Étiquette : rencontre

  • Entre « Recherche » et « recherche », le « flou » actif de l’esprit imaginant à l’heure des GPS…

    Un très intéressant article, ce matin, de Pierre Assouline, sur son « irration » (de lecteur !) d’un « Vademecum«  _ en anglais « Companion to« … _ « pictural » pour la « Recherche » de Proust,

    par un anglais un peu trop bien intentionné, selon Pierre Assouline, Eric Karpeles…

    …

    Voici l’article de Pierre Assouline, en date de ce 17 juillet

    _ farci de mes commentaires, selon la coutume de ce blog-ci… _ :

    …

    « Les lecteurs de Proust ont-ils vraiment besoin d’un guide de musée ?« 

    …

         « Prenez un grand roman, disons « A la recherche du temps perdu« . Prenez chacune des évocations d’œuvres d’art que vous y trouverez. Prenez le moteur de recherche du site du Louvre. Mettez les uns dans l’autre, remuez, faites revenir à feu doux et servez quand c’est prêt. Cela donne un beau plat qui a un drôle de goût.

    …

    Au départ, une vraie idée d’éditeur ; à l’arrivée une fausse bonne idée. C’est « Le Musée imaginaire de Marcel Proust«  (traduit de l’anglais par Pierre Saint-Jean, 350 pages, 32 euros, Thames and Hudson). On espère que ce n’est pas le début d’une collection ; et que nous ne sommes pas menacés d’un Balzac ou d’un Stendhal du même tonneau. Pourtant son auteur Eric Karpeles, peintre et auteur de textes sur l’esthétique, a crû bien faire. Constatant que la  « Recherche«  était profuse en références picturales, et imaginant sans peine que la mémoire visuelle, pour ne rien dire de la culture artistique, de ses contemporains avaient des limites, il a donc entrepris de mettre le portrait de Mehmet II par Gentile Bellini en face du _ voilà le procédé de ce livre : et ses économies de « recherche documentaire«  pour le lecteur, même à l’ère d’Internet ! _ passage où Proust dit que le jeune Bloch lui ressemble étrangement, un cardinal par Le Gréco en face d’une évocation de Charlus en “grand inquisiteur peint par Le Gréco”, le « Déjeuner sur l’herbe » de Manet en face d’une allusion métaphorique à un déjeuner sur l’herbe, la « Procession de mariage« de Giotto en regard d’une procession, et bien sûr l’évanouissement de Bergotte face au petit pan de mur jaune à la seule vue du Vermeer ! Il semble que l’on ait échappé de justesse à un lit de Caillebotte en face de “Longtemps, je me suis couché de bonne heure”…

    …

    Un extrait du roman sur la page verso, une reproduction de l’œuvre censée lui correspondre _ l’enjeu de cet article (de Pierre Assouline en son blog) ainsi que le bien-fondé, ou pas, du livre de Karpeles, se situant en cette visée de « correspondance« -là !.. _ sur la page recto, tous les tableaux du roman dans leur ordre d’apparition. C’est là une conception _ éditoriale, eu égard à un « marché«  (et à une « demande«  de la part de certains lecteurs, désirant parer au plus pressé (de « besoins » d‘ »identifications«  des allusions du texte)… _ très anglaise, et assez américaine _ l’éditeur du travail de Karpeles est Thames and Hudson _, qui consiste à toujours expliquer, rationaliser, dans un esprit positiviste, sinon pratique _ pour ne pas dire immédiatement (et économiquement) utilitaire (ou utilitariste). D’ailleurs, il n’est pas anodin de relever que là-bas, le livre s’intitule « Paintings in Proust. A visual companion to « In Search of lost time«  ». Un “companion”,delft1.1247783924.jpg c’est exactement cela, spécialité typique des librairies britanniques. Asseyez-vous, posez votre roman, on vous aide à le comprendre _ par des « identifications » ponctuelles : éliminant le « flou«  en votre esprit. C’est parfois utile pour les étudiants ou les chercheurs, pratique surtout _ c’est-à-dire économique en temps, en énergie, et en dépenses de tous ordres… Le procédé est déjà _ littérairement, et poïétiquement : pour l’élan de l’imaginaire ! ce que Baldine Saint-Girons appelle si justement « l’acte esthétique« , en son si judicieux « L’Acte Esthétique« , aux Éditions Klincksieck ; et autour de quoi tourne le tout aussi majeur « Homo spectator«  (« spectator«  en action ! pas passif !!!) de Marie-José Mondzain, aux Éditions Bayard : deux ouvrages indispensables pour mieux comprendre tous les enjeux d’une civilisation de l’audiovisuel hypertechnologisé : ici, lire les travaux de l’ami Bernard Stiegler ; en commençant, par exemple, par le plus récemment publié : « Pour en finir avec la mécroissance« , aux Éditions Flammarion… : voilà pour un bon « équipement«  (de lecture et d’intelligence) sur les enjeux actuels (« civilisationnels«  !) de l’« aisthesis« … _ ; le procédé est déjà lourd en soi ; il pèse _ et gravement : pardon pour la redondance ! _ sur la poésie-même des plus belles pages de ce roman par endroits si incroyablement léger_ oui : en sa lecture, comme en son écriture : des affaires de « souffles«  (et inflexions terriblement véloces, car fines ! ou « dansées« ) : c’est une affaire de « rythme« , une fois encore !!! Cf aussi la phrase unique (de 517 pages), sur ce modèle de prestesse proustien, du si merveilleux « Zone« , de Mathias Enard, paru en fin d’été dernier, 2008… : cf, sur lui, mon article du 3 juin dernier : « Le miracle de la reconnaissance par les lecteurs du plus “grand” roman de l’année : “Zone”, de Mathias Enard » _ alors qu’il a tout d’une brique. Le lecteur de la « Recherche«  n’a pas besoin _ du tout : voilà la raison de l’intervention ici de Pierre Assouline _ qu’un conservateur de musée lui prenne la main pour le guider _ fut-ce avec les « meilleures œillères » du monde ! ah ! la terrible soumission à ce que l’on prend aveuglément pour des « autorités«  !.. Autant obliger tout visiteur _ en rang d’oignons et file indienne, ou pas ! _ des Offices à porter et utiliser l’un de ces casques audio _ même démilitarisé… _ qui vous expliquent _ vous devenant passif : tel un utilisateur de GPS !!! dans le dédale pourtant charmant d’une ville encore pas trop connue… : « passif » et « captif » (satisfait ! cf l’illustration de la bêtise chez Flaubert, dans le « contentement de soi » béat d’un Monsieur Homais, in « Madame Bovary«  !) de ce qui devient pur réflexe à un stimulus pré-formé… _ ce qui se passe ! Le fait est que ça parle beaucoup « peinture » chez Proust. Tableaux, dessins, gravures et sculptures sont partout dans la « Recherche« . Ils ont toutes sortes _ oui ! _ de fonction : ils reflètent, authentifient, métaphorisent _ peut-il donc exister un mode d’emploi « sécurisé«  (en stéréotypes) des métaphores ?.. Mais le problème de ce « Musée imaginaire de Marcel Proust est dans son principe même _ coupant l’herbe sous le pied de toute recherche effective par l’imagination (mise en action) du lecteur lui-même : ainsi « assisté«  passivement !.. C’est cette recherche personnelle qui est l’œuvre (irremplaçable !) et du « regardeur » et du « lecteur«  vrais : pas réduits à une consommation préformatée d’images devenant de très réducteurs « clichés«  ; et « réducteurs de têtes« , ajouterait Dany-Robert Dufour (en son important « Art de réduire les têtes«  !)…

    …

    On croirait le trousseau de clés _ mécanisé _ d’un prétendu roman-à-clefs. Or un roman est fait pour laisser vivre _ et prospérer en un vagabondage libre : libéré ! avec un « jeu«  enthousiasmant ! _ l’imaginaire du lecteur. Tant mieux s’ils se trompe ou s’égare, là n’est pas la question _ en effet : bravo ! et merci ! Pierre Assouline ! de mettre si bien un peu les points sur les i du métier éditorial, du point de vue de ce que risque de devenir l’« in-activité«  de lire (de la part de lecteurs devenus ainsi  « non-lecteurs«  !), avec de tels « compagnons«  trop bien intentionnés : cela me rappelant la morale, délicatement incisive, de ce génie de La Fontaine, dans « L’Ours et l’amateur de jardins » !.. (« Fables« , VIII, X _ en 1678) : que je me permettrai d’adapter ainsi : « Rien n’est si dangereux qu’un ignorant (= ici « mal savant »…) ami ; Mieux vaudrait un sage ennemi« … _ ; à lui _ lecteur ; et à lui seul ! en une liberté construite, et non renoncée, surtout ! _ d’interpréter _ en cherchant !.. ; c’est un jeu jouissif ! _, de traduire les mots en sensations _ et vice versa… Proust n’avait pas conçu sa cathédrale de papier _ (et de mots et phrases imprimés) : l’expression est à prendre au pied de la lettre _ comme un beau-livre illustré _ en effet ! Lorsqu’il écrit que la lumière se dégradait dans les escaliers d’un hôtel et convertissait leurs degrés “en cette ambre dorée, inconsistante et mystérieuse comme un crépuscule, où Rembrandt découpe tantôt l’appui d’une fenêtre ou la manivelle d’un puits”, a-t-on vraiment envie de retrouver sur la page en regard une reproduction du « Philosophe en méditation » (1632) ? Non, d’autant que ce pourrait être _ tout autant ! _ un autre tableau _ le « Rembrandt » de Proust étant lui aussi (et cela, « fondamentalement«  !) fort composite, le réduire ainsi à un exemple unique (et, d’autant, là où Proust, lui, les multiplie : « tantôt« , « ou«  !..), c’est couper les ailes au déploiement de son imaginaire en train de s’activer « dans le temps«  : pour quelle économie instantanée ? ; le contresens est alors tout à fait grave, en effet !., cher Pierre Assouline ! Merci de nous en prévenir ainsi en votre blog de salubrité publique  (pour une vraie « république des livres«  et de lecteurs « vrais« , en tout cas : pas trop « décérébrés«  encore, en voie d’être eux-mêmes réduits à de purs « arcs-réflexes« )… Pareillement lorsque, à propos du baron de Charlus, l’écrivain évoque _ le mot impliquant du « flou« … _ ”une harmonie noir et blanc de Whistler”, on n’a nullement envie d’être dirigé bellini_mehmet_ii.1247783957.jpg_ illico presto et comme sur rails de voie unique _ vers la reproduction de « Arrangement en noir et or : le comte de Robert Montesquiou-Fezensac » du même peintre. Car ces choix figent _ voilà le crime ! _ notre imaginaire _ de poïesis en action _ et c’est le pire service _ magnifique expression ! _ que l’on puisse rendre tant au romancier qu’à ses lecteurs.

    …

    Nous qui avons vécu des années dans l’ignorance de la « Vue de Delft » _ il nous fallait « essayer«  de nous la « représenter«  : que de joie en cette incertitude (et son « tremblé« …) ; et cette « confiance«  accordée au talent d’ekphrasis de Proust ! _ tout en vibrant à l’émotion _ vibrée, dans la phrase même, ondulante, de Proust… _ de Bergotte, pourquoi nous obligerait-on _ robotisés (« à voie unique«  : c’est un comble !) que nous deviendrions _ à mettre les points sur les i ? Rien n’est émouvant comme la découverte et la rencontre inopinées _ bien plus tard qu’à la lecture… _, un après-midi de printemps à la faveur d’un égarement dans un musée, entre ce que l’on avait lu et ce que l’on voit enfin par hasard _ remerciant alors (personne ! ou plein d’intermédiaires…) la grâce de ce « hasard » de rencontre… Avis aux “companions” les mieux intentionnés : nous sommes encore _ mais pour combien de temps, cependant ?.. Que fait ici, et que ne fait pas, l’École, pour les nouvelles générations ?.. _  un certain nombre à ne pas prendre ombrage lorsque, relisant « A la recherche du temps perdu«  avec une volupté inentamée _ en effet ! sa « fraîcheur » s’enrichissant, même !.. _, nous ignorons _ mais oui ! ah cette stupidité (à la Homais !) de « craindre de mourir idiot«  au sens de non-savant, d’ignorant : l’ambigüité du terme étant très joliment dans ce cher La Fontaine (de « L’Ours et l’amateur de jardins » : « ignorant«  opposé à « sage« …)… _ ce qu’est la noblesse d’une « buire » de Venise, ou le sens de “mazulipatan”…   Qu’importe puisque Proust, comme ses personnages, étaient à la poursuite _ ouverte ; et non figée (et pour cause !) _ d’un rêve _ un « rêve«  est-il jamais « à satisfaire«  ? : là est tout ce qui sépare le libre désir du lourd besoin : rassasiable, mais très temporairement, lui… _ et que la puissance _ oui ! _ de la fiction _ le substantif émanant du verbe (et de l’activité) de « feindre«  : c’est tout le « jeu«  du faire-semblant, avec tout son « bougé » en acte… _ étant ce qu’elle est, nul ne pourra l’objectiver _ et la tuer en la figeant : ne serait-ce qu’en clichés !!! (et toute leur solennelle « bien-pensance« … N’a-t-il pas écrit _ Proust… _ que l’essentiel est dans “cette lumière  _ un principe de connaissance qui passe aussi, et nécessairement, par l’activité de l’esprit : biologiquement, en quelque sorte ; et le processus existe aussi, c’est même une fonction ô combien capitale du vivant et de la survie, chez les animaux ! _ qui fait tout le jour la beauté des objets et le soir tout leur mystère _ on notera le splendidement discret décalage proustien entre « tout le jour«  et le passage furtif, lui, du « soir« , avant la nuit _, qui en se retirant d’eux _ « eux«  : les objets disponibles pour l’activité d’un sujet _ modifie à tel point leur existence _ de choses inertes, en dehors de notre appréhension (à commencer par perceptive, et attentive : il faut aussi que le regard, en son mouvement même, en son flux, se focalise un tant soit peu _ mais pas à les figer ! _ sur eux ; et pas forcément programmatiquement !) _ que nous sentons bien qu’elle _ cette « existence«  d’« objets« -pour-nous, et en-dehors-de-nous, aussi… _ en est le principe _ extérieur, transcendant : avec toujours son « mystère«  (pour nous !) ; et le « flou« , forcément, et à l’infini (à des degrés variant…), de toute perception qualitative ; et non pas pragmatiquement utilitariste seulement : là-dessus, lire les analyses décisives de Bergson, auxquelles on doit bien davantage revenir… _ et qu’eux-mêmes semblent passer, dans ces minutes si inquiétantes et si belles _ les deux étant intimement liés : c’est une des clés de l’œuvre proustien : de son intense et permanente, oui, « vibration«  ! à la lecture ! pour peu qu’on fasse confiance à l’élan du souffle long et splendide de sa phrase… _, par toutes les affres de la mort” _ et « dans le temps« … : le dernier mot (de gratitude !) à la toute dernière page du « Temps retrouvé« … _ ?.. Et cette lumière _ infiniment vibrante pour le lecteur acceptant de se livrer à sa « vibration«  : sans clichés ! _, l’artiste qui l’a créée et nous l’a transmise _ par le dispositif écriture-lecture exclusivement _ après l’avoir rêvée _ oui ! = imaginée activement ! en son génie d’auteur ! _ n’était pas peintre, mais écrivain » _ en effet !

    …

    (”Arrangement en noir et or : le comte Robert Montesquiou-Fezensac« , par James Abbott McNeill Whistler 1891-1892 ; “Vue de Delft” de Jan Vermeer 1659-1660 ; “Le Sultan Mehmet II” de Gentile Bellini, 1480)

    …

    Voilà pour ce bel article de Pierre Assouline.

    …

    Bref, un « Vademecum » (« Companion to…« , en anglais) assez peu utile poïétiquement : c’est même un euphémisme…

    …

    Titus Curiosus, ce 17 juillet 2009

  • « Livrez-vous ! » à la lecture, le studio de la photographe Mélanie Gribinski au coeur de la librairie Mollat du 18 avril au 9 mai : portraiturer le lecteur en sa lecture

    A propos de la proposition de « portraits » _ photographiques _ de lecteurs

    se livrant à la lecture

    au sein même des (vastes) espaces de la librairie Mollat :

    « Livrez-vous !« , du 18 avril au 9 mai,

    « Mélanie Gribinski réalise votre portrait dans son studio de photographe installé au centre de la librairie Mollat à Bordeaux.

    Venez accompagné du livre de votre choix,

    livre du moment, livre de chevet, livre préféré, livre rare, petit ou grand livre, livre de la librairie ou de votre bibliothèque« …

    …

    Livrez-vous !

    …

    ce petit échange de correspondances

    entre Mélanie Gribinski, l’artiste-photographe qui va oeuvrer en un studio monté ad hoc au sein des (larges) espaces de la librairie, rue Vital Carles (ou rue Porte-Dijeaux)

    et Titus Curiosus, le blogger qui fait part de ses curiosités et enthousiasmes :

    …

    Le 12 avr. 09 à 23:35, Mélanie Gribinski a écrit :

    …

    Bonjour,
    Je me permets cet envoi de la part de Bernard Plossu.
    Cordialement.
    Mélanie Gribinski

    ——– Message original ——–
    Sujet:    LIVREZ-VOUS! – librairie Mollat à Bordeaux
    Date:    Sun, 12 Apr 2009 22:14:31 +0200
    De:    Mélanie Gribinski

    …
    LIVREZ-VOUS !
    du 18 avril au 9 mai 2009
    …
    Mélanie Gribinski réalise votre portrait dans son studio de photographe installé au centre de la librairie Mollat à Bordeaux.
    …
    Venez accompagné du livre de votre choix, livre du moment, livre de chevet, livre préféré, livre rare, petit ou grand livre, livre de la librairie ou de votre bibliothèque…
    …
    Mélanie Gribinski est photographe portraitiste, spécialisée dans le portrait Noir & Blanc à la chambre grand format.
    …
    Après avoir été élève du photographe Reza à l’école de photographie MJM, dont elle est sortie, en 1989, avec le premier prix décerné à l’unanimité, elle a travaillé au laboratoire  professionnel de photographie Imaginoir à Paris avec des photographes tels que Sebastião Salgado, Sarah Moon, Gisèle Freund, Raymond Depardon…
    …
    Elle a photographié près de cinquante psychanalystes, parmi les plus grands noms de la psychanalyse française,

    puis a réalisé une série de portraits de poètes, invités du Centre international de poésie à Marseille. Elle a fondé les éditions « La Chambre » et a publié notamment un recueil de photographies et de planches contacts inédites de la photographe Denise Colomb sous le titre « Instantanés« .
    …
    Elle élabore actuellement un ensemble de portraits et d’entretiens autour du travail de certains éditeurs installés en Aquitaine.
    …
    Les portraits d’artistes et d’intellectuels sont ces centres d’intérêts photographiques.
    …
    L’essentiel de son travail est visible sur le site www.melaniegribinski.com
    …
    Librairie Mollat – 15 rue Vital Carles 33000 Bordeaux tél. 05 56 56 40 00 – http://www.mollat.com/

    …

    Avec cette rafale de messages en réponse à cet « envoi » :

    …

    De :   Titus Curiosus

    Objet : Rép : [Fwd: LIVREZ-VOUS! – librairie Mollat à Bordeaux]
    Date : 13 avril 2009 06:07:33 HAEC
    À :   Mélanie Gribinski

    …
    Merci beaucoup de votre envoi.
    …
    Bernard Plossu m’a en effet déjà parlé de vous ;
    au moins pour votre travail sur les psychanalystes.
    Et d’autres fois.
    …
    Portraiturer est fascinant ; et un magnifique défi…
    Je viendrai avec joie !!!
    …
    En plus,
    « Livrez-vous » est une « idée » (et, mieux, un « projet », un processus, un faire artistique) magnifique ;
    nous tous sommes si coincés ; si peu enclins à donner quelque chose de nous ;
    alors nous livrer !!!

    …
    La lecture le permet peut-être en effet davantage : l’auteur déjà s’est (plus ou moins,
    et selon son degré de rapport à la vérité !)
    livré lui-même en son écriture,
    et se tient disponible, entre les lignes, entre les mots,

    à la juste distance du rythme de lecture
    et de la curiosité du lecteur ;
    à condition, toutefois, que ce dernier désire le découvrir vraiment, en sa distance et en sa singularité,
    sans s’identifier
    stupidement à lui, ni le vampiriser…
    C’est tout un art de confiance et de respect mutuel…

    …

    Alors pour ce qu’il en est du portraitureur et du portraituré !..
    …
    Votre projet est passionnant.
    Et déjà la photo exemplaire de votre projet
    est engageante, en sa beauté…
    …
    J’ai écrit un essai,
    que Bernard Plossu a pu lire, puisque je le lui ai communiqué,
    qui s’intitule « Cinéma de la rencontre : à la ferraraise« ,
    avec pour sous-titre « un jeu de halo et focales sur fond de brouillard(s) : à la Antonioni« …
    …
    Ainsi qu’un article « Pour célébrer la rencontre« …
    qu’avait publié sur son site « Ars Industrialis »
    Bernard Stiegler (en mars 2007)…
    …
    A très bientôt,
    …
    Titus Curiosus
    …

    Et
    …

    Vous pouvez aussi jeter un œil sur mon blog En cherchant bien
    sur le site de la librairie Mollat ;
    …
    avec son premier article programmatique (où je cite Bernard Plossu),
    le 3 juillet 2008 :
    « Le Carnet d’un curieux » ;

    et avec celui-ci, commentant une photo de Bernard Plossu :

    « Attraverso Milano _ le carton d’invitation alla mostra »

    …
    J’en suis à plus d’une centaine d’articles depuis…
    …
    Par exemple, dernièrement, celui-ci,
    à propos de 3 philosophes amis :

    « Energie, joie, reconnaissance _ et amitiés aussi : la grâce des oeuvres et de l’Art : François Noudelmann, Gilles Tiberghien, Bruce Bégout »
    …
    A suivre,
    …
    Titus Curiosus

    …

    Et j’ai même adressé à Mélanie Gribinski mon article « Pour célébrer la rencontre »

    qu’avait publié en mars 2007 « Ars Industrialis« ,

    le site de Bernard Stiegler…

    …

    Voici ce que répond, sous cet accablement (de textes à lire), l’artiste photographe,

    en pleins préparatifs (urgentissimes : le 18, c’est dans quatre jours) de son dispositif pour son travail à partir du samedi 18 avril prochain, en son studio photographique monté (pour trois semaines) en plein cœur de la librairie Mollat :

    …

    Le 14 avr. 09 à 00:15, Mélanie Gribinski a écrit :
    …
    Bonjour Titus Curiosus,
    …
    Vous m’envoyez tout à trac un flot de lecture dans lequel je n’ai malheureusement pas le temps de me plonger en ce moment, car très prise par la préparation du dispositif que je mets en place chez Mollat.
    Mais je prendrai volontiers le temps de faire connaissance avec vos textes après la rencontre !
    …
    A bientôt donc.
    Mélanie Gribinki

    …

    Ma réponse ce matin :

    …

    N’ayez crainte :
    le temps (de…) vient (ou, parfois, pas). On le prend (ou, parfois, pas).
    C’est là règle du jeu de la vie ; particulièrement dans le monde hyper-pressé (et hélas faux) qui est
    (du moins se veut tant…) le nôtre
    (cf les analyses de Paul Virilio sur la vitesse _ par exemple « La Vitesse de libération » ; ou « Vitesse et politique« , en 1977, aux Éditions Galilée _ ;
    et les équivalences Time / Money…) ;
    ou, a contrario, le temps hyper-alenti et déployé d’une psychanalyse…

    …
    Mais, justement, l’artiste est celui qui, contre ce temps faux-là (marchand ; à « rentabiliser », croient-ils…), apprend à (et sait, peu à peu) mettre en place une autre temporalité (vraie, elle),
    où mieux vivre, vraiment s’épanouir
    (parfois _ ce n’est pas tout à fait sur commande !.. ; ni mécanique…).
    …
    Soit la vérité (et la béatitude : par la joie ; à distinguer du plaisir) versus la plus-value monétaire…

    Qu’est-ce donc que je perds quand « je perds mon temps » ; et que ma vie se passe à rien qu’à « la gagner » ?..

    …

    Notre époque

    _ individu (ou plutôt la « personne » ; avec un vrai visage ; et pas rien que des « mines »…) ; individu par individu _

    aurait tout « intérêt » (vrai !) à réfléchir enfin un peu (et mieux) à l’échelle de ses valeurs ; à la revoir ; à la remettre vite _ il y a urgence ! pour tous, comme pour la planète _ sur ses pieds…

    …
    Dans l’article (déjà long, en effet : plus qu’une photo faite, certes !) que je vous ai envoyé (« Pour célébrer la rencontre« ),
    je développe un peu l’image du petit dieu espiègle Kairos (à apprendre à « accueillir ») ;
    un dieu pourvu aussi
    , en plus de ce qu’il donne (!) généreusement, d’un rasoir tranchant.
    …
    Le temps des préparatifs (d’un dispositif) est assez magnifique : car c’est un temps de préparation d’une fête (possible) à venir…
    Et la fête vient !

    …

    Alors quand il s’agit de préparatifs d’un dispositif artistique !
    …
    Surtout, tout spécialement, pour ce préparatif de « rencontre » qu’est un portrait _ et photographique, qui plus est…
    Quel défi (temporel) ! Stimulant !
    …
    Dans le genre des portraits, mais pas photographiques,
    pour ma part, j’apprécie tout particulièrement ceux de Lucian Freud
    _ cf par exemple, pour un début de « connaissance » de cet artiste majeur : « Lucian Freud : l’observation de l’animal« , par Sebastian Smee, aux Éditions Taschen…

    …
    Mais le temps de peindre
    n’est certes pas le temps de photographier…

    …
    Quant au temps de lire (un livre _ puisque c’est un élément essentiel de votre dispositif « Livrez-vous !«  en votre « studio de photographe » de 3 semaines « au centre de la librairie Mollat » !) : c’est un temps d’intense intimité…

    …

    Le regard du lecteur étant tourné
    vers ce que dit la parole
    éminemment (et pour toujours !) vive _ désormais écrite : elle se tient tranquillement à disposition _ de l’auteur : à distance importante, voire considérable, d’espace et de temps
    (et même carrément par-delà la disparition _ physiologique _ de l’auteur : devenu, dissous, poussière et « fantôme » : sans chair ni os…).

    …

    Un échange sub specie aeternitatis, dirait Spinoza (cf « L’Ethique« ) : c’est ce qu’offre la grâce de l’Art (vrai)… Une fête, absolument !!!

    …
    Je suis ravi de faire votre connaissance _ et ainsi, de cette façon (!) : à l’œuvre…
    Bernard Plossu m’a à plusieurs reprises parlé de vous » : c’est un « passeur » éminemment positif…
    …
    Et le 18 avril, c’est en effet, samedi prochain, très bientôt ! Tous mes vœux vous accompagnent !!!
    …
    Titus Curiosus
    …
    Venez donc vous livrer à ce « Livrez-vous ! » !

    et participer à ce projet (d’artiste) magnifique !!!

    …
    Titus Curiosus, ce 14 avril 2009

  • de la dimension de profondeur _ et avec intensité ! _ dans la musique française ; et son interprétation : le magnifique exemple Claude Debussy / Nelson Freire

    En prolongement, en quelque sorte de mon précédent article, sur le tout aussi (grandiosement) magnifique « exemple » Jean-Marie Leclair / John Holloway (« dans » l’exceptionnel CD “Sonatas” de Jean-Marie Leclair _ CD ECM 2009 n° 476 6280) : « une merveilleuse “entrée” à la musique de goût français : un CD de “Sonates” de Jean-Marie Leclair, avec le violon de John Holloway« ,

    …

    je viens ici « partager » la joie profonde que donne le CD Decca 478 1111 « Debussy Nelson Freire« , qui vient tout juste de paraître, avec un programme _ tout aussi merveilleusement « choisi » ! _ d’interprétations du Livre I des « Préludes« , « D’un cahier d’esquisses« , « Children’s corner » et « Clair de Lune«  (extrait de la « Suite bergamasque« ) de Claude « de France« ,

    …

    je veux dire Claude Debussy (né le 22 août 1862 à Saint-Germain-en-Laye et mort le 25 mars 1918 à Paris : « Tirili, tirila, je suis tout bonnement de Saint-Germain-en-Laye, à une demi-heure de Paris« )… ;

    CD enregistré à la Friedrich-Ebert-Halle, Harburg, Hambourg, les 11-15 juin 2008…

    …

    La musique requiert,

    pour qui ne se contente pas de la « lire » sur partition,

    la médiation d’une interprétation _ inspirée !!! _ d’un artiste, qui sache la rendre _ elle, la musique ! _ avec humilité et inspiration (« génie de l’auteur, es-tu là ? fais- nous la grâce de venir nous visiter !..« , sous ses doigts, sous sa voix, dans la tension tendre, et très intensément, d’un « jeu »,

    et en un lieu et un instant donnés ;

    …

    la qualité de l’enregistrement offrant, ensuite, la disposition

    _ technologique : commode ! vive le disque ! _

    d’une « répétition » infiniment prolongée :

    …

    répétée donc, à volonté ; mais différente, et à son meilleur « enrichie »

    …

    _ cf ici les analyses irremplaçables de Deleuze (1925-1995) en son (très grand !) « Différence et répétition« , en 1968 ;

    mais aussi le principe des « variations » (baroques), et de « diminutions » (juste avant…) ;

    lire ici « L’Altération musicale » de l’ami Bernard Sève (en 2002) _,

    …

    la qualité de l’enregistrement offrant la disposition d’une « répétition », et à son meilleur « enrichie », donc,

    de la « rencontre » avec l’attention (« requise »), et, « quand ça vient« , souvent, sinon à chaque fois, émerveillée, et non émoussée

    _ et c’est là, sinon à terme (à Dieu ne plaise ! pas trop vite, pas trop tôt, prématurément !..), du moins au fil des écoutes (elles murissent !…), un critère de la valeur des divers éléments placés en « connexion »… _

    d’une écoute qui « doit » _ c’est là son requisit propre ! _ se hisser, elle aussi, à ce niveau de « beauté » des précédents « sens » (en action) des précédents « intervenants » (en la « chaîne » du « donné-rendu » de l’œuvre…) :

    …

    au premier chef desquels _ of course ! _ le compositeur (« auteur » premier : à la source…) et l’interprète sont les « maillons » principaux, mais non exclusifs…

    …

    Chacun « amenant »

    _ sinon « convoquant » (= « faisant venir » ; comme érotiquement : in english, to come !) _,

    au jour « J »

    …

    _ jour de la création de l’œuvre par son auteur-créateur ;

    jour de l’interprétation de l’œuvre par l’interprète (à l’enregistrement _ ou au concert ; ou à « l’audition ») ;

    jour de l’audition (= acte æsthétique _ cf le si merveilleux et nécessaire (de lire) ! “L’acte esthétique” de Baldine Saint-Girons _

    de l’auditeur-écouteur (qui en « jouit »…) _

    …

    chacun amenant, donc,

    tout ce qui peut concourir _ poïétiquement ! _ au miracle du meilleur de la « rencontre » æsthétique, donc…

    …

    Bref,

    …

    et même si je découvre ce matin sur le site de Channel Classics les quelques « réserves » d’écoute _ ou plutôt d’ »audition » (acoustique !) _, quant au travail d’ingénierie du son (pour Decca) de Philip Siney, de Christophe Huss

    _ dont c’est en quelque sorte un « dada » ; et au point, hélas pour lui, de s’en gâcher totalement, et combien souvent, le plaisir !!! _,

    en son article (débutant par un « Et un autre massacre, un !« ) ;

    …

    et même si je découvre les quelques « réserves » d’ »audition » (acoustique !) de Christophe Huss

    quant à la « réalisation » de Nelson Freire,

    …

    Christophe Huss use, tout de même _ ouf ! _ des expressions « le toucher miraculeux«  _ oui ! _

    et « la science de la respiration _ absolument : quelle qualité d’écoute de la musique de la part de l’interprète ! _ de Nelson Freire«  ;

    ainsi que « un des plus grands pianistes de notre temps » !..

    …
    Sur la qualité de l’écoute de Nelson Freire,

    je relèverai, encore, cette remarque du livrettiste Olivier Bellamy, page 6 du livret du CD Decca :

    …

    « Le grand Claude-Achille (…) suggère au lieu d’évoquer. (…) Debussy écoute le vent du monde lui rapporter, d’est en ouest, rumeurs anciennes et sons nouveaux (…). Nul autre que Nelson Freire ne se sent plus proche de cette pudeur féconde _ une belle expression _, de ce raffinement silencieux _ c’est on ne peut plus juste ! Il adore aussi la délicatesse de la dédicace de « Children’s corner«  : « A ma chère petite Chouchou, avec les tendres excuses de son père pour ce qui va suivre ». Après la mort de Debussy, Alfred Cortot était venu jouer quelques « Préludes«  à sa fille chérie _ Claude-Emma (30 octobre 1905 – 14 juillet 1919), dite « Chouchou«  _ (qui rejoindra un an plus tard son père dans la tombe _ au cimetière de Passy _ ). Il avait demandé à l’adolescente : « Est-ce ainsi que ton père jouait ? » Chouchou avait répondu : « Oui, mais papa écoutait davantage… »

    Ecouter et laisser s’exprimer la musique, voilà le secret.« 

    …

    Et Olivier Bellamy ajoute encore, à la suite :

    « Chopin ne faisait pas autre chose _ en effet… _ : écoutant ce que lui confiait le piano sous la caresse de ses doigts habiles. » Oui ! 

    …

    Bref, ce CD « Debussy Nelson Freire » est un cadeau des Dieux…

    …

    Faites-vous en, déjà, une « petite idée »

    _ même si rien ne convient moins bien à l’écoute musicale qu’une « idée »,

    fût-elle « petite » !… _

    en allant l’écouter :

    …

    car rien ne remplace l’écoute personnelle ; même si, aussi, il vaut mieux « écouter » (vraiment) plusieurs fois…

    …

    Bonne écoute !

    Bon « enchantement » !

    Bon « Debussy Nelson Freire » ! pour vous…

    …

    Titus Curiosus, le 16 janvier 2009

  • Le bonheur de venir de lire « Vous comprendrez donc », de Claudio Magris

    Ce n’est ni l’article même que Pierre Assouline a consacré à « Vous comprendrez donc« , le 13 décembre dernier sur son blog de « La République des livres« , sous le titre  de

    « Claudio Magris n’en sort pas » ;

    …

    ni même mon propre article « A propos de Claudio Magris : petites divergences avec Pierre Assouline _ sur son blog “la république des livres” « ,

    dans lequel je m’agace (un peu) qu’on privilégie le succès public d’un auteur (avec, si souvent, les malentendus sur lesquels ce succès-là est bâti),

    par rapport au contenu (et forme, conjoints) même _ et merveilleux ! _ de son œuvre entier ;

    …

    mais c’est ma réflexion d’hier

    à partir de ce qu’il y a de force du désir

    de sortir (= extraire ; extirper),

    des limbes du fantômatique,

    les « Ombres errantes » de la musique

    _ ancienne, tout particulièrement, certes ;

    …

    mais cela vaut aussi, et déjà, pour quelque musique que ce soit

    qui doit,

    pour que le commun des mortels y accède

    (par sa sensibilité; et d’abord ses oreilles !..) ;

    …

    qui doit, donc,

    être interprétée (= sonorement « réalisée ») à partir de traces écrites (= notées) sur une partition ;

    …

    et pas simplement seulement improvisée :

    tel un prélude (dans la « suite » dite « baroque » ; à partir des préludes au luth…) ;

    ou telle improvisation d’orgue ;

    ou, plus collectivement, de jazz ;

    par exemples _ ;

    …

    mais c’est ma réflexion d’hier, 31 décembre,

    à partir de ce qu’il y a de force du désir de sortir, des limbes du fantômatique, les « Ombres errantes » de la musique,

    en mon article « de l’arbitraire de quelques interprétations musicales _ et incohérences éditoriales discographiques » ;

    …

    et, plus précisément,

    la remarque particulière de sa conclusion :

    …

    « cela me rappelle aussi que

    si j’ai acheté, dès que je l’ai aperçu sur l’étal du libraire, “Vous comprendrez donc“,

    de l’excellentissime Claudio Magris,

    …

    autour du retour éventuel

    _ et in fine « refusé » :

    on découvrira comment en le lisant,

    page 53 :

    …

    « Soudain… » ; « Non, impossible, je n’aurais pas pu, je ne pouvais plus » ; « Voilà pourquoi, Monsieur le Président » ;

    …

    page 54 : « Non, Monsieur le Président. C’est à cause de moi » ; « j’aurais tellement aimé sortir quelque temps _ juste quelque temps, nous le savions tous les deux _ » ;

    …

    page 55 : « dans cette lumière d’été, au moins pour un été, un été sur cette petite île, où lui et moi…

    Même seule, j’aurais été heureuse d’aller me promener là-bas.

    …

    Mais je l’aurais détruit,

    en sortant avec lui et en répondant à ses inévitables questions.

    …

    Moi, le détruire ? Plutôt me faire mordre par un serpent cent fois plus venimeux que cette banale infection. Oui, plutôt.

    …

    Vous comprendrez donc, Monsieur le Président, pourquoi, alors que nous étions désormais tout près des portes, je l’ai appelé d’une voix forte et assurée... » ; etc… ;

    …

    « et lui (…), déjà je le voyais retourner déchiré mais fort vers la vie,

    ignorant du néant,

    capable encore de redevenir serein,

    peut-être même heureux. »

    …

    Etc… ;

    …

    autour du retour éventuel

    de son Eurydice perdue,

    Marisa Madieri (1938-1996

    _ l’auteur du si beau “Vert d’eau“,

    paru en traduction française _ par Pérette-Cécile Buffaria _ aux Éditions « L’esprit des péninsules », en décembre 2001 _ ;

    …

    autour du retour éventuel de son Eurydice perdue,

    et “errante” ;

    …

    si j’ai acheté “Vous comprendrez donc“,

    je ne l’ai pas encore lu… »

    …

    C’est donc cette réflexion

    et plus encore

    comme une sorte de « remords »-là…

    …

    qui _ vraisemblablement _ est venue me travailler, cette nuit (de la saint-Sylvestre) ;

    et m’inciter, « toutes affaires cessantes »,

    à corriger ce « retard »

    (de lecture)…

    …

    Ce que je viens de réaliser,

    en une heure et demi, environ

    pour un texte aussi puissant que rapide,

    en ses détours et contours,

    d’un extraordinaire monologue « aux Enfers »

    de 47 pages ;

    de l’absente (depuis le 10 août 1996)…

    …
    Et j’en suis émerveillé : c’est un chef d’œuvre !

    …

    sur ce que c’est

    _ dans la plus grande discrétion et pudeur ; à mille lieues des étalages qui depuis quelques temps se débondent _

    que l’amour ;

    …

    et la relation d’ »intimité » _ à l’aimé(e) ;

    …

    par-delà la disparition

    _ physique, charnelle : les morts, « émaciés et mal fagotés« , tels « une alignée de vêtements » _ absurdement, pour rien _ « pendus à des patères » (page 38)  _,

    l’absence _ de l’aimé(e) _,

    le deuil…

    …

    Je citerai d’abord, l’article

    (ou « billet« ,

    ainsi que lui même me l’a intitulé

    en une aimable rapide correspondance)

    de Pierre Assouline ;

    …

    le voici :

    …

    13 décembre 2008

    Claudio Magris n’en sort pas

    03-claudio-magris_thumbnail.1229192937.jpg                                                  C’est le type même de l’écrivain à qui il est arrivé un grand malheur : il est l’auteur d’un grand livre. On ne s’en remet pas

    _ qui ? les lecteurs ? les éditeurs ? ou l’auteur lui-même ?..

    Le fait est que depuis la parution en 1986 chez Garzanti de Danube (Folio), tout ce qu’il a publié ensuite a été jugé

    _ par qui ? la critique (grosso modo) ; les lecteurs (idem) ! est-ce vraiment décisif ? je ne le pense personnellement pas… _

    à l’aune de ce discret chef d’œuvre. Impossible _ à qui ? _ de s’en débarrasser. Pareille mésaventure est arrivée à Bernhard Schlink avec Le Liseur, et les exemples ne manquent pas. Un grand livre écrase et éclipse une bibliographie

    _ de quel point de vue ? celui du journaliste ? de l’historien, ou sociologue de la « culture » ?..

    _ et j’entends ici la sévère (et juste) ironie d’un Michel Deguy !.. _,

    ce qui est souvent injuste _ dont acte, à vous, cher Pierre Assouline ! Je m’en suis rendu compte l’autre soir en écoutant parler Claudio Magris dans un amphithéâtre de Sciences Po où la Maison des écrivains et de la littérature (MEL) avait trouvé l’asile poétique afin de donner l’ampleur qu’elle méritait à la conférence du Triestin. A l’origine de sa charmante logorrhée roulant les “r”, charriant une culture mitteleuropéenne comme on n’en fait plus _ qui impressionne-t-elle ? ceux qui l’envient ?.. ou/et pleurent sa prochaine disparition ?.. _, dans un bric-à-brac de références en plusieurs langues, une invitation à l’occasion de la 05-magris-a-martins378-copi_thumbnail.1229192989.jpgparution de son nouveau livre Vous comprendez donc (Lei dunque capira, traduit de l’italien par Jean et Marie-Noëlle Pastureau, 55 pages, 7,90 euros, L’Arpenteur) ; et de la reprise en poche de « A l’Aveugle » (Alla Cieca, mêmes traducteurs, 450 pages, Folio), roman dans lequel un homme se perd dans le labyrinthe de sa propre mémoire.

    …

    Bien sûr, il parla de sa ville et des mythes qu’elle charrie _ et qui la « font » pour beaucoup, aussi ! Il rendit un hommage appuyé _ et combien mérité, aussi ! il faudrait ici introduire une incise sur les choix, si souvent discutables, des sélections de parution des éditeurs ; mais c’est une autre affaire ! _ à la dimension créatrice du métier de traducteur : ”Il y a deux catégories de livres : ceux que j’ai écrits, et ceux qu’on a écrits le traducteur et moi“. Puis Magris parla du voyage comme d’une perte _ provisoire et féconde, par tout ce que donne, et en « profondeur », l’ »altérité », à qui sait franchir le seuil de son « chez soi » ; et son « quant-à-soi », aussi… _ des connaissances, de sa fascination pour les frontières, du sentiment de l’épique et de sa quête de l’impossible unité du couple universalité/diversité. Sans oublier bien sûr le mythe 01-caffe-san-marco_thumbnail.1229193018.jpgd’Orphée et Eurydice dont il s’est emparé dans Vous comprendrez donc pour donner enfin la parole à Eurydice et présenter un Orphée qui intervient à la fin non seulement pour lui dire qu’il l’aime, mais pour savoir ce qu’il y a de l’autre côté du miroir. C’est une revisitation et une réinterprétation modernes de la passion amoureuse soumise à l’épreuve de la mort _ oui ! _ ; une maison de repos en est le cadre, zébrée de couloirs comme autant d’échos des enfers bureaucratiques kafkaïens _ certes, le grand inspiré de Prague n’est pas très loin… _ et d’ombres héritées d’Hadès. Magris n’aime rien tant qu’examiner les mythes à la lumière de la Raison et des Lumières _ pour lesquels il n’a jamais cessé, et courageusement, de militer. Il a choisi la forme d’un bref monologue narratif assez théâtral _ au sens le plus positif du terme : une ombre revient ; et sa voix parle ! _, traversé d’éclairs autobiographiques _ car c’est le sol de tout Antée humain… Une absence notamment, dont on perçoit l’écho diffus mais réel _ ô combien ! _, l’une de ces absences dont on ne se remet jamais et dont on comprend qu’elle l’a mutilé _ oui ! Celle de sa compagne

    _ Marisa Madieri : il faut absolument aussi la lire ! _

    disparue il y a onze ans _ le 10 août 1996. On sent l’inconsolé tellement prisonnier de cette tristesse qu’on aimerait l’aider ; on n’a même plus envie de lui demander “Pourquoi écrivez-vous ?”, on sait, on devine, alors on se tait. L’écriture, ou plutôt la parole _ absolument ! _, y est reine. Mais la leçon qu’en tire l’auteur porte en elle le désenchantement et la mélancolie qui se reflètent sur son visage si expressif : de l’autre côté du06-magris-a-martins376-copi_thumbnail.1229193049.jpg miroir, il y a _ encore _ un miroir _ page 51 _ ; et derrière le mythe, un mythe, c’est à dire ce qui est propre à nos vies intérieures

    _ tout cela est magnifique, cher Pierre Assouline !

    Claudio Magris parla très bien de tout cela, avant et après nous avoir fait écouter la musique originale de son texte en le lisant en italien au rythme Tgv, en accord avec son débit naturel. Mais au cours de son tête à tête avec le traducteur Jacques Munier, comme dans les questions des auditeurs, tout et tous, lui compris _ c’est un homme poli : il répond à ce sur quoi on l’interroge _, le ramenaient à « Danube« . On n’en sort pas ; car il n’en sort pas : le livre n’est-il pas _ et alors ?.. C’est aussi le cas d’autres des livres de Claudio Magris : « Déplacements«  ; et, non encore traduit en français, « Lontano da dove _ Joseph Roth e la tradizione ebraico-orientale«  (publié par Einaudi en 1971 ; puis en édition de poche en 1989) _ dédié à “Marisa” _ oui ! mais aussi à Francesco et Paolo, leurs deux fils _, l’écrivain Marisa Madieri, sa compagne dont l’absence le hante ? C’est dommage pour le reste de l’œuvre, notamment « Microcosmes » et « Enquête sur un sabre« , mais à qui la faute ? Tant pis pour lui : il n’avait qu’à pas écrire un si beau livre.

    (Photos Danilo De Marco)

    …

    …

    Quand j’ai découvert, cet automne, ce mince livre de Claudio Magris sur la table de littérature italienne,

    une des libraires (qui venait de le lire) avait, à son propos, légèrement « tordu la bouche »

    _ ce qui ne suffit certes pas à me dissuader de lire le livre (ni de l’acheter) ;

    …

    nos jugements nous jugeant (nous, qui les forgeons et proférons) avant même de juger leurs objets… ;

    …

    et toute lecture procède, aussi, d’une « histoire (de lecture) personnelle »…

    …
    Et voilà que le 13 décembre, Pierre Assouline, à son tour, aborde ce livre, par ce qui me semble _ à la première lecture _ constituer « le petit bout de la lorgnette » du lectorat _ français _ qui est prompt, non seulement à « coller une étiquette » (= une marque !) sur un auteur ; mais est terriblement rétif à, ensuite, la « décoller » !..

    …
    Et il me semble aussi, au passage, que c’est la « sacrée » mission de tout « critique »,

    que de « combattre » de telles paresses mentales,

    a fortiori en matière _ si délicate _ d’ »Art » et de « Littérature »…
    …
    Bref,

    « Vous comprendrez donc » est, à mes yeux

    de lecteur passionné de l’œuvre traduit en français jusqu’ici de Claudio Magris,

    un livre majeur

    de Claudio Magris !!!

    …

    Un livre bouleversant,

    sur ce qu’est le lien amoureux,

    par-delà l’absence, la disparition, la mort

    (définitive : probablement)

    de l’être aimé :

    …

    l’autorisation (« extraordinaire », obtenue par la plus que rare habileté langagière du nouvel Orphée) du « retour » d’Eurydice au monde des « vivants« 

    ne pouvant, forcément, que constituer une très, très, exceptionnelle « exemption »

    à la règle universelle

    de l’irréversible définitive mortalité

    des vivants sexués :

    …

    page 37 : « Si les autres _ aux Enfers _ avaient été au courant de cette visite impossible _ de Claudio, ou le nouvel Orphée _,

    jamais accordée à personne…

    …

    peut-être une fois, à ce qu’on dit, il y a très longtemps

    _ soit la « fable » d’Orphée obtenant de venir re-chercher et re-prendre Eurydice _,

    …

    mais c’est une de ces histoires _ « fables », mythes » _ qu’on raconte aux enfants

    pour les rendre sages,

    pour leur faire croire

    que ce n’est pas vraiment impossible

    …

    et donc qu’ils restent tranquilles et confiants

    _ qu’ils « espèrent » envers et contre toute raison _,

    …

    mais c’est arrivé il y a très très longtemps,

    tellement longtemps _ dans l’Antiquité _ que c’est comme si

    ce n’était jamais arrivé

    …

    ou peut-être que si,

    …

    mais il y a si longtemps

    qu’on ne peut espérer qu’avec de la patience,

    beaucoup de patience,

    …

    car avant que ça arrive de nouveau

    il doit s’écouler encore autant de temps,

    …

    et donc ce n’est pas la peine de _ trop _ s’agiter.

    …

    Mais s’ils avaient su

    _ les autres (« Ombres errantes » _ qu’évoque, aussi, la musique de François Couperin) aux Enfers _

    que lui _ Claudio, nouvel Orphée _ au contraire

    il était venu ici dedans,

    ici en bas,

    en chair et en os _ tout vivant, lui-même, donc _,

    pour moi _ nouvelle Eurydice, et « ombre » _,

    …

    s’ils nous avaient vu ensemble,

    …

    qui sait comme ils se seraient déchaînés…« 

    …

    (…)

    Car « nous sommes _ ils sont, me semblait-il pouvoir dire désormais _ si nombreux

    _ énonce la narratrice, page 38 _, innombrables même,

    que nous pouvons faire un peu peur,

    nuée d’insectes qui obscurcit le ciel. »

    …

    Cela valant aussi peut-être pour l’amitié.

    …

    Cf à ce sujet mon article du 30 juillet à propos du superbe « Amitier » de Gilles Tiberghien :

    « L’acte d’amitier : pour une anthropologie fondamentale du sujet actant« …

    …

    J’en resterai là

    de ce récit de Claudio Magris

    donnant la parole

    _ par un monologue formidablement « inspiré » de 47 pages _

    à l’ »explication » _ « Vous comprendrez donc… » _ au « Président » des couloirs souterrains

    d’une femme

    qui, « par delà la mort« ,

    ayant reçu « la permission exceptionnelle de rejoindre l’homme qu’elle aime »

    _ parmi le monde des toujours vivants _

    fait comprendre comment

    « elle a _ finalement _ décidé _ elle _ de ne pas l’utiliser« 

    …

    par amour.

    …

    Cela s’appelle « sublime » ;

    et l’on devine que ce « sublime » est assez peu fréquent

    en 2009,

    comme en 2008, ou en 2006 : années de parution de ce « monologue » en italien ; puis en traduction française.

    …

    Sur le « sublime »,

    consulter Baldine Saint-Girons :

    « Le Sublime, de l’antiquité à nos jours« , aux Editions Desjonquères…

    …
    Une ultime remarque, si l’on m’y autorise :

    …

    l’ouvrage est dédié « A Francesco et Paolo« , les deux fils du couple

    dont la maison de vacances d’été se situe sur l’île de Cres…

    …

    Titus Curiosus, ce 1er janvier 2009