Étiquette : pureté

  • Le rare talent, et à un tel degré de justesse aussi merveilleusement sensible, d’Aline Piboule : découvrir et admirer aussi, avec retard, son CD « Gabriel Fauré – Nocturnes et Barcarolles », de 2024 : une magie de pureté absolue d’interprétation-incarnation de la musique…

    La très intense – et assez rare à un tel degré – admiration éprouvée à l’écoute du CD Harmonia Mundi HMM 902776 d’Aline Piboule « Archipel – Claude Debussy – La Mer – John Ireland – Sarnia » – cf mon article d’avant-hier 9 avril « L’intense beauté de la « Sarnia : An Island Séquence » (1940-1941), chef d’œuvre de John Ireland (1879 – 1962), sous les doigts justes parfaits d’Aline Piboule : des images juste magiques de Guernesey, après Victor Hugo, ses dessins et ses écrits (1855-1870) et « La Mer » (1903-1905) de Claude Debussy…« … – m’a assez évidemment conduit à me procurer au plus vite le précédent CD de cette merveilleuse pianiste – née en 1980 – , le CD Harmonia Mundi HMM 902505 « Gabriel Fauré – Nocturnes & Barcarolles«  – enregistré à Paris en décembre 2023, et paru en 2024 pour célébrer en pure beauté (!) l’anniversaire des 100 ans du décès de Gabriel Fauré (1845 – 1924)… – , que j’avais laissé passer à sa parution…

    …

    Et à nouveau pur émerveillement d’un tel talent de justesse aussi merveilleusement sensible et à un tel degré de perfection d’interprétation-incarnation de tels chefs d’œuvre, d’Aline Piboule…

    …

    Ce CD Fauré (de 62′ 20) comporte un choix de 7 Barcarolles (les n° 2, 4, 5, 9, 10, 12 et 13) et 4 Nocturnes (les n° 5, 11, 12 et 13),

    ainsi que l’ »Improvisation » Op. 84/5, qui ouvre le récital…

    …

    Enchantez-vous ici à celle-ci (2′ 00) : quel magique toucher !..

    Quel art simplissime d’évidence : la pureté même – sans rien qui pèse, ni qui pose…. – de l’improvisation notée à la volée par le compositeur,

    comme cela doit être, ensuite, en toute interprétation ré-itérative, au concert comme au disque…

    …

    Et c’est ici, à nouveau en ce précédent CD Fauré, parfait de rendu, sans le moindre effort perceptible de l’interprétation-incarnation par Aline Piboule à son piano, de la magique fraîcheur native de l’originaire composition, enthousiaste, fluidissime et simplissime – quelle merveille ! – , de Gabriel Fauré (1845 – 1924)…

    Comme dans la « Sarnia » de John Ireland (1879 – 1962), l’enchantement Fauré est bien là !

    …

    Sur ce miraculeux CD Fauré d’Aline Piboule,

    on peut lire aussi le bel article de Bénédict Hévry, sur ResMusica, en date du 3 janvier 2025 : « Le sublime et crépusculaire Fauré d’Aline Piboule sur piano Gaveau d’époque » – ainsi, éventuellement, que l’article de Jean-Charles Hoffelé, sur Discophilia, en date du 20 août 2024 : « Du côté sombre« , dont je ne partage pas, cette fois-ci, l’excessive impression, ici, de noirceur : ce sublime Fauré-ci d’Aline Piboule est au contraire proprement lumineux…

    …

    Ce samedi 11 avril 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • La touchantissime tendresse de pureté de trois sublimes « Répons de ténèbres » (H. 114 à 116) de Marc-Antoine Charpentier, idéalement réalisée dans le très beau CD « Couperin – Leçons de Ténèbres – Lalande – Miserere » du Concert Spirituel d’Hervé Niquet, qui nous va droit au cœur d’amoureux de la musique de Charpentier…

    C’est sur la touchantissime tendresse de trois sublimes « Répons de ténèbres » (catalogués Hitchcock 114 à 116) du merveilleux Marc-Antoine Charpentier (1643 – Paris, 24 février 1704), dans le très beau, très réussi, CD Alpha 1210 « Couperin – Leçons de Ténèbres – Lalande – Miserere » du Concert Spirituel d’Hervé Niquet – un CD enregistré à Charenton-le-Pont au mois d’octobre 2024 – , qui vont droit au cœur d’amoureux de la musique de Charpentier que je suis – depuis, tout particulièrement, mon travail de recherche (et de découvertes!), en 1995, pour le CD « Un Portrait musical de Jean de La Fontaine« , le CD Virgin 7243 5 45229 2 5 (paru au mois de mars 1996) de la Simphonie du Marais, dont j’étais, ces années 90-là, le « conseiller artistique«  ; cf, par exemple mon article « De Philis à Psyché, ou la découverte, 24 ans plus tard, d’une licence poétique dans le CD (de 1996) « Un Portrait musical de Jean de La Fontaine », dans l’Air de cour « Tout l’univers obéit à l’amour » de Michel Lambert et Jean de La Fontaine, de 1659« , en date du 3 juillet 2020 : Marc-Antoine Charpentier et Jean de La Fontaine, amis, ont travaillé ensemble… – ,

    que j’ai grand plaisir à mettre aujourd’hui ici l’accent…

    …

    Ainsi, écoutez ici ces trois merveilles que sont les Répons de Ténèbres

    H. 114 « Unus ex discipulis meis » (2′ 13),

    H. 115 « Eram quasi agnus » (2 ‘ 20),

    et H. 116 « Una hora non potuistis vigilare mecum » (3′ 17)…

    …

    La magie de pureté, toute de douceur et délicatesse simplissime – si difficile à atteindre –, de Marc-Antoine Charpentier, est bien présente au rendez-vous de ce très beau CD, chanté à sept – Marie-Pierre Wattiez, Aude Fenoy, Alice Glaie, Agathe Boudet, Gwenaëlle Clemino, Marie Griffet et Laurence Pouderoux… – , du Concert Spirituel, en un programme donné en concert depuis plus de dix ans, nous informe Hervé Niquet en une brève présentation à la page 6 du CD…

    …

    Un grand bravo aux interprètes…

    …

    Il nous faudrait maintenant un CD entier des 19 « Répons de Ténèbres » de Marc-Antoine Charpentier, tels qu’ils sont parvenus jusqu’à nous :

    soient les « Répons » H. 111 à 119, 126 à 134, et 144, bien trop peu enregistrés au disque jusqu’ici…

    …

    L’œuvre si riche de Marc-Antoine Charpentier demeure ainsi aujourd’hui toujours à explorer et découvrir-redécouvrir,

    pour notre enchantement de ce génie assurément singulier du Baroque français, qui fut élève, à Rome, de Giacomo Carissimi (1605 – 1674)…

    …
    Ce lundi 30 mars 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Le charme magique absolu du « Volver » de Vittorio Forte, au toucher paisible et délicat, qui ne se pousse pas du col : la grâce même de musiques humbles et discrètes, presque secrètes, d’Amérique latine… Un charme fou…

    Le charme magique absolu du CD Mirare MIR 768 « Volver«  – enregistré à Villefavard du 2 au 4 décembre 2024 – de Vittorio Forte, au toucher paisible et délicat, qui ne se pousse pas du col, pour servir à la perfection la grâce même de musiques humbles et discrètes, presque secrètes, d’Amérique latine, est enchanteur…

    …

    Admirez déjà, en guise de mise en appétit d’écoute, cette interprétation-transcription magnifique par Vittorio Forte lui-même de cette si belle chanson, « Volver« , du grand Carlos Gardel, en  cette vidéo (de 5′ 10)…

    Et écoutez Gardel lui-même interprétant, en 1934, sa chanson…

    Mais voici qu’entre 1944 et la voix de velours engagée charmeuse de Gardel, et 2024 et le piano de tendresse pure de Forte, est venue s’ajouter ici pour nous la merveilleuse patine mordorée du temps musical, redoublant et transcendant comme miraculeusement la marque d’éternité-hors temps, déjà, de la voix veloutée de Gardel,

    pour ne prendre que ce seul exemple des 21 pièces toutes magnifiques de ce CD « Volver » sous les doigts de pure magie de Vittorio Forte sur ce piano Fazioli F278…

    …

    Et voici ce qu’a dit, hier 7 novembre, de ce CD « Volver » – paru le 3 octobre dernier – , sur le site de Crescendo Magazine, l’article fort bienvenu et justement détaillé de Jean-Noël Régnier, sous le titre « Volver :un voyage pianistique immersif dans la riche musique latino-américaine » : 

    …

    Volver : Un voyage pianistique immersif dans la riche musique Latino-américaine. 

    …

    Le 7 novembre 2025 par Jean-Noël Régnier

    …

    …

    …

    Volver. Oeuvres de Carlos Gardel (1890 – 1935) ,  Carlos Guastavino (1912 – 2000), Manuel Ponce  (1882 – 1948),  Ernesto Lecuona (1896 – 1963) , Astor Piazzolla (1921 – 1992), Luis A. Calvo (1882 – 1945) , Carlos Gardel (1890 – 1935). Vittorio Forte, piano. Livret en français et en anglais. 81’00.   Mirare MIR768.

    …

    Cet admirable enregistrement – oui ! d’un charme pénétrant absolu ! – nous propose un voyage dépaysant – en effet !  -, dans la musique Latino-américaine, subtil mélange entre musique savante (dans son traitement), et musique populaire (dans son inspiration). Le pianiste Vittorio Forte nous invite à parcourir, à la manière d’une carte de visite musicale une grande partie du continent américain de culture ibérique et comprenant six pays particulièrement représentatifs (Brésil, Argentine, Mexique, Chili, Colombie et Cuba). Ces musiques ont toutes des racines multiples provenant de plusieurs continents avec bien sûr des origines européennes principalement espagnoles et portugaises) importées au cours des siècles par les conquistadors et leurs descendants, mais aussi des origines africaines introduites par les esclaves, et enfin on retrouve enfin des racines amérindiennes autochtones. Si ces musiques sont différentes d’un pays à l’autre en fonction de leur histoire propre, elles sont néanmoins réunies par leurs mélodies séductrices et déclamatoires ainsi que par leurs rythmes engageants – oui.

    …

    Vittorio Forte a choisi d’intituler cet album « Volver » qui signifie « revenir ». Celui-ci porte ainsi le titre de la célèbre chanson de Carlos Gardel – bien sûr ! –  terminant ce disque et qui résume l’esprit de cet album où le pianiste opère un retour sur ses années d’apprentissage du piano en Italie avec d’éminents professeurs, dont notamment José Lepore, un professeur d’origine Argentine venu s’installer en Italie – voilà. Dans cette musique Sud-Américaine, les différentes cultures s’entremêlent au cours des siècles passés en fonction des vicissitudes de l’Histoire. Certains pays sud-américains, comme l’Argentine ou le Brésil ont été les terres d’adoption de populations émigrées aux origines très diverses. Celles-ci, quelles que soient leurs origines, ont contribué à l’élaboration d’une identité nationale et « Les Quatre saisons Porteñas » en sont un exemple éloquent : composés par Astor Piazzolla entre 1965 et 1970 ses Porteños (les habitants des villes portuaires, et donc ici de Buenos-Aires) décrivent à la fois des univers culturels très différents qui, malgré leur diversité ont une forte identité argentine, et que Piazzolla unifie par le truchement du Tango – oui.

    …

    C’est peut-être pour cette raison que Vittorio Forte, malgré ses origines franco-italiennes, baigne dans ces musiques latines, avec une aisance et une compréhension – voilà – qui sont déconcertantes. N’oublions pas après tout que les parents d’Astor Piazzolla étaient des émigrés italiens, et que Carlos Gardel était né à Toulouse, de parents français – en effet…

    …

    La longue fréquentation de ces musiques grâce à ses professeurs permet à Vittorio Forte de nous faire découvrir un répertoire malheureusement encore trop peu connu – ou, et c’est plus que dommage… Que ce soit au concert ou au disque, très peu d’interprètes (souvent des nationaux) proposent comme ici un large éventail de ces musiques, hormis l’extraordinaire Jorge-Luis Prats, Cecilia Pillado, ou le regretté Nelson Freire – oui.

    …

    Vittorio Forte a déjà fait des enregistrements particulièrement marquants – mais oui ! – dans des répertoires peu courus – oui, oui – comme les œuvres de Medtner, de Clémenti, de Carl Philippe Emanuel Bach – le superbe CD « Abschied« … – , sans oublier ses ébouriffantes transcriptions d’Earl Wild, pour ne citer que quelques exemples. Si son répertoire est particulièrement éclectique, il reste cependant extrêmement constant dans sa qualité – oui. Dans cet enregistrement son jeu virtuose est à la fois chantant et puissant, sans ne jamais céder à la moindre dureté – et l’essentiel est dit là... La poésie – oui – qu’il insuffle à ces œuvres souligne chaque phrase musicale et permet d’en faire ressortir toute l’expressivité dans un confort sonore très appréciable. L’excellent piano Fazioli aux sonorités chatoyantes, contribue aussi à cette réussite et permet à Vittorio Forte de donner une âme à chacune de ces musiques, malgré leur grande diversité identitaire.

    …

    Chaque pays du continent Latino-Américain s’est construit sa propre personnalité musicale. Chaque musique est le fruit de sa propre histoire et de ses traditions ancestrales. A celles-ci viennent se greffer aussi des influences extérieures provenant d’Afrique ou d’Europe puisque par le passé, les échanges contraints ou volontaires avec ces différentes contrées étaient fréquents et réguliers. Cela a créé un mariage original et fructueux sur le plan musical – oui – entre ces différentes cultures, où les harmonies et les rythmes issus des différents folklores se conjuguent avec une musique savante européenne plus ordonnée et rigoureuse.

    …

    Il est vrai que certains pays ont largement profité de cette ressource culturelle si particulière, et en premier lieu l’Argentine, devenue une terre d’accueil et de mixité au cours des trois derniers siècles. Ce pays, où la milonga et le tango sont élevés au rang de trésors nationaux, est la patrie de nombreux compositeurs comme Carlos Gardel, Astor Piazzolla, Carlos Guastavino (très bien représentés sur cet enregistrement), mais aussi Julián Aguirre (mort la même année que Gabriel Fauré) et Ernesto Ginastera (qui fut aussi le professeur de Piazzolla).  Ces musiciens représentent par leurs musiques l’âme et le caractère de ce pays et de ses habitants. Ces musiques sont faites de contraires en alliant puissance et fatalisme, mais aussi exubérance et austérité – voilà. Carlos Gardel débute et clôture cet enregistrement par deux célèbres tangos « Por una Cabeza » et « Volver », magnifiquement transcrits par Vittorio Forte avec une profusion de traits aussi acrobatiques que séducteurs. Volver est la dernière œuvre que Carlos Gardel a composée et interprétée (pour le film « El diaz que me quieras » sur des paroles d’Alfredo Lepera) puisqu’il disparaîtra prématurément en 1935 dans un accident d’avion. Quant à Astor Piazzola, son célèbre « Adios Noniño » est lui aussi un tango aux accents tragiques, où le compositeur évoque avec nostalgie la disparition de son père (dont le surnom était Noniño). Carlos Guastavino bien que contemporain d’Astor Piazzolla et décédé huit ans après lui, représente un autre courant musical de la musique argentine, certes moins novateur, mais plus attaché aux traditions musicales du dix-neuvième siècle issues du Romantisme comme le prouvent « Las Niñas » (Les filles) et « Bailecito » (Petite danse), pièces charmantes s’il en est.

    …

    Le Brésil, tout comme l’Argentine est un immense pays d’où sont natifs de nombreux compositeurs talentueux comme Francisco Mignone, Mozart-Camargo Guarnieri, Ernesto Nazareth, Guido Santórsola ou Radamés Gnattali. De culture portugaise et non espagnole comme la majorité des autres pays sud-américains, la musique brésilienne est différente dans son expression, sans doute plus festive, légère et chaleureuse. Ainsi, la Samba, (danse typiquement brésilienne) ne peut se confondre avec le Tango argentin, ni par ses rythmes ni par son langage, ni par l’attitude corporelle des danseurs. Deux compositeurs brésiliens très différents illustrent le parcours musical de Vittorio Forte dans cet enregistrement avec tout d’abord deux pièces très caractéristiques de Villa-Lobos basées sur une certaine représentation de la valse, avec « Impressões Sereisteras » (impressions d’un chanteur de sérénade) extrait du Cycle brésilien et la Valsa da dor (Valse de la douleur). Dans cette dernière, Villa-Lobos tente l’expérience d’intégrer une mélodie à quatre temps dans un rythme ternaire. Ces compositions s’avèrent complexes, tant au niveau rythmique qu’harmonique et possèdent une grandeur tragique – oui. Elles montrent l’importance – oui –  de ce compositeur dans la musique du vingtième siècle. Alberto Nepomuceno né presque un quart de siècle avant Villa-Lobos adopte évidemment une esthétique totalement différente. Ses quatre Pièces Lyriques Op 13 s’inscrivent par leur forme et leur inspiration (du moins pour les trois premières) dans l’esprit de Grieg, dont il reprend la terminologie, Grieg ayant lui-même composé soixante-six Pièces Lyriques. Pour ces compositions, Alberto Nepomuceno a certainement été influencé par son épouse, elle-même d’origine norvégienne et élève de Grieg. Si les trois premières pièces sont pleines de charme et évocatrices, la surprise provient de la quatrième et dernière pièce intitulée « Galhofeira » qui nous ramène d’une façon extrêmement libre et pétillante aux sources de la musique populaire. Son thème principal est d’ailleurs très proche d’un motif musical utilisé postérieurement dans « Le Bœuf sur le toit » par Darius Milhaud, lui-même passionné par la musique brésilienne.

    …

    Cuba est elle aussi la patrie de nombreux compositeurs importants comme Ernesto Lecuona, Léo Brouwer, Carlos Fariñas ou encore Igniacio Cervantes pour ne citer que les plus célèbres. Vittorio Forte, dans son itinéraire musical nous propose deux des six Danses Afro-Cubaines qui témoignent de l’influence africaine dans la musique caraïbéenne. Ces Danses de Lecuona sont parmi les plus représentatives : « La conga de media noche » (la Conga de minuit) utilise une rythmique très particulière, imitant le son d’un tambour africain très fréquemment utilisé dans la musique cubaine, et la Comparsa (la parade) quant-à-elle décrit une procession de carnaval à Cuba, en donnant une illustration musicale de divers instruments typiques, comme les tambours, les maracas et autres percussions.

    …

    Bien que se trouvant sur le continent nord-américain à majorité anglophone, le Mexique de langue hispanique est situé sur les terres jadis occupées par les Aztèques et les Mayas. Ce pays a subi les mêmes influences ibériques que l’Amérique centrale et l’Amérique du Sud. Il est donc logique que la musique mexicaine possède de nombreuses caractéristiques communes avec toute la partie latino-américaine du continent. Là encore, on ressent les influences espagnoles et africaines dans la riche culture du pays. Pourtant, lorsqu’on évoque la musique latino-américaine, la musique mexicaine est rarement citée alors que les compositeurs sont nombreux, et leurs œuvres de grande qualité. Compte tenu de l’histoire mouvementée du pays, beaucoup de compositeurs mexicains vont puiser dans les chants et danses populaires aux accents nationalistes (Carlos Chávez, Silvestre Revueltas, Armando Montiel-Olvera…) alors que certains autres comme José Pablo Moncayo ou Eduardo Moncada adopteront des langages plus modernistes, usant de polyrythmies et de polytonalités. Parmi tous ces compositeurs, Alberto Ponce est certainement le plus célèbre. Il exploite les racines populaires de son pays dans sa première Rapsodia mexicana où l’on retrouve, comme le précise Vittorio Forte, plusieurs danses ancestrales dont le Jarabé tapatio mais aussi la danza del sombrero (la danse du chapeau) qui sont traitées dans un style rhapsodique aux moyens techniques très développés à la manière d’un Liszt, ce qui sied parfaitement à la virtuosité de notre interprète.

    …

    Les autres pays du continent sud-américain semblent a priori moins féconds sur le plan musical. Pourtant, ces pays recèlent aussi des musiques particulièrement marquantes. Pour nous le prouver, Vittorio Forte a retenu deux exemples particulièrement éloquents avec tout d’abord le Chili. Certes, le pays natal du grand Claudio Arrau ne possède pas de danse ou de musique typiquement nationale. Tourné vers l’univers maritime, le Chili n’a jamais trop fait parler de lui sur le plan musical, et pourtant, grâce à Vittorio Forte nous découvrons ici une œuvre – superbissime ! – du compositeur Alfonso Leng : « Doloras – poemas para piano », une suite constituée de cinq brefs mouvements au climat douloureux et abattu. Inspiré par le poète chilien Pedro Prado, Alfonso Leng crée une œuvre particulièrement expressive qui adopte des tempi particulièrement lents, véhiculant une grande mélancolie – oui : prenante. Comme l’indique fort justement Vittorio Forte à propos d’Alfonso Leng : « Ce qui touche, c’est la sincérité d’un compositeur qui n’a aucun mal à traduire musicalement ce qu’il ressent de plus intime ». Alfonso Leng, qui était dentiste de profession n’était pas par conséquent un compositeur traditionnel vivant de son art. Cela explique certainement pourquoi son œuvre est restée confidentielle malgré sa qualité indéniable.

    …

    Le second exemple donné par Vittorio Forte nous vient cette fois de Colombie. Là encore nous retrouvons ce riche métissage culturel alliant les racines autochtones aux influences africaines et européennes. Le Vallenato qui est devenu la musique nationale de la Colombie reprend ce riche héritage. Vittorio Forte interprète deux pièces de Luis Antonio Calvo, le plus emblématique compositeur colombien. Ce dernier a mené une vie difficile car, après de brillantes études musicales, il embrassa une carrière militaire qu’il dut abandonner en 1916, car il était atteint par la lèpre. Il passera une longue partie de sa vie au sein de la léproserie d’Agua de Dios où il composera la majorité de son œuvre. Calvo a composé dans ces lieux sinistres des musiques qui sont au contraire enjouées et élégantes à la manière des pièces de salon. Vittorio Forte nous propose deux pièces de Calvo basées sur des rythmes de danses avec son deuxième intermezzo « Lejano azul » à l’allure d’un bolero, et « Malvaloca », une habañera, à la fois tendre et mélancolique.

    …

    Ce disque magnifiquement interprété – oui ! – et enregistré – oui – , fait découvrir à l’auditeur des musiques rares et souvent dépaysantes – tout à fait – , son texte (une interview de Vittorio Forte) est très informatif. Cependant ce CD présente un inconvénient qui est bien éloigné de toute considération musicale : Il cherche au sens littéral du terme « à nous en mettre plein la vue ! ». Si la pochette utilise des couleurs vives (orange fluo) encadrant la photo de Vittorio Forte qui attirent l’œil, c’est à la fois original et un bon argument pour capter l’attention du public. Malheureusement, le texte de la jaquette est imprimé selon une charte graphique semblable rendant les textes presque illisibles à cause de la juxtaposition de couleurs inappropriées (bleu pâle sur fond blanc, où l’inverse pour nos amis anglophones, ou encore bleu ciel sur fond orange). Bien évidemment il ne faut pas juger ce disque splendide à ce détail mineur, et il est préférable d’écouter sans modération ces musiques si habitées et formidablement – voilà !!! avec un charme fou ! – interprétées.

    …

    Son : 9,5 – Livret : 7,5 – Répertoire : 9 – Interprétation : 10

    …

    Jean-Noël Régnier

    …

    Le programme à la fois très large et très divers – comportant 21 plages d’œuvres de 9 compositeurs différents : l’argentin Carlos Gadel (2), l’argentin Carlos Guastavino (2), le mexicain Manuel Ponce (1), le chilien Alfonso Leng (5), le brésilien Heitor Villa-Lobos (2), le cubain Ernesto Lecuona (2), le brésilien Alberto Nepomuceno (4), l’argentin Astor Piazzolla (1), le colombien Luis A. Calvo (2) – , mais remarquablement uni, de cet admirable CD « Volver » – un disque aussi hommage à son premier grand maître de musique, l’argentin Carlos Lepore (1925 – 1999) – , est un modèle de composition de CD – écoutez ici très bien en parler Vittorio Forte en cette brève vidéo de présentation (d’une durée de 1′ 50) du CD – ;

    de même qu’est parfaite la qualité de la prise de son, réalisée à Villefavard, en Limousin…

    …

    Et ma curiosité envers la production discographique de Vittorio Forte – né le 16 mai 1977 à Rossano, en Calabre – , procède de mon admiration pour le très beau CD Odradek ODRCD 368 « Abschied« , paru le 22 mars 2018, qui m’avait profondément marqué – cf mon article du 11 juillet 2019 ; « La perfection de l’interprétation du plus pur fantasque de Carl Philipp Emanuel Bach : Vittorio Forte en son « Abschied »« … – ;

    et de ce merveilleux pianiste qu’est Vittorio Forte, je possède aussi le CD Lyrinx Lyr 2296 « Voyage mélodique« , paru, auparavant, le 19 février 2016…

    …

    Quel artiste hors-pair est donc Vittorio Forte !!!

    …

    Ce samedi 8 novembre 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • L’art du lied : les viennois Georg Nigl (Vienne, 1972) et Julius Patzak (Vienne, 1898 – Rottach-Egern, 1974) nous faisant entendre rien moins que l’âme même du compositeur, Schubert, Mozart, qu’ils savent en toute simplicité et délicatesse si purement chanter : dans la stupeur enchantée et encore brute de ce qui maintenant se découvre…

    Mon admiration pour l’art du lied du baryton viennois Georg Nigl (Vienne, 2 mai 1972) – cf mon article d’hier même « L’intelligence exploratrice et créatrice féconde d’un passionnant chanteur singulier, le baryton viennois Georg Nigl : une assez étonnante et rare connivence d’approche de la musique en son cœur le plus intime, entre un musicien-interprète et un simple mélomane surtout discophile…« … – me rappelle mon admiration pour l’art du lied du ténor viennois Julius Patzak (Vienne, 9 avril 1898 – Rottach-Egern, 26 janvier 1974) – accompagné au CD, par exemple dans Schubert, par un Michael Raucheisen ou un Jörg Demus – :

    « Le ténor autrichien Julius Patzak n’avait pas vraiment une « belle » voix : la projection en était courte et le timbre un peu nasal. Mais il transcendait ces défauts par la sensibilité et l’intelligence. Avec lui, c’était l’âme même qui se faisait entendre« , a pu écrire de Julius Patzak Philippe Dulac…

    …

    Et c’est bien aussi l’âme du compositeur, un Schubert ou un Mozart, que nous donne à entendre à son tour Georg Nigl – accompagné au CD par une Olga Paschchenko dans les CDs Alpha 646  « Vanitas – Beethoven, Schubert – Rihm«  (enregistré à Paris en février 2019 et le 6 novembre 2020) et Alpha 934  « Echo – Schubert – Lœwe – Schumann – Wolf«  (enregistré à Bonn en février 2022), ou par un Alexander Gergelyfi dans  le CD Alpha 1142 « Mozart’s clavichord – Arias, Aider and Keyboard Pieces«  (enregistré au Mozarteum à Salzbourg au mois de mai 2024)…

    …

    Et en ce stupéfiant CD Alpha 1142 « Mozart’s clavichord – Arias, Lieder and Keyboard Pieces » de Georg Nigl et Alexander Gergelyfi, c’est bien le clavicorde de travail de Mozart lui-même, tel qu’il est précieusement conservé en sa maison natale à Salzbourg – et authentifié par cette note apposée, et à l’encre toujours bien lisible, sur la table d’harmonie de l’instrument par l’épouse de Wolfgang Amadeus Mozart, Constance : « Sur ce clavicorde, feu mon bon époux a composé La Flûte enchantée, La Clémence de Titus, le Requiem et une nouvelle cantate maçonnique en l’espace de cinq mois. Je peux en attester en tant que sa veuve Constance, conseillère d’État von Nissen, ancienne veuve de Mozart » – , qu’avec délices on entend en toute simplicité – avec douceur et délicatesse, mêlée d’une once de rusticité et presque rudesse, en quelque sorte assorties au timbre un peu rauque aujourd’hui de la voix de Georg Nigl : nous ne sommes évidemment pas ici au concert (avec son un peu trop polissée joliesse pour le plus large public possible), mais dans l’intimité d’atelier beaucoup plus resserrée, réservée, du travail infiniment touchant de l’œuvre même se faisant, s’élaborant peu à peu, dans la stupeur enchantée de ce qui maintenant se découvre… – chanter magiquement lui aussi....

    …

    Écoutez ici ce magique « Abendempfindung an Laura » KV 523 par les soins de Georg Nigl et Alexander Gergelyfi en ce très singulier merveilleux CD Alpha 1141 « Mozart’s Clavichord – Arias, Lieder and Keyboard Pieces« ,

    enregistré au Mozarteum de Salzbourg, au mois de mai 2024 sur le clavicorde personnel de Mozart, tel que cet instrument d’intimité est précieusement conservé en ce Mozarteum…

    …

    Ce mercredi 27 août 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa