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  • L’envoûtement Szymanowski sublimement au rendez-vous du piano magique de Kristian Zimerman : une splendeur enivrante et fascinante…

    L’envoûtement Szymanowski (1882 – 1937)

    est sublimement au rendez-vous du piano archi-enchanteur, suprêmement magique, de son compatriote polonais Kristian Zimerman,

    dans un choix de pièces, dont « Masques« , Op. 34, et « Variations sur un thème du folklore polonais« , Op. 10,

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    avec ce tout récent CD Deutsche Grammophon 486 3007 très sobrement intitulé « Karol Szymanowski : Piano Works« …

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    Soient une œuvre et une interprétation _ quel toucher ! _ qui me parlent,

    et me troublent, vraiment de près…

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    Et avec quelle qualité de prise de son !!!

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    Un must !

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    Un enthousiasme discographique que partage absolument Stéphane Friédérich sur le site de ResMusica : « Le premier récital Szymanowski de Zimerman au disque : prodigieux !« …

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    Ce mardi 26 octobre 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Christian Gerhaher, Franz Schubert et Othmar Schoeck, à Zermatt avec Gerold Huber : Christian Gerhaher, un artiste intelligent !

    Dans la continuation de mon article «  » du 2 septembre dernier,

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    voici 2 articles que ResMusica, sous la plume de Vincent Guillemin, et en date d’hier 14 septembre, consacre à ce remarquable et très intelligent baryton qu’est Christian Gerhaher :

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    « Elegie et Winterreise dans la pureté des Alpes par Gerold Huber et Christian Gerhaher » à l’occasion de 2 concerts à Zematt, face au Cervin,

    et « Christian Gerhaher ou l’art absolu de la déclamation« , un très riche entretien avec le merveilleux chanteur…

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    À 2222 mètres d’altitude, dans la petite Kapelle Riffelalp des Alpes suisses, Christian Gerhaher met en regard Elegie, op.36 d’Otmar Schoeck avec le Winterreise, D.911 de Franz Schubert, tous deux magnifiés par la qualité de déclamation du baryton, sous le piano toujours accordé de Gerold Huber.

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    Considéré comme le Winterreise d’Otmar Schoeck, Elegie est remis à l’honneur par Christian Gerhaher, qui a enregistré le cycle en 2020 dans sa version pour orchestre de chambre, avec le Kammerorchester Basel et Heinz Holliger _ cf mon article du 2 septembre dernier : « « … Il le reprend dans le cadre du Festival de Musique de Zermatt dans sa version piano-voix. Écrit pour le baryton-basse Felix Löffel, le cycle très sombre, à l’image de la majeure partie des pièces du compositeur suisse, débute par Wehmut (Nostalgie), texte de Joseph von Eichendorf, poète dont cinq autres poèmes seront utilisés pour ce cycle de vingt-quatre lieder, tous les autres étant de Nikolaus Lenau.

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    Encore plus que dans l’enregistrement pour Sony Classical, Gerhaher développe dans l’œuvre créée il y a bientôt un siècle toute sa qualité de déclamation. La précision du texte marque ainsi chaque instant et plonge au fur et à mesure du voyage dans les mots obscurs de Lenau, Stille Sicherheit (Sécurité silencieuse) ou Herbstklage (Plainte d’Automne), pour finir par les mélancoliques Dichterlos (Sans poète) et Der Einsame (Le Solitaire) d’Eichendorf. Porté par le piano de Gerold Huber et par l’acoustique idéale de la petite chapelle, en matinée à moitié remplie tandis qu’elle le sera totalement le soir pour Winterreise, le baryton décuple sa partie par des grandes variations de dynamique, toujours en accord avec la puissance des mots.

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    La pureté de la ligne et les fines modulations de couleurs dans le grave touchent pour le monochrome Frage Nicht (n°4), tandis que la nervosité du Waldlied (n°7) profite ici d’une voix puissante qui emplit toute l’église alpine placée face au sublime Mont-Cervin. Déjà développé par le piano dans la version pour orchestre, ce lied comme d’autres gagne à être joué dans cette version seulement pour piano et voix. Gerold Huber y traite la partition à sa pure justesse, sans jamais trop l’appuyer, pour toujours laisser son développement et les amplitudes émotives à celui qu’il accompagne depuis plus de trente ans.

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    Six heures plus tard, le temps de voyager par les chemins escarpés de cette magnifique partie des Alpes, les deux mêmes artistes reprennent leurs places sur la scène de la Kapelle Riffelalp, cette fois pour un cycle beaucoup plus célèbre _ et attireur de foules. Déjà enregistré par les deux chez RCA et Arte Nova, Winterreise de Schubert retrouve les qualités de conteur de Christian Gerhaher, ainsi que sa façon d’aborder l’œuvre sans la dénaturer, mais au plus proche de la lettre, comme il nous l’expliquera en interview juste après. De façon assez surprenante, il se défend d’un court discours, avant d’aborder le Voyage d’Hiver, pour se justifier de quelques changements de place de lieder, parce que ceux-ci, toujours joués dans le même ordre, ont en réalité été écrit avec plus de liberté par Schubert.

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    Alors les cinq premiers ne bougent pas, trop habituellement retenus dans cet ordre par l’auditeur. En revanche Die Post s’insère en sixième position plutôt qu’en treizième. Finalement, et mis à part le fait d’enlever à Die Nebensonnen l’avant-dernière position pour la laisser à Mut ! (habituellement vingt-deuxième et sans doute trop contrasté pour s’accoler à Die Leiermann, forcément ultime), l’idée fonctionne et crée une écoute moins confortable, qui force à plus d’attention pour se concentrer sur le texte. À l’opposé de beaucoup de chanteurs aujourd’hui, Gerhaher développe les vingt-quatre poèmes de Wilhelm Müller avec là encore de grands écarts de dynamique, qui profite toujours de l’acoustique de la petite chapelle, ainsi que d’un public très attentif et très silencieux, sauf pour tourner et retourner les pages du programme de salle imprimé dans l’ordre habituel.

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    Sous le piano fin de Gerold Huber, particulièrement naturel pour Rast (placé ici en n°19 plutôt qu’en 10) puis seulement touché par la fatigue du doigté à Die Nebensonnen (n°20 ici) et légèrement pour la fin du cycle, Christian Gerhaher porte avec un niveau d’exception un cycle qu’il ne caricature jamais dans l’émotion facile. Il est peut-être tout juste moins profond par cette approche pour l’écriture de Schubert qu’il n’était parvenu à l’être dans sa prestation d’exception le matin pour l’Elegie de Schoeck. Malheureusement, ces splendides concerts ne seront gravés que dans l’esprit des auditeurs du Festival de Zermatt présents, car aucun micro ne se trouvait dans la salle.

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    Crédits Photographiques : © ResMusica

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    Zermatt. Kapelle Riffelalp.

    11-IX-2022.

    11h : Otmar Schoeck (1886-1957) : Elegie, op. 36.

    18h : Franz Schubert (1797-1828) : Winterreise, D.911.

    Gerold Huber, piano ; Christian Gerhaher, baryton

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    Christian Gerhaher ou l’art absolu de la déclamation

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    Invité du Festival de Zermatt pour le concert d’ouverture et deux récitals, Christian Gerhaher développe pour nous son intérêt pour la musique du compositeur suisse Otmar Schoeck, en plus de revenir sur son répertoire et sur l’importance de la musique classique dans le monde actuel.

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    ResMusica :
    Vous chantiez en matinée au Festival de Zermatt Elegie après l’avoir enregistré récemment, comment avez-vous découvert la musique d’Otmar Schoeck ?

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    Christian Gerhaher : J’ai découvert le compositeur lors d’un festival de musique moderne il y a vingt ans, lorsqu’on m’a proposé de chanter le cycle avec quatuor à cordes Notturno, pour lequel mon sentiment a été le même que pour Elegie : ces pièces fascinantes m’ont rendu addict. Je ne pouvais plus arrêter de les écouter et d’y penser pendant que je les travaillais, car le style de déclamation y est très spécial. Après les deux marqueurs vocaux du répertoire germanique au XIXᵉ siècle que sont pour moi Schumann d’abord et Wagner ensuite, je pense qu’une troisième voie _ voilà _ est apparue au XXᵉ avec Otmar Schoeck, avec une technique musicale particulièrement portée par les mots, plus principalement ceux de Nikolaus Lenau, poète qu’il adorait. De plus, Schoeck choisissait avant tout les poèmes dans lesquels l’artiste se montrait dévasté par la mort.

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    Dans ces poèmes, Lenau ne peut assumer que cela va arriver et utilise des sujets lyriques qui se posent sur d’autres angles comme la nature, les feuilles mortes ou les oiseaux, pour toujours revenir à cette question sans réponse, fondamentale, quant à la fin de l’existence. Dans Notturno, au centre de la pièce, il établit particulièrement cette idée avec une façon de déclamer à bout de souffle, qui implique que cela ne doit pas véritablement s’arrêter, pas tout-à-fait, pas définitivement… L’écriture est alors toujours non-mélismatique, purement syllabique, une syllabe étant égale à un ton, un peu à la manière de celle de Claude Debussy en France, autre maître de la déclamation dans ce siècle.

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    RM : Elegie est parfois comparé au Winterreise de Schubert, mis en regard le même jour en Suisse lors d’un second concert ?

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    CG : C’est la troisième fois que je chante Elegie dans cette version avec piano, et la deuxième que je le combine à Winterreise. Cela est peut-être risqué, mais j’aime l’idée, qui permet de donner un nouvel horizon au cycle de Schubert. Après que Fischer-Dieskau eut arrêté sa carrière en 1992, la façon de chanter le Voyage d’Hiver a changé et a pris beaucoup de liberté, ce qui m’attriste quelque peu, car cette œuvre géniale ne doit pas être trop heurtée, afin qu’elle garde toute son atmosphère sans être dénaturée. J’essaye pour ma part d’y délivrer toute sa sentimentalité en restant au plus près du texte, et même si l’on m’a déjà dit que cela était très bien chanté mais pas toujours très touchant, je cherche à l’inverse à porter cette œuvre sans lui ajouter ce qui pour moi ne sont que des effets superfétatoires.

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    RM : Vous avez enregistré Elegie pour Sony Classical dans sa version pour orchestre de chambre et voix et la chantiez à Zermatt seulement avec piano, dans une approche clairement différente, sans doute aussi exaltée par l’acoustique de la petite Chapelle de Riffelalp ?

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    CG : Nous avons enregistré l’œuvre avec Heinz Holliger et le Basel Orchestra en mars 2020 au début du confinement, puisqu’il n’était plus possible de faire une tournée, comme cela était d’abord prévu. Nous l’avions répétée longuement, alors nous avons décidé de la graver, tant nous y trouvions de beauté. L’orchestration y est sublime, mais la pièce écrite comme presque tous les lieder de Schoeck pour Felix Löffel est faite pour un baryton à la voix très basse, ce qui n’est pas problématique pour un baryton placé plus haut dans la tessiture, tel que je le suis, mais oblige à trouver des variations de couleurs dans un registre réduit, souvent porté vers le grave.

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    Ce chant resserré crée des pressions sur la voix, où il est très intéressant de réussir à développer de nouvelles couleurs, ce pour quoi le piano devient idéal en comparaison de l’orchestre, car c’est alors un instrument monochrome qui vous accompagne et vous laisse la possibilité d’étaler toute l’identité polychromatique de votre voix _ voilà. Avec un orchestre, qui apporte par lui-même une polychromie musicale, vous avez à réduire votre propre approche et à altérer les dynamiques. C’est d’ailleurs pour cela que cette pièce est particulièrement difficile à chanter dans sa version avec orchestre, notamment dans ses parties très douces. À Riffelalp, le piano associé à l’acoustique idéale de la chapelle de montagne m’ont permis d’exprimer toutes ces idées merveilleusement.

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    RM : On connait donc de vous Notturno et Elegie, vous intéressez-vous à d’autres cycles de Schoeck ?

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    CG : Je n’ai pas encore pu en apprendre d’autres, mais cela fait maintenant partie de mes priorités pour la fin de ma carrière, avec notamment Lebendig Begraben (Enterré vivant). Comme évoqué précédemment, Schoeck composait presque toujours ses lieder pour son ami Felix Löffel, qui possédait une véritable technique, mais pas une très belle voix _ hélas. Alors, lorsqu’il a entendu Dietrich Fischer-Dieskau dans l’œuvre, il a découvert à quel point on pouvait chanter superbement sa partition, avec une fantastique qualité de déclamation. Je souhaite donc m’atteler à ce cycle prochainement pour tenter d’y apporter la même pureté _ oui _, en plus de découvrir aussi mieux les opéras, car je connais surtout Penthesilea et malheureusement, il ne s’y a pas vraiment de rôle pour moi.

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    RM : Pour le lied, vous êtes très majoritairement accompagné par Gerold Huber, avec lequel on ressent une cohésion parfaite. Est-ce important pour vous d’avoir ce partenaire si proche et comment travaillez-vous en répétition ?

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    CG : Nous ne parlons presque pas. Gerold Huber a été l’une des plus belles rencontres de ma vie, et j’ai immédiatement ressenti avec lui la possibilité de ne pas être concentré sur le fait de répéter pour se coordonner, mais plutôt pour aborder tout de suite la forme, le son et les couleurs. Il était malade cette année et je suis très heureux qu’il soit revenu à son meilleur, pour m’accompagner ainsi que d’autres chanteurs, bien que je doive admettre avoir une relation très particulière avec lui, qui dure depuis bientôt trente-cinq ans. Il s’agît ici de beaucoup plus qu’une collaboration artistique, et je ne sais pas comment je ferais pour chanter du lied sans lui, ni si je continuerais à en chanter autant. Lorsqu’il joue, j’aime sa densité et sa tranquillité à maintenir une ligne _ voilà _, qui me permet de développer le chant et la dynamique comme je le souhaite, sans être surexposé par le piano.

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    RM : Nous avons parlé principalement de Schoeck et sommes donc restés concentrés sur le répertoire germanique, évidemment celui que vous chantez le plus, mais que vous dépassez aussi parfois. Pensez-vous l’ouvrir encore, notamment par des œuvres moins sombres ?

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    CG : J’ai un peu chanté de l’opéra italien, Mozart ou Simon Boccanegra de Verdi, que je reprends prochainement, et j’aime aussi beaucoup la mélodie française. Malheureusement, la langue française est très complexe et m’impose un travail d’apprentissage très long, mais j’adore Debussy, Fauré et Berlioz et veut développer leurs œuvres. Et puis j’ai déjà porté Pelléas, mais il faut maintenant que j’approche véritablement Golaud.

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    On reste donc dans de l’art sombre, mais comment le définir exactement ? Si l’on prend Kafka par exemple, si célèbre pour la noirceur de ses œuvres ; il était connu qu’avec son ami Max Brod, pendant les lectures publiques, il utilisait un véritable humour et riait souvent _ énormément, même. Le sérieux et la noirceur ne sont donc pas opposé au rire et à la joie, ce qui est aussi le cas avec Cosi fan Tutte ! C’est également grâce à cela qu’on crée de la distance sur les choses, ce qui est primordial _ en effet…

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    RM : Pour rester dans les idées noires, la musique classique souffre toujours de la pandémie avec un public plus difficile à capter qu’auparavant, quelle est votre vision pour son avenir ?

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    CG : La pandémie a été très dure pour tous mais plus encore pour les artistes qui vivent de concerts. Les restrictions ont touché la vie musicale pour longtemps et vont peut-être réduire à jamais le nombre de spectacles de musique classique. J’ai eu une discussion publique récemment avec des hommes et femmes politiques allemands, où le ministre de la culture m’a fait remarquer que « nous restions avec notre ancien monde, tandis qu’eux avançaient« . Cela m’a profondément heurté _ oui !!! L’incurie de la plupart des politiques est une catastrophe, dont on ne récolte que trop les effets… _ et j’ai rétorqué que des milliers de concerts devant des centaines de milliers de gens vivants n’étaient pas l’ancien monde, mais bien le présent.

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    Je sais que les lieder intéressent une part très réduite et sans doute de plus en plus réduite de la population, mais il faut continuer à les porter et à les promouvoir, car l’art n’est pas juste un hobby _ certes ! _, comme certains politiciens le croient aujourd’hui : c’est une nécessité _ cruciale ! _ pour le bien-être de l’humanité _ et contre la barbarie qui gagne… Cela n’apporte pas juste des émotions, mais aussi de la réflexion _ oui ! _, alors il faut se battre _ oui _ pour continuer à rendre attractive la musique classique par ses aspects les plus grands, et moins celle-ci cherchera à être seulement un divertissement _ hélas, hélas, hélas _, plus elle survivra _ cf mon propre texte « Oasis versus désert » pour le « Dictionnaire amoureux de la Librairie Mollat », paru notammenr en mon article du 17 juin 2022 : « « … Être sérieux ne veut pas dire ne pas être drôle ou ne pas intégrer toutes les émotions, mais cela veut dire rester à un niveau d’intelligence élevé, très important pour notre société _ ô combien !

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    Crédits Photographiques : © Credit: David Parry/PA Wire (recital) & © Olivier Maire (récital Zermatt)

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    Christian Gerhaher, un artiste important et intelligent.

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    Ce jeudi 15 septembre 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • L’énorme retentissement de la disparition de Lars Vogt dans (et par) le monde de la musique

    Le décès il y a trois jours de Lars Vogt connaît un énorme retentissement _ ô combien mérité ! _ dans le monde de la musique,

    par exemple en Amérique…

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    Ainsi, sur le site de ClassicsToday.com,

    ce bel article en hommage de Jens F. Laurson, « a re-post in memory of Lars Vogt, who passed away on September 5« ,

    faisant l’éloge du CD, sous le titre de « A Splendid Contemporary B-flat Major Brahms Concerto From Lars Vogt« …

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    Jens F. Laurson
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    Artistic Quality:

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    Sound Quality:

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    [This is a re-post in memory of Lars Vogt, who passed away on September 5.] Together with the Royal Northern Sinfonia, Lars Vogt, in his fifth year with the orchestra, got to record the Brahms piano concertos for Ondine. Anyone who reads a chamber orchestra’s and Brahms’ name on the same CD cover and might briefly flinch, fearing undernourished, pseudo-historically informed performances with an economically expedient small band–conducted from the piano at that (another couple thousands in savings!)–need not worry.

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    Yes, this performance of the B-flat major concerto is notably a child of our times : It is svelte Brahms and transparent too, but still with plenty of muscle, which isn’t on display throughout, but comes to the fore where needed. Compared to the kind of Brahms from even just a few decades ago, this is purged of some excess and trimmed of fat, but it comes to a healthy halt before turning anorexic.

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    In and of itself that’s hardly enough to compete with the innumerable splendid performances out there, historic and more recent. Buchbinder/Harnoncourt sounds more traditional and celebrates Brahms with the (expected?) breadth–and very tastefully at that. The Northern Sinfonia can’t touch the wonderfully dark sound of the Czech Philharmonic with Ivan Moravec under Jirí Belohlávek, which sounds like an old oak chest smells. But then, no other orchestra can. The way Eugen Jochum custom-tailors the Berlin Philharmonic’s playing around that of his soloist, Emil Gilels, also remains unsurpassed.

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    But it speaks to Vogt–who doesn’t shy away from a robust and stern touch in the outer movements–and his Sinfonia that no amount of comparison makes this recording appear any less attractive. The fresh-sounding orchestra has a natural forward drive but isn’t hectic or jittery. Nor do you hear any exaggerations or the type of self-consciously unsubtle “nuance” that often passes for interpretation these days. This recording–as does that of Marc-André Hamelin with Andrew Litton, to mention a recent and also excellent account–goes to show that good playing without ostentatious fingerprints need not end up sounding anonymous.

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    In the olden LP and CD days, the Handel Variations on this disc might have been considered the filler. In the streaming-age, playtime has become meaningless–and in any case, this isn’t an afterthought; interpretively, it might well be considered the lead attraction. There is a certain voracity with which Vogt bites into the piece, with a huge bandwidth of attack: from buttery soft to glassy hard. Gentle and gruff touches coexist peacefully; similarly, there are pompous and wildly colorful moments to be had. You can almost hear an orchestra perform behind it. This is more attention-grabbing (in the best sense) than the articulate sheen of the magnificent-yet-slightly-forgettable Murray Perahia (Sony), yet more coherently done than the wild-and-wilful Olga Kern’s take (Harmonia Mundi). In fact, it might just be the new reference alongside Jonathan Plowright (BIS), Leon Fleisher (Sony), and Garrick Ohlsson (Hyperion).

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    Reference Recording :
    Concerto : Buchbinder/Harnoncourt (Telarc/Warner) ; Freire/Chailly (Decca) ; Fleisher/Szell (Sony) ; Gilels/Jochum (DG) ; Hamelin/Litton (Hyperion),
    Variations : Fleisher (Sony); Ohlsson (Hyperion); Plowright (BIS)

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    • BRAHMS, JOHANNES:
      Piano Concerto No. 2 ; Variations & Fugue on a Theme by Handel Op. 24
    • Record Label: Ondine – 1346
    • Medium: CD

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    Mais aussi, ce jour,

    ce bel article-ci intitulé « Un Mendelssohn céleste par Lars Vogt«  sous la plume de Maciej Chiżyński,

    faisant écho à mes articles particulièrement enthousiastes du 11 mars : «  » et du 5 avril derniers :« « … :

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    Un Mendelssohn céleste par Lars Vogt

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    Lars Vogt nous a quittés il y a trois jours. Il aurait soufflé aujourd’hui _ 8 septembre 2022 _ ses cinquante-deux bougies. Dans ce dernier disque, il se met au piano pour aborder les Concertos pour piano n° 1 et n° 2 de Felix Mendelssohn, dirigeant depuis l’instrument.

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    Dès les premiers accords du Concerto n° 1, Lars Vogt nous entraîne dans l’atmosphère solennelle de cette partition, alliant brio, panache, fougue et légèreté _ tout à la fois, en le plus splendide naturel… Empreint de verve _ oui _ dans les passages soumis à un tempo rapide, il n’en est pas moins raffiné _ oui _ dans les thèmes lyriques, respectant intelligemment les proportions entre la virtuosité et la poésie _ parfaitement, comme Mendelssohn le nécessite et le mérite. La phalange qu’il dirige ne lui cède pas le pas, déployant des couleurs chatoyantes et joyeuses _ oui ! Felix Mendelssohn est d’abord un musicien de la joie _, notamment chez les vents. Porté par une énergie solaire _ voilà : lumineuse autant que chaleureuse _, l’Orchestre de chambre de Paris se montre à la fois précis, plein d’amplitude expressive ainsi qu’attentif aux nuances que lui entonne le piano _ voilà.

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    Dans le deuxième Concerto, Lars Vogt subjugue tant par la finesse que par la souplesse agogique _ oui _, inculquant à cette page un souffle de profondeur _ mais oui. On se penchera sur la sonorité satinée des cordes, tout autant que sur la consistance des cuivres et la délicatesse des bois, adoucie par des demi-teintes pastel. Avec sa transparence des plans sonores, une articulation nette du piano et de l’accompagnement, Lars Vogt signe une référence moderne _ oui _ menée dans l’esprit d’une interprétation se voulant historiquement informée.

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    En bis, Lars Vogt propose le Capriccio brillant op. 22, une composition datant de 1832, élaborée entre le Premier et le Deuxième concerto. Il nous en livre ici une lecture lumineuse, s’imprégnant de couleurs vives et gaies, mais aussi riche de contrastes d’ambiances, vibrante et pathétique dans les moments de tension dramatique.

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    Voici un disque-testament _ rétrospectivement… _ poignant, une preuve éloquente que Lars Vogt était au sommet de ses possibilités artistiques, avec un énorme potentiel _ oui _ et une approche intelligente _ fine et exaltante _ de l’interprétation.

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    Felix Mendelssohn (1809-1847) :

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    Concertos pour piano n° 1 et n° 2 ;

    Capriccio brillant op. 22.

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    Lars Vogt, piano et direction ; Orchestre de chambre de Paris.

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    1 CD Ondine.

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    Enregistré du 2 au 5 novembre 2021 à la Philharmonie de Paris.

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    Textes de présentation en anglais, allemand et français.

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    Durée : 51′ 34

     

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    En forme d’adieu à la personne de Lars Vogt,

    mais aussi un au-revoir au musicien qu’il demeure pour nous par le disque…

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    Ce jeudi 8 septembre 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Ecouter avec attention la singulière musique de George Crumb (1929 – 2022)

    La lecture de l’article élogieux « George Crumb enregistré en live à Deauville » de Patrick Jézéquel, paru hier 20 août sur le site ResMusica, à propos du CD B Records comportant « Black Angels«  LBM040, par le Quatuor Hanson, ainsi que « Music for a summer evening« , par les pianistes Philippe Hattat _ cf mes divers articles à son propos, dont, par exemple, celui du 14 avril dernier : « « … _ et Théo Fouchenneret et les percutionnistes Emmanuel Jacquet et Rodolphe Théry,

    m’a vivement incité à aller regarder quels CDs du compositeur George Crumb (Charleston, 24 octobre 1929 – Media, 6 février 2022), recelait jusqu’ici ma discothèque :

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    au moins 2 CDS Bridge de la « Complete Crumb Edition » :

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    le volume Seven _ Bridge 9139 _, paru en 2003, avec justement « Black Angels » ainsi que « Unto the Hills » ;

    et le volume Nine _ Bridge 9170 _, paru en 2005, avec « Ancient Voices of Children« , « Eine Kleine Mitternachtmusik » et les livres I à IV des « Madrigals« …

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    Ce qui me fournissait l’occasion d’écouter déjà ce « Black Angels » (de 1970) de George Crumb, par le bien connu Miró Quartet _ par eux (et avec le violoncelliste Matt Haimovitz), je possède le CD « Epilogue« , comportant le Quatuor Op. 80 de Felix Mendelssohn et le Quintette D.956 de Franz Schubert, OX2006, du label Oxingale Records, enregistré à Banff, Alberta, en janvier 2001, et paru en 2004… _, en cet enregistrement _ de référence _ pour le label Bridge, à New-York, les 26-27 juin 2003 ;

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    sur you-tube, et entre autres vidéos accessibles de ce singulier « Black Angels « ,

    voici par exemple celle (de 21′ 42) par l’Ensemble Intercontemporain, enregistrée à la Cité de la Musique à Paris le 3 avril 2011 ; mais on en trouve plusieurs autres, tout à fait excellentes, enregistrées par divers ensembles américains…

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    Et du « Music for a summer evening » de George Crumb (de 1974),

    voici une passionnante vidéo _ à regarder avec attention _ (de 38′ 31) enregistrée à Cleveland le 25 juin 2015 par les pianistes Roman Rabinovich et  Orion Weiss, et les percutionnistes Scott Christian et Marc Damoulakis…

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    Et il faut aussi écouter la remarquable vidéo (de 2′ 37) de présentation de leur travail par les excellents interprètes, à Deauville, de ce présent très intéressant CD B-Records LBM040…

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    Et j’ajoute que ma discothèque comprend aussi un autre CD George Crumb _ Naxos 8.559290 _ comportant « Songs, Drones, and Refrains of Death » (de 1962-68) et « Quest » (de 1994)… 

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    Voici donc l’article très précis de Patrick Jézéquel sur ce récent CD live à Deauville du label B Records :

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    George Crumb enregistré en live à Deauville

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    Deux œuvres du compositeur américain George Crumb jouées en public en 2021 au 20e Août Musical de Deauville par le Quatuor Hanson, deux pianistes et deux percussionnistes : l’occasion de (re)découvrir cette musique à nulle autre pareille, tendue, parcourue de symboles, de sonorités insolites, de citations et de références extramusicales. Tout un monde physique et métaphysique à habiter.

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    La musique de George Crumbest une musique qui n’enferme pas : c’est une invitation à investir son propre imaginaire par le truchement du sien. Ainsi, dès le début de Black Angels / Thirteen Images from the Dark Land (1970), où les cordes du Quatuor Hanson trouent violemment le silence par leurs staccatos et glissandos suraigus et criards, redoublés mais pianissimo, jusqu’au mutisme. Dans cette première section, « Threnody I : Night of the Electric Insects », d’une minute et demie, les insectes électriques sont les Black Angels du titre général, à comprendre métaphysiquement comme les anges déchus, et, politiquement par le compositeur Robert Greenberg, comme les hélicoptères américains qui ont noirci le ciel du Vietnam. Le titre est assez explicite, il s’agit d’un thrène, et l’opus a été composé en 1970, « in tempore belli », comme l’a noté George Crumb. La pièce était d’ailleurs écrite originellement pour « quatuor électrique » et réclamait un maximum de réverbération. En réalité, elle est toujours interprétée par un quatuor amplifié et dérivé. Dans le livret, Anton Hanson explique avoir travaillé avec le réalisateur en informatique Étienne Dumoulin afin de trouver l’équilibre qui ne nuirait pas à la grande expressivité des motifs. Auprès des cordes et de l’électronique s’invitent, sporadiquement, gongs, maracas, verres de cristal, cris et chuchotements. Ici, le rôle traditionnel du violoniste a éclaté. Quant au sous-titre – Treize Images du Pays sombre –, il indique une succession de tableautins plutôt qu’une véritable narration, même s’il y trois parties – « Departure », « Absence » et « Return », qui sont, de l’aveu du compositeur, les trois étapes du voyage de l’âme. Chacune de ces parties comporte un « Threnody » numéroté : autant de points de suspension (sections 1, 7 [symboliquement le Bien] et 13 [symboliquement le Mal) de l’arche que forme la composition entière, ainsi que l’indique encore le musicien. Il est vrai que l’ensemble donne une impression de flottement, de fuite dans le silence – comme une sorte de vie après la mort, cette dernière planant continument. Comme on le voit, la symbolique du nombre est ici importante, à tel point que Black Angels se présente comme un palindrome musical, car les effectifs des treize sections sont successivement les suivants : quatuor, trio, duo, solo, duo, trio, quatuor, trio, duo, solo, duo, trio, quatuor. De la même façon, hauteurs, intervalles, durées, références et citations ont une forte valeur symbolique et entrent en résonance avec les titres auxquels ils appartiennent : sons saturés, musique bruitiste (section 4, « Devil Music »), triton (section 4), les « trilles du Diable » de la sonate en sol mineur de Tartini (section 7, « Threnody II : Black Angels ! »), le « Dies Irae » du Requiem grégorien (section 5, « Danse Macabre »), le début du deuxième mouvement du Quatuor La Jeune Fille et la Mort de Schubert (section 6, « Pavana Lachrymae », première de la deuxième partie, « Absence »), une (sublime) sarabande originale (section 8, « Sarabanda de la Muerte Oscura »), glissandi aller-retour en pizzicati (sections 11 et 12, « Ancient Voices » et « Ancient Voices [Echo])… La pièce se referme sur ce sur quoi elle s’était ouverte : « Threnody III : Night of the Electric Insects ». On l’aura compris : cette musique très expressive, hantée par de multiples fantômes, mixant très habilement les techniques et les époques, ménage sans cesse des effets saisissants. La mise en son est magnifique.

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    La magie opère également dans la superbe Makrokosmos III / Music for a summer evening pour deux pianos amplifiés et percussions (1974), mais différemment puisqu’ici importent surtout les recherches sonores et que les instruments sont autres. La référence à Bartók et la source d’inspiration qu’a été sa Sonate pour deux pianos et percussion vont d’ailleurs dans ce sens. Dans le livret, le percussionniste Rodolphe Théry insiste sur l’importance que revêtait pour George Crumb les sonorités métalliques et la dimension circassienne du jeu de l’interprète induite ici par l’étonnante variété des percussions : xylophone, timbale, tam-tam, claves, wood-blocks, cymbales, crotales, cloches tubulaires, bols tibétains, pierres de prière tibétaines, flûte à coulisse, ou encore mâchoire d’âne. En même temps, les titres des cinq mouvements sont très évocateurs : « Nocturnal Sounds [The Awakening] », « Wanderer-Fantasy », « The Advent », « Myth » et « Music of the Starry Night ». Bref, un monde très habité – et comment ! – où priment tout au long le travail sur le timbre et l’expressivité. Et en même temps… Comment ne pas saisir d’emblée que tout ici est mystère et que tout est à la fois nécessaire ? Le compositeur lui-même parle de « drame cosmique » (à ce propos, il faut de nouveau saluer le travail sur la sonorisation, laquelle ouvre un espace infini). Écouter la musique de George Crumb n’est jamais un simple divertissement, au sens pascalien, mais une épreuve qui peut nous emmener loin. Justement, embarquons ! Tout d’abord pour les « Nocturnal Sounds [The Awakening] », où s’entendent les traits précipités et si brefs des deux pianos sonorisés auxquels font échos les percussions. Tout un monde sonore grouillant qui ne développe rien, mais finit par enfler avant de disparaître dans le decrescendo de sons cristallins. C’est certain, Bartók est présent par le caractère essentiellement percussif de ce mouvement. « Wanderer-Fantasy » s’ouvre sur le son solitaire de la flûte à coulisse, comme l’appel d’un berger céleste, que rejoint un piano discret et un peu mélancolique, légèrement soutenu par diverses percussions, l’ensemble évoquant un carillon. Puis réexposition par la flûte à coulisse de sa mélopée venue d’une autre sphère. Conclusion avec les pianos, qui dans le grave, ont la solennité, le hiératisme et le caractère sombre de la Sonate de Bartók. Encore plus énigmatique et plus beau est le troisième mouvement : « The Advent ». C’est une véritable cérémonie, comme une lente procession (un avènement dit le titre), qui marie des voix flottantes doublant les notes faites par les cloches tubulaires et les pianos grattés directement sur les cordes comme des guitares avec les ongles ou la pulpe des doigts. Du jamais ouï ! « Myth », moins emphatique, n’en est pas moins cérémoniel, mais l’on est passé du côté de l’Orient, plus précisément du Japon, avec ses cris comme des kiaïs, ses soupirs, son archet courant sur une cymbale, ses roulements de timbale, ses claves de plus en plus fortes, ses furtifs bols tibétains, sa flûte méditative… : tout une liturgie où chacun prend le relais sur fond de silence. « Music of the Starry Night », le dernier des mouvements et le plus long (12:16), est une œuvre en soi, résumant tout l’art de George Crumb. C’est, entre passages nocturnes et intrusions brutales de percussions métalliques, une pluie rafraîchissante tombant d’un ciel étoilé (le titre). Johann Sebastian Bach s’entend brièvement, fondu dans un halo de bruits d’ailes battant à toute volée. Se souvenir est si important pour Crumb ! Et son inventivité est à chaque minute incroyable. Rêvons-nous, sommes-nous bien éveillés ? À quel point l’étrangeté peut nous paraître familière, si belle et si plénière !

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    L’originalité et la profondeur de la musique, la qualité d’interprétation, l’amplification par l’électronique, la prise de son, le témoignage enthousiaste des musiciens dans le livret, sans oublier la jolie pochette cartonnée grise et jaune, tout concourt à faire de ce disque une très heureuse surprise. Le résultat est exceptionnel _ et c’est bien sûr à relever !

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    George Crumb (1929-2022) :

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    Black Angels / Thirteen Images from the Dark Land (1970) ;

    Makrokosmos III / Music for a Summer Evening pour deux pianos amplifiés et percussions (1974).

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    Quatuor Hanson (Anton Hanson, violon ; Jules Dussap, violon ; Gabrielle Lafait, alto ; Simon Dechambre, violoncelle) ;

    Philippe Hattat et Théo Fouchenneret, piano ; Emmanuel Jacquet et Rodolphe Théry, percussions.

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    1 CD B Records. Enregistré à Deauville, à la chapelle des Franciscains, les 7 et 10 juillet 2021.

    Notice français-anglais.

    Durée : 61:10

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    À suivre…

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    Ce dimanche 21 août 2022; Titus Curiosus – Francis Lippa