Étiquette : Quatuor Diotima

  • Apprécier l’ultime Quatuor de Beethoven, l’Op. 135, le n°16, par les Diotima : son humour magistral…

    Le brillant Quatuor Diotima, constitué de Yun-Peng Zhao et Léo Marillier, violons, Franck Chevalier, alto, et Alexis Descharmes, violoncelle – la formation même que j’ai pu admirer le 1er mai dernier dans les Quatuors n°2 de Lucien Durosoir et Leos Janacek au château Mombet à Saint-Lon-les-Mines, en Chalosse (cf l’enthousiasme de mon article du 2 mai : « Immense concert Janáček – Durosoir hier soir au château Mombet à Saint-Lon-les-Mines, en Chalosse, par un Quatuor Diotima au plus haut inspiré, avec deux éblouissants et étourdissants chefs d’œuvre sublimes, le Quatuor à cordes n°2 « Lettres intimes » (de 1928), et le Quatuor en Ré mineur n° 2 (de 1922) : la puissance et la gloire…« … – , vient nous offrir un passionnant coffret de 3 CDs Pentatone PTC 5187 604 « Beethoven – The Late String Quartets » – soient les n°12 Op. 127, n°13 Op. 130, n°14 Op. 131, n°15 Op. 132, la Grande Fugue 0p. 133, et n°16 Op. 135 ; enregistrés à la Ferme de Villefavard du 11 au 16 juillet et du 17 au 20 décembre 2024 – , pour 3h 17′, de musique sublimissime, Ecoutez-en ici dont j’ai choisi de commencer l’écoute par le merveilleux ultime Quatuor n°16 Op. 135 – sur ce sublime Quatuor, plein d’humour, cf mon article en date du 23 juin 2020 : « Musiques de joie : la sérénité vibrante de vie du dernier Quatuor à cordes op. 135 de Beethoven« , comportant le podcast de l’interprétation splendide en 1981 de l’Alban Berg Quartet (24′ 34)…

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    Écoutez-en ici le magique magistral 4eme et dernier mouvement, plein d’humour…

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    Ce samedi 20 juin 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Nouvelles remarques de commentaire à mon éloge du disque du mardi 26 mai dernier…

    En une nouvelle suite aux échanges de commentaires, avec mes amis le philosophe Bernard Sève et le médecin rhumatologue Joël Dehais, que rapportait mercredi 27 mai dernier mon article « L’apport de l’écoute seulement audio de la musique, quand est respecté l’idéal de probité de l’interprétation au service le plus exclusif possible de l’œuvre même (suite)…« , en réponse à mon article de la veille « Un éloge du merveilleux médium qu’est le disque, un échange de courriels hier 25 mai avec Eric Rouyer : du tissage entre le temps et l’éternité… » dans lequel je rapportais mes échanges avec l’ami Eric Rouyer, l’éditeur dynamique du label de disques Le Palais des Dégustateurs,

    voici, ce samedi 30 mai, mon échange de courriels avec le musicien, compositeur, chef d’orchestre et professeur au conservatoire de musique de Toulon, Laurent Melin :

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    De Laurent Melin, hier à 12h 03, ceci, par courriel adressé à mon blog :

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    Je voudrais intervenir en tant que musicien professionnel, depuis ma lointaine province du bord de mer, et aussi en tant qu’enseignant de conservatoire depuis des années. 
    Le cri d’Eric (que je salue au passage! Notre projet commun arrive à son terme, il comprendra cette « private joke » de compositeur…) me paraît cependant bien légitime : il y a un océan entre l’offre du marché pour des archives accessibles à tous, mais dont la profusion et la variété des supports finissent par noyer un peu la visibilité – trop d’information tue l’information – et la réalité des pratiques sur le terrain. 
    C’est cette dernière qu’Eric défend avec son énergie coutumière, car elle est effectivement en danger. Depuis que nos « élites » dirigeantes décomplexées attaquent plus ou moins frontalement le milieu culturel et qu’un discours, en vérité manipulatoire, est relayé ad nauseam pour discréditer le supposé « élitisme » de la culture, la défendre sur le terrain, au quotidien, devient un apostolat autant qu’une lutte vitale, sans quoi les fameux supports de tous poils, accessibles d’un clic ou d’une platine, ne seront bientôt plus que ruines dormant sous la poussière. 

    Un concert se vit en direct, la musique s’invente uniquement dans l’instant partagé de l’écoute, notre patrimoine musical s’entretient par la pratique, non pas sur les étagères muséales. 

    Et que dire de notre jeunesse, assaillie de propositions commerciales tous azimuts, qui n’a plus les outils pour recevoir et goûter les beautés de notre art ? On pouvait croire que les conservatoires seraient un îlot préservé de défense et d’entretien de ce beau patrimoine… Que nenni ! Rattrapés par la logique mercantile des tutelles qui ne pensent que par chiffres et statistiques, la pression nous a rejoints et nous nous soumettons de plus ou moins bonne grâce à une dictature du politiquement correct pour maintenir l’existant, gonfler les effectifs « quel qu’en soit le prix »… Démagogie ? 

    Notre art se vit, se partage au quotidien et sur le terrain, avec générosité et ouverture à tous les publics, à condition de leur en donner l’accès et non pas de le confisquer par « élitisme « et d’en réduire toujours plus le territoire.

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    Et voici ma réponse à ce courriel d’hier de Laurent Melin, ce matin à 8h 59 :

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    En forme de conversation à distance, et par l’écrit…
     
    Mes coordonnées :
    Francis Lippa
    à Bordeaux
    Je suis aussi vice-président de la Société de Philosophie de Bordeaux – avec, insérés en rouge, mes commentaires…
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    Je voudrais intervenir – sic – en tant que musicien professionnel – chef d’orchestre, compositeur, etc. – , depuis ma lointaine province – la Provence, Toulon – du bord de mer – moi, Francis Lippa, je suis philosophe, mélomane et bordelais – , et aussi en tant qu’enseignant de conservatoire – le CRR de Toulon – depuis des années – 2005 précisément. 
    Le cri d’Eric – Rouyer, le maître d’œuvre du très prospecteur label discographique Le Palais des Dégustateurs – (que je salue au passage ! Notre projet commun – de quoi s’agit-il donc ?.. – arrive à son terme, il comprendra cette « private joke » de compositeur… – qu’est aussi Laurent Melin – ) me paraît cependant bien légitime : il y a un océan entre l’offre du marché – du disque – pour des archives – sous forme d’enregistrements conservés – accessibles à tous, mais dont la profusion et la variété des supports – en dehors du seul disque… – finissent par noyer un peu la visibilité – trop d’information tue l’information – et la réalité des pratiques – musicales, dont bien sûr le concert, mais pas seulement lui, et même de très loin… – sur le terrain. 
    C’est cette dernière – la pratique musicale de terrain, donc – qu’Eric défend – comment plus précisément ? – avec son énergie coutumière, car elle est effectivement en danger – elle aussi, en effet, comme l’est l’enseignement, et toute la culture, réduits de plus en plus à l’os par des politiciens à très trés courte vue (démagogique) , celle de leur propre ré-élection ou élection à venir… Depuis que nos « élites » dirigeantes décomplexées attaquent plus ou moins frontalement – financements réduits ou carrément coupés, au tout premier chef – le milieu culturel et qu’un discours, en vérité manipulatoire, est relayé ad nauseam pour discréditer le supposé « élitisme » de la culture – hélas, je connais bien moi aussi cet angle d’attaque ! et m’emploie quotidiennement à le combattre… – la défendre sur le terrain, au quotidien, devient un apostolat – que je m’emploie, moi aussi, jour après jour, par exemple
     par mon blog quotidien encherchantbien.fr ; par ma cinquantaine d’entretiens effectifs réalisés à la librairie Mollat à Bordeaux, notamment en tant que vice-président de la Société de Philosophie de Bordeaux, et immédiatement accessibles par podcasts et vidéos ; par mes deux contributions au colloque « Lucien Durosoir (1878 – 1955) : un musicien moderne né romantique » au Palazzetto Bru-Zane à Venise en février 2011 ; « Une poétique musicale au tamis de la guerre : le sas de 1919 – la singularité Durosoir » et «La Poésie inspiratrice de l’œuvre musical de Lucien Durosoir : romantiques, parnassiens, symbolistes, modernes » ; par le CD « Un Portrait musical de Jean de La Fontaine » de la Simphonie du Marais réalisé à Saint-Michel-en-Thiérache au mois d’août 1995 et paru chez Virgin-Veritas en mars 1996, et dont je suis l’auteur, à partir de mes recherches d’une année sur le sujet, pour 90% du programme, ainsi que le rédacteur de présentation du livret ; par mon activité de « conseiller artistique » de La Simphonie du Marais auprès de Hugo Reyne durant la décennie des années 90, quand celui-ci était professeur de flûte à bec au CNR de Bordeaux ; puis auprès de Jean-Paul Combet créant et dirigeant le brillant label Alpha… – autant qu’une lutte vitale – j’en ai fort bien conscience moi aussi et m’emploie quotidiennement, à ma place et sur mon blog, à y résister ! –  sans quoi les fameux supports de tous poils, accessibles d’un clic ou d’une platine, ne seront bientôt plus que ruines dormant sous la poussière – certes : il n’existe de mélomanes que sur le terreau bien vivant lui-même d’une pratique et d’une culture musicale très actives… Si celles-ci s’appauvrissent et végètent, la mélomanie (discophile ou pas) se réduira elle aussi comme peau de chagrin, en effet… Et toute la culture authentique aussi…

    Un concert se vit en direct – sauf si il a été aussi enregistré et peut être ré-écouté – , la musique s’invente uniquement dans l’instant partagé de l’écoute – pas tout à fait : à l’écritoire silencieuse aussi (et d’abord !) du compositeur la composant... – , notre patrimoine musical s’entretient – certes : c’est presque seulement ainsi qu’il va demeurer vivant : il n’y a de culture vivante que …réellement cultivée, attentive et animée de vraie curiosité ! – par la pratique, non pas sur les étagères muséales – s’empoussiérant faute d’être visitées ; mais une collection de disques et d’enregistrements, chez un particulier ou en une médiathèque, n’est pas exclusivement muséale tant que les enregistrements sont régulièrement écoutés et passionnément même appréciés… Encore faut-il, bien sûr, avoir appris à aimer la musique : en l’ayant soi-même ou bien pratiquée, ou bien appris à l’écouter et partager avec enthousiasme avec des interlocuteurs si possible eux-mêmes passionnés ; les deux, donc,  avec plaisir et même (et surtout !) passion…

    Et que dire de notre jeunesse, assaillie – acheteuse alléchée par la publicité qu’elle est, et source de profits pour les vendeurs… – de propositions commerciales tous azimuts, qui n’a – scandaleusement – plus les outils – culturels – pour recevoir et goûter les beautés de notre art ? On pouvait croire que les conservatoires seraient un îlot préservé de défense et d’entretien de ce beau patrimoine… Que nenni ! Rattrapés par la logique mercantile – voilà l’ennemi fauteur de barbarie à poison lent, ou rapide !.. – des tutelles qui ne pensent que par chiffres et statistiques – utiltarisme et course au profit (pour soi) aidant… – , la pression nous a rejoints – dans les conservatoires de musique aussi – et nous nous soumettons de plus ou moins bonne grâce à une dictature du politiquement correct pour maintenir l’existant, gonfler les effectifs « quel qu’en soit le prix »… Démagogie ? – oui : suicidaire à petit feu de la civilisation…

    Notre art se vit, se partage au quotidien et sur le terrain – mais aussi à distance : par la médiation de l’écoute archi-attentive et intense, mais oui !, d’enregistrements, de la part de mélomanes discophiles passionnés – avec générosité et ouverture à tous les publics, à condition de leur en donner l’accès – mais il n’y a pas, là, que la pratique de la musique en un conservatoire, ou l’assistance à un concert 
    enthousiasmant qui en soient les voies d’accés, même si l’expérience du partage des émotions est en effet cruciale : mais il existe hélas aussi des concerts ennuyeux, bâclés et ratés, de même qu’il y a aussi des leçons de pratique musicale ennuyeuses, bâclées et ratées dans les conservatoires… – et non pas de le confisquer par « élitisme » – de classe ? financier ?.. – et d’en réduire toujours plus le territoire – partager très effectivement le goût et même la passion de la musique (et de la culture authentique) est bien, en effet, une nécessité civilisationnelle de toute première urgence, dont ne partagent hélas ni la conscience ni le simple constat, la plupart de nos politiques…

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    Avec l’ajout de ce petit commentaire de synthèse final mien :

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    L’angle de vue du mélomane qui n’est pas lui-même musicien, à la recherche d’une écoute la plus idéale possible des œuvres des compositeurs via des interprétations accessibles à l’écoute par le concert ou par le disque, n’est forcément pas le même que celui d’un musicien professionnel dont la pratique personnelle de la musique est quotidienne, et pour lequel l’enregistrement d’une de ses œuvres au disque, pour un compositeur, ou d’une de ses interprétations, pour un interprète, est rare, très rare, ou même carrément inexistant, en particulier aujourd’hui.
     
    En mon article, c’est d’une préférence personnelle d’écoute de la musique, tranquillement chez moi, sur ma platine, sans que rien ne vienne parasiter mon écoute attentive (et ad libitum répétable), à la différence de l’assistance – passagère, fugace : sans possibilité de ré-écoute, forcément – à un concert, avec des sollicitations autres que d’écoute : visuelles par exemple, que je fais part…
     
    Ce ne sont pas les interprètes ni leurs prestations individuelles qui m’intéressent, mais leur degré de capacité à servir au mieux, avec humilité et probité – je n’apprécie pas du tout les m’as-tu vu, ni les auto-centrés narcissiques… – , l’œuvre du compositeur elle-même, en sa singularité ; ce qui n’élimine en rien, et surtout pas, l’engagement de la ferveur de la part des interprètes…
    Et très loin de mésestimer les interprètes, je suis au contraire très à l’affut – très curieux de, et ouvert à – de nouvelles belles interprétations au disque, toujours en quête de leur approche renouvelée et la plus juste possible – voilà l’idéal à approcher, et que certains côtoient parfois ! – de l’œuvre du compositeur !!!
    Quitte à revenir écouter des interprétations en les recherchant dans les disques de ma collection personnelle, en permanence à portée de ma main, sans dépendre du bon vouloir fluctuant de sites électroniques…
     
    Quant aux concerts, je m’y rends parfois, à l’occasion, et avec très vif appétit même, disposé et ‏tout prêt à m’y enthousiasmer !
    Le dernier de ces concerts à ce jour pour moi, ce fut celui du 1er mai dernier, à Saint-Lon-les-Mines, en Chalosse, pour le Festival Durosoir 2026, avec le quatuor Diotima :
    Pour un autre concert qui m’a beaucoup impressionné, cf par exemple mon article du 16 octobre 2024 :
    consacré à un magistral récital Bach de Benjamin Alard donné à l’église Saint-Vincent de Ciboure, le 6 octobre précédent…
    Ciboure, Saint-Lon-les-Mines : je peux me déplacer un peu loin de Bordeaux…
     
    Ce qui prime absolument pour moi en une interprétation musicale, c’est donc le service le plus juste et le plus probe possible de l’œuvre du compositeur…
    Mais, n’étant pas moi-même musicien, pour ces découvertes ou jouissances renouvelées d’œuvres de musique, je suis forcément tributaire de l’écoute de leurs interprétations, et ne suis certes pas un ingrat à l’égard des interprètes de l’œuvre du compositeur, loin de là…
     
    Si vous consultez les articles de mon blog encherchantbien.fr, signés Titus Curiosus – je suis un curieux insatiable ! – ,
    vous les jugerez même probablement bien trop enthousiastes – juvénilement, dit Eric Rouyer…
     
    Cf aussi ces 2 vidéos d’entretiens que j’ai eus, sur mon invitation personnelle, à la Station Ausone de la librairie Mollat à Bordeaux,
    avec le compositeur Karol Beffa le 25 mars 2022 : vidéo  ;
    et le musicologue ravelien Manuel Cornejo le 17 avril 2025 : vidéo .
    Au vif plaisir de poursuivre cet échange avec vous, M. Melin,
     
    Francis Lippa, à Bordeaux
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    Et à suivre bien volontiers…
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    Ce samedi 30 mai 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa
  • Immense concert Janáček – Durosoir hier soir au château Mombet à Saint-Lon-les-Mines, en Chalosse, par un Quatuor Diotima au plus haut inspiré, avec deux éblouissants et étourdissants chefs d’œuvre sublimes, le Quatuor à cordes n°2 « Lettres intimes » (de 1928), et le Quatuor en Ré mineur n° 2 (de 1922) : la puissance et la gloire…

    Immense concert Janáček – Durosoir hier soir au château Mombet à Saint-Lon-les-Mines, en Chalosse, par un Quatuor Diotima au plus haut degré inspiré – composé de Yunpeng Zhao, violon 1, Léo Marillier, violon 2, Franck Chevalier, alto, et Alexis Descharmes, violoncelle – , avec deux éblouissants et étourdissants chefs d’œuvre (!!!) sublimes, le Quatuor à cordes n°2 « Lettres intimes » (de 1928) de Leoš Janáček (Hukvaldy, 3 juin 1854 – Ostrava, 12 août 1928), et le Quatuor en Ré mineur n° 2 (de 1922) de Lucien Durosoir (Boulogne-sur-Seine, 5 décembre 1878 – Bélus, 4 décembre 1955)…

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    Avec toutefois, mais tout à fait indépendamment de la performance absolument magnifique des 4 musiciens du Quatuor Diotima, un énorme bémol – tout au moins pour ma part – : l’ineptie terriblement incroyable (mais hélas bien trop réelle) d’avoir laissé entrecouper les 4 mouvements des 2 Quatuors de Leoš Janáček et de Lucien Durosoir d’interventions musicalement totalement incongrues d’un récitant, en l’occurrence Mario Hacquard, déguisé d’abord en Janáček gominé, puis en Durosoir en habit bleu de poilu, et débitant pompeusement des extraits de lettres de délire érotique sénile de Leoš Janáček adressées à Kamila Stösslova dont il était tombé amoureux, puis de Lucien Durosoir adressées, du front de 14-18, à sa mère… Autant je peux apprécier la présentation d’un récitant discret, sur un ton purement informatif et neutre, de la musique à venir par un des musiciens-interprètes du concert, autant je suis absolument allergique à l’intervention théâtrale d’un comédien singeant affreusement le compositeur.

    Et dans le cas de Leoš Janáček, cela frôlait même dangereusement l’obscène.

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    D’abord, une lettre écrite – dans le silence de sa pensée – adressée à distance à un destinataire qui la lira – dans le silence aussi de sa propre pensée… – n’est absolument pas du registre de ce qui est dit dans la proximité de l’échange verbal de paroles ; et si Janáček s’est autorisé à écrire ces mots-là, c’est qu’il ne pouvait absolument pas les dire directement, face à face, à celle qu’il se disait alors à lui-même, à son écritoire, aimer et désirer… Ce que Janáček, en revanche, a fait de ces désirs éprouvés, c’est la sublime musique de cet extraordinaire Quatuor n° 2, d’abord intitulé « Lettres d’amour« , un titre bien vite rectifié, sur l’insistance de la destinataire, « Lettres intimes » : un amour de vieillesse jamais consommé…

    La musique transcende, et merveilleusement !, par un chef d’œuvre sublime, le sinistre et malheureux délire érotique sénile…

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    Dans le cas, de Lucien Durosoir et sa mère, la correspondance extrêmement affectueuse ne fait que poursuivre, en dépit de la distance de la séparation du fait de la guerre, le lien très puissant – et de toute leur vie – entre le fils et la mère, seulement distendu par la situation de la guerre qui les éloignait physiquement l’un de l’autre… Et qui ne donnera qu’après coup, de 1920 à 1934 – tant que sa mère vivra, infirme, et qu’il sera auprès d’elle – , les musiques si singulières que Lucien, jadis, avant 1914, violoniste virtuose, se mettra à composer dès 1920, et sans les publier : le public d’alors n’étant pas du tout prêt à les recevoir – Lucien Durosoir en avait une très claire conscience ! – pour les chefs d’œuvre que nous pouvons, désormais – le temps ayant passé, et la modernité ayant bien fait son chemin et son œuvre : Lucien Durosoir, né romantique, est pleinement moderne, et tourné vers l’avenir… – , pleinement y reconnaître…

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    Il n’empêche : dans un cas comme dans l’autre, ces deux musiques n’avaient pas à être aussi saugrement interrompues en leur fil si intense, si explosif et si continu aussi, dans chacun de ces deux sublimes chefs d’œuvre de la musique de chambre…

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    Mais il faut très chaleureusement féliciter Luc Durosoir, qui sert si admirablement l’œuvre sublime de son père Lucien, très volontairement laissée, par le compositeur, un durable temps endormie à reposer et mûrir – pour l’auditoire plus ouvert à venir – dans l’obscurité d’un tiroir dans la maison familiale de Bélus, de les avoir, une œuvre après l’autre, lui le fils, Luc, patiemment éditées, puis données à écouter en des concerts, et enfin enregistrées, toutes, en des CDs disponibles à l’écoute et à la reconnaissance de leur génie resplendissant dans le monde entier… 

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    Il y a deux ans, Luc Durosoir a fait le magnifique choix d’inviter, le 17 mai 2024 au château Mombet à Saint-Lon-les-Mines – cf mon article rédigé ce soir-là : « Puissance et génie de deux chefs d’oeuvre incisifs de deux compositeurs éblouissants du XXe siècle : le Quatuor n°3 (de 1934) de Lucien Durosoir et le Quatuor n°1 (de 1954) de György Ligeti, par un stupéfiant d’intelligence et sensibilité Quatuor Tana pour un très marquant concert « Durosoir invite Ligeti » au Festival Lucien Durosoir (Mai musical 2024) en Chalosse… Une révélation pour beaucoup et un émerveillement pour chacun !« … – le beau Quatuor Tana – spécialisé surtout dans la musique la plus contemporaine – pour un admirable programme constitué du Quatuor n° 1 de György Ligeti (de 1954) et du Quatuor n°3 de Lucien Durosoir (de 1934)…

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    Et c’est à nouveau un formidablement merveilleux choix d’inviter, ce 1er mai 2026, à nouveau au château Mombet à Saint-Lon-les-Mines, le Quatuor Diotima – excellentissime lui aussi dans le répertoire de la musique la plus contemporaine !.. Que l’on consulte sa passionnante discographie… – pour ce sublime programme composé des extraordinairement puissants Quatuors n° 2 de Lucien Durosoir (de 1922) et Leoš Janáček (de 1928), ce Quatuor Diotima qui avec son merveilleux CD Alpha 125 « Lucien Durosoir – quatuors à cordes » – les interprètes, au mois de décembre 2007, à La Borie, en sont : Naaman Sluchin et Yun-Peng Zhao, violons ; Franck Chevalier, alto ; ter Pierre Morlet, violoncelle ; et le CD était paru le 1r juin 2008… – m’a fait immédiatement m’enthousiasmer, dès la première écoute (!), pour cette musique si formidablement intense et puissante de Lucien Durosoir : cf mon article « Musique d’après la guerre« , en date du 4 juillet 2008 ; et que je propose ici à la fois dans sa version initiale de ce 4 juillet 2008, et dans sa version complétée du 28 juin 2020…

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    Le temps passant, et les interprétations au concert, au château Mombet à Saint-Lon-les-Mines, le 17 mai 2024, par le Quatuor Tana – Antoine Maisonhaute, Ivan Lebrun, violons ; Takumi Nozawa, alto ; Jeanne Maisonhaute, violoncelle – , du Quatuor n°3 en si mineur (de 1934), et puis ce 1er mai 2026, par le Quatuor Diotima, du Quatuor n°2 en ré mineur (de 1922) de Lucien Durosoir, ne font que renforcer, et plus qu’au centuple, ma certitude du génie exceptionnel (!!!) et très singulier de Lucien Durosoir, dont rien dans la musique française, n’atteint à un tel degré d’intensité et puissance tragique de sublimité – dans mes 2 contributions « Une poétique musicale au tamis de la guerre : le sas de 1919 ; la singularité Durosoir » et « La Poésie inspiratrice de l’œuvre musical de Lucien Durosoir : romantiques, parnassiens, symbolistes, modernes » données au colloque « Lucien Durosoir. Un compositeur moderne né romantique » au Palazzetto Bru-Zane à Venise le 21 février 2011, j’ai convoqué les noms de Beethoven et de Michel-Ange (ses longues et très puissantes colossales formes serpentines) pour proposer une sorte d’équivalence de puissance de création à celle, si singulière, donc, de Lucien Durosoir ; cf aussi les indications de mon article du 12 octobre 2022 : « La correspondance de guerre (1914 – 1919) de Lucien Durosoir et sa mère Louise, « Ma Chère Maman, mon Cher Enfant », à paraître le 11 novembre prochain chez Blackwater Press, à Charleston, West-Virginia, traduite en anglais par Elizabeth Auld…« …

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    Et je n’en admire que davantage la puissance –  aussi – de choix – quelle énergie ! quelle superbe inventivité ! – de Luc et Georgie Durosoir de composer leurs programmes, non dans un horizon musical passéiste, mais bien un horizon d’avenir pour notre XXIe siècle : cette dimension d’avenir qui était déjà si chère, vraiment, à Lucien Durosoir…

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    Et j’attends donc – et espère très vivement ! – que le programme des concerts de l’année prochaine au château Mombet associera à nouveau au génie si puissant et si singulier de l’œuvre de Lucien Durosoir (1878 – 1955) l’œuvre d’un compositeur aussi génial et d’avenir que le sont Leoš Janáček (1864 – 1928) et György Ligeti (1923 – 2006) : pourquoi pas l’extraordinaire György Kurtag (né à Lugo le 19 février 1926, et encore vivant…) ?.. Tant le génie propre de Lucien Durosoir a d’affinités avec le génie de ces magnifiques compositeurs d’Europe centrale…

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    Une dernière remarque sur la très belle prestation hier soir des Diotima au château Mombet de Saint-Lon-les-Mines, en Chalosse – tout près de la maison familiale de Lucien Durosoir à Bélus, et de Peyrehorade – :

    en forme d’apaisant et mélodieux final de ce concert, après le déchainement de ces tempêtes tragiques sublimes des 2 chefs d’œuvre de Lucien Durosoir (de 1922) et Leoš Janáček (de 1928), les Diotima nous ont offert une très belle transcription pour quatuor à cordes de la délicieuse mélodie « Les Berceaux » (Op. 23 n°1) de Gabriel Fauré (1845 – 1924) –  dont voici une belle vidéo (de 3′ 04) de l’interprétation de Sandrine Piau avec Susan Manoff : ces ravissants « Berceaux » de Gabriel Fauré se trouvant aussi à la plage 6 de leur CD Naïve 5250 « Après un rêve » – enregistré à Grenoble en juin 2010…

    Sur le choix de ce bis très contrasté de la mélodie de Gabriel Fauré après les deux Quatuors si tourmentés et étourdissants de Janáček et Durosoir, j’ai échangé quelques mots après le concert avec Franck Chevalier, dont le jeu à l’alto, très profond et charnel, est spécialement magnifique… Le public était ravi…

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    Ce samedi 2 mai 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Retour enchanté à mon article du 26 août 2010 sur les miroirs inversés des vies et créations symétriques de Paul Valéry (1871 – 1945) et Lucien Durosoir (1878 – 1955), en un échange de courriels avec l’ami Pascal Chabot…

    En réponse au courriel de l’ami bruxellois Pascal Chabot,

    nous avons merveilleusement déjeuné de somptueux ris de veau (!) à la Brasserie bordelaise mercredi dernier 20 novembre, lors de la venue de Pascal à Bordeaux aux Tribunes de la Presse qui l’avaient invité…  :
    …
    …
    « Quel fantastique écrit, ton texte sur Valéry !
    J’y aime tout, il a nourri ma matinée.
    Merci Francis !
    Pascal« 
    …
    …
    voici ma bien trop longue réponse à Pascal ce dimanche au petit matin ;
    …
    …
    Pour éclairer le parallèle qu’en cet article « Vie de Paul Valéry : Idéal d’Art et économie du quotidien _ un exemple » du 26 août 2010, j’ai mené entre Paul Valéry (Sète, 30 octobre 1871 – Paris, 20 juillet 1945) et Lucien Durosoir (Boulogne-sur-Seine, 5 décembre 1878 – Bélus, 4 décembre 1955),
    et bien sûr si tu disposes du temps de suivre le vagabondage de mes bien trop longues phrases, 

    …
    voici les textes complets de mes deux contributions, le 21 février 2011, au Palazzetto Bru-Zane à Venise, au colloque « Lucien Durosoir, un compositeur moderne né romantique » :
    …
    …
    …
    …
     
    C’est la singularité de l’idiosyncrasie des créateurs, ici Paul Valéry comme Lucien Durosoir en miroirs inversés de leurs parcours de vie, dans les processus mêmes des aventures improbables et fondamentalement ouvertes de leurs aventureuses poïétiques personnelles,
    qu’il m’a alors passionné de suivre et discerner, pas à pas, afin de les décrypter-éclairer, en toute modeste humilité : presque uniquement pour moi-même ;
    qui d’autre cela, cet article du 26 août 2010, pouvait-il bien intéresser ?.. Pas grand monde en tout cas.
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    Mais bien toi, Pascal, maintenant, chez toi à Bruxelles !
    Les bouteilles lancées à la mer finissent merveilleusement par trouver leurs effectifs destinataires…
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    Luc et Georgie Durosoir, le fils et la bru de Lucien Durosoir, sont des amis très chers ;
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    cf, par exemple, mon article du 19 mai 2024, il y a à peine 6 mois :
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    Luc Durosoir, doté d’une formidable sur-humaine énergie (filiale !), survit à force d’une ténacité de fer à un AVC qui a manqué l’abattre en 2021…
    Et c’est lui, aidé de sa patiente et archi-compétente épouse Georgie, magnifique musicologue, qui a obtenu de réaliser, CD après CD, l’intégralité des enregistrements discographiques de l’œuvre si puissante, extraordinaire, de son père, Lucien, ainsi que l’édition exhautive des partitions de celui-ci, demeurées inédites…
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    Mis à part mon déjà significatif article programmatique du 3 juillet 2008 «  »,
    il se trouve que l’article qui a très effectivement ouvert mon blog « En cherchant bien », le 4 juillet 2008, «  », 
    a été consacré au choc d’émerveillement ressenti à l’écoute du CD (Alpha 125) des 3 Quatuors à cordes (de 1920, 1922 et 1934) de Lucien Durosoir, par le Quatuor Diotima ;
    avec, ajoutés en appendice à l’article, les très intéressants courriels échangés entre Georgie et moi-même peu avant, 
    et cela via notre ami commun Jean-Paul Combet le créateur génial des CDs Alpha (et de l’Académie Bach d’Arques-la-Bataille, près de Dieppe), 
    avec Georgie Durosoir, titulaire alors de la chaire de musicologie à la Sorbonne…
    Une amitié formidable était née.
     
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    Et pardon, une fois encore, cher Pascal, d’être si prolixe et bavard :
    je suis un amateur acharné et hélas indécrottable de la précision…
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    Aussi bon dimanche que possible, pour toi et les tiens,
    y compris le chien Tomi, que tu sortiras faire son tour de quartier, à Bruxelles,
     
    Francis
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    Oui,
    les bouteilles lancées à la mer traversent bien les océans de mystère, et finissent par atteindre, même très loin, leurs effectifs destinataires ! Il n’y faut que de la patience, du temps, et un zest aussi, bien sûr, de chance…
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    Ce dimanche 24 novembre 2024, Titus Curiosus – Francis Lippa