Étiquette : singularité

  • Ce qu’apporte la lecture attentive du texte de Diderot, dans « Jacques le fataliste et son maître », à la comparaison des visions des films d’Emmanuel Mouret et Robert Bresson, mettant en images, en couleurs en 2018, et en noir et blanc en 1945, le récit de l’histoire de Madame de La Pommeray et du marquis des Arcis ; et du « saugrenu » et sublime mariage de celui-ci…

    Afin de remplir le programme de questions que je m’étais fixé en mon article d’hier « « ,

    …

    après plusieurs lectures et relectures attentives du texte de Diderot _  _, aux pages 133 à 216, de l’édition Folio classique 763 de « Jacques le fataliste et son maître », en 1973, par l’excellent Yvon Belaval (1908 – 1988) ;

    ainsi que sa reprise dans le Folio classique 6556 de  , en 2018 ;

    …

    ainsi que le revisionnage, à nouveau, du « Mademoiselle de Joncquières » si réussi d’Emmanuel Mouret en 2018,

    …

    …

    voici donc ce jour quelques unes de mes réponses :

    …

    …

    D’abord,

    je relève que des trois « thèmes du mariage saugrenu, de la  vengeance et des femmes méchantes« ,

    retenus par Henri Lafon en sa Notice de l’édition de la Bibliothèque de la Pléiade (« Contes et romans » de Denis Diderot, direction Michel Delon, 2004) cités page 25 dans la Note sur l’édition du petit Folio classique 6556 de 2018 _ avec en illustration de couverture du volume de 128 pages l’image même de la couverture du DVD du film « Mademoiselle de Joncquières » d’Emmanuel Mouret, en cette même année 2018 _, c’est l’expression de « mariage saugrenu » qui constitue bien l’alpha, page 146 :

    …

    « L’Hôtesse  _ de l’auberge du Grand-Cerf où Jacques et son maître vont passer la nuit _ : Oh ! c’est un mariage ? (…) Messieurs, prenez-y garde. Cet homme qui est là-bas _ et dont apprendrons, quelques pages plus loin, à la page 156 : « Le plus âgé des deux s’appelle le marquis des Arcis. C’était un homme de plaisir, tès aimable, croyant peu à la vertu des femmes. (…) M. le marquis en trouva pourtant une pour lui tenir rigueur. Elle s’appelait Mme de La Pommeraye« … _ et qui a si rudement traité ma pauvre Nicole _ la petite chienne blanche de l’hôtesse _, en a fait un de bien saugrenu » _ mariage _, lit-on à la page 146 ;

    une expression renforcée tout aussitôt par la question du maître : « Et qu’a-t-il donc de si singulier le mariage de cet homme ? » ;

    …

    ainsi que l’omega, page 213, du conte :

    …

    « L’Hôtesse : Et moi, je vous souhaite une bonne nuit. Il est tard, et il faut que je sois la dernière couchée et la première levée. Quel maudit métier ! Bonsoir, messieurs, bonsoir. Je vous avais promis, je ne sais plus à propos de quoi _ le simple thème du mariage (à la page 156) _ l’histoire d’un mariage saugrenu : et je crois avoir tenu parole « , lit-on à la page 213… 
    …

    …

    Alors que le mot de « vengeance » _ ainsi que l’expression de « méchanceté des femmes« … _ n’apparaît qu’à la page 174, où c’est encore l’Hôtesse qui parle :

    …

    « Je ne vous ferai point le détail de toutes nos extravagances quand on _ un homme _ nous délaisse _ nous, les femmes… _, vous en seriez trop vains _ vaniteux. Je vous avais dit que cette femme _ abandonnée : Mme de La Pommeray, donc _ avait de la fierté ; mais elle était bien autrement vindicative. Lorsque les premières fureurs _ de n’être désormais plus aimée du marquis des Arcis _ furent calmées, et qu’elle jouit de toute la tranquillité de son indignation _ comment ne pas admirer la si admirable plume de Diderot ? _, elle songea à se venger,  mais à se venger d’une manière cruelle, d’une manière à effrayer tous ceux qui seraient tentés à l’avenir de séduire et de tromper une honnête femme. Elle s’est vengée, elle s’est cruellement vengée, sa vengeance a éclaté et n’a corrigé personne ; nous n’en avons pas été depuis moins vilainement séduites et trompées« …

    …

    …

    Et vient alors le récit lentement distillé, de la page 174 à la page 207, de la mise en jeu très soigneusement appliquée des « grands ressorts«  _ écrit page 183 Diderot _ de la patiente, et extrêmement efficace en la cruauté extrême de sa vengeance, machination ourdie par l’honnête femme trahie et blessée, soit « le mariage du marquis des Arcis et d’une catin«  _, pour reprendre l’expression du maître qualifiant ainsi cet assez « singulier«  et bien « saugrenu mariage« , page 203… _, avec ce premier aboutissement-ci, page 207, le lendemain de la nuit de noces du marquis des Arcis et de Melle Duquênoi _ nommée Melle de Joncquières, dans le film d’Emmanuel Mouret : ce nom de Duquênoi (le nom de naissance de la « ci-devant d’Aisnon« , apprenait-on aux pages 197 et 213) pouvant un peu trop nous évoquer aujourd’hui celui de Le Quesnoy (associé à celui de Groseille) d’un film qui n’a vraiment rien à voir avec l’univers si merveilleusement subtil et raffiné de Diderot ici… _ ; « La nuit de noces se passa bien. (…) Mais ce fut le lendemain…« , venait juste d’annoncer la très habile à pérorer (et délicieuse à écouter) Hôtesse, page 206 _ cf les expressions de Diderot à la page 155 : « la passion de l’hôtesse pour les bêtes n’était pourtant pas sa passion dominante, comme on pourrait l’imaginer, c’était celle de parler. Plus on avait de plaisir et de patience, plus on avait de mérite ; aussi ne se fit-elle pas prier pour reprendre l’histoire interrompue du mariage singulier (…). Et l’hôtesse se mit en devoir de goûter le plaisir délicieux de pérorer« … _ :

    …

    « Le lendemain _ donc, de cette trompeuse nuit de noces _, Mme de La Pommeray écrivit au marquis un billet qui l’invitait à se rendre chez elle au plus tôt, pour affaire importante. Le marquis ne se fit pas attendre.

    On le reçut avec un visage où l’indignation se peignait dans toute sa force ; le discours qu’on lui tint ne fut pas long ; le voici :

    …

    « Marquis, lui dit-elle, apprenez à me connaître. Si les autres femmes s’estimaient assez pour éprouver mon ressentiment, vos semblables seraient moins communs. Vous aviez acquis une honnête femme que vous n’avez pa su conserver. Cette femme, c’est moi ; elle s’est vengée en vous faisant épouser une _ catin _ digne de _ l’homme bien trop commun que _ vous _ êtes. Sortez de chez moi, et allez-vous-en rue Traversière, à l’Hôtel de Hambourg _ ce tripot _, où l’on vous apprendra le sale métier que votre femme et votre belle-mère ont exercé pendant dix ans, sous le nom d’Aisnon ».

    La surprise et la consternation de ce pauvre marquis ne peuvent se rendre« , lit-on immédiatement alors à la page 207.

    …

    …

    Et cela, un peu avant le sublimissime renversement final de ce bien « saugrenu mariage » du marquis des Arcis et la petite Duquênoi, aux pages 210-211 :

    …

    « Levez-vous, lui dit doucement le marquis, je vous ai pardonné : au moment même de l’injure j’ai respecté ma femme en vous ; il n’est pas sorti de ma bouche une parole qui l’ait humiliée, ou du moins je m’en repens, et je proteste qu’elle n’en entendra plus aucune qui l’humilie, si elle se souvient qu’on ne peut rendre son époux malheureux sans le devenir. Soyez honnête, soyez heureuse, et faites que je le sois. Levez-vous, je vous en prie, ma femme, levez-vous et embrassez-moi ; madame la marquise, levez-vous, vous n’êtes pas à votre place ; madame des Arcis, levez-vous...« .

    …

    …

    Et « le marquis ajoutait : « En vérité, je crois que je ne me repens de rien ; et que cette Pommeraye, au lieu de se venger, m’aura rendu un grand service. Ma femme, allez vous habiller, tandis qu’on s’occupera de faire vos malles. Nous partons pour ma terre, où nous resterons jusqu’à ce que nous puissions reparaître ici sans conséquence pour vous et pour moi… »

    Ils passèrent presque trois ans de suite absents de la capitale. »

    …

    …

    Avec cet ultime mot du récit de l’Hôtesse de l’auberge du Grand-Cerf _ j’y reviens donc _, à la page 213 :

    …

    « Je vous avais promis, je ne sais plus à propos de quoi, l’histoire d’un mariage saugrenu : et je crois vous avoir tenu parole« .

    …

    …

    Demain, je traiterai donc, enfin, des manières de rendre cinématographiquement, et par Robert Bresson, en 1944-45, et par Emmanuel Mouret, en 2017-18, ce merveilleux conte philosophique de Denis Diderot, à propos des destinées sentimentales _ vengeance, mariage saugrenu, méchanceté des femmes… _ de quelques uns, plus ou moins « communs » ou « singuliers« , en l’écriture superbe de Diderot…

    …

    …

    Et cette rare « singularité« , qui est celle de la dignité blessée, ô combien vindicative et si cruellement vengeresse, de Madame de La Pommeraye, s’avèrera aussi in fine _ et in extremis, aux pages 209 à 211 du récit _ être celle du pardon assurément « peu commun » _ « saugrenu« , « singulier« , était-il annoncé dès le début du récit, à la page 146, avec ces mots prononcés alors par l’hôtesse, puis le maître de Jacques ; le terme de « commun« , lui, apparaissant dans la bouche de Madame de La Pommeray en son discours de vengeance réalisé et apparemment, du moins à ce moment, satisfaite, à la page 207 : « Marquis, apprenez à me connaître. Si les autres femmes s’estimaient assez pour éprouver mon ressentiment, vos semblables seraient moins communs » ; et ces mots de « commun«  et de « communes«  étant d’ailleurs, et en la bouche cette fois de l’auteur lui-même (!), les mots conclusifs de tout ce récit de « « , à la page 216 de « Jacques le fataliste et son maître«  : « Je vous dirai que, si le premier mouvement des autres est court, celui de Mme de La Pommeraye et des femmes de son caractère est long. Leur âme reste quelquefois toute leur vie comme au premier moment de l’injure ; et quel inconvénient, quelle injustice y a-t-il à cela ? Je n’y vois que des trahisons moins communes ; et j’approuverais fort une loi qui condamnerait aux courtisanes celui qui aurait séduit et abandonné une honnête femme : l’homme commun aux femmes communes » ; sauf qu’ici ni le marquis des Arcis, ni la ci-devant courtisane d’Aisnon, la demoiselle Duquênoi, ne se rangeront, in fine, aux comportements de ces « hommes communs » et de ces « femmes communes« … _ du marquis des Arcis,

    ainsi que celle, aussi, de la sublime, oui _ et s’il n’est pas dans le texte de Denis Diderot, ce mot de « sublime«  est bien prononcé, lui, dans le Mademoiselle de Joncquières d’Emmanuel Mouret… _, rédemption de la petite Duquênoi et ci-devant d’Aisnon, se hissant au final de l’histoire à l’état _ extatique : « Levez-vous, je vous en  prie, ma femme, levez-vous et embrassez-moi ; madame la marquise, levez-vous, vous n’êtes pas à votre place ; madame des Arcis, levez-vous… « , page 211 _ d’une magnifique marquise des Arcis :

    ce que à quoi savent merveilleusement s’attacher, toute en lumineuse douceur, la caméra et le jeu, magnifique, des acteurs _ ainsi que l’intitulé même _ du Mademoiselle de Joncquières d’Emmanuel Mouret…  

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    Ce mercredi 4 janvier 2023, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Une splendide présentation du parcours de venue à la création, durant la Grande Guerre, du compositeur Lucien Durosoir (1878 – 1955), ce 11 novembre : « Lucien Durosoir, des compositions muries par la guerre », par Anne-Charlotte Rémond en son Musicopolis, sur France-Musique

    Ce 11 novembre 2022, pour le 104éme de l’achèvement de la Grande Guerre,

    sur France-Musique, en son excellente émission Musicopolis,

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    Anne-Charlotte nous a présenté un splendide _ et parfaitementitement informé ! _ « Lucien Durosoir, des compositions muries par la guerre« ,

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    dont voici, à écouter, le passionnant podcast de 25′,

    avec d’excellentes illustrations musicales idéalement choisies.

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    Une passionnante et très juste présentation _ bravo ! _ du parcours de maturation musicale, durant la Grande Guerre, et de venue à la création, à partir de 1919-1920, de ce compositeur tout à fait original qu’est Lucien Durosoir (1878 – 1955) en sa parfaite idiosyncrasie

    _ sur ce parcours de maturation et venue à la création du compositeur Lucien Durosoir, cf en particulier ma propre contribution « Une poétique musicale au tamis de la guerre : le sas de 1919 _ la singularité Durosoir« , le 19 février 2011, au colloque « Lucien Durosoir, un compositeur moderne né romantique« , au Palazzetto Bru-Zane à Venise ; et le lien donne accès à la totalité des très riches contributions des 19 et 20 février 2011 de ce passionnant colloque à Venise…

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    En plus du « Deux musiciens dans la Grande Guerre » de Lucien Durosoir et Maurice Maréchal, paru aux Éditions Tallandier en 2015,

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    vient de paraître ce 11 novembre 2022, en traduction anglaise, « Ma chère Maman, mon cher Enfant _ The Letters of Lucien and Louise Durosoir (1914-1919)« , en une édition et une traduction de Elizabeth Auld, pour les Éditions américaines Blackwater Press…

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    Et pour qui désirerait découvrir au CD l’œuvre de Lucien Durosoir,

    je me permets de recommander en priorité l’écoute de l’admirable CD de ses 3 « Quatuors à cordes » (de 1919, 1922 et 1934), en un enregistrement de décembre 2007, par le Quatuor Diotima ; soit l’extraordinaire CD Alpha 125, paru en 2008 ; CD auquel j’avais consacré le tout premier article de ce blog « En cherchant bien« , intitulé « « …

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    En voici, en écoute (9′ 53), un extrait,

    soit le 1er mouvement « Ferme et passionné » du Quatuor n° 3, composé en 1934…

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    Ce vendredi 11 novembre 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Une nouvelle splendeur discographique du merveilleux pianiste Steven Osborne : son décidément parfait CD « Debussy Early and Late Piano Pieces »…

    Après ses déjà plus qu’excellents deux premiers albums Debussy publiés par Hyperion

    en 2006 (« Préludes« ) _ le CD Hyperion CDA 67530 _

    et 2017 (« Images. L’Isle joyeuse. Estampes. Masques. Chlidren’s Corner. D’un Cahier d’esquisses« ) _ le CD Hyperion CDA 68161 _,

    enregistrés à Londres en janvier 2006 et octobre-novembre 2016,

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    voici que ce pianiste magnifique qu’est Steven Osborne vient à nouveau nous enchanter superlativement d’un troisième merveilleux CD Debussy, intitulé « Early and Late Piano Pièces«  _ le CD Hyperion CDA 68390 _, enregistré toujours à Londres, au mois d’août 2021,

    qui,

    pour notre tranquille sidération infiniment admirative de mélomane amoureux tout spécialement de l’infiniment subtil et doux répertoire français en sa plus parfaite idiosyncrasie et singularité remarquable,

    vient de paraître ce bel octobre-ci 2022…

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    Comme, sous de tels doigts, tout cela chante…

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    De l‘œuvre complet pour piano seul de Claude Debussy (1862 – 1918),

    ne restent plus à enregistrer à Steven Osborne _ quelles ont été les raisons de ses choix d’interprète d’une telle répartition, voilà, de ces œuvres pour piano seul de Debussy en 4 CDs ?.. _

    que :

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    _ « Pour le Piano » (1894 – 1896, publiée en 1901), d’une durée d’environ 14′ ;

    _ « La plus que lente » (1910), d’une durée d’un peu plus de 4′ ;

    _ « Berceuse héroïque » (novembre 1914), d’une durée d’environ 4′ aussi ;

    _ et enfin « 12 Études » (5 août – 20 septembre 1915), d’une durée d’environ 45′ ;

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    ce qui promet un quatrième CD de piano seul de Debussy d’une durée d’un peu plus d’une heure…

     

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    Avec impatience discographique, donc, de notre part…

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    Ce jeudi 27 octobre 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Découvrir le génie puissant et singulier, profond, de László Lajtha (Budapest, 1892 – Budapest, 1963) en son Quatuor avec piano Op. 6 (de 1925), dans l’interprétation splendide, intense et profondément poétique, du jeune Notos Quartett…

    Je remercie très vivement l’excellent article « Divertissement et chef d’œuvre » de Jean-Charles Hoffelé, sur son site Discophilia, le 22 août dernier,

    de m’avoir fait découvrir _ et adorer ! _ ce chef d’œuvre intense et profond, marquant, qu’est le Quatuor avec piano, Op. 6, de Laszlo Lajtha (Budapest, 30 juin 1892 – Budapest, 16 février 1963),

    dans l’interprétation elle-même profonde et intense, percutante ainsi qu’infiniment poétique, du jeune Notos Quartet,

    en le très récent excellent CD « Paris Bar« , du label Sony Classical 19439986682.

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    DIVERTISSEMENTS ET CHEF-D’ŒUVRE

    Paris, jonction des années vingt-trente, un parfum de folle époque règne encore _ par delà le traumatisme indélébile de la Guerre Mondiale _, quelques musiciens étrangers, installés au bord de la Seine, s’en emparent ; rythmes vifs, écriture faisant la part belle aux danses du temps, harmonies pimentées, cela se retrouve, avec quelques touches éclatantes toute polonaises, dans la brillante Suite-Divertissement qu’Alexandre Tansman écrit en 1929 pour le Quatuor Belge, formation regroupée autour du piano de Marcel Maas.

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    Les harmoniques chaudes, belles comme celles des fauves, l’écriture dansante, toujours sur les pointes, les motifs savoureux et évidemment cette suractivité qui est la marque de fabrique du Polonais _ un compositeur absolument majeur ! _, éclatent au long des six mouvements, mais courrez d’abord aux étrangetés mystérieuses du Nocturne, un peu Bartók. Les Notos y sont prodigieux de vivacité, de précision, d’humour et de lyrisme lorsqu’il faut, tout comme pour le Divertissement de Jean Françaix, partition délicieusement piquante, un peu mozartienne aussi par l’allégement de l’écriture.

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    Puis vient le chef-d’œuvre _ le voilà !!! _, le vaste nocturne inquiet _ oui _ qu’est le Quatuor avec piano de László Lajtha, pièce manquante du génial trio de Budapest qui ne devrait plus tarder à rejoindre _ contre notre paresseuse incuriosité _ Béla Bartók et Zoltán Kodály dans leur empirée _ à mieux reconnaître !

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    L’œuvre est d’une beauté aussi suffocante qu’amère _ oui _, ces splendeurs sombres sont si émouvantes dans la lecture intense _ voilà _ des Notos qu’on a peine à croire qu’il s’agit du premier enregistrement de cet opus majeur _ oui ! _ des années vingt où ce génie trop oublié affirmait d’emblée son inextinguible singularité _ oui, oui, oui.

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    LE DISQUE DU JOUR

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    Paris Bar

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    Jean Françaix (1912-1997)
    Divertissement

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    Alexandre Tansman (1897-1986)
    Suite-divertissement

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    László Lajtha (1892-1963)
    Quatuor avec piano, Op. 6

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    Notos Quartett

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    Un album du label Sony Classical 19439986682
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    Photo à la une : les membres du Notos Quartett – Photo : © DR

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    Les deux autres œuvres de ce splendide et nécessaire CD du Notos Quartett _ Sindri Lederer, violon ; Andrea Burger, alto, Philip Graham, violoncelle ; et Antonia Köster, piano ; l’enregistrement a eu lieu à Leipzig en février 2021… _ ,

    la Suite-Divertissement (de 1929) d’Alexandre Tansman ( Łódź, 11 juin 1897 – Paris, 15 novembre 1986), et le Divertissement (de 1933) de Jean Françaix (Le Mans, 23 mai 1912 – Paris, 25 septembre 1997),

    loin d’être, comme leurs titres pourraient l’incliner à penser, superficielles ou simplement anecdotiques,

    complètent superbement le très vivant, passionnant et très juste portrait réalisé par les jeunes musiciens du Notos Quartett

    de ce bouillant Paris de l’après Première Guerre Mondiale _ années vingt, début des années trente : les années de composition du principal de l’œuvre de mon cher Lucien Durosoir (Boulogne-sur-Seine, 5 décembre 1878 – Bélus, 4 décembre 1955)  _, si puissamment attractif alors tout particulièrement pour des musiciens originaires d’Europe orientale… 

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    Et si je me permets de rapprocher ainsi ce profond Quatuor avec piano Op. 6 de László Lajtha, composé en 1925, et créé à Budapest le 23 janvier 1927, de l’œuvre si singulier de Lucien Durosoir,

    c’est pour ce que ces œuvres singulières si intensément poétiques surmontent de la Guerre Mondiale qui les a tous deux si puissamment marqués en leur humanité…

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    Un CD tout à fait important, en conséquence… 

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    Ce mardi 30 août 2022, Titus Curiosus – Francis Lippa