Étiquette : Vincent Dourthe

  • En attendant les « Mazurkas » de Chopin de Rafal Blechacz, son somptueux CD « Chopin » (enregistré à Berlin l’automne 2021), paru au printemps 2023, et découvert tardivement par moi, suite à une bienvenue conversation sur Chopin, hier, avec mon disquaire préféré…

    En échangeant hier quelques mots sur le trés beau tout récent CD « Chopin intime » de Justin Taylor – cf mon article « Le vraiment intime Chopin du merveilleux CD « Chopin intime » de Justin Taylor, sur l’idéalement idoine pianino Pleyel de 1839 : un bonheur rajeuni !.. » en date du 26 avril dernier  – , vient soudain à l’esprit de Vincent – mon disquaire préféré, au goût parfait ! – une interrogation sur « ce que devient » l’excellent pianiste polonais Rafal Blechacz – né le 30 juin 1985 à Nakło nad Notecią – , dont l’a intensément marqué, en 2023, le CD « Chopin« , avec, dit-il, deux magnifiques « Sonates« …

    …

    …

    Et à ma question si le magasin en dispose encore d’un exemplaire, il le recherche et me l’attrape – je n’avais pas vu passer ce CD « Chopin » au printemps 2023…

    …

    …

    De fait, c’est un CD « Chopin » magistral !

    …

    …

    Et ce matin, très vite je retrouve ce qu’en avait dit sur son blog Discophilia l’excellent – lui aussi – Jean-Charles Hoffelé, en un très judicieux article intitulé « Chopin toujours« , publié le 12 avril 2023

    …

    Que voici :

    …

    …

    CHOPIN TOUJOURS

    Quelle tension ! Dès les premières mesures de la Troisième Sonate, Rafał Blechacz impose une urgence – voilà ! – , traits vertigineux, phrasé intense, que le second thème, fébrile, ne dissipera pas. Son immense lecture symphonique est d’une hauteur de vue – voilà ! – qui refuse tout charme, comme si Arturo Benedetti Michelangeli surveillait le pianiste polonais ; ce ne sera pas le Chopin de tout un chacun, si minéral, si hautain, mais ne pas entendre à quel point il magnifie la plus parfaite structure jamais coulée de la plume de l’auteur des Polonaises, ne pas être saisi par l’emportement – magistral ! – de cette vision, est impossible.

    …

    …

    Le même geste autoritaire sauve la Sonate « Funèbre » du disparate, même la ligne grise du Finale fantomatique s’intègre dans un discours unitaire où le caractère funèbre du Lento n’est pas sollicité, Blechacz déplaçant à bon escient le centre de gravité vers les deux premiers mouvements, dont les audaces semblent soudain anticiper celles du Presto.

    …

    …

    Le ton blessé, le chant teinté de douleur du Nocturne en fa dièse mineur, pris dans un tempo preste pourra étonner, tout comme les premières mesures de la Barcarolle, introduction qui semble hésiter avant que Venise ne chante dans des couleurs ombrées puis danse soudain dans une inondation de soleil.

    …

    …

    Magnifique – voilà!, et émouvant aussi – oui ! – surtout après l’ample symphonie qui aura envahi le Finale de la Troisième Sonate. Demain, quels autres opus de Chopin Rafał Blechacz nous réserve-t-il, puisqu’il semble assembler à mesure sinon une intégrale, du moins une vaste anthologie ? J’espère – moi aussi… – les Mazurkas.

    …

    …

    LE DISQUE DU JOUR

    …

    …

    Frédéric Chopin (1810-1849)

    …
    Sonate pour piano No. 2 en
    si bémol mineur, Op. 35

    Nocturne en fa dièse mineur, Op. 48 No. 2
    Sonate pour piano No. 3 en
    si mineur, Op. 58

    Barcarolle en fa dièse majeur, Op. 60

    Photo à la une : le pianiste Rafał Blechacz – Photo : © DR

    …

    …

    Un album du label Deutsche Grammophon 4863438

    …

    …

    Photo à la une : le pianiste Rafał Blechacz – Photo : © DR

    …

    …

    Un CD « Chopin » vraiment magnifique…

    …

    …

    Ce jeudi 1er mai 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Délectation en boucle du miraculeux CD « Franz Schubert – Fantasie » sous les doigts du merveilleux et incomparable Ammiel Bushakevitz ; pour un Schubert parfait en son idéale confondante douceur essentielle…

    Alors que je me délecte infiniment en boucle du miraculeux CD de piano « Franz Schubert – Fantasie » du merveilleux et incomparable Ammiel Bushakevitz

    – cf mes trois articles récents des 15 (« De l’accès à l’interprétation à l’accès à l’œuvre même : mieux s’enquérir de plus récentes interprétations des Sonates pour piano de ce doux et délicat « Wanderer » qu’a été, sa vie durant, Franz Schubert…« ),

    13 (« Les passionnantes questions-réflexions d’Ammiel Bushakevitz sur Schubert et la « Fantaisie », à propos de sa « Wanderer Fantaisie » Op. 15 (D. 760), sa « Sonate-Fantaisie » Op. 78 (D. 894), la « Fantaisie pour piano à 4 mains » Op. posthume 103 (D. 940) et la « Fantaisie pour violon et piano » Op. posthume 159 (D. 934)…« )

    et 12 avril  (« Le « Schubert au sommet », de paradis, « à un degré d’accomplissement rarissime », de Samuel Hasselhorn, baryton, et Ammiel Bushakevitz, pianiste : la perfection de leur CD « Franz Schubert – Licht und Schatten », avec aussi le miraculeux sublimissime « Franz Schubert – Fantasies » de ce même fabuleux musicien-pianiste qu’est AmmIel Bushakevitz : deux révélations musicales absolument bouleversantes…« ) derniers… – ,

    …

    c’est non sans une certaine tristesse – et une pointe d’agacement – qu’il me faut bien constater la totale absence jusqu’ici de commentaire – et même de simple factuelle mention de l’existence de ce CD… – de la splendeur musicale et discographique qu’offre ce rayonnant CD d’Ammiel Bushakevitz  « Franz Schubert – Fantasie » parmi les divers sites de mélomanie de langue française qui me sont un peu familiers – que leur manque-t-il donc ? Un disquaire à l’oreille et au goût assez affutés comme l’est mon disquaire préféré Vincent Dourthe, à Bordeaux, pour leur conseiller (et les inciter à) d’aller au moins jeter une oreille un peu curieuse et un brin attentive à cet exceptionnel CD Hänssler classic HC 24025 qu’est ce lumineux CD « Franz Schubert – Fantasie« , paru le 3 janvier dernier (2025) ?..  Cela va bientôt faire 4 mois que ce CD est paru… – ,

    pour faire enfin l’éloge de pareille merveille absolue d’interprétation !!! Je suis estomaqué de cette très étonnante – à mes yeux du moins – ignorance, et même carrément scandalisé de pareille incuriosité discographique de leur part ! Ils n’ont donc pas remarqué jusqu’ici la qualité exceptionnelle – « un des deux ous trois par génération » a reconnu quelque part un critique… – d’Ammiel Bushakevitz en ce miraculeux CD Hänssler « Franz Schubert – Fantasie » ?..

    …

    …

    De fait, je n’ai en effet jusqu’ici réussi à dénicher qu’à peine deux commentaires – tous deux très élogieux, forcément ! et carrément dithyrambiques même… – de ce CD magnifique, mais aucun de ces deux commentaires-là n’est en français :

    …

    l’un sur le site luxembourgeois pizzicato.lu , de Rémy Franck, et en une recension d’Alain Steffen, paru – très vite – à la date du 4 janvier 2025,

    intitulé « Traumhaft schöner Schubert » :

    …

    …

    Supersonic – Franz Schubert : Wandererfantasie D. 760 + Klaviersonate G-Dur D. 894 (Sonate-Fantasie); Ammiel Bushakevitz, Klavier ; 1 CD Hänssler Classic HC4025; Aufnahme 01.2024, Veröffentlichung 01-17.01.2025 (61‘27) – Rezension von Alain Steffen :

    …

    A long-term Schubert project with Israeli pianist Ammiel Bushakevitz promises much, especially after listening to this wonderful – voilà ! – recording of the Piano Sonata op. 78 and the Wanderer Fantaisie. This is the work of a knowledgeable and extremely sensitive – voilà, voilà ! – artist who interprets Schubert as a Romantic, not necessarily following the current fashion.

    …

    It is back to the roots, perhaps even a little old-fashioned for some, but what Bushakevitz conjures up in terms of color, tone and emotion is truly great piano art – c’est dit.

    …

    The soft, very musical – oui, oui – playing, always committed to the melody and the inner pulse of the music, takes the listener to another world – absolument : fantastique… Even if you know many other Schubert recordings, this one is something very special – tout à fait ! Perhaps because it doesn’t care about modern trends, and also because the interpreter always acts behind the music, letting Schubert – lui-même – take the lead at every moment. In the end, there is only the music – voilà, voilà ! – and a beautifully played and interpreted Schubert. With this in mind, we look forward to more recordings with this wonderful pianist – exactement : Ammiel Bushakevitz est rien moins qu’un interprète d’exception !

    …

    …

    …

    Et l’autre se trouve sur le site allemand BR Klassik, sous la signature – et là avec la voix entremêlée (il faut ainsi écouter les moindres inflexions des tonalités chantantes et enchantées de sa parole) à un extrait musical du CD… – de Meret Forster, paru, lui, à la date du 31 janvier 2025, sous le titre de « AMMIEL BUSHAKEVITZ SPIELT SCHUBERT » :

    …

    …

    Runde Geburtstage und Gedenkjahre mögen vorbereitet werden. Das hat sich vermutlich Ammiel Bushakevitz gedacht mit Blick auf Franz Schubert. Denn im Jahr 2028 steht dessen 200. Todestag im Kalender. Den israelischen Pianisten kennt die internationale Musikwelt bisher vor allem als Pianisten an der Seite herausragender Sängerinnen und Sänger. Aber mit Blick auf das Schubertjahr hat sich Bushakevitz nicht nur fünf Liederalben mit dem Bariton Samuel Hasselhorn vorgenommen, sondern die Aufnahme aller Solowerke für Klavier. Nun ist die zweite CD mit dem Titel « Fantasies » erschienen.

    …
    – la voix parle ! même si on n’entend rien à l’allemand..
    …

    DEN CD-TIPP ANHÖREN

    …

    Das ist kein romantischer Schubert, den Ammiel Bushakevitz hörbar macht. Er spielt schnörkellos, präzise und recht grade heraus. Da wirkt nichts süßlich, bedeutungsschwanger oder verklärt, auch wenn der Albumtitel « Fantasies » das nahelegen mag. Eher mit der Musik von Haydn und Mozart im Nacken, also mit klassischer Perspektive, nähert sich der israelische Pianist hier Schuberts musikalischem Kosmos.

    …

    SONATE ODER FANTASIE ?

    …

    Ausgewählt für diese CD hat Ammiel Bushakevitz die Wanderer-Fantasie und die späte G-Dur-Sonate. Die groß angelegte Sonate bezeichnete der Komponistenkollege Robert Schumann in einer Tagebuchnotiz als « Fantasie », allerdings allein mit Blick auf den Charakter des Werks. Auch in der Erstausgabe trägt die Sonate den Titel « Fantasie ». Der stammt aber vom Verleger, nicht von Schubert. Ammiel Bushakevitz thematisiert diese Frage zwar im Booklet, will sie für sich aber nicht final beantworten und lieber offen lassen. Er weist jedoch auf den « improvisatorischen Charakter » des ersten Satzes hin, der ungewöhnlich lang ist und fragend beginnt.

    …

    ERFAHRUNG ALS LIEDBEGLEITER

    …

    Bushakevitz spielt diesen Kopfsatz mit fein abgestuften Farben, agiert innerlich frei, aber doch streng im formalen Rahmen. Da fällt nichts auseinander. Linien lassen sich wunderbar nachvollziehen. Sein Spiel hört sich dabei trotz horrender spieltechnischer Anforderungen recht leicht und immer authentisch gestaltet an. Die vielen Erfahrungen, die Bushakevitz als Begleiter von Schubert-Liedern sammeln konnte, mögen hier sehr konstruktiv wirksam werden. Denn auch bei der Wanderer-Fantasie steht nie virtuoses Auftrumpfen im Vordergrund, sondern vor allem musikalischer Sinnzusammenhang, der mit natürlichem Atem gestaltet und zusammengefügt wird.

    …

    ÜBERZEUGEND UND WUNDERSCHÖN

    …

    Ammiel Bushakevitz interpretiert Schubert auf einem modernen Konzertflügel. Auf diesem Instrument könnte man viele Details schärfer, kantiger, extremer hervorheben. Darum geht es Bushakevitz nicht. Er erinnert mit seinem Spiel eher an die Ausdrucksmöglichkeiten historischer Instrumente, mit seinem kernigen, niemals forcierten Anschlag vor allem aber an das Lied. Das ist modern, überzeugend und wunderschön !

    …

    INFOS ZUR CD

    …

    Franz Schubert:
    Wandererfantasie D.760
    Klaviersonate G-Dur D. 894 « Sonate-Fantasie »
    …
    Ammiel Bushakevitz, Klavier
    …
    Label:  Hänssler

    Sendung: « Piazza » am 1. Februar 2025 ab 8:05 Uhr auf BR-KLASSIK

    …

    …

     Un CD transcendant, et véritablement exceptionnel, que ce CD « Franz Schubert – Fantasie » d’Ammiel Bushakevitz !

    …

    Car c’est bien Schubert lui-même, en personne – oui, oui , voilà ! – qui nous est rendu là à écouter jouer à son piano, en sa confondante irradiante et si intense douceur d’expression…

    …

    …

    Retenez donc bien ce nom de l’interprète de ce confondant disque-ci : Ammiel Bushakevitz !

    C’est tout simplement là un artiste – né à Jérusalem le 9 avril 1986, Ammiel Bushakevitz avait 38 ans lors des prises de l’enregistrement de ce fantastique CD « Franz Schubert – Fantasie » à Eppelsheim du 8 au 11 janvier 2024… – parvenu au sommet transcendant, absolument parfait, de son art musical !!!

    …

    …

    Ce que confirme bien entendu aussi la qualité magique – une pure merveille !!! – de son fabuleux – fantastique !!! – jeu d’accompagnement au piano du transcendant, lui aussi, baryton Samuel Hasselhorn – l’un et l’autre se sublimant mutuellement en cet exceptionnel, lui aussi, CD !!! – dans cet autre CD de paradis – pour l’ile déserte ! – qu’est le CD Harmonia Mundi HMM « Franz Schubert -Licht und Schatten« 

    – cf mon très admiratif article « Le « Schubert au sommet », de paradis, « à un degré d’accomplissement rarissime », de Samuel Hasselhorn, baryton, et Ammiel Bushakevitz, pianiste : la perfection de leur CD « Franz Schubert – Licht und Schatten », avec aussi le miraculeux sublimissime « Franz Schubert – Fantasies » de ce même fabuleux musicien-pianiste qu’est AmmIel Bushakevitz : deux révélations musicales absolument bouleversantes… » du 12 avril dernier – ,

    mais aussi de son solaire piano solo dans les 2 « Ländler » D. 366 (les n° 3 et 4) et les 8 « Deutsche Tänze » D. 783 (les n° 2, 4, 5, 6 et 7) et D. 820 (les n° 2 et 3), qui viennent, de leur tendre et douce lumière schubertienne – elle aussi – , ponctuer et donner une bienvenue respiration dansée aux très tendus dramatiquement et très intenses – une absolue merveille !!! – 15 magnifiques Lieder de Schubert de ce CD Harmonia Mundi  « Franz Schubert – Licht und Schatten« , lui aussi absolument extraordinaire – enregistré, lui, à Berlin au mois de mars 2024, deux mois après le magistral CD Hänssler classic « Franz Schubert – Fantasie« …

    …

    …

    Deux magiques CDs pour l’ile déserte – l’un et l’autre CD, j’insiste : le CD Hänssler comme le CD Harmonia Mundi – , que vient de nous donner coup sur coup en sa musicale sérénité de perfection toute naturelle – sans le moindre soupçon d’histrionisme – le merveilleux piano, lumineux de douceur et idéalement fluide  – idéalement schubertien !!! – , d’ Ammiel Bushakevitz…

    …

    …

    Quel artiste d’exception !

    …

    …

    Ce vendredi 18 avril 2025, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Le tout simple bonheur de la surprise de la joie de la musique à son meilleur : des enthousiasmes purs à partager à ressentir…

    Ici, et ce lundi matin, je désire simplement mettre en exergue la petite conclusion de mon article d’hier «  » , en l’isolant de ce qui l’a amenée, afin de la mettre bien valeur, rien que pour elle-même :

    …

    …

    Oui, la musique _ tout simplement fredonnée spontanément sous la douche, tout comme enregistrée au concert ou sur CD, et surprise au vol à la radio (et je repense ici à l’épisode magnifique (!) de ces morceaux enchanteurs, des Sonatas en deux mouvements, de Manuel Blasco de Nebra (Séville, 2 mai 1750 – Séville, 12 septembre 1784) interprétés par Josep Colom entendus au vol sur mon auto-radio (sur France-Musique) en 1995 quand je me rendais au petit matin à mon travail sans avoir pu percevoir-identifier alors le nom de ce compositeur singulier, à nul autre semblable (ni Scarlatti, ni Boccherini, ni CPE Bach, ni Mozart, ni Haydn, ni Mendelssohn…) … ; des extraits, et je ne l’ai découvert, après recherche un peu difficile, qu’ensuite, du CD Mandala MAN 4847 « M. Blasco de Nebra – Pièces pour clavier « , enregistré à Paris en 1995 par le toujours parfait Josep Colom : écoutez cette merveille ici ! ; un CD qui, une fois commandé, reçu et adoré (!), est devenu ensuite, après le partage de mon enthousiasme avec Vincent Dourthe, le disquaire à l’oreille si fine et si mélomane, un des CDs best-sellers du rayon Musique de ma chère librairie Mollat, à Bordeaux ! quelle aventure !.. ; cf le détail du récit jubilatoire de mon article en temps de Covid, le 10 avril 2020 : «  « …), ou bien passée et repassée infiniment sans jamais se lasser sur sa platine… _ peut accompagner en beauté immédiate et profonde le moindre chapitre et le plus simple moment de nos diverses vies, pour nous faire à notre tour recevoir et ressentir à partager _ quelle chance ! _ un peu ou beaucoup de sa foncière et parfois sublime joie…

    …

    …

    Merci l’artiste !

    …

    …

    Ce lundi 15 juillet 2024, Titus Curiosus – Francis Lippa

  • Les merveilleuses trouvailles des soldes de CDs (suite) : le saisissant double CD Tacet 131 des « Préludes pour piano » de Claude Debussy par Evgeni Koroliov

    Et maintenant voici le saisissant double CD Tacet 131 des « Préludes pour piano » de Claude Debussy par Evgeni Koroliov _ enregistrés à Oslo aux mois de mai et octobre 2003 _, publié par Tacet en 2004 : écoutez-ici…

    …

    …

    Sur ce double CD, j’ai retrouvé un article plutôt sévère de Pierre-Jean Tribot, publié sur le site de ResMusica le 26 mai 2005, intitulé « Evgeni Koroliov, du Debussy monacal » :

    …

    …

    Evgeni Koroliov, du Debussy monacal

    Instagram

    …

    …

    Formé par la solide école russe d’Anna Artobolewkaya mais aussi conseillé par les légendaires Heinrich Neuhaus et Maria Youdina, le pianiste moscovite s’est imposé comme un artiste discret mais dont chaque disque mérite une attention particulière _ en effet. Fortement attaché à l’œuvre de Bach, son Clavier bien tempéré et son Art de la Fugue, de très haute tenue, lui ont valu une reconnaissance internationale. Le compositeur György Ligeti considérant même son Art de la fugue comme le disque à emporter sur l’île déserte. On attendait donc avec intérêt sa lecture d’un tel monument de la littérature pianistique que les Préludes de .

    …

    …

    L’approche est hautement personnelle, sans aucune concession à la facilité et à l’esthétisme. Le ton est à l’économie de moyen tout en respectant scrupuleusement les indications du compositeur, mais sans tomber dans une aridité hors sujet. Cependant force est de constater que dans Debussy, ce n’est pas particulièrement convaincant  _ pour Pierre-Jean Tribot. Certaines pièces de ces deux livres pêchent par un manque de sensualité (défaut particulièrement marquant pour …Danseuses de Delphes et … Brouillard qui nous font craindre le pire pour cet album). Heureusement le pianiste réussit beaucoup mieux certaines pièces plus techniques où il faut plus de puissance : la Danse de Puck et Général Lavine-exentric s’avèrent très efficaces. Cependant, il manque à cette intégrale une sensualité ou une rigueur à la Robert Casadesus pour transcender ces œuvres. Nous resterons donc fidèles à nos nombreuses références habituelles : Michelangeli, Arrau, Crossley, Kocsis, Pollini, Zimmerman, Casadesus et Février, tout en reconnaissant la probité _ voilà _ de l’approche ascétique de Koroliov.

    …

    …

    La curiosité du disque réside dans l’enregistrement en première mondiale d’un vingt-cinquième prélude. Prévu dès l’écriture du cycle, cette pièce intitulée les soirs illuminés par le charbon et dédiée au marchand de charbon Tronquin est apparue en 2001 lors d’une vente aux enchères. Pendant 85 ans, la partition resta la propriété de cette famille dont l’ancêtre avait fourni du charbon de chauffage au compositeur. Cette œuvre dont le titre est tiré du poème le balcon de Charles Baudelaire, fait écho au quatrième prélude du premier livre où une autre citation du poète caractérise l’atmosphère de la pièce : …les sons et les parfums tournent dans l’air du soir. Peu de commentaires à faire sur cette pièce qui prolonge la magie debussyste.

    …

    …

    Instagram

    …

    …

    Claude Debussy (1862-1918) : Préludes (Livres I et II), Les soirs illuminés par l’ardeur du charbon.

    Evgeni Koroliov, piano.

    2 CDS « The Koroliov series Vol. VII » Tacet 131.

    Enregistré à Oslo en mai et octobre 2003.

    Notice en français, anglais et allemand.

    Durée : 86, 41mn.

    …

    …

    Ainsi qu’un bien plus empathique entretien intitulé « Evgeni Koroliov, discret magicien du piano« ,

    paru sur ResMusica en date du 22 juin 2015 :

    …

    …

    Evgeni Koroliov, discret magicien du piano

    Instagram

    …

    …

    Primé dans la catégorie récital instrumental des International Classical Music Awards 2015, le pianiste est l’un des artistes les plus indispensables _ probablement, oui _ de notre époque. Loin de la médiatisation, il construit une discographie exceptionnelle (Tacet) _ oui ! _ dont Schubert est la plus récente étape.

    …

    …

    Koroliov-Stephan_wallocha«  Je veux qu’ils se rendent compte qu’il n’y a rien de mieux que la musique dans le monde ; ils doivent être heureux de pouvoir vivre avec elle, quelle que soit leur position : pianiste de concert ou professeur dans une petite école de musique. »

    …

    …

    ICMA :  Comment êtes-vous venu au piano ? Etes-vous issu d’une famille de musiciens ? 

    …

    …

     : Non pas du tout ! Mais quand j’étais petit, il était de coutume en Russie d’apprendre la musique aux enfants. Mes deux frères aînés ont commencé à apprendre le piano et ils ont abandonné très vite. Mais je me rappelais les mélodies et je voulais les jouer. C’est ainsi que je suis devenu pianiste.

    …

    …

    ICMA :  Il y a-t-il eu dans votre enfance une expérience musicale particulière qui vous a fait dire « Oui, c’est cela que je veux faire dans ma vie » ?

    …

    …

    EK : Oui, les œuvres de Bach, Mozart ou Schubert me touchaient énormément, même les petites pièces que j’étais en mesure de jouer. Et, plus important encore, je me suis mis très jeune à composer, cela me motivait beaucoup. Je ne me sentais pas destiné à être pianiste mais plutôt compositeur. La vie en a décidé autrement.

    …

    …

    ICMA : Y-a-t-il eu dans votre enfance un concert par l’un des grands pianistes ou chefs que vous avez ressenti comme une forte expérience ?

    …

    …

    EK : Je me souviens très bien d’un concert avec le célèbre chef français . Le violoniste a, lui aussi, toujours été une lumière pour moi. Un autre moment très important fut une rencontre avec dans la petite salle du Conservatoire Tchaïkovski. Il a joué trois pièces de l’ « Art de la fugue » qui m’ont beaucoup influencé.

    …

    …

    ICMA : A 17 ans, vous avez joué le « Clavier bien tempéré » en concert. C’était rare à l’époque. Comment avez-vous eu cette idée ?

    …

    …

    EK : Je me suis toujours senti attiré par cette musique et l’expérience des trois pièces de l’ «Art de la fugue » dont je viens de parler m’a tellement inspiré que je jouais Bach avec beaucoup d’amour et d’intérêt. Cela ne me semblait pas difficile, c’était tout simplement un plaisir. Et je ne me suis jamais inquiété de savoir si cela plairait au public _ bravo !

    …

    …

    ICMA : Était-ce un public d’experts, ou des habitués des récitals ?

    ..;

    …

    EK : A cette époque, le public de Moscou était très, très bon. Il y avait un grand nombre d’amateurs de musique et ce n’était pas un problème, même de jouer Bach …

    ..;

    …

    ICMA : On ne jouait pas beaucoup le répertoire baroque en Russie. Peu de pianistes jouaient ces œuvres en concert. et occupaient à ce titre une position unique…

    …

    …

    EK : Exactement! J’ai travaillé quelques heures en privé avec . Elle adorait Bach, le jouait très bien mais de façon non conventionnelle. A cette époque, on ne parlait pas encore d’ « interprétation historiquement authentique ». Et Bach au piano, ce n’est pas « authentique »… c’est clair.

    …

    …

    ICMA : Était-ce pour vous une raison de jouer Bach au clavecin ou au clavicorde ?

    …

    …

    EK : Oui ! Mais je n’ai jamais été très friand du clavecin. Par contre, le clavicorde est mon instrument de prédilection _ tiens, tiens… Mais il ne convient pas pour les concerts, car c’est un instrument très calme, très très calme _ de peu d’amplitude sonore. C’était aussi l’instrumentent préféré de J-S Bach…

    …

    …

    ICMA : Quel rôle joue l’instrument pour un pianiste ? Pouvez-vous comprendre que ou voyagent avec leur Steinway ? 

    …

    …

    EK : Oui, c’est très bien si vous pouvez vous le permettre. Mais de toute façon, je ne pense pas que je puisse faire quelque chose de parfait en concert _ ni non plus à l’enregistrement discographieue… Personnellement, j’essaie autant que possible de compenser les inconvénients de l’instrument par mon oreille et mon expérience. L’essentiel est de rester concentré _ et c’est fondamental. Finalement, c’est l’attitude face à la musique qui est décisive _ voilà.

    …

    …

    ICMA : Quelles sont les qualités essentielles d’un piano à queue ?

    …

    …

    EK : Un bon instrument chante… Mais restons réalistes: je suis déjà heureux si la deuxième octave sonne bien. Il y a cinquante ans d’ici je jouais des instruments où la troisième octave chantait encore…

    …

    …

    ICMA : Vous avez enseigné pendant de nombreuses années à Hambourg. Les étudiants  ont-ils aujourd’hui une vision différente de ce que signifie « être pianiste » ?

    …

    …

    EK : Difficile à dire! Tout est si différent d’une personne à l’autre. Je crois que les musiciens de la génération actuelle ont une réflexion beaucoup plus pratique _ et utilitariste. Ils doivent maîtriser des enregistrements, le monde des concerts… et vous devez obtenir ce qu’ils veulent faire. Ce qui n’est vraiment pas facile à notre époque ! Cela nécessite beaucoup d’énergie.

    …

    …

    ICMA : Que dites-vous à vos élèves à ce propos ?

    …

    …

    EK : Je veux qu’ils se rendent compte qu’il n’y a rien de mieux _ probablement, en effet ! _ que la musique dans le monde ; ils doivent être heureux de pouvoir vivre avec elle _ voilà ! En sa compagnie amicale ou amoureuse quotidienne : sans bla-bla mensonger intéressé… _, quelle que soit leur position : pianiste de concert ou professeur dans une petite école de musique _ et même aussi fervent mélomane…

    …

    …

    ICMA : Au regard du résultat artistique, préférez-vous les enregistrements en salle de concert ou en studio ?

    …

    …

    EK : Je suis toujours un peu insatisfait tant après un concert qu’après un enregistrement _ voilà. À cet égard, je ne fais aucune différence.

    …

    …

    ICMA : Que signifie pour vous d’avoir reçu un Prix international de Musique Classique ?

    …

    …

    EK : Cela m’est très agréable et me rend hommage, mais, en fait, je n’ai pas le sens des honneurs très développé _ un grand bienfait pour l’interprète : la reconnaissance donnée l’est le plus souvent pour de très mauvaises raisons….

    …

    …

    ICMA : Quelles sont vos passions, outre la musique ?

    …

    …

    EK : Il y en a beaucoup : la peinture, l’architecture, la poésie, la littérature. Auparavant, je jouais beaucoup aux échecs, mais aujourd’hui je n’en ai plus le temps et je n’ai plus de bon partenaire. Mais j’achète encore de revues d’échecs et je les lis, c’est ce qui me reste…

    …

    …

    ICMA : Comment voyez-vous l’avenir de la musique classique dans les dix prochaines années?

    …

    …

    EK : Je prédis un avenir pas très brillant. Les années à venir seront très difficiles, et cela n’a rien à voir avec notre musique mais avec le développement de la culture en général _ hélas, hélas ! _, un mouvement que nous ne pouvons arrêter. Je pense, et quelques musiciens pensent comme moi, que nous avons besoin de construire une « culture de catacombe », pour passer le temps en quelque sorte, tout comme l’ont fait les moines irlandais à l’âge des ténèbres pour ne pas laisser la culture descendre au plus bas _ oui, résister toujours, toujours, comme l’on peut, sans rien abandonner du moindre cran.

    …

    …

    Propos recueillis par Isabel Roth, et Martin Hoffmeister. Rédaction de l’article par . Traduction de l’allemand par Bernadette Beyne.

    …

    …

    Crédit photographique : © Stephan Wallocha

    …

    …

    Pour ma modeste part,

    j’ai consacré deux articles sur ce blog « En cherchant bien » au double CD Tacet 256 de la collection des merveilleux « Intermezzi » de Johannes Brahms interprétés par Evgeni Koroliov _ enregistrés à Berlin en février et octobre 2018 et février 2019 _ :

    …

    …

    _ l’article du 15 septembre 2019 : «  » ;

    …

    _ et l’article du 15 octobre 2019 : « « .

    …

    …

    « Spécificité« , « Singularité« , disais-je déjà alors, en 2019, du jeu d’Evgeni Koroliov :

    …

    oui, le jeu musical d’Evgeni Koroliov me parle vraiment ; et à ma modeste place d’écouteur, je dialogue avec lui.

    …

    De même que lui dialogue vraiment aussi, principiellement, avec les compositeurs qu’il interprète ; il n’est en rien un simple rouleau mécanique débitant la partition…

    …

    …

    Une ultime remarque, de ma part _ de moi qui ne suis pas musicien, mais seulement mélomane un peu passionné... _, à propos de la fondamentale affirmation d’Evgeni Koroliov en son entretien « Evgeni Koroliov, discret magicien du piano » de 2015 :

    « il n’y a rien de mieux que la musique dans le monde ; ils doivent être heureux de pouvoir vivre avec elle » :

    …

    en effet, cette affirmation _ sur la capacité infinie de bonheur de vivre avec de la musique _, moi qui ne suis pas musicien _ et pas non plus vraiment musicologue, sinon dans les marges contextuelles de celle-ci (cf mes deux contributions au colloque, au Palazzetto Bru-Zane à Venise, le 19 février 2011, « Lucien Durosoir, un compositeur moderne né romantique » : «  » et « La poésie inspiratrice de l’œuvre musical de Lucien Durosoir : Romantiques, Symbolistes, Parnassiens, Modernes« … _, je la partage pleinement, et de plus en plus fortement à mon âge, en ma soixante-dix-septième année de vie.

    …

    …

    Bien sûr, toutes les musiques sont loin, très loin, de se valoir, s’équivaloir ; il existe, et en nombre infini, de pauvres musiquettes, ainsi que des flopées de musiques bavardes, ou seulement fonctionnelles ou bassement utilitaires…

    …

    Cependant, et chacune en son genre, depuis les musiques non notées, transmises par la seule performance d’interprètes très souvent non savants et non professionnels, peut tout à fait constituer, en son éventuelle naïveté, un sublime chef d’œuvre, quand elle est à son meilleur, et à son meilleur d’interprétation, jusque sur un coin de rue, et pas dans une salle de concert ;

    …

    telles ces musiques que nous disons « populaires » que Bartok et Kodaly _ et bien d’autres… _ sont allés rechercher collecter, écouter, capter, et noter, eux, sur papier, dans les campagnes et montagnes profondes de Transylvanie, ou partout de par le vaste monde, pour que puissent se poursuivre la transmission et le partage _ la joie ressentie ! _ des merveilles de celles-ci…

    …

    …

    Oui, la musique _ tout simplement fredonnée spontanément sous la douche, tout comme enregistrée au concert ou sur CD, et surprise au vol à la radio (et je repense ici à l’épisode magnifique (!) de ces morceaux enchanteurs de Manuel Blasco de Nebra (1730 – 1784) interprétés par Josep Colom entendus au vol sur mon auto-radio (sur France-Musique) en 1995 quand je me rendais au petit matin à mon travail sans avoir pu percevoir-identifier alors le nom de ce compositeur singulier, à nul autre semblable (ni Scarlatti, ni Boccherini, ni CPE Bach, ni Mozart, ni Haydn, ni Mendelssohn…) … ; des extraits, et je ne l’ai découvert, après recherche un peu difficile, qu’ensuite, du CD Mandala MAN 4847 « M. Blasco de Nebra – Pièces pour clavier« , enregistré à Paris en 1995 par le toujours parfait Josep Colom : écoutez cette merveille ici ! ; un CD qui, une fois commandé, reçu et adoré (!), est devenu ensuite, après le partage de mon enthousiasme avec Vincent Dourthe, le disquaire à l’oreille si fine et si mélomane, un des CDs best-sellers du rayon Musique de ma chère librairie Mollat, à Bordeaux ! quelle aventure !.. ; cf le détail du récit jubilatoire de mon article en temps de Covid, le 10 avril 2020 : « « …), ou bien passée et repassée infiniment sans jamais se lasser sur sa platine… _ peut accompagner en beauté immédiate et profonde le moindre chapitre et le plus simple moment de nos diverses vies, pour nous faire à notre tour recevoir et ressentir à partager _ quelle chance ! _ un peu ou beaucoup de sa foncière et parfois sublime joie…

    …

    …

    Merci l’artiste !

    …

    …

    Ce dimanche 14 juillet 2024, Titus Curiosus – Francis Lippa