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  • Par volonté et par hasard : l’intéressant et assez significatif récit de parcours de Karol Beffa, aux Editions de la Sorbonne

    Ce _ 15 du _ mois de février 2018, paraît aux Éditions de la Sorbonne _ dont s’occupent Marie Brunet et Pierre Singaravélou _, et dans la collection « Itinéraires » _ dont ce récit constitue le numéro 11 ; la collection a été inaugurée en 2010 par le très remarquable livre de l’excellent Patrick Boucheron Faire profession d’historien… _, un très intéressant en même temps qu’assez significatif _ d’un parcours professionnel brillantissime (de réussite) _ ouvrage du _ d’abord, ou principalement _ compositeur Karol Beffa _ né le 27 octobre 1973, à Paris _, très précisément intitulé Par volonté et par hasard _ Théorie et pratique de la création musicale

    …

    dont voici un résumé :

    « Le compositeur et pianiste franco-suisse _ avec, par son père Richard Zuber (venu en France en 1967), des racines polonaises galiciennes _ revient sur son parcours _ le mot est plus beau que celui de « carrière«  ; et a, aussi et surtout, un tout autre sens !.. _ et livre ses réflexions autour de la composition, de la théorie, de la recherche et de la création musicales. Il expose sa conception de la musique, établissant des liens naturels _ comment l’entendre ? Y-a-t-il rien de naturel dans les activités et œuvres de la culture ? ce mot de « naturel« , ici, me gêne un peu ; mais Karol Beffa évoque ici ses propres impulsions, puissantes, à ainsi « lier« , « relier« , « passer à quelque chose d’autre », « épanouir« , « faire éclater et se répandre ce qui est encore refermé sur soi-même« , « voyager dans de l’ailleurs« , « passer quelque limite » ou « franchir quelque frontière« … _ entre la composition, la pratique, l’improvisation et la transmission. »

    …

    ainsi que la Quatrième de couverture :

    …

    « En même temps que je commençais à m’imaginer _ on peut en fixer la date (et le lieu) : en 1996-97, lors de son séjour à la Hochschule der Künste, à Berlin _ en compositeur, je décidais de devenir musicologue » _ c’est là une auto-citation : la phrase ouvre, page 27, le chapitre intitulé « Composition« . Jamais je n’aurais pensé _ du fait précisément des diverses étapes extrêmement ouvertes de ce parcours _ qu’il soit possible de dissocier _ séparer (et calfeutrer) par des parois strictement étanches _ composition et théorie musicale, recherche et création _ Karol Beffa a cette forme (fécondissime !) d’esprit d’interconnexions dynamiques là, qui reste hélas assez étrangère à la plupart des Français. Inversement, il m’était difficile d’imaginer devenir un compositeur qui ne soit pas aussi _ en même temps _ un praticien, c’est-à-dire un transmetteur _ fondamentalement passeur _ : instrumentiste, mais aussi accompagnateur, improvisateur et, bien entendu, enseignant _ voilà ! Mon parcours _ voici à nouveau ce mot décidément important (et plus beau que celui, socio-économique, de « carrière« ) _ ne s’est pas présenté à moi comme un effort pour affranchir, puis concilier des disciplines ou des domaines dont le cloisonnement _ voilà _ m’étouffait. Je l’ai vécu intimement comme le déploiement naturel _ encore ! selon quels types d’évidences ? personnelles puissantes, il faut y insister !.. _, logique et nécessaire _ en quoi donc ? et comment ? et pour qui ? pour lui ! _ d’une conception personnelle _ dans quelle mesure ? en tout cas, caractéristique de son idiosyncrasie ! _ de la musique, élaborée dans un va-et-vient incessant et fécond _ voilà !!! _ entre la solitude _ heureuse ? douloureuse ? les deux mêlés : il commence de s’en expliquer en son chapitre terminal « Créativité« , aux pages 149 à 155 ; et c’est à la fois crucial et fondamental ! _ du chercheur ou du compositeur, et le partage avec les publics académiques ou mélomanes, ainsi qu’avec les autres arts, en particulier la littérature et le cinéma » _ avec allers-retours incessants.

    Tout cela me rend Karol Beffa extrêmement sympathique, alors que je suis aussi, en même temps, un peu irrité, quand il m’arrive, à l’occasion, de l’entendre un peu trop se plaindre, à mon goût, des affres qu’il dit subir du travail de composition-création !!! Et il l’écrit ici, à nouveau, avec la plus grande sincérité !

    Que ne reconnait-il pas davantage, aussi, combien il est (ne serait-ce que socio-économiquement ; même si ce n’est certes pas tout !) privilégié de pouvoir se livrer aussi librement à de telles activités ludiques, dans de telles conditions (aisées et souvent luxueuses) de réalisation, et avec autant d’interlocuteurs-complices musiciens, et autres, de pareille haute qualité !!! Ce ton plaintif m’a, par deux fois _ à Saint-Emilion, puis lors de mon entretien avec lui, à la Station Ausone _, irrité…

    Mais, après tout, peut-être est-ce là son tempérament ; ou le fruit de son histoire personnelle… Il n’est peut-être pas machiavélien comme j’ai pu me l’imaginer parfois.
    Il continue, en tout cas, de beaucoup m’intéresser…

    …

    …

    Karol Beffa m’intéresse donc à la fois comme compositeur et créateur _ entre autres de ses passionnantes riches activités tous azimuts _,

    et comme personne singulière _ avec ses mystères : c’est un homme très discret, voire secret ;

    et il se trouve que je suis personnellement curieux des parcours singuliers des personnes ; tout spécialement, pour ce qui le concerne, lui, en particulier quant à ses filiations polonaises galiciennes, proches des miennes…

    …

    Cf mon article du 1er juin 2016 :

    »

    …

    ainsi que le podcast de mon entretien avec lui à la Station Ausone, le 11 octobre 2016,

    en ouverture de la saison 2016-2017 de la Société de Philosophie de Bordeaux _ dont je suis vice-président _,

    à propos notamment, de son très remarquable et passionnant, déjà, Comment parler de musique ?…

    …

    Viennent aussi de paraître, tout récemment _ le 9 mars 2017 _ en format papier, ses magnifiques Leçons au collège de France : Parler, composer, jouer : sept leçons sur la musique, aux Éditions du Seuil ;

    ainsi que _ le 18 janvier dernier _ Diabolus in opéra : composer avec la voix, aux Éditions Alma.

    …

    Dans sa riche et très intéressante bibliographie,

    il faut relever, bien sûr, ce tout à fait passionnant livre à deux, avec son ami Cédric Villani : Les Coulisses de la création _ paru le 4 novembre 2015 aux Éditions Flammarion…

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    Ce mardi 27 février 2018, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • En comparant 16 versions de « Mouvement » de Claude Debussy

    Achille-Claude Debussy m’est demeuré assez longtemps _ bien trop longemps ! _ un compositeur méconnu.

    Mais j’ai appris à le fréquenter et à l’aimer beaucoup _ en sa très profonde et assez étrange singularité.

    …

    Cette année 2018 est celle du centième anniversaire de sa mort _ le 25 mars 1918.

    Sur la fin de Debussy, cf, dans ResMusica, ce très précis article-ci : Claude Debussy martyrisé par un cancer …

    Aussi les CDS Debussy _ et même des intégrales de sa musique enregistrée _ fleurissent-ils ces jours-ci.
    …

    Ayant particulièrement apprécié une toute récente version de son Mouvement,

    la troisième pièce de son premier Livre d’Images _ pour piano, en 1905 _,

    …

    je me surprends à en comparer 16 versions

    que j’ai là sous la main,

    par les pianistes suivants :

    …

    Christopher Devine _ en une intégrale de la musique pour piano de Debussy, chez Piano-Classics _

    Stephen Hough _ une nouveauté chez Hyperion _

    Steven Osborne _ une nouveauté chez Hyperion _

    Nelson Goerner _ ré-édité chez Alpha _

    Cathy Krier _ une nouveauté chez Avie-Music _

    Aldo Ciccolini _ en une intégrale de la musique pour piano de Debussy, chez EMI _

    Alain Planès _ en une intégrale de la musique pour piano de Debussy, chez Harmonia Mundi _

    Jean-Efflam Bavouzet _ en une intégrale de la musique pour piano de Debussy, chez Chandos _

    Philippe Cassard _ en une intégrale de la musique pour piano de Debussy, chez Decca  _

    Walter Gieseking _ en une intégrale de la musique pour piano de Debussy, chez Warner _

    Marcelle Meyer _ chez EMI _

    Philippe Entremont _ chez Sony _ 

    Arturo Benedetti-Michelangeli _ chez Deutsche Grammophon _

    Piere-Laurent Aimard _ chez Teldec.

    Marc-André Hamelin _ chez Hyperion _

    Claudio Arrau _ chez Decca _

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    Á choisir entre ces versions-là,

    ma préférée _ de ce sublime Mouvement _,

    et la plus conforme à la représentation que je me fais de la personnalité tant humaine que musicale de Debussy lui-même,

    est la version que je qualifierai de charnelle

    _ d’un Debussy, pourrait-on dire, « couillu » ; Cézanne a bien parlé, lui, d’une « peinture couillarde«  ; même si, certes, les deux diffèrent… Mais là-dessus, et sur la personnalité de Debussy lui-même, relire d’abord, de Debussy lui-même, son passionnant et vachard Monsieur Croche… _

    de Steven Osborne (CD Hyperion CDA 168161).

    …

    Elle est éminemment jouissive.

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    Ce dimanche 18 février 2018, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • La très touchante magie poétique des expos « A boire et à manger » et « A table ! » à la galerie Arrêt sur l’Image de Nathalie Lamire-Fabre à Bordeaux

    Le jeudi 11 janvier 2018 dernier,

    eut lieu à la passionnante galerie Arrêt sur l’Image, que dirige, 45 Cours du Médoc, à Bordeaux, Nathalie Lamire-Fabre,

    le vernissage de la double _ très poétique _ exposition suivante, qui se tiendra du 11 janvier au 24 février 2018 :

    …

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    A BOIRE ET A MANGER

    &

    A TABLE !

    …

    …
    Photographies de Bernard Plossu

    &

    Photographies trouvées _ mais oui ; et rassemblées par cette phénoménale collectionneuse qu’est, à Liège, Véronique Marit _ de la collection Véronique Marit

    …

    …
    Depuis plus de quarante ans,

    Bernard Plossu parcourt le monde, son 50mm _ quasi en permanence _ en bandoulière,

    et partage ses images _ infiniment _ poétiques dans des dizaines _ le chiffre est encore faible _ de livres _ plus _fascinants _ les uns que les autres ; et de formats et épaisseurs très divers ; et quelques uns en couleur (Couleur Fresson)…

    …

    Cette fois-ci,

    avec cette exposition A boire et à manger,

    il dévoile un aspect plus inattendu de sa personnalité, mais qui est aussi un des grands plaisirs du voyage, celui de la découverte d’une autre culture _ c’est en effet surtout cela qui l’intéresse, et à l’infini ; davantage que la gourmandise culinaire proprement dite : Bernard est en effet un sobre, plutôt frugal _ à travers sa cuisine.

    Son amie de toujours Claude Deloffre, auteur de  livres de cuisine et de voyages, l’accompagne dans ce livre de partages _ voilà ! _ qu’elle  parsème de recettes inattendues.

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    A table ! dévoile une nouvelle sélection de photographies de l’impressionnante _ en effet ! _ collection privée _ à Liège _ de Véronique Marit.

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    « C’est tout le _ XXéme _ siècle qui défile _ en effet _ d’image en image _ magnifiquement repérées et choisies par ce regard affuté et superbement exigeant (et lui-même ultra-gourmand !!! ) de la collectionneuse _, de mutation en mutation, la vie change de fond en comble, mais ce qui reste immuable _ voilà qui demanderait probablement un peu plus de circonspection, aujourd’hui ; et c’est bien là-dessus que, justement, Nicolas Magie s’interroge… _, c’est l’appétit » _ des Français, quand ils sont vraiment à table _,

     écrit Paul Fournel, en un extrait de l’Avant-propos au livre.

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    Les photographies tirées de deux ouvrages – A BOIRE ET A MANGER – A TABLE ! – s’inscrivant dans la _ passionnante ! _ collection LES CARNETS,

    une collection – mise au point _ c’est à noter ! _ avec Bernard Plossu lui-même – qui se propose de revisiter _ avec la plus grande attention _ les archives d’un photographe ou d’un collectionneur

    et d’en extraire des séries thématiques : voilà ! _ aux EDITIONS YELLOW NOW _ dirigées, à Liège, par l’excellent Guy Jungblut.

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    …

    Et hier, jeudi 8 février,

    le chef _ du fameux Saint-James, à Bouliac _ Nicolas Magie,

    et moi-même, philosophe (et ami de Bernard Plossu), Francis Lippa,

    …

    avons été conviés par l’hôtesse magnifique de ce lieu d’art si vivant _ et très ouvert _ à Bordeaux, Nathalie Lamire-Fabre,

    à venir présenter ces deux très belles expositions de photographies

    à la caméra de FR3 Aquitaine,

    en répondant aux très pertinentes questions de Candice Olivari.

    …
    …

    En voici donc, ici, le résultat filmé

    tel qu’il a été monté et présenté ce vendredi à 13 heures par FR3 Aquitaine

    en cette un peu évocatrice séquence de presque deux minutes

    _ qui demeure, après montage, du très long moment passé à nous filmer en train de regarder vraiment les photos, et dire quelques mots de nos impressions, sur le champ.

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    …

    Notre visite attentive _ avec la loupe quand besoin était _ de ces deux expositions _ de photos parfois de très petit format : en particulier pour les photos anciennes réunies par Véronique Marit ! _ a  été _ vraiment _ passionnante,

    le regard expert, infiniment sensible et extrêmement précis _ et merveilleusement sympathique, je dois y insister… _ de Nicolas Magie étant particulièrement bienvenu,

    en soulignant la dimension conviviale (et souriante, ravie, heuresse) de tout repas _ y compris ceux pris au restaurant ! face aux plaisirs attendus, par les convives rassemblés autour de la nappe, de la gourmandise à venir…

    La nappe blanche : une zone ultra-sensible et envoutante de convivialité festive…

    …

    Cela s’avérant aussi _ et même alors sans nappe blanche réunissante ! _

    dans les photos prises bien loin de la France, ou de son cher bassin méditerranéen, par Bernard Plossu,

    jusque dans le sauvage grand Ouest américain

    _ la thématique n’étant plus alors celle d’« A table !« ,

    mais, un peu plus largement, et en une dynamique tout aussi électrisante d’appétits, « A boire et à manger« .

    …

    …

    La curiosité amène le spectateur de l’exposition,

    mis en situation de dialogue serein avec l’image,

    à s’interroger un peu plus avant _ que ce qu’offre la seule surface immédiatement apparente de cette image _,

    d’abord sur le moment et sur le lieu où fut prise la photo ;

    mais aussi, et par un rappel improvisé _ là immédiatement, à la seconde et sur le champ _ de sa propre expérience, à creuser, pour comparaison, un peu plus loin, sa propre imageance…

    _ j’emprunte ce concept d’imageance à mon amie (LA philosophe de l’image !) Marie-José Mondzain ;

    cf la vidéo de mon entretien avec elle le 7 novembre ternier au Théâtre du Port-de-la Lune.

    …

    …

    Bernard Plossu, quant à lui, répugne,

    et cela, tant sur la page du livre que sur la cimaise du lieu d’exposition,

    à légender ses photos

    _ il faudra donc, tant au lecteur qu’au spectateur de l’expo, se reporter aux notes de fin du livre et au catalogue de l’exposition, quand ce dernier existe, pour satisfaire sa curiosité spatio-temporelle quant à l’origine circonstancielle (anecdotique ?) de la prise de la photo _,

    de façon à amener le regard ici et maintenant du spectateur

    à se concentrer exclusivement sur ce que vient lui offrir, hic et nunc,

    par ce seul face à face _ exclusif de tout ce qui pourrait en détourner matériellement _ avec l’image présentée :

    la photo,

    en sa singularité spatiale mais aussi temporelle, poétique, tout spécialement

    _ en la quotidienneté même, voire surtout ! de la situation ainsi saisie par le regard et le geste du photographe, en sa plénitude et richesse profuse de significations,

    et non en quelque événement tant soit peu exceptionnel, extraordinaire, ou seulement pittoresque… :

    là réside la différence que j’ai soulignée en mon commentaire bricolé audible au film, entre l’idiosyncrasie de Bernard Plossu, et le classique et presque trop connu « instant décisif«  d’Henri Cartier Bresson… _,

    et à trouver en lui-même (c’est-à-dire en sa propre imageance _ suscitée et mise en mouvement par l’émotion _ de regardeur)

    avec quoi faire dialoguer celle-ci,

    de manière on ne peut plus ouverte _ amusée, ludique, joyeuse : en un minimum d’empathie et sympathie… _,

    au lieu de se disperser et engluer _ et se perdre _ dans la lecture _ pré-mâchée, et stéréotypée _ des cartouches,

    et se raccrocher trop facilement et paresseusement à quelque cliché concernant le lieu ou le moment

    ainsi trop vite _ par pur réflexe courant les rues _ identifiés…

    …

    L’imageance sollicitée et gentiment provoquée, par l’éblouissement attendri ou amusé de l’image

    devant elle-même, et à son tour, poétiquement vagabonder et danser, flotter, se déplacer par ses propres ressources :

    au singulier de sa singularité ….

    …

    Bref, il s’agit pour le photographe

    donnant à regarder ainsi ses photos

    d’engager

    qui croise ses images

    à un dialogue ludique et poétique d’émotions et d’imageances,

    entre sa propre imageance de photographe à l’instant de la saisie de cette vue-ci,

    et l’imageance ouverte _ elle-même, à son tour, ludique et poétique _, du regardeur, ici et maintenant.

    …

    …

    Soit un échange généreux d’instants d’éternité

    empruntés à ce que vient offrir la trame même du temps

    de nos vies respectives.

    …
    …

    Ce vendredi 9 février 2018, Titus Curiosus – Francis Lippa

    …

    …

    Pour prolonger l’aperçu sur l’œuvre _ immense _ du grand Bernard Plossu,

    se reporter encore à mes précédents articles de fond _ et avec images _ sur ce blog,

    celui du 27 janvier 2010 : L’énigme de la renversante douceur Plossu : les expos (au FRAC de Marseille et à la NonMaison d’Aix-en-Provence) & le livre « Plossu Cinéma » » 

    et celui du 16 février 2014 : « la justesse ludique d’un photographe « à l’air libre » : Bernard Plossu en deux entretiens, « L’Abstraction invisible », avec Christophe Berthoud ; et la conversation avec Francis Lippa, dans les salons Albert-Mollat, le 31 janvier 2014

    …

    ainsi qu’au podcast de mon très riche et détaillé entretien du 31 janvier 2014 avec Bernard Plossu dans les salons Albert-Mollat,

    à l’occasion de la présentation de son très éclairant _ sur tout son parcours de photographe depuis sa jeunesse _ livre d’entretiens avec Christophe Berthoud, L’Abstraction invisible.

  • William Marx et le concept dangereux d’ »identité sexuelle »

    L’entretien, hier soir mardi 30 janvier 2018, au Studio Ausone, de William Marx, récent auteur d’Un Savoir gai (aux Éditions de Minuit) avec son collègue universitaire Jean-Michel Devésa _ un peu trop doctoral en son ton à mon goût, et pas assez libre (ou libéré) : surtout en pareil sujet… _
    m’a laissé sur ma faim,
    en n’interrogeant jamais, si peu que ce soit, l’évidence d’une « identité sexuelle »
    _ qui est un très dangereux cliché selon moi, encourageant, volens nolens, les violences tellement sures d’elles-mêmes (et férocement décomplexées en leur déchaînement) de l’homophobie : mais oui ! _
    évidence trop bien partagée dans l’idéologie dominante,
    et thèse proclamée aussi d’un bout à l’autre des discours des deux intervenants, hier soir, sans la moindre analyse un tant soit peu auto-réflexive de leur part… ;
    …
    en n’interrogeant jamais, donc, l’évidence
    de leur commune thèse
    d’une « identité sexuelle », hétérosexuelle comme homosexuelle, et massive _ sinon universelle.
    …

    …
    Les trois sobres (et très courtes) questions du troisième intervenant dans le public _ et que je ne connais pas _,
    au terme des longs échanges entre William Marx et Jean-Michel Devésa,
    furent, pour moi, en leur directe et frontale pertinence, la contribution la plus lucide de toute la soirée !

    …
    Allant d’emblée, et enfin, questionner l’essentiel :

    l’identité (ou pas) sexuelle, la bi-sexualité (etc.), le quid du top et bottom de la pénétration coïtale…
    …

    …
    Mais Jean-Michel Devésa _ pas assez questionnant _ n’a guère aidé William Marx sur cette voie de l’interrogation-analyse d’une « identité sexuelle »
    que j’aurais personnellement apprécié de voir et entendre vraiment _ et sérieusement _ explorer…
    …

    …
    Et je ne vois même pas non plus, hélas,

    ce que la spécialité « littéraire » de Jean-Michel Devésa a pu apporter, sur ce pourtant bien intéressant et riche plan littéraire-là, aussi, à l’échange :
    rien
    (ou si peu : la très rapide mention seulement du Tricks de Renaud Camus : paru en 1979, et pas en 1988, date de sa re-publication seulement ; et les dates importent fichtrement !!!)
    sur les regards des écrivains assumant plus ouvertement leur orientation homosexuelle, dominante ou pas, exclusive ou pas : ces nuances, capitales, n’ont quasiment pas été abordées, affrontées…
    …

    …
    Et cela, alors même que, sans paraître en avoir vraiment conscience, les deux intervenants étaient proches, l’un comme l’autre, vers la fin,
    de se contredire _ mais oui ! _,

    quant à cette thèse d’une « identité sexuelle »,

    …
    en envisageant _ enfin ! _ davantage de plasticité et de nuances et ouvertures

    dans l’histoire

    (singulière pour chacun ; et pas seulement grossièrement collective ; et surtout massivement idéologique…)

    des pulsions et désirs sexuels,
    eux-mêmes mal distingués d’ailleurs, et par les deux intervenants, des élans affectifs et amoureux :

    …
    comme si nous pouvions passer sans difficultés et instantanément des uns _ pulsions et désirs sexuels _ aux autres _ élans affectis et amoureux _,
    c’est-à-dire du sexuel à l’affectif :

    …
    cela méritait au moins examen, et un peu précis et attentif,

    tant dans l’entretien d’hier soir,

    que dans le petit essai de William Marx, aussi et surtout…
    …

    …
    L’amour a paru ainsi passer à la trappe
    au profit du batifolant libertinage…
    …

    …
    Même si, par ailleurs et d’autre part, William Marx distingue bien clairement et très justement, cette fois, les fantasmes et les actes.

    Dont acte.

    …
    …
    La sexualité _ toujours singulière en l’histoire souvent un peu complexe de chacun _ est bien plus complexe elle-même et variée qu’une affaire d’identité massive et fermée une fois pour toutes !!!

    …
    Et native, probablement, dans ces représentations-là,

    qui courent tant les rues.
    Et qui font les dégâts que l’on sait ; et d’autres que l’on ne sait pas.
    …

    …
    Classer comme être classé est le plus souvent faussement rassurant.

    Panurgique.
    …

    …
    Il suffit, déjà, de lire Freud pour mesurer, de la sexualité, bien des enjeux existentiels, à l’aune de toute une longue vie déployée :
    depuis ce que Freud nomme les « stades » de la « sexualité infantile »,
    et en abordant très précisément ce que celle-là devient en ses, parfois riches, parfois pauvres _ par fixations névrotiques surtout, mais aussi, parfois, perversions forcées _, métamorphoses adultes…
    …

    …
    Dans le petit aparté post-conférence que j’ai pu avoir avec William Marx,
    je lui ai reproché, avec sans doute un peu d’excès, de ne pas assez nous livrer, en son essai, d’éclairages sur l’histoire de son propre devenir sexuel, et en sa singularité (si elle existe) :
    …
    si William Marx parle, en effet, et de manière tout à fait intéressante et précise, détaillée ici,

    de sa lente et tardive
    _ « Tu ne découvris en effet la masturbation que vers la fin _ soit en 1983 ou 84 _ de ta dix-septième année », page 140 _
    prise de conscience, eu égard aux normes alors en cours, de l’éclosion de ses pulsions sexuelles
    …
    (et homosexuelles : et cela par contraste frontal avec deux coïts avec une femme :
    « A l’âge de vingt-deux ans _ en 1988 donc _, pour en avoir le cœur net, tu voulais voir ce que donnerait l’amour _ ou plutôt le sexe ! l’expression, déjà paraît un peu curieuse… _ avec une femme : l’acte _ coïtal _ fut accompli, et par deux fois même, mais sans désir et sans plaisir particulier _ mais est-ce là vraiment significatif ? A la différence du libertinage, un vrai désir, a fortiori un amour authentique et véritable, ne se décrète pas, ni ne s’improvise ainsi. Ce fut la preuve _ mais que vaut celle-là ? Est-elle, aussi partielle, réellement probante ? _ que tu attendais : tu n’aimais et ne désirerais jamais que des hommes, et tu en pris ton parti. Tu crus enfin en ton désir. Ta vision du monde en fut changée. Quelques semaines plus tard, tu déclaras ta flamme _ mais est-ce tout à fait du même ordre ? _ à celui _ Erwann ? William Marx reste flou là-dessus… _ qui deviendrait le compagnon de ton existence _ là il nous livre une confidence _, et autour duquel tu tournais _ voilà ! _ depuis de longs mois déjà », pages 140-141 : amour et coït font, au moins tout d’abord, deux ! _) ;
    …
    il s’en tient, toutefois, en ce petit essai, à cette pour ainsi dire « pré-histoire » de sa sexualité réalisée _ il aura 52 ans cette année 2018 _ ;
    il n’aborde jamais le vécu même de ses relations homosexuelles effectives _ il évoque seulement sa déclaration à Erwann (s’agissait-il de lui ? son nom apparaîtra à la page 154 de l’essai) : « celui qui deviendrait le compagnon de ton existence », vient-il d’écrire à la page 141 _,
    comme ont pu le faire, de manière très détaillée (et passionnante, et chacune en son genre spécifique),
    …
    Renaud Camus en ses Journaux
    _ je l’ai découvert, pour ma part, en 1987, à partir de mon très vif goût de Rome, en son Journal romain (1987) : la répétition hyper-compulsive de ses échanges sexuels (bien peu réciproques, il est vrai) m’a alors beaucoup surpris et étonné ! et informé, aussi, sur des pratiques sexuelles que j’ignorais du tout au tout… _,
    …
    et surtout René de Ceccatty en ses admirables Jardins et rues des capitales (1980), puis Une Fin (2004),
    à propos de ses (assez courts, au final) épisodes de frénésie sexuelle en sa vie, lors de sévères _ et tragiques, même _ déserts amoureux…

    …
    Jardins et rues des capitales est un chef d’œuvre absolu, en ses trois admirables et époustouflantes parties : Hugues, Jacques ; Samuel en Samantha ; et Roma-Fanfilù…
    Je recommande très vivement sa lecture !
    …

    …

    Le terme de « savoir » dans le titre de ce petit essai qu’est ce Un Savoir gai
    me paraît, tout de même, assez excessif ;
    participant de cette envahissante manie des calembours qui a colonisé depuis près de quarante ans les médias,
    et qui est susceptible d’attirer les chalands aux yeux des éditeurs calculant leurs potentiels chiffres de vente…

    …
    Car ce n’est pas d’un vrai savoir qu’il s’agit là ;
    seulement de représentations _ voilà : d’opinions _, plus ou moins répandues, et plus ou moins à tort ou raison…
    …
    Bref, nous restons sur notre faim…
    …
    Déjà, cet essai devrait être bien plus étoffé ; et du côté des expériences vraiment personnelles et singulières de l’auteur…

    …
    Sinon,

    comme phénomène, voire symptôme, d’ordre social et idéologique,

    et à tel moment donné _ comme aujourd’hui _ de l’Histoire,

    …
    le panurgique, si commun _ mais en même temps si contagieux et dangereux ! _, est bien moins riche et intéressant à décrypter :

    il est à seulement à démonter, déconstruire et radicalement _ si c’est possible ! _ détruire ;

    en tout cas affaiblir,

    ou ridiculiser…

    …

    Même si _ ou parce que _ une des fonctions principales de l’idée de « nature », telle du moins qu’elle fonctionne dans les idéologies,

    est de renforcer la représentation (humaine, culturelle) d’une immutabilité et universalité plus ou moins de fait _ ses rares exceptions, très minoritaires, forcément, constituant alors de simples anomalies monstrueuses, des ratés… _,

    et de lui octroyer, en surplomb _ et la renforçant encore, si jamais besoin s’en faisait sentir à certains… _ un fondement « sacré » qui vienne comme pleinement _ et sans contestation aucune _ la légitimer, de droit absolu.

    …

    Au détriment de la variété et des créations de la fantaisie et de la liberté.
    …
    …
    Ce mercredi 31 janvier 2018, Titus Curiosus – Francis Lippa