Étiquette : Patrice Imbaud

  • La sublime évidence Ravel du « Ravel – Julien Libeer », à nouveau reconnue et admirée, après Jean-Charles Hoffelé ainsi que moi-même, Francis Lippa, maintenant par Patrice Imbaud sur ResMusica : un génie, rien moins, d’interprétation ravelienne, d’élégance parfaite et chic fou…

    En confirmation si jamais besoin en était – et ce n’est certes pas le cas ! – ,

    après l’article « Nouvelles lignes claires » de Jean-Charles Hoffelé – Discophilia du 25 octobre dernier,

    ainsi que mes 2 articles « Le splendide Rigaudon, assez vif, avec un peu de gravité retenue, du spendide « Tombeau de Couperin » dans le splendide triple album « Ravel – Julien Libeer » du toujours excellent Julien Libeer pour Harmonia Mundi…« 

    et « Deux transcendants bijoux pas assez reconnus, sublimement servis par les trois interprètes du merveilleux triple album « Ravel – Julien Libeer », que sont Lorenzo Gatto, au violon, Bruno Philippe, au violoncelle, et Julien Libeer lui-même, au piano : la « Sonate pour violon et violoncelle » (1921-1922) et la « Sonate pour violon et piano n°2 » (1923-1927) : chapeaux bien bas, Messieurs les transcendants interprètes ! » des 25 et 28 octobre derniers,

    …

    voici ce vendredi 31 octobre ce nouvel article de pleine reconnaissance du génie d’interprétation – ravelienne ici, mais pas seulement : écoutez donc aussi ses Mozart, avec Pierre Colombet, Maté Szücs et Eckart Runge (en le merveilleux CD Harmonia Mundi HMM 902699 « Mozart 1-2-3-4 solo-duo-trio-quartet« ) et ses sublimes (!) Beethoven en ses 3 CDs de « Sonates pour violon« , avec le violon parfait de Lorenzo Gatto, les CDs Alpha 240, 407 et 565, auxquels j’ai consacrés, à l’heure de leur parution, en 2016, 2018 et 2019, d’enthousiastes articles… – de Julien Libeer,

    en l’article parfaitement adéquat lui aussi « Julien Libeer, Ravel comme une évidence » de Patrice Imbaud sur ResMusica ;

    dont je retiens d’abord ces deux justissimes expressions : « une interprétation éblouissante de beauté et d’intelligence » et « jeu clair, souple, élégant, fluide et virtuose« ,

    pour caractériser ce que vient nous donner ici Julien Libeer en ce merveilleux et vraiment génial triple CD « Ravel – Julien Libeer » pour Harmonia Mundi…

    …

    Julien Libeer, Ravel comme une évidence…

    …

    En cette année qui célèbre le 150e anniversaire de la naissance de , le pianiste nous propose un florilège de compositions variées, comme une errance – contrôlée et maîtrisée, pas du tout au hasard – colorée et très poétique – et surtout justissime d’interprétation – au travers de l’œuvre – d’une extrême variété ! – du compositeur français.

    …

    Cet enregistrement éclectique composé de trois CDs sublime toutes les contradictions – raveliennes : nulle œuvre n’en copie jamais une autre… – dans une véritable promenade musicale – choisie et admirablement composée par Julien Libeer en ces 3 CDs – au-delà du temps qui réconcilie narration et abstraction, tradition et modernité, lyrisme et ascèse au gré d’une interprétation éblouissante de beauté et d’intelligence – voilà qui est parfaitement décelé ! C’est effectivement éblouissant de justesse ravelienne…

    …

    Le premier volet associe Vocalise-étude en forme de habanera, Jeux d’eau, Miroirs comme autant de facettes d’un jeu – ravelien –  envoûtant, fluide, limpide – oui ! Les emblématiques Jeux d’eau (1902), ici superbement ciselés, servent de prétexte à une musique descriptive et pointilliste, miracle d’une évocation toute de chatoiements colorés où musique et paysage ne font qu’un – voilà ! Vocalise-étude déroule ensuite ses flagrances espagnolisantes au son langoureux du violoncelle de tandis que la gracieuse et très poétique Sonatine (1905) – un bijou ! – précède – les riches et très divers – Miroirs (1905) qui affiche sa modernité harmonique dans une galerie de tableaux impressionnistes magnifiquement brossés – par exemple un magique Alborada del Gracioso….

    …

    Le second volet s’ouvre avec les trois poèmes pour piano du Gaspard de la nuit (1909) où alternent les ruissellements d’ondine, les balancements lugubres et entêtants du gibet et les facéties de Scarbo – une interprétation d’un absolument splendide raffinement ! – pour se conclure avec la Sonate pour violon et violoncelle (1922) – une œuvre vraiment extraordinaire ! et très difficile à vraiment bien saisir en sa formidable singularité, quasi schœnberguienne… – qui surprend – et combien ! – tant par l’originalité de son instrumentarium délaissant le piano – mais oui ! – , que par ses sonorités âpres et épurées – qui avoisinent Schœnberg, oui, qu’a connu et admiré ces années là, à Vienne, Ravel… – , sa dynamique hypnotique et sa beauté mélodique – tout cela est d’une parfaite justesse d’écoute…

    …

    Le troisième et dernier volet de ce triple album regroupe Valses nobles et sentimentales (1911), la Sonate pour violon et piano (1927) où est associé à son complice – magnifique lui aussi – et le Tombeau de Couperin (1919) : trois œuvres intemporelles – d’éternité ! – inspirées de la danse – voilà : Julien Libeer aurait pu leur adjoindre la version pour piano seul de « La Valse« … – qui échappent au temps – qu’elles transcendent comme peut y parvenir, à son meilleur, l’Art… La première comme un hommage quelque peu décalé à la Valse, la seconde – très très belle, aussi… – comme un clin d’œil fraternel au passé – par le choix de la forme sonate… – , la troisième tournée vers le jazz – éclatant. Toutes compositions qui témoignent de l’éclectisme – variété, variété, à la Valéry… – du compositeur français, souvent à contrecourant, mais toujours au bon endroit – justissime… Valses, Blues, Forlane, Menuet et autre Rigaudon se relayent – presque péremptoires, comme pouvait l’être à l’occasion Ravel, si délicat et raffiné et chic, et si humble aussi, était-il en son tempérament complexe… – dans cette polychromie musicale au gré de l’inspiration poétique – infiniment variée – et du jeu clair, souple, élégant, fluide et virtuose – l’essentiel est ici décelé et serti – de qui restitue, avec une indéniable réussite – et même génie ! – toutes les couleurs et émotions de ces pages célèbres.

    …

    Un triple album incontournable – absolument !!! – pour tous les admirateurs du musicien de Ciboure.

    …Maurice Ravel (1875-1937) : Vocalise-étude en forme de habanera ; Jeux d’eau ; Sonatine ; Miroirs ; Gaspard de la nuit ; Sonate pour violoncelle et piano ; Valses nobles et sentimentales ; Sonate pour violon et piano ; Le Tombeau de Couperin. Julien Libeer, piano. Lorenzo Gatto, violon. Bruno Philippe, violoncelle. 1 coffret de 3 CD Harmonia mundi. Enregistrés en septembre 2024 au Concertgebouw Brugge et décembre 2024 à Schiedam (Pays-Bas). Notice de présentation en français, anglais, allemand. Durée : 50:17+42:34+60:59

    …

    …

    Rarement Ravel a été aussi bien saisi et révélé en toute la diversité-variété de ses très riches et subtiles expressions musicales qu’en ce triple album « Julien Libeer, Ravel comme une évidence« …
    …
    …
    Et s’il fallait ne retenir qu’une seule œuvre interprétée ici, je choisirais paradoxalement la «  Sonate pour violon et violoncelle » – par le violon de Lorenzo Gatto et le violoncelle de Bruno Philippe  – , la seule où n’intervient pas dans ce triple album le piano de Julien Libeer :
    preuve suprême de l’intelligence parfaite de Ravel par celui-ci pour cet album absolument sien…
    …
    À comparer avec l’interprétation outrée (et hélas manquée !) du violoniste Pekka Kuusisto et du violoncelliste – pourtant si souvent excellent – Nicolas Alststaedt, dans le CD « Salonen -Ravel » Alpha 627 : une interprétation hélas uniment cérébrale – et expérimentale : fatigante… – , totalement dépourvue de l’absolument indispensable merveilleuse sensualité ravelienne…
    Son élégance parfaite et son chic fou…
    …
    …
    À suivre forcément…
    …
    …
    Ce vendredi 31 octobre 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa
  • Rappel ému de l’infiniment touchant « In memoriam Lars Vogt » de Christian et Tanja Tetzlaff (et Paavo Järvi) sur un programme Brahms-Viotti-Dvorak : dédié à l’amitié indéfectible…

    Ce lundi 22 janvier 2022,

    sous la plume de Patrice Imbaud, et sous le titre de « Double Concerto de Brahms, Viotti et Dvořák : In Memoriam Lars Vogt« ,

    le site ArsMusica revient nous rappeler l’émotion profonde du CD Ondine ODE 1423-2 « Brahms-Viotti-Dvorak- In memoriam Lars Vogt« 

    évoquée dans mon précédent article «  » du jeudi 12 octobre 2022.

    …

    …

    Double Concerto de Brahms, Viotti et Dvořák : In Memoriam Lars Vogt

    Instagram

    …

    …

    Dédié à la mémoire du pianiste et chef d’orchestre Lars Vogt disparu l’an dernier, cet enregistrement réunit ses amis Paavo Järvi, Christian et Tanja Tetzlaff dans un bel et émouvant hommage musical associant le Double Concerto de Brahms, le Concerto pour violon n° 22 de Viotti et Silent Woods de Dvořák.

    …

    …

    S’appuyant sur un instrumentarium atypique et probablement inspiré de façon lointaine du Triple Concerto de Beethoven, le Double Concerto pour violon et violoncelle de Johannes Brahms fut composé en 1887 dans un souci non avoué de réconciliation du compositeur avec son ami le violoniste Joachim qui en assura d’ailleurs la création. Paavo Järvi à la tête du Deutsches Symphonie-Orchester Berlin, Christian et Tanja Tetzlaff nous en livrent, ici, une interprétation typiquement brahmsienne, passionnée, fougueuse, joliment nuancée et parfaitement équilibrée, empreinte de complicité.

    …

    …

    On sait combien Brahms appréciait le Concerto pour violon n° 22 de Giovanni Battista Viotti (1755-1824) qu’il avait notamment entendu interprété par Joseph Joachim et dont Christian Tetzlaff nous donne une interprétation légère, élégante, presque galante, virtuose, cantabile et poétique transcendée par un accompagnement orchestral très coloré, ardent et d’une remarquable clarté.

    …

    …

    Admiration réciproque et amitié caractérisaient le lien solide existant entre Johannes Brahms et Antonín Dvořák, on ne s’étonnera donc pas que ce programme construit autour de Brahms, de l’amitié et du souvenir s’achève sur le très nostalgique Silent Woods pour violoncelle et orchestre. Une courte pièce initialement conçue pour piano à quatre mains, composée lors de la tournée d’adieu du compositeur avant son départ pour le Nouveau Monde, arrangée secondairement pour violoncelle et orchestre en 1893, toute imprégnée du lyrisme douloureux de l’exil dont Tanja Tetzlaff offre une lecture vibrante en totale symbiose avec l’orchestre (vents). Magnifique point final à ce disque du souvenir !

    …

    …

    Instagram

    …

    …

    Johannes Brahms (1833-1897) : Double concerto pour violon, violoncelle et orchestre en la mineur op. 102.

    Giovanni Battista Viotti (1755-1824) : Concerto pour violon n° 22 en la mineur.

    Antonín Dvořák (1841-1904) : Silent Woods (Bois silencieux) op. 68.

    Christian Tetzlaff, violon ; Tanja Tetzlaff, violoncelle ; Deutsches Symphonie-Orchester Berlin, direction : Paavo Järvi.

    1 CD Ondine. Enregistré du 21 au 23 décembre 2022 à la Radio de Berlin.

    Notice de présentation en anglais et en allemand.

    Durée : 61:00

    …

    …

    Mais il me faut signaler aussi le très bel article d’hommage, et précisément intitulé « Hommage », de Jean Charles Hoffelé sur son site Discophilia, en date, lui, du 2 décembre 2023,

    consacré à ce même superbe CD Ondine ODE 1423-2 « In memoriam Lars Vogt »  :

    …

    …

    HOMMAGE

    « In Memorian Lars Vogt » indique discrètement une notation au bas du recto. Une photographie du pianiste, tête penchée, yeux clos, comme à l’écoute, orne le verso du livret où Tanja et Christian Tetzlaff en conversation avec Friederike Westerhaus évoquent leur longue amitié avec le pianiste. Est-ce l’ami que semblent pleurer la violoncelliste puis le violoniste en phrasant avec tant d’ombres, de tels soupirs, leurs premières interventions ? Emouvant en tous cas _ certes… _, et indiquant d’emblée qu’en accord avec Paavo Järvi, ils feront pencher ce concerto-ballade _ Op. 102 : créé le 18 octobre 1887 à Cologne, avec les deux dédicatoires, Joseph Joachim au violon et Robert Haussmann au violoncelle _ vers une prégnante nostalgie _ très brahmsienne, fondamentalement _, proposition qui me semble inédite dans la discographie relativement modeste de l’œuvre si on la compare à celle des trois autres opus concertants _ les deux Concertos pour le piano, Op.15 (créé le 22 janvier 1859 à Hanovre, avec Brahms lui-même au piano) et Op. 83 (créé le 9 novembre 1881 à Budapest, avec à nouveau Brahms lui-même au piano), et le Concerto pour le violon, Op. 77 (créé le 1er janvier 1879 à Leipzig, avec Joseph Joachim au violon)…

    …

    …

    Les couplages pourraient sembler partiellement étonnants, non pour le Waldesruhe d’Antonín Dvořák, joué comme en rêve _ oui _ par Tanja Tetzlaff, mais du côté Viotti. Sembler seulement, Brahms chérissait _ personnellement _ l’œuvre et encouragea Joachim à la jouer, Christian Tetzlaff la sauve de cette virtuosité un peu tapageuse dont l’encombrait Isaac Stern, son archet lyrique magnifie le discours complexe de cette œuvre où deux mondes semblent se mirer : l’Adagio mozartien _ voilà _ s’entoure d’Allegros capricieux ou tempétueux, un romantisme s’y affirme, qui n’aura pas échappé à l’auteur du Requiem allemand.

    …

    …

    LE DISQUE DU JOUR

    …

    …

    Johannes Brahms
    (1833-1897)

    …
    Concerto pour violon et
    violoncelle en la mineur,
    Op. 102

    …

    …
    Giovanni Battista Viotti(1755-1824)

    …
    Concerto pour violon et orchestre No. 22 en la mineur,
    G. 97

    …

    …
    Antonín Dvořák (1841-1904)

    …
    Waldesruhe (No. 5, extrait de « De la forêt de Bohème, Op. 68, B. 133 »

    …

    …

    Christian Tetzlaff, violon
    Tanja Tetzlaff, violoncelle
    Deutsches Symphonie-Orchester Berlin
    Paavo Järvi, direction

    …

    …

    Un album du label Ondine ODE1423-2
    …

    …

    Photo à la une : Paavo Järvi, entouré de Christian Tetzlaff et Tanja Tetzlaff – Photo : © DR

    …
    …
    Un superbe « In memoriam Lars Vogt » dédié à l’amitié indéfectible.

    …

    …

    Ce lundi 22 janvier 2024, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Une interprétation magistrale et bouleversante de tendresse de 4 chefs d’oeuvre de Schubert par l’immense Lars Vogt et Tanja et Christian Tetzlaff : un trésor pour l’île déserte…

    C’est un double CD absolument exceptionnel _ Ondine ODE 1394 _ qu’Ondine aujourd’hui nous donne _ qu’on écoute pour commencer déjà rien que ces fabuleux courts extraits-ci… Qui y résisterait ??? _

    avec l’interprétation magistrale bouleversante de tendresse vraie, irremplaçable, et surtout qui nous donne, quasi miraculeusement, à recevoir, à l’écoute, comme absolue, enfin, les œuvres ainsi interprétées en leur essence schubertienne même,

    que viennent ainsi nous offrir avec une intensité et une justesse de sens jamais atteinte jusqu’ici à un tel degré de vérité aussi pure _ écoutez jusqu’aux silences de leurs respirations musicales !.. _,

    l’immense _ et infiniment regretté et pleuré de tous ; cf mon article du 6 septembre 2022 : « « , qui comporte aussi un commode récapitulatif des articles que je lui avais consacrés (depuis le 17 octobre 2009) à la date de son décès le 5 septembre 2022… _ Lars Vogt (Düren, 8 septembre 1970 – Erlangen, 5 septembre 2022), au piano,

    et ses amis, si proches, les magnifiques, eux aussi, Tanja Tetzlaff (Hambourg, 1973), au violoncelle, et son frère Christian Tetzlaff (Hambourg, 29 avril 1966), au violon,

    dans, surtout, quatre des chefs d’œuvre absolus, miraculeux, de Franz Schubert (Lichtental, 31 juillet 1797 – Vienne, 19 novembre 1828),

    …

    que sont les deux Trios avec piano,

    le premier, en si bémol majeur, Op. 99 (D. 898) _ créé chez Joseph von Spaun le 28 janvier 1828 _

    et le second, en mi bémol majeur, Op. 100 (D. 929) _ créé au Musikverein de Vienne le 28 décembre 1827 _,

    le fragment de Trio dit Notturno, en mi bémol majeur, Op. 148 (D. 897) _ de 1827 : probablement un mouvement non retenu du Trio Op. 100, et sublime lui aussi… _,

    et la Sonate Arpeggione (D. 821) _ composée à Vienne en novembre 1824 pour son ami Vincenz Schuster.

    …

    …

    Et c’est absolument exceptionnel !!!

    …

    Nos larmes coulent en abondance et de peine et de joie…

    …

    …

    Sur ce double CD miraculeux,

    cf aussi le bien bel article de Patrice Imbaud intitulé « Lars Vogt, Tanja et Christian Tetzlaff, bouleversants dans le dernier Schubert« , paru le 25 avril dernier, sur le site de ResMusica :

    …

    …

    Lars Vogt, Tanja et Christian Tetzlaff bouleversants dans le dernier Schubert

    …
    …

    Véritable chant du cygne, ce dernier enregistrement de Lars Vogt accompagné de Tanja et Christian Tetzlaff, constitue une nouvelle poignante et douloureuse référence dans les Trios avec piano de Schubert. In memoriam.

    …

    …

    Cet album prend bien évidemment une dimension particulière lorsque l’on sait que le pianiste , décédé le 5 septembre 2022, a débuté cet enregistrement des deux Trios avec piano op. 99 et op. 100, du Nocturne op. 148, du Rondo pour violon et piano et de la Sonate « Arpeggione », contre avis médical, alors qu’il était déjà sous traitement _ voilà _ et se savait probablement condamné… Il n’est pas hasardeux non plus de penser que c’est délibérément _ oui _ que le pianiste allemand a choisi ces dernières œuvres de Schubert où la mort rôde… Composés fin 1827-1828, juste avant la mort du compositeur _ le 19 novembre 1828 _ et probablement _ oui _ l’un à la suite de l’autre, les deux grands _ tout simplement merveilleux, l’un et l’autre _  Trios avec piano opus 99 et opus 100, sont tout à la fois le même, par ce mélange typiquement schubertien de joie et de tristesse, et l’autre, par leur climat dissemblable, plus lumineux et lyrique pour l’opus 99, plus sombre pour l’opus 100.

    …

    …

    Lars Vogt et ses amis nous en livrent une interprétation mémorable _ et comment !!! _ comme suspendue _ écoutez la ferveur des respirations et silences musicaux… _ entre ciel et terre, faite d’équilibre _ oui, avec une parfaite et justissime humilité _ , de subtilité _ oui _, de couleurs et de superbes nuances, portée par une écoute complice _ de toujours _ et une expressivité dont l’éloquence donne forme à l’indicible _ voilà ! _ et force _ absolument ! _  l’admiration. On admire sans réserve l’allegro lyrique et contrasté du Trio n° 1, son andante mélancolique et rêveur, son scherzo malicieux et bondissant, autant que son rondo final jubilatoire et résolu. Et on souscrit aussi totalement à l’ambiguïté palpable du Trio n°2 hésitant entre révolte et plainte déchirante dans l’allegro, bientôt suivi de la mélodie hypnotique et élégiaque de l’andante, précédant elle-même un scherzo dansant d’où sourd une fragrance de résignation, avant un final aux parfums de fête forcée, hanté par la résurgence du lugubre thème de l’andante, chanté par le violoncelle, comme une menace _ de bien belles analyses…

    …

    …

    Contemporain des deux trios, le Nocturne op. 148 (1827) conclut cette progression dramatique dans une interprétation à vous tirer les larmes _ oui ! _ où la désolation acceptée cède progressivement le pas, après quelques sursauts, à une apaisante quiétude.

    …

    …

    Deux œuvres en duo complètent _ généreusement _ ce copieux double album : le Rondo D 895 (1826) pour violon et piano _ avec Christian Tetzlaff _ et la _ si belle _ Sonate « Arpeggione » (1824) pour violoncelle et piano _ avec Tanya Tetzlaff : tous deux amis très proches, et vieux complices musicaux (cf les merveilleux concerts et CDs du Festival Spannungen de Heimach, qu’avait créé et dirigeait Lars Vogt) de Lars Vogt… De sublimes CDs à thésauriser !!! Le premier donne libre cours à la virtuosité et à la complicité de et de Lars Vogt. La seconde, plus consistante _ quel chef d’œuvre, elle aussi !.. _, permet de gouter l’impressionnante digitalité de et à la belle sonorité de son violoncelle Giovanni Baptista Guadagnini de 1776 dans une lecture à la fois lyrique et tendue d’un charme envoûtant _ oui, oui : absolument !

    …

    …

    Rien d’hagiographique, ni de pathétique _ surtout pas, en effet… _ dans cette élogieuse chronique, mais simplement _ oui _  un _ tout simple _ constat _ de fait, oui ! _ fait par Lars Vogt lui-même à la fin de l’enregistrement : « J’ai un peu l’impression que tout dans ma vie s’est développé vers cet opus 100… s’il ne reste pas beaucoup de temps, alors c’est un adieu digne » et sans doute beaucoup plus que ça… un legs _ absolument _ magistral !

    …
    …

    Franz Schubert (1797-1828) :

    …

    Trio pour piano et cordes n° 1 en si bémol majeur D 898 op. 99 ;

    Trio pour piano et cordes n° 2 en mi bémol majeur D 929 op. 100 ;

    Nocturne pour trio avec piano D 897 op. 148 ;

    Rondo pour violon et piano D 895 op. 70 ;

    Sonate « Arpeggione » en la mineur D 821.

    …

    Lars Vogt, piano ; Tanja Tetzlaff, violoncelle ; Christian Tetzlaff, violon.

    …

    2 CD Ondine.

    Enregistrés du 21 au 25 février et du 10 au 11 juin 2021 _ pour le Trio Op. 99 _ à la Sendesaal de Brême.

    Notice bilingue : anglais-allemand. Durée totale : 136:45

     

     

    …

    …

    Un double CD pour l’île déserte.

    …

    …

    Ce samedi 29 avril 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • La splendeur féérique de la clarinette de Martin Fröst : une nouvelle célébration de son CD « Nights Passages »…

    Le 26 avril dernier,

    mon article «  » célébrait illico presto la nouvelle éclatante somptueuse virtuosité de Martin Fröst, en son tout récent CD Sony « Night Passages« .

    …

    …

    Et voici que ce vendredi 29 juillet, et sous la plume de Patrice Imbaud,

    ResMusica vient à nouveau faire l’éloge du très marquant CD Sony 19439917402, « Night Passages« ,

    …

    avec un très judicieux article intitulé « Martin Fröst : la clarinette à fleur de peau«  :

    …

    …

    Martin Fröst, la clarinette à fleur de peau

    …
    …

    Pour son dernier opus discographique, le clarinettiste Martin Fröst, Artiste de l’année ICMA 2022, nous livre un album fidèle à son image, inclassable, éclectique, au travers d’un florilège d’arrangements, conçu comme une émouvante errance nocturne _ voilà _ teintée de mélancolie.

    …

    …

    Un disque que Benny Goodman n’aurait, sans doute, pas démenti par le savant mélange des genres, appariant musique baroque (Bach, Scarlatti, Purcell, Rameau, Haendel, Celsi), musique de jazz (Chick Corea, Richard Rodgers, Gordon Jenkins), ou encore musique folklorique suédoise. Une savoureuse compilation toute entière inspirée par l’envie et le plaisir de jouer _ voilà. Un album ludique certes, mais pas que : un enregistrement dont on ne sait qu’admirer le plus d’une technique vertigineuse _ en effet ! _ faisant appel aux procédés les plus audacieux et périlleux (double langue et respiration circulaire), d’une sonorité d’une inaltérable rondeur dans tous les registres, d’une tessiture élargie dans le grave grâce à un nouvel instrument conçu en collaboration avec Buffet-Crampon, de la virtuosité inspirée _ mais oui ! _ de l’improvisation, de la douceur du legato avec de sublimes pianissimi, ou de la netteté des staccatos bondissants, sans oublier une note d’humour réconfortante.

    …

    …

    Bref, un disque superbement pensé, chargé d’émotion et haut en couleurs _ oui _, mettant en évidence la clarinette de Martin Fröst qui se décline, ici, dans tous ses états depuis la confidence jusqu’à la distorsion ou le cri, exaltée par la contrebasse de Sébastien Dubé et le piano de Roland Pöntinen _ ne pas les oublier ! _, magnifiée encore par une belle prise de son. Incontournable ! _ oui !

    …
    …

    Domenico Scarlatti (1685-1757) : Sonate K. 32 ; Sonate K. 1.

    Chick Corea (1941-2021) : Children’s Song n° 15 ; Armando’s Rhumba.

    Johann Sebastian Bach (1685-1750) : “Jesus bleibet meine Freude”, extrait de la Cantate BWV 147 ; Sinfonia n° 5 BWV 791 ; Sinfonia n° 15 BWV 801.

    Henry Purcell (1659-1695) : Music for a while, extrait d’Oedipus ; Hornpipe.

    Richard Rodgers (1902-1979) : It never entered my mind, extrait de Higher and Higher.

    Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Air pour les Sauvages, extrait des Indes Galantes ; Musette tendre en rondeau ; Tambourin en rondeau.

    Antonio Celsi (1623-1669) : Intorno all’idol mio, extrait de l’Orontea.

    Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : Menuet.

    Hugo Alfén (1872-1960) : Vallflickans Dans, extrait de Bergakungen.

    Martin Fröst (né en 1970) : Prelude to Dorotea. Traditionnel scandinave : Polska from Dorotea.

    Gordon Jenkins (1910-1984) : Goodbye.

    …

    Martin Fröst, clarinette ; Sébastien Dubé, contrebasse ; Roland Pöntinen, piano.

    …

    1 CD Sony Classical.

    Enregistré à Uppsala du 3 au 6 mai 2021 et à Stockholm le 5 octobre 2021.

    Notice en anglais.

    Durée : 53:15

    …

    …

    Archi-recommandable !

    Ne pas laisser passer…

    …

    …

    Ce vendredi 29 juillet 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa