qualité technique – de l’interprétation de l’orchestre comme de l’enregistrement des ingénieurs du son. Démonstration qu’on peut renouer – avec jubilation – avec la grande tradition des albums-cartes-postales sonores – des grands chefs d’orchestre d’autrefois – sans tomber dans le commercial – et sa vulgarité allécheuse. Démonstration, surtout, que Sinfonia of London et son chef sont aujourd’hui sans équivalent – oui ! – dans ce répertoire – ainsi que je l’ai moi aussi remarqué dans les précédents articles de mon blog concernant les précédents CDs de John Wilson et son Sinfonia of London pour Chandos ; et ici je remarque au passage, que, d’eux, me manque le CD Chandos CHSA 5252 « Escales – French orchestral Works« , avec des œuvres de Chabrier, Duruflé, Saint-Saëns, Debussy, Ibert, Massenet et Ravel (« Rapsodie espagnole« ), paru en février 2020 : je vais donc le commander lui aussi… Ce disque-ci pétille, oui, mais qu’on ne s’y trompe pas : ce n’est pas du crémant, c’est du champagne — et du millésimé. Indubitablement l’un des très grands disques d’orchestre de ces dix dernières années.
d’une maestria sans esbroufe, mais de pure évidence naturelle et heureuse de respiration, « à la française » – sans nationalisme chauvin, évidemment, de ma part bien modeste de mélomane : il se trouve que tout simplement j’aime beaucoup beaucoup la musique française ; surtout quand elle est aussi idoinement servie comme ici, par un John Wilson dirigeant si parfaitement son orchestre...
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Ce dimanche 24 mai 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa
Hier 4 septembre, sur le site du magazine Crescendo,
un bel hommage d’Alain Pâris à l’incomparable Pierre Monteux pour le 150e anniversaire de sa naissance – Paris, 4 avril 1875 – Hancock (Maine), 1er juillet 1964 – ,
En 1961, lorsque l’Orchestre symphonique de Londres fit appel à lui comme chef permanent avec un contrat de 25 ans, on le croyait éternel. Il y avait de quoi : signer un tel contrat à 86 ans équivalait à un bail à vie, un usage assez rare dans un monde où l’usure se fait vite sentir et où les musiciens aiment à voir partir assez rapidement les chefs qu’ils ont tout d’abord encensés. Monteux avait un sens du contact très profond, un grand calme dans le geste comme dans le propos, une compétence que les instrumentistes à cordes appréciaient car il était l’un des leurs – d’abord un instrumentiste : violoniste et altiste !.. – , et une précision – bien française, tempérée… – encore rare à l’époque des excès du post-romantisme. On a attribué à Toscanini l’exclusivité de cette révolution au profit d’une nouvelle rigueur. Mais Monteux a œuvré dans le même sens. L’histoire semble l’avoir oublié. D’ailleurs, comment imaginer avoir dirigé le répertoire qui était le sien, à commencer par le Sacre du printemps dont il fut le créateur – le 29 mai 1913 – , sans une précision – éminemment ravélienne, elle aussi – qu’ignoraient ses prédécesseurs. Toutefois, limiter les qualités de Monteux à la seule précision rythmique serait – très – réducteur. Son abondante discographie en apporte la preuve. Et s’il fallait se contenter d’un seul exemple, il suffit d’écouter son enregistrement – à Londres – en février 1964 – de La Valse de Ravel avec l’Orchestre symphonique de Londres : souplesse et rigueur font bon ménage, élégance sans le moindre excès, l’art de la juste mesure. Inégalé et, à mon humble avis, inégalable – probablement.
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Monteux était violoniste de formation – voilà. Il avait roulé sa bosse dans l’orchestre des Folies-Bergère tout en pratiquant la musique de chambre – c’est important, ça aussi… – dans deux des quatuors à cordes français les plus réputés, le Quatuor Geloso et le Quatuor Tracol – que fréquenta aussi Lucien Durosoir, ami de Pierre Monteux. En 1893, Édouard Colonne lui offre le poste de premier altiste dans son orchestre. Pendant une vingtaine d’années – 1893 – 1914 – , il va participer à la création des plus grandes œuvres du répertoire symphonique de l’époque, Debussy, Ravel – oui ! En 1906, Colonne le prend à ses côtés comme chef adjoint. Puis ce seront les Ballets russes où il remplace Pierné dès la deuxième saison et où, en l’espace de trois ans, il porte sur les fonts baptismaux quelques unes des œuvres fondamentales du répertoire symphonique et chorégraphique du XXe siècle : Petrouchka (1911), Le Sacre du printemps (1913) et Rossignol (1914) de Stravinski, Valses nobles et sentimentales (1912) et Daphnis et Chloé (1912) de Ravel, Jeux (1913) de Debussy. La porte des États-Unis s’ouvre à lui : deux saisons au Met, cinq ans à la tête de l’Orchestre symphonique de Boston, et il revient en Europe où tous les grands orchestres font appel à lui, notamment le Concertgebouw d’Amsterdam dont il est un invité régulier. Puis c’est l’Orchestre symphonique de Paris, qu’il quittera en 1938 lassé par les querelles syndicales qui entravent son action. San Francisco l’appelle au pupitre de son orchestre symphonique alors en piteux état. Il y restera dix-sept ans et adoptera la nationalité américaine. Monteux est alors devenu une référence tant pour la connaissance du répertoire français – évidemment ! – que pour bâtir ou relever des orchestres. Toujours à l’affût des œuvres nouvelles, il impose Stravinski, naturellement, avec lequel il reste étroitement lié, mais aussi Poulenc ou Honegger, Villa-Lobos, et chez les Américains, Sessions, Antheil, Creston et bien d’autres. Lorsque la NBC décide de créer un orchestre pour Toscanini à New York, c’est à lui que l’on fait appel pour les concerts préparatoires – voilà – , afin de façonner l’orchestre à la mesure du maestro. À la fin de sa vie, il s’installe dans le Maine – à Hancock – où il fonde une école de direction d’orchestre que fréquenteront notamment David Zinman, Neville Marriner, George Hurst, Michel Plasson ou André Previn.
À l’occasion d’une série d’émissions sur France Musique qui lui étaient consacrées, j’avais longuement rencontré sa fille Nancy pour tenter de comprendre pourquoi la France avait laissé s’échapper une telle personnalité. Et elle m’avait expliqué que la vie symphonique à Paris entre les deux guerres était devenue ingérable avec un va-et-vient permanent des instrumentistes entre les différentes phalanges, ce qui rendait impossible un travail – vraiment suivi – en profondeur comparable à celui auquel il avait été habitué Outre-Atlantique. Et pourtant, à l’époque, le niveau des orchestres américains était bien inférieur à celui des grands orchestres européens. Il existe un enregistrement de répétition où Monteux fait travailler la Marche funèbre de la Symphonie héroïque de Beethoven à l’Orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam. Quelle leçon !
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Un très grand Monsieur autant qu’un chef-interprète d’exception !
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Ce vendredi 5 septembre 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa