Étiquette : Resmusica

  • La poursuite du très intéressant travail discographique de Johannes Pramsohler, à propos du coffret « A Cembalo certato e Violino solo », en son label Audax Records…

    Ce mercredi 13 juillet 2022, sous la plume de Matthieu Roc, et sous le titre « Les Sonates pour violon et clavecin de Bach dans leur contexte« ,

    et après mon article du 11 mai dernier « « ,

    …

    le site ResMusica vient consacrer un très intéressant article au coffret de 3 CDs « A Cembalo Certato e Violon solo » du label Audax Records ADX 13783,

    interprété par le violoniste Johannes Pramsohler et le claveciniste Philippe Grisvard,

    confrontant 8 Sonates de Johann-Sebastian Bach à des œuvres similaires de son entourage proche…

    …

    …

    Voici donc ce nouvel article publié aujourd’hui par ResMusica :

    …

    …

    Les sonates pour violon et clavecin de Bach dans leur contexte

    …
    …

    L’idée n’est pas nouvelle, de proposer des œuvres de J.S. Bach entourées de celles de ses contemporains ou successeurs. Mais avec l’élan donné par Johannes Pramsohler et Philippe Grisvard dans toutes ces sonates pour violon et clavecin, et encore avec la diversité des collègues de J.S. Bach, cette contextualisation présente un certain intérêt.

    …

    …

    Dans les trailers de présentation, les deux compères expliquent leur projet. Désarticuler les cycles des six sonates pour violon et clavecin obligé de Bach qui n’auraient jamais été conçues comme un cycle, et les alterner avec d’autres sonates violon-clavecin d’autres compositeurs, qui présentent un style proche, et dont certaines n’ont encore jamais été enregistrées. Les trois CD sont ainsi organisés comme autant de concerts, chacun avec deux sonates de J.S. Bach et, pour les introduire ou leur faire écho, diverses sonates de ses amis, ennemis, collègues, fils…, mais tous ayant impacté son influence. Tout cela est très bien, mais le problème de ce genre de programme composite avec du J.S. Bach, c’est qu’il risque d’écraser les autres de sa supériorité, et ici, la difficulté est déjouée.

    …

    …

    Une première façon de la déjouer, c’est de traiter J.S. Bach comme les autres, c’est-à-dire avec fraicheur, avec une spontanéité de bon aloi, pour le simple plaisir de l’entendre _ voilà ! _ et non pas pour donner une austère leçon de rhétorique musicale. Nos deux compères y arrivent fort bien, sans donner non plus dans la galanterie. Le violon de Johannes Pramsohler est très chantant (avec bien sûr les aigreurs et aspérités dus à au grand âge de l’objet…), et Philippe Grisvard le suit avec enthousiasme sur un clavecin d’une sonorité très agréable. Un Bach léger, énergique, un peu dansant ? Mais oui, c’est possible, et ça marche bien _ oui ! On sait que l’homme n’était pas dénué d’humour _ certes _ et qu’il avait de nombreux amis. Et ce parti-pris d’interprétation ne nous entraine pas dans des faux-sens. L’andante un poco de la BWV 1015 reste méditatif, et le largo de la BWV 1017 assume pleinement son lien avec la Passion selon St Matthieu.

    …

    …

    L’autre façon d’homogénéiser les programmes de chacun des trois concerts consiste à ne pas traiter comme des faire-valoir les autres compositeurs – ceux qui ne sont pas J.S. Bach – mais comme des maîtres dignes du même respect que lui. Pour Telemann et CPE Bach, c’est facile. C’est un peu plus délicat pour J. G. Graun, où le duo violon et clavecin s’apparente davantage à un monologue de violon avec accompagnement au clavecin _ un genre qui a connu une vogue un peu plus tardive : après la mort de Bach… _ qu’à un vrai duo, voire un trio (violon + main droite + basse à la main gauche). Mais l’alacrité de nos deux compères emporte l’adhésion et donne un surcroît d’esprit à des pièces qui en ont, à vrai dire, assez peu.

    …

    …

    Mais la vraie difficulté et la vraie nouveauté de cet album, c’est de livrer une première interprétation au disque de trois sonates de J.A. Scheibe, redécouvertes récemment à Bruxelles _ voilà. Ce J.A. Scheibe aurait eu l’outrecuidance de critiquer _ très effectivement, en effet ! _ J.S. Bach pour son style exagérément compliqué, et en même temps, de l’admirer et de s’en inspirer. Mais parlait-il des sonates pour violon et clavecin ? L’écriture semble effectivement un peu moins sophistiquée pour la partie de clavecin, quoique restant d’une belle sensibilité, et les mélodies longues pour le violon sont d’une grande beauté, tout à fait dignes de figurer dans ces très beaux concerts. C. Schaffrath, lui se range immédiatement parmi ceux où l’influence du grand J.S.B. est immédiatement perceptible, sans tomber non plus dans l’imitation.

    …

    …

    C’est donc un album très réussi _ voilà _ que nous donne là le directeur de l’ensemble Diderot et son ami Philippe Grisvard, pour leur deuxième gravure « Bach & Entourage » (sic). Pour nous, c’est l’occasion de découvrir des pages inconnues fort belles, et de confirmer encore une fois la richesse de ce mouvement Empfindsamkeit, qui entre le baroque et le Sturm und Drang, forme une sorte de classicisme inspiré et bien différent du style galant _ oui.

    …
    …

    Johann Sebastian Bach (1685-1750) :

    Sonates pour violon et clavecin BWV 1014 à 1019, BWV 1020 et 1022.

    …

    Carl Philipp Emanuel Bach (1714-1788) :

    Sonate en si mineur Wq 76.

    …

    Johann Adolph Scheibe (1708-1776) :

    Sonate I en ré majeur ; Sonate II en si mineur ; Sonate III en la majeur.

    …

    Georg Philipp Telemann (1681-1767) :

    Concerto en ré majeur TWV 42:D6.

    …

    Christoph Schaffrath (1709-1763) :

    Duetto en la mineur CSWVF:30.

    …

    Johann Gottlieb Graun (1703-1771) :

    Sonate en si bémol majeur, Graun WV AvXV:46.

    …

    Philippe Grisvard, clavecin (copie Miekte 1710) ; Johannes Pramsohler, violon baroque (Rogeri 1713).

    …

    3 CD Audax Records.

    Enregistrés en janvier, mars et juillet 2021, au studio SWR de Kaiserslautern, Allemagne.

    …

    Texte de présentation en anglais, français, allemand et japonais.

    …

    Durée totale : 208:45

    …

    …

    Ce mercredi 13 juillet 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Ecouter le « redoutable » Concerto pour violoncelle et orchestre d’Esa-Pekka Salonen, par le superbe violoncelliste Nicolas Alstaedt, dans le CD Alpha 627

    C’est en découvrant, non sans surprise, l’article intitulé « Nicolas Alstaedt s’attaque au redoutable concerto de Salonen« ,

    un article en date d’hier 13 juin 2022, sur le site de ResMusica, et sous la plume de Jean-Claude Hulot,

    …

    que je m’avise que je n’ai pas encore consacré d’article sur ce blog au très marquant CD Alpha 627,

    dans lequel, avec le violoniste Pekka Kuusisto, et le Rotterdam Philharmonic Orchestra sous la direction de Dima Slobodeniouk, l’excellent violoncelliste Nicolas Altstaedt, interprète très brillamment le passionnant et très riche  Concerto pour violon et orchestre d’Esa-Pekka Salonen,

    ainsi que la Sonate pour violon et violoncelle de Maurice Ravel…

    …

    …

    Quelle étrange négligence de ma part envers ces deux interprétations, qui m’ont pourtant marqué…

    …

    …

    Nicolas Alstaedt s’attaque au redoutable concerto de Salonen

     …
    …

    Il est heureux qu’une partition aussi récente que le vaste Concerto pour violoncelle d’Esa Pekka Salonen créé en 2017 _ voilà _ bénéficie déjà d’un autre enregistrement que celui du compositeur accompagnant le dédicataire Yo Yo Ma. 

    …

    …

    Au programme également de cet enregistrement, la Sonate pour violon et violoncelle de Ravel. Curieux couplage : assez incongru et très bref !

    …

    …

    Le Concerto pour violoncelle de Salonen a été créé en 2017 par le chef compositeur et son dédicataire, le grand Yo Yo Ma, avec le Chicago Symphony. Les deux artistes l’ont d’ailleurs enregistré peu après, mais avec le Los Angeles Philharmonic (Sony). C’est une page de grandes dimensions (près de quarante minutes) d’une forme classique en trois mouvements, mais d’une écriture très élaborée, mettant en valeur la virtuosité comme les possibilités de timbres de l’instrument. L’œuvre est bien représentative du style volontiers composite de Salonen, en particulier dans le spectaculaire finale, l’orchestration est chargée mais évidemment très virtuose. Nicolas Alstaedt qui a eu le privilège de jouer ce concerto avec son auteur _ au Festival d’Helsinki _ est ici entouré par l’Orchestre Philharmonique de Rotterdam capté en concert. S’il n’égale pas tout à fait la formidable plasticité du Los Angeles Philharmonic dirigé par le maître lui-même, il offre cependant une heureuse alternative pour une partition destinée à devenir un classique du XXIᵉ siècle, avec une prestation pleinement satisfaisante.

    …

    …

    On aurait aimé l’entendre associée à un autre grand concerto encore récent comme celui de Dutilleux, mais le violoncelliste a préféré nous proposer la Sonate de Ravel (1920) que rien ne rapproche esthétiquement du Concerto de Salonen, en compagnie du violoniste finlandais Pekka Kuusisto. Le résultat est d’une austérité qui rend cette page, l’une des moins immédiatement séduisantes de Ravel, plutôt intimidante, à l’opposé exact de l’excès de lyrisme du récent enregistrement de Kopatchinskaja et Gabetta pour le même éditeur _ Alpha. On regrette qu’Alstaedt, partenaire de musique de chambre de Vilde Frang et Bartabas Kelemen n’ait pas privilégié un de ces violonistes, tant cette version se révèle d’une sévérité presque rebutante. Un disque intéressant, mais à classer à Salonen plus qu’à Ravel.

    …
    …

    Esa-Pekka Salonen (né en 1958) : Concerto pour violoncelle et orchestre.

    Maurice Ravel (1875-1937) : Sonate pour violon et violoncelle.

    Nicolas Altstaedt, violoncelle ; Pekka Kuusisto, violon ; Orchestre philharmonique de Rotterdam, direction : Dima Slobodeniouk.

    1 CD Alpha.

    Enregistré (Salonen) à De Doelen, Rotterdam les 14 et 16 décembre 2018,

    et (Ravel) à la Jesus Christus Kirche de Berlin en octobre 2019.

    Texte de présentation en français, anglais et allemand. Durée : 57:22

    …

    …

    Ce mardi 14 juin 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

     

  • La tragédie du « bad trip » de Tristan : une lecture acérée et moderne du chef d’oeuvre de Richard Wagner, « Tristan und Isolde », par Dmitri Tcherniakov et Daniel Barenboim, au Staatsoper Unter den Linden de Berlin, en avril 2018, un DVD sombre et lumineux de 254’…

    Le DVD _ Bel Air Classiques BAC 165 _ du « Tristan und Isolde » de Richard Wagner réalisé au mois d’avril 2018 au Staatsoper Unter den Linden de Berlin, sous la double direction de Daniel Barenboim et Dmitri Tcherniakov,

    propose une passionnante lecture acérée et moderne, extrêmement lisible _ dépoussiérée et dépourvue de maniérismes _, du magistral chef d’œuvre de Wagner,

    avec ces excellents chanteurs et excellents acteurs dramatiques que sont, dans les rôles-titres de Tristan et Isolde, Andrea Schager et Anja Kampe…

    …

    …

    Cf, déjà, cet excellent article intitulé « On va jouer à s’aimer » de Laurent Bury, sur ForumOpera.com en date du dimanche 18 février 2018,

    non pas à propos de ce superbe DVD,

    mais à propos de la représentation de l’opéra lui-même sur la scène (et la fosse d’orchestre) à Berlin, sous la double direction de Dmitri Tcherniakov et Daniel Barenboim. 

    …

    …

    On va jouer à s’aimer

    …
    …
    5 / 9
    <…
    …

    Tristan und Isolde – Berlin (Staatsoper)

    …
    …
    Par Laurent Bury | dim 18 Février 2018 |
    …
    …

    De Dmitri Tcherniakov, on ne pouvait évidemment pas s’attendre à ce qu’il confère à Tristan et Isolde une quelconque dimension mythique ou mystique. Avec le metteur en scène russe, les amours malheureuses ne pouvaient que se dérouler dans un cadre réaliste : salon d’un luxueux navire moderne, dont on peut suivre la trajectoire en direct sur un écran ; salon d’une tout aussi luxueuse demeure, donnant à l’arrière-plan sur une salle à manger et dont la décoration évoque une forêt stylisée ; pièce à vivre défraîchie pour Karéol, avec alcove et buffet faux-Henri II. Mais dans ces décors somme toute conformes à l’esthétique habituelle de ses spectacles, Tcherniakov déconcerte par le traitement réservé à la relation entre les protagonistes. Une fois bu le philtre d’amour, Tristan et Isolde ne tombent pas dans les bras l’un de l’autre, mais à terre, tant ils sont exaltés par une joie irrépressible qui les fait éclater de rire (rire silencieux qui ne les empêche pas de chanter, heureusement). Au deuxième acte, Isolde attend, impatiente, et c’est elle-même qui éteint les lumières du salon pour donner le signal : mais quand Tristan arrive, flûtes de champagne et assiette de petits fours dans les mains, les deux amants s’amusent au jeu de la folle passion, comme si leur grand amour n’était que vaste blague : ils se livrent à un concours de superlatifs, de termes d’affection excessifs, qui les font rire, là encore. Jouent-ils à être des amants légendaires, comme cet été, à Aix-en-Provence, on jouait à être Carmen et Don José ? Autre piste qui apparaît ensuite : Tristan semble hypnotiser Isolde, qui répète après lui les phrases du duo qu’il lui suggère. Et pendant tout cet acte, très statique, ils restent assis, changeant seulement de fauteuil, et ils se touchent à peine ; à la fin, Melot se jette simplement sur Tristan mais ne semble pas lui faire grand-mal. Un peu plus d’action au dernier acte : même si sa blessure paraît mentale ou morale plus que physique, Tristan est en proie aux transports habituels, il a une vision du quotidien de ses parents avant sa naissance (la lumière change et deux figurants en tenue années 1930 apparaissent), mais le pâtre est ici dédoublé entre un chanteur et un instrumentiste qui vient jouer du cor anglais dans l’alcove, apparemment payé par Kurwenal pour berner Tristan avec cette histoire de bateau que l’on guette. A la toute fin, Isolde s’isole avec le cadavre dans la fameuse alcove où s’étaient précédemment isolés le père et la mère de Tristan. Si on ajoute la présence, d’un bout à l’autre de la représentation, d’un tulle noirâtre entre le plateau et la salle, pour permettre de rares instants de vidéo assez inutiles, on comprendra qu’une distance persiste, difficile à surmonter, entre ce spectacle et le spectateur.

    …

    …


    © Monika Rittershaus

    …

    …

    Heureusement, en parallèle à cette visualisation qui laisse perplexe, le versant musical nous porte sur les sommets. Par le soin prêté au détail autant que par le souffle portant l’œuvre d’un bout à l’autre, Daniel Barenboim montre que Tristan n’a plus guère de secrets pour lui, et tous les membres la Staatskapelle Berlin, montés sur scène pour les saluts, obtiennent un triomphe mérité. On reprochera tout au plus à l’orchestre un goût parfois immodéré pour la production de décibels, qui couvre allègrement les chanteurs à plusieurs reprises.

    …

    …

    Pourtant, c’est surtout sur le plan vocal que ce Tristan berlinois atteint un niveau devenu hélas bien rare, y compris là où Wagner devrait être le mieux servi. Le Staatsoper a réussi à réunir pour les rôles-titres deux des meilleurs titulaires actuels, et ils ne sont pas légion. Il n’est pas certain qu’il existe aujourd’hui un Tristan plus complet qu’Andreas Schager, il est en tout cas bien agréable d’entendre enfin dans ce rôle un vrai ténor, un chanteur au timbre claironnant de héros, et qui ne donne pas la sensation de devoir s’économiser pendant deux actes en prévision du troisième. Ce que la production refuse de lui accorder en prestance physique est plus que compensé par l’éclat de la voix et par la qualité du jeu de l’acteur _ les deux, en effet _, qui se livre aux bonds les plus insensés lors de sa folie du dernier acte. Quant à Anja Kampe, il semble bien que madame Stemme doive désormais partager le titre d’Isolde du siècle avec sa consœur native de Thuringe. Ni mezzo péniblement changée en soprano dramatique, ni virago terrifiante, ni gentille jeune personne gênée par l’ampleur du personnage, Anja Kampe assume avec bonheur toutes les facettes du rôle, capable de pianos admirablement maîtrisés autant que de véhémence dans les imprécations. Et chez elle comme chez son partenaire, on ne perd pas un mot du texte _ voilà, et c’est très important ! _, parfaitement articulé _ et les sous-titrages de la vidéo du DVD ajoutant à cette lisibilité… Malgré une légère impression de fatigue à la fin du deuxième acte, son Isolde revient ensuite en force, avec une superbe Liebestod prise à un tempo très retenu.

    …

    …

    Autour d’eux, l’excellence caractérise aussi la Brangäne d’Ekaterina Gubanova, au timbre riche et au personnage moins protecteur que ce n’est souvent le cas, ou le roi Marke de Stephen Milling, même si la mise en scène prive cette somptueuse voix de basse d’atteindre le degré d’émotion dont elle serait sans doute capable. Kurwenal plus à l’aise en treillis et rangers qu’en costume-cravate, Boaz Daniel se situe un cran en dessous en termes de qualité vocale. De la séduction sonore, le matelot de Linard Vrielink n’en manque pas, en revanche. On rêve dès lors à ce qu’aurait donné un tel cast dans une production plus à même d’émouvoir.

    …

    …

    Un avis très intéressant.

    …

    …

    Puis maintenant,

    et cette fois à propos du DVD _ du label Bel Air Classiques _ de ce passionnant spectacle de 254′,

    cet article « Dmitri Tcherniakov : la Mort d’amour de Tristan » de Jean-Luc Clairet, sur le site de ResMusica :

    …

    …

    Dmitri Tcherniakov : la Mort d’amour de Tristan

    …
    …

    Dmitri Tcherniakov remonte à la source de l’amour impossible de Tristan et Isolde. Un formidable travail d’équipe _ voilà ! _ que ce spectacle venu du Staastoper unter den Linden.

    …

    …

    L’Acte I séduit sans temps mort dans le salon Grand Voyageur du paquebot de luxe où Marke a convié les premiers de cordée de son entreprise. La météo de type Mer calme et heureux voyage s’affiche sur un écran de contrôle… Tout commence sous les meilleurs auspices pour les héros wagnériens magnifiés _ oui _ par les costumes griffés par Elena Zaytseva. Puissamment investis dans une direction d’acteurs millimétrée, les interprètes fascinent d’emblée _ oui. L’absorption du philtre, inédite, est un grand moment de jubilation : les héros sous substance, délestés de tout tabou, rient à gorges déployées, prêts au grand amour.

    …

    …

    Le II, dans le salon de Marke tapissé de papier peint sylvestre, n’est pas moins captivant : Tristan joue comme un enfant surexcité avec Isolde qu’il finit par mettre sous hypnose ; Mark, environné de figurants tchernakoviens bien glaçants, adresse les premiers mots de son monologue à Melot et non à Tristan, lequel n’est même pas mortellement blessé plus loin par le traître. Alors de quoi Tristan va-t’il mourir ?

    …

    …

    Le III répond : Tcherniakov a lu attentivement _ voilà ! et lire ainsi très attentivement est absolument nécessaire ! _ le monologue le plus long du héros, celui de l’alte ernste Weise (la vieille chanson grave), celui où Tristan raconte comment le Désir a donné la Mort. Tcherniakov plonge Tristan dans un autre papier peint, celui de Karéol, afin de faire remonter à la surface son enfance endeuillée : le père engendra et mourut ; la mère enfanta et mourut. Tcherniakov a bien lu : Tristan est de fait inapte à l’amour _ telle est donc la clé de Tristan. Même sans Marke, même sans philtre, ça n’aurait pas marché. On parle de la Liebestod d’Isolde. Tcherniakov met en scène la Liebestod de Tristan _ voilà i

    …

    …

    Anja Kampe et Andreas Schager sont étonnants de naturel _ et d’évidence ultra-éloquente _ dans ce Tristan et Isolde, certainement le plus humain vu à ce jour. Paysages à eux seuls, ils sont constamment émouvants _ oui. Outre qu’ils possèdent les écrasants moyens de leur rôle respectif (lui Heldentenor incontesté ; elle, de type incendiaire jusqu’au-boutiste), loin des époux Schnorr von Carosfeld, ils balaient tous les stéréotypes _ oui. Les sauts de cabri du premier font oublier que la performance est en principe surhumaine. L’émotion subtile de la seconde, dans le droit fil de celle d’Iréne Theorin à Bayreuth avec Marthaler, touche au cœur. D’une santé vocale soyeuse, d’une beauté fascinante, la Brangäne d’Ekaterina Gubanova capte tous les regards : on passe une partie de son temps à se demander quelle partie cette fausse suivante joue dans l’histoire. Jusqu’à ce que Tcherniakov réponde d’un plan sur le bras qu’au finale, elle a passé sans crier gare sous celui de Marke, incarné avec l’effroi glacial qui sied aux patrons d’entreprises, par un Stephen Milling proche de l’idéal. Boaz Daniel, Kurwenal prêt à tout (engager sur le plateau, à peu près tout l’acte durant, un hautboïste de l’Orchestre de la Staatskapelle Berlin pour accompagner de son cor anglais le spleen de son ami handicapé de l’amour), complète cette magnifique distribution où l’on remarque aussi le Melot gorgé de jalousie de Stephan Rügamer et déjà, avant Aix 2021, le Jeune marin et le Pâtre de Linard Vrielink.

    …

    …

    Le DVD permet d’être au plus proche _ mais oui, et c’est bien sûr capital !!! _ de la dramaturgie questionneuse de Tcherniakov, menée au sommet _ oui _ par Daniel Barenboim. Plus de quarante années de travail (les Tristan de Ponnelle, de Müller, de Chéreau !) ont abouti à cette direction patiente (plus de quatre heures), enveloppante et incandescente, d’une profondeur inouïe _ c’est parfaitement exprimé ici. La Staatskapelle Berlin, magnifiquement captée, soulève la noire houle du chef-d’œuvre dévastateur _ oui… Le voyage en sac à dos du Parsifal de Tcherniakov ne nous avait pas donné envie de reprendre la route avec lui. Il en ira différemment avec le voyage en bateau qu’il a imaginé pour Tristan et Isolde.

    …
    …

    Richard Wagner (1813-1883) : Tristan und Isolde, action en trois actes sur un livret du compositeur.

    Mise en scène et décors : Dmitri Tcherniakov.

    Costumes : Elena Zaytseva.

    Lumières : Gleb Filshtinsky.

    Avec : Andreas Schager, ténor (Tristan) ; Stephen Milling, basse (le roi Marke) ; Anja Kampe, soprano (Isolde) ; Boaz Daniel, baryton (Kurwenal) ; Stephan Rügamer, ténor (Melot) ; Ekaterina Gubanova, mezzo-soprano (Brangäne) ; Linard Vrielink, ténor (un Berger/un Jeune marin) ; Adam Kutny, baryton (un Timonier) ;

    Chœur du Staatsoper (chef de chœur : Raymond Hughes)

    et Staatskapelle Berlin, direction : Daniel Barenboim.

    Réalisation : Andy Sommer.

    2 DVD Bel Air Classiques.

    Enregistrés en avril 2018.

    Notice de 24 pages en anglais, français et allemand.

    Durée totale : 254:00

     

    …

    …

    Un DVD indispensable !!!

    …

    …

    Ce dimanche 12 juin 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Comparer diverses interprétations profondément émouvantes de chefs d’oeuvre _ bouleversants _ de Mieczyslaw Weinberg, à partir du tout récent CD de l’Ensemble Les Métamorphoses, sous la direction de Raphaël Feye, avec le violoncelle intensément « tragique et pudique » de Pieter Wispelwey…

    En quelque sorte en complément de mon article du mercredi 4 mai dernier, « « ,

    …

    voici que ce  dimanche 15 mai ResMusica publie, sous la plume de Jean-Christophe Le Toquin, un très intéressant article consacré lui aussi au tout récent superbe CD Evil Penguin Classic 2022 EPRC0045

    consacré à 3 chefs d’œuvre de ce compositeur tout à fait essentiel du XXe siècle, qu’est le si émouvant Mieczyslaw Weinberg :

    …

    le Concertino pour violoncelle Op. 43bis (de 1948),

    la Fantaisie pour Violoncelle et Orchestre Op. 52 (de 1951-53),

    et la Symphonie de chambre n°4 Op. 153 (de 1992) ;

    …

    en un article intitulé, lui, « Pieter Wispelwey et Les Métamorphoses investissent Weinberg« …

    …

    …

    Un CD dans lequel _ je suis en train de le ré-écouter avec un très vif plaisir : j’adore ce compositeur et sa musique si déchirante… _, je dois souligner que je remarque, à nouveau, à cette ré-écoute, la splendide clarinette klezmérisante de Jean-Michel Charlier…

    …

    …

    Le voici donc _ avec, en forme de dialogue avec, mes farcissures en vert… _, cet article paru ce dimanche :

    …

    …

    Pieter Wispelwey et les Métamorphoses investissent Weinberg

    …
    …

    Pieter Wispelwey et l’ensemble Les Métamorphoses signent un album Weinberg remarquable de couleurs et d’investissement dans la profondeur du son _ oui, et c’est fort juste de bien le souligner ainsi. 

    …

    …

    Les trois œuvres de Mieczysław Weinberg réunies dans cet album ne doivent rien au hasard, puisqu’elles avaient constitué le couronnement d’un grand week-end consacré fin 2019 à Bruxelles par la biennale Chamber Music for Europe à l’occasion du centenaire de la naissance du compositeur _ né à Varsovie le 8 décembre 1919. Si l’interprétation en concert avait reçu tous les éloges de notre collègue, la captation en studio réalisée _ à Gand _ à l’été 2021 _ du 28 juin au 1er juillet _ et proposée dans cet album combine la vitalité et l’unité que donne l’expérience de l’interprétation en public, avec le soin intense apporté à chaque note et inflexion que permet le temps long de l’enregistrement_ en effet.

    …

    Le Concertino pour violoncelle op. 43 bis, composé en 1948 (_ soit une toute première approche du futur _ Concerto pour violoncelle op. 43, qui fut créé par Rostropovitch en 1957) avait été oublié de tous, et ne fut découvert qu’en 2016, 20 ans après la disparition du compositeur. Il fut alors enregistré rapidement _ en 2018 _ par la violoncelliste Marina Tarasova, qui a connu Weinberg, et publié dès 2018 par le courageux label de Saint-Pétersbourg Northern Flowers _ je possède aussi ce CD NF/PMA 99131, enregistré à Moscou en 2018. La comparaison des deux enregistrements est éclairante : là où les musiciens russes – à l’instar d’un Rostropovitch – tiennent l’émotion et les accents klezmer à distance _ mais oui _ pour mieux faire ressortir le classicisme de cette musique et la rattacher à toute la musique russe, Pieter Wispelwey et les musiciens des Métamorphoses vont plus profondément dans l’exploration psychologique _ de l’idiosyncrasie de Weinberg _ et travaillent à restituer – sans sentimentalisme – le substrat tragique _ voilà _ de la vie du compositeur (la fuite du nazisme _ en 1939 _, mais pour subir ensuite l’antisémitisme de l’État soviétique). Le résultat de ce choix interprétatif est un impact émotionnel plus fort, bien que pudique _ oui, sans le moindre pathos parasite. C’est comme si on rendait à la musique de Weinberg une identité plus riche, plus complexe _ oui : la sienne ! _, on oserait dire plus présente dans le double sens de présence et d’actualité. De quelques années plus tardives _ 1951-53 _, la Fantaisie pour violoncelle et orchestre op. 52 est moins lyrique et moins immédiatement prenante que le Concertino _ de 1948 _, mais elle garde ses accents polonais et populaires  _ oui, et c’est très important… _ et cette finesse d’écriture _ tout à fait _ qui retiennent _ et marquent _ l’attention.

    …

    L’album se conclut par la dernière œuvre _ voilà ! en quelque sorte testamentaire _ de Weinberg, la Symphonie de chambre n°4 op. 153 _ composée, elle, en 1992. Comme toutes les pièces de maturité, l’heure n’est plus – et depuis longtemps – à l’immédiateté et à la facilité _ de l’expressivité du compositeur. Mais placée ainsi _ sur ce CD _ après le Concertino et la Fantaisie, il n’y a pas de rupture, simplement une évolution _ oui. Cette continuité s’explique aussi par le fait que ces quatre symphonies de chambre sont elles-mêmes _ oui _ des retours en arrière, reprenant _ et enrichissant, un peu testamentairement : pour l’éternité de sa singularité de créateur _ des compositions de jeunesse. Elles ont fait l’objet d’un enregistrement intégral _ des Concertos de chambre n°1 à 4 _ par Gidon Kremer et la Kremerata Baltica (ECM, 2017) _ soit le double CD ECM 2538/39  4814604, paru en 2017 ; un double album que je possède et admire _, et par Rostislav Krimer et l’East-West Chamber Orchestra (_ soit le CD Naxos 8.574063, paru en 2019, pour les Concertos de chambre n° 1 et 3 ; je le possède aussi _, et _ le CD Naxos 8.574210, paru, lui, en 2021 _ pour les n° 2 et 4) ; le second _ Rostislav Krimer _ défendant une approche plus raffinée et poétique. Face à ces concurrents letton _ Gidon Kremer _ et biélorusse _ Rostislav Krimer _ qui ont pour eux l’avantage de l’ancrage culturel originel _ en effet, de Weinberg _, les musiciens des Métamorphoses _ dirigés ici par Raphaël Feye _ investissent la musique de Weinberg avec une approche d’Europe de l’Ouest qui se nourrit d’un travail _ de fond _ sur la mémoire et sur l’histoire _ voilà. Là où les versions occidentales de la musique de Chostakovitch dans les années 1950 à 80 pouvaient paraitre moins habitées que celles de l’autre côté du rideau de fer, cette caractéristique ne se retrouve pas avec Weinberg, pourtant si proche. Weinberg est un musicien polonais, slave, juif, et d’Europe centrale _ oui ! et c’est là un trait tout à fait essentiel et fondamental pour l’idiosyncrasie de sa musique… _, et s’il a passé sa vie d’adulte _ depuis 1939, et ses vingt ans… _ en URSS _ à Moscou, puis Tachkent, Moscou, etc. _, il n’a jamais oublié ses origines _ juives, d’Europe centrale et orientale ; et c’est probablement aussi pour cela que sa musique me touche, personnellement, si profondément autant ! Dès lors, un violoncelliste néerlandais, un chef et un ensemble belges développant une approche sensible (l’orchestre _ les Métamorphoses _ avait enregistré le beau disque Destins juifs dirigé par Amaury de Closel en 2018, KMI) peuvent apporter une vision différente et au moins aussi pertinente _ oui ! _ de ce répertoire _ de Weinberg.

    …

    Espérons que cette réussite – doublée d’une édition luxueuse _ oui _ façon livre, avec couverture rigide et épais livret richement illustré – donnera à ces interprètes l’envie de continuer à s’approprier la musique de Weinberg, car ils lui apportent un relief et une attraction particulières _ en effet, particulièrement idoines…

    …
    …

    Mieczysław Weinberg (1919-1996) :

    …

    Concertino pour violoncelle op. 43bis ;

    Fantaisie pour violoncelle et orchestre op. 52 ;

    Symphonie de chambre n° 4 op. 153.

    …

    Pieter Wispelwey, violoncelle ;

    Jean-Michel Charlier, clarinette ;

    Les Métamorphoses, direction : Raphaël Feye.

    …

    1 CD Evil Penguin Classic.

    …

    Album couverture cartonnée rigide, livret quadrilingue richement illustré de photographies des séances d’enregistrement et d’illustration poétique de Peter de Bruyne.

    Contenu numérique supplémentaire (vidéo d’enregistrement) accessible par QR code.

    Enregistré du 28 juin au 1er juillet 2021 au MC De Bijloke, Gand (Belgique).

    Durée : 68:27

    …

    …

    Un CD tout à fait remarquable, donc,

    pour des chefs d’œuvre déchirants et pudiques de cet immense compositeur qu’est Mieczyslaw Weinberg…

    …

    …

    Ce dimanche 15 mai 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa