Étiquette : rythme

  • Désir et fuite _ ou l’élusion de l’autre (dans le « getting-off » d’un orgasme) : « L’Etreinte fugitive » de Daniel Mendelsohn

    Un grand beau livre _ et socio-historiquement significatif (sinon important !) _, que cette « Étreinte fugitive« , par Daniel Mendelsohn,
    qui paraît cette fin janvier 2009 aux Éditions Flammarion,

    …

    traduit de l’américain « The Elusive Embrace«  _ dont le sous-titre, curieusement in-apparent ici (?), en son édition originale (« by Alfred A. Knopf« ) le 24 mars 1999, était « Desire and the Riddle of Identity » :

    …

    une clé, pourtant ! car c’est bien à cette « énigme de l’identité » (personnelle) que se confronte l’enquête éminemment personnelle _ et passionnante _ de Daniel Mendelsohn, qui n’est pas tout à fait un essai philosophique, ni une enquête socio-psychologique, voire psychanalytique à visée générale, mais bien le récit d’une quête existentielle personnelle, celle de l’individu Daniel Mendelsohn, né en 1960 dans une banlieue de New-York (sur l’île de Long Island)…
    …
    En un fort utile « Au lecteur français » (de novembre 2008), l’auteur présente ce « livre« , « L’Étreinte fugitive« , comme le premier « panneau d’une entreprise que je me suis toujours _ dès l’origine, donc ! en amont même de sa mise à l’écriture même !!! _ représentée comme un triptyque«  : afin de clairement remettre en sa perspective originelle le livre paru en France le 29 août 2007, dans une traduction de Pierre Guglielmina, et qui connaît un immense succès _ mérité : un chef d’œuvre !!! _ international : « Les Disparus« , paru initialement aux Éditions Harper Collins, le 19 septembre 2006. En fait, « The Lost«  signifie « Le Perdu«  ; par contraste avec « The Found« , « Le Trouvé« , ou même « Le Retrouvé«  : comme pour Proust, en sa « Recherche« …
    …

    et le troisième et dernier« panneau » du « tryptique« , demeurant, lui, à écrire _ et à écrire en France, maintenant, en cette année 2009, ai-je cru comprendre ; même si Daniel Mendelsohn sera aussi l’hôte de Rome et de l’Italie, en cette année 2009…

    …

    Car « à première vue, les lecteurs familiers des « Disparus« 
    _ sur lequel on lira avec un immense profit le très beau compte-rendu qu’en fit, très tôt (le 30 octobre 2007), et d’un point de vue plutôt historien, Ivan Jablonka sur le site (si riche !) de laviedesidees.fr : « Comment raconter la Shoah ? _ à propos des « Disparus » de Daniel Mendelsohn » _
    …
    pourraient être tentés de penser que le sujet de ce « nouveau » livre

    _ qu’est pour un lecteur francophone « L’Étreinte fugitive« , donc… _,
    qui est une méditation approfondie sur la nature et le sens de ce qu’il y a de plus intime dans la vie de chacun

    (les hommes et les femmes
    _ et pas les « garçons« , comme il en fera la distinction d’avec les « hommes«  ; ni les « filles« , d’avec les « femmes » _
    les pères et les fils
    _ le chapitre « Paternité« , pages 135 à 217, étant peut-être la clé du « puzzle«  de l’« énigme«  (« riddle« ) de l’« identité » personnelle… _,
    la sexualité
    _ qui nous traverse tous, et d’amont en aval, et réciproquement, en de multiples pistes _),
    …
    n’a pas grand chose à voir avec le sujet de mon « précédent » livre

    _ pour le lectorat francophone, donc : « Les Disparus » _
    (l’histoire familiale
    _ du côté maternel, les Jäger (et du côté de Bolechow, en Galicie),
    bien davantage, pour ne pas dire exclusivement, que du côté paternel, celui des Mendelsohn (guère loquaces en fait d’ »histoires« , à commencer par la leur, quant à eux ;
    pas plus que riches en « photos » (prises et/ou conservées), non plus !
    _,
    …
    la culture juive, les événements de la Seconde Guerre mondiale).
    …
    Mais, comme je l’ai souvent dit
    _ et certains d’entre vous
    _ Français _ m’ont peut-être entendu _ à Paris même, ou via les ondes de la radio _ le dire dans ce français que _ professeur de littérature « classique » formé au Grec et au Latin en ses études à l’Université de Virginie (à Charlottesville) et à Princeton _ je parle avec ferveur, à défaut de le parler bien _ Daniel Mendelsohn n’est-il pas aussi un très éminent lecteur d’« A la recherche du temps perdu » et de tout l’œuvre de Marcel Proust ?.. _,
    …
    je n’ai jamais conçu « Les Disparus _ « The Lost : A Search of Six of Six Million » : cette fois encore, le titre originel, non plus que le sous-titre, ne fut pas retranscrit en français par l’éditeur, Flammarion… _
    comme « un livre sur la Shoah ».
    …
    Pour moi, c’est un livre qui parle _ oui ! _ de la relation angoissée, mais enrichissante, que le présent noue avec le passé
    _ avec les « voix » (et regards des visages, aussi, via des photos) duquel, passé, se « re-brancher » est si nourrissant et libérateur (du présent _ polysémiquement !..) _ ;
    …
    que le moi noue
    _ mais en sachant aussi s’en mettre un peu
    (et pas que géographiquement :
    « Géographie » est le titre, important, lui aussi, du chapitre premier de « L’Étreinte fugitive« , pages 15 à 66)
    à distance
    _
    …
    que le moi noue _ donc… _ avec la famille et ses traditions,
    une relation que le moi a, en réalité, avec une tradition culturelle beaucoup plus vaste

    _ sujets qui intéressent tout un chacun, ai-je tendance à penser _ commente au passage Daniel Mendelsohn, page 12 de ce « Au lecteur français« .
    …
    Cela n’a guère de sens, néanmoins, de réfléchir
    _ ce que fait très effectivement Daniel Mendelsohn en ces « essais » d’engagement aussi très « personnels » ; et magnifiquement ! _
    à ces relations cruciales
    _ oui ! c’est le mot on ne peut plus juste :
    à la croisée des voies et d’amont et d’aval, tant biologiquement que culturellement, bien sûr !
    _
    …
    _ ne parlons pas des responsabilités intellectuelles, psychologiques et éthiques que cela implique _ et ô combien ! commente lui-même Daniel Mendelsohn _ _

    …

    sans s’être auparavant penché sur le moi qui est au centre _ du réseau vibrant _ de ces relations,
    qui est le sujet de cette réflexion
    _ qu’est « L’Étreinte fugitive« . Cet examen
    _ oui ! et passionnant, de longue venue, pour l’auteur, et en temps comme en espace _
    est, précisément le fil rouge de « L’Étreinte fugitive » : parfaitement !

    …
    Daniel Mendelsohn le précise :
    …
    « De fait, dès que vous commencerez à lire ce livre, vous verrez que si les questions qui le sous-tendent sont d’un ordre très intime

    …

    _ sur l’intime, lire Michaël Foessel : « La Privation de l’intime » (cf mon article du 11 novembre 2008 : « la pulvérisation maintenant de l’intime : une menace envers la réalité de la démocratie » ; et lire Roland Barthes : des « Fragments d’un discours amoureux » et du « Roland Barthes par lui-même » au tout récemment publié, le 5 février 2009, « Journal de deuil« , en passant par « La Chambre claire« , et d’autres… _
    …
    (qui suis-je ? quelle est mon identité ? qu’est-ce que l’« identité » au bout du compte ? est-elle faite d’une seule pièce ou de plusieurs
    _ suis-je une seule chose
    _ « chose » ? non… _ seulement, ou davantage ? le « cœur » _ nourrissant, irriguant _ de mon identité est-il non mélangé, indépendant _ non : « nul n’est une île !« … _ du monde extérieur ; ou est-il tributaire des relations _ oui ! et redevable… _ que j’ai avec les autres _
    auquel cas
    _ qu’examine l’important, lui aussi, chapitre « Multiplicité« , des pages 67 à 134 _
    lesquelles sont les plus déterminantes _ et selon quelle « échelle » ? _ pour établir « qui je suis » : celles que j’ai avec mes parents ? mes enfants ? les gens avec qui j’ai des relations sexuelles ? ceux dont je suis amoureux ?) _
    …
    vous verrez _ et, en effet, nous le découvrirons ! _ que si ces questions sont d’un ordre très intime _ reprend le fil, ou film, de sa phrase, après son incise, lui aussi (!), Daniel Mendelsohn _,
    …
    elles présagent tout simplement celles qui devaient nourrir
    _ oui ! et combien richement et bellement ! « Les Disparus » est un chef d’œuvre somptueux !!! à lire toutes affaires cessantes ! (et il vient de paraître en édition de poche en collection « J’ai lu« , ce mois de février-ci…) _

    …

    le livre suivant _ « Les Disparus« , donc _
    (qui sont les gens de ma famille ? qui sont vraiment _ l’adverbe est très important _ mes parents _ Marlène, née Jäger (en 1931) ; et Jay Mendelsohn (né en 1929) _ et mes frères _ Andrew (l’aîné, né en 1957), Matthew (le photographe, né en 1962, qui suit Daniel dans la fratrie : Daniel, lui est né en 1690), Eric (né en 1964) _ et sœurs ? _ Jennifer (née en 1968) _

    …

    quelle est ma relation _ complexe et riche _ à leur histoire _ au double sens, d’ailleurs, et de l’histoire réelle, et du récit qui affirme la narrer ! _ quelle est ma relation au passé, de manière générale, et à l’Histoire elle-même _ en remontant aux Grecs et aux Hébreux _ ?). »
    …
    Et aussi :

    …

    « De même, les grands voyages _ en Galicie, en Ukraine, en Pologne, en Israël, en Suède et jusqu’en Australie _ que j’ai décrits dans ce dernier livre  _ « Les Disparus » _ par-delà les océans et les continents,
    n’auraient jamais eu lieu si je n’avais auparavant accompli ces trajets plus réduits
    _ au sein des Etats-Unis ; et vers « le Sud », la Virginie ; ou dans New-York… _ dont parle mon premier livre _ « L’Étreinte fugitive » _ :
    …
    les promenades quotidiennes que je faisais lorsque j’habitais un certain quartier de New-Yor
    k
    …
    _ légérement au nord de Chelsea, 25ème rue ouest : Chelsea s’étendant de la 14ème rue à la 23ème… D’où l’importance de consulter des cartes (maps) un peu précises…
    cf page 51 :

    …

    « c’est pas vraiment chelsea. chelsea finit à la 23e
    au-dessus de la 23e ça devient clinton t’es nulle part en fait
    « ,
    comme le lui avait écrit

    « un type
    avec qui j’avais discuté un moment
     » « alors que je participais à un chat sur Internet » ;
    « comme c’était quelqu’un dont le profil en ligne et la photo
    _ là-dessus lire mon article du 22 décembre « Le “bisque ! bisque ! rage !” de Dominique Baqué (”E-Love”) : l’impasse (amoureuse) du rien que sexe, ou l’avènement tranquille du pornographique (sur la “liquidation” du sentiment _ et de la personne) » à propos de « E-Love_ petit marketing de la rencontre » de Dominique Baqué _
    …
    me plaisaient beaucoup _ pour ce qu’il en avait à faire cette nuit-là, du moins... _
    je lui ai donné mon adresse. » C’est ainsi que « au bout d’un moment un message est apparu dans un coin de mon écran » (page 50) : celui selon lequel, en logeant dans la 25e rue ouest de Manhattan, entre Chelsea et Clinton, on n’est, comme en Pologne _ selon le mot bien connu d’Alfred Jarry dans « Ubu roi » : « En Pologne, c’est-à-dire nulle part ! » _, « nulle part, en fait » !!!..
    …

    Fin de l’incise à propos des « promenades quotidiennes«  en « un certain quartier de New-York » ;

    je reprends : « ces trajets :

    …

    le train que je prenais, et que je prends chaque semaine encore aujourd’hui, pour aller de Manhattan à une capitale de province qui est à une heure de là
    _ où résident
    celle
    _ « une amie proche » _ qu’il a choisi d’« appeler Rose » et « qui est hétéro et célibataire«  (page 138),
    et son fils « Nicholas«  ;

    …

    si importants, tous deux _ et c’est un euphémisme ! _ dans le devenir récent, depuis la naissance de Nicholas, une nuit d’août 1995 :

    …

    « après la naissance du fils de Rose, Nicholas, quelque chose d’étrange _ en effet ! _ s’est produit : je me suis retrouvé très profondément impliqué _ et tous ces mots sont décisifs ! je les relis, ces mots de la page 138 : « je me suis retrouvé très profondément impliqué«  ! Car sans pareille « très profonde implication« , on ne « se trouve » pas ; jamais !!!  _ dans la vie de Nicholas, qui a maintenant trois ans _ en 1998-99, lors de la rédaction de « L’Étreinte fugitive » ; il a aujourd’hui treize ans _ et dont je suis devenu le parrain le jour de son baptême, quand il avait trois mois. C’est arrivé _ oui ! _ petit à petit _ en effet _, et, en même temps, j’ai été pris par surprise

    _ « pris par surprise« , page 139 : cela ne se recherche pas ! encore moins s’instrumentalise !!! ;

    « pris par surprise« , je le répète ! :

    …

    Voilà : comme en tout amour véritable ; et non par quelque « calcul » de drague et d’orgasme (« getting off« , dit très explicitement un partenaire _ circonstanciel, occasionnel : « de passage » _ de ces jeux, page 118) simplement « escompté »…
    …
    Ce qui a commencé comme un jeu
    _ les mots « ludique » et « elusive » (= « élusif » ou « élusive ») ont la même étymologie :
    du latin « eludere« , constitué à partir du préfixe « ex » (= « hors de ») et du radical « ludere » (= « jouer »),
    « éluder » signifie « esquiver », « éviter », « tromper » :
    c’est même, selon l’excellente définition de la huitième édition du Dictionnaire de l’Académie française,

    « éviter avec adresse et désir de se dérober« …
    …
    ce qui a commencé comme un jeu
    de rôle
    pseudo parental

    _ puisque Rose et Daniel ne sont ni mariés, ni le « couple parental biologique » de l’enfant (« je ne peux pas m’empêcher de penser _ par exemple « au moment où Rose allaite ; ou quand Nicholas est enveloppé dans les courbes de son corps« … _ à quel point il doit être électrisant _ oui ! _ pour des gens qui sont amants de devenir les parents d’un enfant« , confie, comme avec regret _ c’était en 1999 _, Daniel Mendelsohn, page 168) :

    …

    « j’avais toujours pensé qu’elle
    _ « j’ai rencontré la mère de Nicholas en septembre 1990, lorsque j’ai commencé _ à l’âge de trente ans _ à travailler à mi-temps dans la société où elle est employée. Une partie de son travail consiste à faire des évaluations statistiques compliquées« , précisera la page 165 de « L’Étreinte fugitive » _
    …
    « j’avais toujours pensé _ un peu abstraitement ! hors contexte existentiel, en quelque sorte _ qu’elle
    ferait
    _ plus concrètement, alors, forcément !.. _ une mère formidable ;
    et je le lui avais dit en plusieurs occasions
    _ comme quoi, les effets « de longue distance » de simple paroles…
    …
    Mais elle me demandait _ très ponctuellement, ce jour-là, au début de l’année 1995 _ à présent _ donc ! _
    si je pouvais l’aider _ si je pourrais
    _ et cela, en plusieurs sens du terme : possiblement, d’une part ; mais aussi si j’acceptais de (ou voulais bien), amicalement, y consentir… _
    …
    si je pourrais être un « modèle masculin »,
    pas exactement un père,
    mais un homme qui serait présent dans la vie de cet enfant. Un
    « oncle » _ en quelque sorte.

    …
    A la différence de la fois précédente
    _ « près de deux ans«  auparavant, « en 1993″ : « une femme que je connais m’a invité à boire un café et demandé d’être le père de l’enfant qu’elle projetait d’avoir« , vient d’évoquer Daniel Mendelsohn à la page précédente, page 137. « Et j’ai dit non« . Alors « je ne pouvais envisager d’être responsable _ soit « répondre de » _ de qui que ce soit d’autre que moi _ certainement pas d’un enfant« …
    …
    A la différence de la fois précédente, cette requête _ de « Rose« , donc : au tout début de 1995 _ m’a plu,
    je ne me suis pas senti trop impliqué
    _ une affaire de nuance (ou de « dosage ») dans l’implication d’une responsabilité ! _ pour autant _ mais est-ce faute de le « re(s)sentir » alors assez, seulement ?.. _,
    et j’ai donc accepté
    _ en une parole néanmoins « engageante », toutefois…
    …
    Et c’est alors que vient la réflexion _ essentielle : c’est le tournant décisif ! _ reportée un peu plus haut
    à propos du processus d’
    « implication » dans lequel « petit à petit » s’est trouvé « pris« , et « par surprise »
    _ faute d’avoir assez « mesuré » auparavant ce à quoi sa « parole » amicale , et non matrimoniale (sans parler de l’absence de tout engendrement, ou même de rapport sexuel, entre « Rose » et lui) _
    Daniel Mendelsohn… :

    …

    je peux alors terminer la phrase _ demeurée en suspens !.. _, page 139 : 

    …

    « Ce qui a commencé comme un jeu
    de rôle
    pseudo parental

    un peu ironique _ un mode d’ »être » devenu presque consubstantiel, par auto-protection, pour le gay, quasi en permanence « sur ses gardes », qu’est Daniel Mendelsohn _

    est devenu une partie très importante de ma vie. »

    …
    Avec ce très joli passage, de découverte _ et naïf (le mot provient directement de « neuf »), si l’on veut ! _, page 139 :
    …
    « C’est à cause de Nicholas _ un vrai « garçon »
    _ à la différence, peut-être, de ces en quelque sorte « garçons attardés » (adolescents prolongés ; voire « adulescents », selon le mot-valise qu’a proposé je ne sais quel psychologue italien, au départ), que sont ceux qui se conçoivent maintenant comme « gays«  _
    …
    c’est à cause de Nicholas _ un vrai « garçon » _ que je divise à présent
    _ en 1999 ; mais le temps passe ; et les « gays » eux aussi (comme tout un chacun de vivant-mortel sexué) vieillissent _
    …
    que je divise à présent mon temps
    _ de disponible, dans l’organisation, notamment, du « travail », mais aussi des « loisirs » (dont des opérations de « rencontres » _ sexuelles : exclusivement, semble-t-il… : dans le quartier de New-York qui leur est dévolu, Chelsea, juste au sud de Clinton, et (assez) au nord de Wall Street… _
    …
    entre New-York avec ses autre garçons _ jusqu’à quel âge le sont-ils donc ?.. _
    et la banlieue où vivent Rose et Nicholas.

    …

    Tous les deux ont été absorbés _ inclus, sans difficultés _ dans ma grande famille _ et fratrie _ ; et Nicholas est traité comme un neveu et comme un petit-fils
    _ quant à Rose, elle est, eh bien, une sorte de belle-fille, belle sœur.
    « 

    …
    Avec cette conclusion-ci, encore, toujours page 139, de ce passage-ci, pour « introduire » le très intéressant chapitre 3 :  » Paternité » (pages 135 à 217) :
    …

    « Ce que vous apprenez _ ici sans avoir rien fait (de facto, si je ne crains pas trop la redondance pléonastique…) en matière d’engendrement ; puis « par surprise« , au fil des jours et de l’évolution de ses rapports avec l’enfant, qui n’est d’abord qu’un tout petit bébé : à travers l’échange des regards !!! _ avec la présence _ prenante ! _ d’un enfant dans votre vie _ au quotidien : rien d’élusif ici !!! ; et si « étreinte » il y a bien, de facto, dans la tenue du bébé, et dans les soins qu’on lui prodigue, elle n’a rien, ici, d’orgasmique ! _, c’est ceci : oubliez tout ce à quoi vous vous attendiez.« 

    …
    Autrement dit, rien à voir avec les répétitives _ fermées _ séquences de « baise », ou de « getting-off«  :
    cf la remarque tellement signifiante, page 118 :

    …

    « ce genre de soulagement s’appelle le « getting-off »,
    expression qui véhicule assez bien l’impulsion
    _ qu’il faudrait mieux, cher auteur de l’essai, analyser !!! _ qui sous-tend ces rencontres, l’envie de se débarrasser _ « vider les vases », disait Montaigne… _ de quelque chose d’urgent,
    d’une certaine quantité de sperme.

    …

    Plus d’une fois, après un « getting off » de ce genre, un type _ le terme est déjà bien significatif _ m’a dit, en ne plaisantant qu’à moitié, au moment de quitter mon appartement où il venait de passer son heure de déjeuner, « Bon, je vais pouvoir me concentrer sur mon travail, maintenant » ;
    et en refermant la porte
    _ le plus important, probablement ! « Out ! »_ je me suis aperçu que j’étais dans le même état d’esprit. »
    …
    Avec cet ultime commentaire de Daniel Mendelsohn, encore, pour ce passage à propos du « getting-off« , page 118 :

    …

    « Mais naturellement l’urgence _ « pressante » du besoin, confondu ici avec le désir (!) _ revient bien assez vite ; et la recherche _ volontariste et compulsionnelle : dépourvue de disponibilité à une authentique altérité d’un autre, d’une personne, d’un visage, et sans lunettes noires de soleil Armani (cf l’anecdote page 122) ; d’un visage qui soit celui, infini, et « vrai », lui, de quelqu’un qu’on aime… ; et avec le regard de cet autre que soi… _ d’un nouveau partenaire _ objet seulement ! _ recommence. »

    …

    Dispositif (de recherche = « drague ») volontariste et compulsionnel _ j’y reviens donc _ auquel Daniel Mendelsohn avoue lui aussi _ est-ce toujours le cas aujourd’hui ? pas mal d’eau ayant coulé depuis lors sous le pont (de Brooklyn)… _ se plaire (ou complaire) en la répétitivité, partenaire d’un soir après le partenaire du soir précédent _ et surtout pas le partenaire du soir prochain ! du lendemain ! « pas de futur » de ce côté-là ; rien que de l’ »élusion »… _,
    …

    ainsi qu’il le décrit en un « charmant » portrait, non dépourvu d’une touche de condescendance amère _ et vengeresse, aussi (page 127) _ d’un de ses amis gay : ou « Don Juan gay » :

    …

    le passage (pages 125 à 128) succède à celui de « l’absence de regard (pages 122, puis 123 !)  _ « impossible de voir à quoi ses yeux ressemblent » (page 122, sept lignes et trois phrases plus haut que la première occurrence d’« absence de regard«  !) _ du mannequin Armani«  (la narration de l’épisode de cette photo du « garçon Armani » (page 124) se déroulant des pages 122 à 124…).
    …
    « La répétition n’est pas le problème, mais le but de toute cette affaire« , formule excellemment la chose, Daniel Mendelsohn, page 121.

    …

    Ou :

    …

    « le plaisir en soi

    _ comment interpréter la traduction ? le français est ici, involontairement (probablement !) délicieusement équivoque : à côté, et au-dessous, du sens obvie d’ »à lui tout seul », vient en effet se glisser cette autre piste d’un « exclusivement à l’intérieur d’un soi » (qui serait comme une « forteresse »)… _

    est séparable de l’amour. »

    …
    « Au-dessus » du « bureau » de Daniel Mendelsohn, « se trouve _ en effet, encore _ une autre photo qui m’a donné l’impression de provoquer un écho en moi, à l’époque où je l’ai vue _ pour la première fois : en page d’un magazine. C’est une publicité pour des lunettes de soleil Armani ; et elle montre un jeune homme si parfait _ en l’image ! _ que, la première fois que je suis tombé dessus _ cela ne se recherche pas _, j’ai cessé de feuilleter le gros magazine que je tenais, le coin inférieur droit de la page serré dans ma main droite, et je me suis mis à la fixer. Comme il porte des lunettes de soleil, il est impossible de voir à quoi ses yeux ressemblent. Ça ne me dérange pas vraiment » _ remarque Daniel Mendelsohn, page 122…

    …

    Et il compare cela, page 123, avec le fait qu’« on ne voit pas les yeux sur la plupart des nombreuses photos qui sont postées sur les chats d’AOL (…). Ces photos ne montrent _ exposent, exhibent _ souvent qu’un torse, ou un corps  _ tronqué ; ou plutôt étêté ! _ depuis le cou jusqu’aux pieds ; ou parfois simplement le pénis en érection _ sont-ils photogéniques ? Le caractère incomplet de ces photos s’explique en partie par un désir de discrétion : certaines des personnes qui postent ces photos sont (…) bien connues dans les cercles étonnamment réduits qui constituent la société gay des grandes villes ; et, pour la plupart des hommes, l’embarras éventuel de se voir associé _ ah ! _ à la photo en ligne d’un corps exhibant une érection ne vaut pas une « séance de sexe », même géniale (sic). Ce qui m’intéresse _ et nous, lecteurs, à la suite de l’essayeur _ dans ces photos incomplètes (…), c’est le fait qu’elles ne semblent pas _ au « regardeur » _ vraiment incomplètes _ elles me paraissent parfaitement naturelles _ dit l’auteur, toujours page 123 _, comme est naturelle l’absence de regard du mannequin Armani » (sic).
    …
    Nous approchons ici du principal de l’analyse…
    …
    « Les visages _ poursuit-il _ m’ont l’air superflus ici : ce sont les corps _ les corps seuls, ajouterai-je, pléonastiquement ; des corps sans regards, ni visages : soit la pure et simple pornographie, rien moins… _ qui excitent _ soit une forme assez spécifique de « photogénie »… _ ;

    …

    les corps que, grâce à un entraînement _ exigeant et performant _ assidu, nous pouvons _ instrumentalement : telles des poupées ! ou des mannequins, en effet ! des professions à succès !.. _ façonner _ ce qui ne peut se faire (en rien !) de qui on aime (vraiment) !.. _ pour qu’ils se rapprochent d’une image _ de corps _ idéalisée,

    …

    bien mieux que nous le ferions avec nos visages _ qu’en est-il, cependant, des prouesses de la chirurgie esthétique ? sinon des techniques les plus sophistiquées (cf « Gorgias«  de Platon : 464 b – 465 c) du maquillage ? _ et leur idiosyncrasies _ singulières, donc _ récalcitrantes, faites de narines, de joues et de mâchoires. »
    …
    Avec ces inférences, page 124 :
    …
    « En lorgnant le garçon Armani sans regard _ because les lunettes noires (Armani !) _ et en passant tout à coup aux photos sans tête _ ni marques _ d’AOL,
    je me rends compte que le premier
    _ le garçon sur la photo _,
    qui cherche à provoquer une sublimation
    _ avec « déplacement« , dirait Freud _ (« Achète ces lunettes, c’est comme une baise fantastique »),
    est aussi gay dans son essence
    que les autres
    _ exhibés sur AOL _,
    avec leurs promesses sans ambiguïté de gratification sexuelle immédiate (
    « Appelle-moi, je te promets une baise fantastique »).
     »
    …
    Et ce en quoi il est « aussi gay«  _ sur l’écran d’Internet (chez soi) _ « que les autres« , selon Daniel Mendelsohn,
    « ce sont les lunettes de soleil, je m’en aperçois _ en y réfléchissant _ ;

    l’absence de regard chez lui. »
    …
    Car
    « sans le regard,
    il ne peut être un sujet ;

    …

    pas même le sujet de son propre regard désirant ;

    …

    il ne peut être _ donc, ou en conséquence d’un tel dispositif photographique (publicitaire) _ qu’un objet  _ ce qui peut et « reposer », et « amuser » (telle une absence ; ou un voyage-crochet _ ou « tourisme » _ auprès du désert du rien…) ; « qu’un objet«  de convoitise _ pour le désir des autres. »
    …
    Il se prête (ou s’expose : très momentanément !) au désir des autres _ et surtout sans jamais s’y donner ! ni durer…
    …
    Et Daniel Mendelsohn poursuit son analyse sur « la contenance » (froide) que se donnent ces provocateurs de désir, ou du moins d’érection :

    …

    « puisque c’est cette contenance que nous _ les gays _ adoptons, comme un masque _ en effet, et en permanence similaire, en ce « jeu » érotique _ quand nous allons dans des bars ou des boîtes :

    …

    un égocentrisme _ exclusivement tourné sur soi _

    tel qu’il n’exige rien de vous _ là c’est du « spectateur » « à attirer » (voire du lecteur qui participe à l’analyse par sa lecture) qu’il s’agit… _,
    si ce n’est que vous le regardiez. »
    …
    Et, cette « contenance » froide
    _ pour ne pas dire frigide (en même temps que « brûlante » pour qui s’y laisse prendre et entraîner : à « désirer ») _,

    …

    « c’est l’expression qui vous permet de ne pas être le sujet, celui qui désire, l’incomplet (!) qui regarde en silence
    _ nous ne sommes certes pas dans la version spinoziste, ou deleuzienne, du désir ; mais dans la version « désastreuse » platonicienne (du « Banquet »

    …
    _ sur les « désastres«  du désir, lire aussi le beau passage, par la professeur de Grec à Princeton, page 100, montrant « une longue liste établie par elle, alors qu’elle écrivait un article sur la manière dont les Grecs se représentaient Eros, le désir. La liste est un catalogue d’images du désastre : maladie, mort, douleurs, refroidissements, flammes, souffrances de l’esprit et du corps, pestes littérales et figurées, armes, conflagrations, flèches, poisons déluges, batailles, défaites. Ce sont les images que ces païens de Grecs invoquaient quand ils pensaient à Eros. Dans l’imaginaire hellénique de la haute période classique, l’amour est toujours une affliction«  _ qui dépossède de soi) _ ;

    …

    mais au contraire l’objet _ celui qui est parfait _ auto-suffisant _ et désiré _ par de malheureux désirants, page 124, donc.
    …
    Voilà qui me rappelle les étonnements de ma lecture, il y a plus de vingt ans, du très riche (et courageux !) « Journal romain (1985-1986) » de Renaud Camus (aux Éditions POL, en novembre 1987), en « découvrant » ses séances _ qui me paraissaient tellement répétitives _ de « baise » (homosexuelle) à Rome ; et qui retardaient tant la lecture _ délicieuse, elle, et désirée, recherchée (je suis un passionné des « trésors » de Rome !) _  des pages de « découverte » ravie des merveilles singulières, elles, des beautés sises, voire même (assez souvent) cachées, tout particulièrement, même si ce n’est pas exclusivement, dans des églises et des musées romains, aux horaires d’ouverture, les unes comme les autres, si anarchiques et peu prévisibles, que pouvoir pénétrer une (unique) fois en leurs antres (par exemple, lors d’une cérémonie de mariage ; ou de funérailles) faisait ainsi figure, sinon de « miracle », du moins de « grâce »…
    …
    Quant au passage (pages 125 à 128) sur le « Don Juan » gay, « un beau jeune homme _ et plus un « garçon » ! _ à l’esprit agile et à la carrière professionnelle brillante, qui couche avec un inconnu différent chaque soir, si possible » _ et cela l’est presque chaque fois _, il est encore plus significatif que celui de la photo du « mannequin Armani » :
    …
    « Ce pour quoi il vit _ mais oui ! on a bien lu ! _, ce qui _ lui _ rend le sexe intéressant et même fascinant _ et inlassablement _,
    c’est la nouveauté
    _ absolument nécessaire !!! _ de chaque partenaire _ si l’on veut : pour un objet ! pour un pur réceptacle de la matière du « getting off«  ! _, l’excitation _ idéelle ; idéaliste _ qu’il ressent une fois _ l’événement de ce savoir « dure »-t-il ? _ qu’il sait _ voilà ! le plaisir pur de se figurer !.. _ qu’il a séduit » _ non seulement qu’il a « eu » ou « possédé » (par son phallus) l’autre, mais qu’il le « tient » par le désir de l’autre de « revenir », voire de « rester »…
    …
    Et Daniel Mendelsohn d’ajouter, page 126 :

    …

    « Je pense souvent à ces hommes qui quittent son _ très bel _ appartement, ruisselants d’espoir ;

    et lorsque j’y pense,

    ce que je vois,
    c’est le regard étincelant d’excitation
    _ sadique, d’abord _ de mon ami _ si élégant : « délicat, intelligent, beau et doué » (page 125) _,

    …

    le scintillement de la certitude  _ jouissive (avec une part de sadisme, donc) _ infaillible qu’il les possède plus surement encore _ désormais, ainsi _ qu’au moment
    où il était sur eux,
    derrière eux,
    à côté d’eux,

    en eux » _ page 126 : Don Juan, vous dis-je ;
    le dilettante, par excellence.

    …
    Cela m’évoque « Le Problème du mal » d’Étienne Borne _ livre paru en 1958, et ré-édité aux « Presses Universitaires de France« , en janvier 2001 _, considérant le dilettantisme, l’avarice et le fanatisme comme « les trois figures essentielles du mal humain« , par le refus _ sévère, inexorable, impitoyable _ de la passion, cette « épreuve continue _ et infinie, elle !.. _ d’une vulnérabilité à autrui« , quand l’autre est vraiment réellement (= à cœur perdu ; c’est-à-dire donné ; sans rien de retenu et de gardé seulement pour soi) aimé _ car c’est comme cela que cela s’appelle ! _, comme l’analyse magnifiquement Etienne Borne, là…
    …
    Daniel Mendelsohn sait bien _ il le dit page 127 _ que « nous _ et il parle des gays, d’abord _ avons tous fait ce qu’il _ l’ami don juanesque _ fait : l’excitation de la séduction, le plaisir absolu, bref, certes, mais entêtant, de savoir qu’on vous veut« ,
    suivi _ immédiatement : à la minute ! _ de la fuite, du couper court (« to elude« ) ! :

    …

    « Il faudrait que je fasse le compte des garçons que j’ai moi-même fuis après les avoir possédés » _ et Daniel Mendelsohn d’en énumérer, non sans un brin de remords, quelques uns…
    …

    Car, « une fois que c’est fait _ le « getting off » ; l’orgasme, avec sa « chute » (de tension) post coïtum _, vous avez besoin _ voilà le seul terme adéquat, et non « désir » ! _ d’en avoir _ au sens qu’on interprètera _ un autre _ « au suivant ! » _ ;

    …

    quelqu’un d’autre, quelqu’un de différent _ tous sauf le(s) même(s) ! _ ;

    …

    et vous devez donc _ en un tel dispositif de fonctionnement : comparable aux parcours indéfiniment répétables (et répétés) des longueurs de bassin de la piscine ! _ supprimer _ le mot est terrible : de la liste des partenaires (-objets) possibles _ le garçon précédent,
    celui que vous mouriez d’envie d’avoir
    _ c’est fait ! et n’est ainsi plus « à faire » ! au lit ! _ la veille ;

    …

    vous devez
    le faire disparaître

    …

    parce que si vous le re-voyez _ et avez « r-affaire » à lui _,
    il sera un garçon particulier _ une personne singulière _,

    et non pas simplement Le Garçon _ une idée, une image mentale, une fiction,

    même si (nécessairement : « getting-off » oblige !) bien charnelle _,

    …

    pas simplement CE qui _ pas quelqu’un ; mais un quelque chose : un leurre du désir _ vous fait rester dehors toute la nuit, ou réveillé toute la nuit, ou en ligne toute la nuit
    dans l’espoir
    _ réaliste (= pragmatique), et qui s’ »avèrera » (= passera au stade de « réalisé »), en effet, le plus souvent, en un tel « jeu » (de manège)… _ que lui, comme tant d’autres, passera dans votre petit appartement _ et votre lit, et vos bras _ où le désir _ en ce « chez vous » _ ne concerne que « vous » _ et pas lui, ni quiconque : c’est dit noir sur blanc, page 128 _,

    …

    quelque chose _ et non pas quelqu’un, une personne, avec un visage _
    que vous contrôlez _ voilà : par votre intelligence et votre volonté ; votre habileté, votre ruse _,

    …

    quelque chose qui n’a rien à voir, en fin de compte

    _ le terme (de la traduction française, au moins !) est parfaitement adéquat ! _
    avec la personne

    _ où diantre se cache(-rait ici) pareil animal-là ?

    et nonobstant (ou en dépit de) la présence apparente (et tenable : charnue) de son corps... _

    …

    qui se trouve là, pour l’heure, dans la chambre. »
    …
    « Out ! »

    and « Off ! » ; « Away ! »
    …
    La page  juste avant celle (page 121) sur la répétition _ j’y reviens _,
    page 120, donc,
    …
    l’auteur avait émis cette thèse-ci :

    …
    « Pour beaucoup d’hommes gay _ et par conséquent pour les hommes en général, puisque la culture gay n’est rien d’autre qu’un laboratoire _ décomplexé, probablement _ où observer ce que devient la masculinité sans les contraintes imposées _ nous y voilà ! _ par les femmes :

    …

    le sexe, pour les hommes, est finalement _ « par nature », biologiquement, en quelque sorte, par un bien beau retour de l’idéologie « naturaliste » : « chassez le naturel, il revient au galop !«  _ séparable de l’affect.

    …

    Trios, cuir, orgies, jeux de rôles _ « jeux » : pour les gays, le sexe peut être séparé _ c’est tout l’art (du « Don Juan » : schizé !!!) ! _ du moi, du sujet.

    …

    Distancié, objectivé, il peut devenir en fin de compte esthétique

    _ ou une nouvelle légitimation idéologique.

    …

    Sur cette « esthétisation », lire avec profit l’excellent Yves Michaud : « L’Art à l’état gazeux _ essai sur le triomphe de l’esthétique« …
    …
    Sur le plaisir de la répétitivité, cette remarque encore, à propos de l’exercice de la natation en piscine _ pas dans l’océan, forcément : comment y « compter » quoi que ce soit ? _, pages 131-132 :

    …

    « Il y a quelque chose de profond et d’une familiarité inconsciente dans le plaisir de nager _ en piscine ! _ : le plaisir d’enchaîner _ oui ; avec « compteur » ! _ les longueurs de bassin » (…) ; soit « quelque chose qui ressemble à un mouvement, mais qui en fait ne va nulle part _ ce que, pour ma part et tout personnellement, si je puis me permettre de m’immiscer idiosyncrasiquement en ce commentaire, j’exècre et abomine !!! le comble de l’ennui… _ ; et c’est le plaisir de savoir _ plutôt que ressentir _ que les distances que vous parcourez _ en ce (petit) bassin géométrique _ peuvent toujours _ ad nauseam même, si cela nous « chante » _ être comptées en petites unités stables _ le prototype du cauchemar et de l’horreur pour moi ! _ à la répétition constante et réconfortante _ pour qui aime « compter », comme Daniel Mendelsohn (alors), dont le père, comme l’amie (« Rose ») sont, certes, mathématiciens !
    …

    « Le désir est un mouvement plutôt qu’un lieu« , énonce fort bien Daniel Mendelsohn, page 44. Mais ce mouvement-là poursuit souvent une chimère du passé ; dont l’auteur s’efforce ici de re-tracer en quelque sorte (« en amont ») l’archéologie _ de « garçon«  en « garçon« , en quelque sorte _, depuis un premier aimé et désiré _ P. : nous n’en connaitrons ici que l’initiale _ ; et qui l’a fui irrémédiablement, quelques années (d’ »amitié adolescente ») plus tard. Et P. était champion de natation… Mais P., aimé, était-il seulement un « garçon« , lui, le premier (et « modèle » de la « série » des « garçons«  ne l’ »équivalant », aucun, jamais…) ?..

    …

    « Quand il a atteint l’âge de quatorze ans _ en 1974 par conséquent _ « le garçon » qu’est lui-même le jeune Daniel Mendelsohn « écrit«  dans le « journal » qu’il « tient » « en cachette« , page 91 : « J’ai rencontré P. aujourd’hui, je crois _ ajoute-t-il immédiatement _ que nous pourrions devenir amis » ;

    …

    et, environ six mois plus tard, quand il souffre sévèrement de ce qu’il n’a pas encore identifié comme l’amour _ c’est dit _ : « Je refuse de croire que mon idée d’avoir un ami parfait soit, comme le dit Papa, de la « merde« . »

    …

    Mais aussi, page 101 :

    …

    « Dès que j’ai posé les yeux sur P., j’ai _ en effet, immédiatement _ su _ simultanément _ que c’était sans espoir (sic) ; que quel que fût l’endroit _ à l’autre bout du monde… _ où m’emportait mon désir, je n’y trouverais jamais (!) accomplissement ni bonheur... »

    …

    « Cela _ avec P. _ a _ cependant _ duré plusieurs années, jusqu’au début de la Terminale _ page 102 _ ; je me suis insinué _ le désir amoureux est puissant : il donne des ailes… _ dans sa vie, je connaissais ses amis, son emploi du temps _ les longueurs de bassin de piscine _, ses parents; comme si le fait de posséder ce savoir, de tout connaître de lui, me permettait d’en faire une reconstitution, de me l’approprier _ l’amour n’a pas de limites. Un jour, alors que je devais passer la nuit chez lui, je me suis soûlé ; et, comme nous parlions de ce dont parlent les adolescents quand ils dorment chez l’un ou chez l’autre, j’ai compris que je voulais lui faire violence, d’une manière ou d’une autre, que je voulais que l’intensité de mon désir pour lui, transperce _ enfin _ ou abatte les murs de son… de son quoi ? De son « moi », de son identité _ pas assez poreuse _, de ce qu’il était inévitablement et répétitivement. Mais, bien sûr, ça n’a pas marché. Il est demeuré toujours _ voire plus que jamais _ lui-même, distant et parfait _ sans moi… _ en quelque sorte ; comme si le fait d’être désiré était un accomplissement, une fin en soi _ pour lui _ ; et je suis devenu toujours plus moi-même _ = désirant ; et passionnément _ à force de le désirer.

    …
    Je pense que les choses auraient pu durer _ ainsi _ indéfiniment, mais il a commencé par sortir avec une fille que je connaissais bien. Je les observais en silence ; et même si mes yeux ne se voilaient pas, si mon ouïe ne se détraquait pas, si la sueur ne coulait pas sur mon corps pendant que je les regardais _ selon le modèle plus tard découvert du sublime « poème 31 » de Sappho _, même si je ne devenais pas plus vert que l’herbe _ idem _, je m’affaiblissais, je me renfermais sur moi-même ; j’étais de moins en moins capable d’être dans le monde _ celui qui est partagé ; et commun ; sous le regard des autres.
    …

    Il est venu me voir un jour et m’a dit que les choses devenaient _ par l’effet de contrastes nouveaux _ trop intenses ; qu’il ne me verrait plus jamais ; qu’il ne me parlerait plus jamais ;

    …
    et fidèle à sa promesse, il ne l’a _ très effectivement _ plus jamais fait ;

    …

    se détournait _ jusque là _ de moi quand il me voyait dans les couloirs, les salles de classe ou les cafétérias,

    avec une maladresse si transparente et si brutale

    qu’elle en tournait presque _ eh ! oui! _ à l’inverse, la tendresse _ que d’émois brûlants ! Et il s’en allait.
    …
    A ce moment-là, je me suis laissé aller à le détester ;

    ce qui faisait du bien,

    dans la mesure où l’aimer publiquement avait été interdit ;

    et le détester publiquement _ ou la part si puissante des autres (cf le chœur antique) en ces divers processus _ était tout à fait acceptable.
    …

    Je tournais en dérision ses intérêts, la natation _ la revoilà _, ses amis, ses cheveux _ blonds paille, décolorés par le chlore des piscines _,

    et j’amusais _ de ma carapace d’« ironie«  (à la Oscar Wilde) _ mes amis, auxquels j’étais désormais revenu,

    avec des récits _ de « connivence » retrouvée : à quel prix ! _ de mon séjour chez les barbares _ page 103.

    …

    Page 104 : « Le premier homme avec qui j’ai couché  _ « ce devait être pendant la semaine qui a précédé mon vingt-et-unième anniversaire, au début du printemps 1981 » _ en Virginie _ avait le même prénom que lui _ P..

    …

    Et nous savons depuis la page 31, à l’occasion d’une confidence : « la première fois que j’ai fait l’expérience de désirer un autre homme dont je savais qu’il me désirait aussi _ voici la nouveauté ! par rapport à P., au lycée de la banlieue de Long Island _, c’était à l’université. (…) Nous avions tous les deux dix-neuf ans _ c’était donc en 1979. (…) C’était dans une université du Sud _ à Charlottesville, en Virginie, page 30. (…) J’étais venu là , à l’université nichée dans les contreforts du Blue Ridge, parce que j’avais aimé, au lycée, un garçon _ P., donc _ qui venait de cet Etat, un garçon qui m’avait rejeté lorsqu’il avait compris _ ou après _ que je le désirais ; je pensais qu’en allant là-bas, à l’endroit d’où il venait, je pourrais le retrouver _ le mot est capital : « re-trouver le « perdu » (« the lost«  !) _, d’une certaine façon, absorber _ en soi _ une partie de lui. Je pensais qu’être dans _ déjà _ cet endroit, avec ses collines et ses élevages de chevaux, et la crête bleutée et brumeuse de la chaîne de montagnes au loin, me permettrait de découvrir _ thaumaturgiquement _ qui était ce garçon _ ce qui est une façon tout à fait profonde d’aimer ; page 31. Mais ce jour-là de 1979, la séquence n’aboutira pas (la rencontre sexuelle sera, par timidité encore, « éludée ») : ce n’est que deux ans plus tard, en 1981 donc, que Daniel Mendelsohn va (enfin ! et toujours en ce même campus de Virginie…) « coucher avec un homme« , prénommé, lui aussi, P.

    …

    Mais, page 111 :

    …

    « Il est possible de tomber amoureux _ par le processus que Freud nomme « déplacement«  _ de quelqu’un  parce qu’il a les cheveux _ blonds _, le prénom _ P. _ ou l’ascendance _ être de Virginie _ qui conviennent _ mais pas pour longtemps. La structure du fantasme que votre désir _ votre Inconscient (peut-être névrotique) _ impose _ alors, par « projection »/ »introjection » _ à cette personne,

    est vouée, à la fin, à exploser,

    puisque son identité réelle _ car elle existe bel et bien ; et résiste aux seuls fantasmes ! _ va finir par remonter à la surface et venir troubler l’image _ illusoire, cf Freud : « L’Avenir d’une illusion« … _ que vous vouliez _ ou plutôt que lui, votre désir fantasmatique, ici, « voulait » ! _ y voir.
    …

    Pour la plupart des gens, le fait que l’être aimé soit différent, le fait qu’il soit lui _ en son idiosyncrasie, peut-être _,

    est riche de possibilités ;

    …

    pour les autres _ comme l’auteur, semble-t-il, ici _, ce n’est pas le cas. Mais pour les autres, il y a _ toutefois _ des plaisirs différents,

    les plaisirs d’une profonde connaissance _ peu à peu _ de soi _ faute que ce soit de l’autre… _,

    la vision intérieure _ par la méditation intensive et suivie _ qui est plus claire _ oui ! _ que celle des _ seuls _ yeux,

    la capacité de capter _ grâce à la « focalisation » ; et la méditation intense et réfléchie (« critique ») _ le son émis _ et les paroles _ par les statues qui parlent.
    …

    J’ai couché avec beaucoup d’hommes _ dit alors Daniel Mendelsohn, page 111. La plupart d’entre eux ont une apparence _ physique _ bien déterminée _ un certain « type ». Ils sont de taille moyenne et ont tendance à être plutôt jolis _ plaisants à regarder. Ils auront probablement _ statistiquement _ les yeux bleus. Ils ont l’air, vus dans la rue, ou depuis l’autre côté de la pièce, un peu solennels.

    …

    Lorsque je les tiens dans mes bras,

    c’est comme si je tombais _ et littéralement _ à travers un reflet

    sur mon _ propre _ désir _ seulement _,

    …

    sur la chose qui me définit,

    sur mon moi _ page 112 ;

    et pas « dans » eux, ces « hommes« …
    …
    Un peu plus haut _ pages 110-111 _, parce que « il y a eu une période, à l’université, avant que je ne commence la marche et la chasse _ liées par Daniel Mendelsohn à l’homosexualité _, où j’ai eu des rapports sexuels avec des femmes, assez souvent » ;

    …

    de ces accouplements _ coïts _, je me souviens de ceci :

    …

    lorsque les hommes ont des rapports sexuels avec des femmes, ils tombent dans la femme. Elle est la chose qu’ils désirent, ou parfois redoutent ; mais en tout cas elle est le point final, l’endroit où ils vont _ to come = jouir…
    …
    Les hommes gay, eux, tombent, pendant le sexe, à travers leurs partenaires,

    jusqu’à eux-mêmes, inéluctablement » _ page 111.

    …
    …

    Un livre courageux et passionnant ; même si on peut s’irriter _ contre qui ? le Destin (l’Anankè) ? _ de voir le narrateur-auteur

    si peu

    rencontrer vraiment

    un autre : du moins avant la survenue de l’enfant Nicholas…

    …

    Sans négliger, non plus, un aussi puissant que discret

    formidable humour, sous cette plume, en cette voix

    de Daniel Mendelsohn… :

    …

    c’est donc non sans une certaine impatience

    que nous attendons de le lire à nouveau, l’écouter, le rencontrer nous parler…

    …
    Titus Curiosus, ce 8 février 2009

  • Interpréter _ magnifiquement _ la musique : Rameau (par Skip Sempé), Bach (par Bernard Foccroule)

    Deux grands disques, pour commencer l’année « de toute beauté » :

    …

    le « Toccaten & Fantasien fûr Orgel » de Jean-Sébastien Bach, par Bernard Foccroule _ sur le très remarquable Orgue Schnitger de la Martinikerk de Groningen : CD Ricercar 276,

    que présente Jérome Lejeune en sa très belle collection de musique ancienne, Ricercar, fondée il y aura vingt-neuf ans, cette année 2009 : en 1980 ;

    …

    et le « Rameau _ La Pantomime« , œuvres de Jean-Philippe Rameau, par Skip Sempé (et avec Olivier Fortin pour les pièces à 2 clavecins) _ sur un clavecin de Bruce Kennedy (« after 18th century French models« )  de 1985 ; et un clavecin d’Émile Jobin (« after 18th century French Models« ) de 1983, pour l’instrument sur lequel joue Olivier Fortin _ grâce à la courtoisie de Jean-Luc Ho : CD Paradizo PA005

    (accompagné d’un DVD de 18 minutes, pour l’interprétation de pièces d’Armand-Louis Couperin : « La Chéron » ; Jacques Champion de Chambonnières, une « Sarabande » ; et Pancrace Royer : « La marche des Scythes« , par Skip Sempé ; et de Rameau à 2 clavecins, par Skip Sempé et Olivier Fortin : « La Pantomime » et « La Cupis« , en un superbe hôtel parisien du XVIIIème siècle) ;

    Paradizo étant l’entreprise de disques qu’a fondée Skip Sempé en 2006.

    …

    Le programme du CD « Toccaten & Fantasien fûr Orgel » de Jean-Sébastien Bach, par Bernard Foccroule est remarquablement composé (= intelligemment choisi, sélectionné eu égard à l’impact de ces pièces sur la sensibilité) par l’interprète, Bernard Foccroule :

    …

    il « regroupe _ certes _ quelques unes des œuvres d’orgue les plus célèbres de J. S. Bach, ainsi que des fantaisies de choral » _ moins « célèbres« , par conséquent… Le point commun, cependant, entre toutes celles ici choisies, est que, « la plupart« , d’entre elles, du moins, « font apparaître l’influence de _ la flamboyante _ école nordique, en particulier de Buxtehude et Reinken ;

    …

    mais sous des formes très différentes _ et c’est là que le programme du CD est remarquablement constitué, par Bernard Foccroule _, selon qu’il s’agit de fantaisies de choral, ou des grandes formes libres«  _ ou de « stylus phantasticus »

    _ ô combien triomphant chez Buxtehude et Reiken !..

    …

    « Les quatre fantaisies de choral forment un groupe très homogène« , avance immédiatement Bernard Foccroule dans la présentation de son programme, page 5 du livret. Non seulement « on considère généralement qu’elles ont été composées entre 1705 (date du séjour de J. S. Bach _ qui a tout juste vingt ans alors _ auprès de Buxtehude à Lübeck) et 1710« , « mais la découverte récente d’un manuscrit copié par le jeune Bach en 1699-1700 _ il a alors quatorze-quinze ans à peine _ et contenant deux des plus grandes fantaisies de choral de Reiken et Buxtehude, prouve que le jeune musicien fréquentait cette _ immense !!! _ musique dès l’adolescence.« 

    Bernard Foccroule en déduit que « il n’est donc pas exclu que ces quatre fantaisies de choral aient été écrites un peu plus tôt, soit entre 1700 et 1707 » _ par un compositeur d’à peine quinze-dix-sept ans…

    …

    La caractéristique dominante de ces fantaisies de choral

    est l’importance, pour la musique, du contenu spirituel  de ces chorals luthériens ;

    …
    ainsi, pour la « Fantasia super « Wo Gott der Herr nicht bei uns hält« , BWV 1128,

    le motif de la détresse d’« un possible abandon de l’homme par Dieu«  ;

    et « la pensée musicale s’attache à suivre de très près le sens du texte«  ;

    car « la plupart des grandes fantaisies de choral d’Allemagne du nord nous proposent une réflexion musicale et théologique sur le sort tragique de l’humanité, une humanité qui serait déchue et privée d’espoir si elle ne pouvait compter sur la Grâce divine, incarnée par le sacrifice du Christ«  _ qui fait tout le sens (page 7).

    « Il s’agit donc d’une représentation du monde très dramatique, à la fois sombre et lumineuse, extrêmement pessimiste et _ aussi _ non dénuée d’espérance.« 

    Et « la force de la musique de ces grands maîtres _ du jeune Bach _ est précisément de faire ressentir simultanément _ le Baroque est fondamentalement oxymorique _, mieux que ne le pourraient faire tous les discours, l’intensité du drame humain et le caractère miraculeux du Salut,

    dans une dialectique _ renforcée par l’extrême de la violence du monde ! _ où chacun des deux termes s’oppose à l’autre et le renforce… »

    …
    « Bien qu’elles appartiennent au genre des « pièces libres »,

    et qu’elles soient à ce titre dépourvues de toute référence littéraire,

    les Toccatas et Fantaisies de Bach sont des œuvres profondément influencées _ elles aussi _ par l’art rhétorique. »

    …
    Par exemple, la « Fantaisie en sol mineur » BWV 542 « frappe par sa puissance expressive ainsi que par la clarté de son discours _ page 9. Celui-ci s’articule sur deux idées musicales parfaitement contradictoires qui sont proposées à tour de rôle, approfondies, et finalement magistralement synthétisées. Les recherches harmoniques et enharmoniques dépassent ici tout ce que la littérature d’orgue avait produit avant Bach. »

    …
    Ou : « la « Passacaille en ut mineur » BWV 582 est un autre monument insurpassé »

    _ et « on sait que le jeune Bach copia la « Passacaille » et les deux « Chaconnes » de Buxtehude« …

    …

    Bernard Foccroule commente _ page 10 _ ainsi :

    …

    « Bach rejoint ici la tradition médiévale de l’œuvre musicale conçue comme reflet de la perfection de la Création. La musique est discours, certes, mais ici elle se rapproche davantage de l’architecture :

    chaque détail nourrit la forme globale, chaque variation est un microcosme  qui contient en puissance la matière de l’ensemble, de la même manière que l’œuvre elle-même renvoie à un macrocosme qui nous dépasse infiniment.« 

    …

    Ce pour quoi je me permettrai de renvoyer aux analyses de Gilles Deleuze, quant au « pli » baroque

    _ in « Le Pli : Leibniz et le Baroque » (en 1988) :

    …

    Jean-Sébastien Bach (1685 – 1750) est aussi un contemporain de Leibniz (1646 – 1716)…

    …

    Un disque (Ricercar) impressionnant à l’écoute :

    la puissance de bonheur de Bach

    est dans l’affirmation de la plénitude de sa foi…

    …

    Mais c’est à un tout autre univers

    _ « poïétique », dirai-je ;

    ou de « génie », musical et poétique à la fois… _

    …

    que nous convie l’œuvre, toute d’esprit _ wit ! _ français, elle,

    de son, pourtant, très exact contemporain, Jean-Philippe Rameau (1683-1764) ;

    …

    et plus encore telle que

    le génie singulier (d’interprète) de Skip Sempé

    nous la donne _ magnifiquement ! _ à entendre ici,

    en des aspects décisifs du propre « génie » singulier de créateur de musique

    de Jean-Philippe Rameau !

    …

    Ici encore, le livret de ce CD (Paradizo) est remarquable

    _ serait-ce un trait (neuf ?) de ce temps-ci ?.. _ ;

    …

    et sous la « forme », cette fois, d’une « interview« ,

    par un questionneur non nommé _ Skip Sempé lui-même ? _ ;

    qui met excellemment en évidence

    ce que l’on pourrait qualifier de « la modernité audacieuse »

    et « piquante »,

    de Rameau,

    …

    par rapport, par exemple, à un certain « traditionalisme« 

    _ dans les nuances infiniment délicates du camaïeu des « sentiments » _

    attribué par Skip Sempé à François Couperin (1668 – 1733), « préférant « ce qui le touche à ce qui le surprend ! »

    …

    _ et on n’est certes pas sans savoir l’admiration (et réciproque, qui plus est !) de Jean-Sébastien Bach et François Couperin… _ ;

    …

    « modernité audacieuse » _ et « piquante » _ que choisit ici de faire

    résonner sous ses doigts

    de claveciniste

    …

    _ ainsi que ceux de son tout aussi excellent « compère » Olivier Fortin,

    pour des « adaptations » « à 2 clavecins » des « Pièces de clavecin en concert » :

    dans une formation d’« accompagnement » du clavecin par le violon

    _ comme chez Jean-Sébastien Bach ; ou Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville (1711 – 1772) _ ;

    …

    violon auquel Rameau vient « ajouter » une viole de gambe

    (ces « Pièces » ont été publiées en 1741, Skip Sempé le rappelle, page 17 du livret ;

    « les instruments mélodiques servent à amplifier les traits et les intentions harmoniques/mélodiques de la partie de clavecin obligé« )…

    …

    Bref,

    ce sur quoi je désire orienter l’attention,

    c’est sur la vitalité et l’inventivité même de composition _ improvisatrice _ de Rameau,

    que Skip Sempé tâche _ et réussit excellemment, comme jamais _ à faire ressentir ici, par son jeu même :

    …

    ne « citer » que « la mélodie, l’harmonie et le rythme« 

    paraît « terriblement » insuffisant à Skip Sempé _ page 18 du livret… ;

    et bien trop « académique«  :

    …

    il le précise ainsi,

    même si la traduction en français de l’original anglais laisse parfois un peu, beaucoup, à désirer… :

    …
    « Citer ces trois éléments est devenu populaire (!) au XXème siècle, car c’était une façon académique (!) de faire référence à l’information (!) qui est « imprimée sur la page » d’une partition musicale.

    La mélodie et l’harmonie sont importantes,

    mais ce à quoi on se réfère en tant que « rythme » est maintenant devenu simplement prévisible _ hélas ; et c’est bien peu dans l’esprit (et « génie ») français, cela !.. _, inflexible _ a fortiori !.. _ ou « métronomique » _ le pire ! au pays des « notes inégales » !..

    …

    Or ce n’est pas le concept de rythme,

    mais celui de « timing »

    qui est important à comprendre et à cultiver.

    …

    On doit aussi ajouter le timbre, et le langage,

    à la liste de ce qui est important pour une interprétation musicale réussie. »

    …

    Or « de nombreux critiques et commentateurs du XXème siècle ont considéré que le « timing » et le timbre étaient trop « personnels »,

    la subjectivité dans la musique classique était considérée comme « malsaine ».

    …
    La raison pour laquelle l’interprétation baroque a été déformée par l’idée

    _ ou « idéal » revendiqué comme « norme » ! _

    de « non interprétation »

    est claire :

    si tout le monde a le même son,

    alors personne ne peut saisir la différence entre un interprète et un autre.

    Cela produit une sorte de « joliesse » _ oui ! _,

    pas un concept (!) très attractif en art…

    …

    Le texte est une chose,

    mais l’improvisation, la transcription et l’interprétation créative en sont une autre.

    …
    L’interprétation est inévitable.

    Achever l’œuvre de la nature

    est un des plus sains et des plus grands défis« …

    …
    Bref,

    cet enregistrement par Skip Sempé de Rameau,

    est à placer dans l’ordre des grandes réussites d’interprétation du « génie » baroque ;

    …

    par exemple les Bach et les Scarlatti

    _ et aussi, dernièrement, le François Couperin ! _

    du très grand Pierre Hantaï…

    …
    Un magnifique CD

    qui nous approche

    de ce que fut

    _ et demeure, sub specie æternitatis : c’est à dire au plus vif du vif d’un vivant ! _

    un des plus grands « génies » de l’esprit français,

    Jean-Philippe Rameau…

    …
    Titus Curiosus, ce 2 janvier 2009

    …

    P.s. :

    Sur le concept de « génie » (en Art),

    on peut lire l’analyse de Kant (1724 – 1804),

    en sa « Critique de la faculté de juger » (« Analytique de la faculté de juger esthétique« , en 1790)…

  • musiques d’intimité (suite) : du noté à la réalisation _ « retrouver les couleurs sonores » d’un « pays » quitté

    A propos du CD : « Manuscrit Susanne Van Soldt _ Danses, chansons & psaumes des Flandres, 1599« , par Les Witches (CD Alpha 526).

    …

    En complément à l’additif à mon article récent à propos des musiques « terminales »,

    concernant les musiques « de l’intimité »,

    …

    le CD « Manuscrit Susanne Van Soldt _ Danses, chansons & psaumes des Flandres, 1599« , par Les Witches (CD Alpha 526) vient apporter un fort intéressant éclairage historique, en plus _ et d’abord ! _ d’une interprétation magnifiquement pleine de vie…

    …

    Car si le manuscrit portant le nom de la jeune fille (d’origine anversoise : Susanne Van Soldt) qui avait noté « à l’encre et à la plume » ces « psaumes« , ces « chansons » et ces « danses » des pays de Flandres _ que sa famille (anversoise) et peut-être elle-même (si elle était alors née) avai(en)t dû quitter pour causes d’effoyables guerres et persécutions religieuses _,

    …

    car si ce manuscrit, donc,

    était bien connu du cercle _ assez restreint _ des musicologues

    ainsi que des musiciens

    familiers (à l’étude et/ou au concert) des musiques de cette période (de fin de la Renaissance) ou de ces territoires des confins (méridionaux) néerlandais ;

    …

    la plupart

    _ à commencer, déjà, par les interprètes musiciens eux-mêmes :

    quelque chose devant s’en entendre

    (ou plutôt devant « manquer » d’être effectivement entendu _ perçu et compris ;

    …

    et sans qu’on en ait, le plus souvent, conscience, la plupart du temps

    pour la plupart de ceux des auditeurs, en aval, qui n’ont pas une oreille assez avertie pour ressentir et repérer,

    en aval, donc,

    un tel « manque »… _

    …

    faute d’avoir été, « cela »,

    en amont,

    effectivement « repéré », « compris » et assimilé et « incorporé », dans l’interprétation physique de ce qui était écrit ; puis lu :

    par les interprètes, qui nous restituent, à nous, auditeurs, en aval donc, les couleurs des sonorités physiques de cette musique

    telle qu’elle dût jaillir du « génie » de ses auteurs _ compositeurs : divers, et populaires, à foison, ici _ ;

    et qui, quelque jour, un jour, fut « notée »…)_ ;

    …

    la plupart, donc, des « connaisseurs » de ce manuscrit

    et interprètes

    _ y compris au disque : ainsi le récent CD interprété sur virginal par Guy Penson (« The Susanne van Soldt Virginal Book (1599)«  CD Ricercar 264) _

    de la musique qui y était « notée », écrite (« à l’encre et à la plume« )

    n’y « entendaient »

    _ et donc n’en donnaient à « entendre » (au double sens d’écouter et de comprendre, aussi) _

    que des « transcriptions » pour clavier

    …

    à la portée d’un _ ou d’une _ interprète, par exemple « amateur »

    _ apprenant à jouer, par exemple… _,

    plus ou moins néophyte _ telle que pouvait être la jeune Susanne Van Soldt elle-même,

    âgée, semble-t-il, de treize ans (s’il s’avère bien qu’elle est née en 1586, comme des recherches en justifient l’hypothèse) ;

    …

    et des « transcriptions »

    d’intérêt guère plus qu’ »ethno-musicologique », en quelque sorte (voire « folklorique »),

    ou que « technique »

    _ tant pour « se faire les doigts »,

    que pour s’initier à _ ou « assimiler », « s’incorporer » _ un style

    (le style disons, ici, « de la Renaissance tardive »,

    juste avant l’éclosion

    _ italienne : à Mantoue, et puis bientôt Venise, avec Claudio Monteverdi

    _ dont la discographie d’excellence est très heureusement riche _ ;

    à Florence, avec Giulio Caccini

    _ cf le très bel enregistrement de son « Euridice« , par « Scherzi Musicali », sous la direction de Nicolas Achten, au théorbe (CD Ricercar 269) _

    et Jacopo Peri, autour de la Camerata Bardi ; ainsi qu’à Rome, avec Emilio De’ Cavalieri

    _ cf l’interprétation merveilleuse des « Lamentations » (« Lamentationes Hieremiae Prophetae« ) du « Poème Harmonique » dirigé par Vincent Dumestre : CD Alpha 011)  :

    qu’on se précipite sur les enregistrements disponibles de ces « génies » si poétiques !… _;

    …

    juste avant l’éclosion, donc, de

    ce qu’on va _ bien a posteriori, toujours !.. _, nommer

    le style « baroque » musical) ;

    …

    des « transcriptions » d’intérêt « ethno-musicologique » ou « technique », donc,

    bien davantage _  hélas, alors _ que d’un « intérêt » _ ou d’un « goût, sinon même  ! _ véritablement musical…

    Même si le pire n’est _ heureusement _ pas toujours le plus sûr…

    …

    Or, l’éditeur (discographique : créateur et directeur _ = « âme » _ d’Alpha Productions) Jean-Paul Combet, qui lui-même avait « pratiqué » ce « cahier de musique » en des temps d’exercices « personnels » de divers claviers _ dont celui de l’orgue _,

    l’avait « entendu », de sous ses doigts mêmes, « d’une tout autre oreille » ;

    …

    et, qui plus est, sans jamais l’oublier _ perdre de vue (en l’occurrence, d’ »oreille ») _,

    comme tout ce qui peut « marquer » précisément une « âme » ;

    et lui imprimer, pour jamais, un pli…

    _ sur le pli, lire Deleuze : « Le pli : Leibniz et le baroque« …

    …

    Ainsi ces musiques « notées » en son cahier personnel, ou familial, par la jeune Susanne Van Soldt,

    continuaient-elles de lui trotter « dans » quelques recoins un peu reculés, enfouis, perdus des (riches, à proportion d’une « culture » incorporée) labyrinthes de « la tête »,

    l’amenant à « penser » qu’il ne s’agissait pas là

    de musiquettes « réduites »

    pour des pièces (de clavier) un peu simples, voire « simplettes », pour jeune fille claviériste _ de treize ans ? _ « se faisant les doigts », à l’épinette (ou « virginal« ), à ses « heures perdues »,

    en quelque intérieur

    _ à la Vermeer : comme, en leur radieuse « présence », ces « intérieurs« -là, de Vermeer, se « voient » ! _

    « bien tenu » :

    …

    à Londres, désormais, pour la jeune Susanne

    (la Londres d’Elizabeth Ière, en 1599 :

    dont le fier règne s’est étendu du 17 novembre 1558,

    _ à la mort de sa sœur Marie Tudor, dite la sanglante _ « Bloody Mary » _,

    au 24 mars 1603, quand la « reine-vierge » meurt à son tour, au palais de Richmond ) ;

    …

    à défaut de l’Anvers que venait de « prendre » _ le 17 août 1585, après un terrible siège d’un an _ et « ré-occuper » les troupes espagnoles d’Alexandre Farnèse, au service de Philippe II _ puis, sous d’autres généraux (Farnèse, lui, meurt le 2 décembre 1592), du roi son successeur, Philippe III, sur le trône d’Espagne,

    puisque Philippe II vient de mourir à l’Escorial, le 13 septembre 1598 ;

    …

    en fait, Philippe II a choisi de laisser le trône des Pays-Bas à sa fille aînée (adorée) l’archiduchesse Isabelle (1566-1633) qui épouse

    _ la cérémonie se déroulera à la cathédrale de Valence le 18 avril 1599,

    conjointement avec la célébration « royale » du mariage de son frère cadet, le tout nouveau roi Philippe III, avec sa cousine l’archiduchesse Marguerite d’Autriche _ ;

    …

    Philippe II a choisi, en son testament, de laisser le « trône » des Pays-Bas (à Bruxelles) à sa fille aînée (adorée) l’archiduchesse Isabelle, donc, qui épouse

    ce 18 avril 1599 son cousin Albert de Habsbourg, fils de l’Empereur Maximilien II _ et gouverneur des Pays-Bas depuis le 11 février 1596 : leur règne sera _ du moins est-ce ainsi que les historiens le « reconnaissent »… _ paisible et de prospérité…

    …

    A la capitulation d’Anvers, l’automne 1585, la ville se vide de presque la moitié de la population, qui quitte  _ et s’expatrie, pour toujours, de _ la ville (et du pays) occupé(s), et cela pour des raisons de pratiques confessionnelles absolument proscrites.

    La famille de Susanne Van Soldt fit partie _ à quelle date ? dès 1585 ? l’année suivante ? un peu plus tard ?.. _ de ces « 40 % » d’émigrants-là, de Flandres,

    « fuyant » son « pays »

    « pour échapper aux folies d’une époque en proie aux pires persécutions religieuses« , écrit Jean-Paul Combet en sa courte présentation du CD, page 3…

    …

    Les « Pays-Bas » du Sud vont demeurer _ et pour longtemps : jusqu’aujourd’hui !_, « séparés » des « Provinces-Unies » du Nord _ nées de l’ »Union d’Utrecht« , le 5 janvier 1579 ;

    et dans le giron, eux, de l’église catholique et romaine

    qui fait triompher, par toute la « culture » et dans les Arts (de ce qui deviendra en 1830 « la Belgique »), le style dit « baroque »

    (de la Contre-Réforme, reconquérante, désormais :

    …

    ce n’est qu’en 1648 que le Traité de Westphalie viendra _ à peu près _ mettre un terme (grâce à un accord sur le principe simple : « cujus regio, cujus religio« ) aux pires exactions de ces si longues et si destructrices « guerres de religion« , qui,

    d’avoir mis l’Europe « à feu et à sang »,

    l’ont « saignée à blanc »…) :

    …

    ainsi la ville d’Anvers est-elle peut-être d’abord pour nous

    la cité de Pierre-Paul Rubens (1577 -1640), le « magnifique »…

    …

    _ soit un exact contemporain, anversois à Anvers (et de par toute l’Europe, diplomatiquement)

    de Susanne Van Soldt, anversoise de Londres, elle…

    …

    « Vers 1599« , la date approximative d’attribution par les musicologues

    de la rédaction « à l’encre et à la plume » par Susanne Van Soldt de son cahier manuscrit de musique,

    cela faisait quatorze ans que le pays natal (Anvers) avait été quitté,

    peut-il se calculer…

    …

    Et Susanne a treize ans.

    …

    Lui _ Jean-Paul Combet, donc _ « y » (= la musique « notée ») « entendait » un peu plus qu’une « réduction pour clavier »… ;

    ou plutôt, il assignait à cette « réduction pour clavier » une fonction tout autre _ et de plus d’ampleur _ qu’une interprétation « solitaire » : rêveuse et mélancolique ; sur un virginal, ou épinette ;

    …

    je le cite, toujours à la page 3 du livret du CD :

    …

    « Le matériau musical semble a priori _ c’est-à-dire « apparaît » ; et antérieurement à (la pratique de) l’expérience _ modeste ; des pièces dans l’ensemble faciles à jouer au clavier pour une très jeune exécutante« …

    …

    Rien moins, cependant, en fait, que tout un « matériel » (de base) pour (pratiquer _ à plusieurs ! _ des) « musiques d’ensemble d’intimité » festives ;

    …

    c’est-à-dire des musiques pratiquées festivement en famille

    _ et avec un cercle élargi d’amis (flamands) _,

    par un ensemble _ ou consort (en anglais) _ de « voix », tant instrumentales que vocales _ selon les pratiques dominantes du temps ;

    …

    loin de « pièces pour concert » de cour (et solistes virtuoses)

    que privilégient aujourd’hui _ et pratiquent _ les interprètes _ au concert comme au disque _ récitalistes ;

    …

    et que,

    en « aval »

    de cet « amont » (des concertistes),

    « connaissent » seulement ceux qui n’ont _ indirectement _ accès, par ricochets en quelque sorte, qu’au disque ou au concert,

    sans pratiquer eux-mêmes, et avec d’autres (des amis musiciens, pour le seul plaisir de « jouer » ensemble ; et pas de « se produire en concert » devant d’autres), cette musique (de « consort ») « à jouer »…

    …

    Un répertoire idéal pour « Les Witches » : auxquels (l’éditeur _ des CDs Alpha) Jean-Paul Combet les a « proposées » :

    …

    « Il fallait la touche de magie des Witches pour rendre _ restituer le dû ! _ à ces réductions

    _ car voilà bel et bien ce qu’ »étaient » ces pièces (et leur « fonction » éminemment pratique ! A re-déployer dans toute leur ampleur !!!) _

    leur dimension

    _ collective festive (dans le cadre familial, restreint ou élargi : à d’autres anversois et flamands immigrés, eux aussi, à Londres !!! et qui n’oubliaient pas d’où ils venaient…) _

    première,

    spirituelle pour les psaumes à jouer « ès maisons »,

    ou quasi obsessionnelle pour les branles & rondes à danser

    « sans rien dire », cela va de soi »

    _ Jean-Paul Combet a commencé cette préface en citant, en exergue, la chanson inoubliée de Jacques Brel

    (dont on célèbre le 9 octobre, dans quatre jours, le trentième anniversaire de la disparition :

    de nombreux Cds _ de commémoration… _  sont déjà disponibles sur ce marché _ « vendeur » et légitime, pour une fois… : pour ceux qui voudraient se faire une cure revigorante de « Brel » _ et sa formidable « présence » !…) :

    …

    « Les Flamandes dansent sans rien dire…« …

    …

    Musique sacrée, musique profane ; les deux volets de la musique d’alors _ en son intimité ;

    et pas une musique de concert, pas une musique de cour…

    …
    Et les Witches, ce sont

    l’orgue positif _ d’inspiration germanique _ Quentin Blumenroeder, le cistre _ d’après un modèle italien du XVIe siècle _, le virginal double (muselaar et muselardon _ ou « child virginal« ) d’après Rückers, de Freddy Eichelberger ;

    le violon _ italien (école de Brescia, XVIIe siècle) _, d’Odile Edouard ;

    les flûtes à bec soprano _ d’après un instrument du château de Rosenborg (Danemark) _, alto _ d’après Ganassi _, ténor _ le premier, d’après Rafi, le second, d’après un anonyme du musée de la musique à Paris _, les flûtets à trois trous, de Claire Michon ;

    la base de viole _ « le roi David« , d’après un modèle anglais _, de Sylvie Moquet ;

    ainsi que le luth Renaissance, la guiterne, de Pascale Boquet ;

    auxquels ont été joints , amis invités,

    pour cette fête de musique,

    la cornemuse du Poitou, de Mickaël Cozien ;

    le rommelpot (ou tambour à friction flamand), le tambour catalan, le tambour à cordes, les tambours sur cadre (Daf de Syrie, Daf de Turquie), les grelots (d’Inde), de Françoise Rivalland ;

    et l’orgue Brabantsche Rond et le muselaar (ou « mother virginal« ), de Sébastien Wonner :

    …

    soit une bien belle réunion d’instruments

    et d’instrumentistes-musiciens « sorciers » (tous « witches« …)

    pour cette « fête » flamande londonienne, de 1599…

    …

    Jean-Paul Combet remarque aussi combien, dans les « peintures flamandes du XVIIème siècle » _ en commençant, peut-être par celles des Breughel, père et fils _,  « la fête est presque toujours empreinte de sérieux sinon de gravité« …

    …

    Aussi « imagine« -t-il « ainsi _ au présent de l’indicatif, désormais _ Susanne, cette petite fille flamande _ expatriée (= immigrée) à Londres _

    dont nous ne saurions rien si elle n’avait copié dans son _ intime _ cahier de musique les danses & chansons qu’elle aimait,

    joyeuse et grave,

    …

    retrouvant en Angleterre sur le pupitre de son virginal _ ou épinette _

    les couleurs sonores de son pays natal« …

    …

    L’affaire

    (de la « réalisation » physique sonore _ pardon de ces pléonasmes ! _

    ainsi que musicale _ quant à l’interprétation _

    à l’enregistrement du CD ainsi qu’aux concerts !)

    prit son temps ;

    …

    mais fit, peu à peu, son chemin _ en les interprètes invités, soient les Witches, à s’ »y » pencher quelque peu dessus _ ;

    et vient d’aboutir à ce disque si riche de vie,

    si magnifiquement (et justement) coloré

    (ce CD Alpha 526 « Manuscrit Susanne Van Soldt _ Danses, chansons & psaumes des Flandres, 1599« ) ;

    …

    ainsi qu’à des concerts _ festifs, comme cela se doit tout particulièrement pour ce répertoire ! _,

    notamment à celui de l’Académie Bach d’Arques-la-Bataille, ce mois d’août 2008 :

    …

    interprétations-réalisations sonores et musicales assez éblouissantes en leurs pulsations

    afin de ressusciter des phrases _ tant musicales, que celles des psaumes eux-mêmes ; mais aussi des chansons _ qui n’attendaient _ depuis un peu longtemps, peut-être _ que cela, pour se dés-engourdir ;

    et danser ;

    chanter ;

    retentir de nouveau…

    …

    Ce quon peut attendre d’une interprétation musicale : faire résonner, retentir, mais aussi faire ressentir les moindres nuances d’accentuation, de ce qui une fois fut « noté » sur papier ; fut écrit…

    On sait bien que tout n’est pas écrit, en musique ;

    surtout en ces temps-là…

    …

    En tout cas, le Cd nous les donne (= les « rend« , les « restitue »),

    ces phrases qui parlent, qui chantent, qui dansent bien haut,

    en leur rythme syncopé _ ce qu’il faut, « sur le vif » !.. _

    et fraîcheur native ;

    …

    comme il se doit pour toute musique interprétée (= « jouée »), bien sûr !!!

    …

    Pour finir, je dois encore témoigner du formidable succès des Witches au concert,

    de la jubilation des publics,

    et de la joie personnelle de l’initiateur de ce CD Alpha 526…

    …

    Titus Curiosus, ce 5 octobre

  • L’agudezza du temps juste : art rare et ô combien précieux !

    Sur un très joli petit livre  : « Léonard et Machiavel« , de Patrick Boucheron, aux Éditions Verdier, en juillet 2008,
    au style particulièrement enlevé,
    précis dans la richesse (on ne peut mieux documentée) de ses détails
    érudits et parfaitement judicieux :
    sur l’art _ et le terme est grossier _ du temps juste, tempo giusto ;
    …
    et tout à fait élégant d’écriture
    _ un beau plaisir de lecture,
    associé à la parfaite justesse de la précision de la connaissance
    de ces deux grands esprits, on ne peut mieux originaux,

    et « géniaux » ,

    en leurs déjà divers et multiples genres,
    chacun d’eux, Nicolas (Machiavel) et Léonard (de Vinci) _ ,
    …
    sur la rencontre
    _ en plusieurs occurrences de temps
    (entre juin 1502 et mai 1506)
    et de lieux (Urbino et Florence surtout,
    mais aussi, et entre autres, Imola, Cesena, le siège de Pise)  _
    de deux génies d’une parfaite finesse _ agudezza _ (de vue)
    Nicolas Machiavel, l’auteur du premier grand traité politique moderne _ « Le Prince«  écrit par lui en 1516 _,
    et Léonard de Vinci, génie polyforme, mais sans doute d’abord du trait de dessin du pris au vif…
    …
    un livre sur l’art des détails justes _ en politique
    (ou art de la prise, dans la guerre de mouvement, de « surprise » foudroyante de l’adversaire, trop lent, lui, trop engoncé en ses habitudes)
    comme en « ingénierie »
    : efficaces quant à leur prise (et saisie, donc) sur le « réel »…

    …

    Une affaire, toujours, de « rythme »…

    …

    Je cite, page 64 :
    « Vont-ils se parler ? Léonard de Vinci a rejoint César Borgia à Imola depuis la fin de l’été _ 1502 _, et Machiavel ne quittera le Valentinois que le 23 janvier 1503.
    Les voici enfin
    _ pour l’enquêteur qu’est Patrick Boucheron _ réunis,
    et pour de longs mois.
    Mais pourquoi dire enfin ?
    Qui s’en impatientait, sinon peut-être
      _ dit finement l’auteur _ le lecteur de cette histoire ? Machiavel et Léonard de Vinci se sont certainement rencontrés, longtemps,
    ils se sont très certainement parlé, souvent
    _ nous allons, nous aussi, le découvrir, en cette enquête minutieuse, qu’est ce petit livre de 153 pages…
    …

    Les échos de ces conversations se retrouveront, plus tard, dans des projets communs

    _ une entreprise (titanesque ?) de dérivation de l’Arno en amont de Pise (qu’il faudrait prendre, ou « noyer »…) ;

    la décoration (célébrissime : représentant « la Bataille d’Anghiari« , commandée par le gonfalonnier de justice _ à vie _ Piero Soderini) de la salle du Grand Conseil du palais de la Seigneurie, à Florence _

    qui ne seraient guère compréhensibles sans cette connaissance préalable qu’ils firent l’un de l’autre«  _ c’est là la base du très joli travail de Patrick Boucheron ici.

    …

    « Il y sera aussi question de fleuve et de fortune,
    de guerre et de pouvoir,

    de la façon de voir le monde tel qu’il est

    _ et combien c’est là un exploit rare, car si difficile  !.. _
    et d’en saisir le rythme« 

    _ voilà bien le point décisif (vital, ou mortel, comme on voudra dire) !

    …
    Soit un livre sur « la nouvelle qualité des temps«  _ en ce tournant (juin 1502 – mai 1506) entre Quattrocento et Renaissance : cette belle expression de Patrick Boucheron
    se trouve _ et détaillée _ page 50.
    …
    « Nul fragment du monde n’est négligeable pourvu qu’on le regarde intensément« ,

    peut-on lire page 25 :

    une parfaite citation
    pour illustrer ce que j’appelle
    , quant à moi, en mon petit « atelier » (de ce blog),
    ma méthode « attentive intensive » ;

    méthode (d’attention) dont je trouve, aussi, le modèle (intensif) chez un Montaigne…

    …

    Un livre _ sur la curiosité et la recherche _ à lire avec beaucoup de plaisir,

    et même de joie (pure),

    …

    Titus Curiosus, ce 30 septembre 2008