Lectures cixoussiennes complémentaires (suite) : toujours à la recherche du passage sur la rassérénante vue sur la Dordogne au village de Cabara : « Hyperrêve » (en 2006), la délicieuse psalmodie de l’itinéraire pour rejoindre la Tour de Montaigne, de Pierre Cixous, aux pages 46 à 54…

Lectures cixoussiennes complémentaires (suite) :

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toujours à la recherche du beau passage sur la rassérénante vue sur la Dordogne au village de Cabara, dont le souvenir de la lecture m’a marqué, voici que je repère dans « Hyperrêve » (paru en 2006), la magnifique psalmodie de l’itinéraire pour rejoindre la Tour de Montaigne, de Pierre Cixous, le frère d’Hélène, aux pages 46 à 54 de la Première partie de cet opus, très significativement intitulée, pour ce qui présentement m’intéresse à ma lecture de « Chat Larme« , « Avant la fin » – déjà, déjà ; car c’est là ce qui travaille aussi, et comment !, ce beau « Chat Larme«  qui présentement me questionne…

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Je lis donc, page 44 :

« Je vis sur l’hypothèse que notre tour – de Montaigne, située sur un côteau surplombant la vallée, entre Castillon-la-Bataille et Sainte-Foy-la-Grande – est intacte. Mais tout est hypothèse. Vis-Je ? ou suis-je en train de faire demi-tour ? Je ne peux pas faire autrement  que d’appeler mon frère – Pierre – pour aller à la tour. Allons à la Tour, dis-je, (…) quand tu veux chérie dit mon frère, maintenant que mon frère me suit je ne peux plus reculer. (…) Je ne peux pas faire autrement. La Tour est mon abcès. C’est mieux ainsi. Toute ma folie est fixée dans les reins solides du cylindre adoré. (…) Mais aller voir la Tour a toujours eu un effet de rosée, chaque fois que j’y vais, je constate de mes yeux qu’elle existe, ses lézardes n’ont pas changé, elle est increvable dira mon frère, comme s’il parlait de ma mère – Ève (Strasbourg, 14 octobre 1910 – Paris, 1er juillet 2013) – , cela me remet d’aplomb pour quelque temps. Je ne peux quand même pas vivre avec la Tour, de la Tour, sur la Tour. Toutefois quelque chose de vital – voilà ! – me tient à elle comme rouleau, vase, colonne contenance des alliances supérieures. Que ma compulsion d’une part soit proche de la maladie mentale le fait est compensé d’autre part largement par ce qui l’accompagne, c’est-à-dire l’alliance avec mon frère – qui la rompra, ou l’a rompue, le 26 mai 2003, avons-nous appris en notre lecture de « Tours promises«  (paru en 2004), à la page 85, pour n’avoir pas supporté, lui, Pierre, le mot injuste de « versatilité«  prononcé à son égard deux jours plus tôt à la B. N. , en public, par Hélène sa sœur… C’est à la faveur de la tentation turrique qui s’est développée et crispée ces dernières années que l’alliance frère-sœur s’est étoffée. Mon frère est devenu mon frère-qui-ne-refuse-jamais. Ma mère dit pourquoi, mon frère dit oui. Si bien (…) que je m’assure de la solidité de la Tour et en même temps de l’endurance de l’amitié frère-moi. Mon frère ne m’a jamais demandé pourquoi sitôt arrivée dans la région – en sa maison d’écriture des Abatilles, à Arcachon – je l’appelle pour aller à la Tour un de ces jours. Il n’a jamais fait aucun commentaire.

(…) De son côté mon frère procède aussi à une répétition mais d’une autre sorte. Premièrement elle est réservée à l’itinéraire que nous parcourons – en voiture, pour rejoindre cette Tour de Montaigne à partir de Bordeaux ou d’Arcachon – , il s’agit d’une psalmodie – quasi chantée et enchantée – d’une centaine de kilomètres – depuis Arcachon, pas depuis Bordeaux – dont les charmes extrêmes – voilà ! – tiennent aux noms des localités que nous traversons accompagnées d’un bref commentaire régulier. Je ne dis jamais à mon frère : tu m’as déjà dit cela dix fois. Car le charme – voilà, voilà ! – tient aussi à l’exactitude absolue de la reproduction verbale jusqu’aux nuances sémantiques et jusqu’à l’intonation – un poil gasconnante ?... Le chant – voilà ! – de mon frère conserve une fraîcheur mythique. Cela donne à chaque expédition la couleur de la première fois. J’en suis venue à attendre et à vérifier. Tu reconnais cette route ? dit mon frère, Fargue Saint-Hilaire Camarsac ville intéressante Saint-Pey-d’Armens Saint-Quentin-de-Baron créneau : sépultures un parc hollywoodien vos morts sont traités comme des hôtes de marque rejetés par la population Grézillac Le Moine Pey du Prat, notre amie la Dordogne – la voici donc, maintenant, au passage ! mais sans plus de description de son paysage si beau – – on était sans racines à Alger dit mon frère on était totalement seuls dans la solitude – welcome to St Jean City Saint-Jean-de-Blaignac Branne Hôtel de France, Cabara – nous y voilà enfin ! – dit mon frère 120 habitants et un crime cette Ferme superbe où un homme a tué un homme dit mon frère chaque année il n’y a pas que du bonheur et chaque année un homme tue un homme, il y a du bonheur quelqu’un est tué Pont de la Donne Pujols Castillon la Bataille – chez moi durant toute mon enfance  –  où la Bataille fut gagnée  et perdue – le 17 juillet  1453 – le ciel et ses constructions nuageuses dans l’eau et les acacias sur le quai – de la si belle Dordogne – l’épée de Talbot dans la sente aux vignes Lavagnac rapportée du Midi tu sais comment s’appelle cette rue Promenade des Alliés, chaque année les hommes tombent et sont ressuscités, mon frère chante les guerres qui restent dans les pierres monsieur Talbot dort si loin de chez lui – même si en 1453 Bordeaux et la Guyenne étaient bel et bien anglais, et cela depuis Aliénor d’Aquitaine (1124 – 1204)… – , les Alliés se promènent (…) Oubli avec Mémoire Cabara dit mon frère – à nouveau le rapporte Hélène, mais à nouveau sans évoquer son quai et son admirable vue sur la placide, large et très lente Dordogne... – 120 habitants  un crime, à force de la faire et de la réciter cette route – les noms sont placés ici dans le récit dans le désordre par rapport à l’ordre effectif de l’acheminement – est devenue la route des Alliés et des Oubliés. L’alliance de la route et de la Tour je ne sais si nous l’avons créée par creusement du temps mon frère et moi ou si c’est elle, par la phrase si riche – oui, oui – qu’elle trace dans l’espace, qui nous conduit sans que nous le sachions à travers les champs de tous les temps. Vous qui survivez un temps vous mourrez et nous survivrons nous disent les villages, les lavoirs – il y en a en effet un tout près du quai à Cabara – , les arbres – de toutes les nuances de vert... – , les demeures – qui demeurent. (..) Je n’ai d’ailleurs jamais pu commencer travailler à une œuvre littéraire qui ne soit pas illuminée par une Tour. (…) Je vis sur l’hypothèse que notre Tour est intacte. (…) Mon frère forme avec la Tour un ensemble originaire. (…) Dès que je me tourne ou suis tournée vers notre Tour, j’appelle mon frère, et seulement mon frère, depuis quelques années c’est d’ailleurs mon frère, et non moi ni mon aimé, qui a pris quelque chose de la Tour, c’est imperceptible, un arrondissement rêvassier ou peut-être une densité séculaire, comme une persistance naturelle qui n’a rien de charnellement humain, et qui se forme intérieurement à un être à force de répéter une aventure.

(…) Ma mère combat le fantôme de la Tour  de Montaigne en moi comme symptôme d’une peste agréée, je dis la Tour, elle dit ton Four. Elle repousse la Tour, un moulin à livres de vent. Elle n’était pas là quand j’avais dix-neuf ans – en 1957, elle réside à  Sainte-Foy-la-Grande, où son mari enseigne la philosophie ; et  j’y ai enseigné moi aussi quelques années plus tard la philosophie… – et je la rencontrai – cette bien assise et dodue Tour de Montaigne. J’avais cru que Talbot était un personnage littéraire, je passai devant sa maigre tombe – placée un peu en vue sur le bord de la route nationale entre Capitourlan et Castillon – devant laquelle Montaigne en passant cent ans après la bataille– du 17 juillet 1453 – avait arrêté un instant son petit cheval pour penser à la mort – et nous voici directement renvoyés à notre lecture du présent « Chat Larme« … À ses raffinements, à ses ressources de malignité. Voyant que Talbot, qui se jugeait grand capitaine lorsqu’il fit tomber anglaise la ville de Bordeaux – non : Talbot était venu là pour en défendre la séculaire possession anglo-gasconne, depuis Aliénor d’Aquitaine (1124 – 1204) : divorcée en 1152 du roi de France Louis VII (1120 – 1180), qu’elle avait épousé en 1137, celle-ci épouse la même année 1152 Henri Plantagenet (1133 – 1189), qui devient roi d’Angleterre en 1154 ; et mère des rois Richard Cœur de Lion (1157 – 1199) et Jean sans Terre (1166 – 1216)… En 1154, l’Aquitaine devient ainsi anglaise et le demeurera jusqu’à la bataille de Castillon, le 27 juillet 1453, qui met fin à la Guerre de Cent Ans  – , gît maintenant tout seul et désormais sous trois pierres et deux cailloux étrangers – français seulement depuis 1453. Qu’il ne faut juger de notre heur qu’après la mort et les funérailles. C’est ici que vivent les morts auxquels Montaigne vint trop tard, me dis-je. Sur ce talus invisité. C’est ici que Montaigne a pris de Talbot qui jadis lui avait pris Bordeaux – pas tout à fait ! Hélène revisite l’Histoire… – la leçon de mourir net et de fin composée à la perfection et de tâcher à s’enterrer – pour écrire ses Essais tant qu’il y aurait de l’encre et du papier...- dans le giron de la Tour.

(…) Je dis : « Ma Tour » et je suis éblouie de peur. Il n’est pourtant pas de lieu au monde qui me procure plus d’apaisement, me faisant apercevoir l’immortalité avec une adresse – bien palpable – sur la terre, mais à condition que je la touche de mes mains, que je la tâte, que je passe mes doigts sur ses crevasses pour en faire l’inventaire, même les crevasses lézardes mousses moisissures me rassurent, j’assieds toute ma volonté et mon faire sur sa ténacité native : elle est comme elle a toujours été » – stable et solide, increvable, comme Ève sa mère…

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Je n’ai pas donc pas pu résister à recopier ici ces passages splendides, forme comme fond, de l’écriture d’Hélène Cixous, même si je n’y ai pas retrouvé ce que je me figurais – et figure encore pour le moment – comme l’éloge, par Hélène Cixous, de la vue si paisible – loin du crime qu’a retenu, lui, Pierre Cixous… – de la Dordogne sur le quai archi-paisible du tout petit village de  Cabara – 120 habitants – , bien à l’écart de la route directe toute droite là, et un peu passante, entre Branne et Saint-Jean-de-Blaignac : pour gagner le quai de Cabara, il faut ainsi emprunter une petite route, qui serpente un peu entre les fermes et les champs, et longe aussi, un court moment, la Thébaïde lumineuse de la Dordogne…

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Quel beau texte !!!

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Ainsi, ce n’est pas en lisant « Hyperrêve » que j’ai pu m’extasier sur le regard porté par Hélène Cixous sur le spectacle tranquillement éblouissant et qui vaut assurément le détour par la petite route qui serpente entre les fermes et les champs avant de déboucher sur le quai de la Dordogne au tranquille petit village de Cabara, offrant cette sublime vue sur le paisible fleuve presque à l’arrêt ici, mais peut-être bien en un autre de ses livres – mais pas « Tours promises » relu hier in extenso, et qui ne comporte pas non plus ce passage que je continue de rechercher… – , ou peut-être que j’ai moi-même fantasmé, connaissant cette sublime époustouflante vue si tranquille, en associant en mon esprit échauffé le nom de « Cabara » psalmodié à deux reprises en 18 lignes de la même page 47, par ce que H. C. rapporte, en cet « Hyperrêve« , page 47 donc, à l’expression rapportée elle aussi, 3 lignes plus haut en cette décisive page 47, que la première occurence de l’expression « Cabara dit mon frère 120 habitants et un crime« … Pierre Cixous associait donc, comme s’en souvient fort bien sa sœur Hélène, le nom de « Cabara » avec le mot de « bonheur » ainsi que le mot de « crime » dans l’expression rapportée par Hélène de « cette Ferme superbe où un homme a tué un homme (dit mon frère) chaque année il n’y a pas que du bonheur et chaque année un homme tue un homme , il y a du bonheur quelqu’un est tué« , alors que, et est-ce du fait de ce mot de « bonheur » lui-même répété auprès du nom de « Cabara« , succédant à l’expression, 3 lignes plus haut, de « notre amie la Dordogne » ?, j’aurais imaginé que Hélène évoquait le paysage stupéfiant de « bonheur » justement, si lumineusement paisible, une splendide ensoleillée journée de mai, le 28 mai 2022 – cf mon article « La grande joie de revoir et écouter Pascal Chabot, philosophe, et Karol Beffa, compositeur-interprète, au Festival Philosophia 2022 (« La Terre ») à Saint-Emilion…« … – en me rendant au Festival Philosophia, à Saint-Émilion, pour rencontrer et écouter mes amis le philosophe Pascal Chabot et le compositeur Karol Beffa… Cabara et sa Dordogne étant pour moi pur « bonheur« , à mille lieues de « crime« …

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Bref, Cabara, après le lycée de Grand Air d’Arcachon et le lycée Élisée Reclus de Sainte-Foy-la-Grande, où Hélène Cixous et moi-même avons tous les deux enseigné, à assez peu d’années de distance – Hélène est née en 1937 et moi en 1947 :  nous avons 10 ans d’écart d’âge… – , elle l’Anglais, et moi la Philosophie, est un troisième lieu qui continue, en nos souvenirs si vivants, de nous réunir, en Gironde, en plus de notre rencontre-entretien – magique ! – , le 23 mai 2019, à la Station Ausone de la librairie Mollat à Bordeaux, comme en témoigne, j’espère pour longtemps – tant que fonctionnent les machines… – , cette merveilleuse vidéo de notre entretien à propos de son si intensément marquant « 1938, nuits« …

Et je dis rien ici de notre partagée vénération pour Montaigne, et sa magique Tour d’étude-écriture, dodue… 

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Toujours à suivre, donc :

je vais bien sûr revenir me pencher sur son tout récent signe d’alarme de larmes, « Chat Larme« …

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Ce mercredi 20 octobre 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

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