Face au choix toujours intimidant du personnage principal du livre à venir, et peut-être bien le dernier, la décision modeste qu’il s’agisse ici et maintenant d’un chat, et le premier d’entre eux, Thessie (1993 – 2002) : les très humbles leçons pour soi-même et d’écriture et de vie d’Hélène Cixous, en son présent « Chat Larme », rédigé en 2025 en sa maison d’écriture des Abatilles, à Arcachon…

Face au choix toujours, toujours, et chaque fois avéré, et même plus que jamais ces toutes dernières saisons, très intimidant du personnage principal du livre à venir, et peut-être bien le dernier, et en forme-défi d’apothéose pour ce qui se propose et se promet même comme un bouquet final, terminal, nous constatons ici et maintenant, en ce nouvel opus de la chère Hélène Cixous, la décision on ne peut plus modeste retenue par l’autrice qu’il s’agisse cette fois-ci, pour personnage principal de son livre-récit – « alors quoi ? qui ?  _ Un chat. Personne d’autre.« , page 12 de « Chat Larme« … – d’un chat, et même le tout premier d’entre ses chats, ses chattes – suivront ensuite, en suite, « Aletheia et donc Philia, et par réincarnations Haya et Isha, et par suite viendront Physis et Écho« , lit-on ainsi page 24 de ce « Chat Larme« … – , la chatte Thessie (1993 – vendredi 30 août 2002, à 11 h), adoptée, très très provisoirement, au corps défendant et très à contrecœur d’Hélène – « Quand Tessie est arrivée, j’ai fui. (Hélène se souvenant de la mort de son chien Fips à Alger quand elle était enfant…) C’était une enfant trouvée, un être infime qui avait fait patte blanche sous un poêle à bois dans un théâtre. Un « on » l’avait jetée là. (…) J’ai dit : « Je la prends trois jours, pas plus » « , pages 36-37 d’« Animal Amour«  ; et « _ Thessie, si j’avais su, je n’aurais pas accepté de garder ce chat en attendant en attendant une ou deux semaines que quelqu’un la prenne, l’adopte (…) mais le sort a voulu que je sois toute au chat« , page 19 de « Chat Larme« … Mais très vite « saisie de respect et d’admiration » infinies pour la « confiance redoutable » de Tessie (pages 37-38 d’« Animal Amour« ), elle l’a gardée, et chérie… – le premier jour – « Et je n’ai pas voulu de Thessie  Et il y a eu Thessie Et il y a Thessie« , toujours page 24 ; mais ce fut très bientôt, Thessie aidant, tout le contraire de la fuite et du rejet, et très très vite ensuite ! – :

soient les très humbles et très intenses leçons pour soi-même et d’écriture et de vie d’Hélène Cixous, en son superbe humble et modeste – en rien grandiloquent : « Certes je m’attendais à une surprise mais de magnitude impressionnante, une œuvre biblique ou révolutionnaire, violente, unique (…) sans précédent ou précédente, semblable à aucune jamais survenue dans le monde haletant de la littérature, et qui n’aurait pas de suite« , page 10 – « Chat Larme« , rédigé l’été 2025 en sa maison d’écriture des Abatilles, à Arcachon…

…

Car il s’agit, via le cas emblématique – seulement et pas seulement à la fois : l’amour de Thessie a aussi quelque chose de sans-pareil et d’unique, vis-à-vis des autres affection, notamment humaines, d’Hélène Cixous – du chat Thessie, d’un récit d’apprentissage à tenter de survivre aux terribles terrassants – mortels peut-être ? – chagrins-deuils tragiques de la perte-disparition-mort de l’objet, humain surtout, bien sûr, mais ce peut être aussi un animal – cf le précédent « Animal Amour« , le texte publié en 2021 de la « petite conférence«  prononcée au Nouveau Théâtre de Montreuil le 21 janvier 2006, du vivant des chats-chattes Philia et Alètheia… – , très tendrement aimé que la douleur déchirante de la perte, telle celle d’Eurydice définitivement perdue pour Orphée alors que surhumainement il la ramenait même des Enfers – et ici je pense ici au si déchirant, terrible et même terrifiant, admirable « Toute la nuit » de Philippe Forest, sur le deuil abominable, après calvaire, de sa fille ; ou au génialissime Luca Signorelli (Cortone, 1445 – Cortone, 16 octobre 1523), le maître de l’admirable « Résurrection des morts«  à la chapelle San Brizio de la cathédrale d’Orvieto (que j’ai découverte, et qui m’a pour toujours si fort impressionné, quand j’avais 10 ans…), peignant en 1502 le cadavre de son fils Antonio… ; ou, dans un tout autre registre que celui de la perte et du deuil, quoique…, le superbissime « Objet d’amour«  de notre ami à tous deux, Hélène et moi, René de Ceccatty : un maître-livre…

…

Et à plusieurs reprises ailleurs en son œuvre – il va me falloir rechercher ces passages si importants et si significatifs : je viens d’en retrouver deux brefs, dans « Tours promises« , aux pages 167 et 218 : « J’écris un livre sur le remplacement«  et « Tout est remplacement« … – , Hélène Cixous s’attache et s’attarde à détailler un peu – et il faut ici la relire dare-dare – ce qu’elle nomme des « remplacements« , par en quelque sorte des « substituts » – mais ce terme est hélas bien impropre : rien, ni nul, ne saurait remplacer vraiment… L’amour est irréfragablement singulier ! – , d’objets d’amour, mais bien sûr aussi, et surtout plus encore, sujets d’amour : comme en une symbiose, si cruellement ôtée à la disparition-mort irréparable de l’autre, l’aimé et aimant, mais aussi comme peut être pour soi une présence un peu renouvelée du disparu, même si ce n’est bien sûr en rien, et surtout pas à l’identique…

…

Sauf que le « rêvoir » et le jeu d’une écriture vraie hantée par – et entée sur – de tels sujets d’amour disparus, peuvent en offrir comme une – toujours bien pâle ainsi que frustrante… – résurgence en ersatz, en dépit des infranchissables Styx des Enfers…

…

Ce jeudi 22 octobre 2026, Titus Curiosus – Francis Lippa

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *