Étiquette : « Tours promises »

  • Lectures cixoussiennes complémentaires (suite) : une nouvelle piste peut-être pour le repérage du texte cixoussien à propos de la si belle vue sur la Dordogne à Cabara, à la relecture de la page 223 de « Tours promises »…

    En continuation-poursuite de mes précédents articles de ces trois derniers jours, « Réception et toute première lecture, de repérages factuels, du « Chat larme » de la chère Hélène Cixous : avec une très vive admiration…« , « Lectures cixoussiennes complémentaires, dont le passionnant « Animal Amour », paru aux Editions Bayard en 2021, et présent en ma bibliothèque personnelle, mais pas lu jusqu’à aujourd’hui… » et « Lectures cixoussiennes complémentaires (suite) : toujours à la recherche du passage sur la rassérénante vue sur la Dordogne au village de Cabara : « Hyperrêve » (en 2006), la délicieuse psalmodie de l’itinéraire pour rejoindre la Tour de Montaigne, de Pierre Cixous, aux pages 46 à 54…« ,

    voici ce mercredi 21 octobre une nouvelle piste, peut-être, pour le repérage de ce texte cixoussien que je recherche, à propos de la vue sur la Dordogne à Cabara, en ma relecture de la page 223 de « Tours promises » (paru en 2004).

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    Je lis – c’est Hélène qui parle – :

    « Je dois noter que pendant cette journée légendaire (Montaigne 10 avril 2003) – et ce sera, suite à la prononciation du mot « versatilité » pour caractériser son frère Pierre, que, lors d’une conférence prônée par H. C. à la B. N. le 24 mai 2003, que deux jours plus tard, soit le 26 mai 2003, Pierre Cixous signifiera à sa sœur Hélène son refus absolu de ne plus jamais la revoir… – où je ne cesse de vivre là-même la journée Montaigne 1er mars 1995 je ne cesse de prendre des notes – voilà qui a pu resservir pour l’écriture de ce « Tours promises«  ! – dans un petit carnet de la BN (2001 64 pages) posé tantôt sur mes genoux pendant que mon semifrère – puisque c’est ainsi que désormais Hélène qualifie son frère Pierre, depuis le 26 mai 2003 qu’il s’est déclaré absolument fâché avec elle – conduit ma voiture en commentant : 1) le paysage : « au tournant– en traversant  le petit village de Cabara ??? – on arrive au bleu pâle de Dordogne », 2) la vie en général (le profit de l’un est le dommage de l’autre), 3) la vie et sa fin (qu’il ne faut juger de notre bonheur qu’après la mort), 4) sa propre vie dont il – Pierre ? probablement… – remonte le cours en marche arrière me narrant longuement des balades en vélo d’une grande ancienneté Galway Tolède Oxford Toronto »…

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    Je sais bien que le mot même de « Cabara » n’est pas factuellement prononcé ici ; il n’empêche que l’impression éprouvée quand on découvre soudain – avec surprise et émerveillement ! et gratitude même devant cette resplendissante beauté… – la si belle Dordogne au détour d’une des petites rues serpentines de Cabara, en venant de la route de Branne, est exactement celle-là, comme si toute notre vie nous avions aspiré à la rencontre de la plénitude sereine absolue, auto-suffisante, pleine de grâce, de ce si beau bleu pâle-là du fleuve en sa toute simple majesté…

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    J’ajoute que ce matin, j’ai eu la joie de recevoir un appel d’Hélène Cixous en personne, durant 23 minutes…

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    Ce mercredi 21 octobre 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Lectures cixoussiennes complémentaires (suite) : toujours à la recherche du passage sur la rassérénante vue sur la Dordogne au village de Cabara : « Hyperrêve » (en 2006), la délicieuse psalmodie de l’itinéraire pour rejoindre la Tour de Montaigne, de Pierre Cixous, aux pages 46 à 54…

    Lectures cixoussiennes complémentaires (suite) :

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    toujours à la recherche du beau passage sur la rassérénante vue sur la Dordogne au village de Cabara, dont le souvenir de la lecture m’a marqué, voici que je repère dans « Hyperrêve » (paru en 2006), la magnifique psalmodie de l’itinéraire pour rejoindre la Tour de Montaigne, de Pierre Cixous, le frère d’Hélène, aux pages 46 à 54 de la Première partie de cet opus, très significativement intitulée, pour ce qui présentement m’intéresse à ma lecture de « Chat Larme« , « Avant la fin » – déjà, déjà ; car c’est là ce qui travaille aussi, et comment !, ce beau « Chat Larme«  qui présentement me questionne…

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    Je lis donc, page 44 :

    « Je vis sur l’hypothèse que notre tour – de Montaigne, située sur un côteau surplombant la vallée, entre Castillon-la-Bataille et Sainte-Foy-la-Grande – est intacte. Mais tout est hypothèse. Vis-Je ? ou suis-je en train de faire demi-tour ? Je ne peux pas faire autrement  que d’appeler mon frère – Pierre – pour aller à la tour. Allons à la Tour, dis-je, (…) quand tu veux chérie dit mon frère, maintenant que mon frère me suit je ne peux plus reculer. (…) Je ne peux pas faire autrement. La Tour est mon abcès. C’est mieux ainsi. Toute ma folie est fixée dans les reins solides du cylindre adoré. (…) Mais aller voir la Tour a toujours eu un effet de rosée, chaque fois que j’y vais, je constate de mes yeux qu’elle existe, ses lézardes n’ont pas changé, elle est increvable dira mon frère, comme s’il parlait de ma mère – Ève (Strasbourg, 14 octobre 1910 – Paris, 1er juillet 2013) – , cela me remet d’aplomb pour quelque temps. Je ne peux quand même pas vivre avec la Tour, de la Tour, sur la Tour. Toutefois quelque chose de vital – voilà ! – me tient à elle comme rouleau, vase, colonne contenance des alliances supérieures. Que ma compulsion d’une part soit proche de la maladie mentale le fait est compensé d’autre part largement par ce qui l’accompagne, c’est-à-dire l’alliance avec mon frère – qui la rompra, ou l’a rompue, le 26 mai 2003, avons-nous appris en notre lecture de « Tours promises«  (paru en 2004), à la page 85, pour n’avoir pas supporté, lui, Pierre, le mot injuste de « versatilité«  prononcé à son égard deux jours plus tôt à la B. N. , en public, par Hélène sa sœur… C’est à la faveur de la tentation turrique qui s’est développée et crispée ces dernières années que l’alliance frère-sœur s’est étoffée. Mon frère est devenu mon frère-qui-ne-refuse-jamais. Ma mère dit pourquoi, mon frère dit oui. Si bien (…) que je m’assure de la solidité de la Tour et en même temps de l’endurance de l’amitié frère-moi. Mon frère ne m’a jamais demandé pourquoi sitôt arrivée dans la région – en sa maison d’écriture des Abatilles, à Arcachon – je l’appelle pour aller à la Tour un de ces jours. Il n’a jamais fait aucun commentaire.

    (…) De son côté mon frère procède aussi à une répétition mais d’une autre sorte. Premièrement elle est réservée à l’itinéraire que nous parcourons – en voiture, pour rejoindre cette Tour de Montaigne à partir de Bordeaux ou d’Arcachon – , il s’agit d’une psalmodie – quasi chantée et enchantée – d’une centaine de kilomètres – depuis Arcachon, pas depuis Bordeaux – dont les charmes extrêmes – voilà ! – tiennent aux noms des localités que nous traversons accompagnées d’un bref commentaire régulier. Je ne dis jamais à mon frère : tu m’as déjà dit cela dix fois. Car le charme – voilà, voilà ! – tient aussi à l’exactitude absolue de la reproduction verbale jusqu’aux nuances sémantiques et jusqu’à l’intonation – un poil gasconnante ?... Le chant – voilà ! – de mon frère conserve une fraîcheur mythique. Cela donne à chaque expédition la couleur de la première fois. J’en suis venue à attendre et à vérifier. Tu reconnais cette route ? dit mon frère, Fargue Saint-Hilaire Camarsac ville intéressante Saint-Pey-d’Armens Saint-Quentin-de-Baron créneau : sépultures un parc hollywoodien vos morts sont traités comme des hôtes de marque rejetés par la population Grézillac Le Moine Pey du Prat, notre amie la Dordogne – la voici donc, maintenant, au passage ! mais sans plus de description de son paysage si beau – – on était sans racines à Alger dit mon frère on était totalement seuls dans la solitude – welcome to St Jean City Saint-Jean-de-Blaignac Branne Hôtel de France, Cabara – nous y voilà enfin ! – dit mon frère 120 habitants et un crime cette Ferme superbe où un homme a tué un homme dit mon frère chaque année il n’y a pas que du bonheur et chaque année un homme tue un homme, il y a du bonheur quelqu’un est tué Pont de la Donne Pujols Castillon la Bataille – chez moi durant toute mon enfance  –  où la Bataille fut gagnée  et perdue – le 17 juillet  1453 – le ciel et ses constructions nuageuses dans l’eau et les acacias sur le quai – de la si belle Dordogne – l’épée de Talbot dans la sente aux vignes Lavagnac rapportée du Midi tu sais comment s’appelle cette rue Promenade des Alliés, chaque année les hommes tombent et sont ressuscités, mon frère chante les guerres qui restent dans les pierres monsieur Talbot dort si loin de chez lui – même si en 1453 Bordeaux et la Guyenne étaient bel et bien anglais, et cela depuis Aliénor d’Aquitaine (1124 – 1204)… – , les Alliés se promènent (…) Oubli avec Mémoire Cabara dit mon frère – à nouveau le rapporte Hélène, mais à nouveau sans évoquer son quai et son admirable vue sur la placide, large et très lente Dordogne... – 120 habitants  un crime, à force de la faire et de la réciter cette route – les noms sont placés ici dans le récit dans le désordre par rapport à l’ordre effectif de l’acheminement – est devenue la route des Alliés et des Oubliés. L’alliance de la route et de la Tour je ne sais si nous l’avons créée par creusement du temps mon frère et moi ou si c’est elle, par la phrase si riche – oui, oui – qu’elle trace dans l’espace, qui nous conduit sans que nous le sachions à travers les champs de tous les temps. Vous qui survivez un temps vous mourrez et nous survivrons nous disent les villages, les lavoirs – il y en a en effet un tout près du quai à Cabara – , les arbres – de toutes les nuances de vert... – , les demeures – qui demeurent. (..) Je n’ai d’ailleurs jamais pu commencer travailler à une œuvre littéraire qui ne soit pas illuminée par une Tour. (…) Je vis sur l’hypothèse que notre Tour est intacte. (…) Mon frère forme avec la Tour un ensemble originaire. (…) Dès que je me tourne ou suis tournée vers notre Tour, j’appelle mon frère, et seulement mon frère, depuis quelques années c’est d’ailleurs mon frère, et non moi ni mon aimé, qui a pris quelque chose de la Tour, c’est imperceptible, un arrondissement rêvassier ou peut-être une densité séculaire, comme une persistance naturelle qui n’a rien de charnellement humain, et qui se forme intérieurement à un être à force de répéter une aventure.

    (…) Ma mère combat le fantôme de la Tour  de Montaigne en moi comme symptôme d’une peste agréée, je dis la Tour, elle dit ton Four. Elle repousse la Tour, un moulin à livres de vent. Elle n’était pas là quand j’avais dix-neuf ans – en 1957, elle réside à  Sainte-Foy-la-Grande, où son mari enseigne la philosophie ; et  j’y ai enseigné moi aussi quelques années plus tard la philosophie… – et je la rencontrai – cette bien assise et dodue Tour de Montaigne. J’avais cru que Talbot était un personnage littéraire, je passai devant sa maigre tombe – placée un peu en vue sur le bord de la route nationale entre Capitourlan et Castillon – devant laquelle Montaigne en passant cent ans après la bataille– du 17 juillet 1453 – avait arrêté un instant son petit cheval pour penser à la mort – et nous voici directement renvoyés à notre lecture du présent « Chat Larme« … À ses raffinements, à ses ressources de malignité. Voyant que Talbot, qui se jugeait grand capitaine lorsqu’il fit tomber anglaise la ville de Bordeaux – non : Talbot était venu là pour en défendre la séculaire possession anglo-gasconne, depuis Aliénor d’Aquitaine (1124 – 1204) : divorcée en 1152 du roi de France Louis VII (1120 – 1180), qu’elle avait épousé en 1137, celle-ci épouse la même année 1152 Henri Plantagenet (1133 – 1189), qui devient roi d’Angleterre en 1154 ; et mère des rois Richard Cœur de Lion (1157 – 1199) et Jean sans Terre (1166 – 1216)… En 1154, l’Aquitaine devient ainsi anglaise et le demeurera jusqu’à la bataille de Castillon, le 27 juillet 1453, qui met fin à la Guerre de Cent Ans  – , gît maintenant tout seul et désormais sous trois pierres et deux cailloux étrangers – français seulement depuis 1453. Qu’il ne faut juger de notre heur qu’après la mort et les funérailles. C’est ici que vivent les morts auxquels Montaigne vint trop tard, me dis-je. Sur ce talus invisité. C’est ici que Montaigne a pris de Talbot qui jadis lui avait pris Bordeaux – pas tout à fait ! Hélène revisite l’Histoire… – la leçon de mourir net et de fin composée à la perfection et de tâcher à s’enterrer – pour écrire ses Essais tant qu’il y aurait de l’encre et du papier...- dans le giron de la Tour.

    (…) Je dis : « Ma Tour » et je suis éblouie de peur. Il n’est pourtant pas de lieu au monde qui me procure plus d’apaisement, me faisant apercevoir l’immortalité avec une adresse – bien palpable – sur la terre, mais à condition que je la touche de mes mains, que je la tâte, que je passe mes doigts sur ses crevasses pour en faire l’inventaire, même les crevasses lézardes mousses moisissures me rassurent, j’assieds toute ma volonté et mon faire sur sa ténacité native : elle est comme elle a toujours été » – stable et solide, increvable, comme Ève sa mère…

    …

    Je n’ai pas donc pas pu résister à recopier ici ces passages splendides, forme comme fond, de l’écriture d’Hélène Cixous, même si je n’y ai pas retrouvé ce que je me figurais – et figure encore pour le moment – comme l’éloge, par Hélène Cixous, de la vue si paisible – loin du crime qu’a retenu, lui, Pierre Cixous… – de la Dordogne sur le quai archi-paisible du tout petit village de  Cabara – 120 habitants – , bien à l’écart de la route directe toute droite là, et un peu passante, entre Branne et Saint-Jean-de-Blaignac : pour gagner le quai de Cabara, il faut ainsi emprunter une petite route, qui serpente un peu entre les fermes et les champs, et longe aussi, un court moment, la Thébaïde lumineuse de la Dordogne…

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    Quel beau texte !!!

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    Ainsi, ce n’est pas en lisant « Hyperrêve » que j’ai pu m’extasier sur le regard porté par Hélène Cixous sur le spectacle tranquillement éblouissant et qui vaut assurément le détour par la petite route qui serpente entre les fermes et les champs avant de déboucher sur le quai de la Dordogne au tranquille petit village de Cabara, offrant cette sublime vue sur le paisible fleuve presque à l’arrêt ici, mais peut-être bien en un autre de ses livres – mais pas « Tours promises » relu hier in extenso, et qui ne comporte pas non plus ce passage que je continue de rechercher… – , ou peut-être que j’ai moi-même fantasmé, connaissant cette sublime époustouflante vue si tranquille, en associant en mon esprit échauffé le nom de « Cabara » psalmodié à deux reprises en 18 lignes de la même page 47, par ce que H. C. rapporte, en cet « Hyperrêve« , page 47 donc, à l’expression rapportée elle aussi, 3 lignes plus haut en cette décisive page 47, que la première occurence de l’expression « Cabara dit mon frère 120 habitants et un crime« … Pierre Cixous associait donc, comme s’en souvient fort bien sa sœur Hélène, le nom de « Cabara » avec le mot de « bonheur » ainsi que le mot de « crime » dans l’expression rapportée par Hélène de « cette Ferme superbe où un homme a tué un homme (dit mon frère) chaque année il n’y a pas que du bonheur et chaque année un homme tue un homme , il y a du bonheur quelqu’un est tué« , alors que, et est-ce du fait de ce mot de « bonheur » lui-même répété auprès du nom de « Cabara« , succédant à l’expression, 3 lignes plus haut, de « notre amie la Dordogne » ?, j’aurais imaginé que Hélène évoquait le paysage stupéfiant de « bonheur » justement, si lumineusement paisible, une splendide ensoleillée journée de mai, le 28 mai 2022 – cf mon article « La grande joie de revoir et écouter Pascal Chabot, philosophe, et Karol Beffa, compositeur-interprète, au Festival Philosophia 2022 (« La Terre ») à Saint-Emilion…« … – en me rendant au Festival Philosophia, à Saint-Émilion, pour rencontrer et écouter mes amis le philosophe Pascal Chabot et le compositeur Karol Beffa… Cabara et sa Dordogne étant pour moi pur « bonheur« , à mille lieues de « crime« …

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    Bref, Cabara, après le lycée de Grand Air d’Arcachon et le lycée Élisée Reclus de Sainte-Foy-la-Grande, où Hélène Cixous et moi-même avons tous les deux enseigné, à assez peu d’années de distance – Hélène est née en 1937 et moi en 1947 :  nous avons 10 ans d’écart d’âge… – , elle l’Anglais, et moi la Philosophie, est un troisième lieu qui continue, en nos souvenirs si vivants, de nous réunir, en Gironde, en plus de notre rencontre-entretien – magique ! – , le 23 mai 2019, à la Station Ausone de la librairie Mollat à Bordeaux, comme en témoigne, j’espère pour longtemps – tant que fonctionnent les machines… – , cette merveilleuse vidéo de notre entretien à propos de son si intensément marquant « 1938, nuits« …

    Et je dis rien ici de notre partagée vénération pour Montaigne, et sa magique Tour d’étude-écriture, dodue… 

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    Toujours à suivre, donc :

    je vais bien sûr revenir me pencher sur son tout récent signe d’alarme de larmes, « Chat Larme« …

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    Ce mercredi 20 octobre 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Lectures cixoussiennes complémentaires, dont le passionnant « Animal Amour », paru aux Editions Bayard en 2021, et présent en ma bibliothèque personnelle, mais pas lu jusqu’à aujourd’hui…

    À la recherche d’éléments complémentaires pour parfaire mon intelligence un peu plus fouillée du passionnant « Chat Larme » lu une toute première fois hier – cf mon article d’hier soir 18 octobre : « Réception et toute première lecture, de repérages factuels, du « Chat larme » de la chère Hélène Cixous : avec une très vive admiration…« , en un tout premier dépiautage… – , et après avoir recherché, mais en vain jusqu’ici – il me faut donc poursuivre cette recherche… – , parmi ma collection de livres d’Hélène Cixous – son « Tours promises » de 2004, ainsi que son « Le Jour où je n’étais pas là » de 2000, passés en revue tous les deux, mais sans réussir à mettre la main sur la page narrant le paysage de la Dordogne à  Cabara contemplé avec son frère Pierre, pas encore fâché par le malencontreux qualificatif de « versatilité«  employé à son égard (page 85 de « Tours promises« )… – le détail qui m’a profondément marqué du passage où celle-ci narre son émerveillement, en compagnie de son frère Pierre, à Cabara – entre Branne et Saint-Jean-de-Blaignac – , à la vue de l’ample méandre si paisible de la Dordogne – un lieu que j’aime tout particulièrement moi aussi, et pour lequel je n’hésite pas à faire un détour pour venir le contempler à mon passage par Branne ; et il se trouve aussi que les parents de mon camarade de lycée durant 7 ans, à Libourne, Claude Mie (Libourne, 3 juillet 1946 – Libourne, 6 mai 2018), étaient les instituteurs de ce village de Cabara : venu à Cabara rendre visite à Claude Mie, c’est ce jour-là que j’ai vu pour la première fois Cabara… – , lors d’un de leurs voyages, ensemble, Pierre et Hélène, à la Tour de Montaigne,

    je viens de tomber aussi, dans la haute pile des Cixous à portée de ma main, sur un important petit livre, de 2021, aux Éditions Bayard, que je n’avais pas lu – mais oui, ça m’arrive ! – : le très détaillé « Animal Amour« ,

    le texte d’une superbe « petite conférence » donnée le 21 janvier 2006 au Nouveau Théâtre de Montreuil – aux pages 9 à 44 – , très joliment suivi – aux pages 47 à 76 – d’échanges très riches de « Questions/Réponses » avec le jeune public très attentif de cette « petite conférence« , où voici que j’apprends de nouveaux éléments, circonstanciels, des liens d’Hélène Cixous, d’une part avec son chien ratier Fips, durant son enfance à Alger, et d’autre part avec ses chattes, dont d’abord la chatte Thessie (1993 – 26 août 2002) – nommée cette fois-là « Tessie« … – , puis les chattes – l’une noire, l’autre blanche – Philia et Alètheia (nées, par un étrange hasard, ce même 26 août 2002 du décès de la chatte Thessie ; et qui ne sont pas du tout des filles de Thessie – « Et de Thessie sont venues Alètheia et donc Philia et par réincarnations Haya et Isha, et par suite viendront Physis et Echo« , lit-on page 24 – , même si elles lui succèdent au domicile d’Hélène à partir du « premier jour du printemps » 2004 – la date nous en est donnée à la page 77 de « Chat Larme« … – , soient âgées alors d’un peu moins de 7 mois…

    …

    Dans le bref chapitre inaugural de ce « Chat Larme« , aux pages 9 à  12, intitulé « Le dernier livre« , l’autrice se confronte, une nouvelle fois ces derniers temps, mais plus frontalement que d’habitude, à la question de la nature de ce qui risque d’être, l’âge venant, son ultime opus :

    «  »Ceci est mon dernier livre », me dis-je – c’est-là la phrase inaugurale de ce nouvel opus cixoussien, ce mois d’octobre 2026… –

    Cela faisait des années – déjà, en effet – que cette idée se présentait à moi, (m’avertissait) me prévenait – en forme d’alarme baignée de pleurs, angoissée : ritournellement sussurée en quelque sorte, mais au fur et à mesure de plus en plus insistante : « For whom the bell tolls ?« , sonnait-tonnait l’immense John Donne… –  , mais chaque fois le livre que je prenais pour l’ultime, et que donc je considérais avec – immense – respect et timidité s’avérait – à l’endurance de la durée de vie et d’écriture continuée : « Tant qu’il y aura de l’encre et du papier« , s’encourageait notre très cher Montaigne en son final essai, testamentaire et en apothéose, « De l’expérience« … – erreur libre, illusion – ce n’était donc pas lui, ce « dernier livre«  auquel il allait falloir, au présent de l’écriture, devoir s’affronter : un autre nouveau livre s’avérant, de fait, et en effet, le suivant. Pendant des années il y eût le Fantôme, celui-là m’a accompagnée régulièrement, il remplissait la fonction – capitale et archi-nécessaire, quasi-vitale… – de confident – interlocuteur d’absolue confiance… – , de collègue, de co-aventurier,  et de co-vivant. Entre nous il s’appelait Le-Livre-que-je n’écris-pas, il aurait pu s’appeler Le-Livre-que-j’écrirai, d’une certaine façon, il était déjà écrit et – même – archivé, c’était le livre que je craignais d’écrire – en tant que devant s’affronter au fait de se trouver peut-être devenir le dernier… – et je cultivais – aussi – cette – sacro-sainte – crainte, sachant – pertinemment – que c’était cette crainte même qui me pousserait – très ardemment – à le confesser – c’est-à-dire parvenir à l’écrire très effectivement. Et finalement, au terme de chaque expédition – d’écriture-aventure, très dangereusement risquée chaque fois, livre après livre… – , je devinais que Le-Livre-que-je-n’écris-pas – « C’est un thème récurrent chez toi, dit ma fille. (…) Tout dépend des guillemets. Si tu mets des guillemets, c’est une citation. (…) Je mettrais – au conditionnel, et pas au futur ! – des guillemets, dit le carnet (de 2002, et relu en 2025, ou 2026…). Si on publiait – au conditionnel maintenu, mais que vient maintenant contredire la présente très effective publication de ce modeste « Chat Larme« … – ce livre qui n’est que chat« , lit-on, au final, pages 86 et 87… – se dérobait (déroberait) à toute reddition, se faisait prier – voilà ! – , et promettait de s’accomplir au prochain arrêt« , page 7.

    Pour aboutir, quinze lignes plus loin, page 10, cette fois, au très inattendu, et assez ironique, constat-révélation suivant :

    « Et quelle surprise ! Je n’aurais jamais imaginé que mon « dernier » livre, c’est ce livre. Celui-ci-même – ce « Chat Larme« -ci, par conséquent…. Certes je m’attendais à une surprise, mais de magnitude – supposée forcément – impressionnante – quasi cataclysmique… – , une œuvre biblique ou révolutionnaire – voilà ! exaltée et tonitruante… – , violente, unique, mais attendrissante, sans précédent – pour un bouquet final ! – ou sans précédente, semblable à aucune autre jamais survenue dans le monde haletant de la littérature, et qui n’aurait – nécessairement, pour être « le dernier« … – pas de suite. Du moins dans le monde connu de ma bibliothèque. Les personnages, s’il y en avait, je m’attendais à ce qu’ils soient (…) de ces personnes qui sont perçues comme des « caractères » – puissants – , (…) gens assez rares donc. (…) Or rien ni personne de ces candidats ne se présente – ici, cette fois – au poste de personnage principal de ce livre, ni la Mère, ni le Grand Frère ni le Roi, ni la Fille adorée, ni le prophète, ni le héros tragique ni le Sage

    alors quoi ? qui ?

    _ un chat. Personne d’autre – voilà !!!

    Là où j’aurais pu m’attendre à un K., un chat !?

    (…) Ainsi on trouverait, par exemple, une scène où l’artiste en narration serait tellement angoissé, ou heureux, que c’est comme si de grands incendies anéantisseurs de continents ou des massacres tueurs de peuples ne le prenaient pas – cette fois-ci, pour une fois – à la gorge, comme si la fumée âcre et terrifiante des bûchers ne le faisait pas trembler d’une épouvante sacrée – voilà, voilà ! – , pendant ces heures où – nous y voici… – son âme était tout entière absorbée à ne pas quitter du regard – quoi ? qui ? – le petit visage transi de désespérance – Thessie est en train de quitter la vie : une attaque la terrasse et la détruit… – du chat bien-aimé » – fin du chapitre d’ouverture, page 12.

    …

    Une merveille !

    …

    Et en reprenant « Tours promises » – paru en 2004, il y a 22 ans… – , j’y retrouve ces deux superbes affirmations de l’autrice, la première concernant précisément la chatte Thessie :

    _ à la page 139, ceci :

    « J’avais perdu lourdement mon Eurydice ma bien-aimée Thessie (…) le 30 août 2002. Je n’acceptai pas que la bonté dont elle était l’essence ne fût plus incarnée. Je n’accepte pas que le travail de la désagrégation des cellules interrompe l’enlacement des âmes » : la conséquence en sera, en plus de l’écriture, l’adoption dès le mois de mars suivant, en 2004, des chattes Philia et Alètheia, …

    _ et à la page 73, cela, comme anticipation quasi prémonitoire, sur le pouvoir de sa littérature :

    « Tout est invention. L’ennemi c’est croire qu’il y a un récit vrai, croire qu’il y a une explication, que l’enchaînement des faits enchaîne les faits et engendre une forme, non non la vie est déchaînée. J’écris un livre. Ce livre n’est pas Celui que je n’écris pas. Je couds ma vie avec des livres, lorsque c’est déchiré, je me recouds – voilà ; je me rabiboche avec les moyens (sublimes) de mon bord d’écrivaine…. Toute la vérité sera faite au dernier moment, à la dernière heure, c’est alors que nous saurons que nous aurons été, qui nous aurons été, seul le dernier jour signe« …

    Voilà ! Mais nous n’y sommes pas encore à ce moment-ci…

    …

    Et en lisant pour la première fois ce matin « Animal Amour » – paru en 2021 et présent dans ma bibliothèque personnelle, mais pas encore lu jusqu’ici – , un long passage extrêmement parlant, de la page 36 à la page 44, concerne très précisément cette chatte Thessie – orthographiée ici « Tessie« … – adorée, dont j’extrais ceci :

    « Nos âmes étaient pareilles. Elle me donnait la vie, sa vie, ma vie et sans aucune dette. Elle m’a donné sa mort aussi – voilà – et je la garde, mais je ne peux pas en parler ici – ce sera pour « Chat Larme« …  J’ai cru mourir de ce don, mais on doit rester quand même. Elle a mis – moribonde, en ses ultimes instants de vie… – ses lèvres fines comme un trait sur ma bouche disant : « N’aie pas peur, je reviens, je trouverai un moyen ». Et elle a mis son dernier souffle sur ma langue. Elle est revenue. Le moyen, c’était Philia et Alètheia. Mes deux chattes – en l’année 2006 où cette conférence est prononcée – sont nées le jour même – de la mort de Thessie : le 30 août 2002 ; mais elles ne sont pas ses filles… – , comme on rallume un feu aux braises et un nom à un nom – pour continuer et poursuivre inlassablement son travail.De Thessie est venue Theia, et de Theia Alètheia, qui veut dire en grec la vérité. Et d’Alètheia est venu Philia, qui veut dire en grec l’amour. L’amour qui aime, l’amour de l’amour. Cependant si je n’aimais pas, si je ne crevais pas de peur de perdre, si donc je n’avais pas de chat à perdre, je serais pauvre, sans joie, sans vie. Je serais sans mémoire, sans fièvre, sans toi donc sans moi-même – voilà ! – , je serais sans.

    (…) L’amour, qui nous donne le bonheur, ne nous le donne sous sa forme la plus aiguë, la plus enivrante, la plus délicieuse, qu’au prix de la mort – Orphée perd Eurydice. Qui aime, tremble pour l’autre, par l’autre. C’est comme ça – en effet. Qui me donne à vivre me donne à mourir également. J’avais déjà eu à mourir de la mort de mon père, puis de la mort de Fips, son chien adoptif, mon enfant, mon frère. Chaque mort m’arrive – me tombe dessus. Je crains la morsure, l’amputation – de ce qui s’est greffé en moi : « Greffée. Je suis greffée« , a-t-on page 20. De l’animal amour, la mort est sûre. Encore plus sûre que la mienne à cause de la vie qui naturellement est plus courte – pour un animal que pour un humain – , du moins en principe, sauf pour l’éléphant. De nous deux l’un verra l’autre mourir, l’un devra subir le mourir et la mort de l’autre. On ne sait pas lequel de nous deux survivra mais avec ma malchance, me dis-je, je parie que ce sera encore moi qui aurai le malheur d’avoir à vivre avec une vie de moins » – en moi et mon âme, du moins tant qu’elle est en mesure de cultiver encore sa mémoire… ; de même que le corps lui aussi, à la longue, finit par s’user et se défaire, partir peu à peu en lambeaux, inéluctablement, malgré les recoutures et les soins des réparations…

    …

    Mes relecture cixoussiennes complémentaires ne font ainsi que commencer :

    à suivre et poursuivre, donc, pour être un peu plus conséquent…

    …

    Ce lundi 19 octobre 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa